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Le camp de concentration de Oranienbourg - Sachsenhausen

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9. Témoignages

Les Kommandos, par Sachso
La vie quotidienne, par Sachso
Sévices et mort, par Sachso
Fusillades avant l’évacuation, par Sachso
Le procès Kaindl
Le massacre des P.G. Soviétiques, par R. Franqueville
Les repas, par A. le Bihan

9.5. Le procès Kaindl

Procureur Général :
- Quels genres d'exterminations ont eu lieu dans votre camp ?
Kaindl :
- Jusqu'au milieu de 1943, on exécutait les gens en les abattant ou en les pendant. Pour l'exécution en masse des prisonniers de guerre russes, on avait aménagé une pièce spéciale en cabinet médical. Dans cette chambre se trouvait un appareil pour mesurer la taille d'un homme et une table pour examiner l'acuité visuelle. Il y avait également des SS habillés en médecins avec des blouses blanches. En mesurant soit disant la taille du prisonnier, celui-ci était abattu d'une balle dans la nuque, tirée à travers une ouverture pratiquée dans l'appareil de mesure. Dans la chambre se trouvant derrière cet appareil, on jouait des disques afin de couvrir le bruit des coups de feu.
Procureur Général :
- Quand vous êtes devenu commandant de camp, y avez-vous trouvé une technique d'extermination déjà mise au point ?
Kaindl:
- En effet. Outre le cabinet médical, il y avait un lieu d'exécution où l'on abattait les prisonniers, une potence mobile et une potence mécanisée où l'on pouvait pendre trois ou quatre personnes à la fois.
Procureur Général :
- Avez-vous apporté des changements à cette technique de destruction ou non ?
Kaindl :
- En mars 1943, j'ai introduit les chambres à gaz comme lieu d'extermination en masse.
Procureur Général :
- Sur votre propre initiative ?
Kaindl :
- Partiellement oui. Etant donné que les installations existantes ne suffisaient plus pour l'extermination prévue, j'ai organisé une réunion à laquelle a participé également le médecin-chef Baumkötter. Celui-ci me raconta que l'empoisonnement de gens par l'acide prussique dans des chambres spéciales entraînait une mort immédiate. Je considérais dès lors l'installation de chambres à gaz pour l'extermination massive comme un moyen efficace et plus humain.
Procureur Général :
- Qui était responsable de cette destruction de vies humaines ?
Kaindl :
- Le commandant de camp lui-même.
Procureur Général :
- Donc vous ?
Kaindl :
- En effet.
Procureur Général :
- Combien de prisonniers ont été exterminés à Sachsenhausen pendant l'exercice de vos fonctions de commandant de camp, c’est à dire pendant deux ans et huit mois ?
Kaindl :
- Au total, 42.000 personnes ont été exterminées sous ma responsabilité, dont 18.000 directement à l'intérieur du camp même.
Procureur Général :
- Et combien de personnes moururent de faim pendant cette période ?
Kaindl :
- D'après mon estimation, 8.000 prisonniers moururent de faim durant cette période.
Procureur Général :
Accusé Kaindl, avez-vous reçu l'ordre de faire sauter le camp pour effacer les traces des méfaits commis ?
Kaindl :
- Oui. Le 1er février 1945, j'ai eu une conversation avec le chef de la Gestapo, Müller. A cette occasion, il me transmit l'ordre de détruire le camp par un bombardement d'artillerie ou d'aviation ou par gazage. L'exécution de cet ordre, qui venait d'Himmler, n'était toutefois pas réalisable techniquement.
Procureur Général :
- Auriez vous exécuté cet ordre si cela avait été possible techniquement ?
Kaindl :
- Cela va de soi. Mais c'était impossible. Un bombardement d'artillerie ou une attaque aérienne auraient été remarqué par la population locale. Un gazage aurait fait courir des risques à la population locale et au personnel SS.
Procureur Général :
- Qu'avez-vous fait alors ?
Kaindl :
- J'ai tenu une réunion avec Höhn et d'autres et ensuite j'ai ordonné l'extermination de tous les malades, des prisonniers inaptes au travail et, avant tout, des prisonniers politiques.
Procureur Général :
- Cela fut-il fait ?
Kaindl :
- Nous avons commencé. Dans la nuit du 2 février, les premiers furent abattus. Il y en avait à peu près 150. Jusqu'à la fin du mois de mars, nous avons réussi à exterminer environ 5.000 personnes.
Procureur Général :
- Qui dirigeait cette extermination en masse ?
Kaindl :
- L'accusé Höhn que j'avais chargé de cette opération.
Procureur Général :
- Combien de prisonniers se trouvaient alors encore au camp ?
Kaindl :
- 40.000 à 45.000. Le 18 avril je reçus l'ordre de les embarquer sur des péniches pour les mener par la Spree sur la mer Baltique et de les couler en pleine mer. Le temps nous manquait pour nous procurer suffisamment de péniches pour tant de prisonniers, et parce que l'Armée Rouge avançait trop rapidement.
Procureur Général :
- Que s'est-il alors passé ?
Kaindl :
- J'ai fait évacuer les prisonniers à pied, d'abord en direction de Wittstock, puis vers Lübeck où ils seraient embarqués sur des navires et ensuite noyés.
Procureur Général :
- Tous les prisonniers ont-ils eu des soins lors de cette évacuation ?
Kaindl :
- Non. 6 à 7.000 personnes ne reçurent aucun soin parce qu'il n'y avait plus rien.
Procureur Général :
- Ces gens sont-ils morts d'épuisement et de faim pendant la marche ?
Kaindl :
- Oui.
Extrait du procès d'Anton Kaindl, ancien commandant de camp de Sachsenhausen.


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