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Strasbourg : la ville au Moyen Age (Alsace)

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4.3. L’époque gothique : XIII-XVè

Le r√īle croissant des corporations et des bourgeois
L’architecture
Sculpture
Peinture
Vitrail
Les lettres

4.3.2. L’architecture

4.3.2.1. La cathédrale

4.3.2.1.1. Les premiers pas du gothique

Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences
Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences

Les premi√®res d√©cennies du XIII√® si√®cle voient l'introduction du style gothique dans la cath√©drale avec l'ach√®vement du transept de la cath√©drale de Strasbourg dans un esprit de rupture manifeste avec le monde roman. C¬íest l¬í¬úuvre d¬íun atelier chartrain qui se manifeste d¬íailleurs plus dans la sculpture que dans l¬íarchitecture, dans le c√©l√®bre ¬ę¬†Pilier du Jugement¬†¬Ľ (improprement nomm√© ¬ę¬†Pilier des Anges¬†¬Ľ). Du point de vue architectural, cet atelier couvre le transept non plus d¬íune charpente, mais d¬íune crois√©e d'ogive¬†: la colonne massive qui se dresse au milieu du croisillon nord du transept devient au sud un faisceau de colonnettes autour d'un noyau polygonal, et le chapiteau devient le r√©ceptacle des nervures de la vo√Ľte d√©velopp√©es en palmier.

Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement

Au m√™me moment est r√©alis√©e la chapelle Saint Jean-Baptiste. Cette chapelle est de type ¬ę¬†halle¬†¬Ľ √† trois triples trav√©es reposant sur des piles rondes ou en quatre-feuilles, tout comme la salle capitulaire qui la surmonte, r√©duite √† deux trav√©es s'appuyant sur des colonnes. Malgr√© certaines r√©miniscences parisiennes ou beauceronnes, l'origine artistique du ma√ģtre reste √† d√©terminer. Enfin, une √©cole d¬íinspiration chartraine r√©alise ensuite vers 1225 le portail sud avec ses deux rosaces.

Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses
Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses

4.3.2.1.2. La nef

Strasbourg, cathédrale : plan
Strasbourg, cathédrale : plan

A partir de 1235 arrive un nouvel atelier de constructeurs qui édifie la nef et impose définitivement l’esprit gothique classique. Du vieux vaisseau roman ne sont gardées que les fondations. La construction de la nef se fait en deux phases : une première de 1235 à 1245 et une seconde de 1253 (date à laquelle on recourt à la vente d’indulgences pour financer les travaux) à 1275.

Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: le bas-c√īt√© sud
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: le bas-c√īt√© sud

Le ma√ģtre d'¬úuvre de g√©nie qui a projet√© le grand vaisseau de Strasbourg est au courant de toutes les tendances et de toutes les initiatives des chantiers d'Ile-de-France et de Champagne. Sa connaissance intime de l'architecture rayonnante lui permet de pr√©voir l'√©volution et d'y participer. Pendant la seconde campagne, le nouveau ma√ģtre d'ouvre Rodolphe le Vieux modifie les projets de construction initiaux pour simplifier l'ensemble¬†: il choisit de garder une part plus importante de l'√©difice roman et y ajoute 4 trav√©es l√©g√®rement plus √©troites au lieu des 8 initialement pr√©vues.

Strasbourg, cath√©drale¬†: le bas c√īt√© nord
Strasbourg, cath√©drale¬†: le bas c√īt√© nord

Cette nouvelle nef, proche √† la fois de l'art champenois (Saint Nicaise de Reims, cath√©drale de Troyes, cath√©drale de Ch√Ęlons-sur-Marne) et de l'art de l'Ile-de-France (abbatiale de Saint-Denis, Notre Dame de Paris), subjugue par sa structure rationnelle et sa beaut√© harmonieuse. Temp√©r√©e par le gr√®s rose, la logique implacable du gothique √©panoui chasse la muralit√© et propose une √©l√©vation lumineuse d'une √©l√©gance raffin√©e. Dans ses proportions, l'√©l√©vation √† trois √©tages respecte le sch√©ma classique ¬ę¬†A B A¬†¬Ľ¬†: le triforium ajour√© demeure au milieu de la paroi, s'intercalant entre les grandes arcades richement moulur√©es et les fen√™tres hautes √† quatre lancettes qui occupent toute la largeur de la trav√©e. Les piliers fascicul√©s √† seize √©l√©ments accentuent la verticalit√© de l'ensemble alors que le triforium marque fortement les horizontales. Toutefois, la double baguette m√©diane de la fen√™tre haute semble se prolonger par une subdivision du triforium, ce qui annonce manifestement la prochaine fusion de ces deux unit√©s. La baie du collat√©ral reproduit le dessin de la fen√™tre haute. Une arcature d√©corative et la coursi√®re viennent enrichir et affiner l'espace du bas-c√īt√©.

Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cath√©drale: le bas c√īt√© sud
Strasbourg, cath√©drale: le bas c√īt√© sud

A l'ext√©rieur, une imposante batterie d'arcs-boutants √† large t√™te (cinq m√®tres) ajour√©e d'un quadrilobe assure la stabilit√© de l'√©difice. Chaque arc boutant repose sur une colonnette pos√©e en d√©lit, proc√©d√© qui appara√ģt pour la premi√®re fois √† Saint R√©mi de Reims. Mais la conception m√™me de l'arc-boutant strasbourgeois doit beaucoup au syst√®me de contrebutement mis en place √† Notre-Dame de Paris vers 1230.

Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè
Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè

Le grand vaisseau de Strasbourg, achevé en 1275, est l'un des plus accomplis de toute l'architecture rayonnante. Son influence sera considérable en Alsace, mais aussi Outre Rhin, à Fribourg-en-Brisgau, Wimpfen im Tal, Reutlingen ou Halberstadt.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale

4.3.2.1.3. La façade occidentale

4.3.2.1.3.1. Ma√ģtre Erwin
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)

En 1276, les fondations de la nouvelle fa√ßade sont solennellement b√©nies par l'√©v√™que Conrad de Lichtenberg, et la premi√®re pierre de la tour Nord est pos√©e en 1277 sur les plans du ¬ę¬†projet A¬†¬Ľ, l'un des plus anciens dessins d'architecture conserv√©s en Occident, datant des environs de 1260 qui montre, comme la nef et le jub√©, l'influence de Saint Nicaise de Reims. Mais ce projet est rapidement abandonn√© au profit d¬íun ¬ę¬†Plan B¬†¬Ľ.

Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: projet primitif de la fa√ßade ou ¬ę¬†Plan A¬†
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: projet primitif de la fa√ßade ou ¬ę¬†Plan A¬†

Le ¬ę¬†Projet B¬†¬Ľ s'inspire de la fa√ßade de la cath√©drale de Troyes qui comporte 2 tours, 3 portails et un second √©tage avec une rose centrale. Ce ¬ę¬†Projet B¬†¬Ľ o√Ļ s'exprime l'un des plus authentiques g√©nies gothiques, prouve que la m√©tropole alsacienne n'est plus seulement une plaque tournante dans l'acheminement du nouveau style vers l'Est, mais aussi et surtout un foyer cr√©ateur de premi√®re importance. Par son ampleur, son opulence, ses formes nouvelles, le ¬ę¬†projet B¬†¬Ľ d√©passe nettement le gothique sage et rationnel du transept m√©ridional de Notre Dame de Paris ou de Saint Urbain de Troyes, ses mod√®les les plus proches. Les fl√®ches ajour√©es semblent ajout√©es par une main moins experte, et l'extraordinaire rose, touffue et polyvalente, tr√®s diff√©rente de celle qui fut finalement r√©alis√©e, n'a gu√®re d'√©quivalent dans le domaine royal.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade

Commenc√©e en 1277 conform√©ment au ¬ę¬†projet B¬†¬Ľ, la fa√ßade est assez avanc√©e en 1284 lorsque ma√ģtre Erwin dit ¬ę¬†De Steinbach¬†¬Ľ, nomm√© par le Magistrat, prend ses fonctions. Il ach√®ve le premier niveau et √©tablit de nouveaux plans, le ma√ģtre d'¬úuvre pr√©c√©dant ayant commis plusieurs erreurs. Ce ¬ę¬†projet C¬†¬Ľ pr√©voit un deuxi√®me niveau nettement plus bas et le remplacement de la rose initiale par une ¬ę¬†ronde verri√®re¬†¬Ľ beaucoup plus classique, s'inspirant des roses lat√©rales de Notre Dame de Paris. Cette rose √† seize p√©tales, sans couronne int√©rieure, participe cette fois-ci au d√©doublement de la paroi et s'inscrit dans un cadre carr√© aux √©coin√ßons ajour√©s. Parmi toutes les roses qui s'√©panouissent en Europe √† la fin du XIII√® ou au d√©but du XIV√® si√®cle, celle de Strasbourg demeure l'une des plus accomplies par sa puret√©.

Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
 Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: la rose. Cette rosace, est compos√©e d’√©pis de bl√©s, et non de saints, comme c’est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la rose. Cette rosace, est composée d'épis de blés, et non de saints, comme c'est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville

Le ¬ę¬†projet D¬†¬Ľ, vers 1285, √©galement attribu√© √† Erwin, marque une nouvelle √©tape dans l'√©volution du chantier. Il montre le narthex avec la rose et les √©tages lat√©raux √† leur niveau actuel, c'est-√†-dire d√©passant nettement la rose. Le d√©cor aveugle du narthex, v√©ritable fa√ßade int√©rieure, somptueuse et filigran√©e, rivalise avec les revers de fa√ßade de Meaux. La rose est d√©coup√©e dans la paroi, sans √©coin√ßons ajour√©s, et s'√©l√®ve au-dessus d'un triforium ajour√© pratiquement invisible de l'ext√©rieur. Cette ¬ę¬†non correspondance¬†¬Ľ entre la fa√ßade et son revers a √©t√© rendue possible par le d√©doublement de la paroi et accentue le mani√©risme inh√©rent au proc√©d√©.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale

Ralentis par un incendie en 1298, les travaux se poursuivent et en 1318, √† la mort de ma√ģtre Erwin, le deuxi√®me niveau est partiellement achev√©, (fonte de la grande cloche en 1316). Son fils Jean continue le chantier jusqu¬íen 1339. L'examen du narthex r√©v√®le plusieurs campagnes qui se situent dans les premi√®res d√©cennies du XIV√®. L'√©l√©vation lat√©rale de la trav√©e centrale est particuli√®rement instructive¬†: entre l'arcade aux multiples moulures et la fen√™tre haute √† quatre lancettes qui correspond au deuxi√®me niveau de la fa√ßade prend place un triforium gracile √† gables √©lanc√©s dont la hauteur atteint dix m√®tres. Cette hauteur inusit√©e n'est pas due √† un choix esth√©tique d√©lib√©r√©, mais √† la n√©cessit√© de rattraper la diff√©rence de hauteur entre la grande nef (32m) et le narthex (38m).

Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale

On retrouve donc de légères modifications dans les différents étages de la façade, le premier comportant les portails, le second la rosace et le troisième les troncs de clochers.

4.3.2.1.3.2. Ma√ģtre Gerlach

Ma√ģtre Gerlach continue les travaux de la fa√ßade¬†: Entre 1355 et 1365 il √©difie le troisi√®me √©tage des clochers dont l'architecture n'est pas √©trang√®re √† celle de la chapelle Sainte-Catherine. Chaque face est perc√©e d'un triplet, mais seule la lancette m√©diane rappelle discr√®tement le d√©doublement de la paroi. A l'int√©rieur, de belles vo√Ľtes en √©toile √† ogives d'angle pr√©parent le passage √† l'octogone.

Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut

Gerlach r√©alise aussi la magnifique chapelle sainte Catherine vers 1340. Orn√©e et structur√©e comme une ch√Ęsse, elle s√©duit par sa verticalit√© et le raffinement de ses remplages g√©om√©triques. L'apport personnel de ma√ģtre Gerlach reste consid√©rable, notamment dans la conception des vo√Ľtes et dans la mod√©nature. Les vo√Ľtes √©toil√©es primitives √† clefs pendantes, remplac√©es au XVIe si√®cle par les vo√Ľtes curvilignes actuelles, rivalisaient avec celles de Bebenhausen ou celle de la chapelle Barbazana √† Pampelune. L'exemple strasbourgeois portera ses fruits √† la cath√©drale de Prague (chapelle Saint Venceslas et sacristie).

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction

Peu avant 1365, on renonce √† la construction des fl√®ches. L¬íenthousiasme de la construction finale des tours s'√©vanouit. La crainte de s√©ismes (en 1356, B√Ęle avait √©t√© d√©truite), les difficult√©s financi√®res et les pertes humaines caus√©es par la grande peste de 1349 expliquent la renonciation aux fl√®ches. Un nouveau projet pr√©voit la galerie des Ap√ītres au-dessus de la rose et un beffroi perc√© d'√©l√©gantes baies tripartites et coiff√© d'un couronnement √† gables. En 1365 les constructeurs atteignent le niveau de la plate-forme actuelle, conf√©rant √† la fa√ßade la silhouette de Notre-Dame de Paris. En 1371 ma√ģtre Conrad succ√®de √† Gerlach et r√©alise la galerie au dessus de la rose, particuli√®rement avec la magnifique galerie des Ap√ītres.

Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade
Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade
Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade, d√©tail
Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade, d√©tail
4.3.2.1.3.3. La flèche

A la mort de Ma√ģtre Conrad, son successeur, Michel de Fribourg (1383-1388) est charg√© de l'ex√©cution du beffroi. Il modifie une ultime fois le projet (vers 1383) pour aboutir √† une ¬ę¬†Fa√ßade falaise¬†¬Ľ de type germanique en comblant le vide entre les deux tours par un √©norme remplage, sorte de tour centrale. Mais ce bloc fa√ßade, achev√© par Claus von Lohre (1388-1399) ne satisfait pas le magistrat qui fait appel en 1399 √† Ulrich von Ensingen qui vient de commencer la gigantesque tour d'Ulm. Le ma√ģtre d'¬úuvre souabe pr√©sente un projet de haute tour comportant un octogone cantonn√© de quatre tourelles d'escalier, surmont√© d'un petit √©tage servant de base √† une fl√®che ajour√©e aux ar√™tiers gracieusement incurv√©s. Son projet √† fl√®che incurv√©e n'est que partiellement r√©alis√©. A sa mort, en 1419, seuls l'octogone et son petit √©tage sont termin√©s.

Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Dessin extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Dessin extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur

Le nouveau ma√ģtre d'¬úuvre, Jean H√ľltz de Cologne (1419-1449) modifie une ultime fois les plans. Il sur√©l√®ve les tourelles d'escalier jusqu'au d√©part de la fl√®che qu'il √©rige selon ses propres conceptions¬†: une fl√®che aux ar√™tiers charg√©s de tourelles, ¬úuvre d'une rare virtuosit√© qui exprime au surplus cette nouvelle recherche d'un style plus anguleux et plus compact. C'est en 1439, date m√©morable, qu¬íest achev√©e la fl√®che vertigineuse, sorte de gratte-ciel avant la lettre. A ce stade (d'ailleurs d√©finitif), le Magistrat est tr√®s satisfait du travail, car il consid√®re la haute tour non seulement comme le couronnement de la cath√©drale, mais aussi comme une sorte de beffroi symbolisant la puissance et la grandeur de la ville.

Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Plan extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Plan extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)

Cette tour de 142 m√®tres de haut fait de Strasbourg la ville ayant l'√©difice le plus haut du monde¬†! Elle gardera ¬ę¬†ce record du monde¬†¬Ľ jusqu'en 1847, ann√©e o√Ļ la fl√®che de l'√©glise Saint-Nicolas de Hambourg (144 m de hauteur) fut achev√©e. (Beauvais ou Londres avaient des fl√®ches plus hautes, mais elles se sont √©croul√©es)

Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche

4.3.2.2. Les autres chantiers de la ville

4.3.2.2.1. Saint Thomas

Strasbourg : plan de l’église saint Thomas
Strasbourg : plan de l’église saint Thomas

A cot√© de la cath√©drale, est mise en chantier dans la seconde moiti√© du XIII√® si√®cle l¬í√©glise saint Thomas, ancienne abbaye b√©n√©dictine fond√©e par Florent au VII√® qui est reconstruite¬†; le massif b√Ętiment de gr√®s rose construit √† partir du XIII√® √©voque imm√©diatement les √©difices rh√©nans. Le monument s¬íinspire du chantier de la cath√©drale, mais reste curieusement de style roman par son pignon nord-ouest et ses arcatures lombardes.

Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière

La reconstruction de l'église en style gothique débute en 1270 par le chœur et le transept. Le chœur à chevet polygonal se contente d'une seule travée droite, tandis que les baies à deux lancettes présentent à l'extérieur des arcs de décharge. Le transept cloisonné à piles intermédiaires garde ses parois latérales. Les façades des croisillons sont subdivisées par un contrefort, comme à Haguenau.

Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église
Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église

Une superbe triple nef √† piles fascicul√©es s'ins√®re vers 1290 entre le transept rayonnant et le massif occidental roman - gothique. Mais les vo√Ľtes ne sont lanc√©es que vers 1330, au moment o√Ļ deux collat√©raux suppl√©mentaires viennent constituer une quintuple halle, rarissime en Europe. Le contraste entre la large nef principale et les collat√©raux extr√™mement √©lanc√©s s√©cr√®te une sorte d'ambigu√Įt√© spatiale. La tour de crois√©e octogonale avec sa coupole sur trompes d'angle, est la derni√®re de ce genre r√©alis√©e en Alsace (1347).

Strasbourg, église saint Thomas : le transept
Strasbourg, église saint Thomas : le transept

Au XV√®, l¬í√©glise s'agrandit de trois chapelles. Dat√©e de 1469, la chapelle Saint-Blaise englobe aussi des √©l√©ments romans. La chapelle Saint-Andr√© se contente d'une seule trav√©e vo√Ľt√©e √† cl√© sculpt√©e. Mais c'est la chapelle des Evang√©listes (1521), avec sa porte en accolade, ses baies aux remplages ondoyants et sa vo√Ľte r√©ticul√©e qui illustre avec bonheur la derni√®re phase du gothique.

Strasbourg, saint Thomas
Strasbourg, saint Thomas

Ainsi Saint-Thomas de Strasbourg est la plus spectaculaire des ¬ę¬†Hallenkirche¬†¬Ľ d'Alsace, ou ¬ę¬†√©glise-halle¬†¬Ľ aux nefs de hauteur sensiblement √©gale. L¬í√©glise est aussi en 1290 le premier √©difice de ce type en Allemagne du Sud.

Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas
Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas

4.3.2.2.2. Saint Pierre le Jeune

Fond√©e en 1031 l¬í√©glise St Pierre le Jeune est reconstruite dans le style gothique entre 1250 et 1320. Hormis les encadrements des portes et fen√™tres, elle est construite en briques et recouverte de chaux. Elle se dote vers 1280-1290 d'un imposant ch¬úur profond √† quatre trav√©es, rond point √† sept pans de d√©cagone et chapelle axiale. Comme √† Reims, la vo√Ľte du chevet occupe une trav√©e et l'abside, la cl√© √©tant sur le doubleau. A l'ext√©rieur les arcs de d√©charge surmontent les baies √† deux lancettes.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept

Entre 1290 et 1320 environ est r√©alis√©e la nef √©lanc√©e √† transept occidental. Un √©l√©ment des piles octogonales monte jusqu'aux vo√Ľtes et d√©limite les trav√©es. Les fen√™tres √† trois lancettes, soulign√©es par un bandeau, sont relativement grandes et assurent une √©l√©vation √† trois √©tages. Au Sud, le bas-c√īt√© est d√©doubl√© en forme de halle (comme √† Wissembourg). Une rang√©e de colonnes sans chapiteaux re√ßoit les vo√Ľtes et soutient en m√™me temps la cul√©e interm√©diaire des arcs-boutants.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé

Vers 1360, l'√©glise Saint Pierre le Jeune s'agrandit de la chapelle Saint-Jean munie de contreforts int√©rieurs. La chapelle de la Trinit√© est √©difi√©e par Hans Hammer en 1491 (Beau baptist√®re). On acc√®de √† l¬í√©glise par le portail Sud, le ¬ęPortail Erwin¬Ľ dont les statues de 1897 sont des imitations des originales d√©truites lors de la R√©volution (Vierges sages et folles, proph√®tes et saints). L¬í√©glise poss√®de enfin un tr√®s joli clo√ģtre reconstitu√© au XIX√® avec des √©l√©ments romans (3 galeries) et gothiques.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune¬†: le clo√ģtre
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune¬†: le clo√ģtre

4.3.2.2.3. Les édifices des ordres mendiants et des ordres prêcheurs

  • Les Dominicains et Franciscains, ordres anim√©s d'une spiritualit√© nouvelle, dont la naissance et le d√©veloppement illustrent le fait urbain, sont de grands b√Ętisseurs. Ces ordres prennent une importance grandissante et d√©ploient une activit√© assez intense et de tous ordres, sp√©culative, pr√™chante, charismatique et, aussi... lucrative. Leurs √©glises, bien que sobres et d√©pouill√©es, sont vastes pour recevoir de nombreux fid√®les et de type ¬ę¬†Hallenkirche¬†¬Ľ. Souvent charpent√©es, elles se caract√©risent par un ch¬úur tr√®s √©tendu et par de hautes fen√™tres. Ainsi l¬í√©glise des Dominicains construite en deux campagnes (1254-1260 pour le ch¬úur et la nef, 1307-1345 pour un second agrandissement r√©alisant une √©glise-halle √† deux hautes nefs centrales dont il reste une gravure du XVII√® si√®cle).
  • Strasbourg¬†: l¬íancienne √©glise des Dominicains, d√©truite pendant le si√®ge de Strasbourg en ao√Ľt 1870. Sur son emplacement s¬í√©l√®ve aujourd¬íhui le Temple Neuf
    Strasbourg¬†: l¬íancienne √©glise des Dominicains, d√©truite pendant le si√®ge de Strasbourg en ao√Ľt 1870. Sur son emplacement s¬í√©l√®ve aujourd¬íhui le Temple Neuf
    Strasbourg¬†: le couvent des Dominicains ou ¬ę¬†Prediger¬†¬Ľ. Gravure du XVII√®
    Strasbourg¬†: le couvent des Dominicains ou ¬ę¬†Prediger¬†¬Ľ. Gravure du XVII√®
  • De la m√™me √©poque date l¬í√©glise des Cordeliers aujourd¬íhui d√©truite (emplacement de l¬íactuelle place Kl√©ber).
  • Strasbourg¬†: la place des Cordeliers, actuelle place Kl√©ber. Gravure du XVII√®
    Strasbourg : la place des Cordeliers, actuelle place Kléber. Gravure du XVIIè
    D√©tail du plan de Conrad Morant de 1548¬†: de gauche √† droite¬†: l¬í√©glise et le couvent des Cordeliers, le ¬ę¬†Pfennigturm¬†¬Ľ (place Kl√©ber) et l¬í√©glise des Dominicains (Place du Temple Neuf)
    D√©tail du plan de Conrad Morant de 1548¬†: de gauche √† droite¬†: l¬í√©glise et le couvent des Cordeliers, le ¬ę¬†Pfennigturm¬†¬Ľ (place Kl√©ber) et l¬í√©glise des Dominicains (Place du Temple Neuf)
  • Sur des vestiges de 1182, l'√©glise Saint Nicolas de Strasbourg est reconstruite en 1381.
  • Strasbourg¬†: l¬í√©glise saint Nicolas, vue de la Petite France
    Strasbourg : l’église saint Nicolas, vue de la Petite France
  • Fond√©e par les M√ľllenheim en 1306, l¬í√©glise Saint Guillaume est mise √† disposition des moines Guillemites. Le sanctuaire est √† nef unique et non vo√Ľt√©, avec un ch¬úur profond de cinq axes, non vo√Ľt√© lui aussi malgr√© la pr√©sence de contreforts √©tayant le chevet. L'√©glise sera remani√©e en 1488. De cette √©poque datent le porche vo√Ľt√© avec ses roses flamboyantes et son portail sculpt√© ainsi que le remarquable jub√© de trois trav√©es avec ses cl√©s pendantes. De beaux vitraux du XIV√® au XVII√® content des sc√®nes bibliques ainsi que le cycle de St Guillaume et de Ste Catherine. Certains sont de la main de Pierre Hemmel.
  • Strasbourg¬† Krutenau¬†: l¬í√©glise saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg  Krutenau : l’église saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè

4.3.2.3. L’architecture civile

Bien que l'architecture civile soit loin d'avoir √©t√© n√©gligeable au XIV√® si√®cle, elle a grandement souffert des am√©nagements et des modifications d'ordre urbanistique des temps qui suivirent, de sorte que ses vestiges sont pour la plupart int√©gr√©s dans les structures post√©rieures¬†: soubassements, portiques et pignons cr√©nel√©s (aile gauche de l'¬Ćuvre Notre-Dame de 1347).

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