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Strasbourg : la ville au Moyen Age (Alsace)

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4. Histoire artistique

Le Haut Moyen Age
Le XIIè : l’âge roman
L’époque gothique : XIII-XVè

4.3. L’époque gothique : XIII-XVè

4.3.1. Le rôle croissant des corporations et des bourgeois

Entre le XIIIè et le XVè siècle, le chantier de la cathédrale occupe l’essentiel de l’activité artistique de la cité, concentrant autour de lui charpentiers, maçons, sculpteurs, tailleurs de pierre, peintres, maîtres verriers, orfèvres, vivant tous durant des générations, de cette grande entreprise. Ce vaste chantier est aussi significatif de l’évolution politique de la ville : c'est en effet à partir du XIIè et surtout du XIVè siècle que les corporations (ou « tribus », « Zunft ») accèdent aux affaires publiques et tiennent un rôle de plus en plus important dans la vie de la cité. Tous les métiers d'art sont alors regroupés dans ces tribus : celle de l'Echasse, une des plus anciennes, est composée par les peintres, les peintres-verriers, les sculpteurs, les orfèvres, les imprimeurs ; celle des Maréchaux, la plus riche, rassemble tous les métiers travaillant le métal…

A côté de ces ateliers, l'activité de la « loge » de la cathédrale, l’œuvre Notre Dame, se dote d’une gestion plus saine à la fin du XIIIè siècle, puisque qu’elle passe graduellement sous contrôle municipal, sans que d’ailleurs se ralentît pour autant l'effort financier du diocèse tout entier. Strasbourg se verra même proclamée « loge suprême » de l'Empire lors du congrès des tailleurs de pierre de Ratisbonne en 1459, soit 20 années après que fut mise en place la flèche de sa cathédrale.

Strasbourg : le musée de l’œuvre Notre Dame
Strasbourg : le musée de l’œuvre Notre Dame

4.3.2. L’architecture

4.3.2.1. La cathédrale

4.3.2.1.1. Les premiers pas du gothique
Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences
Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences

Les premières décennies du XIIIè siècle voient l'introduction du style gothique dans la cathédrale avec l'achèvement du transept de la cathédrale de Strasbourg dans un esprit de rupture manifeste avec le monde roman. C’est l’œuvre d’un atelier chartrain qui se manifeste d’ailleurs plus dans la sculpture que dans l’architecture, dans le célèbre « Pilier du Jugement » (improprement nommé « Pilier des Anges »). Du point de vue architectural, cet atelier couvre le transept non plus d’une charpente, mais d’une croisée d'ogive : la colonne massive qui se dresse au milieu du croisillon nord du transept devient au sud un faisceau de colonnettes autour d'un noyau polygonal, et le chapiteau devient le réceptacle des nervures de la voûte développées en palmier.

Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement

Au même moment est réalisée la chapelle Saint Jean-Baptiste. Cette chapelle est de type « halle » à trois triples travées reposant sur des piles rondes ou en quatre-feuilles, tout comme la salle capitulaire qui la surmonte, réduite à deux travées s'appuyant sur des colonnes. Malgré certaines réminiscences parisiennes ou beauceronnes, l'origine artistique du maître reste à déterminer. Enfin, une école d’inspiration chartraine réalise ensuite vers 1225 le portail sud avec ses deux rosaces.

Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses
Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses
4.3.2.1.2. La nef
Strasbourg, cathédrale : plan
Strasbourg, cathédrale : plan

A partir de 1235 arrive un nouvel atelier de constructeurs qui édifie la nef et impose définitivement l’esprit gothique classique. Du vieux vaisseau roman ne sont gardées que les fondations. La construction de la nef se fait en deux phases : une première de 1235 à 1245 et une seconde de 1253 (date à laquelle on recourt à la vente d’indulgences pour financer les travaux) à 1275.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le bas-côté sud
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le bas-côté sud

Le maître d'œuvre de génie qui a projeté le grand vaisseau de Strasbourg est au courant de toutes les tendances et de toutes les initiatives des chantiers d'Ile-de-France et de Champagne. Sa connaissance intime de l'architecture rayonnante lui permet de prévoir l'évolution et d'y participer. Pendant la seconde campagne, le nouveau maître d'ouvre Rodolphe le Vieux modifie les projets de construction initiaux pour simplifier l'ensemble : il choisit de garder une part plus importante de l'édifice roman et y ajoute 4 travées légèrement plus étroites au lieu des 8 initialement prévues.

Strasbourg, cathédrale : le bas côté nord
Strasbourg, cathédrale : le bas côté nord

Cette nouvelle nef, proche à la fois de l'art champenois (Saint Nicaise de Reims, cathédrale de Troyes, cathédrale de Châlons-sur-Marne) et de l'art de l'Ile-de-France (abbatiale de Saint-Denis, Notre Dame de Paris), subjugue par sa structure rationnelle et sa beauté harmonieuse. Tempérée par le grès rose, la logique implacable du gothique épanoui chasse la muralité et propose une élévation lumineuse d'une élégance raffinée. Dans ses proportions, l'élévation à trois étages respecte le schéma classique « A B A » : le triforium ajouré demeure au milieu de la paroi, s'intercalant entre les grandes arcades richement moulurées et les fenêtres hautes à quatre lancettes qui occupent toute la largeur de la travée. Les piliers fasciculés à seize éléments accentuent la verticalité de l'ensemble alors que le triforium marque fortement les horizontales. Toutefois, la double baguette médiane de la fenêtre haute semble se prolonger par une subdivision du triforium, ce qui annonce manifestement la prochaine fusion de ces deux unités. La baie du collatéral reproduit le dessin de la fenêtre haute. Une arcature décorative et la coursière viennent enrichir et affiner l'espace du bas-côté.

Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cathédrale: le bas côté sud
Strasbourg, cathédrale: le bas côté sud

A l'extérieur, une imposante batterie d'arcs-boutants à large tête (cinq mètres) ajourée d'un quadrilobe assure la stabilité de l'édifice. Chaque arc boutant repose sur une colonnette posée en délit, procédé qui apparaît pour la première fois à Saint Rémi de Reims. Mais la conception même de l'arc-boutant strasbourgeois doit beaucoup au système de contrebutement mis en place à Notre-Dame de Paris vers 1230.

Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè
Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè

Le grand vaisseau de Strasbourg, achevé en 1275, est l'un des plus accomplis de toute l'architecture rayonnante. Son influence sera considérable en Alsace, mais aussi Outre Rhin, à Fribourg-en-Brisgau, Wimpfen im Tal, Reutlingen ou Halberstadt.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale
4.3.2.1.3. La façade occidentale
4.3.2.1.3.1. Maître Erwin
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)

En 1276, les fondations de la nouvelle façade sont solennellement bénies par l'évêque Conrad de Lichtenberg, et la première pierre de la tour Nord est posée en 1277 sur les plans du « projet A », l'un des plus anciens dessins d'architecture conservés en Occident, datant des environs de 1260 qui montre, comme la nef et le jubé, l'influence de Saint Nicaise de Reims. Mais ce projet est rapidement abandonné au profit d’un « Plan B ».

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : projet primitif de la façade ou « Plan A 
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : projet primitif de la façade ou « Plan A 

Le « Projet B » s'inspire de la façade de la cathédrale de Troyes qui comporte 2 tours, 3 portails et un second étage avec une rose centrale. Ce « Projet B » où s'exprime l'un des plus authentiques génies gothiques, prouve que la métropole alsacienne n'est plus seulement une plaque tournante dans l'acheminement du nouveau style vers l'Est, mais aussi et surtout un foyer créateur de première importance. Par son ampleur, son opulence, ses formes nouvelles, le « projet B » dépasse nettement le gothique sage et rationnel du transept méridional de Notre Dame de Paris ou de Saint Urbain de Troyes, ses modèles les plus proches. Les flèches ajourées semblent ajoutées par une main moins experte, et l'extraordinaire rose, touffue et polyvalente, très différente de celle qui fut finalement réalisée, n'a guère d'équivalent dans le domaine royal.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade

Commencée en 1277 conformément au « projet B », la façade est assez avancée en 1284 lorsque maître Erwin dit « De Steinbach », nommé par le Magistrat, prend ses fonctions. Il achève le premier niveau et établit de nouveaux plans, le maître d'œuvre précédant ayant commis plusieurs erreurs. Ce « projet C » prévoit un deuxième niveau nettement plus bas et le remplacement de la rose initiale par une « ronde verrière » beaucoup plus classique, s'inspirant des roses latérales de Notre Dame de Paris. Cette rose à seize pétales, sans couronne intérieure, participe cette fois-ci au dédoublement de la paroi et s'inscrit dans un cadre carré aux écoinçons ajourés. Parmi toutes les roses qui s'épanouissent en Europe à la fin du XIIIè ou au début du XIVè siècle, celle de Strasbourg demeure l'une des plus accomplies par sa pureté.

Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la rose. Cette rosace, est composée d’épis de blés, et non de saints, comme c’est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la rose. Cette rosace, est composée d'épis de blés, et non de saints, comme c'est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville

Le « projet D », vers 1285, également attribué à Erwin, marque une nouvelle étape dans l'évolution du chantier. Il montre le narthex avec la rose et les étages latéraux à leur niveau actuel, c'est-à-dire dépassant nettement la rose. Le décor aveugle du narthex, véritable façade intérieure, somptueuse et filigranée, rivalise avec les revers de façade de Meaux. La rose est découpée dans la paroi, sans écoinçons ajourés, et s'élève au-dessus d'un triforium ajouré pratiquement invisible de l'extérieur. Cette « non correspondance » entre la façade et son revers a été rendue possible par le dédoublement de la paroi et accentue le maniérisme inhérent au procédé.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale

Ralentis par un incendie en 1298, les travaux se poursuivent et en 1318, à la mort de maître Erwin, le deuxième niveau est partiellement achevé, (fonte de la grande cloche en 1316). Son fils Jean continue le chantier jusqu’en 1339. L'examen du narthex révèle plusieurs campagnes qui se situent dans les premières décennies du XIVè. L'élévation latérale de la travée centrale est particulièrement instructive : entre l'arcade aux multiples moulures et la fenêtre haute à quatre lancettes qui correspond au deuxième niveau de la façade prend place un triforium gracile à gables élancés dont la hauteur atteint dix mètres. Cette hauteur inusitée n'est pas due à un choix esthétique délibéré, mais à la nécessité de rattraper la différence de hauteur entre la grande nef (32m) et le narthex (38m).

Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale

On retrouve donc de légères modifications dans les différents étages de la façade, le premier comportant les portails, le second la rosace et le troisième les troncs de clochers.

4.3.2.1.3.2. Maître Gerlach

Maître Gerlach continue les travaux de la façade : Entre 1355 et 1365 il édifie le troisième étage des clochers dont l'architecture n'est pas étrangère à celle de la chapelle Sainte-Catherine. Chaque face est percée d'un triplet, mais seule la lancette médiane rappelle discrètement le dédoublement de la paroi. A l'intérieur, de belles voûtes en étoile à ogives d'angle préparent le passage à l'octogone.

Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut

Gerlach réalise aussi la magnifique chapelle sainte Catherine vers 1340. Ornée et structurée comme une châsse, elle séduit par sa verticalité et le raffinement de ses remplages géométriques. L'apport personnel de maître Gerlach reste considérable, notamment dans la conception des voûtes et dans la modénature. Les voûtes étoilées primitives à clefs pendantes, remplacées au XVIe siècle par les voûtes curvilignes actuelles, rivalisaient avec celles de Bebenhausen ou celle de la chapelle Barbazana à Pampelune. L'exemple strasbourgeois portera ses fruits à la cathédrale de Prague (chapelle Saint Venceslas et sacristie).

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction

Peu avant 1365, on renonce à la construction des flèches. L’enthousiasme de la construction finale des tours s'évanouit. La crainte de séismes (en 1356, Bâle avait été détruite), les difficultés financières et les pertes humaines causées par la grande peste de 1349 expliquent la renonciation aux flèches. Un nouveau projet prévoit la galerie des Apôtres au-dessus de la rose et un beffroi percé d'élégantes baies tripartites et coiffé d'un couronnement à gables. En 1365 les constructeurs atteignent le niveau de la plate-forme actuelle, conférant à la façade la silhouette de Notre-Dame de Paris. En 1371 maître Conrad succède à Gerlach et réalise la galerie au dessus de la rose, particulièrement avec la magnifique galerie des Apôtres.

Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade
Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade
Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade, détail
Strasbourg, cathédrale : la galerie des apôtres de la façade, détail
4.3.2.1.3.3. La flèche

A la mort de Maître Conrad, son successeur, Michel de Fribourg (1383-1388) est chargé de l'exécution du beffroi. Il modifie une ultime fois le projet (vers 1383) pour aboutir à une « Façade falaise » de type germanique en comblant le vide entre les deux tours par un énorme remplage, sorte de tour centrale. Mais ce bloc façade, achevé par Claus von Lohre (1388-1399) ne satisfait pas le magistrat qui fait appel en 1399 à Ulrich von Ensingen qui vient de commencer la gigantesque tour d'Ulm. Le maître d'œuvre souabe présente un projet de haute tour comportant un octogone cantonné de quatre tourelles d'escalier, surmonté d'un petit étage servant de base à une flèche ajourée aux arêtiers gracieusement incurvés. Son projet à flèche incurvée n'est que partiellement réalisé. A sa mort, en 1419, seuls l'octogone et son petit étage sont terminés.

Strasbourg, cathédrale : la flèche. Dessin extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale : la flèche. Dessin extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur

Le nouveau maître d'œuvre, Jean Hültz de Cologne (1419-1449) modifie une ultime fois les plans. Il surélève les tourelles d'escalier jusqu'au départ de la flèche qu'il érige selon ses propres conceptions : une flèche aux arêtiers chargés de tourelles, œuvre d'une rare virtuosité qui exprime au surplus cette nouvelle recherche d'un style plus anguleux et plus compact. C'est en 1439, date mémorable, qu’est achevée la flèche vertigineuse, sorte de gratte-ciel avant la lettre. A ce stade (d'ailleurs définitif), le Magistrat est très satisfait du travail, car il considère la haute tour non seulement comme le couronnement de la cathédrale, mais aussi comme une sorte de beffroi symbolisant la puissance et la grandeur de la ville.

Strasbourg, cathédrale : la flèche. Plan extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale : la flèche. Plan extrait du « dictionnaire raisonné de l’architecture » de Viollet le Duc
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)

Cette tour de 142 mètres de haut fait de Strasbourg la ville ayant l'édifice le plus haut du monde ! Elle gardera « ce record du monde » jusqu'en 1847, année où la flèche de l'église Saint-Nicolas de Hambourg (144 m de hauteur) fut achevée. (Beauvais ou Londres avaient des flèches plus hautes, mais elles se sont écroulées)

Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche

4.3.2.2. Les autres chantiers de la ville

4.3.2.2.1. Saint Thomas
Strasbourg : plan de l’église saint Thomas
Strasbourg : plan de l’église saint Thomas

A coté de la cathédrale, est mise en chantier dans la seconde moitié du XIIIè siècle l’église saint Thomas, ancienne abbaye bénédictine fondée par Florent au VIIè qui est reconstruite ; le massif bâtiment de grès rose construit à partir du XIIIè évoque immédiatement les édifices rhénans. Le monument s’inspire du chantier de la cathédrale, mais reste curieusement de style roman par son pignon nord-ouest et ses arcatures lombardes.

Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière

La reconstruction de l'église en style gothique débute en 1270 par le chœur et le transept. Le chœur à chevet polygonal se contente d'une seule travée droite, tandis que les baies à deux lancettes présentent à l'extérieur des arcs de décharge. Le transept cloisonné à piles intermédiaires garde ses parois latérales. Les façades des croisillons sont subdivisées par un contrefort, comme à Haguenau.

Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église
Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église

Une superbe triple nef à piles fasciculées s'insère vers 1290 entre le transept rayonnant et le massif occidental roman - gothique. Mais les voûtes ne sont lancées que vers 1330, au moment où deux collatéraux supplémentaires viennent constituer une quintuple halle, rarissime en Europe. Le contraste entre la large nef principale et les collatéraux extrêmement élancés sécrète une sorte d'ambiguïté spatiale. La tour de croisée octogonale avec sa coupole sur trompes d'angle, est la dernière de ce genre réalisée en Alsace (1347).

Strasbourg, église saint Thomas : le transept
Strasbourg, église saint Thomas : le transept

Au XVè, l’église s'agrandit de trois chapelles. Datée de 1469, la chapelle Saint-Blaise englobe aussi des éléments romans. La chapelle Saint-André se contente d'une seule travée voûtée à clé sculptée. Mais c'est la chapelle des Evangélistes (1521), avec sa porte en accolade, ses baies aux remplages ondoyants et sa voûte réticulée qui illustre avec bonheur la dernière phase du gothique.

Strasbourg, saint Thomas
Strasbourg, saint Thomas

Ainsi Saint-Thomas de Strasbourg est la plus spectaculaire des « Hallenkirche » d'Alsace, ou « église-halle » aux nefs de hauteur sensiblement égale. L’église est aussi en 1290 le premier édifice de ce type en Allemagne du Sud.

Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas
Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas
4.3.2.2.2. Saint Pierre le Jeune

Fondée en 1031 l’église St Pierre le Jeune est reconstruite dans le style gothique entre 1250 et 1320. Hormis les encadrements des portes et fenêtres, elle est construite en briques et recouverte de chaux. Elle se dote vers 1280-1290 d'un imposant chœur profond à quatre travées, rond point à sept pans de décagone et chapelle axiale. Comme à Reims, la voûte du chevet occupe une travée et l'abside, la clé étant sur le doubleau. A l'extérieur les arcs de décharge surmontent les baies à deux lancettes.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept

Entre 1290 et 1320 environ est réalisée la nef élancée à transept occidental. Un élément des piles octogonales monte jusqu'aux voûtes et délimite les travées. Les fenêtres à trois lancettes, soulignées par un bandeau, sont relativement grandes et assurent une élévation à trois étages. Au Sud, le bas-côté est dédoublé en forme de halle (comme à Wissembourg). Une rangée de colonnes sans chapiteaux reçoit les voûtes et soutient en même temps la culée intermédiaire des arcs-boutants.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé

Vers 1360, l'église Saint Pierre le Jeune s'agrandit de la chapelle Saint-Jean munie de contreforts intérieurs. La chapelle de la Trinité est édifiée par Hans Hammer en 1491 (Beau baptistère). On accède à l’église par le portail Sud, le «Portail Erwin» dont les statues de 1897 sont des imitations des originales détruites lors de la Révolution (Vierges sages et folles, prophètes et saints). L’église possède enfin un très joli cloître reconstitué au XIXè avec des éléments romans (3 galeries) et gothiques.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le cloître
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le cloître
4.3.2.2.3. Les édifices des ordres mendiants et des ordres prêcheurs
  • Les Dominicains et Franciscains, ordres animés d'une spiritualité nouvelle, dont la naissance et le développement illustrent le fait urbain, sont de grands bâtisseurs. Ces ordres prennent une importance grandissante et déploient une activité assez intense et de tous ordres, spéculative, prêchante, charismatique et, aussi... lucrative. Leurs églises, bien que sobres et dépouillées, sont vastes pour recevoir de nombreux fidèles et de type « Hallenkirche ». Souvent charpentées, elles se caractérisent par un chœur très étendu et par de hautes fenêtres. Ainsi l’église des Dominicains construite en deux campagnes (1254-1260 pour le chœur et la nef, 1307-1345 pour un second agrandissement réalisant une église-halle à deux hautes nefs centrales dont il reste une gravure du XVIIè siècle).
  • Strasbourg : l’ancienne église des Dominicains, détruite pendant le siège de Strasbourg en août 1870. Sur son emplacement s’élève aujourd’hui le Temple Neuf
    Strasbourg : l’ancienne église des Dominicains, détruite pendant le siège de Strasbourg en août 1870. Sur son emplacement s’élève aujourd’hui le Temple Neuf
    Strasbourg : le couvent des Dominicains ou « Prediger ». Gravure du XVIIè
    Strasbourg : le couvent des Dominicains ou « Prediger ». Gravure du XVIIè
  • De la même époque date l’église des Cordeliers aujourd’hui détruite (emplacement de l’actuelle place Kléber).
  • Strasbourg : la place des Cordeliers, actuelle place Kléber. Gravure du XVIIè
    Strasbourg : la place des Cordeliers, actuelle place Kléber. Gravure du XVIIè
    Détail du plan de Conrad Morant de 1548 : de gauche à droite : l’église et le couvent des Cordeliers, le « Pfennigturm » (place Kléber) et l’église des Dominicains (Place du Temple Neuf)
    Détail du plan de Conrad Morant de 1548 : de gauche à droite : l’église et le couvent des Cordeliers, le « Pfennigturm » (place Kléber) et l’église des Dominicains (Place du Temple Neuf)
  • Sur des vestiges de 1182, l'église Saint Nicolas de Strasbourg est reconstruite en 1381.
  • Strasbourg : l’église saint Nicolas, vue de la Petite France
    Strasbourg : l’église saint Nicolas, vue de la Petite France
  • Fondée par les Müllenheim en 1306, l’église Saint Guillaume est mise à disposition des moines Guillemites. Le sanctuaire est à nef unique et non voûté, avec un chœur profond de cinq axes, non voûté lui aussi malgré la présence de contreforts étayant le chevet. L'église sera remaniée en 1488. De cette époque datent le porche voûté avec ses roses flamboyantes et son portail sculpté ainsi que le remarquable jubé de trois travées avec ses clés pendantes. De beaux vitraux du XIVè au XVIIè content des scènes bibliques ainsi que le cycle de St Guillaume et de Ste Catherine. Certains sont de la main de Pierre Hemmel.
  • Strasbourg  Krutenau : l’église saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg  Krutenau : l’église saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè

4.3.2.3. L’architecture civile

Bien que l'architecture civile soit loin d'avoir été négligeable au XIVè siècle, elle a grandement souffert des aménagements et des modifications d'ordre urbanistique des temps qui suivirent, de sorte que ses vestiges sont pour la plupart intégrés dans les structures postérieures : soubassements, portiques et pignons crénelés (aile gauche de l'Œuvre Notre-Dame de 1347).

4.3.3. Sculpture

4.3.3.1. Le chantier de la cathédrale

C’est naturellement le chantier de la cathédrale qui mobilise l’essentiel de l’activité artistique des sculpteurs, pour la plupart anonymes, des XIIIè et XIVè siècles.

4.3.3.1.1. L’atelier chartrain du transept sud

Au début du XIII° siècle, des artistes venus de Chartres y introduisent le style gothique et renouvellent la sculpture monumentale. Chose remarquable, la sculpture y précède l'architecture en leur plein épanouissement. En effet, le transept sud, reconstruit entre 1200 et 1225 reste encore d'esprit roman dans son architecture, comme en témoignent les portails sud en plein cintre. Mais, dans la décoration du « Pilier du Jugement », des tympans et des ébrasements des portails, les artistes de Chartres sont nettement novateurs. Ils puisent leur inspiration et leurs thèmes dans la fonction judiciaire de cette partie de l'église, qui donne sur le palais épiscopal, dont l'officialité tenait souvent ses assises sur les marches du portail sud, ou même dans le transept : aussi le pilier appelé communément « des Anges » est en réalité celui du « Jugement dernier », le Christ trônant en haut, entouré d'anges porteurs des instruments de la Passion, au-dessus des anges annonciateurs du Jugement, tandis qu'en bas se tiennent les quatre Evangélistes. A l'extérieur, c'est le juge terrestre, le roi Salomon (aujourd’hui disparu), qui trône au trumeau entre les deux portails, entouré des douze apôtres (disparus) et des célèbres statues de l'Eglise et de la Synagogue aux yeux bandés, alors que les deux tympans décrivent la mort et le triomphe de la vierge.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier des Anges ou du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier des Anges ou du Jugement
Strasbourg, cathédrale : portail sud du transept, tympan de la mort de la Vierge
Strasbourg, cathédrale : portail sud du transept, tympan de la mort de la Vierge
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail sud et ses deux tympans
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail sud et ses deux tympans

Bien que son séjour à Strasbourg fut de courte durée, cet atelier introduit dans les régions de l'Est le style formé à Chartres et à Sens, où il rencontre les modèles courants du roman tardif surtout présents dans l'orfèvrerie, dans l'illustration de manuscrits (Hortus Deliciarum) et dans le vitrail. Ainsi la célèbre « Synagogue » représente le sommet de la sculpture strasbourgeoise du XIIIè siècle et est l’un des grands chefs d’œuvre de la sculpture gothique. Elle marque, avec son pendant, l’« Eglise », le point suprême d'équilibre où le langage « classique » de Chartres est frappé d'un accent pathétique qui là-bas lui fait défaut. Ces œuvres sont les premières manifestations d'un art proprement strasbourgeois qui sait dépasser, grâce à sa personnalité, les modèles étrangers. Cette fusion devient un phénomène proprement strasbourgeois, raffiné dans la souplesse des draperies fines et comme mouillées, et empreint d'une grande noblesse spirituelle.

Strasbourg, cathédrale : un des chefs d’œuvre de la sculpture strasbourgeoise : la synagogue. Musée de l’Œuvre Notre Dame
Strasbourg, cathédrale : un des chefs d’œuvre de la sculpture strasbourgeoise : la synagogue. Musée de l’Œuvre Notre Dame
Strasbourg, cathédrale : portail sud : la Synagogue
Strasbourg, cathédrale : portail sud : la Synagogue
Strasbourg, cathédrale : portail sud : l’Eglise
Strasbourg, cathédrale : portail sud : l’Eglise
4.3.3.1.2. L’atelier du jubé

La réalisation du jubé de la cathédrale, aujourd’hui disparu, marque une autre étape de l’histoire de la sculpture, car elle est inspirée d’une autre école inspirée à la fois par la Sainte Chapelle de Paris, la cathédrale de Reims, et l'église rémoise Saint Nicaise. En dehors de son style propre, élégant, expressif, aux draperies en poches et en tuyaux, le jubé témoigne avec et parmi d'autres initiatives en Alsace à partir du milieu du XIIIè siècle d'un processus de durcissement des formes et d'un développement significatif du sens du volume.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : saint Jean l’évangéliste placé sur le petit coté sud du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : saint Jean l’évangéliste placé sur le petit coté sud du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le sacrifice d’Abraham ; revers du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le sacrifice d’Abraham ; revers du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : apôtre ; petit coté sud du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : apôtre ; petit coté sud du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
4.3.3.1.3. L’atelier de la façade occidentale

La décoration des trois portails de la façade occidentale, à partir de la fin du XIIIè siècle, marque l’autre moment fort de la sculpture gothique strasbourgeoise. À l'ambition du maître d'œuvre s'ajoute celle des sculpteurs. Ils illustrent pour les portails un grand programme théologique imaginé sans doute par Albert le Grand. Là encore, au milieu des grandes statues des Prophètes, se révèle un sens du « pathos » qui définit bien l'art strasbourgeois du Moyen Age. Après l'austérité des travées de la nef, c'est, au bas de la grande falaise occidentale, un grand déploiement de sculptures, de thèmes, de styles empruntés à d'autres chantiers, à ceux de Notre Dame de Paris, dont les statues du portail sud du transept de la cathédrale de Meaux, la Vierge de Ligny en Barrois à l'angle d'une maison, semblent fixer des étapes vers nos vierges strasbourgeoises, de Troyes en Champagne peut-être, rencontrant à Strasbourg la tradition d'un sentiment plus germanique tourmenté, et excessif, dans la sculpture des prophètes et des Vertus.

Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail central de la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail central de la façade occidentale
Façade occidentale, portail nord : tympan de la naissance et de l’enfance du Christ
Façade occidentale, portail nord : tympan de la naissance et de l’enfance du Christ
Façade occidentale, portail sud : tympan du jugement
Façade occidentale, portail sud : tympan du jugement

Au portail central, le tympan de la Passion du Christ annoncée par les prophètes alignés aux piédroits, que surmonte le grand gable échafaudant le trône de Salomon et celui de la Vierge, sur les marches desquels jouent les lions de Juda. Tympan où se mêlent deux factures, deux styles, l'un à la rudesse expressive des prophètes, l'autre à la plénitude souriante et presque asiatique des vierges sages et des vierges folles du portail droit.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : schéma des sculptures du portail central
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : schéma des sculptures du portail central

A gauche, côté Nord, cantonnant un tympan de l'Enfance du Christ (refait au XIXè siècle), les Vertus maniérées, aux traits étirés, combattant les vices écrasés sous leurs pieds. Côté Sud, le Jugement dernier, restauré, demeurerait assez secondaire si les figures paraboliques des vierges sages et des vierges folles, les unes accueillies par le Christ, les autres séduites par le Tentateur, ne venaient pas le signifier de façon spectaculaire, debout aux piédroits qu'ornent en relief les signes du zodiaque et les occupations des mois.

Strasbourg, cathédrale : détail du portail de droite de la façade occidentale, dit « portail des Vierges sages et des vierges folles » : le tentateur et une vierge folle
Strasbourg, cathédrale : détail du portail de droite de la façade occidentale, dit « portail des Vierges sages et des vierges folles » : le tentateur et une vierge folle
Strasbourg, cathédrale : détail du portail de droite de la façade occidentale, dit portail des Vierges sages et des vierges folles : l’Epoux divin
Strasbourg, cathédrale : détail du portail de droite de la façade occidentale, dit portail des Vierges sages et des vierges folles : l’Epoux divin
Strasbourg : la cathédrale, portail central de la façade occidentale : les Prophètes
Strasbourg : la cathédrale, portail central de la façade occidentale : les Prophètes
Façade occidentale, portail sud: les vierges sages
Façade occidentale, portail sud: les vierges sages
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : massif occidental, portail nord : vertu terrassant un vice
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : massif occidental, portail nord : vertu terrassant un vice

Que ce soit à Reims ou à Amiens, à Bamberg ou à Magdebourg, nulle part ailleurs qu'à Strasbourg, les draperies qui enveloppent tout à fait le corps n'ont une telle valeur déclamatoire.

Strasbourg, cathédrale : portail de la façade occidentale : les prophètes
Strasbourg, cathédrale : portail de la façade occidentale : les prophètes
Strasbourg, cathédrale : Façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices
Strasbourg, cathédrale : Façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices. Détail
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices. Détail
4.3.3.1.4. Les autres œuvres

Après la réalisation de la façade occidentale, on assiste au XIVè à un certain appauvrissement de la sculpture strasbourgeoise, qui semble se complaire dans une certaine complication : arabesque des recoupements, des courbes et des ombres, ou d'ordre expressif : visages extatiques, « asiatiques » ou d'une ingrate rudesse, draperies contraignantes…

Les programmes iconographiques sont essentiellement représentés par la décoration de l'étage entre les tours de la façade de la cathédrale de Strasbourg (entre 1360 et 1380 environ) et les sculptures de la chapelle Sainte-Catherine, fidèles au pathétique de leurs ancêtres les Prophètes du portail ouest, mais manifestant un certain affaiblissement de la force d'invention du chantier.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la façade entre les deux tours
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la façade entre les deux tours

4.3.3.2. L’art funéraire

Le XIVè siècle privilégie et développe des types de monuments tels que les saints sépulcres, les plates et hautes tombes à gisants, ainsi que les figures de piété isolées : Vierges à l'Enfant, saints et piétas. Il est surtout remarquable par l’art funéraire qui produit quelques œuvres de grande valeur :

  • Maître Woelfflin de Rouffach se révèle comme le grand « tombier » alsacien du XIVè siècle : le double monument funéraire élevé à Saint Guillaume aux frères de Werd montre une description minutieuse, un « inventaire » détaillé de l'armement d'un chevalier. Au moment où le patriciat marchand et les corporations prennent en charge les destinées de la cité, Woelfflin rend ainsi un froid hommage à la chevalerie finissante. La première tombe est celle de Philippe de Werd (1332) ; la seconde, plus imposante, est celle de son frère Ulrich de Werd ( 1344), Landgrave d’Alsace. Woelfflin réalisera d’autres œuvres hors de Strasbourg : gisant de l'abbesse Irmengarde de Bade au couvent de Heilingenthal en Forêt Noire, gisant du chevalier Ulrich de Hus d'Issenheim (musée Unterlinden), gisant de Conrad Werner de Hattstatt…
  • Strasbourg saint Guillaume : tombeaux de Philippe (en bas) et Ulrich de Werde par Woelfflin de Rouffach. Crypte
    Strasbourg saint Guillaume : tombeaux de Philippe (en bas) et Ulrich de Werde par Woelfflin de Rouffach. Crypte
  • Le tombeau de l'évêque Conrad de Lichtenberg ( 1299) dans la chapelle Saint Jean Baptiste à la cathédrale de Strasbourg : baldaquin à trois gables en façade et un gable de côté, le gisant massif, polychrome, en grand ornement, reposant sur une dalle surélevée.
  • Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le tombeau de Conrad de Lichtenberg
    Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le tombeau de Conrad de Lichtenberg
    Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle saint Jean Baptiste : le gisant de Conrad de Lichtenberg
    Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle saint Jean Baptiste : le gisant de Conrad de Lichtenberg
  • Le tombeau de Conrad de Lichtenberg a transmis à toute une série de saints sépulcres son principe architecturel : le premier exemple en est donné à la cathédrale de Strasbourg, vers 1340, dans la chapelle Sainte-Catherine ; ses nombreux fragments d'architecture et de sculptures (gisant du Christ et gardiens en armure) sont conservés à l'Œuvre Notre Dame, dépôt et musée. Ses saintes femmes ont disparu, elles devaient être voisines des figures dressées aux piliers de la chapelle donnant sur le collatéral sud : sainte Catherine, sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste, car celles-ci sont, à leur tour, parentes des saintes femmes et des anges du saint sépulcre de la cathédrale de Fribourg en Brisgau.
  • Le sépulcre de l’église Saint-Etienne, vers 1350-1360 est connu par un dessin de Jean Jacques Arhardt (1670) ; il se peut que ce soit celui de l’église Saint Nicolas de Haguenau, transféré là au XVIIIè siècle ;
  • Strasbourg, La chapelle funéraire des Müllenheim de l’ancienne église de la Toussaint (1370-1380).
  • D’autres œuvres sont connues par des fragments ou de dessins : fragments trouvés près de l'église Saint Jean, vers 1400 ; mention écrite de 1311 d’un sépulcre dans l’église Saint Pierre le Jeune ; mention écrite de 1361 d’un sépulcre dans l’église Saint-Thomas ; sépulcre dans l’ancienne église Saint Jean à l'Ile Verte selon une relation écrite après 1371 ; fragments conservés de l’ancienne chapelle du Saint Sépulcre du couvent des Augustins, (1360-1365)…

4.3.3.3. Autres œuvres

Hormis ces grands sépulcres, l’art funéraire à produit d’autres œuvres plus simples, parmi lesquelles l'épitaphe à l'effigie de Jean Thaller, chevalier autrichien (  1356) en bonnet, aumusse et cotte de l’église Saint Thomas et la pierre tombale de Jean Tauler, le dominicain mystique (  1361), provenant du cimetière du couvent de Saint-Nicolas in Undis et conservée dans l'église du Temple Neuf à Strasbourg.

4.3.4. Peinture

En dépit des pertes, imprécisions, dispersions, l'illustration de manuscrits alsaciens fournit pour le XIIIè siècle une meilleure base d'appréciation, d'autant que les ensembles importants du vitrail viennent la conforter même si les parentés véritablement personnalisés entre ces deux disciplines demeurent rares.

Pourtant, l'éveil de la peinture aux courants nouveaux, au-delà du « Zackenstil » dont le XIIIè siècle garde longtemps l'empreinte dans le vitrail, s'effectue avec le manuscrit illustré du « Tristan » de Gottfried de Strasbourg conservé à la Staatsbibliothek de Munich (ms. German. 51) : les dessins prennent la mode vestimentaire et les formes expressives de l'atelier de l'Eglise et de la Synagogue, de sculpture donc, et créent un véritable album de la vie courtoise, animé d'un mouvement alerte qui renchérit sur les torsions des corps et des plis du célèbre atelier et fait virevolter les draperies dans un esprit baroque, dégagé de celui, véhément aussi, du Zackenstil. Quelques gémellions aux figures de Vertus et d'allégories (au musée des Arts décoratifs de, Strasbourg, au musée Unterlinden de Colmar) tentent une percée semblable mais demeurent trop tributaires de l'Hortus pour y réussir.

Page du Manuscrit Germain 51 du Tristant de la Staatsbibliothek de Munich
Page du Manuscrit Germain 51 du Tristant de la Staatsbibliothek de Munich

Au XIVè siècle, la peinture de manuscrits est essentiellement documentée par trois ouvrages de nature très diverse, tous strasbourgeois :

  • Le « Mémorial de Saint-Jean à l’Ile Verte », couvent fort adonné à la vie mystique, et où se retira le banquier piétiste Rulman Merswin ;
  • La « Vita Suso », des environs de 1360, recueil de piété comme l'indique son titre (B.N.U. Strasbourg), mais dont l'illustration livre une imagerie d'un niveau artistique assez moyen, très significatif cependant du style de l'époque.
  • L'élévation sur parchemin de plus de 3 mètres de haut de la façade occidentale de la cathédrale, issu de l'atelier du maître d'œuvre Michel (Parler) de Fribourg, fils de Jean de Gmünd, et situé entre 1360 et 1380. Cet ouvrage d'architecture présente le programme iconographique de la galerie qui devait former vers 1360 le couronnement du corps médian de la façade au-dessus de la grande rose, et celui de l'étage entre les tours érigées à la suite pour combler l'espace d'entre-deux et y suspendre les cloches de la Ville.
  • Strasbourg, cathédrale : le « plan A ». Dessin, Musée de l’œuvre Notre Dame
    Strasbourg, cathédrale : le « plan A ». Dessin, Musée de l’œuvre Notre Dame

Quant à la peinture murale, L'ancienne église des Dominicains de Strasbourg, détruite en 1870 conservait une Crucifixion des alentours de 1300, dont une copie est détenue par le Service des Monuments Historiques, d'une incontestable élégance d'écriture, sans doute d’inspiration « colognaise ».

4.3.5. Vitrail

4.3.5.1. La cathédrale de Strasbourg

Après la magnifique série, encore romane, de la « galerie des rois et Empereurs du saint empire romain », sont réalisés, jusqu’à environ 1240, les ensembles apparentés à l'atelier de l'Eglise et de la Synagogue : reine de Saba, rose de l'Ancien Testament, Christ, Jean-Baptiste, saint Christophe dans le transept, demi médaillon de la Vierge au trône de Sapience provenant des toutes premières travées de la nef, reléguées aujourd'hui, à l'envers, dans la dernière fenêtre haute de la nef, côté nord.

Puis arrive, dès après 1240 l'atelier porteur du « Zackenstil », désigné aussi comme westphalo-saxon, dont témoignent encore les réseaux des bas-côtés, quelques bustes du triforium, premières travées et de figures en pied de papes et de diacres de la première fenêtre haute, côté nord. Style volontaire, aux étoffes tendues, brisées de jeux ornementaux anguleux, aux traits lourds et aux anatomies souvent athlétiques quand elles ne sont pas effacées par l'amas des draperies.

Début du XIVè sont réalisés les petits sujets sous des arcs en accolade dans les écoinçons desquels apparaissent souvent les prophètes en buste. Arcs, boutons et enroulements d'écoinçons (ou médaillons secondaires) sont combinés dans la verrière de la Genèse, fenêtre nord du narthex de la cathédrale.

Dans les années 1340 est réalisé le grand œuvre du bas-côté méridional de la cathédrale, série de cinq verrières consacrées à la Vie de la Vierge, à l'Enfance et à la Vie publique du Christ, à sa Passion et à sa Vie surnaturelle, enfin au Jugement dernier, datation dictée par des raisons de style et aussi d'implantation de la chapelle Sainte-Catherine entre 1332 et 1349, au droit des deux premières travées. Ces cinq verrières, où l'on suit une évolution stylistique manifeste et constante, dans l'écriture, dans le coloris et dans l'espace scénique, ont remplacé la série des prophètes antérieure et constituent l'une des plus riches illustrations des thèmes mariologiques et christologiques inspirés par la Bible des Pauvres. Elles furent vraisemblablement précédées, du côté est, par les Combats allégoriques des Vertus et des Vices, logés aujourd'hui dans la dernière fenêtre haute de la nef, côté nord.

Strasbourg, cathédrale : vitraux du bas côté sud
Strasbourg, cathédrale : vitraux du bas côté sud
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : bas-côté sud, deuxième verrière à partir de la chapelle sainte Catherine : Jésus et la femme adultère ; Jésus et la Samaritaine
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : bas-côté sud, deuxième verrière à partir de la chapelle sainte Catherine : Jésus et la femme adultère ; Jésus et la Samaritaine
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : bas-côté sud, première verrière à partir de la chapelle sainte Catherine : la présentation au temple
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : bas-côté sud, première verrière à partir de la chapelle sainte Catherine : la présentation au temple
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : bas-côté sud, première verrière à partir de la chapelle sainte Catherine : la guérison d’un infirme et la résurrection de la fille de Jaïre
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : bas-côté sud, première verrière à partir de la chapelle sainte Catherine : la guérison d’un infirme et la résurrection de la fille de Jaïre

Il semble aussi qu'avant même l'achèvement de la série, vers 1350 du côté de l'Ouest, les verrières de la chapelle Sainte Catherine aient été menées à bien autour de 1340, avec leur baldaquins vertigineux sur des fonds rouges et bleus où scintillent des pastilles bleues et rouges, qui couronnent la théorie des apôtres égrenant les termes du Credo.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : verrière de la chapelle sainte Catherine, du XIVè
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : verrière de la chapelle sainte Catherine, du XIVè
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle sainte Catherine : verrière avec les saints Jacques le mineur, Jean et Thomas
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle sainte Catherine : verrière avec les saints Jacques le mineur, Jean et Thomas

Vers 1350 est aussi réalisée la haute verrière du Jugement de Salomon, dans la 6è fenêtre méridionale de la nef de la cathédrale de Strasbourg, dont les personnages monumentaux se répartissent dans les quatre lancettes, sous de hauts baldaquins que bordent les inscriptions commentaires de la scène ; art assez conventionnel qu'anime un coloris un peu trop soutenu dans le contexte général des verrières de la haute nef.

4.3.5.2. Autres œuvres

Le style « Zackenstil » caractérise les vitraux de la première église des Dominicains, entre 1254 et 1260 : scènes de la vie du Christ, arbre de Jessé, vie de Saint Dominique avec des nuances, vie de Saint Barth'>Barthélemy, patron de l'église. Il apparaît encore, et toujours aussi vigoureux, mais assoupli dans le chœur de l'église Saint-Thomas : scènes de l'Ancien Testament, de la légende de saint Thomas, médaillon de l'Incrédulité du saint patron, au centre de la rose en façade occidentale, refaite, il est vrai, mais fidèlement dans le style de son dessin, donc copié sur le médaillon original.

Du premier tiers du XIVè datent les panneaux à sujets christologiques de la façade nord-ouest de l'église Saint Guillaume à Strasbourg, qui sont à leur place d'origine. Des Dominicains (avant 1345) proviennent les séquences de la vie et de la Passion du Christ, transférés dans la chapelle Saint Laurent de la cathédrale.

Après 1380 vraisemblablement, le chœur de l'église Saint Pierre le Vieux de Strasbourg (détruit en 1869) est décoré d'un magnifique ensemble de vitraux à thème christologique, dont le baron de Schauenbourg, a laissé une description en 1865 (fragments au musée de l'Œuvre Notre Dame). Cet ensemble culminait dans la Crucifixion, entre Saint Jean, conservé, et la Vierge, disparue ; il comprenait un Gethsémani, une Résurrection, une Adoration des mages. Art vigoureux, sévère, d'un coloris profond, adouci par la calligraphie propre à l'écriture du siècle.

Il est plus difficile de situer les vitraux (ou ce qu'il en reste) de la dernière campagne de vitrerie de l'ancienne église des Dominicains de Strasbourg, achevée sans doute en 1417. La verrière du Jugement dernier peut le mieux en rendre témoignage, annonçant à la fois l'art d'un maître de Boucicaut et, sous de grandes architectures peintes à la manière de celles de la chapelle Sainte Catherine, mais d’une facture plus large, des apôtres assis, aux traits puissants, aux draperies amples et affirmées, environnent le Christ de physionomie presque michelangélesque (le Moïse) de la Déisis. Composition centrale classique, mais étonnante de monumentalité.

4.3.6. Les lettres

Dans le domaine des lettres, les XIVè-XVè présentent une indigence qui contraste avec les grandes œuvres du XIIIè siècle et celles de l'humanisme. La veine poétique est complètement tarie et aucune œuvre d'imagination n'est digne d'être citée. La seule exception concerne l'histoire. Animés d'un fort patriotisme municipal, les bourgeois des villes sont avides de connaître les grands faits du passé de leur cité et ce besoin suscite la rédaction des trois chroniques strasbourgeoises du XIVè siècle : celle de Mathias de Neuenbourg, celle de Closener et celle de Kœnigshofen.

  • Mathias de Neuenbourg, conseiller juridique de l'évêque, compose une histoire de l'Empire courant de 1270 à 1350, dont la paternité d'ailleurs lui est en partie contestée, ainsi qu'une biographie de l'évêque Berthold de Bucheck (1328-1353). Sa chronique latine, d'un style alerte, riche en anecdotes qu'il recueillit probablement de témoins des événements, comporte cependant bien des inexactitudes.
  • Fritsche Closener, chanoine du grand chœur de la cathédrale, inaugure la série des chroniques en langue allemande, assurées d'une plus large audience. Il a le mérite d'un style simple, sans prétention, d'une relative objectivité et d'une analyse assez fine des faits. C’est lui qui relate avec quelques détails les deux révolutions strasbourgeoises de 1332 et 1349, ainsi que les ravages de la peste noire.
  • 1.1.
  • Jacques Twinger, de Koenigshoffen, issu d'une famille patricienne de Strasbourg, chanoine de Saint-Thomas depuis 1395, rédige sa chronique allemande (après en avoir écrit une latine, perdue), entre 1392 et 1420, date de sa mort. Cette chronique court jusqu’en 1400. Comme il le dit dans sa préface, il s'adresse aux laïcs cultivés, ne veut pas s'en tenir aux vieilles histoires, mais veut raconter les faits contemporains « qui sont lus avec plus d'intérêt que les choses anciennes », et particulièrement les événements remarquables qui se sont produits en Alsace et à Strasbourg. Kœnigshofen ne rompt cependant avec la tradition, et sa chronique est d'inspiration typiquement médiévale, surtout quand on la compare à celle de Froissart, à peu près contemporaine.

  • Il débute par la création du monde et manifeste le souci d'écrire une histoire universelle en même temps que strasbourgeoise et remonter toujours jusqu'aux plus lointaines origines. Les trois premiers chapitres relatent l'histoire de l'Orient, des Juifs, de Rome, des papes et de l'Eglise chrétienne ; le quatrième est consacré aux évêques de Strasbourg, depuis saint Amand ; seul le cinquième traite de l'histoire de la ville, depuis sa création par Trébata, fils de Sémiramis et fondateur de Trèves, douze cents ans avant notre ère.
    Le récit n'est pas continu, mais découpé en une suite de notices souvent disparates, sans grand respect de la chronologie ni de l'exactitude. L'auteur ne se prive pas non plus, pour les événements récents, de faire de larges emprunts, parfois textuels, à ses devanciers. Mais son récit est vivant, naïf, émaillé d'anecdotes, de saillies, de faits étonnants. Le sincère patriotisme municipal et impérial qui s'en dégage ne pouvait manquer de plaire à ses lecteurs.
    Telle quelle, cette œuvre rencontra un succès éclatant en Allemagne et passa pour le modèle de toute chronique urbaine. On en connaît une quarantaine de manuscrits, dont certains contiennent des insertions concernant d'autres villes. En Alsace même, elle eut plusieurs continuateurs au XVè siècle. Pourtant, sa vogue semble avoir été d'assez courte durée, puisqu'il fallut attendre jusqu'en 1698 pour en voir paraître une édition imprimée.
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