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Strasbourg : la ville au Moyen Age (Alsace)

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4.3. L’époque gothique : XIII-XVè

Le rôle croissant des corporations et des bourgeois
L’architecture
Sculpture
Peinture
Vitrail
Les lettres

4.3.2. L’architecture

4.3.2.1. La cathédrale

4.3.2.1.1. Les premiers pas du gothique

Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences
Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences

Les premières décennies du XIIIè siècle voient l'introduction du style gothique dans la cathédrale avec l'achèvement du transept de la cathédrale de Strasbourg dans un esprit de rupture manifeste avec le monde roman. C’est l’œuvre d’un atelier chartrain qui se manifeste d’ailleurs plus dans la sculpture que dans l’architecture, dans le célèbre « Pilier du Jugement » (improprement nommé « Pilier des Anges »). Du point de vue architectural, cet atelier couvre le transept non plus d’une charpente, mais d’une croisée d'ogive : la colonne massive qui se dresse au milieu du croisillon nord du transept devient au sud un faisceau de colonnettes autour d'un noyau polygonal, et le chapiteau devient le réceptacle des nervures de la voûte développées en palmier.

Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement

Au même moment est réalisée la chapelle Saint Jean-Baptiste. Cette chapelle est de type « halle » à trois triples travées reposant sur des piles rondes ou en quatre-feuilles, tout comme la salle capitulaire qui la surmonte, réduite à deux travées s'appuyant sur des colonnes. Malgré certaines réminiscences parisiennes ou beauceronnes, l'origine artistique du maître reste à déterminer. Enfin, une école d’inspiration chartraine réalise ensuite vers 1225 le portail sud avec ses deux rosaces.

Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses
Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses

4.3.2.1.2. La nef

Strasbourg, cathédrale : plan
Strasbourg, cathédrale : plan

A partir de 1235 arrive un nouvel atelier de constructeurs qui édifie la nef et impose définitivement l’esprit gothique classique. Du vieux vaisseau roman ne sont gardées que les fondations. La construction de la nef se fait en deux phases : une première de 1235 à 1245 et une seconde de 1253 (date à laquelle on recourt à la vente d’indulgences pour financer les travaux) à 1275.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le bas-côté sud
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le bas-côté sud

Le maître d'œuvre de génie qui a projeté le grand vaisseau de Strasbourg est au courant de toutes les tendances et de toutes les initiatives des chantiers d'Ile-de-France et de Champagne. Sa connaissance intime de l'architecture rayonnante lui permet de prévoir l'évolution et d'y participer. Pendant la seconde campagne, le nouveau maître d'ouvre Rodolphe le Vieux modifie les projets de construction initiaux pour simplifier l'ensemble : il choisit de garder une part plus importante de l'édifice roman et y ajoute 4 travées légèrement plus étroites au lieu des 8 initialement prévues.

Strasbourg, cathédrale : le bas côté nord
Strasbourg, cathédrale : le bas côté nord

Cette nouvelle nef, proche à la fois de l'art champenois (Saint Nicaise de Reims, cathédrale de Troyes, cathédrale de Châlons-sur-Marne) et de l'art de l'Ile-de-France (abbatiale de Saint-Denis, Notre Dame de Paris), subjugue par sa structure rationnelle et sa beauté harmonieuse. Tempérée par le grès rose, la logique implacable du gothique épanoui chasse la muralité et propose une élévation lumineuse d'une élégance raffinée. Dans ses proportions, l'élévation à trois étages respecte le schéma classique « A B A » : le triforium ajouré demeure au milieu de la paroi, s'intercalant entre les grandes arcades richement moulurées et les fenêtres hautes à quatre lancettes qui occupent toute la largeur de la travée. Les piliers fasciculés à seize éléments accentuent la verticalité de l'ensemble alors que le triforium marque fortement les horizontales. Toutefois, la double baguette médiane de la fenêtre haute semble se prolonger par une subdivision du triforium, ce qui annonce manifestement la prochaine fusion de ces deux unités. La baie du collatéral reproduit le dessin de la fenêtre haute. Une arcature décorative et la coursière viennent enrichir et affiner l'espace du bas-côté.

Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cathédrale: le bas côté sud
Strasbourg, cathédrale: le bas côté sud

A l'extérieur, une imposante batterie d'arcs-boutants à large tête (cinq mètres) ajourée d'un quadrilobe assure la stabilité de l'édifice. Chaque arc boutant repose sur une colonnette posée en délit, procédé qui apparaît pour la première fois à Saint Rémi de Reims. Mais la conception même de l'arc-boutant strasbourgeois doit beaucoup au système de contrebutement mis en place à Notre-Dame de Paris vers 1230.

Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè
Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè

Le grand vaisseau de Strasbourg, achevé en 1275, est l'un des plus accomplis de toute l'architecture rayonnante. Son influence sera considérable en Alsace, mais aussi Outre Rhin, à Fribourg-en-Brisgau, Wimpfen im Tal, Reutlingen ou Halberstadt.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale

4.3.2.1.3. La façade occidentale

4.3.2.1.3.1. Maître Erwin
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)

En 1276, les fondations de la nouvelle façade sont solennellement bénies par l'évêque Conrad de Lichtenberg, et la première pierre de la tour Nord est posée en 1277 sur les plans du « projet A », l'un des plus anciens dessins d'architecture conservés en Occident, datant des environs de 1260 qui montre, comme la nef et le jubé, l'influence de Saint Nicaise de Reims. Mais ce projet est rapidement abandonné au profit d’un « Plan B ».

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : projet primitif de la façade ou « Plan A 
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : projet primitif de la façade ou « Plan A 

Le « Projet B » s'inspire de la façade de la cathédrale de Troyes qui comporte 2 tours, 3 portails et un second étage avec une rose centrale. Ce « Projet B » où s'exprime l'un des plus authentiques génies gothiques, prouve que la métropole alsacienne n'est plus seulement une plaque tournante dans l'acheminement du nouveau style vers l'Est, mais aussi et surtout un foyer créateur de première importance. Par son ampleur, son opulence, ses formes nouvelles, le « projet B » dépasse nettement le gothique sage et rationnel du transept méridional de Notre Dame de Paris ou de Saint Urbain de Troyes, ses modèles les plus proches. Les flèches ajourées semblent ajoutées par une main moins experte, et l'extraordinaire rose, touffue et polyvalente, très différente de celle qui fut finalement réalisée, n'a guère d'équivalent dans le domaine royal.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade

Commencée en 1277 conformément au « projet B », la façade est assez avancée en 1284 lorsque maître Erwin dit « De Steinbach », nommé par le Magistrat, prend ses fonctions. Il achève le premier niveau et établit de nouveaux plans, le maître d'œuvre précédant ayant commis plusieurs erreurs. Ce « projet C » prévoit un deuxième niveau nettement plus bas et le remplacement de la rose initiale par une « ronde verrière » beaucoup plus classique, s'inspirant des roses latérales de Notre Dame de Paris. Cette rose à seize pétales, sans couronne intérieure, participe cette fois-ci au dédoublement de la paroi et s'inscrit dans un cadre carré aux écoinçons ajourés. Parmi toutes les roses qui s'épanouissent en Europe à la fin du XIIIè ou au début du XIVè siècle, celle de Strasbourg demeure l'une des plus accomplies par sa pureté.

Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la rose. Cette rosace, est composée d’épis de blés, et non de saints, comme c’est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la rose. Cette rosace, est composée d'épis de blés, et non de saints, comme c'est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville

Le « projet D », vers 1285, également attribué à Erwin, marque une nouvelle étape dans l'évolution du chantier. Il montre le narthex avec la rose et les étages latéraux à leur niveau actuel, c'est-à-dire dépassant nettement la rose. Le décor aveugle du narthex, véritable façade intérieure, somptueuse et filigranée, rivalise avec les revers de façade de Meaux. La rose est découpée dans la paroi, sans écoinçons ajourés, et s'élève au-dessus d'un triforium ajouré pratiquement invisible de l'extérieur. Cette « non correspondance » entre la façade et son revers a été rendue possible par le dédoublement de la paroi et accentue le maniérisme inhérent au procédé.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale

Ralentis par un incendie en 1298, les travaux se poursuivent et en 1318, à la mort de maître Erwin, le deuxième niveau est partiellement achevé, (fonte de la grande cloche en 1316). Son fils Jean continue le chantier jusqu’en 1339. L'examen du narthex révèle plusieurs campagnes qui se situent dans les premières décennies du XIVè. L'élévation latérale de la travée centrale est particulièrement instructive : entre l'arcade aux multiples moulures et la fenêtre haute à quatre lancettes qui correspond au deuxième niveau de la façade prend place un triforium gracile à gables élancés dont la hauteur atteint dix mètres. Cette hauteur inusitée n'est pas due à un choix esthétique délibéré, mais à la nécessité de rattraper la différence de hauteur entre la grande nef (32m) et le narthex (38m).

Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale

On retrouve donc de légères modifications dans les différents étages de la façade, le premier comportant les portails, le second la rosace et le troisième les troncs de clochers.

4.3.2.1.3.2. Maître Gerlach

Maître Gerlach continue les travaux de la façade : Entre 1355 et 1365 il édifie le troisième étage des clochers dont l'architecture n'est pas étrangère à celle de la chapelle Sainte-Catherine. Chaque face est percée d'un triplet, mais seule la lancette médiane rappelle discrètement le dédoublement de la paroi. A l'intérieur, de belles voûtes en étoile à ogives d'angle préparent le passage à l'octogone.

Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut

Gerlach réalise aussi la magnifique chapelle sainte Catherine vers 1340. Ornée et structurée comme une châsse, elle séduit par sa verticalité et le raffinement de ses remplages géométriques. L'apport personnel de maître Gerlach reste considérable, notamment dans la conception des voûtes et dans la modénature. Les voûtes étoilées primitives à clefs pendantes, remplacées au XVIe siècle par les voûtes curvilignes actuelles, rivalisaient avec celles de Bebenhausen ou celle de la chapelle Barbazana à Pampelune. L'exemple strasbourgeois portera ses fruits à la cathédrale de Prague (chapelle Saint Venceslas et sacristie).

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction

Peu avant 1365, on renonce à la construction des flèches. L’enthousiasme de la construction finale des tours s'évanouit. La crainte de séismes (en 1356, Bâle avait été détruite), les difficultés financières et les pertes humaines causées par la grande peste de 1349 expliquent la renonciation aux flèches. Un nouveau projet prévoit la galerie des Apôtres au-dessus de la rose et un beffroi percé d'élégantes baies tripartites et coiffé d'un couronnement à gables. En 1365 les constructeurs atteignent le niveau de la plate-forme actuelle, conférant à la façade la silhouette de Notre-Dame de Paris. En 1371 maître Conrad succède à Gerlach et réalise la galerie au dessus de la rose, particulièrement avec la magnifique galerie des Apôtres.

Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade
Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade
Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade, détail
Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade, détail
4.3.2.1.3.3. La flèche

A la mort de Maître Conrad, son successeur, Michel de Fribourg (1383-1388) est chargé de l'exécution du beffroi. Il modifie une ultime fois le projet (vers 1383) pour aboutir à une « Façade falaise » de type germanique en comblant le vide entre les deux tours par un énorme remplage, sorte de tour centrale. Mais ce bloc façade, achevé par Claus von Lohre (1388-1399) ne satisfait pas le magistrat qui fait appel en 1399 à Ulrich von Ensingen qui vient de commencer la gigantesque tour d'Ulm. Le maître d'œuvre souabe présente un projet de haute tour comportant un octogone cantonné de quatre tourelles d'escalier, surmonté d'un petit étage servant de base à une flèche ajourée aux arêtiers gracieusement incurvés. Son projet à flèche incurvée n'est que partiellement réalisé. A sa mort, en 1419, seuls l'octogone et son petit étage sont terminés.

Strasbourg, cathédrale : la flèche. Dessin extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale : la flèche. Dessin extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur

Le nouveau maître d'œuvre, Jean Hültz de Cologne (1419-1449) modifie une ultime fois les plans. Il surélève les tourelles d'escalier jusqu'au départ de la flèche qu'il érige selon ses propres conceptions : une flèche aux arêtiers chargés de tourelles, œuvre d'une rare virtuosité qui exprime au surplus cette nouvelle recherche d'un style plus anguleux et plus compact. C'est en 1439, date mémorable, qu’est achevée la flèche vertigineuse, sorte de gratte-ciel avant la lettre. A ce stade (d'ailleurs définitif), le Magistrat est très satisfait du travail, car il considère la haute tour non seulement comme le couronnement de la cathédrale, mais aussi comme une sorte de beffroi symbolisant la puissance et la grandeur de la ville.

Strasbourg, cathédrale : la flèche. Plan extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale : la flèche. Plan extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)

Cette tour de 142 mètres de haut fait de Strasbourg la ville ayant l'édifice le plus haut du monde ! Elle gardera « ce record du monde » jusqu'en 1847, année où la flèche de l'église Saint-Nicolas de Hambourg (144 m de hauteur) fut achevée. (Beauvais ou Londres avaient des flèches plus hautes, mais elles se sont écroulées)

Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche

4.3.2.2. Les autres chantiers de la ville

4.3.2.2.1. Saint Thomas

Strasbourg : plan de l’église saint Thomas
Strasbourg : plan de l’église saint Thomas

A coté de la cathédrale, est mise en chantier dans la seconde moitié du XIIIè siècle l’église saint Thomas, ancienne abbaye bénédictine fondée par Florent au VIIè qui est reconstruite ; le massif bâtiment de grès rose construit à partir du XIIIè évoque immédiatement les édifices rhénans. Le monument s’inspire du chantier de la cathédrale, mais reste curieusement de style roman par son pignon nord-ouest et ses arcatures lombardes.

Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière

La reconstruction de l'église en style gothique débute en 1270 par le chœur et le transept. Le chœur à chevet polygonal se contente d'une seule travée droite, tandis que les baies à deux lancettes présentent à l'extérieur des arcs de décharge. Le transept cloisonné à piles intermédiaires garde ses parois latérales. Les façades des croisillons sont subdivisées par un contrefort, comme à Haguenau.

Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église
Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église

Une superbe triple nef à piles fasciculées s'insère vers 1290 entre le transept rayonnant et le massif occidental roman - gothique. Mais les voûtes ne sont lancées que vers 1330, au moment où deux collatéraux supplémentaires viennent constituer une quintuple halle, rarissime en Europe. Le contraste entre la large nef principale et les collatéraux extrêmement élancés sécrète une sorte d'ambiguïté spatiale. La tour de croisée octogonale avec sa coupole sur trompes d'angle, est la dernière de ce genre réalisée en Alsace (1347).

Strasbourg, église saint Thomas : le transept
Strasbourg, église saint Thomas : le transept

Au XVè, l’église s'agrandit de trois chapelles. Datée de 1469, la chapelle Saint-Blaise englobe aussi des éléments romans. La chapelle Saint-André se contente d'une seule travée voûtée à clé sculptée. Mais c'est la chapelle des Evangélistes (1521), avec sa porte en accolade, ses baies aux remplages ondoyants et sa voûte réticulée qui illustre avec bonheur la dernière phase du gothique.

Strasbourg, saint Thomas
Strasbourg, saint Thomas

Ainsi Saint-Thomas de Strasbourg est la plus spectaculaire des « Hallenkirche » d'Alsace, ou « église-halle » aux nefs de hauteur sensiblement égale. L’église est aussi en 1290 le premier édifice de ce type en Allemagne du Sud.

Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas
Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas

4.3.2.2.2. Saint Pierre le Jeune

Fondée en 1031 l’église St Pierre le Jeune est reconstruite dans le style gothique entre 1250 et 1320. Hormis les encadrements des portes et fenêtres, elle est construite en briques et recouverte de chaux. Elle se dote vers 1280-1290 d'un imposant chœur profond à quatre travées, rond point à sept pans de décagone et chapelle axiale. Comme à Reims, la voûte du chevet occupe une travée et l'abside, la clé étant sur le doubleau. A l'extérieur les arcs de décharge surmontent les baies à deux lancettes.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept

Entre 1290 et 1320 environ est réalisée la nef élancée à transept occidental. Un élément des piles octogonales monte jusqu'aux voûtes et délimite les travées. Les fenêtres à trois lancettes, soulignées par un bandeau, sont relativement grandes et assurent une élévation à trois étages. Au Sud, le bas-côté est dédoublé en forme de halle (comme à Wissembourg). Une rangée de colonnes sans chapiteaux reçoit les voûtes et soutient en même temps la culée intermédiaire des arcs-boutants.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé

Vers 1360, l'église Saint Pierre le Jeune s'agrandit de la chapelle Saint-Jean munie de contreforts intérieurs. La chapelle de la Trinité est édifiée par Hans Hammer en 1491 (Beau baptistère). On accède à l’église par le portail Sud, le «Portail Erwin» dont les statues de 1897 sont des imitations des originales détruites lors de la Révolution (Vierges sages et folles, prophètes et saints). L’église possède enfin un très joli cloître reconstitué au XIXè avec des éléments romans (3 galeries) et gothiques.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le cloître
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le cloître

4.3.2.2.3. Les édifices des ordres mendiants et des ordres prêcheurs

  • Les Dominicains et Franciscains, ordres animés d'une spiritualité nouvelle, dont la naissance et le développement illustrent le fait urbain, sont de grands bâtisseurs. Ces ordres prennent une importance grandissante et déploient une activité assez intense et de tous ordres, spéculative, prêchante, charismatique et, aussi... lucrative. Leurs églises, bien que sobres et dépouillées, sont vastes pour recevoir de nombreux fidèles et de type « Hallenkirche ». Souvent charpentées, elles se caractérisent par un chœur très étendu et par de hautes fenêtres. Ainsi l’église des Dominicains construite en deux campagnes (1254-1260 pour le chœur et la nef, 1307-1345 pour un second agrandissement réalisant une église-halle à deux hautes nefs centrales dont il reste une gravure du XVIIè siècle).
  • Strasbourg : l’ancienne église des Dominicains, détruite pendant le siège de Strasbourg en août 1870. Sur son emplacement s’élève aujourd’hui le Temple Neuf
    Strasbourg : l’ancienne église des Dominicains, détruite pendant le siège de Strasbourg en août 1870. Sur son emplacement s’élève aujourd’hui le Temple Neuf
    Strasbourg : le couvent des Dominicains ou « Prediger ». Gravure du XVIIè
    Strasbourg : le couvent des Dominicains ou « Prediger ». Gravure du XVIIè
  • De la même époque date l’église des Cordeliers aujourd’hui détruite (emplacement de l’actuelle place Kléber).
  • Strasbourg : la place des Cordeliers, actuelle place Kléber. Gravure du XVIIè
    Strasbourg : la place des Cordeliers, actuelle place Kléber. Gravure du XVIIè
    Détail du plan de Conrad Morant de 1548 : de gauche à droite : l’église et le couvent des Cordeliers, le « Pfennigturm » (place Kléber) et l’église des Dominicains (Place du Temple Neuf)
    Détail du plan de Conrad Morant de 1548 : de gauche à droite : l’église et le couvent des Cordeliers, le « Pfennigturm » (place Kléber) et l’église des Dominicains (Place du Temple Neuf)
  • Sur des vestiges de 1182, l'église Saint Nicolas de Strasbourg est reconstruite en 1381.
  • Strasbourg : l’église saint Nicolas, vue de la Petite France
    Strasbourg : l’église saint Nicolas, vue de la Petite France
  • Fondée par les Müllenheim en 1306, l’église Saint Guillaume est mise à disposition des moines Guillemites. Le sanctuaire est à nef unique et non voûté, avec un chœur profond de cinq axes, non voûté lui aussi malgré la présence de contreforts étayant le chevet. L'église sera remaniée en 1488. De cette époque datent le porche voûté avec ses roses flamboyantes et son portail sculpté ainsi que le remarquable jubé de trois travées avec ses clés pendantes. De beaux vitraux du XIVè au XVIIè content des scènes bibliques ainsi que le cycle de St Guillaume et de Ste Catherine. Certains sont de la main de Pierre Hemmel.
  • Strasbourg  Krutenau : l’église saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg  Krutenau : l’église saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè

4.3.2.3. L’architecture civile

Bien que l'architecture civile soit loin d'avoir été négligeable au XIVè siècle, elle a grandement souffert des aménagements et des modifications d'ordre urbanistique des temps qui suivirent, de sorte que ses vestiges sont pour la plupart intégrés dans les structures postérieures : soubassements, portiques et pignons crénelés (aile gauche de l'Œuvre Notre-Dame de 1347).

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