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Rome : la chapelle Sixtine (Vatican)

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2. Les fresques de Michel Ange

Michelangelo Buonarotti
La vo√Ľte de la Sixtine
Le jugement dernier

2.2. La vo√Ľte de la Sixtine

2.2.1. La partie centrale de la vo√Ľte

2.2.1.1. Généralités

Disposition g√©n√©rale des fresques de la vo√Ľte de la chapelle Sixtine
Disposition g√©n√©rale des fresques de la vo√Ľte de la chapelle Sixtine
Long vaisseau grouillant de personnages peints, proches de la statuaire, la vo√Ľte de la chapelle Sixtine est d√©cor√©e de neuf sc√®nes centrales, neuf √©pisodes de la Gen√®se, group√©s trois par trois e trois cycles¬†: l'origine du monde, l'origine de l'homme et l'origine du p√©ch√©. Michel Ange donne du rythme √† l¬íensemble¬†: √† un panneau plus petit, d¬íenviron 170 x 260cm qu¬íencadrent chaque fois quatre ¬ę¬†Ignudi¬†¬Ľ, symboles de l'homme m√©ditant ou √©mu par la grandeur de Dieu et la mis√®re de l'homme succ√®de un grand panneau rectangulaire d¬íimposantes dimensions (280 x 570 cm) Entre les nus des petits panneaux, des m√©daillons racontent de petites sc√®nes bibliques.

Chapelle Sixtine, Vatican¬†: l¬íint√©rieur. 1475-1483 pour les fresques de murs¬†; 1508-1512 pour la vo√Ľte¬†; 1535-1541 pour le jugement dernier
Chapelle Sixtine, Vatican¬†: l¬íint√©rieur. 1475-1483 pour les fresques de murs¬†; 1508-1512 pour la vo√Ľte¬†; 1535-1541 pour le jugement dernier

L'√©chelle des corps, plus de 300 est d'une prodigieuse vari√©t√©, allant d'une taille modeste ou naturelle jusqu'au gigantisme. Certains personnages sont enti√®rement nus, d'autres exhibent une demi nudit√© discr√®te, d'autres encore sont v√™tus d'habits qui, √† d√©faut d'√™tre riches, s'√©panouissent dans les circonvolutions des drap√©s. L'√Ęge des acteurs de cette sc√©nographie biblique va de l'enfance insouciante √† la vieillesse extr√™me, alors que leurs physionomies sont marqu√©es par la beaut√©, le r√©alisme, l'id√©alisation, ou la laideur caricaturale.

Chapelle Sixtine, Vatican¬†: section de la vo√Ľte relatant la cr√©ation d¬íEve
Chapelle Sixtine, Vatican¬†: section de la vo√Ľte relatant la cr√©ation d¬íEve

L¬íandrogynie est assez √©vidente dans plusieurs √™tres composites. Elle √©tait d√©j√† pr√©sente dans la sculpture de l'artiste, de m√™me qu'elle existait dans la tradition de la peinture du Quattrocento peupl√©e d'anges, de ¬ę¬†pitti¬†¬Ľ et d'√©ph√®bes divers. Mais cette tendance appara√ģt ici avec une telle opini√Ętret√© que cela a fait r√©fl√©chir plus d'un ex√©g√®te de l'artiste, sans que l'on puisse trouver une r√©ponse satisfaisante.

La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
2.2.1.1.1. Les scènes bibliques

Ainsi, en partant de l’entrée et progressant vers l’autel se succèdent :

  • Le cycle de No√©, symbole de la chute de l¬íhumanit√© et de sa renaissance¬†: le sacrifice de No√© (Gen√®se VIII, 15-20), le d√©luge (Gen√®se VI, 5-8) et l¬íivresse de No√© (Gen√®se IX, 20-27).
  • Le cycle d¬íAdam et d¬íEve avec la cr√©ation d¬íAdam (Gen√®se I ,26-27), la cr√©ation d¬íEve (Gen√®se II, 18-25) et le P√©ch√© originel (Gen√®se III, 1-13) suivi de l¬íexpulsion du Paradis Terrestre (Gen√®se III, 22-24).
  • La cr√©ation de l¬íunivers en trois sc√®nes¬†: s√©paration de la lumi√®re et des t√©n√®bres: (Gen√®se I, 1-5), cr√©ation des astres et des plantes (Gen√®se I, 11-19), s√©paration de la terre et des eaux (Gen√®se I ,9-10), trois sc√®nes domin√©es par la pr√©sence du Dieu Cr√©ateur de l¬íunivers.
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: Premi√®re section de la vo√Ľte¬†: l¬íivresse de No√©. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: Premi√®re section de la vo√Ľte¬†: l¬íivresse de No√©. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: troisi√®me section de la vo√Ľte¬†: le sacrifice de No√©. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: troisi√®me section de la vo√Ľte¬†: le sacrifice de No√©. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: huiti√®me section de la vo√Ľte¬†: la cr√©ation des astres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: huiti√®me section de la vo√Ľte¬†: la cr√©ation des astres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
2.2.1.1.2. Les ¬ę¬†Ignudi¬†¬Ľ

Nu du coin gauche inf√©rieur de l’ivresse de No√© (au-dessus du proph√®te Joel). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin gauche inférieur de l'ivresse de Noé (au-dessus du prophète Joel). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Les vingt grands nus masculins, les ¬ę¬†Ignudi¬†¬Ľ repr√©sentent des adolescents qui encadrent, deux √† deux, les 5 panneaux plus petits du centre de la vo√Ľte. Les nus de Michel Ange (Domenico Ghirlandaio, le ma√ģtre de Michel Ange, avaient cr√©√© des personnages tr√®s proches) d√©rivent des anges du Quattrocento ayant perdu leurs ailes et portant des embl√®mes d√©coratifs. Parfois leur front est ceint du bandeau de la victoire √† la mani√®re antique¬†; parfois ils exhibent une nudit√© athl√©tique, expression dune pens√©e plastique significative.

Ils ont d√®s le XVI√® si√®cle, √©t√© sujet √† de nombreuses interpr√©tations. On y a vu le symbole d'un √Ęge d'or antiquisant, qui se serait ouvert avec le pontificat de Jules¬†II Della Rovere¬Ö

Nu du coin inférieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Selon les tenants d'une interpr√©tation n√©o-platonicienne, les Grands Nus entrent dans la vision de l'homme telle que la con√ßoit la philosophie platonicienne¬†: selon cette th√©orie, le microcosme humain est constitu√© de trois composantes fondamentales¬†: le corps, l'√Ęme rationnelle et l'intellect. Les ¬ę¬†putti¬†¬Ľ qui soutiennent les entablements repr√©senteraient le corps¬†; les ¬ę¬†assistants¬†¬Ľ des sibylles et des proph√®tes symboliseraient l¬í√Ęme rationnelle¬†; les Ignudi de la vo√Ľte figureraient l'intellect et cacheraient des intentions symboliques qui, comme tant d'autres vis√©es, se d√©robent √† la compr√©hension du simple mortel. Ces nus offrent en tout cas une surprenante vari√©t√© d'anatomies et d'√©tats psychologiques m√©lancoliques, col√©reux, dionysiaques...

Nu du coin droit inf√©rieur de l’ivresse de No√© (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. D√©tail. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin droit inférieur de l'ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. Détail. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin sup√©rieur gauche du l’ivresse de No√© (au-dessus de la Sibylle d¬íErythr√©e). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur gauche du l'ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle d’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.2. Panneau 1 : L’ivresse de Noé

¬ę¬†No√© commen√ßa √† cultiver la terre, et planta de la vigne.
Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente.
Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères.
Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père.
Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet.
Et il dit : Maudit soit Canaan ! Qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères !
Il dit encore¬†: B√©ni soit l'√Čternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave¬†! Que Dieu √©tende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave¬†!¬†¬Ľ
(Genèse, IX, 20-27)

L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
La neuvi√®me et derni√®re sc√®ne dans l'ordre chronologique d√©peint l'ivresse de No√©, interpr√©t√©e par les docteurs de l¬íEglise d√®s l¬í√©poque de saint Augustin comme la pr√©figuration de la raillerie et de l¬íoutrage du Christ. L¬íhumiliation du patriarche, provoqu√© par le fruit de la vigne, fait r√©f√©rence au Verbe qui se fait chair en acceptant de s¬íincarner dans la ¬ę¬†vigne¬†¬Ľ d'Isra√ęl. On voit d¬íailleurs dans un coin de la sc√®ne No√© travaillant la vigne.

L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dans cette composition, Cham, de dos au premier plan, se moque de Noé endormi, ivre et nu sous sa tente tandis que Japhet recouvre son père et que Sem réprimande son frère. Noé redevenu sobre, maudit Cham au travers de son fils le plus jeune, Canaan, ne pouvant nuire à Cham lui-même, car Dieu avait béni Noé et ses trois fils. Sem et Japheth seront récompensés pour avoir couvert la nudité de leur père.

Cette nudit√©, Michel Ange lui donne un sens¬†: elle n¬íest pas une provocation ind√©cente, mais plut√īt, √† l'instar du Tondo Doni, une v√©rit√© antique, naturelle, spontan√©e, ant√©rieure √† la honte du p√©ch√© originel. Le r√©alisme des corps est surprenant et les √©chos des nudit√©s dionysiaques semblent r√©sonner dans cet √©pisode.

L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Les quatre nus entour√©s de feuillages et de glands de ch√™ne, symboles de la famille Della Rovere, sont d¬íune parfaite sym√©trie. De l¬íun des quatre n¬íapparaissent que la t√™te, une √©paule et les pieds. Le reste du corps a √©t√© d√©truit lorsqu¬íune partie de la fresque s¬íest d√©tach√©e lors de l¬íexplosion du magasin de poudre du ch√Ęteau Saint Ange en 1797. Cet ¬ę¬†ignudo¬†¬Ľ est la r√©plique parfaite, mais invers√©e, de celui qui lui fait face.

Dans les médaillons sont représentées d’une part la scène de l’écuyer de Jéhu l’usurpateur, Bidqar, jette le corps du roi Joram dans la vigne de Naboth (II Rois, IX 25-26), et d’autre part le meurtre d'Abner (II Sam. III, 26).

L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé (détail). 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé : détail : Noé plantant la vigne. Pour saint Augustin, Noé est le symbole du Christ outragé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
L’ivresse de Noé : détail : Noé plantant la vigne. Pour saint Augustin, Noé est le symbole du Christ outragé. 1509. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de Bidqar jetant le corps du roi Joram dans la vigne de Naboth. Premi√®re section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Jo√ęl. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de Bidqar jetant le corps du roi Joram dans la vigne de Naboth. Premi√®re section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Jo√ęl. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon du meurtre d¬íAbner. Premi√®re section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle de Delphes. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon du meurtre d¬íAbner. Premi√®re section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle de Delphes. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin sup√©rieur droit de l’ivresse de No√© (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. D√©tail.Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de l'ivresse de Noé (au-dessus de la Sibylle de Delphes). 1509. Détail.Fresque, chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.3. Panneau 2 : Le Déluge Universel

Dieu dit √† No√©¬†: ¬ę¬†La fin de toute chair est arriv√©e, je l¬íai d√©cid√©, car la terre est pleine de violence √† cause des hommes et je vais les faire dispara√ģtre de la terre. Fais-toi une arche en bois r√©sineux.¬†¬Ľ
(Genèse VI, 13-14)...
¬ę¬†Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j¬íeffacerai de la surface du sol tous les √™tres que j¬íai faits.¬†¬Ľ
(Genèse VII, 4)…
¬ę¬†Au bout de sept jours, les eaux du d√©luge vinrent sur la terre.¬†¬Ľ
(Genèse VII, 10).

Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: seconde section de la vo√Ľte¬†: le d√©luge. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: seconde section de la vo√Ľte¬†: le d√©luge. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel-Ange repr√©sente l¬í√©pisode du D√©luge Universel de mani√®re particuli√®rement dramatique¬†: alors que dans l¬íiconographie traditionnelle les artistes repr√©sentaient habituellement le retrait des eaux et le retour le la colombe, l'espoir, Michel Ange choisit le moment le plus violent, celui o√Ļ l'espoir se noie avec les personnages en d√©tresse, o√Ļ l¬íhomme redevient un loup sans piti√© pour son proche¬†: soixante-deux √™tres humains et un √Ęne, animal li√© √† la figure du Christ, nagent, s'affrontent, s¬í√©chappent, s¬íentraident dans un vaste paysage inond√©, o√Ļ seul un √ģlot √©merge des flots et au fond duquel domine l'arche. Le peintre pr√©sente une tr√®s large gamme de caract√®res humains, o√Ļ les √Ęges, les apparences, les gestes s'entrechoquent. Au premier plan une multitude de personnes gagnent la terre, courb√©es sous le poids de leurs effets personnels ou de ceux de leur famille, croyant ainsi √©chapper au ch√Ętiment de Dieu. De l¬íautre c√īt√©, d¬íautres personnes se pressent sur un √ģlot et tendent leurs mains pour pr√™ter secours √† ceux qui sont encore en danger. Au centre, une barque sur le point de couler et tout au fond, l¬íarche sur laquelle, par volont√© de Dieu, No√©, sa famille et des couples d¬íanimaux trouveront leur salut.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
En 1797 l'explosion d'une poudri√®re au ch√Ęteau Saint-Ange endommage la partie sup√©rieure droite du D√©luge, entra√ģnant la disparition d'un grand arbre feuillu, pendant de l¬íautre arbre, d√©pouill√© et sec, seul √† avoir subsist√©. Il symbolisait sans doute l'espoir, tandis que la composition dans son ensemble communique une vision d√©sesp√©r√©e de l'humanit√©. Ce pessimisme intrins√®que appara√ģt aussi dans la po√©sie du peintre, comme dans ce po√®me de 1524, o√Ļ nous pouvons lire¬†: ¬ę¬† Mon √Ęme, qui parle avec la mort, lui demande conseil, et √† cause de nouveaux soup√ßons elle devient toujours plus triste, le corps chaque jour esp√®re la quitter...¬†¬Ľ Michel-Ange d√©signe l'horreur du d√©luge, accentue la permanence du mal, la lutte fratricide pour la survie des seuls corps p√©rissables, terrestres.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Cependant, dans la doctrine chrétienne traitant des rapports entre l’ancien et le testament, le déluge est considéré comme la préfiguration du baptême, l’arche symbolisant l’Eglise du Christ. L'eau lustrale du baptême purifie du péché original, tout comme l'inondation nettoie le monde du mal. Noé est sauvé des eaux par le bois de l'arche, tout comme le bois de la croix offre le salut à ceux qui sont dans l'église.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La composition, o√Ļ se remarque une nette influence de Lucas Signorelli (les damn√©s de la chapelle saint Brice du d√īme d¬íOrvieto) d√©crit clairement trois types de comportements face √† la catastrophe¬†: ainsi, au premier plan √† gauche des rescap√©s s¬íagglutinent sur l¬í√ģle rocheuse en tentant d√©sesp√©r√©ment de sauver leurs biens¬†; plus loin, au fond, d¬íautres ont abord√© la plateforme entourant l'arche de laquelle ils ont √©t√© exclus et tentent vainement d¬íy p√©n√©trer de force, alors qu¬íun groupe, engag√© dans une lutte f√©roce, tente de les rejoindre sur un fr√™le esquif visiblement surcharg√© et en train de couler¬†; une dernier groupe enfin, √† droite, contrastant avec celui de la barque, ne cherche pas le salut aux d√©pens des autres, mais montre la compassion et un sens profond de la solidarit√© vers les individus les plus faibles qui accabl√©s par la m√™me calamit√©.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Il y se d√©gage de cette composition un sentiment d¬íinachev√©, de manque d¬íunit√© et de ¬ę¬†brouillon¬†¬Ľ. C¬íest un effet peut-√™tre voulu pas l¬íartiste en raison de la gravit√© catastrophique de l¬í√©v√®nement¬Ö Il compense par ailleurs ces manques par le traitement exceptionnel qu¬íil donne √† certains personnages ou √† certains groupes avec de claires r√©miniscences √† l¬íantiquit√© et une mani√®re toute nouvelle de traiter le mouvement.

De même, Michel Ange ne décrit pas l’action des forces destructrice de la nature et des éléments : pas de tempêtes, pas de flots tumultueux, pas même de pluie… comme c’est en général le cas dans l’iconographie classique (Doré, Turner, Girodet…) Mais il compense très largement en reportant toute la tension dramatique sur les humains : pour lui ce n'est pas l'événement lui-même qui est décisif, mais bien son effet sur ceux qui le subissent, effet qu’il exprime en mouvement et gestes.

Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le déluge. 1508-1509. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Enfin le peintre pose une question qui laisse perplexe et interroge¬†: que le d√©luge engloutisse les ¬ę¬†m√©chants¬†¬Ľ, ceux qui s¬íaccrochent √† leur biens ou qui luttent f√©rocement entre eux pour leur survie, c¬íest juste logique dans la perspective de l¬íhistoire du salut¬†; mais pourquoi les personnes qui font preuve d¬íentre, de solidarit√© et de piti√© doivent-elles aussi p√©rir¬†?

2.2.1.4. Panneau 3 : Le sacrifice de Noé après le déluge

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Pour cette sc√®ne, Michel Ange a fait une entorse √† la chronologie¬†: en effet, le sacrifice d¬íaction de gr√Ęce de No√© ne pr√©c√®de pas le d√©luge, mais le suit. Mais en raison de l¬íimportance et le la monumentalit√© du d√©luge universel, et pour disposer d¬íune plus grande surface de travail, Michel Angle √† invers√© la disposition des deux tableaux.

Au centre en haut, No√© pr√©side au sacrifice sur l¬íautel. Le patriarche porte la m√™me tunique rouge sang que dans la sc√®ne o√Ļ il laboure la vigne au fond de la composition d√©crivant son ivresse. A sa gauche se trouve son √©pouse, et √† sa droite un aide allume le feu avec une torche tout en prot√©geant de sa main droite son visage des flammes.

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Les personnages maintenant le bouc et se passant les visc√®res de l¬íanimal sacrifi√© ont √©t√© repeints par Domenico Carnevali vers 1568, apr√®s que les figures originales se soient d√©tach√©es du plafond suite √† un probl√®me de stabilit√© de la structure de la vo√Ľte.

Le sacrifice de No√© a √©t√© fr√©quemment compar√©, et avec justesse, aux sc√®nes classiques des sacrifices rituels. Mais l¬íartiste y apporte une innovation¬†: celle de la composition elliptique de la sc√®ne qui sera adopt√©e par de nombreux artistes. Ce proc√©d√© typiquement baroque a deux points focaux¬†: l'unit√© est divis√©e entre deux p√īles s√©par√©s, les deux fils de No√© tenant les boucs qui sont mis en √©vidence, alors que No√©, l¬íofficiant principal, pli√© au dessus du foyer sacrificiel, passe presque inaper√ßu dans le fond.

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Au demeurant, le sens de cette sc√®ne reste tr√®s myst√©rieux et √©chappe en grande partie √† l¬íinterpr√©tation¬†: si de nombreux critiques affirment qu'elle montre l'action de gr√Ęce de No√© apr√®s le d√©luge (Gen√®se VIII, 20); d'autres parlent du sacrifice d'Isaac ou de celui d'Abel et de Ca√Įn. Quelques d√©tails restent incompr√©hensibles¬†: ainsi il n¬íest pas certain que l¬íobjet que tient le jeune homme, debout sur le b√©lier √©gorg√©, tend √† un autre adolescent repr√©sente les entrailles de l'animal sacrifi√©¬†; de m√™me on s¬íinterroge sur la femme qui se tient √† c√īt√© de No√©¬†: est-ce sa femme¬†? Que murmure t-elle √† l¬íoreille du patriarche¬†?

Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Le sacrifice de Noé. 1509 ; 170 x 260 cm. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Les quatre ignudi sont peints avec une plus grande ma√ģtrise et le model√© est plus d√©licat que celui des nus que ceux du compartiment pr√©c√©dent. Les poses ne sont pas compl√®tement sym√©triques. Les deux figures du c√īt√© gauche n¬íont de sym√©trique que la partie basse du corps, les bustes et les t√™tes √©tant trait√©s en contraposto et les bras droits sont prolong√©s vers le centre afin de tenir le ruban soutenant les m√©daillons. Chez les deux autres, la sym√©trie est rompue par la position de leurs bras droits.

Dans les médaillons sont représentés la destruction de la statue de Dieu Baal et la mort d'Urie.
Nu du coin supérieur droit du sacrifice de Noé (au-dessus de la Sibylle d’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit du sacrifice de Noé (au-dessus de la Sibylle d’Erythrée). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inf√©rieur gauche du sacrifice de No√© (au-dessus du proph√®te Isa√Įe). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inf√©rieur gauche du sacrifice de No√© (au-dessus du proph√®te Isa√Įe). 1509. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la destruction de la statue du dieu Baal. Troisi√®me section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle d¬íErythr√©e. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la destruction de la statue du dieu Baal. Troisi√®me section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle d¬íErythr√©e. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la mort d¬íUrie. Troisi√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Isa√Įe. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la mort d¬íUrie. Troisi√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Isa√Įe. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.5. Panneau 4 : le péché originel et le renvoi du Paradis

Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: quatri√®me section de la vo√Ľte¬†: la chute et l¬íexpulsion du paradis. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: quatri√®me section de la vo√Ľte¬†: la chute et l¬íexpulsion du paradis. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†Le serpent √©tait le plus rus√© de tous les animaux des champs que Yahv√© Dieu avait faits. Il dit √† la femme¬†: ¬ę¬†Alors, Dieu a dit¬†: vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin¬†?¬†¬Ľ
La femme r√©pondit au serpent¬†: ¬ę¬†Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l¬íarbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit¬†: Vous n¬íen mangerez pas, vous n¬íy toucherez pas, sous peine de mort.¬†¬Ľ
Le serpent r√©pliqua √† la femme¬†: ¬ę¬†Pas du tout¬†! Vous ne mourrez pas¬†! ¬ÖVous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.¬†¬Ľ La femme¬Öprit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi √† son mari¬Ö Alors leurs yeux √† tous deux s¬íouvrirent et ils connurent qu¬íils √©taient nus¬Ö¬†¬Ľ (Gen√®se III, 1-6)¬Ö
¬ę¬†Et Yahv√© Dieu le renvoya du jardin d¬íEden¬Ö Il bannit l¬íhomme et il posta devant le jardin d¬íEden les ch√©rubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l¬íarbre de vie.¬†¬Ľ
(Genèse III, 23-24)

La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Cette composition, qui renferme les plus beaux nus peints par Michel-Ange, marque le début de la maturité de son style qui adopte, notamment dans la tentation, des formes nettement plus monumentales. La complexité des premières fresques cède la place à la simplicité scénographique. L'espace est dépouillé, presque abstrait, muet, situé hors de l’histoire biblique. Les corps montrent des reliefs anatomiques de plus en plus apparents, tangibles, attirant l'attention sur quelque geste, sur l'éloquence des postures. C'est une peinture sculpturale, un jeu d’imbrications musculaires puissamment contrasté par les ombres.

La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Michel-Ange repr√©sente simultan√©ment le P√©ch√© originel et l¬íexpulsion d¬íAdam et Eve du Paradis terrestre, deux moments qui sont nettement s√©par√©s dans le r√©cit biblique. Il montre ainsi en m√™me temps la cause et l¬íeffet engendr√©. Les deux √©pisodes sont s√©par√©s par l¬íarbre du bien et du mal, autour duquel est enroul√© le serpent, qui tend le fruit interdit √† Eve. D√©sob√©issant √† l'ordre de Dieu, Eve le prend pour le manger et l'offrir √† son compagnon. De l¬íautre c√īt√© du panneau, Adam et Eve, l¬íair an√©anti et le dos vo√Ľt√© par le poids du remords et du p√©ch√©, s¬í√©loignent du Paradis terrestre, chass√©s par un ange l¬í√©p√©e √† la main. Le couple et l¬íarbre forment un ¬ę¬†m¬†¬Ľ en onciale¬†: est-ce la signature de Michel Ange¬†?

La création d’Eve, détail. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve, détail. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Pour Buonarroti, le paradis n'est absolument pas ce lieu de d√©lices cher au Moyen √āge, avec des prairies, des fleurs et des palmiers. Ici, pas de cohorte de bienheureux (Fra Angelico), pas de bonheur (Rapha√ęl, les fr√®res Limbourg), pas de ¬ę¬†felix culpa¬†¬Ľ. Ici domine le terrible contraste de l¬íhomme vivant pr√®s de Dieu dans la f√©licit√© √©d√©nique et l¬íhomme, vaincu par sa propre faute, condamn√© au doute, √† la souffrance, au mal¬†: l¬íhomme, an√©anti par le p√©ch√©, a perdu sa dignit√© athl√©tique¬†; quant √† la femme, son visage est proche de l'expression de la sibylle de Cumes, repli√©e sur un corps bris√©, honteux. Au corps sculptural, presque lascif de la gauche s'oppose une posture abandonnant toute vell√©it√© de beaut√© et de s√©duction. C'est une forme corporelle quasiment masculine, sans gr√Ęce, vieillie pr√©matur√©ment qui quitte la sc√®ne dans la mal√©diction divine.

Le paradis terrestre et la chute, détail. 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Le paradis terrestre et la chute, détail. 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Le rythme de composition entière coule de gauche à droite. Vers la gauche, c’est la profusion du jardin d'Eden, indiquée par de nombreux détails, dont celui, prémonitoire, de l’arbre mort, alors qu’à droite la totale désolation entoure le couple maudit prématurément vieilli. Dualisme encore renforcé par l’ange, comme jaillit de l’arbre du bien et du mal, qui fait pendant à la figure féminine du tentateur enroulé autour du tronc… Bien et mal se sont divisés et deviennent une désormais des puissances opposées.

La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La chute et l’expulsion du jardin d’Eden. 1509-1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.6. Panneau 5 : la création d’Eve

Michel Ange Buonarotti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: cinqui√®me section de la vo√Ľte¬†: la cr√©ation d¬íEve. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarotti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: cinqui√®me section de la vo√Ľte¬†: la cr√©ation d¬íEve. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†L'√Čternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul¬†; je lui ferai une aide semblable √† lui.
Alors l'√Čternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses c√ītes, et referma la chair √† sa place.
L'√Čternel Dieu forma une femme de la c√īte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. Et l'homme dit¬†: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair¬†! On l'appellera femme, parce qu'elle a √©t√© prise de l'homme.
C'est pourquoi l'homme quittera son p√®re et sa m√®re, et s'attachera √† sa femme, et ils deviendront une seule chair.¬†¬Ľ
(Genèse, II, 18-24)

La cinquième scène dans l'ordre chronologique du récit, la création d’Eve, se trouve au centre du plafond de la chapelle, et présente pour la première fois le Créateur au fidèle qui entre dans le sanctuaire.

La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

En r√©ponse au geste cr√©ateur et au regard intense de Dieu, Eve semble surgir du rocher derri√®re Adam plut√īt que de son corps, comme le d√©crit la sc√®ne de la Gen√®se. Les corps du couple semblent √™tre ceux d¬íadolescents, contrairement √† ceux qui sont repr√©sent√©s dans la sc√®ne de la chute et de l'expulsion du Paradis. La figure du Cr√©ateur, envelopp√©e dans un volumineux manteau violet laissant √† peine entrapercevoir la tunique rouge qu¬íil porte dans les autres sc√®nes de la cr√©ation, rappelle une tradition iconographique remontant √† Giotto et √† Masaccio, desquels elle diff√®re cependant par les cheveux et la barbe blonde encadrant le visage.

La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Cette création d’Eve renvoie à la conception médiévale du Dieu démiurge au geste incantatoire et au visage surnaturel. Il s’agit ici plus que d’une création purement physique, mais celle d’une création de la femme tirée de l’homme sommeillant, couché contre un arbre format une croix, croix tau égyptienne ou préfiguration de la croix du salut. La composition forme un triangle rectangle dont Eve, dans l’attitude de l’adorante, forme l’hypoténuse… Symbole de l’harmonie pythagoricienne avant la chute ?

Dans cette composition, les quatre ¬ę¬†Ignudi¬†¬Ľ jouant avec les rubans jaunes entrela√ßant les deux m√©daillons, sont positionn√©s de mani√®re sym√©trique et les mouvements sont beaucoup plus retenus. Ils se correspondent l¬íun √† l¬íautre par paires, et leur mouvements sont eux aussi bas√©s sur la sym√©trie, ne s¬íen √©loignant que fort peu.

Quant aux sujets peints dans les médaillons, ils restent sujets à interprétation : le médaillon surmontant la figure du prophète Ezéchiel pourrait représenter la destruction de la tribu d'Ahab, sectateurs de Baal, ou, selon une version différente, la mort de Nicanor ; celui placé au-dessus de la Sibylle de Cumes dépeint soit David devant le prophète Nathan, soit Alexandre devant le grand prêtre de Jérusalem.

La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Eve. 1509-1510. Fresque, 170 x 2960 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la destruction de la tribu d¬íAhab, ou de la mort de Nicanor. Cinqui√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Ez√©chiel. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la destruction de la tribu d¬íAhab, ou de la mort de Nicanor. Cinqui√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Ez√©chiel. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de David devant le proph√®te Nathan ou d¬íAlexandre devant le grand pr√™tre de J√©rusalem. Cinqui√®me section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle de Cumes. 1511, 135 cm de diam√®tre. L¬íex√©cution du m√©daillon est attribu√©e √† Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de David devant le proph√®te Nathan ou d¬íAlexandre devant le grand pr√™tre de J√©rusalem. Cinqui√®me section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle de Cumes. 1511, 135 cm de diam√®tre. L¬íex√©cution du m√©daillon est attribu√©e √† Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la création d’Eve (au-dessus du prophète Ezéchiel). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la création d’Eve (au-dessus du prophète Ezéchiel). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la création d’Eve (au-dessus de la Sibylle de Cumes). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la création d’Eve (au-dessus de la Sibylle de Cumes). 1509-1510. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.7. Panneau 6 : la création d'Adam : (Genèse I, 26-27)

La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam, détail. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

¬ę¬†Dieu cr√©a l'homme √† son image, √† l'image de Dieu il le cr√©a.¬†¬Ľ

(Genèse 1, 27).

La quatrième scène dans l'ordre chronologique du récit, la création d'Adam, est dépeinte dans le grand panneau du sixième compartiment. Il est à peine possible de décrire avec des mots que les impressions que dégage ce véritable chef d’oeuvre de la peinture.

Chapelle Sixtine, Vatican¬†: section de la vo√Ľte relatant la cr√©ation d¬íAdam
Chapelle Sixtine, Vatican¬†: section de la vo√Ľte relatant la cr√©ation d¬íAdam
Adam est d√©j√† achev√©, vivant, physiquement complet, et repose allong√©, indolent, appuy√© sur un coude. Sa constitution est singuli√®re; autour de son cou apparaissent de profonds enfoncements, le bras tendu vers le Cr√©ateur est disproportionn√©, ¬ę¬†g√©om√©tris√©. Sur un fond naturel encore peu d√©fini rappelant que la sc√®ne se passe √† l¬íaube indistincte du monde, il tend son bras vers celui du Cr√©ateur, un vieillard vigoureux, presque courrouc√©, dans la lign√©e de Mo√Įse. Soutenu par un vol d¬íanges, il semble jaillir de son manteau d¬íombre et de pourpre. Le mouvement des bras et des index sur le point de se toucher deviennent le symbole universel de cette √©nergie cr√©atrice que le Cr√©ateur transmet √† la cr√©ature fa√ßonn√©e √† son image, lui conf√©rant sa vigueur h√©ro√Įque.

La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La cr√©ation d'Adam, trait√©e d'une mani√®re large, utilise des raccourcis et des proportions gigantesques qui font appara√ģtre la figure de Dieu sous l'aspect d'un fleuve antique. Elle s'oppose √† la Cr√©ation d'√ąve, plus classique dans sa composition. Michel-Ange innove en repr√©sentant ainsi le moment de la transmission de l'Esprit de vie √† travers le geste du Cr√©ateur.

La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican. Détail : le visage d’Adam
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican. Détail : le visage d’Adam
L¬íartiste multiplie ici courbes et ellipses. Ainsi l'√©ternel est envelopp√© par l'ellipse de son manteau c√©leste (symbole de l¬í¬ę¬†¬úuf cosmique¬†¬Ľ¬†?) et l¬íovale parfaite form√©e par les anges, alors que la figure d'Adam, dont la visage juv√©nile contraste avec celui de Dieu, forme seulement une ovale inachev√©e¬†; ainsi l¬íharmonieuse courbe du bras cr√©ateur √† laquelle r√©pond celle du bras du cr√©√©¬Ö ou encore la courbe du second bras de Dieu qui entoure un personnage presque androgyne, si fr√©quent dans l'art de Michel-Ange, qui a imm√©diatement intrigu√© les critiques¬†: certains y voient l¬í¬ę¬†Eve incr√©√©e¬†¬Ľ, la personnification de la Sagesse divine¬Ö

La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La création d’Adam. 1510. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.8. Panneau 7 : Dieu sépare la terre des eaux

Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: septi√®me section de la vo√Ľte¬†: la s√©paration des terres et des eaux. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: septi√®me section de la vo√Ľte¬†: la s√©paration des terres et des eaux. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse.
Et il en fut ainsi
Dieu appela le sec ¬ę¬†terre¬†¬Ľ, et il appela l'amas des eaux ¬ę¬†mers¬†¬Ľ. Dieu vit que cela √©tait bon.¬†¬Ľ
Genèse, I, 9-10

Cette scène ne respecte pas l’ordre chronologique de la Création relaté par la Genèse : en effet la séparation de la terre et des eaux est antérieure à la création des astres et des plantes. Ce manque de respect de l'ordre chronologique a été dicté par la nécessité de réserver le champ du plus grand panneau pour la scène plus importante de la création du soleil et de la lune…

Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
La sc√®ne repr√©sente Dieu en mouvement planant de la gauche ver la droite au dessus des eaux gris-bleu dans son grand manteau gonfl√© par le vent et que retiennent des anges, et s√©parant d¬íun geste ample l¬í√©l√©ment solide de l¬í√©l√©ment liquide. Derri√®re le cr√©ateur, le ciel est clair et lumineux, alors que de l¬íautre c√īt√© il tourne au gris-blanc.

Les poses des quatre ¬ę¬†ignudi¬†¬Ľ deviennent graduellement plus dynamiques et agit√©es. Les deux au-dessus de la Sibylle de Perse (√† la gauche) s¬í√©cartent vers l'arri√®re dans des directions oppos√©es¬†; celui √† droite au-dessus du proph√®te Daniel se plie vers avant avec un regard plein d¬íappr√©hension, alors que l¬íautre semble esquisser une danse, rappelant les sculptures hell√©nistiques de faunes dansant ou r√©miniscence du ¬ę¬†torse du Belv√©d√®re¬†¬Ľ...

Un des deux médaillons ne porte aucune décoration, alors que le second représente la mort d'Absalon.

Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican.les tours et change la direction pendant que vous marchez par la chapelle.
Dieu sépare la terre et les eaux. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican.les tours et change la direction pendant que vous marchez par la chapelle.
Nu du coin supérieur droit de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus de la Sibylle de Perse). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus de la Sibylle de Perse). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus du prophète Daniel). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation de la terre et des eaux (au-dessus du prophète Daniel). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la mort d¬íAbsalon. Septi√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Daniel. 1511, 135 cm de diam√®tre. La r√©alisation du m√©daillon est attribu√©e √† Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon de la mort d¬íAbsalon. Septi√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te Daniel. 1511, 135 cm de diam√®tre. La r√©alisation du m√©daillon est attribu√©e √† Aristotile da Sangallo (1475-1564). Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.9. Panneau 8 : la création des astres et des plantes

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†Dieu dit¬†: que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur esp√®ce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et il en fut ainsi.
La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce.

Et Dieu vit que cela était bon.
Il eut un soir, il y eut un matin¬†: ce fut le troisi√®me jour.¬†¬Ľ
¬ę¬†Dieu dit¬†: qu'il y ait des luminaires dans l'√©tendue du ciel, pour s√©parer le jour d'avec la nuit¬†; que ce soient des signes pour marquer les √©poques, les jours et les ann√©es¬†; et qu'ils servent de luminaires dans l'√©tendue du ciel, pour √©clairer la terre¬†!
Et il en fut ainsi.
Dieu créa les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour et le plus petit pour présider à la nuit ; il créa aussi les étoiles.
Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres.
Et Dieu vit que cela était bon.
Il y eut un soir, il y eut un matin¬†: ce fut le quatri√®me jour.¬†¬Ľ
(Genèse, I, 11-19)

La deuxi√®me sc√®ne de cr√©ation, celle du soleil, de la lune, et des plantes, est d√©peinte dans un grand panneau o√Ļ Michel-Ange a rassembl√© le troisi√®me et le quatri√®me jour de la Cr√©ation. Dans cette sc√®ne la figure du Cr√©ateur appara√ģt deux fois¬†: c√īt√© droit, il fa√ßonne le disque incandescent du soleil de sa dextre et celui, plus froid, de la lune de sa senestre¬†; c√īt√© gauche, d¬íun geste presque imp√©rieux, il cr√©√© les premi√®res touffes d¬íherbe et les premiers buissons de la terre nue.

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La scène est divisée de façon inégale : le grand disque solaire - seul élément dont la couleur éclatante tranche avec les tonalités plus vaporeuses et pastel des vêtements, de la chair, et du fond blanc gris du ciel - est à la gauche de l'axe central du champ, dominé par la figure du Créateur dans un mouvement impétueux, entouré de quatre enfants, …

C√īt√© gauche, dans un champ beaucoup plus restreint et dans un second plan, le Cr√©ateur, vu de dos ¬ę¬†plonge¬†¬Ľ en quelque sorte vers la terre¬Ö

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Il y a dans cette sc√®ne une tension dynamique tr√®s forte, amplifi√©e par le contraste des couleurs, les jeux d¬íombre et de lumi√®re, la gestuelle du Cr√©ateur et les mouvements cr√©ateurs dans des directions oppos√©es¬Ö Il s¬íen d√©gage presque une situation d¬íurgence. Ce n¬íest pas une sc√®ne tr√®s ¬ę¬†classique¬†¬Ľ, le cr√©ateur apparaissant en effet deux fois¬†: Michel Ange s¬í√©loigne tr√®s clairement des ¬ę¬†canons¬†¬Ľ du XV√® voulant notamment que le personnage principal se tienne toujours √† droite de la composition¬Ö

Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.1.10. Panneau 9 : Dieu sépare la lumière des ténèbres

Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: neuvi√®me section de la vo√Ľte¬†: la s√©paration des lumi√®res et des t√©n√®bres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange Buonarroti¬†: chapelle Sixtine, Vatican¬†: neuvi√®me section de la vo√Ľte¬†: la s√©paration des lumi√®res et des t√©n√®bres. 1508-1512. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†Au commencement, Dieu cr√©a le ciel et la terre.
Or la terre √©tait vague et vide¬†: les t√©n√®bres couvraient l'ab√ģme, l'esprit de Dieu planait sur les eaux.
Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière et les ténèbres.
Dieu appela la lumi√®re ¬ę¬†jour¬†¬Ľ, et les t√©n√®bres ¬ę¬†nuit¬†¬Ľ.
Il y eut un soir et il y eut un matin¬†: ce fut le premier jour.¬†¬Ľ
(Genèse, I, 1-5)
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican

La premi√®re sc√®ne dans l'ordre chronologique de la narration est celle de la s√©paration de la lumi√®re et des t√©n√®bres. Cette sc√®ne, petite dans la taille, est sublime dans la conception o√Ļ le colossal ne le c√®de en rien au mouvement tourbillonnant d¬ío√Ļ jaillit la lumi√®re¬Ö Le th√®me est celui d'une union cosmique √©tablie entre le corps de Dieu et les espaces sid√©raux, dans un √©lan d√©livr√© de toute contingence, de tout poids terrestre. Occupant pratiquement tout l¬íespace, la figure de Dieu, vue d'en bas, lance dans un geste ample ses bras dans l'espace infini provoquant des spirales de lumi√®re qui balaient les t√©n√®bres. Sc√®ne absolument majestueuse dans laquelle Dieu appara√ģt lui-m√™me comme la lumi√®re¬†: ¬ę¬†Que la lumi√®re soit¬†!¬†¬Ľ¬Ö On se trouve ici loin des artistes de la Renaissance et de leurs canons inspir√©s du paganisme¬†: Michel Ange appara√ģt ici comme un artiste encore ¬ę¬†m√©di√©val¬†¬Ľ, √©bloui par l¬íardeur religieuse mais aussi par la transcendance divine¬Ö

Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican

Les poses des quatre nus sont très différentes les unes des autres, sans recherche de symétrie. Ainsi, celui assis à gauche au dessus du prophète Jérémie, avec son profil classique et son attitude méditative, contraste nettement avec celui de droite, en plein mouvement, chargé de feuillage et de glands, et dont le visage sort à peine de l’ombre…

Leur faisant face les deux autres nus se penchent vers le centre, mais avec les mouvements clairement distincts, leur torse en rotation dans des directions oppos√©es, effet magnifique de l¬íartiste rendu gr√Ęce au je de perspective¬Ö

Entourés par les nus, les deux médaillons au dessus de la corniche représentent l’un Elisée montant au ciel sur le chariot de feu, l’autre le sacrifice d'Isaac.

Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
Dieu sépare la lumière des ténèbres. 1511. Fresque. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon d¬íElis√©e sur le chariot de feu. Neuvi√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te J√©r√©mie. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon d¬íElis√©e sur le chariot de feu. Neuvi√®me section de la vo√Ľte au dessus du proph√®te J√©r√©mie. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus du prophète Jérémie). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin supérieur droit de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus du prophète Jérémie). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
Nu du coin inférieur gauche de la séparation du jour et de la nuit (au-dessus de la Sibylle de Libye). 1511. Fresque, chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon du sacrifice d¬íIsaac. Neuvi√®me section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle de Libye. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican
M√©daillon du sacrifice d¬íIsaac. Neuvi√®me section de la vo√Ľte au dessus de la Sibylle de Libye. 1511, 135 cm de diam√®tre. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2. Les voyants : Prophètes et Sibylles

2.2.2.1. Généralités

Michel Ange : étude pour l’un des prophètes de la chapelle Sixtine. Plume. Chantilly, Musée Condé
Michel Ange : étude pour l’un des prophètes de la chapelle Sixtine. Plume. Chantilly, Musée Condé

Les figures des Proph√®tes et des Sibylles alternent sur les longs c√īt√©s, assis sur des tr√īnes, alors que sur les c√īt√©s plus courts figurent uniquement deux proph√®tes¬†: Zacharie au dessus de l¬íentr√©e et Jonas au-dessus de l'autel (Jonas I, 2). Zacharie, au-dessus de la porte d¬íentr√©e de la chapelle que le pape passe solennellement le dimanche des Rameaux pour inaugurer la Semaine Sainte, est consid√©r√© comme le proph√®te principal de la passion du Christ. Jonas occupe une position centrale car il pr√©figure le Christ ressuscit√© (Matthieu XII, 38-40¬†; XVI, 1-4¬†; Luc XI, 29-30).

Les noms des personnages sont inscrits sur une plaque, en dessous de leur si√®ge¬†: ils furent les premiers √† pressentir la venue du R√©dempteur et t√©moignent que l'humanit√© attend continuellement la R√©demption. En effet les Proph√®tes annonc√®rent la venue du Christ au peuple d'Isra√ęl et les Sibylles, bien qu'appartenant au monde pa√Įen, sont ici repr√©sent√©es pour leurs dons de divinatrices, √©largissant ainsi l'attente de la R√©demption du peuple √©lu √† toute l'humanit√©. Cette association de proph√®tes de l'Ancien 'Testament et de sibylles gr√©co-romaines, √©tait habituelle depuis le Moyen √āge¬†: ainsi le cycle peint a la fin du XIII√® si√®cle par Giovanni Pisano sur la fa√ßade de la cath√©drale de Sienne. Ou encore le retable d l¬íAgneau Mystique de Saint Bavon de Gand, peint par Jan Van Eyck, o√Ļ figurent la sibylle de Cumes et celle d¬íErythr√©e¬Ö

Michel Ange¬†: section longitudinale de la vo√Ľte de la chapelle Sixtine avec la sibylle de Delphes et le proph√®te Isa√Įe
Michel Ange¬†: section longitudinale de la vo√Ľte de la chapelle Sixtine avec la sibylle de Delphes et le proph√®te Isa√Įe

Depuis le Moyen √āge il √©tait courant de r√©unir dans un m√™me cycle peint les proph√®tes de l'Ancien Testament, qui pressentent l'arriv√©e d'un .Messie, et les sibylles qui, bien que pa√Įennes, fr√©missent dans l'attente d'un possible ¬ę¬†sauveur¬†¬Ľ, pr√©monition obscure charg√©e de force spirituelle.

Michel Ange : étude pour la Sibylle de Libye. 1511. Sanguine. 28,5 x 20,5cm. New York, Metropolitan Museum
Michel Ange : étude pour la Sibylle de Libye. 1511. Sanguine. 28,5 x 20,5cm. New York, Metropolitan Museum

Mais il reste difficile de saisir les motivations profondes qui ont poussé Michel Ange au choix des sept prophètes et des cinq sibylles, chacun muni du Livre prophétique et accompagné de deux assistants, aux poses expressives et très variées, ordonnés autour des scènes centrales. Leur taille est gigantesque ; de plus, les dimensions des prophètes vont croissant, de l'entrée vers l'autel.

Bien qu'√©tant encore humains, ces personnages, dou√©s de facult√©s de pr√©monition, pourraient entrevoir la r√©alit√© de l'Esprit divin, qui est juste au-dessus de leurs tr√īnes. Voyants aux corps parfois monstrueux, femmes aux anatomies ambigu√ęs, ces √™tres poss√®dent la perception des choses divines gr√Ęce √† une aptitude particuli√®re de leur esprit¬†; en m√™me temps, ils r√©alisent l'union entre le monde pa√Įen et celui des √Čcritures.

Le Cabinet des Dessins du Louvre conserve huit grands dessins qui sont des copies de six des prophètes et de deux des sibylles peints au plafond de la Chapelle Sixtine. Ils portent au verso le paraphe du banquier Jabach (ami de Rubens), dont la collection sera acquise par Louis XIV en 1671. L'artiste a probablement travaillé in situ. Les historiens s'accordent pour dater les dessins du séjour de Rubens à Rome, vers 1601.

Pierre Paul Rubens¬†: Aman. Copie d¬íapr√®s la vo√Ľte de la chapelle Sixtine. Plume avec rehauts √† l¬íhuile. 42x21,5cm. Paris, mus√©e du Louvre, cabinet des dessins
Pierre Paul Rubens¬†: Aman. Copie d¬íapr√®s la vo√Ľte de la chapelle Sixtine. Plume avec rehauts √† l¬íhuile. 42x21,5cm. Paris, mus√©e du Louvre, cabinet des dessins
Michel Ange¬†: section longitudinale de la vo√Ľte de la chapelle Sixtine¬†: d√©tail de la sibylle de Delphes avant restauration
Michel Ange¬†: section longitudinale de la vo√Ľte de la chapelle Sixtine¬†: d√©tail de la sibylle de Delphes avant restauration

2.2.2.2. Le prophète Jonas

Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Le proph√®te Jonas occupe le triangle central situ√© entre les deux pendentifs orn√©s des compositions consacr√©es au Serpent d'Airain et au Ch√Ętiment d'Aman. La figure monumentale est une pr√©figuration du Christ et du symbole de la Foi.

Jonas, sauv√© apr√®s trois jours et trois nuits ¬Ėle temps entre la mort et la r√©surrection du Christ - du ventre de la baleine est d√©crit ici comme un ¬ę¬†Prom√©th√©e de l¬íAncien Testament¬†¬Ľ touch√© par la gr√Ęce de Dieu et comme un exemple du bien et du mal¬†: le proph√®te a en effet √©t√© puni dans un premier temps pour avoir refus√© de ¬ę¬†convertir¬†¬Ľ Ninive¬Ö Proph√®te ¬ę¬†rebelle¬†¬Ľ et repenti qui tourne son visage vers le Cr√©ateur, un peu √† l¬íimage de Michel Ange lui-m√™me, d√©sormais empli de joie, √† l'amour et √† la r√©ponse filiale, voire √† la contemplation extatique de Dieu¬Ö

Le monstre de la mer, l'arbre de calebasse des textes et les génies turbulents forment un fond très animé, scène exceptionnellement bucolique et idyllique chez Michel Ange.

Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Jonas. 1511. Fresque entre les pendentifs surmontant l’autel, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.3. Le prophète Jérémie

Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Plongé profondément dans une anxieuse méditation et étreint par l'angoisse de ses sinistres prévisions, Jérémie, penché en avant, repose son visage sur sa main gauche que soutient son genou.

De tous les prophètes, Jérémie semble le plus tourmenté, replié dans une attitude de méditation intense, qui se traduit par ses membres et sa posture. Voici un portrait qui, plus que nul autre dans l’oeuvre de l’artiste, personnifie, par delà le personnage de Jérémie, la mélancolie : portrait moral de l’individu hanté par la mort, le poids et les difficultés de l’existence terrestre. Prématurément vieilli et plongé dans l’angoisse, Jérémie semble à lui tout seul porter tous le poids de la vie et de ses interrogations…

Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Les personnages entourant le proph√®te sont les plus √©tranges de toute la s√©rie des voyants¬†: celui de gauche, figure f√©minine, symbolise l¬í√Ęme tourment√©e et afflig√©e du proph√®te, consciente de la contingence terrestre et de l¬íabsence de la ¬ę¬†beaut√© pure¬†¬Ľ dans cette vie, peut-√™tre symbole de ce platonisme qui avait berc√© la jeunesse de Michel Ange, mais que Savonarole avait an√©anti¬Ö Celui de droite, qui a l¬íaspect d¬íun moine encapuchonn√©, renvoie indubitablement √† Savonarole, au devoir, √† la conscience de ne pas s¬íadonner √† l¬íexc√®s ¬Ė serait-ce m√™me dans le domaine de l¬íart¬Ö Il est √† cet √©gard significatif que le nu au-dessus du g√©nie f√©minin est une superbe r√©miniscence de l¬íid√©al grec de la beaut√©, alors que celui au dessus du personnage monacal renvoie directement √† la figure d¬íAtlas, portant tout le poids de la contingence terrestre sur ses √©paules¬Ö

Vasari parle de ¬ę¬†l'amaritudine¬†¬Ľ, l'amertume √©voqu√©e par le peintre √† travers ce personnage. La pr√©sence de la lettre ¬ę¬†M¬†¬Ľ √† la base du tr√īne pourrait sugg√©rer un autoportrait dans cette sorte de Mo√Įse d√©chu sans espoir de salut. Le th√®me se rattache au panneau en bronze de Saint Jean de la premi√®re porte du baptist√®re de Florence r√©alis√© par Ghiberti vers 1424. Plus tard, Auguste Rodin s'inspirera en partie de cette figure pour son Penseur.

Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te J√©r√©mie. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 390 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.4. La Sibylle de Perse

La Sibylle de Perse. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Perse. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 400 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
En regard de Daniel se d√©coupe la silhouette de la sibylle de Perse. D'un √Ęge l√©gendaire, montr√©e en profil perdu, repli√©e sur elle-m√™me, retourn√©e vers la partie interne du tr√īne, myope et vo√Ľt√©e jusqu'√† para√ģtre bossue, elle semble avoir du mal √† d√©chiffrer le texte, de petite taille. Elle est d√©peinte comme une figure totalement d√©tach√©e de ce monde, totalement solitaire, personnification m√™me du myst√®re. Son immobilit√© s'√©tend aussi aux assistants, curieusement drap√©s, et aux putti - caryatides du tr√īne.

Elle rayonne cependant d’une présence beaucoup plus puissante et réservée, plus magique et abstraite que celle de la Sibylle de Cumes…

Dans le traitement de la lumière et du jeu des ombres, cette figure rappelle un peu la manière de Léonard de traiter le clair-obscur.

2.2.2.5. Le prophète Ezéchiel

Le proph√®te Ez√©chiel. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Ez√©chiel. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†La trenti√®me ann√©e, au quatri√®me mois, le cinq du mois, ¬Ö le ciel s'ouvrit et je fus t√©moin de visions divines...
Je regardai : c'était un vent de tempête soufflant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant, avec une lueur autour, et au centre comme l'éclat du vermeil au milieu du feu. Au centre, je discernai quelque chose qui ressemblait à quatre animaux dont voici l'aspect : ils avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes...
Au-dessus de la vo√Ľte qui √©tait sur leurs t√™tes, il y avait quelque chose qui avait l'aspect d'une pierre de saphir en forme de tr√īne, et sur cette forme de tr√īne, dessus, tout en haut, un √™tre ayant apparence humaine¬Ö je vis quelque chose comme du feu et une lueur tout autour¬†; l'aspect de cette lueur, tout autour, √©tait comme l'aspect de l'arc qui appara√ģt dans les nuages, les jours de pluie. C'√©tait quelque chose qui ressemblait √† la gloire de Yahv√©.
Je regardai, et je tombai la face contre terre ; et j'entendis la voix de quelqu'un qui me parlait.
Il me dit¬†: ¬ę¬†Fils d'homme, tiens-toi debout, je vais te parler.¬†¬Ľ L'esprit entra en moi comme il m'avait √©t√© dit, il me fit tenir debout et j'entendis celui qui me parlait.¬†¬Ľ
(Ezéchiel I, 1-28; 2,1)

Le proph√®te Ez√©chiel. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Ez√©chiel. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Ez√©chiel est le premier proph√®te d'Isra√ęl d√©port√© en exil √† Babylone (vers 593 av. J.-C.)¬†: il tente de rappeler les Isra√©lites √† leur responsabilit√© morale vis-√†-vis de la d√©portation en M√©sopotamie et de la destruction de J√©rusalem, caus√©e par l'infid√©lit√© √† leur alliance avec Dieu. Sa mission se termine par l¬íannonce de la vision d'une nouvelle J√©rusalem, de la fondation d'un nouveau culte et d'une nouvelle terre sous le guide d'un nouveau pasteur, David.

Le proph√®te Ez√©chiel. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Ez√©chiel. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Ezéchiel est représenté sous les traits d’un vieil homme dynamique et véhément s’adressant à un jeune homme sur sa gauche. En proie à un curieux mélange de colère et d'interrogation, il se retourne vers la gauche, un parchemin serré dans la main. La figure vigoureuse du prophète est peinte avec des traits et contrastée. Son profil est magnifiquement représenté de manière très sculpturale, comme le cou, les mains, et des pieds.

L'un des assistants est représenté sous forme de simple masque plat, alors que le deuxième est plus visible et d'aspect tout à fait inattendu. En effet, on retrouve ici une nette influence des anges de léonard de Vinci, un retour au modèle de l’ange - éphèbe du Quattrocento. Son geste pourrait être interprété comme indiquant la transcendance divine.

2.2.2.6. La Sibylle d'Erythrée

La Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Faisant dace √† Isa√Įe, du c√īt√© oppos√©, la sibylle d¬íErythr√©e aux bras virilement muscl√©s, tourne la page d'un livre o√Ļ appara√ģt la lettre ¬ę¬†Q¬†¬Ľ. Elle tourne vers le livre ouvert son visage plein de s√©r√©nit√©, loin des tourments qu¬íelle est g√©n√©ralement cens√©e augurer¬Ö Se retournerait-elle vers le proph√®te Ez√©chiel, qui, plus loin, semble l'interpeller¬†? Le petit assistant allume une lampe votive dont la symbolique chr√©tienne semble assez √©vidente¬†: elle √©voque l'immortalit√© de l'√Ęme au-del√† des corps. L'autre petit √™tre se frotte les yeux, comme √©bloui par la puissance pr√©monitoire...

La Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.7. Le proph√®te Jo√ęl

Le proph√®te Jo√ęl. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Jo√ęl. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Face √† la Sibylle de Delphes, sur l'autre versant de la vo√Ľte, la superbe figure du proph√®te Jo√ęl¬†: plong√© dans la consultation d'un parchemin, il s'impose comme le proph√®te de la Pentec√īte, rituel alors tr√®s important que l'on c√©l√©brait dans la chapelle durant les conclaves par une messe du Saint Esprit. Son visage √©voque peut-√™tre celui du grand architecte Bramante ou, plus simplement, celui d'un patricien romain ou mieux encore celui d¬íun humaniste tel que l'on peut se le repr√©senter.

Le proph√®te Jo√ęl. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Jo√ęl. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le corps du prophète est mis en valeur par le décalage de son axe vers la gauche ; mouvement diagonal qui se retrouve encore dans les autres géants de l’Ancienne Alliance : Ezéchiel, Daniel, et bien plus prononcé, chez Jonas.

Deux anges en conversation entourent la t√™te du proph√®te, alors que deux paires de Putti, au dessus du tr√īne, soutiennent l¬íavanc√©e de la corniche, dans des poses gracieuses, presque des pas de danses¬†: r√©f√©rence directe au r√©pertoire typique de la sculpture florentine en Renaissance, notamment aux terres cuites ou aux cantorias de Della Robbia¬Ö

Le proph√®te Jo√ęl. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Jo√ęl. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Jo√ęl. D√©tail¬†: putti entourant le proph√®te. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Jo√ęl. D√©tail¬†: putti entourant le proph√®te. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 355 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.8. Le prophète Zacharie

¬ę¬†La deuxi√®me ann√©e de Darius, au huiti√®me mois, la parole de Yahv√© fut adress√©e au proph√®te Zacharie, fils de Iddo...¬†¬Ľ
(Zacharie 1, 1-2).

Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Zacharie, qui a v√©cu vers 500 avant J.-C. est le premier proph√®te d¬íIsra√ęl apr√®s le retour du peuple de l¬íexil de Babylone. Les paroles de Zacharie annon√ßant la venue du Messie sont rapport√©es dans l'Evangile selon Saint Matthieu (Matthieu XXI, 4-7).

Le prophète est représenté sur le mur d'entrée, de profil, sous les traits d'un vieil homme barbu plongé dans sa lecture.

Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Le prophète occupe le triangle central situé entre les deux panaches ornés des compositions consacrées à Judith et Holopherne et à David et Goliath. Il ouvre la voie vers l'autel. Drapé dans son ample manteau, il a les yeux rivés sur le livre ouvert, le front plissé, et ne semble pas percevoir la présence des deux assistants dont les regards guident vers le volume. Symbole de la Loi, du pontificat, des entreprises édificatoires de Jules II, Zacharie incarne la réflexion, la recherche de la vérité.

L’imposante figure du prophète a été fréquemment copiée et imitée, particulièrement au dix-huitième siècle par Alessandro Mazzuoli.

En dessous de son siège et sous la plaque qui l’identifie, l’artiste a peint l’emblème de la famille Della Rovere surmonté de la tiare papale et des clefs de Saint Pierre : un chêne avec douze glands d’or, commémorant le créateur de la chapelle, Sixte IV.

Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le prophète Zacharie. 1509. Fresque entre les deux pendentifs surmontant l’entrée de la chapelle, 360 x 390 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.9. La Sibylle de Delphes

La Sibylle de Delphes. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 350 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Delphes. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 350 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Parmi les sibylles, celle de Delphes est d'une beaut√© s√©duisante, f√©minine, √©l√©gante et forte¬†: d√©termin√©e, elle tient dans une main un tissu et dans l'autre un parchemin, d√©pli√© devant elle. Comme distraite de la lecture du rouleau par un fait externe, peut-√™tre une vision, la Sibylle porte son regard dans la direction oppos√©e √† la rotation de son corps. Ses yeux et sa bouche entrouverte semblent manifester une √©motion soudaine face √† un nouvel √©v√©nement. Le reste du corps r√©siste encore, bloqu√© dans l'√©tat de calme pr√©c√©dent. Proche de l¬íunivers antique, son image rappelle la Vierge du Tondo Doni, alors que ses deux assistants semblent pris dans une autre dimension. Ils se font face autour d'un livre ouvert, soutenu par celui dont l'effigie est la plus proche du monde pa√Įen et animal, r√©f√©rence √† la figure de Dionysos¬Ö

La Sibylle de Delphes, considérée comme un idéal de beauté, fut l’une des plus admirées, particulièrement dans la manière de traiter le visage : un axe vertical le partage en deux, la partie droite étant maintenue dans un ombre légèrement croissante (hormis la pommette mise en relief par un jeu de lumière), alors que la gauche est traitée dans la lumière…

La Sibylle de Delphes. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 350 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Delphes. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 350 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Delphes. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 350 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Delphes. 1509. Fresque de la neuvi√®me section de la vo√Ľte, 350 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.10. Le proph√®te Isa√Įe

Le proph√®te Isa√Įe. 1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 365 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Isa√Įe. 1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 365 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Isa√Įe, trait√© dans l¬íesprit d'une beaut√© virile classique, semble, quant √† lui, habit√© par le doute. Il a interrompu sa lecture, garde son doigt entre les pages du Grand Livre et, Le visage tourn√© vers un assistant plein de vie et que l¬íon devine dans un √©tat d¬íexcitation, il semble √©couter, inquiet, les propos de ce dernier. Le mouvement qui anime le drap√© vert de ce petit aide conduit le regard vers le centre de la vo√Ľte, o√Ļ est repr√©sent√© le Sacrifice de No√©.

Le proph√®te Isa√Įe. 1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 365 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Isa√Įe. 1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 365 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Isa√Įe. 1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 365 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Isa√Įe. 1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 365 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.11. La Sibylle de Cumes

La Sibylle de Cumes. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 375 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Cumes. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 375 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La sibylle de Cumes est, assur√©ment, le personnage f√©minin le plus d√©routant de tout le cycle, et sans aucun doute la plus proche de l¬íimage traditionnelle des pr√™tresses ¬Ė proph√©tesses du monde grec. Elle correspond √† l'image d¬íune voyante dont le pouvoir est non seulement illimit√©, mais terriblement inqui√©tant. Elle consulte avec un rictus de m√©fiance le Livre de la Sagesse et ne semble pas y trouver la moindre v√©rit√©.

Marqu√©e par l¬í√Ęge, elle est d√©peinte par une t√™te inqui√©tante et minuscule, qui ne s'accorde nullement avec un corps viril, sur lequel deux seins muscl√©s constituent une interrogation anatomique majeure. Les pieds monumentaux s'ajoutent √† ce montage de parties anatomiques non compl√©mentaires, qui fait osciller le personnage entre la bizarrerie naturelle et la caricature mena√ßante. Cet √™tre tient √† la fois du g√©ant et de la sorci√®re, faisant √©cho √† un texte d¬íOvide qui raconte qu'Apollon courrouc√©, le grand inspirateur de l'oracle, condamne la sibylle √† vivre mille ans¬Ö Chez Michel Ange, elle est la sibylle qui correspond le mieux √† l¬íimage inqui√©tante des devineresses du monde pa√Įen, les autres se rapprochant beaucoup plus de l¬íid√©al f√©minin de la Renaissance¬Ö

La Sibylle de Cumes. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 375 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Cumes. 1510. Fresque de la cinqui√®me section de la vo√Ľte, 375 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.12. Le prophète Daniel

Le proph√®te Daniel. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Daniel. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Daniel, plong√© sans doute dans la lecture les textes du jugement dernier, non sans quelqu¬íinqui√©tude qu¬íexprime son visage, incarne √† merveille une belle figure de penseur humaniste dont l'attitude est proche de celle de Jo√ęl. Un des assistants se trouve derri√®re lui, cach√© par un curieux voile, alors que le deuxi√®me joue le r√īle de putto ¬Ė caryatide soutenant le Grand Livre ouvert.

Une note de joie, de sensualité est introduite par les putti soutenant l’entablement qui exécutent une danse effrénée rompant avec l'ambiance méditative qui domine la scène.

Cette figure a été l’une de celles qui a le plus souffert des infiltrations d’eau et a du être restaurée avec d’infinies précautions.

Le proph√®te Daniel. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Daniel. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Daniel. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le proph√®te Daniel. 1511. Fresque de la troisi√®me section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.2.13. La Sibylle de Libye

La Sibylle de Libye. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Libye. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle, dans un mouvement de torsion, pose ou prend le livre qui est derrière elle. Comme c’est la Voyante la plus proche de l'autel, de nombreux critiques ont ce interprété ce geste comme l'acte de déposer le livre des prophéties à l'approche de la venue du Messie… D’autres pensent qu’elle ne dépose pas le livre, mais qu’elle le consulte…

La sibylle de Libye s'impose par sa prestance physique, par la complexit√© de son anatomie. Si Vasari lui attribue une ¬ę¬†attitude f√©minine¬†¬Ľ, la musculature de son dos semble plut√īt le d√©mentir¬ÖSon profil coupant, sa coiffure serr√©e et compliqu√©e rendent cette figure √† la fois √©l√©gante (la position de la jambe et du pied) et intimidante. Son geste ach√®ve une nerveuse spirale montante¬†: on y devine les signes avant-coureurs du mani√©risme, renforc√© encore pas le magnifique jeu de couleurs de ses v√™tements ou le jaune profond alterne avec le gris-bleu, le saumon, l¬íocre rouge ou le violet clair¬Ö.

La Sibylle de Libye. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La Sibylle de Libye. 1511. Fresque de la premi√®re section de la vo√Ľte, 395 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.3. Les pendentifs

2.2.3.1. Généralités

Michel Ange : pendentif de Judith et Holopherne : vue générale. Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange : pendentif de Judith et Holopherne : vue générale. Chapelle Sixtine, Vatican
La partie centrale de la vo√Ľte est con√ßue comme un mouvement longitudinal amenant le croyant de l'entr√©e (la Gen√®se) o√Ļ sont mis en sc√®ne les premiers rapports entre Dieu et sa cr√©ature √† travers les premiers √©pisodes qui ont plong√© l¬íhumanit√© dans le drame (d√©luge, tentation, expulsion du jardin d¬íEden) √† l¬íautel o√Ļ domine la figure transcendante de Dieu, le cr√©ateur solitaire, d¬ío√Ļ vient toute chose.

Cette histoire est raccord√©e aux sc√®nes inf√©rieures (les lunettes et les fresques du Quattrocento) gr√Ęce aux proph√®tes et aux sibylles, qui articulent et ponctuent les parties centrales de la vo√Ľte comme des √©chos significatifs et myst√©rieux. Mais cette jonction est aussi fortement soulign√©e par les quatre histoires racont√©es aux quatre pendentifs de la vo√Ľte. L'artiste y a repr√©sent√© des √©pisodes violents, pr√©monitoires, en choisissant cette fois une sorte de r√©alisme ¬ę¬†quotidien¬†¬Ľ et en abandonnant les accents h√©ro√Įques, graves et nobles de la partie centrale.

Les grands pendentifs aux coins de la vo√Ľte narrent quatre √©pisodes du salut miraculeux du peuple d'Isra√ęl. On peut les interpr√©ter comme des pr√©figurations du Messie car ils t√©moignent de la pr√©sence et de l¬íaction constantes de Dieu dans la vie de son peuple et du renouvellement perp√©tuel de la promesse de la R√©demption. Ils constituent donc le trait d'union entre les √©pisodes de la vo√Ľte et ceux des murs.

Michel Ange : pendentif de David et Goliath : vue générale. Chapelle Sixtine, Vatican
Michel Ange : pendentif de David et Goliath : vue générale. Chapelle Sixtine, Vatican
Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.3.2. Le ch√Ętiment d¬íAman

Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le supplice d¬íAman, √† droite de l'entr√©e, s'inspire du r√©cit biblique d'Esther, une esclave juive, ni√®ce de Mardoch√©e et √©pouse du roi Assu√©rus. Apr√®s une suite de complots et de pers√©cutions contre le peuple h√©breu, Assu√©rus condamne √† mort Aman. ¬ę¬†En ce qui me concerne, j'ai donn√© √† Esther la maison d'Aman apr√®s l¬íavoir fait pendre pour avoir voulu perdre les juifs¬†¬Ľ (Esther VIII, 7). Dans la sc√®ne repr√©sent√©e, Assu√©rus, allong√© dans la partie droite, appelle Mardoch√©e. Le roi, qui se tient √† gauche, r√©unit son conseil pour d√©cider de la condamnation d'Aman. Le condamn√©, au centre, est crucifi√©.

Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Michel-Ange ne suit pas le récit biblique et imagine une extraordinaire crucifixion. Le corps est saisi en très fort raccourci, techniquement compliqué par le mur creux et l'espace en triangle irrégulier. Le thorax d'Aman et sa puissante musculature rappellent le Laocoon, le célèbre groupe sculptural antique dont la découverte à Rome, en 1506, avait profondément ému Michel Ange. Rarement un corps aura exprimé avec une telle puissance la lutte contre l'adversité, l'effort libérateur, traduit dans la sculpture de Michel Ange, notamment dans les Esclaves.

La figure crucifi√©e d¬íAman a fait l¬íobjet de nombreuses interpr√©tations. La plus probante est celle qui voit en Aman une image annon√ßant le martyre du Christ. Elle reste cependant g√™nante dans la mesure o√Ļ le personnage d¬íAman joue dans la Bible un r√īle n√©gatif de pers√©cuteur du peuple h√©breu.

Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le ch√Ętiment d¬íAman. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.3.3. Le serpent d’airain

Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
L'esprit d'ind√©pendance de Michel Ange se manifeste clairement dans le th√®me du pendentif relatant l¬í√©pisode du Serpent d'airain, sc√®ne dans laquelle la figure de Mo√Įse doit en principe jouer un r√īle central¬†: le livre des Nombres raconte que le peuple h√©breu, en chemin vers la Transjordanie, perd patience et se r√©volte contre Dieu et Mo√Įse. Yahv√© dans sa col√®re envoie des .serpents br√Ľlants, serpents ail√©s ou dragons dont la morsure tue un grand nombre de fils d¬íIsra√ęl. Le peuple, repenti et apeur√© implore Mo√Įse de le lib√©rer des reptiles mal√©fiques. Mo√Įse interc√®de pour le peuple et Yahv√© lui r√©pond¬†: ¬ę¬†Fa√ßonne-toi un br√Ľlant que tu placeras sur un √©tendard. Quiconque aura √©t√© mordu et le regardera restera en vie¬†!¬†¬Ľ (Nombres XXI, 8).

Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La composition de Michel-Ange joue sur des effets spectaculaires de compression, d'√©tirement, de transformation des corps, tordus, d√©form√©s par la pluie de serpents, mais d√©j√† sauv√©s par un reptile qui se dresse sur une hampe, pr√©figuration paradoxale du Christ Sauveur sur la croix. Mais Mo√Įse n¬íest nullement mis en relief dans la sc√®ne, et on a m√™me du mal √† le trouver¬†: est-ce le jeune homme soutenant une femme sur la gauche¬†? Ou est-ce la figure de droite, aux mains lev√©es en signe d'effroi¬†? Ou est-il tout simplement absent de la composition, comme pourrait le sugg√©rer le pessimisme foncier de Michel Ange, indiquant ainsi que le sauveur est absent, l'espoir disparu, le peuple livr√© √† la vengeance divine, sans intercesseur¬†? Le raccourci du corps du personnage se trouvant √† l'extr√™me droite, contre la corniche, annonce √† lui seul les peintres mani√©ristes, comme Rosso, Beccafumi, Pontormo, le Parmesan.

Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le serpent d¬íairain. Pendentif c√īt√© autel. 1511. Fresque, 585 x 985 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.3.4. David et Goliath

David et Goliath. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
David et Goliath. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†Les Philistins se tenaient sur la montagne d'un c√īt√©, les H√©breux de l'autre c√īt√©, et la vall√©e √©tait entre eux. Alors sortit du rang des Philistins un champion qui s'appelait Goliath¬Ö Il s'avan√ßa et cria¬†:
¬ę¬†Choisissez-vous un homme et qu'il descende vers moi. S'il l'emporte au combat et m'abat, nous deviendrons vos esclaves. Mais si c'est moi qui l'emporte, c'est vous qui nous servirez¬†¬Ľ.
Quand Sa√ľl et les H√©breux entendirent ces paroles, ils eurent tr√®s peur¬Ö
David, fronde en main, s'avan√ßa vers le Philistin. Le Philistin regarda David et le m√©prisa, car il √©tait jeune. David dit au Philistin¬†: ¬ę¬†Tu viens vers moi avec des armes, mais moi je viens vers toi au nom de Dieu. Aujourd'hui m√™me, Dieu te livrera √† moi.¬†¬Ľ
David prit une pierre qu'il lan√ßa avec la fronde, et la pierre s'enfon√ßa dans le front du Philistin qui tomba la face contre terre. David courut, et debout sur le Philistin, il prit son glaive et lui coupa la t√™te.¬†¬Ľ
(Samuel I, XVII, 3-51)

David et Goliath. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
David et Goliath. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Le pendentif de David et Goliath, √† droite de l'entr√©e, offre une version du h√©ros h√©breu diam√©tralement oppos√©e √† celle qui appara√ģt dans la c√©l√®bre sculpture de l¬íartiste r√©alis√©e en 1504. Toute l¬íiconographie est transform√©s¬†: David para√ģt fr√™le, adolescent presque maladroit, avec un cimeterre trop lourd pour lui. Goliath g√ģt au sol, mais n'est pas d√©finitivement an√©anti car il tente de se relever en s'appuyant sur ses bras puissants. Le g√©ant philistin pourrait encore vaincre David. La position d'un jeune homme chevauchant et √©crasant un homme plus √Ęg√© sera d¬íailleurs reprise et modifi√©e dans le groupe sculptural intitul√© ¬ę¬†Victoire¬†¬Ľ, ex√©cut√© vers 1532 pour le tombeau de Jules¬†II.

David et Goliath. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
David et Goliath. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.3.5. Judith et Holopherne (Judith XIII, 1-10)

Judith et Holopherne. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Judith et Holopherne. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
L¬íhistoire de Judith et Holopherne occupe le pendentif d'angle √† gauche de l'entr√©e¬†: elle raconte un √©pisode ¬ę¬†miraculeux¬†¬Ľ de l¬íhistoire d¬íIsra√ęl¬†: Judith sauvant sa ville de B√©thulie du si√®ge de Holopherne, le g√©n√©ral du roi assyrien Nabuchodonosor. ¬ę¬†...et Judith fut laiss√©e seule dans la tente avec Holopherne effondr√© sur son lit, noy√© dans le vin... Elle avan√ßa alors vers la traverse du lit proche de la t√™te d'Holopherne, en d√©tacha son cimeterre... Par deux fois elle frappa au cou, de toute sa force, et d√©tacha sa t√™te... Peu apr√®s, elle sortit et donna la t√™te d¬íHolopherne √† sa servante, qui la mit dans la besace √† vivres...¬†¬Ľ (Judith XIII, 6-10).

Trois sc√®nes viennent illustrer cet √©pisode¬†: √† gauche les gardes endormis¬†; au centre Judith et sa servante en train de couvrir d'un linge la t√™te d'Holopherne, dont les traits rappellent ceux de Michel-Ange¬†; √† droite le corps mutil√© d'Holopherne. Judith couvre la t√™te du mort - autoportrait suppos√© de Michel-Ange - tandis que le corps d√©capit√© g√ģt sur la droite.

Dans sa fresque. Michel Ange ne souligne pas le triomphe de Judith, car, si elle s éloigne de la tente avec la servante, le danger n'est pas écarté pour autant : il faudra éviter la sentinelle, traverser le camp ennemi... Les gestes élégants des deux femmes contrastent avec l'atroce torsion du corps décapité.

Judith et Holopherne. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Judith et Holopherne. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Judith et Holopherne. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Judith et Holopherne. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Judith et Holopherne. Détail : nus de bronze. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Judith et Holopherne. Détail : nus de bronze. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4. Les lunettes et les vo√Ľtains

2.2.4.1. Généralités

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Reboam et ses parents, d√©tail. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Reboam et ses parents, d√©tail. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Les lunettes sont la partie la plus √©lev√©e des murs de la chapelle. Elles sont situ√©es au-dessus de la corniche sup√©rieure, sous laquelle ont √©t√© r√©alis√©es les figures des papes sous Sixte¬†IV. Leurs vastes surfaces semi-circulaires (environ 6,5 x 3,4 m√®tres) sont d√©limit√©es par les sommets des vo√Ľtes des fen√™tres et sur les c√īt√©s par les courbes des vo√Ľtains liant les murs √† la vo√Ľte, ou celles des pendentifs aux quatre coins de la vo√Ľte. Il y a dont √† l¬íorigine 16 lunettes et 8 vo√Ľtains d√©cor√©s par Michel Ange. Mais lorsqu¬íil r√©alisera la fresque du Jugement dernier, il supprimera les deux fresques des lunettes au dessus de l¬íautel.

Dans les lunettes et les vo√Ľtains, Michel-Ange a repr√©sent√© les Anc√™tres du Christ, pr√©curseurs de sa venue et donc de la R√©demption. Saint Matthieu en dresse la liste au d√©but de son Evangile (Matthieu I, 1-17) reportant √† partir de Abraham quarante noms d'anc√™tres du Christ (Alors que Luc, dans sa g√©n√©alogie, partant de Adam, cite 75 familles). Cette ¬úuvre ne vise pas √† pr√©senter des images historiques mais est plut√īt une illustration symbolique de l'humanit√© saisie dans diverses attitudes et surtout son √©dification en familles. Malgr√© de nombreuses tentatives de relier les noms des plaques aux personnages repr√©sent√©s, il est encore difficile √† ce jour de les identifier avec une totale certitude.

Lunette : les ancêtres du Christ : Aminadab. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Aminadab. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
¬ę¬†G√©n√©alogie de J√©sus Christ, fils de David, fils d'Abraham.
Abraham engendra Isaac; Isaac engendra Jacob; Jacob engendra Juda et ses frères ;
Juda engendra de Thamar Pharès et Zara ; Pharès engendra Esrom; Esrom engendra Aram ;
Aram engendra Aminadab; Aminadab engendra Naasson; Naasson engendra Salmon ;
Salmon engendra Booz de Rahab; Booz engendra Obed de Ruth ;
Obed engendra Jessé ; Jessé engendra David. Le roi David engendra Salomon de la femme d'Urie ;
Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abia ; Abia engendra Asa ;
Asa engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Ozias ;
Ozias engendra Joatham¬†; Joatham engendra Achaz¬†; Achaz engendra √Čz√©chias¬†;
√Čz√©chias engendra Manass√©; Manass√© engendra Amon; Amon engendra Josias;
Josias engendra Jéchonias et ses frères, au temps de la déportation à Babylone.
Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel; Salathiel engendra Zorobabel ;
Zorobabel engendra Abiud¬†; Abiud engendra √Čliakim¬†; √Čliakim engendra Azor¬†;
Azor engendra Sadok¬†; Sadok engendra Achim¬†; Achim engendra √Čliud¬†;
√Čliud engendra √Čl√©azar¬†; √Čl√©azar engendra Matthan¬†; Matthan engendra Jacob¬†;
Jacob engendra Joseph, l'√©poux de Marie, de laquelle est n√© J√©sus, qui est appel√© Christ.¬†¬Ľ
(Matthieu, I, 4-16)
Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.2. Abraham, Isaac, Jacob, Juda

Lunette perdue : les ancêtres du Christ : Abraham, Isaac, Jacob, Juda. 1511-1512. D’après une gravure. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette perdue : les ancêtres du Christ : Abraham, Isaac, Jacob, Juda. 1511-1512. D’après une gravure. Chapelle Sixtine, Vatican
Dans les lunettes situ√©s au dessus du mur d'autel, Michel Angelo a peint les deux premiers groupes des anc√™tres du Christ selon l'ordre donn√© par l¬íEvangile de Matthieu¬†: le groupe Abraham-Isaac-Jacob-Juda et le groupe Phar√®s-Esrom-Aram. Les deux Fresques ont √©t√© d√©truites lorsque l'artiste a d√©cid√© d¬í√©tendre la fresque du Jugement dernier √† toute la surface du mur. On conserve cependant deux dessins repr√©sentant l¬íensemble des fresques de la chapelle (l¬íun de la collection de ch√Ęteau de Windsor et l¬íautre du mus√©e Ashmolean d'Oxford), ainsi que deux gravures des lunettes r√©alis√©es par Adamo Ghisi (1530-1585).

2.2.4.3. Pharès, Esrom, Aram

Lunette perdue : les ancêtres du Christ : Pharès, Esrom, Aram. 1511-1512. Gravure. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette perdue : les ancêtres du Christ : Pharès, Esrom, Aram. 1511-1512. Gravure. Chapelle Sixtine, Vatican
Dans les lunettes situ√©s au dessus du mur d'autel, Michel Angelo a peint les deux premiers groupes des anc√™tres du Christ selon l'ordre donn√© par l¬íEvangile de Matthieu¬†: le groupe Abraham-Isaac-Jacob-Juda et le groupe P√©r√®s-Hesrom-Aram. Les deux fresques ont √©t√© d√©truites lorsque l'artiste a d√©cid√© d¬í√©tendre la fresque du Jugement dernier √† toute la surface du mur. On conserve cependant deux dessins repr√©sentant l¬íensemble des fresques de la chapelle (l¬íun de la collection de ch√Ęteau de Windsor et l¬íautre du mus√©e Ashmolean d'Oxford), ainsi que deux gravures des lunettes r√©alis√©es par Adamo Ghisi (1530-1585).

2.2.4.4. Aminadab

Lunette : les ancêtres du Christ : Aminadab . 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Aminadab . 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Il y a seulement deux figures, toutes les deux jeunes, dans la lunette d'Amminadab, prince des Lévites, qui fait face à la figure de Naasson. L’homme est dépeint assis très droit, de front, les pieds rassemblés et les bras reposant sur ses genoux. Son attitude et son visage semblent trahir une grande tension intérieure. Sa tête chevelue est ceinte d’un bandeau blanc, et il porte des boucles d’oreilles.

La position de la femme et peu commune et semble un instantané très vivant et très naturel, comme saisi au vif : penchée en avant sur quelqu’invisible miroir, les jambes croisées, elle coiffe ses amples cheveux blonds avec un peigne probablement en ivoire. Les effets de lumière jouent magnifiquement sur son visage préoccupé par sa beauté…

Lunette : les ancêtres du Christ : Aminadab. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Aminadab. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.5. Naasson

Lunette : les ancêtres du Christ : Naasson. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Naasson. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Il y a seulement deux figures, toutes les deux jeunes, dans la lunette de Naasson, un homme et une femme se positionnent dans la même direction, sans souci de symétrie par rapport à la lunette. La même orientation a été utilisée pour les principales figures dans la lunette perdue d'Abraham-Jacob-Isaac-Judas.

La femme est repr√©sent√©e longue v√™tue, debout, la jambe gauche pos√©e sur le si√®ge de pierre sur laquelle elle appuie son bras. De sa main gauche elle tient un miroir dans lequel elle s¬íadmire. Elle est pench√©e vers l¬íavant, la courbe de son corps parall√®le avec celle de la lunette. Elle porte une chemise jaune que couvre une ample tunique verte √©chancr√©e sur les c√īt√©s. Sa longue chevelure blonde est nou√©e sur sa t√™te¬†; le profil, net, est bien soulign√© par un jeu d¬íombre et de lumi√®re. La pose de la femme est probablement d√©riv√©e d'un relief repr√©sentant la muse Melpom√®ne sur un sarcophage romain.

De l'autre c√īt√© de la lunette, le jeune Naasson est assis n√©gligemment sur le si√®ge, pench√© vers l¬íarri√®re. Devant lui un lutrin sur lequel est ouvert un livre qu¬íil lit distraitement, la jambe droite √©tendue et pos√©e sur un repose pied en bois¬Ö Il est envelopp√© dans un ample manteau rouge aux reflets ombr√©s gris-bleus. Il se d√©gage de la figure du prince une attitude d¬í√©l√©gante nonchalance¬Ö

Lunette : les ancêtres du Christ : Naasson. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Naasson. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Naasson. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Naasson. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.6. Salmon, Booz, Jobed

Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Du c√īt√© gauche de la lunette, Jobed, fils de Booz, est repr√©sent√© endormi sur les genoux de sa m√®re, Ruth. La femme est repr√©sent√©e avec ses yeux ferm√©s, ber√ßant tendrement l'enfant qu¬íelle a juste fini de nourrir¬†: son sein droit d√©passe toujours de son v√™tement. Cach√© sous une couche de peinture, sans doute par Volterra, il sera red√©couvert lors de la restauration de la fin du XX√® si√®cle. Ruth porte une longue tunique rose avec des t√Ęches blanch√Ętres et orange constitu√©es par les jeux de lumi√®re. Un manteau violet enveloppe ses genoux, contrastant avec le vert qui emmaillote l¬íenfant. La s√©r√©nit√© et la douceur de la femme, l√©g√®rement tourn√©e vers le centre de la lunette, contraste tr√®s nettement avec le personnage du vieil homme repr√©sent√© du c√īt√© droit de la lunette.

Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
De nombreux critique ont vu dans ce personnage le vieux Booz, encore tout ¬ę¬†secou√©¬†¬Ľ par la naissance de Jobed¬Ö

Le personnage est assis, son bras droit placé sur le siège, peut-être parce qu'il se retient. Sa tête se tend en avant, sa bouche est ouverte et sa longue barbe darde devant lui. Son visage exprime un sentiment de colère qu’il semble cracher à la petite figure sculptée que forme le pommeau de la canne qu’il tient dans sa main… et qui d’ailleurs lui ressemble étrangement.

Il porte une courte tunique verte serrée à la taille, un chapeau à oreillettes, un chapeau à large bord sur son dos, et une gourde à la ceinture. En fait, tout semble indiquer qu’il ne s’agisse pas de Booz, mais bien d’un pèlerin.

Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Salmon, Booz, Jobed. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.7. Vo√Ľtain de Salmon et de ses parents

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Salmon et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Salmon et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Les personnages du vo√Ľtain situ√© entre la sibylle de Perse et J√©r√©mie et au dessus de la lunette de Booz, Salmon et Obed sont sans doute Naasson, son √©pouse et leur fils Salmon, le p√®re de Booz. Le groupe familial s'inscrit parfaitement dans le triangle du vo√Ľtain et semble, pour une fois, √©troitement uni par l'interaction des gestes et des regards, concentr√© sur l¬íactivit√© de la femme.

Les bronzes nus dans les champs au-dessus de la corniche sont pliés vers l'avant dans une position inconfortable, comme s'ils tentaient de regarder vers le haut.

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Salmon et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Salmon et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Salmon et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Salmon et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.8. Vo√Ľtain de Jess√© et de ses parents

Les figures du vo√Ľtain situ√© entre la sibylle de Libye et le proph√®te Daniel au-dessus de la lunette de Jess√©, David et Salomon contrastent absolument avec celles du vo√Ľtain oppos√©¬†: l'immobilit√© absolue de la figure √©nigmatique repr√©sent√©e de front emplit pratiquement tout l¬íespace, rel√©guant √† l¬íarri√®re plan celle du p√®re et de l¬íenfant¬Ö La femme semble plong√©e dans une profonde m√©ditation et totalement √©trang√®re aux deux autres figures. Ces personnages repr√©sentent sans doute Jess√© et ses parents.

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Jess√© et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Jess√© et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Jess√© et ses Parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Jess√© et ses Parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.9. Jessé, David, Salomon

Lunette : les ancêtres du Christ : Jessé, David, Salomon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jessé, David, Salomon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La lunette de Jessé, David et Salomon se trouve entre la sibylle de Libye et le prophète Daniel. D’après la critique, David est le personnage assis à gauche alors que Salomon est l’enfant qui, tête recouverte d’un voile (coiffe rituelle ?), tenant sur un plateau ce qui pourrait être une offrande votive. A droite, Bethsabée est assise de profil.

La pose de David, tête et torse de face, bassin et jambes tournés légèrement vers la gauche, trahit une tension physique intense et une présence dominante, contrastant avec le visage de l’enfant et l’attitude presque effacée de la femme.

Il porte des vêtements à l’orientale : un couvre chef retombant sur les épaules qui n’est pas sans rappeler le keffieh arabe ; une ample tunique rose et jaune ; ses bras sont repliés sur sa poitrine et de la main gauche il tient un fin tissu blanc dont la fonction est sans doute rituelle ; sa main, remarquablement modelée et les plis de la partie plus inférieure de la tunique ressortent avec force au premier plan. Son visage, en partie dans l'ombre, exprime une grande concentration, que quelque chose sur la gauche vient sans tout juste d’interrompre…

La femme assise est penchée sur son métier à bobiner la laine et toute absorbée par son travail. Elle porte une longue robe violette serrée à la taille par une ceinture verte et une chemise blanche aux ombres gris - bleu. Les seules couleurs vives sont ses chaussures rouges et le tissu ocre jaune couvrant son siège.

Lunette : les ancêtres du Christ : Jessé, David, Salomon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jessé, David, Salomon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jessé, David, Salomon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jessé, David, Salomon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.10. Roboam et Abia

Lunette : les ancêtres du Christ : Roboam, Abia. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Roboam, Abia. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Un étonnant naturalisme et une grande variété de poses caractérisent les figures dans cette lunette et les suivantes, qui ont été peintes avec grande rapidité.

Sur la gauche est représentée une femme, assise de profil : penchée vers l'arrière, le coude sur le dos du siège, elle dirige son regard vers l’intérieur de la chapelle. Son bras droit repose sur sa jambe relevée, et sa main gauche sur son ventre semble caresser l’enfant qu’elle porte dans son ventre…

Le jeune homme à droite est assis, le corps replié sur sa jambe droite, son bras droit ballant, dans une attitude de total abandon, donnant l’impression de dormir. Derrière lui, un jeune garçon semble absorbé dans ses pensées…

Lunette : les ancêtres du Christ : Roboam, Abia. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Roboam, Abia. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Roboam, Abia. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Roboam, Abia. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.11. Vo√Ľtain de Roboam et de ses parents

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Roboam et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Roboam et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Dans le vo√Ľtain situ√© entre la sibylle de Perse et Ez√©chiel, au dessus de la lunette de Roboam et Abia, Michel Ange a semble t-il repr√©sent√© un autre groupe familial. La femme au premier plan occupe les deux tiers de l¬íespace¬†: courb√©e en avant, le menton pos√© sur le creux de sa main gauche alors que de son bras droit elle entoure son enfant, elle est absorb√©e dans ses pens√©es. Derri√®re elle, la t√™te grise d¬íun homme √©merge de l¬íombre¬Ö Le group repr√©sent√© est sans doute celui de Roboam et de ses parents.

2.2.4.12. Vo√Ľtain d¬íAsa et de ses parents

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Asa et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Asa et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Dans le vo√Ľtain situ√© entre Daniel et la sibylle de Cumes, au dessus de la lunette de Asa, Josaphat et Joram, Michel Ange repr√©sente un groupe familial dont la m√®re occupe pratiquement tout l¬íespace, plong√©e dans un sommeil profond. Les couleurs de sa robe rouge et du baluchon blanc contrastent nettement ave le fond sombre, dont √©mergent √† peine les figures de l¬íenfant et du p√®re de famille. Il s¬íagit sans doute d¬íAsa, le futur roi, et de ses parents.

2.2.4.13. Asa, Josaphat, Joram

Lunette : les ancêtres du Christ : Asa, Joshaphat, Joram. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Asa, Joshaphat, Joram. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La lunette d’Asa, Josaphat et Joram est située entre les figures du prophète Daniel et la sibylle de Cumes.

C√īt√© gauche, un vieil homme √©maci√©, traditionnellement reconnu comme Josaphat, est assis de profil dans une pose peu commune¬†: une jambe est √©tendue, l'autre repli√©e, le pied reposant sur le si√®ge¬†: l¬íhomme √©crit sur un parchemin pos√© sur son genou droit. Il porte un ample manteau jaune aux reflets rouges, un pantalon blanc serr√© autour des chevilles, des chaussures roses et un chapeau gris. Sa t√™te est presque taill√©e √† la hache, avec de grandes oreilles, un profil aquilin et une pomme d¬íAdam bien pro√©minente.

De l¬íautre c√īt√© un sc√®ne naturaliste tr√®s expressive¬†: trois bambins prennent litt√©ralement d¬íassaut leur m√®re, all√©gorie de la charit√©¬†: elle en √©treint un, tout en se tournant vers le second qui, grimp√© sur son dos, l'embrasse sur sa joue, alors que le petit troisi√®me t√™te son sein d√©nud√©.

La robe jaune de la femme, avec des reflets dorés fait écho au rouge du manteau de l’homme écrivant.

Lunette : les ancêtres du Christ : Asa, Joshaphat, Joram. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Asa, Joshaphat, Joram. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Asa, Joshaphat, Joram. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Asa, Joshaphat, Joram. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.14. Ozias, Joatham, Achaz

Lunette : les ancêtres du Christ : Ozias, Joatham, Achaz. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ozias, Joatham, Achaz. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
La lunette d’Ozias, Joatham et Achaz est située entre les figures du prophète Ezéchiel et la sibylle d’Erythrée.

La sym√©trie des poses des principales figures est particuli√®rement √©tudi√©e¬†: torses vues de face, visages de profil, direction similaire des regards¬Ö Le gar√ßon au premier plan, devant la femme, renforce l'√©quilibre plastique de la sc√®ne¬†; il se d√©gage une emphase sculpturale et monumentale de ces deux groupes qui semblent comprim√©s dans l'espace limit√© de la lunette. Sous un manteau vert, l'homme du c√īt√© gauche, sans doute Jotham, est accompagn√© de son fils Achaz. Il porte une tunique jaune avec les ombres lilas sur l'√©paule et le bras¬†; dans une attitude d√©tendue, il se penche en avant et regarde un point que lui montre le gar√ßon derri√®re lui.

La grande partie de la lunette est dominée par la tonalité du lourd manteau rouge - orange aux ombres jaune foncé que la femme serre sur son sein. Elle est assise dans une attitude protectrice de ses enfants… La tête voilée, son attitude assez pesante, l’expression de son visage, le modelé du drapé semble indiqué que l’artiste s’est inspiré d’un modèle classique. Ce même modèle qui a sans doute inspiré l’enfant debout appuyé sur le siège, dont la pose ressemble à celle des statues funéraires antiques des génies, et est proche d'une des figures des nus occupant l’arrière plan du Doni Tondo.

Lunette : les ancêtres du Christ : Ozias, Joatham, Achaz. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ozias, Joatham, Achaz. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ozias, Joatham, Achaz. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ozias, Joatham, Achaz. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.15. Vo√Ľtain d¬íOzias et de ses parents

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ozias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ozias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Les figures du vo√Ľtain entre la sibylle d¬íErythr√©e et Ez√©chiel se situent au dessus de la lunette d¬íOzias, Joatham et Achaz. Elles repr√©sentent sans doute Ozias, le futur roi de Juda, sa m√®re, son p√®re Joatham et l¬íun de ses fr√®res.

Avec l'enfant pench√©e sur sa poitrine, la femme agenouill√©e √† l'avant forme un groupe pyramidal dont l¬íaxe se situe l√©g√®rement sur la droite du vo√Ľtain. L'espace sur la gauche est occup√© au second plan par un second triangle form√© par le p√®re et le second enfant

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ozias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ozias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.16. Vo√Ľtain d¬íEz√©chias et de ses parents

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ez√©chias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ez√©chias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Les figures du vo√Ľtain entre la sibylle de Cumes et Isa√Įe se situent au dessus de la lunette d¬íEz√©chias, Manass√© et Amon¬†: elles repr√©sentent sans doute Ez√©chias enfant avec sa m√®re et son p√®re Achaz.

Tout l'espace au premier plan est occup√© par la figure de profil de la femme assise sur le sol. Derri√®re elle, la figure d'un enfant et la t√™te d'un vieil homme sortent de l'ombre. Une lumi√®re vive, donne la pr√©√©minence √† la femme au manteau vert iris√© de jaune, √† chemise blanche, et au foulard tombant de son √©paule le long de son bras droit tr√®s , ce qui accro√ģt le contraste avec les figures √† l¬íarri√®re.

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ez√©chias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Ez√©chias et ses parents. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.17. Ezéchias, Manassé, Amon

Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Les deux figures principales, assises et vues de profil, se tournent le dos. L'homme seul assis du c√īt√© droit, semble effondr√©, pench√© en avant et le visage dans l'ombre, plong√© dans une profonde m√©ditation. Il s¬íagit sans doute de Manass√©, en plein remord avoir favoris√© des cultes idol√Ętres et avoir pers√©cut√© des fid√®les de Yahv√©

La jeune femme c√īt√© gauche est sans doute Meshull√©m√®t, la m√®re d'Amon¬†: ses l√®vres √† moiti√© ferm√©es, une expression de tendresse infinie sur son visage, elle est totalement absorb√©e par le b√©b√© qu'elle tient dans ses bras, alors que ses pieds bercent le berceau en bois et en osier o√Ļ un dort autre enfant.

Bien que les deux figures semblent √©loign√©es l'une de l'autre, il y a un rapport compl√©mentaire d√Ľ au contraste √©motif. Ainsi, l'attitude d'abandon d√©sol√© de Manass√© est contrebalanc√©e par la gr√Ęce, la vitalit√© et la tendresse de la femme.

Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Ezéchias, Manassé, Amon. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.18. Josias, Jéchonias, Salathiel

Lunette : les ancêtres du Christ : Josias, Jéchonias, Salathiel. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Josias, Jéchonias, Salathiel. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Josias, le fils d'Amon, est habituellement consid√©r√© comme l'homme repr√©sent√© du c√īt√© droit, alors que l'enfant qu'il tient sur ses genoux est J√©chonias¬†; du c√īt√© oppos√©, la m√®re tient des bras un autre des fils de Josias engendr√© pendant la captivit√© babylonienne. En principe, cette sc√®ne devrait se trouver dans la lunette oppos√©e¬†: Michel Ange a en effet interrompu l¬íordre chronologique des anc√™tres du Christ, en pla√ßant ce groupe √† la place du groupe Zorobabel, Abiud, Elyaqim. Il ait possible que l¬íartiste ait voulu regrouper c√īte √† c√īte le groupe Ez√©chias ¬Ė Manass√© - Amon et le groupe Josias - J√©chonias - Salathiel pour attirer l¬íattention sur la p√©riode de l¬íexil √† Babylone.

Le visage de l'homme est fortement caractérisé par une expression de forte tension ; il tourne la tête vers la femme qui elle, tournée vers l’arrière comme pour reculer devant un danger, étreigne son fils pour mieux le protéger avec une expression de peur sur son visage…

La manière vigoureuse qu’à l'homme de tourner la tête, le rapport entre son cou et le manteau couvrant ses épaules, et le rendu sculptural des plis de son manteau ne sont pas sans rappeler les modèles classiques et les portraits romains.

Lunette : les ancêtres du Christ : Josias, Jéchonias, Salathiel. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Josias, Jéchonias, Salathiel. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Josias, Jéchonias, Salathiel. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Josias, Jéchonias, Salathiel. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.19. Vo√Ľtain de J√©chonias et de sa famille

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: J√©chonias et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: J√©chonias et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Les figures du vo√Ľtain entre Isa√Įe et la sibylle de Delphes se situent au dessus de la lunette de Josias, J√©chonias et Salathiel. Elles repr√©sentent sans doute J√©chonias, son √©pouse et leur fils Salathiel.

La famille est visiblement en train de se reposer dans une atmosph√®re nocturne et rappellent ce que l¬íap√ītre Paul disait au sujet des anc√™tres du Christ¬†: ce sont des √©trangers sur la terre, des p√®lerins en route vers la terre promise¬Ö

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: J√©chonias et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: J√©chonias et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.20. Vo√Ľtain de Zorobabel et de sa famille

Les figures du vo√Ľtain entre Jo√ęl et la sibylle d¬íErythr√©e se situent au dessus de la lunette de Zorobabel, Abiud et Eliakim. Elles repr√©sentent sans doute Zorobabel en compagnie de ses parents et d¬íun de ses fr√®res.

Elle est √† rapprocher dans son interpr√©tation de la famille de J√©chonias du vo√Ľtain qui lui fait face.

Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Zorobabel et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Zorobabel et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Zorobabel et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Vo√Ľtain des anc√™tres du Christ¬†: Zorobabel et sa famille. 1510. Fresque, 245 x 340 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.21. Zorobabel, Abiud, Eliakim

Lunette : les ancêtres du Christ : Zorobabel, Abiud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Zorobabel, Abiud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

La composition des figures de cette lunette semble dicté par la recherche de symétrique. Un homme et une femme, toutes les deux accompagnées d'un enfant sont assis de profil, se tournant le dos, mais tournant la tête vers le spectateur, leurs regards fixés sur le même point.

Nu-t√™te, les jambes couvertes par un manteau jaune, la femme √©treint un enfant envelopp√© dans un ch√Ęle rouge avec les raies blanches. L'intensit√© des couleurs dans le groupe de gauche est √©quilibr√©e du c√īt√© droit par des tonalit√©s plus fonc√©es¬†: envelopp√© un manteau violet et en portant un large chapeau vert orn√© d¬íun ruban jaune, l¬íhomme adopte une attitude d¬í√©tonnement curieux, alors que l¬íenfant s'accroche √† lui, comme s¬íil souhaitait attirer son attention, avec une expression de l√©g√®re inqui√©tude sur son visage.

Lunette : les ancêtres du Christ : Zorobabel, Abioud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Zorobabel, Abioud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Zorobabel, Abioud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Zorobabel, Abioud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.22. Azor et Zadok

Lunette : les ancêtres du Christ : Azor, Sadok. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Azor, Sadok. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Voici la premi√®re lunette du mur nord. L'absence d'information concernant les figures repr√©sent√©es a contrecarr√© toute tentative d¬íidentification. Du c√īt√© gauche une femme assise, dans une pose tr√®s naturelle, indique quelque chose en dehors de la lunette √† un gar√ßon (ou √† une fille¬†?) qui semble dessiner ou √©crite et se tourne avec quelque h√©sitation¬Ö

De l'autre c√īt√© est assis un homme d¬í√Ęge m√Ľr, tournant son visage marque de profonde rides vers le spectateur. √Čtroitement envelopp√© dans un manteau ocre jaune, duquel √©mergent seulement sa t√™te et un bras, solitaire, il semble en proie √† de sombres pens√©es. Le corps, model√© avec concision par le jeu de la lumi√®re et de l'ombre et des plis du manteau, d√©gage une grande puissance plastique. Son isolement intensifie sa puissance expressive, et certains ont interpr√©t√© cette figure comme un autoportrait imaginaire de l'artiste.

Lunette : les ancêtres du Christ : Azor, Sadok. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Azor, Sadok. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Azor, Sadok. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Azor, Sadok. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.23. Akhim et Eliud

Lunette : les ancêtres du Christ : Akhim, Eliud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Akhim, Eliud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

L'identit√© des figures n'est pas s√Ľre, et il n'est pas possible d'√©tablir lesquels des deux, Achim ou Eliud, est le vieil homme avec un enfant √† c√īt√© de lui du c√īt√© gauche, et qui l'enfant nourri par sa m√®re du c√īt√© droit. La pose raffin√©e du vieil homme est tr√®s soigneusement construite avec la spirale vigoureuse de ses membres. L'effet sculptural de la figure est en grande partie d√Ľ √† la pro√©minence des genoux et des bras crois√©s, ainsi que le coude droit et la main pli√©e vars l¬íint√©rieur. L¬íeffet est encore intensifi√© par l'arrangement magnifique du drap√©, particuli√®rement sur gauche du si√®ge.

L'attitude m√©ditative du vieil homme est √©quilibr√©e de l'autre c√īt√© de la lunette par la spontan√©it√© des gestes de la femme. Tourn√©e vers son enfant, elle tend son bras pour prendre de la nourriture d'un plat plac√© sur un tabouret au premier plan et nourrir son enfant.

Lunette : les ancêtres du Christ : Akhim, Eliud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Akhim, Eliud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Akhim, Eliud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Akhim, Eliud. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.24. Eléazar et Mathan

Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Au dessus du mur d'entrée de la chapelle, à la gauche du spectateur se trouve la lunette d'Eléazar - Mathan, les ancêtres, les plus proches, avec Jacob le père de Joseph, de la famille du Christ.

El√©azar, le p√®re de Mathan est sans doute le jeune homme assis au premier plan du c√īt√© droit. Sa t√™te est de profil, et il semble plong√© dans ses pens√©es. Derri√®re lui, les t√™tes d'une femme et d'un enfant. Dans la partie gauche, Mathan, dans le fond, semble se tourner avec une expression d'√©tonnement ou d'appr√©hension vers son √©pouse, qui, assise de profil, joue avec son Jacob, qui dans sur ses genou.

Cette lunette est probablement la première qu’a réalisée Michel Ange.

Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Eléazar, Mathan. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.4.25. Jacob et Joseph

Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

Au dessus du mur d'entr√©e de la chapelle, √† la droite du spectateur et √† c√īt√© de la lunette d'El√©azar - Mathan, les figures de Jacob et de Joseph ach√®vent le cycle des anc√™tres du Christ.

A gauche, maussade et perplexe, envelopp√© dans un grand manteau ocre jaune √©norme et apparemment retir√©, un vieil homme, - dont on pense g√©n√©ralement que c¬íest Jacob ¬Ė est assis au milieu d¬íun groupe familial. Du c√īt√© droit, au premier plan est assise une femme qui passe pour √™tre la vierge Marie. Devant elle, un enfant tient un miroir, et derri√®re elle, dans l'ombre, Joseph tient l'enfant J√©sus, qui tend un bras vers le miroir rond que lui tend l¬íenfant nu, probablement une all√©gorie de l¬íEglise.

Les compositions des deux lunettes voisines se correspondent : figure féminine dans le premier plan tournée vers l’extérieur, figure masculine avec torse vue de front et bassin en demi profil, tournée vers l’intérieur…

La figue de Marie est mise en avant par un traitement très exotique ; très doux, il est animé par une expression de surprise.

Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Lunette : les ancêtres du Christ : Jacob, Joseph. 1511-1512. Fresque, 215 x 430 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

2.2.5. Le cadre architectural

Chaque sc√®ne repr√©sent√©e dans la vo√Ľte de la chapelle Sixtine est cantonn√© dans un espace que Michel Ange traite √† la mani√®re d¬íun cadre architectural en trompe l¬íoeil, en cr√©ant notamment des corniches, des entablements, des avanc√©es d¬íentablement, des encadrements. Ces espaces, il les orne de diverses figures qui jouent un r√īle symbolique. Il d√©limite ainsi trois types d¬íespaces architecturaux ¬ę¬†anim√©s¬†¬Ľ qui vont rythmer l¬íensemble de la composition monumentale¬†:

  • les avanc√©es d¬íentablements, sur lesquels sont assis les ¬ę¬†Ignudi¬†¬Ľ et qui sont soutenus par des couples de putti jouant le r√īle d¬íatlantes, et entre lesquels sont assis proph√®tes et sibylles¬†; ces putti imitent les sculptures en pierre.
  • couples imitant les bronzes nus et dominant les pendentifs et vo√Ľtains, dans diverses positions et encadrant un cr√Ęne e b√©lier¬†;
  • personnage (atlante) nu entre les lunettes soutenant la plaque de marbre identifiant proph√®tes et sibylles. Ce personnage imite aussi les statues de bronze.
Putti de la Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Putti de la Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
David et Goliath. Détail : nus de bronze. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatica
David et Goliath. Détail : nus de bronze. Pendentif coté entrée. 1509. Fresque, 570 x 970 cm. Chapelle Sixtine, Vatica
Personnage soutenant la plaque de la Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican
Personnage soutenant la plaque de la Sibylle d¬íErythr√©e.1509. Fresque de la septi√®me section de la vo√Ľte, 360 x 380 cm. Chapelle Sixtine, Vatican

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