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Rome : la chapelle Sixtine (Vatican)

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2.2. La voûte de la Sixtine

La partie centrale de la voûte
Les voyants : Prophètes et Sibylles
Les pendentifs
Les lunettes et les voûtains
Le cadre architectural

2.2.1. La partie centrale de la voûte

2.2.1.1. Généralités

Disposition générale des fresques de la voûte de la chapelle Sixtine
Disposition générale des fresques de la voûte de la chapelle Sixtine
Long vaisseau grouillant de personnages peints, proches de la statuaire, la voûte de la chapelle Sixtine est décorée de neuf scènes centrales, neuf épisodes de la Genèse, groupés trois par trois e trois cycles : l'origine du monde, l'origine de l'homme et l'origine du péché. Michel Ange donne du rythme à l’ensemble : à un panneau plus petit, d’environ 170 x 260cm qu’encadrent chaque fois quatre « Ignudi », symboles de l'homme méditant ou ému par la grandeur de Dieu et la misère de l'homme succède un grand panneau rectangulaire d’imposantes dimensions (280 x 570 cm) Entre les nus des petits panneaux, des médaillons racontent de petites scènes bibliques.

Chapelle Sixtine, Vatican : l’intérieur. 1475-1483 pour les fresques de murs ; 1508-1512 pour la voûte ; 1535-1541 pour le jugement dernier
Chapelle Sixtine, Vatican : l’intérieur. 1475-1483 pour les fresques de murs ; 1508-1512 pour la voûte ; 1535-1541 pour le jugement dernier

L'échelle des corps, plus de 300 est d'une prodigieuse variété, allant d'une taille modeste ou naturelle jusqu'au gigantisme. Certains personnages sont entièrement nus, d'autres exhibent une demi nudité discrète, d'autres encore sont vêtus d'habits qui, à défaut d'être riches, s'épanouissent dans les circonvolutions des drapés. L'âge des acteurs de cette scénographie biblique va de l'enfance insouciante à la vieillesse extrême, alors que leurs physionomies sont marquées par la beauté, le réalisme, l'idéalisation, ou la laideur caricaturale.

Chapelle Sixtine, Vatican : section de la voûte relatant la création d’Eve
Chapelle Sixtine, Vatican : section de la voûte relatant la création d’Eve

L’androgynie est assez évidente dans plusieurs êtres composites. Elle était déjà présente dans la sculpture de l'artiste, de même qu'elle existait dans la tradition de la peinture du Quattrocento peuplée d'anges, de « pitti » et d'éphèbes divers. Mais cette tendance apparaît ici avec une telle opiniâtreté que cela a fait réfléchir plus d'un exégète de l'artiste, sans que l'on puisse trouver une réponse satisfaisante.

La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.1.1. Les scènes bibliques

Ainsi, en partant de l’entrée et progressant vers l’autel se succèdent :

  • Le cycle de Noé, symbole de la chute de lÂ’humanité et de sa renaissance : le sacrifice de Noé (Genèse VIII, 15-20), le déluge (Genèse VI, 5-8) et lÂ’ivresse de Noé (Genèse IX, 20-27).
  • Le cycle dÂ’Adam et dÂ’Eve avec la création dÂ’Adam (Genèse I ,26-27), la création dÂ’Eve (Genèse II, 18-25) et le Péché originel (Genèse III, 1-13) suivi de lÂ’expulsion du Paradis Terrestre (Genèse III, 22-24).
  • La création de lÂ’univers en trois scènes : séparation de la lumière et des ténèbres: (Genèse I, 1-5), création des astres et des plantes (Genèse I, 11-19), séparation de la terre et des eaux (Genèse I ,9-10), trois scènes dominées par la présence du Dieu Créateur de lÂ’univers.
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : Première section de la voûte : l’ivresse de Noé. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : Première section de la voûte : l’ivresse de Noé. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : troisième section de la voûte : le sacrifice de Noé. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : troisième section de la voûte : le sacrifice de Noé. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : huitième section de la voûte : la création des astres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : huitième section de la voûte : la création des astres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.1.2. Les « Ignudi »

Nu du coin gauche inférieur de l’ivresse de Noé (au-dessus du prophète Joel). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin gauche inférieur de l'ivresse de Noé (au-dessus du prophète Joel). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Les vingt grands nus masculins, les « Ignudi » représentent des adolescents qui encadrent, deux à deux, les 5 panneaux plus petits du centre de la voûte. Les nus de Michel Ange (Domenico Ghirlandaio, le maître de Michel Ange, avaient créé des personnages très proches) dérivent des anges du Quattrocento ayant perdu leurs ailes et portant des emblèmes décoratifs. Parfois leur front est ceint du bandeau de la victoire à la manière antique ; parfois ils exhibent une nudité athlétique, expression dune pensée plastique significative.

Ils ont dès le XVIè siècle, été sujet à de nombreuses interprétations. On y a vu le symbole d'un âge d'or antiquisant, qui se serait ouvert avec le pontificat de Jules II Della Rovere…

Nu du coin inférieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Selon les tenants d'une interprétation néo-platonicienne, les Grands Nus entrent dans la vision de l'homme telle que la conçoit la philosophie platonicienne : selon cette théorie, le microcosme humain est constitué de trois composantes fondamentales : le corps, l'âme rationnelle et l'intellect. Les « putti » qui soutiennent les entablements représenteraient le corps ; les « assistants » des sibylles et des prophètes symboliseraient l’âme rationnelle ; les Ignudi de la voûte figureraient l'intellect et cacheraient des intentions symboliques qui, comme tant d'autres visées, se dérobent à la compréhension du simple mortel. Ces nus offrent en tout cas une surprenante variété d'anatomies et d'états psychologiques mélancoliques, coléreux, dionysiaques...

Nu du coin droit inférieur de l’ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. Détail. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin droit inférieur de l'ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. Détail. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur gauche du l’ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle dÂ’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur gauche du l'ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle d’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.2. Panneau 1 : L’ivresse de Noé

« Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne.
Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente.
Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères.
Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père.
Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet.
Et il dit : Maudit soit Canaan ! Qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères !
Il dit encore : Béni soit l'Éternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave ! Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave ! »
(Genèse, IX, 20-27)

L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
La neuvième et dernière scène dans l'ordre chronologique dépeint l'ivresse de Noé, interprétée par les docteurs de l’Eglise dès l’époque de saint Augustin comme la préfiguration de la raillerie et de l’outrage du Christ. L’humiliation du patriarche, provoqué par le fruit de la vigne, fait référence au Verbe qui se fait chair en acceptant de s’incarner dans la « vigne » d'Israël. On voit d’ailleurs dans un coin de la scène Noé travaillant la vigne.

L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dans cette composition, Cham, de dos au premier plan, se moque de Noé endormi, ivre et nu sous sa tente tandis que Japhet recouvre son père et que Sem réprimande son frère. Noé redevenu sobre, maudit Cham au travers de son fils le plus jeune, Canaan, ne pouvant nuire à Cham lui-même, car Dieu avait béni Noé et ses trois fils. Sem et Japheth seront récompensés pour avoir couvert la nudité de leur père.

Cette nudité, Michel Ange lui donne un sens : elle n’est pas une provocation indécente, mais plutôt, à l'instar du Tondo Doni, une vérité antique, naturelle, spontanée, antérieure à la honte du péché originel. Le réalisme des corps est surprenant et les échos des nudités dionysiaques semblent résonner dans cet épisode.

L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Les quatre nus entourés de feuillages et de glands de chêne, symboles de la famille Della Rovere, sont d’une parfaite symétrie. De l’un des quatre n’apparaissent que la tête, une épaule et les pieds. Le reste du corps a été détruit lorsqu’une partie de la fresque s’est détachée lors de l’explosion du magasin de poudre du château Saint Ange en 1797. Cet « ignudo » est la réplique parfaite, mais inversée, de celui qui lui fait face.

Dans les médaillons sont représentées d’une part la scène de l’écuyer de Jéhu l’usurpateur, Bidqar, jette le corps du roi Joram dans la vigne de Naboth (II Rois, IX 25-26), et d’autre part le meurtre d'Abner (II Sam. III, 26).

L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé : détail : Noé plantant la vigne. Pour saint Augustin, Noé est le symbole du Christ outragé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé : détail : Noé plantant la vigne. Pour saint Augustin, Noé est le symbole du Christ outragé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de Bidqar jetant le corps du roi Joram dans la vigne de Naboth. Première section de la voûte au dessus du prophète Joël. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de Bidqar jetant le corps du roi Joram dans la vigne de Naboth. Première section de la voûte au dessus du prophète Joël. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon du meurtre d’Abner. Première section de la voûte au dessus de la Sibylle de Delphes. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon du meurtre d’Abner. Première section de la voûte au dessus de la Sibylle de Delphes. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de l’ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. Détail.Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de l'ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. Détail.Fresque, chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.3. Panneau 2 : Le Déluge Universel

Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. Fais-toi une arche en bois résineux. »
(Genèse VI, 13-14)...
« Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits. »
(Genèse VII, 4)…
« Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre. »
(Genèse VII, 10).

Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : seconde section de la voûte : le déluge. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : seconde section de la voûte : le déluge. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel-Ange représente l’épisode du Déluge Universel de manière particulièrement dramatique : alors que dans l’iconographie traditionnelle les artistes représentaient habituellement le retrait des eaux et le retour le la colombe, l'espoir, Michel Ange choisit le moment le plus violent, celui où l'espoir se noie avec les personnages en détresse, où l’homme redevient un loup sans pitié pour son proche : soixante-deux êtres humains et un âne, animal lié à la figure du Christ, nagent, s'affrontent, s’échappent, s’entraident dans un vaste paysage inondé, où seul un îlot émerge des flots et au fond duquel domine l'arche. Le peintre présente une très large gamme de caractères humains, où les âges, les apparences, les gestes s'entrechoquent. Au premier plan une multitude de personnes gagnent la terre, courbées sous le poids de leurs effets personnels ou de ceux de leur famille, croyant ainsi échapper au châtiment de Dieu. De l’autre côté, d’autres personnes se pressent sur un îlot et tendent leurs mains pour prêter secours à ceux qui sont encore en danger. Au centre, une barque sur le point de couler et tout au fond, l’arche sur laquelle, par volonté de Dieu, Noé, sa famille et des couples d’animaux trouveront leur salut.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
En 1797 l'explosion d'une poudrière au château Saint-Ange endommage la partie supérieure droite du Déluge, entraînant la disparition d'un grand arbre feuillu, pendant de l’autre arbre, dépouillé et sec, seul à avoir subsisté. Il symbolisait sans doute l'espoir, tandis que la composition dans son ensemble communique une vision désespérée de l'humanité. Ce pessimisme intrinsèque apparaît aussi dans la poésie du peintre, comme dans ce poème de 1524, où nous pouvons lire : «  Mon âme, qui parle avec la mort, lui demande conseil, et à cause de nouveaux soupçons elle devient toujours plus triste, le corps chaque jour espère la quitter... » Michel-Ange désigne l'horreur du déluge, accentue la permanence du mal, la lutte fratricide pour la survie des seuls corps périssables, terrestres.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Cependant, dans la doctrine chrétienne traitant des rapports entre l’ancien et le testament, le déluge est considéré comme la préfiguration du baptême, l’arche symbolisant l’Eglise du Christ. L'eau lustrale du baptême purifie du péché original, tout comme l'inondation nettoie le monde du mal. Noé est sauvé des eaux par le bois de l'arche, tout comme le bois de la croix offre le salut à ceux qui sont dans l'église.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La composition, où se remarque une nette influence de Lucas Signorelli (les damnés de la chapelle saint Brice du dôme d’Orvieto) décrit clairement trois types de comportements face à la catastrophe : ainsi, au premier plan à gauche des rescapés s’agglutinent sur l’île rocheuse en tentant désespérément de sauver leurs biens ; plus loin, au fond, d’autres ont abordé la plateforme entourant l'arche de laquelle ils ont été exclus et tentent vainement d’y pénétrer de force, alors qu’un groupe, engagé dans une lutte féroce, tente de les rejoindre sur un frêle esquif visiblement surchargé et en train de couler ; une dernier groupe enfin, à droite, contrastant avec celui de la barque, ne cherche pas le salut aux dépens des autres, mais montre la compassion et un sens profond de la solidarité vers les individus les plus faibles qui accablés par la même calamité.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Il y se dégage de cette composition un sentiment d’inachevé, de manque d’unité et de « brouillon ». C’est un effet peut-être voulu pas l’artiste en raison de la gravité catastrophique de l’évènement… Il compense par ailleurs ces manques par le traitement exceptionnel qu’il donne à certains personnages ou à certains groupes avec de claires réminiscences à l’antiquité et une manière toute nouvelle de traiter le mouvement.

De même, Michel Ange ne décrit pas l’action des forces destructrice de la nature et des éléments : pas de tempêtes, pas de flots tumultueux, pas même de pluie… comme c’est en général le cas dans l’iconographie classique (Doré, Turner, Girodet…) Mais il compense très largement en reportant toute la tension dramatique sur les humains : pour lui ce n'est pas l'événement lui-même qui est décisif, mais bien son effet sur ceux qui le subissent, effet qu’il exprime en mouvement et gestes.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Enfin le peintre pose une question qui laisse perplexe et interroge : que le déluge engloutisse les « méchants », ceux qui s’accrochent à leur biens ou qui luttent férocement entre eux pour leur survie, c’est juste logique dans la perspective de l’histoire du salut ; mais pourquoi les personnes qui font preuve d’entre, de solidarité et de pitié doivent-elles aussi périr ?

2.2.1.4. Panneau 3 : Le sacrifice de Noé après le déluge

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Pour cette scène, Michel Ange a fait une entorse à la chronologie : en effet, le sacrifice d’action de grâce de Noé ne précède pas le déluge, mais le suit. Mais en raison de l’importance et le la monumentalité du déluge universel, et pour disposer d’une plus grande surface de travail, Michel Angle à inversé la disposition des deux tableaux.

Au centre en haut, Noé préside au sacrifice sur l’autel. Le patriarche porte la même tunique rouge sang que dans la scène où il laboure la vigne au fond de la composition décrivant son ivresse. A sa gauche se trouve son épouse, et à sa droite un aide allume le feu avec une torche tout en protégeant de sa main droite son visage des flammes.

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Les personnages maintenant le bouc et se passant les viscères de l’animal sacrifié ont été repeints par Domenico Carnevali vers 1568, après que les figures originales se soient détachées du plafond suite à un problème de stabilité de la structure de la voûte.

Le sacrifice de Noé a été fréquemment comparé, et avec justesse, aux scènes classiques des sacrifices rituels. Mais l’artiste y apporte une innovation : celle de la composition elliptique de la scène qui sera adoptée par de nombreux artistes. Ce procédé typiquement baroque a deux points focaux : l'unité est divisée entre deux pôles séparés, les deux fils de Noé tenant les boucs qui sont mis en évidence, alors que Noé, l’officiant principal, plié au dessus du foyer sacrificiel, passe presque inaperçu dans le fond.

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Au demeurant, le sens de cette scène reste très mystérieux et échappe en grande partie à l’interprétation : si de nombreux critiques affirment qu'elle montre l'action de grâce de Noé après le déluge (Genèse VIII, 20); d'autres parlent du sacrifice d'Isaac ou de celui d'Abel et de Caïn. Quelques détails restent incompréhensibles : ainsi il n’est pas certain que l’objet que tient le jeune homme, debout sur le bélier égorgé, tend à un autre adolescent représente les entrailles de l'animal sacrifié ; de même on s’interroge sur la femme qui se tient à côté de Noé : est-ce sa femme ? Que murmure t-elle à l’oreille du patriarche ?

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Les quatre ignudi sont peints avec une plus grande maîtrise et le modelé est plus délicat que celui des nus que ceux du compartiment précédent. Les poses ne sont pas complètement symétriques. Les deux figures du côté gauche n’ont de symétrique que la partie basse du corps, les bustes et les têtes étant traités en contraposto et les bras droits sont prolongés vers le centre afin de tenir le ruban soutenant les médaillons. Chez les deux autres, la symétrie est rompue par la position de leurs bras droits.

Dans les médaillons sont représentés la destruction de la statue de Dieu Baal et la mort d'Urie.
Nu du coin supérieur droit du sacrifice de Noé (au-dessus de la Sibylle d’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit du sacrifice de Noé (au-dessus de la Sibylle d’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche du sacrifice de Noé (au-dessus du prophète Isaïe). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche du sacrifice de Noé (au-dessus du prophète Isaïe). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la destruction de la statue du dieu Baal. Troisième section de la voûte au dessus de la Sibylle d’Erythrée. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la destruction de la statue du dieu Baal. Troisième section de la voûte au dessus de la Sibylle d’Erythrée. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la mort d’Urie. Troisième section de la voûte au dessus du prophète Isaïe. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la mort d’Urie. Troisième section de la voûte au dessus du prophète Isaïe. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.5. Panneau 4 : le péché originel et le renvoi du Paradis

Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : quatrième section de la voûte : la chute et l’expulsion du paradis. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : quatrième section de la voûte : la chute et l’expulsion du paradis. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? »
La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. »
Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! …Vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » La femme…prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari… Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus… » (Genèse III, 1-6)…
« Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Eden… Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. »
(Genèse III, 23-24)

La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Cette composition, qui renferme les plus beaux nus peints par Michel-Ange, marque le début de la maturité de son style qui adopte, notamment dans la tentation, des formes nettement plus monumentales. La complexité des premières fresques cède la place à la simplicité scénographique. L'espace est dépouillé, presque abstrait, muet, situé hors de l’histoire biblique. Les corps montrent des reliefs anatomiques de plus en plus apparents, tangibles, attirant l'attention sur quelque geste, sur l'éloquence des postures. C'est une peinture sculpturale, un jeu d’imbrications musculaires puissamment contrasté par les ombres.

La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Michel-Ange représente simultanément le Péché originel et l’expulsion d’Adam et Eve du Paradis terrestre, deux moments qui sont nettement séparés dans le récit biblique. Il montre ainsi en même temps la cause et l’effet engendré. Les deux épisodes sont séparés par l’arbre du bien et du mal, autour duquel est enroulé le serpent, qui tend le fruit interdit à Eve. Désobéissant à l'ordre de Dieu, Eve le prend pour le manger et l'offrir à son compagnon. De l’autre côté du panneau, Adam et Eve, l’air anéanti et le dos voûté par le poids du remords et du péché, s’éloignent du Paradis terrestre, chassés par un ange l’épée à la main. Le couple et l’arbre forment un « m » en onciale : est-ce la signature de Michel Ange ?

La création d’Eve, détail. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve, détail. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Pour Buonarroti, le paradis n'est absolument pas ce lieu de délices cher au Moyen Âge, avec des prairies, des fleurs et des palmiers. Ici, pas de cohorte de bienheureux (Fra Angelico), pas de bonheur (Raphaël, les frères Limbourg), pas de « felix culpa ». Ici domine le terrible contraste de l’homme vivant près de Dieu dans la félicité édénique et l’homme, vaincu par sa propre faute, condamné au doute, à la souffrance, au mal : l’homme, anéanti par le péché, a perdu sa dignité athlétique ; quant à la femme, son visage est proche de l'expression de la sibylle de Cumes, repliée sur un corps brisé, honteux. Au corps sculptural, presque lascif de la gauche s'oppose une posture abandonnant toute velléité de beauté et de séduction. C'est une forme corporelle quasiment masculine, sans grâce, vieillie prématurément qui quitte la scène dans la malédiction divine.

Le paradis terrestre et la chute, détail. 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Le paradis terrestre et la chute, détail. 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Le rythme de composition entière coule de gauche à droite. Vers la gauche, c’est la profusion du jardin d'Eden, indiquée par de nombreux détails, dont celui, prémonitoire, de l’arbre mort, alors qu’à droite la totale désolation entoure le couple maudit prématurément vieilli. Dualisme encore renforcé par l’ange, comme jaillit de l’arbre du bien et du mal, qui fait pendant à la figure féminine du tentateur enroulé autour du tronc… Bien et mal se sont divisés et deviennent une désormais des puissances opposées.

La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et lÂ’expulsion du jardin dÂ’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.6. Panneau 5 : la création d’Eve

Michel Ange Buonarotti : chapelle Sixtine, Vatican : cinquième section de la voûte : la création d’Eve. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarotti : chapelle Sixtine, Vatican : cinquième section de la voûte : la création d’Eve. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
« L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui.
Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme.
C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
(Genèse, II, 18-24)

La cinquième scène dans l'ordre chronologique du récit, la création d’Eve, se trouve au centre du plafond de la chapelle, et présente pour la première fois le Créateur au fidèle qui entre dans le sanctuaire.

La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

En réponse au geste créateur et au regard intense de Dieu, Eve semble surgir du rocher derrière Adam plutôt que de son corps, comme le décrit la scène de la Genèse. Les corps du couple semblent être ceux d’adolescents, contrairement à ceux qui sont représentés dans la scène de la chute et de l'expulsion du Paradis. La figure du Créateur, enveloppée dans un volumineux manteau violet laissant à peine entrapercevoir la tunique rouge qu’il porte dans les autres scènes de la création, rappelle une tradition iconographique remontant à Giotto et à Masaccio, desquels elle diffère cependant par les cheveux et la barbe blonde encadrant le visage.

La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Cette création d’Eve renvoie à la conception médiévale du Dieu démiurge au geste incantatoire et au visage surnaturel. Il s’agit ici plus que d’une création purement physique, mais celle d’une création de la femme tirée de l’homme sommeillant, couché contre un arbre format une croix, croix tau égyptienne ou préfiguration de la croix du salut. La composition forme un triangle rectangle dont Eve, dans l’attitude de l’adorante, forme l’hypoténuse… Symbole de l’harmonie pythagoricienne avant la chute ?

Dans cette composition, les quatre « Ignudi » jouant avec les rubans jaunes entrelaçant les deux médaillons, sont positionnés de manière symétrique et les mouvements sont beaucoup plus retenus. Ils se correspondent l’un à l’autre par paires, et leur mouvements sont eux aussi basés sur la symétrie, ne s’en éloignant que fort peu.

Quant aux sujets peints dans les médaillons, ils restent sujets à interprétation : le médaillon surmontant la figure du prophète Ezéchiel pourrait représenter la destruction de la tribu d'Ahab, sectateurs de Baal, ou, selon une version différente, la mort de Nicanor ; celui placé au-dessus de la Sibylle de Cumes dépeint soit David devant le prophète Nathan, soit Alexandre devant le grand prêtre de Jérusalem.

La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la destruction de la tribu d’Ahab, ou de la mort de Nicanor. Cinquième section de la voûte au dessus du prophète Ezéchiel. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la destruction de la tribu d’Ahab, ou de la mort de Nicanor. Cinquième section de la voûte au dessus du prophète Ezéchiel. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de David devant le prophète Nathan ou d’Alexandre devant le grand prêtre de Jérusalem. Cinquième section de la voûte au dessus de la Sibylle de Cumes. 1511, 135 cm de diamètre. L’exécution du médaillon est attribuée à Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de David devant le prophète Nathan ou d’Alexandre devant le grand prêtre de Jérusalem. Cinquième section de la voûte au dessus de la Sibylle de Cumes. 1511, 135 cm de diamètre. L’exécution du médaillon est attribuée à Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la création d’Eve (au-dessus du prophète Ezéchiel). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la création d’Eve (au-dessus du prophète Ezéchiel). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la création d’Eve (au-dessus de la Sibylle de Cumes). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la création d’Eve (au-dessus de la Sibylle de Cumes). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.7. Panneau 6 : la création d'Adam : (Genèse I, 26-27)

La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa. »

(Genèse 1, 27).

La quatrième scène dans l'ordre chronologique du récit, la création d'Adam, est dépeinte dans le grand panneau du sixième compartiment. Il est à peine possible de décrire avec des mots que les impressions que dégage ce véritable chef d’oeuvre de la peinture.

Chapelle Sixtine, Vatican : section de la voûte relatant la création d’Adam
Chapelle Sixtine, Vatican : section de la voûte relatant la création d’Adam
Adam est déjà achevé, vivant, physiquement complet, et repose allongé, indolent, appuyé sur un coude. Sa constitution est singulière; autour de son cou apparaissent de profonds enfoncements, le bras tendu vers le Créateur est disproportionné, « géométrisé. Sur un fond naturel encore peu défini rappelant que la scène se passe à l’aube indistincte du monde, il tend son bras vers celui du Créateur, un vieillard vigoureux, presque courroucé, dans la lignée de Moïse. Soutenu par un vol d’anges, il semble jaillir de son manteau d’ombre et de pourpre. Le mouvement des bras et des index sur le point de se toucher deviennent le symbole universel de cette énergie créatrice que le Créateur transmet à la créature façonnée à son image, lui conférant sa vigueur héroïque.

La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d'Adam, traitée d'une manière large, utilise des raccourcis et des proportions gigantesques qui font apparaître la figure de Dieu sous l'aspect d'un fleuve antique. Elle s'oppose à la Création d'Ève, plus classique dans sa composition. Michel-Ange innove en représentant ainsi le moment de la transmission de l'Esprit de vie à travers le geste du Créateur.

La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican. Détail : le visage d’Adam
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican. Détail : le visage d’Adam
L’artiste multiplie ici courbes et ellipses. Ainsi l'éternel est enveloppé par l'ellipse de son manteau céleste (symbole de l’« œuf cosmique » ?) et l’ovale parfaite formée par les anges, alors que la figure d'Adam, dont la visage juvénile contraste avec celui de Dieu, forme seulement une ovale inachevée ; ainsi l’harmonieuse courbe du bras créateur à laquelle répond celle du bras du créé… ou encore la courbe du second bras de Dieu qui entoure un personnage presque androgyne, si fréquent dans l'art de Michel-Ange, qui a immédiatement intrigué les critiques : certains y voient l’« Eve incréée », la personnification de la Sagesse divine…

La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.8. Panneau 7 : Dieu sépare la terre des eaux

Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : septième section de la voûte : la séparation des terres et des eaux. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : septième section de la voûte : la séparation des terres et des eaux. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
« Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse.
Et il en fut ainsi
Dieu appela le sec « terre », et il appela l'amas des eaux « mers ». Dieu vit que cela était bon. »
Genèse, I, 9-10

Cette scène ne respecte pas l’ordre chronologique de la Création relaté par la Genèse : en effet la séparation de la terre et des eaux est antérieure à la création des astres et des plantes. Ce manque de respect de l'ordre chronologique a été dicté par la nécessité de réserver le champ du plus grand panneau pour la scène plus importante de la création du soleil et de la lune…

Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
La scène représente Dieu en mouvement planant de la gauche ver la droite au dessus des eaux gris-bleu dans son grand manteau gonflé par le vent et que retiennent des anges, et séparant d’un geste ample l’élément solide de l’élément liquide. Derrière le créateur, le ciel est clair et lumineux, alors que de l’autre côté il tourne au gris-blanc.

Les poses des quatre « ignudi » deviennent graduellement plus dynamiques et agitées. Les deux au-dessus de la Sibylle de Perse (à la gauche) s’écartent vers l'arrière dans des directions opposées ; celui à droite au-dessus du prophète Daniel se plie vers avant avec un regard plein d’appréhension, alors que l’autre semble esquisser une danse, rappelant les sculptures hellénistiques de faunes dansant ou réminiscence du « torse du Belvédère »...

Un des deux médaillons ne porte aucune décoration, alors que le second représente la mort d'Absalon.

Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican.les tours et change la direction pendant que vous marchez par la chapelle.
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican.les tours et change la direction pendant que vous marchez par la chapelle.
Nu du coin supérieur droit de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus de la Sibylle de Perse). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus de la Sibylle de Perse). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus du prophète Daniel). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus du prophète Daniel). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la mort d’Absalon. Septième section de la voûte au dessus du prophète Daniel. 1511, 135 cm de diamètre. La réalisation du médaillon est attribuée à Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon de la mort d’Absalon. Septième section de la voûte au dessus du prophète Daniel. 1511, 135 cm de diamètre. La réalisation du médaillon est attribuée à Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.9. Panneau 8 : la création des astres et des plantes

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
« Dieu dit : que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et il en fut ainsi.
La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce.

Et Dieu vit que cela était bon.
Il eut un soir, il y eut un matin : ce fut le troisième jour. »
« Dieu dit : qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années ; et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre !
Et il en fut ainsi.
Dieu créa les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour et le plus petit pour présider à la nuit ; il créa aussi les étoiles.
Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres.
Et Dieu vit que cela était bon.
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le quatrième jour. »
(Genèse, I, 11-19)

La deuxième scène de création, celle du soleil, de la lune, et des plantes, est dépeinte dans un grand panneau où Michel-Ange a rassemblé le troisième et le quatrième jour de la Création. Dans cette scène la figure du Créateur apparaît deux fois : côté droit, il façonne le disque incandescent du soleil de sa dextre et celui, plus froid, de la lune de sa senestre ; côté gauche, d’un geste presque impérieux, il créé les premières touffes d’herbe et les premiers buissons de la terre nue.

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La scène est divisée de façon inégale : le grand disque solaire - seul élément dont la couleur éclatante tranche avec les tonalités plus vaporeuses et pastel des vêtements, de la chair, et du fond blanc gris du ciel - est à la gauche de l'axe central du champ, dominé par la figure du Créateur dans un mouvement impétueux, entouré de quatre enfants, …

Côté gauche, dans un champ beaucoup plus restreint et dans un second plan, le Créateur, vu de dos « plonge » en quelque sorte vers la terre…

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Il y a dans cette scène une tension dynamique très forte, amplifiée par le contraste des couleurs, les jeux d’ombre et de lumière, la gestuelle du Créateur et les mouvements créateurs dans des directions opposées… Il s’en dégage presque une situation d’urgence. Ce n’est pas une scène très « classique », le créateur apparaissant en effet deux fois : Michel Ange s’éloigne très clairement des « canons » du XVè voulant notamment que le personnage principal se tienne toujours à droite de la composition…

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.10. Panneau 9 : Dieu sépare la lumière des ténèbres

Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : neuvième section de la voûte : la séparation des lumières et des ténèbres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti : chapelle Sixtine, Vatican : neuvième section de la voûte : la séparation des lumières et des ténèbres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
Or la terre était vague et vide : les ténèbres couvraient l'abîme, l'esprit de Dieu planait sur les eaux.
Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière et les ténèbres.
Dieu appela la lumière « jour », et les ténèbres « nuit ».
Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »
(Genèse, I, 1-5)
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican

La première scène dans l'ordre chronologique de la narration est celle de la séparation de la lumière et des ténèbres. Cette scène, petite dans la taille, est sublime dans la conception où le colossal ne le cède en rien au mouvement tourbillonnant d’où jaillit la lumière… Le thème est celui d'une union cosmique établie entre le corps de Dieu et les espaces sidéraux, dans un élan délivré de toute contingence, de tout poids terrestre. Occupant pratiquement tout l’espace, la figure de Dieu, vue d'en bas, lance dans un geste ample ses bras dans l'espace infini provoquant des spirales de lumière qui balaient les ténèbres. Scène absolument majestueuse dans laquelle Dieu apparaît lui-même comme la lumière : « Que la lumière soit ! »… On se trouve ici loin des artistes de la Renaissance et de leurs canons inspirés du paganisme : Michel Ange apparaît ici comme un artiste encore « médiéval », ébloui par l’ardeur religieuse mais aussi par la transcendance divine…

Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican

Les poses des quatre nus sont très différentes les unes des autres, sans recherche de symétrie. Ainsi, celui assis à gauche au dessus du prophète Jérémie, avec son profil classique et son attitude méditative, contraste nettement avec celui de droite, en plein mouvement, chargé de feuillage et de glands, et dont le visage sort à peine de l’ombre…

Leur faisant face les deux autres nus se penchent vers le centre, mais avec les mouvements clairement distincts, leur torse en rotation dans des directions opposées, effet magnifique de l’artiste rendu grâce au je de perspective…

Entourés par les nus, les deux médaillons au dessus de la corniche représentent l’un Elisée montant au ciel sur le chariot de feu, l’autre le sacrifice d'Isaac.

Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon d’Elisée sur le chariot de feu. Neuvième section de la voûte au dessus du prophète Jérémie. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon d’Elisée sur le chariot de feu. Neuvième section de la voûte au dessus du prophète Jérémie. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus du prophète Jérémie). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus du prophète Jérémie). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon du sacrifice d’Isaac. Neuvième section de la voûte au dessus de la Sibylle de Libye. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican
Médaillon du sacrifice d’Isaac. Neuvième section de la voûte au dessus de la Sibylle de Libye. 1511, 135 cm de diamètre. Chapelle Sixtine, Vatican

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