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Strasbourg : la ville au Moyen Age (Alsace)

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3. Le Bas Moyen Age : la naissance de la république : 1262-1450

Vie politique : la constitution de la république
Le développement de la cité

3.1. Vie politique : la constitution de la république

Ainsi à Strasbourg le parti laïc triomphe, dominé par la noblesse et quelques grandes familles. Mais en son sein, les bourgeois et artisans, force économique de la ville, veulent désormais à leur tour se libérer de la tutelle insupportable de la noblesse strasbourgeoise que la victoire sur l’évêque a grisée.

3.1.1. Strasbourg sous la domination du patriciat : 1263-1349

Le nouveau pouvoir en place à la mort de Gauthier, le « Patriarcat », terme un peu mythique désignant en fait les citadins les plus riches et les plus influents, dont une bonne partie de nobles. C'est à ceux que les textes nomment « les meilleurs, les plus sages de la ville » que Strasbourg doit son émancipation de la tutelle épiscopale ; ces personnages, groupés sous le nom, contesté par certains mais commode, de patriciat, vont administrer, seuls, la cité, jusqu'en 1332-1349, date de l'établissement, à la suite d'une « révolution », d'un régime politique marqué par la prépondérance des gens de métiers.

Ce gouvernement du patriciat correspond, au XIIIè siècle, à une grande époque de l'histoire de la ville. Dans le domaine politique, le patriarcat établit d’excellentes relations avec le « pouvoir central », roi ou empereur de Germanie : lorsque le 30 septembre 1273 le comte Rodolphe de Habsbourg est élu roi d'Allemagne, Strasbourg est en liesse : la ville accueille le souverain dans un déploiement le luxe inégalé. En 1274, le roi revient deux fois, confirme tous les privilèges de la ville et les renouvelle dans une charte donnée à Haguenau le 8 décembre 1275 ; il y repassera avant de mourir. Strasbourg placera sa statue équestre sur la façade de la nouvelle cathédrale à côté de celles de Clovis et de Dagobert.

Le gisant de Rodolphe de Habsbourg (1218-1291), roi des Romains (1273-1291). Cathédrale se Spire
Le gisant de Rodolphe de Habsbourg (1218-1291), roi des Romains (1273-1291). Cathédrale se Spire

Mais rapidement les querelles reprennent pour le pouvoir, donnant quelques fois à l'évêque de la ville, qui reste un seigneur très influent et très puissant, l’occasion de jouer de son influence dans les différents camps au gré de ses intérêts. A l'intérieur de la cité, le pouvoir est fermement tenu par les anciens lignages qui se retrouvent au Conseil (Rat) comprenant 24 membres, parmi lesquels 4 maîtres (Stettmeister) exerçant, à tour de rôle, la présidence pendant un trimestre. La noblesse y détient la prééminence, chaque siège constituant une sorte de prébende attachée à un nom et à une famille, les plus éminentes étant celles des Zorn et des Müllenheim, qui rapidement vont sombrer dans d’incessantes querelles.

Strasbourg : la Pfalz et la Monnaie
Strasbourg : la Pfalz et la Monnaie

En 1321 le Conseil fait construire pour ses séances, un bâtiment nouveau, premier hôtel de ville sui sera détruit en 1780 : la Pfalz ; non loin, le « Pfennigturm » abrite la recette municipale ; l'Œuvre Notre-Dame, organe administratif de la cathédrale, passe du chapitre à la ville en 1382, si bien que la responsabilité des ultimes campagnes de construction échappera totalement à l'autorité religieuse. Il en est de même, peu à peu, des institutions charitables comme le grand Hôpital (« Mehrer Spital ») fondé au début du XIIe siècle par l'évêque Cunon, et de la Monnaie saisie au détriment de l'évêque, par engagement d'abord (1296, 1306), de vive force ensuite (1391, 1422). En 1508, l'empereur Maximilien accordera à la ville le droit de frapper des florins d'or.

3.1.2. Le rĂ´le croissant des corporations

Mais les premières années du XIVè siècle voient l’émergence d’une troisième force économique, sociale et politique. Tenu à l'écart des affaires publiques, le mouvement corporatif artisanal, force économique principale de la cité, revendique avec vigueur sa participation au gouvernement des cités. Cette prise de conscience politique de la classe laborieuse surprend le pouvoir traditionnel par sa dynamique et l'ampleur de son programme revendicatif. Rapidement, les locaux de réunion des corporations, des tavernes privées dites « poêles », deviennent des lieux d’agitation et de contestation du pouvoir patriarcal. Un premier incident sérieux oppose les artisans à quelques membres de la noblesse de la ville en 1308 : au cours d’une échauffourée sur le pont de la Haute Montée, il y a plusieurs morts du côté des artisans. Les vexations permanentes de la noblesse à l’endroit des artisans (refus de payer les dettes, maintien du système féodal…) entraînent de plus en plus d’incidents. Cette situation voit le rapprochement des familles notables non nobles d'une part, et des associations ouvrières liées au développement démographique et économique d'autre part.

La première révolte de la bourgeoisie contre la noblesse de Strasbourg : le combat de la Haute Montée en 1308, d’après une aquarelle de E. Schweitzer tirée de Strasbourg Historique et pittoresque de A. Seyboth (1894)
La première révolte de la bourgeoisie contre la noblesse de Strasbourg : le combat de la Haute Montée en 1308, d’après une aquarelle de E. Schweitzer tirée de Strasbourg Historique et pittoresque de A. Seyboth (1894)

Un premier coup de force à lieu après le fameux « Geschölle » du 20 mai 1332 : cette nuit-là en effet, à l'issue d'un banquet officiel du Conseil du Magistrat donné dans le jardin de la résidence des Ochsenstein (Ochsensteiner Hof) au 9, rue Brûlée, un incident entre nobles Zorn et Müllenheim dégénère en bataille générale opposant deux jours durant les deux factions nobles : on relève 21 tués. Les Maîtres des Corporations et les bourgeois influents interviennent alors en force et obtiennent le transfert (provisoire) du pouvoir exécutif à un Conseil des maîtres des corporations et la remise provisoire des clefs de la ville, du sceau officiel et de l'étendard municipal. Les partis nobles sont désarmés. Un nouveau conseil urbain de 24 membres est formé, présidé à tour de rôle par 4 maîtres des corporations qui se relaieront tous les trois mois. Ce gouvernement provisoire sera chargé d'élaborer une nouvelle Constitution.

Blason des Müllenheim. Vers 1437 Paris, musée de Cluny
Blason des Müllenheim. Vers 1437 Paris, musée de Cluny
Blason des Zorn
Blason des Zorn

Suit une série de procès d'épuration : les nobles impliqués dans les « événements de mai » et la plupart de leurs partisans, sont expulsés de la ville le 12 août ; l'ex-Stettmeister Jean Sicke est banni à vie ; la taverne du clan des Zorn « A la Haute-Montée », est démolie. En même temps est scellée la réconciliation entre les divers partis.

La nouvelle constitution est mise en place en 1334 : ce quatrième statut municipal reflète un régime plus équilibré : le Conseil comprend 8 nobles, 14 patriciens bourgeois (plus de 3 maîtres) et l'Ammeister, et 25 artisans. En même temps est instaurée la cérémonie annuelle de prestation de serment à cette nouvelle constitution le « Schwörbrief » : la première prestation se déroule le 17 octobre 1335 devant l'ancien Hôtel de ville (Fronhof), les suivantes auront lieu sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ce texte fondamental du « Schwörbrief », expression de l'unité et de la solidarité de la bourgeoisie, va subsister jusqu'en 1789.

Le Schwoerbrief, lettre de serment de la ville de Strasbourg. 1443. Archives municipales de Strasbourg
Le Schwoerbrief, lettre de serment de la ville de Strasbourg. 1443. Archives municipales de Strasbourg

3.1.3. La ville aux corporations : 1348-1349

En 1328 l'empereur Louis de Bavière confirme les anciens privilèges et le nouveau statut de la ville : Strasbourg ne dépend que du pouvoir de l'Empereur. En 1358, l'empereur Charles IV la qualifie de « freie Stadt », mettant en relief sa situation exceptionnelle par rapport aux villes alsaciennes de la Décapole (1354) ; elle est proche, par ses franchises, de Cologne, de Mayence ou de Spire. Elle ne prête pas serment à l'Empereur ; elle envoie ses délégués aux Diètes impériales, bénéficie au civil du privilège de « non appellando » à l'égard de la Chambre impériale de Spire créée en 1495, est exempte de tout impôt régulier, sauf de « dons gratuits », et ne doit souscrire qu'à une obligation : fournir à l'Empereur le contingent pour la guerre. La seule véritable menace qui peut la contraindre est la « mise au ban » de l'Empire : ce sera le cas au moment de la crise religieuse du XVIe siècle qui opposera Strasbourg à Charles Quint.

Le régime du gouvernement des bourgeois notables ne dure cependant pas : les corporations jugent en effet insuffisantes les concessions qui lui ont été accordées, alors que les nobles méditent leur revanche. La tension augmente à partir de l’été 1348 lors de l'irruption dans la vallée du Rhin -et à Strasbourg- de la peste noire qui dévaste l’Europe et entraîne une violente vague d'antisémitisme. Les Juifs, nombreux dans la ville, sont accusés d'avoir empoisonné les puits. La foule excitée et menée par les chefs de la corporation des Bouchers dénonce la « complicité » des notables qui les protègent. L'Ammeister en place Pierre Schwarber et ses deux Stettmeisters sont destitués et doivent s'enfuir. Les corporations prennent les armes, un nouveau Conseil est institué et la constitution modifiée : rétablissement des 4 Stettmeister, choix de l'Ammeister au sein des corporations. Le « patron » des Bouchers, fer de lance de cette révolution, Jean Betschold assume le premier cette fonction.

La victoire des corporations détermine le sort réservé aux Juifs : le 14 février, sur recommandation d’une assemblée convoquée à Benfeld début février et comprenant des délégués des villes impériales et des évêchés, près de 900 d'entre eux (sur les 2 000 qui vivent dans la ville) sont brûlés ; les créances sont annulées, l'argent liquide va à l'Œuvre Notre-Dame. Les Juifs reviendront assez rapidement dans la cité mais en 1488, le Conseil leur interdira d'y établir domicile, ne les autorisant qu'à venir pendant le jour pour leurs affaires et les obligeant à en sortir le soir, dès l'appel du son de trompe lancé du haut de la plate-forme de la cathédrale (« Judenblos » de la « Krüselhorn »). L'épidémie fait périr environ 15% de la population, soit 2 500 âmes. Des processions de flagellants accusent le trouble des esprits.

Victimes de la peste par vindicte populaire, les Juifs sont brûlés à Strasbourg le 14 février 1349
Victimes de la peste par vindicte populaire, les Juifs sont brûlés à Strasbourg le 14 février 1349
Le massacre des Juifs de Strasbourg lors de la grande peste. Tableau d’Eugène Beyer
Le massacre des Juifs de Strasbourg lors de la grande peste. Tableau d’Eugène Beyer

Forte de cette indépendance de fait, la ville met au point ses institutions par des retouches, en apparence mineures, mais aux répercussions profondes. Pérennité des fonctions au sein de certains groupes -dont celui, puissant, des anciens Ammeister-, substitution, au Conseil du système des « Chambres secrètes », celles des XXI, des XIII, et des XV qui combinent les deux principes de permanence et de mobilité, en y ajoutant la spécialisation des personnes, des familles, des groupes, voire des clientèles. Au-dehors, existe toujours, mais siégeant peu souvent, l'assemblée des échevins, recrutés au nombre de 15 par chacune des 20 corporations.

3.1.4. La consolidation de la « république » : 1384-1422

En 1419, par une sécession spectaculaire et un départ de la cité, la noblesse tente de retrouver son pouvoir avec l’appui de l’évêque Guillaume de Diest (1394-1439), un personnage particulièrement indigne dont l’épiscopat de 45 ans, le plus long de toute l'histoire du siège de Strasbourg, sera un scandale quasi permanent. L’affaire remonte en fait au 25 juillet 1384 : à cette date, l’évêque de Strasbourg Frédéric II de Blanckenheim (1375-1393), 29 ans et tout aussi scandaleux que Diest, achète à l'empereur Wenceslas la charge perpétuelle et transmissible de Landgrave d'Alsace en aliénant, pour payer cette charge, d'importants domaines diocésains de part et d'autre du Rhin. L’affaire irrite fort les Strasbourgeois.

Blason des Diest
Blason des Diest

Quelques années plus tard, en 1388, Strasbourg construit un pont sur le Rhin, bientôt déclaré d’utilité publique pour le Saint Empire par l'empereur Wenceslas. La ville est autorisée à prélever un droit de péage, pour financer l'entretien de l'ouvrage. Aussitôt, les ennemis de Strasbourg mobilisent contre ce droit : le grand bailli de Haguenau, l'évêque Frédéric II de Blankenheim et ses grands et petits seigneurs alliés de part et d'autre du Rhin et même les villes de la Décapole d'Alsace se mobilisent et c’est la guerre. Wenceslas lui-même s’en mêle et met la ville au ban de l’empire. Entre septembre et décembre 1392, la ville est assiégée, les faubourgs dévastés et le pont attaqué. Mais elle résiste et finalement l’emporte sur le terrain. Wenceslas finit par lever le ban et confirme la ville dans ses droits le 2 février 1393. C’est un terrible échec pour les coalisés et la position de l’évêque devient intenable : le 21 juillet 1393, Frédéric de Blanckenheim quitte Strasbourg de nuit, tel un malfaiteur… pour retrouver un siège épiscopal à Utrecht, où il est transféré par Boniface IX.

Blason des Blanckenheim
Blason des Blanckenheim

Le nouvel évêque Guillaume II de Diest hérite, avec le titre de Landgrave, du conflit. Il cherche alors l’appui de la noblesse qu’il sait prête à revenir aux affaires… En 1415, la situation est si tendue que les Strasbourgeois prennent l’évêque en otage dans sa résidence de Dachstein près Molsheim, et l'enferment dans les combles de la chapelle Saint-Jean de sa propre cathédrale ! Ils ne le relâchent que le 4 mai 1416, sur un ordre express de l'empereur Sigismond, à la demande du Concile de Constance. L’évêque prépare sa revanche et s’étant assuré le soutien de plusieurs seigneurs alsaciens, notamment Armand de Waldner, Rodolphe de Neuenstein, Jean de Munstrol, Thénien de Hattstatt, entre en guerre contre la ville. Les opérations se déroulent principalement dans le secteur de l’entrée de la vallée de la Bruche autour des cités de Bergbieten, Molsheim, Mutzig et Dachstein. Cette « Guerre de Dachstein » va durer jusqu'au compromis de 1422, compromis qui en fait consolide définitivement le régime des métiers.

Le problème sera dorénavant, pour Strasbourg, de trouver des nobles -par suite de l'extinction progressive des familles et de leur non-renouvellement- susceptibles de remplir certains postes réservés, dont ceux de Stettmeister. Les corporations, armature du régime politique, jouent un rôle administratif, religieux et social, rôle variable suivant l'importance numérique, la fortune, la valeur des personnalités et des bâtiments (poêles) où elles se réunissent.

3.1.5. Les institutions de la ville au XVè siècle

Après ces dernières péripéties, la constitution de la cité a pratiquement trouvé sa forme définitive. Strasbourg relève directement du saint Empire Romain germanique, mais pas de l’empereur lui-même qui de ce fait n’a que peu de pouvoirs sur elle. C’est donc une ville quasiment autonome, chose rare au XVe siècle. Au XVe siècle, les corporations ont pris définitivement le dessus sur la noblesse et réalisé les principales modifications institutionnelles. Mais dès la fin du XIVe, début XVe siècle apparaissent des organes qui vont vicier quelque peu l’idéal républicain que l’organisation institutionnelle originaire pouvait représenter.

3.1.5.1. Les Organes élémentaires

Juridiquement, la ville est une ville libre du Saint Empire Romain Germanique. Elle est dotée d’un régime constitutionnel qualifié de « république », forme de gouvernement où le pouvoir et la puissance ne sont pas détenus par un seul et dans lequel la charge de chef de l’entité juridique n’est pas héréditaire. C’est un régime institutionnel complexe au sein duquel plusieurs organes plus ou moins indépendants concourent à l’exercice du pouvoir.

3.1.5.1.1. Le pouvoir exécutif

A Strasbourg, le pouvoir exécutif est détenu par deux organes, l’un individuel, l’autre collégial.

  • LÂ’Ammeister
    L’organe exécutif individuel est celui de l’Ammeister, le chef de la ville. Il est élu par les délégués des corporations et est toujours issu d’elles. Son mandat est d’un an : cette courte durée pose un problème de stabilité et d’efficacité. C’est pourquoi en 1371, la durée du mandat est portée à 10 ans, mais, par crainte de l’établissement d’une dictature, ce système est rapidement et on revient au mandat d’un an. L’Ammeister peut être réélu dans les 5 années qui suivent la fin de son mandat.
    Les « Alt-Ammeister » (anciens Ammeister) forment un groupe qui assiste l’Ammeister de manière officieuse dans sa tâche, ce qui entraîne en général une plus grande continuité dans les politiques mises en œuvre par l’exécutif grâce à l’influence que ces derniers exercent en général sur l’Ammeister en titre.
  • Les Stettmeister
    Le second organe du pouvoir exécutif est détenu par les quatre Stettmeister, élus pour un an par le conseil entier au sein du patriciat, par opposition avec l’Ammeister, élu au sein des corporations et par elles seules. Un Stettmeister ne peut être réélu sans avoir laissé passer un délai entre la fin de son mandat et sa réélection. Les quatre Stettmeister forment un conseil présidé par l’un d’eux pendant un semestre selon un système de roulement.
    Leurs prérogatives sont peu importantes :.Au XVè ils ne sont plus que des fonctionnaires sans réels pouvoirs d’initiative.
3.1.5.1.2. Le pouvoir législatif : le Rat

Le pouvoir législatif est détenu par un organe collégial élu : le « Rat » délibère, édicte les lois et délègue ses pouvoirs... C’est lui qui détient, en théorie, le pouvoir législatif.

Dès 1456 les membres du conseil sont élus pour deux ans. Chaque année la moitié du conseil est renouvelé. Pour être élu, il faut être âgé d’au moins 25 ans, être de naissance légitime et ne pas bénéficier d’un poste de fonctionnaire au service de la ville, de l’évêque ou d’un seigneur.

Les élections se déroulent dans les 10 premiers jours du mois de janvier. Les représentants des corporations au conseil sont, jusqu’en 1433, élus par le conseil sortant, puis, à partir de 1433 par les échevins de chacune des corporations. Entre 1349 à 1420, le conseil est formé de 58 membres, répartis entre « Constofler » (bourgeois notables et nobles) et représentants des corporations, plus les 4 Stettmeister en fonction. Mais en 1420 (suite à la « guerre de Dachstein), le nombre des sièges accordés aux « Constofler  » est réduit et ils ne disposent plus que de 1/3 des sièges, contre 2/3 aux représentants des corporations, qui disposent donc de Dès lors, les représentants des corporations occupent 28 sièges et les patriciens 14 sièges, soit un total de 43 sièges avec l’Ammeister.

Cette composition va être à nouveau modifiée au cours de la seconde moitié du XVe siècle. La ville profite de la réorganisation générale des corporations pour supprimer des sièges au conseil. En 1462, 1470 et 1482, huit corporations disparaissent, entraînant la suppression de leurs sièges respectifs, mais aussi de sièges détenus par les « Constofler  » afin de respecter la règle du 2/3-1/3.

Suite à ces modifications, le conseil trouve en 1482 sa structure définitive qu’il gardera jusqu’en 1789 : un « Rat » de 31 membres : l’Ammeister, 10 Constofler et 20 membres des corporations.

3.1.5.2. Les chambres secrètes et le conseil de la ville

L’organisation législative et exécutive « traditionnelle » de la ville est relativement instable vu la courte durée des mandats. Elle est compensée par l’existence de « chambres secrètes » dont les membres sont nommés à vie et d’échevins, ce qui relativise quelque peu la valeur « démocratique » de la république de Strasbourg… Ces organes permettent un exercice plus efficace du pouvoir car ils favorisent une stabilité (chambres secrètes) et une participation des élites (échevins des corporations) à la vie politique de la cité. Le pouvoir n’est donc pas laissé exclusivement au conseil et au chef de la ville.

Les chambres secrètes sont au nombre de trois, la chambre des XXI, celle des XV et des XIII. Leurs membres sont les mêmes : ainsi, les membres de la chambre des XXI qui siègent au conseil sont répartis entre la prestigieuse chambre des XIII et la chambre des XV qui siègent séparément.

3.1.5.2.1. La chambre des XXI

La chambre des XXI est à l’origine une assemblée de « sages de la ville » que consultait le conseil, mais qui ne disposait pas du pouvoir de décision. Il n’acquiert ce droit de vote qu’en 1413, et finit par dominer le conseil. Composé à l’origine de 21 « sages » il passe à 24 membres (1403), puis à 31 (1407) et enfin à 32 (sur 43 conseillers !). Ce conseil détient le pouvoir effectif : son vote précède celui des autres conseillers, privilège de première importance et de première influence sur les autres votes. Cependant, le conseil des XXI ne peut siéger indépendamment.  Il n’a en effet aucun statut juridique et ne possède pas de sceau propre. Ses compétences sont très étendues : la chambre participe à tous les travaux du conseil, hormis lorsqu’il siège en tant que tribunal. Son pouvoir est de premier ordre puisque ses membres sont nommés à vie, ce qui leur confère un prestige certain ainsi qu’une expérience supérieure à celle des conseillers élus pour deux ans. Les 32 membres de la chambre des XXI se répartissent en deux autres chambres, celle des XV et la plus prestigieuse, celle des XIII, à raison de 15 membres dans la première et de 13 dans la seconde ; ne restent alors que 4 membres, les « vacants » (« ledige einundzwanziger ») qui ont pour fonction de remplacer un membre décédé ou disparu dans l’une des deux chambres.

3.1.5.2.2. La chambre des XV

La chambre des XV est créée en 1433. Son rôle est de contrôler l’application et le fonctionnement de la constitution, autrement dit de contrôler les dirigeants et de proposer des mesures propres à améliorer le régime. C’est la chambre qui a le moins de pouvoir mais son rôle est crucial pour la survie et l’évolution de la République. Elle est aussi compétente en matière de direction de l’administration, des finances, des constructions, de la police et des métiers...

3.1.5.2.3. La chambre des XIII

La chambre des XIII est la plus prestigieuse : elle est la survivance d’un comité militaire de 5 membres institué en 1392, lors de la guerre qui suivit la mise au ban de Strasbourg par l’empereur Wenceslas. Ce conseil est présidé par l’Ammeister et composée de 4 « Constofler » et de 8 représentants des métiers, dont 4 anciens Ammeister. La chambre des XIII possède une personnalité juridique propre et dispose d’un sceau particulier. Elle peut siéger séparément de toute autre institution, mais ne peut décider sans l’accord du conseil et des XXI.

La chambre des XIII s’occupe des questions militaires et diplomatiques ; elle est responsable de l’organisation de la milice, du recrutement des mercenaires, de la gestion des fortifications, de l’importation et de la fabrication des armes, de la composition des ambassades et de la conclusion des traités.

Ainsi, ce sont donc les chambres qui imposent leur point de vue au conseil, ce dernier ne conservant pleinement au final que sa fonction judiciaire.

3.1.5.2.4. Les Ă©chevins

Les échevins sont à l’origine (1214) assesseurs dans les tribunaux, tous patriciens. Ils pouvaient être réunis en assemblée sur convocation du conseil afin d’exprimer leur point de vue sur certaines affaires et d’approuver des décisions importantes.

Leur composition et leur rôle se modifient au XVe siècle : en 1420 que les « Constofler  » sont définitivement éliminés de l’échevinage. En 1437, une ordonnance fixe à 15 le nombre des échevins au sein d’une corporation. Comme à cette date il existe 28 corporations, il y a en principe 420 échevins pour la ville... Mais comme certaines corporations ne comptent que peu d’artisans, il ont beaucoup moins d’échevins, alors que les corporations riches et influentes en possèdent plus : ainsi les orfèvres, les bateliers ou les merciers ont respectivement 22, 30 et 25 échevins. Finalement, en 1482, après l’élimination des 8 corporations, il y a en tout 300 échevins pour 20 corporations. Ce nombre sera respecté jusqu’en 1789.

Au XVe siècle les échevins siègent dans les tribunaux et peuvent être convoqués au complet par le conseil, mais uniquement sur décision du conseil et des XXI pour les questions difficiles.

Les échevins délibèrent en collaboration avec le conseil de questions précises qui leur sont soumises. Leur avis est uniquement consultatif. Enfin, les échevins de chaque corporation ont le droit d’élire le représentant de leur corporation au conseil grâce à l’ordonnance de 1433.

3.1.5.3. Conclusion

Ainsi, la république de Strasbourg est un régime relativement évolué pour son époque et sa constitution est assez complète. Elle est exemplaire de la fin de l’emprise de la noblesse sur les grandes villes qui s’affranchissent de tout gouvernement non élu afin de garder une indépendance nécessaire à leur développement social et économique. Mais ce régime montre ses limites dans la mesure où il est relativement ploutocratique, donnant de fait le pouvoir aux bourgeois les plus influents et les plus riches de la cité. L’évolution des institutions et de la vie politique strasbourgeoise est un exemple frappant d’une évolution générale qui aboutit à la création d’une nouvelle élite, la bourgeoisie.

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