B&S Encyclopédie

Diffusé par CashTrafic

Le ghetto de Vilnius

Partager:  partager Partager bsencyclopedie sur Twitter

5. Jakob Gens

Avant la fin de 1941, avec l'appui des Allemands, Jacob Gens, (né en 1905 à Illovieciai), nommé directeur de l'hôpital juif au moment de l’invasion nazie et placé à la tête de la police juive lors de la création du ghetto, devient la véritable autorité dans le ghetto. Gens est un sioniste révisionniste de Kovno (Kaunas) et un ancien officier de l'armée lituanienne. Le 10 juillet 1942, les SS dissolvent le Judenrat et nomment Gens à la tête du ghetto. Fried devient son adjoint. Gens cumule rapidement les fonctions. Il y a probablement des éléments de mégalomanie dans sa personnalité ; les habitants du ghetto l’appellent rapidement « Roi Jacob I » bien qu'il n'y ait aucun doute qu'il ait cru passionnément en sa mission exprimée par son slogan « travail pour la vie ». Il est vrai qu’il réussit à faire travailler 14.000 personnes du ghetto sur les 20.000 « résidents » En septembre 1942, toute la population « légale » du ghetto est au travail, plus 10%, constitués des « illégaux » du Ghetto. Même le « semblant de Judenrat » emploie 1.550 personnes.

Le judaïsme enseigne que si un seul Juif est livré à un ennemi afin d’être être mis mort, tous les Juifs seraient tués ; les Juifs doivent souffrir la mort plutôt que livrer un seul de leurs membres. Dans beaucoup de ghettos, les rabbins sont tragiquement confrontés avec ce problème moral. Très peu prennent leurs distances avec cet enseignement traditionnel. Mais pour ceux qui sont placés devant de terribles choix, la Halacha (loi juive) n'a aucune réponse à ce dilemme sans précédent de l’Holocauste. Pendant les choix d'octobre et de novembre 1941 Gens lui-même vérifie les papiers des Juifs passant devant lui, trois cartes bleues et une carte jaune à la main... En octobre il participe lui-même à l'« Aktion » qui sélectionne pour la mort 150 vieux et « inaptes au travail »... Dans deux des « Aktionen » en décembre il dirige lui même la « livraison » de plus de 150 « criminels » Juifs à Ponary. En octobre 1942, Gens, qui est également responsable de plusieurs petits ghettos des environs de Vilnius, envoie son adjoint au ghetto d'Ozmiana pour sélectionner 400 vieux et malades chroniques, condamnés à une mort certaine… Les Allemands avaient exigé 1.500 victimes pour le transport à Ponary. Gens y accorde crédit en aidant à diriger les « Aktionen », convaincu de sauver ceux que les Allemands tueraient sur place pendant les rassemblements. Justifiant son action Gens explique : « la police juive a sauvé ceux qui doivent vivre. Ceux à qui il reste peu de temps à vivre ont été emportés et peut-être y aura-t-il quelques Juifs âgés pour nous pardonner ! Ils étaient le sacrifice pour nos Juifs et notre futur. » À une autre occasion il se défend : « quand ils me demandent mille Juifs, je leur en donne plus ; si nous ne les donnons pas volontairement, les Allemands viendront les prendre par la force. Alors ils n’en prendront pas mille, mais des milliers. Avec des centaines, j’en sauve mille. Avec des milliers que je remets, j’en sauve dix mille. Je dirai : « J'ai fait tout afin de sauver autant de Juifs que possible… je fais en sorte qu'au moins un reste de Juifs survive ! ».

La première organisation clandestine juive réclamant la révolte armée contre les Allemands se forme dans le ghetto le 1 janvier 1942. Sous la conduite de Yitzhak Witenberg, « l'organisation unie de partisans » (FPO - Fareinikte Partisaner Organizatzie) est une alliance entre communistes et diverses tendances sionistes. Leur première proclamation est exceptionnellement lucide : « toutes les routes de la Gestapo mènent à Ponary. Et Ponary, c’est la mort ! Hitler vise à détruire tous les Juifs d'Europe. Les Juifs de Lituanie sont destinés à être les premiers en ligne. Ne partons pas comme moutons à l'abattoir ! » Un petit noyau d’activistes tente de persuader l’ensemble de la population a se battre ; mais il n’y aura jamais à Vilnius une résistance armée efficace.

Gens est au courant des activités de la résistance, mais la tolère uniquement en tant que moyen de dernier recours. Son souci principal est de maintenir la politique de la survie par le travail. Ce qui interfère cette stratégie ne doit pas être toléré. Ainsi, quand, le 16 juillet 1943, les Allemands découvrent l'identité de Jitzhak Witenberg (1909-1943), chef du mouvement de résistance FPO dans le ghetto, et exigent sa reddition, sans quoi ils menacent d’incendier le ghetto, Gens s’en fait l’écho auprès des Juifs du ghetto. Aussitôt éclate une violente manifestation et des bagarres opposent les partisans de la résistance et ceux de la volonté des Allemands. Au courant, Witenberg, en accord avec ses amis, se rend à la Gestapo. Sa mort fait discussion : certains prétendent que Gens lui aurait donné une capsule de cyanure ; d'autres prétendent qu’il aurait été fusillé le jour même par les SS… Abba Kovner, son successeur comme chef du FPO, dira plus tard que sa reddition fut un acte héroïque et a empêché un grave conflit opposant les Juifs entre eux....

En fin de compte, quelle qu’ait été la politique adoptée par le Judenrat et Gens, ce n’est qu’une stratégie de survie. Les Juifs sont de toute façon condamnés. Leur mort est au cœur de l’idéologie hitlérienne. Le 14 septembre 1943 Gens est convoqué au siège de la Gestapo, où son chef Rolf Neugebauer l’abat lui-même d’une balle dans la tête. Prévoyant sa mort imminente, et invité à s’échapper, il avait refusé, disant que s’il s’échappait, des milliers de Juifs payeraient ce geste de leur vie.

 chapitre précédentchapitre suivant 
Chapitre précédentChapitre suivant


Diffusé par CashTraficLe jeu de stratégie par navigateur ! Combattez des milliers de joueurs et imposez votre loi ! Faites croître votre influence sur la scène internationale par le biais d'alliances ou de déclarations de guerre ! Formez une alliance et imposez vos vues à vos adversaires ! Commercez avec les autres joueurs ou espionnez-les pour découvrir leurs faiblesses !
Encyclopédie
©2007-2010 B&S Editions. Tous droits réservés.
Hébergement du site chez notre partenaire 1&1 (voir ses offres)