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Le système concentrationnaire nazi

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4.3. Le quotidien du camp

Une journée au camp
Les commandos
La sélection
Classification et règlement

4.3.4. Classification et règlement

4.3.4.1. La classification Heydrich

Le 3 septembre 1939, Reinhard Heydrich, chef du RSHA, adresse à tous les responsables de la Gestapo une circulaire leur commandant d'assurer à tout prix la sécurité intérieure du pays en guerre et de sévir plus énergiquement contre les saboteurs, les marxistes, les communistes (le pacte germano-soviétique n'entraînant aucun adoucissement du sort des communistes allemands). Au fil des victoires de la Wehrmacht arrivent dans les KZ des femmes et des hommes soupçonnés d'être communistes ou antinazis: Autrichiens en 1938 après l'Anschluss, Tchèques en 1939, puis ressortissants de l'Europe centrale et orientale conquise, puis enfin en octobre 1941 les premiers Soviétiques.

Par son ordonnance d'application du 2 janvier 1941, Heydrich classe les KZ en trois catégories:

  • Catégorie 1 (KL Dachau) : pour les détenus âgés mais capables d'être employés à de petits travaux comme le jardinage ; les prêtres y sont internés après les accords de 1943 avec le Vatican ;
  • Catégorie 2 (KL Buchenwald, Flossenbürg, Neuengamme, Auschwitz-Birkenau) : pour les détenus sur qui pèsent de lourdes charges, mais qui sont pourtant susceptibles d'amendement ;
  • Catégorie 3 (le seul KL Mauthausen) : pour les irrécupérables : criminels endurcis, asociaux, déportés non susceptibles d'éducation.

En fait, la réalité concentrationnaire s'inscrit totalement en faux contre cette classification. Il s'agit probablement là d'une opération de camouflage, destinée à déguiser la réalité concentrationnaire au regard de l'étranger, et peut-être même du peuple allemand. De telles manœuvres de propagande vont se multiplier. L'exemple des déportés français est éloquent : de 1941 à 1944, 700 convois de déportés venant de France arrivent dans le Reich. La plus grande partie comprenant surtout des juifs est acheminée sur Auschwitz. Les politiques, les résistants sont eux dirigés vers les autres KL sans qu'il soit possible d'établir une relation logique entre la cause de l'arrestation, l'importance du délit effectif ou supposé, l'appartenance sociale ou idéologique, etc. Il est évident que le lieu d'acheminement est beaucoup plus fonction de l'état d'encombrement des camps en Allemagne ou, surtout à partir de 1944, des besoins de l'économie de guerre du Reich.

4.3.4.2. Le règlement

Un curieux témoignage existe sur la condition des détenus. Le 22 mars 1937 l'ambassadeur allemand à Moscou adresse au ministère des Affaires étrangères de Berlin un texte paru dans les Izvestia le 10 mars 1937, intitulé « Dans les chambres de torture de Hitler », et consacré au camp de concentration de Lichtenburg. Il a vraisemblablement été envoyé en URSS par un interné de ce camp évadé ou libéré. Ce règlement est calqué sur celui que Eicke a établi pour Dachau en 1933, et qui est devenu celui de tous les KL uniformisés sous son autorité. En voici les passages principaux :

« Article 6 :
Est condamné aux arrêts de rigueur de huit jours et à vingt-cinq coups au début et à la fin de l'arrêt, celui qui insulte un SS ou se moque de lui, celui qui refuse de saluer conformément au règlement ou qui montre par toute son attitude qu'il ne veut pas tenir compte du règlement.
Article 8 :
Est condamné aux arrêts de rigueur de quatorze jours et à vingt-cinq coups :
  1. celui qui, sans autorisation, quitte une colonne de travail en marche ;
  2. celui qui, dans des lettres ou par tout autre moyen, se laisse aller à des déclarations sur le Führer, l'Etat, le régime, les autorités et les règlements, celui qui honore les chefs marxistes ou libéraux..., celui qui raconte les événements de la vie du camp ou celui qui, dans ses lettres, fait un récit mensonger de ses malheurs et introduit ainsi le trouble dans la population.
Article 11 :
Celui qui, par écrit ou oralement, charge d'un message une personne libérée du camp, celui qui écrit des lettres clandestines, celui qui, par une lumière ou d'autres signaux, communique avec le monde extérieur, celui qui cherche à entraîner les autres à l'évasion ou à une faute, celui qui agit ou favorise une telle entreprise, sera pendu comme un mutin.
Article 12 :
Celui qui offense un homme de garde ou un SS, celui qui, dans un esprit de révolte, refuse d'obéir ou de travailler ou qui abandonne par révolte la colonne ou le lieu de travail, celui qui siffle pendant une marche ou pendant le travail, ricane ou parle, sera fusillé sur-le-champ comme émeutier, ou sera condamné à mort par étranglement. »

Déjà, la mort est largement dispensée. En outre, l'appréciation de la gravité de la faute est laissée aux seuls SS, qui disposent donc en fait de la vie de chaque détenu.

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