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Strasbourg : la ville au Moyen Age (Alsace)

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4. Histoire artistique

Le Haut Moyen Age
Le XII√®¬†: l¬í√Ęge roman
L’époque gothique : XIII-XVè

4.3. L’époque gothique : XIII-XVè

4.3.1. Le r√īle croissant des corporations et des bourgeois

Entre le XIII√® et le XV√® si√®cle, le chantier de la cath√©drale occupe l¬íessentiel de l¬íactivit√© artistique de la cit√©, concentrant autour de lui charpentiers, ma√ßons, sculpteurs, tailleurs de pierre, peintres, ma√ģtres verriers, orf√®vres, vivant tous durant des g√©n√©rations, de cette grande entreprise. Ce vaste chantier est aussi significatif de l¬í√©volution politique de la ville¬†: c'est en effet √† partir du XII√® et surtout du XIV√® si√®cle que les corporations (ou ¬ę¬†tribus¬†¬Ľ, ¬ę¬†Zunft¬†¬Ľ) acc√®dent aux affaires publiques et tiennent un r√īle de plus en plus important dans la vie de la cit√©. Tous les m√©tiers d'art sont alors regroup√©s dans ces tribus¬†: celle de l'Echasse, une des plus anciennes, est compos√©e par les peintres, les peintres-verriers, les sculpteurs, les orf√®vres, les imprimeurs¬†; celle des Mar√©chaux, la plus riche, rassemble tous les m√©tiers travaillant le m√©tal¬Ö

A c√īt√© de ces ateliers, l'activit√© de la ¬ę¬†loge¬†¬Ľ de la cath√©drale, l¬í¬úuvre Notre Dame, se dote d¬íune gestion plus saine √† la fin du XIII√® si√®cle, puisque qu¬íelle passe graduellement sous contr√īle municipal, sans que d¬íailleurs se ralent√ģt pour autant l'effort financier du dioc√®se tout entier. Strasbourg se verra m√™me proclam√©e ¬ę¬†loge supr√™me¬†¬Ľ de l'Empire lors du congr√®s des tailleurs de pierre de Ratisbonne en 1459, soit 20 ann√©es apr√®s que fut mise en place la fl√®che de sa cath√©drale.

Strasbourg : le musée de l’œuvre Notre Dame
Strasbourg : le musée de l’œuvre Notre Dame

4.3.2. L’architecture

4.3.2.1. La cathédrale

4.3.2.1.1. Les premiers pas du gothique
Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences
Tableau de l’histoire de la construction de la cathédrale et influences

Les premi√®res d√©cennies du XIII√® si√®cle voient l'introduction du style gothique dans la cath√©drale avec l'ach√®vement du transept de la cath√©drale de Strasbourg dans un esprit de rupture manifeste avec le monde roman. C¬íest l¬í¬úuvre d¬íun atelier chartrain qui se manifeste d¬íailleurs plus dans la sculpture que dans l¬íarchitecture, dans le c√©l√®bre ¬ę¬†Pilier du Jugement¬†¬Ľ (improprement nomm√© ¬ę¬†Pilier des Anges¬†¬Ľ). Du point de vue architectural, cet atelier couvre le transept non plus d¬íune charpente, mais d¬íune crois√©e d'ogive¬†: la colonne massive qui se dresse au milieu du croisillon nord du transept devient au sud un faisceau de colonnettes autour d'un noyau polygonal, et le chapiteau devient le r√©ceptacle des nervures de la vo√Ľte d√©velopp√©es en palmier.

Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement. Vue du transept sur le chœur
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale: le célèbre pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier du Jugement

Au m√™me moment est r√©alis√©e la chapelle Saint Jean-Baptiste. Cette chapelle est de type ¬ę¬†halle¬†¬Ľ √† trois triples trav√©es reposant sur des piles rondes ou en quatre-feuilles, tout comme la salle capitulaire qui la surmonte, r√©duite √† deux trav√©es s'appuyant sur des colonnes. Malgr√© certaines r√©miniscences parisiennes ou beauceronnes, l'origine artistique du ma√ģtre reste √† d√©terminer. Enfin, une √©cole d¬íinspiration chartraine r√©alise ensuite vers 1225 le portail sud avec ses deux rosaces.

Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses
Strasbourg, cathédrale : le transept sud et les deux roses
4.3.2.1.2. La nef
Strasbourg, cathédrale : plan
Strasbourg, cathédrale : plan

A partir de 1235 arrive un nouvel atelier de constructeurs qui édifie la nef et impose définitivement l’esprit gothique classique. Du vieux vaisseau roman ne sont gardées que les fondations. La construction de la nef se fait en deux phases : une première de 1235 à 1245 et une seconde de 1253 (date à laquelle on recourt à la vente d’indulgences pour financer les travaux) à 1275.

Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: le bas-c√īt√© sud
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: le bas-c√īt√© sud

Le ma√ģtre d'¬úuvre de g√©nie qui a projet√© le grand vaisseau de Strasbourg est au courant de toutes les tendances et de toutes les initiatives des chantiers d'Ile-de-France et de Champagne. Sa connaissance intime de l'architecture rayonnante lui permet de pr√©voir l'√©volution et d'y participer. Pendant la seconde campagne, le nouveau ma√ģtre d'ouvre Rodolphe le Vieux modifie les projets de construction initiaux pour simplifier l'ensemble¬†: il choisit de garder une part plus importante de l'√©difice roman et y ajoute 4 trav√©es l√©g√®rement plus √©troites au lieu des 8 initialement pr√©vues.

Strasbourg, cath√©drale¬†: le bas c√īt√© nord
Strasbourg, cath√©drale¬†: le bas c√īt√© nord

Cette nouvelle nef, proche √† la fois de l'art champenois (Saint Nicaise de Reims, cath√©drale de Troyes, cath√©drale de Ch√Ęlons-sur-Marne) et de l'art de l'Ile-de-France (abbatiale de Saint-Denis, Notre Dame de Paris), subjugue par sa structure rationnelle et sa beaut√© harmonieuse. Temp√©r√©e par le gr√®s rose, la logique implacable du gothique √©panoui chasse la muralit√© et propose une √©l√©vation lumineuse d'une √©l√©gance raffin√©e. Dans ses proportions, l'√©l√©vation √† trois √©tages respecte le sch√©ma classique ¬ę¬†A B A¬†¬Ľ¬†: le triforium ajour√© demeure au milieu de la paroi, s'intercalant entre les grandes arcades richement moulur√©es et les fen√™tres hautes √† quatre lancettes qui occupent toute la largeur de la trav√©e. Les piliers fascicul√©s √† seize √©l√©ments accentuent la verticalit√© de l'ensemble alors que le triforium marque fortement les horizontales. Toutefois, la double baguette m√©diane de la fen√™tre haute semble se prolonger par une subdivision du triforium, ce qui annonce manifestement la prochaine fusion de ces deux unit√©s. La baie du collat√©ral reproduit le dessin de la fen√™tre haute. Une arcature d√©corative et la coursi√®re viennent enrichir et affiner l'espace du bas-c√īt√©.

Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cathédrale : collatéral nord
Strasbourg, cath√©drale: le bas c√īt√© sud
Strasbourg, cath√©drale: le bas c√īt√© sud

A l'ext√©rieur, une imposante batterie d'arcs-boutants √† large t√™te (cinq m√®tres) ajour√©e d'un quadrilobe assure la stabilit√© de l'√©difice. Chaque arc boutant repose sur une colonnette pos√©e en d√©lit, proc√©d√© qui appara√ģt pour la premi√®re fois √† Saint R√©mi de Reims. Mais la conception m√™me de l'arc-boutant strasbourgeois doit beaucoup au syst√®me de contrebutement mis en place √† Notre-Dame de Paris vers 1230.

Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè
Strasbourg, cathédrale : le flanc sud et la galerie du XVIIè

Le grand vaisseau de Strasbourg, achevé en 1275, est l'un des plus accomplis de toute l'architecture rayonnante. Son influence sera considérable en Alsace, mais aussi Outre Rhin, à Fribourg-en-Brisgau, Wimpfen im Tal, Reutlingen ou Halberstadt.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la nef centrale
4.3.2.1.3. La façade occidentale
4.3.2.1.3.1. Ma√ģtre Erwin
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)
Monnaie (Hälbling) de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg (1273-1299)

En 1276, les fondations de la nouvelle fa√ßade sont solennellement b√©nies par l'√©v√™que Conrad de Lichtenberg, et la premi√®re pierre de la tour Nord est pos√©e en 1277 sur les plans du ¬ę¬†projet A¬†¬Ľ, l'un des plus anciens dessins d'architecture conserv√©s en Occident, datant des environs de 1260 qui montre, comme la nef et le jub√©, l'influence de Saint Nicaise de Reims. Mais ce projet est rapidement abandonn√© au profit d¬íun ¬ę¬†Plan B¬†¬Ľ.

Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: projet primitif de la fa√ßade ou ¬ę¬†Plan A¬†
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: projet primitif de la fa√ßade ou ¬ę¬†Plan A¬†

Le ¬ę¬†Projet B¬†¬Ľ s'inspire de la fa√ßade de la cath√©drale de Troyes qui comporte 2 tours, 3 portails et un second √©tage avec une rose centrale. Ce ¬ę¬†Projet B¬†¬Ľ o√Ļ s'exprime l'un des plus authentiques g√©nies gothiques, prouve que la m√©tropole alsacienne n'est plus seulement une plaque tournante dans l'acheminement du nouveau style vers l'Est, mais aussi et surtout un foyer cr√©ateur de premi√®re importance. Par son ampleur, son opulence, ses formes nouvelles, le ¬ę¬†projet B¬†¬Ľ d√©passe nettement le gothique sage et rationnel du transept m√©ridional de Notre Dame de Paris ou de Saint Urbain de Troyes, ses mod√®les les plus proches. Les fl√®ches ajour√©es semblent ajout√©es par une main moins experte, et l'extraordinaire rose, touffue et polyvalente, tr√®s diff√©rente de celle qui fut finalement r√©alis√©e, n'a gu√®re d'√©quivalent dans le domaine royal.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : évolution de la façade

Commenc√©e en 1277 conform√©ment au ¬ę¬†projet B¬†¬Ľ, la fa√ßade est assez avanc√©e en 1284 lorsque ma√ģtre Erwin dit ¬ę¬†De Steinbach¬†¬Ľ, nomm√© par le Magistrat, prend ses fonctions. Il ach√®ve le premier niveau et √©tablit de nouveaux plans, le ma√ģtre d'¬úuvre pr√©c√©dant ayant commis plusieurs erreurs. Ce ¬ę¬†projet C¬†¬Ľ pr√©voit un deuxi√®me niveau nettement plus bas et le remplacement de la rose initiale par une ¬ę¬†ronde verri√®re¬†¬Ľ beaucoup plus classique, s'inspirant des roses lat√©rales de Notre Dame de Paris. Cette rose √† seize p√©tales, sans couronne int√©rieure, participe cette fois-ci au d√©doublement de la paroi et s'inscrit dans un cadre carr√© aux √©coin√ßons ajour√©s. Parmi toutes les roses qui s'√©panouissent en Europe √† la fin du XIII√® ou au d√©but du XIV√® si√®cle, celle de Strasbourg demeure l'une des plus accomplies par sa puret√©.

Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
Strasbourg, cathédrale : la grande rose de la façade
 Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: la rose. Cette rosace, est compos√©e d’√©pis de bl√©s, et non de saints, comme c’est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la rose. Cette rosace, est composée d'épis de blés, et non de saints, comme c'est la coutume. Ils sont le symbole de la puissance commerciale de la ville

Le ¬ę¬†projet D¬†¬Ľ, vers 1285, √©galement attribu√© √† Erwin, marque une nouvelle √©tape dans l'√©volution du chantier. Il montre le narthex avec la rose et les √©tages lat√©raux √† leur niveau actuel, c'est-√†-dire d√©passant nettement la rose. Le d√©cor aveugle du narthex, v√©ritable fa√ßade int√©rieure, somptueuse et filigran√©e, rivalise avec les revers de fa√ßade de Meaux. La rose est d√©coup√©e dans la paroi, sans √©coin√ßons ajour√©s, et s'√©l√®ve au-dessus d'un triforium ajour√© pratiquement invisible de l'ext√©rieur. Cette ¬ę¬†non correspondance¬†¬Ľ entre la fa√ßade et son revers a √©t√© rendue possible par le d√©doublement de la paroi et accentue le mani√©risme inh√©rent au proc√©d√©.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : l’élévation de la façade occidentale

Ralentis par un incendie en 1298, les travaux se poursuivent et en 1318, √† la mort de ma√ģtre Erwin, le deuxi√®me niveau est partiellement achev√©, (fonte de la grande cloche en 1316). Son fils Jean continue le chantier jusqu¬íen 1339. L'examen du narthex r√©v√®le plusieurs campagnes qui se situent dans les premi√®res d√©cennies du XIV√®. L'√©l√©vation lat√©rale de la trav√©e centrale est particuli√®rement instructive¬†: entre l'arcade aux multiples moulures et la fen√™tre haute √† quatre lancettes qui correspond au deuxi√®me niveau de la fa√ßade prend place un triforium gracile √† gables √©lanc√©s dont la hauteur atteint dix m√®tres. Cette hauteur inusit√©e n'est pas due √† un choix esth√©tique d√©lib√©r√©, mais √† la n√©cessit√© de rattraper la diff√©rence de hauteur entre la grande nef (32m) et le narthex (38m).

Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale

On retrouve donc de légères modifications dans les différents étages de la façade, le premier comportant les portails, le second la rosace et le troisième les troncs de clochers.

4.3.2.1.3.2. Ma√ģtre Gerlach

Ma√ģtre Gerlach continue les travaux de la fa√ßade¬†: Entre 1355 et 1365 il √©difie le troisi√®me √©tage des clochers dont l'architecture n'est pas √©trang√®re √† celle de la chapelle Sainte-Catherine. Chaque face est perc√©e d'un triplet, mais seule la lancette m√©diane rappelle discr√®tement le d√©doublement de la paroi. A l'int√©rieur, de belles vo√Ľtes en √©toile √† ogives d'angle pr√©parent le passage √† l'octogone.

Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut

Gerlach r√©alise aussi la magnifique chapelle sainte Catherine vers 1340. Orn√©e et structur√©e comme une ch√Ęsse, elle s√©duit par sa verticalit√© et le raffinement de ses remplages g√©om√©triques. L'apport personnel de ma√ģtre Gerlach reste consid√©rable, notamment dans la conception des vo√Ľtes et dans la mod√©nature. Les vo√Ľtes √©toil√©es primitives √† clefs pendantes, remplac√©es au XVIe si√®cle par les vo√Ľtes curvilignes actuelles, rivalisaient avec celles de Bebenhausen ou celle de la chapelle Barbazana √† Pampelune. L'exemple strasbourgeois portera ses fruits √† la cath√©drale de Prague (chapelle Saint Venceslas et sacristie).

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : les étapes de la construction

Peu avant 1365, on renonce √† la construction des fl√®ches. L¬íenthousiasme de la construction finale des tours s'√©vanouit. La crainte de s√©ismes (en 1356, B√Ęle avait √©t√© d√©truite), les difficult√©s financi√®res et les pertes humaines caus√©es par la grande peste de 1349 expliquent la renonciation aux fl√®ches. Un nouveau projet pr√©voit la galerie des Ap√ītres au-dessus de la rose et un beffroi perc√© d'√©l√©gantes baies tripartites et coiff√© d'un couronnement √† gables. En 1365 les constructeurs atteignent le niveau de la plate-forme actuelle, conf√©rant √† la fa√ßade la silhouette de Notre-Dame de Paris. En 1371 ma√ģtre Conrad succ√®de √† Gerlach et r√©alise la galerie au dessus de la rose, particuli√®rement avec la magnifique galerie des Ap√ītres.

Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade
Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade
Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade, d√©tail
Strasbourg, cath√©drale¬†: la galerie des ap√ītres de la fa√ßade, d√©tail
4.3.2.1.3.3. La flèche

A la mort de Ma√ģtre Conrad, son successeur, Michel de Fribourg (1383-1388) est charg√© de l'ex√©cution du beffroi. Il modifie une ultime fois le projet (vers 1383) pour aboutir √† une ¬ę¬†Fa√ßade falaise¬†¬Ľ de type germanique en comblant le vide entre les deux tours par un √©norme remplage, sorte de tour centrale. Mais ce bloc fa√ßade, achev√© par Claus von Lohre (1388-1399) ne satisfait pas le magistrat qui fait appel en 1399 √† Ulrich von Ensingen qui vient de commencer la gigantesque tour d'Ulm. Le ma√ģtre d'¬úuvre souabe pr√©sente un projet de haute tour comportant un octogone cantonn√© de quatre tourelles d'escalier, surmont√© d'un petit √©tage servant de base √† une fl√®che ajour√©e aux ar√™tiers gracieusement incurv√©s. Son projet √† fl√®che incurv√©e n'est que partiellement r√©alis√©. A sa mort, en 1419, seuls l'octogone et son petit √©tage sont termin√©s.

Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Dessin extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Dessin extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : intérieur

Le nouveau ma√ģtre d'¬úuvre, Jean H√ľltz de Cologne (1419-1449) modifie une ultime fois les plans. Il sur√©l√®ve les tourelles d'escalier jusqu'au d√©part de la fl√®che qu'il √©rige selon ses propres conceptions¬†: une fl√®che aux ar√™tiers charg√©s de tourelles, ¬úuvre d'une rare virtuosit√© qui exprime au surplus cette nouvelle recherche d'un style plus anguleux et plus compact. C'est en 1439, date m√©morable, qu¬íest achev√©e la fl√®che vertigineuse, sorte de gratte-ciel avant la lettre. A ce stade (d'ailleurs d√©finitif), le Magistrat est tr√®s satisfait du travail, car il consid√®re la haute tour non seulement comme le couronnement de la cath√©drale, mais aussi comme une sorte de beffroi symbolisant la puissance et la grandeur de la ville.

Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Plan extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
Strasbourg, cath√©drale¬†: la fl√®che. Plan extrait du ¬ę¬†dictionnaire raisonn√© de l¬íarchitecture¬†¬Ľ de Viollet le Duc
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : octogone : personnage regardant la flèche (Musée de l’œuvre)

Cette tour de 142 m√®tres de haut fait de Strasbourg la ville ayant l'√©difice le plus haut du monde¬†! Elle gardera ¬ę¬†ce record du monde¬†¬Ľ jusqu'en 1847, ann√©e o√Ļ la fl√®che de l'√©glise Saint-Nicolas de Hambourg (144 m de hauteur) fut achev√©e. (Beauvais ou Londres avaient des fl√®ches plus hautes, mais elles se sont √©croul√©es)

Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la flèche

4.3.2.2. Les autres chantiers de la ville

4.3.2.2.1. Saint Thomas
Strasbourg : plan de l’église saint Thomas
Strasbourg : plan de l’église saint Thomas

A cot√© de la cath√©drale, est mise en chantier dans la seconde moiti√© du XIII√® si√®cle l¬í√©glise saint Thomas, ancienne abbaye b√©n√©dictine fond√©e par Florent au VII√® qui est reconstruite¬†; le massif b√Ętiment de gr√®s rose construit √† partir du XIII√® √©voque imm√©diatement les √©difices rh√©nans. Le monument s¬íinspire du chantier de la cath√©drale, mais reste curieusement de style roman par son pignon nord-ouest et ses arcatures lombardes.

Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg, église saint Thomas : vue de la rue de la Monnaie
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière
Strasbourg : intérieur de Saint Thomas, par Cl. Bech. Collection particulière

La reconstruction de l'église en style gothique débute en 1270 par le chœur et le transept. Le chœur à chevet polygonal se contente d'une seule travée droite, tandis que les baies à deux lancettes présentent à l'extérieur des arcs de décharge. Le transept cloisonné à piles intermédiaires garde ses parois latérales. Les façades des croisillons sont subdivisées par un contrefort, comme à Haguenau.

Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église
Strasbourg, saint Thomas : l’intérieur de l’église

Une superbe triple nef √† piles fascicul√©es s'ins√®re vers 1290 entre le transept rayonnant et le massif occidental roman - gothique. Mais les vo√Ľtes ne sont lanc√©es que vers 1330, au moment o√Ļ deux collat√©raux suppl√©mentaires viennent constituer une quintuple halle, rarissime en Europe. Le contraste entre la large nef principale et les collat√©raux extr√™mement √©lanc√©s s√©cr√®te une sorte d'ambigu√Įt√© spatiale. La tour de crois√©e octogonale avec sa coupole sur trompes d'angle, est la derni√®re de ce genre r√©alis√©e en Alsace (1347).

Strasbourg, église saint Thomas : le transept
Strasbourg, église saint Thomas : le transept

Au XV√®, l¬í√©glise s'agrandit de trois chapelles. Dat√©e de 1469, la chapelle Saint-Blaise englobe aussi des √©l√©ments romans. La chapelle Saint-Andr√© se contente d'une seule trav√©e vo√Ľt√©e √† cl√© sculpt√©e. Mais c'est la chapelle des Evang√©listes (1521), avec sa porte en accolade, ses baies aux remplages ondoyants et sa vo√Ľte r√©ticul√©e qui illustre avec bonheur la derni√®re phase du gothique.

Strasbourg, saint Thomas
Strasbourg, saint Thomas

Ainsi Saint-Thomas de Strasbourg est la plus spectaculaire des ¬ę¬†Hallenkirche¬†¬Ľ d'Alsace, ou ¬ę¬†√©glise-halle¬†¬Ľ aux nefs de hauteur sensiblement √©gale. L¬í√©glise est aussi en 1290 le premier √©difice de ce type en Allemagne du Sud.

Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas
Strasbourg : coupe de la nef de Saint Thomas
4.3.2.2.2. Saint Pierre le Jeune

Fond√©e en 1031 l¬í√©glise St Pierre le Jeune est reconstruite dans le style gothique entre 1250 et 1320. Hormis les encadrements des portes et fen√™tres, elle est construite en briques et recouverte de chaux. Elle se dote vers 1280-1290 d'un imposant ch¬úur profond √† quatre trav√©es, rond point √† sept pans de d√©cagone et chapelle axiale. Comme √† Reims, la vo√Ľte du chevet occupe une trav√©e et l'abside, la cl√© √©tant sur le doubleau. A l'ext√©rieur les arcs de d√©charge surmontent les baies √† deux lancettes.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le massif occidental
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la croisée et le transept

Entre 1290 et 1320 environ est r√©alis√©e la nef √©lanc√©e √† transept occidental. Un √©l√©ment des piles octogonales monte jusqu'aux vo√Ľtes et d√©limite les trav√©es. Les fen√™tres √† trois lancettes, soulign√©es par un bandeau, sont relativement grandes et assurent une √©l√©vation √† trois √©tages. Au Sud, le bas-c√īt√© est d√©doubl√© en forme de halle (comme √† Wissembourg). Une rang√©e de colonnes sans chapiteaux re√ßoit les vo√Ľtes et soutient en m√™me temps la cul√©e interm√©diaire des arcs-boutants.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : la nef et le jubé

Vers 1360, l'√©glise Saint Pierre le Jeune s'agrandit de la chapelle Saint-Jean munie de contreforts int√©rieurs. La chapelle de la Trinit√© est √©difi√©e par Hans Hammer en 1491 (Beau baptist√®re). On acc√®de √† l¬í√©glise par le portail Sud, le ¬ęPortail Erwin¬Ľ dont les statues de 1897 sont des imitations des originales d√©truites lors de la R√©volution (Vierges sages et folles, proph√®tes et saints). L¬í√©glise poss√®de enfin un tr√®s joli clo√ģtre reconstitu√© au XIX√® avec des √©l√©ments romans (3 galeries) et gothiques.

Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune : le portail sud dit d’Erwin
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune¬†: le clo√ģtre
Strasbourg, Saint Pierre le Jeune¬†: le clo√ģtre
4.3.2.2.3. Les édifices des ordres mendiants et des ordres prêcheurs
  • Les Dominicains et Franciscains, ordres anim√©s d'une spiritualit√© nouvelle, dont la naissance et le d√©veloppement illustrent le fait urbain, sont de grands b√Ętisseurs. Ces ordres prennent une importance grandissante et d√©ploient une activit√© assez intense et de tous ordres, sp√©culative, pr√™chante, charismatique et, aussi... lucrative. Leurs √©glises, bien que sobres et d√©pouill√©es, sont vastes pour recevoir de nombreux fid√®les et de type ¬ę¬†Hallenkirche¬†¬Ľ. Souvent charpent√©es, elles se caract√©risent par un ch¬úur tr√®s √©tendu et par de hautes fen√™tres. Ainsi l¬í√©glise des Dominicains construite en deux campagnes (1254-1260 pour le ch¬úur et la nef, 1307-1345 pour un second agrandissement r√©alisant une √©glise-halle √† deux hautes nefs centrales dont il reste une gravure du XVII√® si√®cle).
  • Strasbourg¬†: l¬íancienne √©glise des Dominicains, d√©truite pendant le si√®ge de Strasbourg en ao√Ľt 1870. Sur son emplacement s¬í√©l√®ve aujourd¬íhui le Temple Neuf
    Strasbourg¬†: l¬íancienne √©glise des Dominicains, d√©truite pendant le si√®ge de Strasbourg en ao√Ľt 1870. Sur son emplacement s¬í√©l√®ve aujourd¬íhui le Temple Neuf
    Strasbourg¬†: le couvent des Dominicains ou ¬ę¬†Prediger¬†¬Ľ. Gravure du XVII√®
    Strasbourg¬†: le couvent des Dominicains ou ¬ę¬†Prediger¬†¬Ľ. Gravure du XVII√®
  • De la m√™me √©poque date l¬í√©glise des Cordeliers aujourd¬íhui d√©truite (emplacement de l¬íactuelle place Kl√©ber).
  • Strasbourg¬†: la place des Cordeliers, actuelle place Kl√©ber. Gravure du XVII√®
    Strasbourg : la place des Cordeliers, actuelle place Kléber. Gravure du XVIIè
    D√©tail du plan de Conrad Morant de 1548¬†: de gauche √† droite¬†: l¬í√©glise et le couvent des Cordeliers, le ¬ę¬†Pfennigturm¬†¬Ľ (place Kl√©ber) et l¬í√©glise des Dominicains (Place du Temple Neuf)
    D√©tail du plan de Conrad Morant de 1548¬†: de gauche √† droite¬†: l¬í√©glise et le couvent des Cordeliers, le ¬ę¬†Pfennigturm¬†¬Ľ (place Kl√©ber) et l¬í√©glise des Dominicains (Place du Temple Neuf)
  • Sur des vestiges de 1182, l'√©glise Saint Nicolas de Strasbourg est reconstruite en 1381.
  • Strasbourg¬†: l¬í√©glise saint Nicolas, vue de la Petite France
    Strasbourg : l’église saint Nicolas, vue de la Petite France
  • Fond√©e par les M√ľllenheim en 1306, l¬í√©glise Saint Guillaume est mise √† disposition des moines Guillemites. Le sanctuaire est √† nef unique et non vo√Ľt√©, avec un ch¬úur profond de cinq axes, non vo√Ľt√© lui aussi malgr√© la pr√©sence de contreforts √©tayant le chevet. L'√©glise sera remani√©e en 1488. De cette √©poque datent le porche vo√Ľt√© avec ses roses flamboyantes et son portail sculpt√© ainsi que le remarquable jub√© de trois trav√©es avec ses cl√©s pendantes. De beaux vitraux du XIV√® au XVII√® content des sc√®nes bibliques ainsi que le cycle de St Guillaume et de Ste Catherine. Certains sont de la main de Pierre Hemmel.
  • Strasbourg¬† Krutenau¬†: l¬í√©glise saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg  Krutenau : l’église saint Guillaume, ancienne paroisse de la puissante corporation des Bateliers
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè
    Strasbourg, saint Guillaume : verrière de la vie du Christ. Premier quart du XIVè

4.3.2.3. L’architecture civile

Bien que l'architecture civile soit loin d'avoir √©t√© n√©gligeable au XIV√® si√®cle, elle a grandement souffert des am√©nagements et des modifications d'ordre urbanistique des temps qui suivirent, de sorte que ses vestiges sont pour la plupart int√©gr√©s dans les structures post√©rieures¬†: soubassements, portiques et pignons cr√©nel√©s (aile gauche de l'¬Ćuvre Notre-Dame de 1347).

4.3.3. Sculpture

4.3.3.1. Le chantier de la cathédrale

C’est naturellement le chantier de la cathédrale qui mobilise l’essentiel de l’activité artistique des sculpteurs, pour la plupart anonymes, des XIIIè et XIVè siècles.

4.3.3.1.1. L’atelier chartrain du transept sud

Au d√©but du XIII¬į si√®cle, des artistes venus de Chartres y introduisent le style gothique et renouvellent la sculpture monumentale. Chose remarquable, la sculpture y pr√©c√®de l'architecture en leur plein √©panouissement. En effet, le transept sud, reconstruit entre 1200 et 1225 reste encore d'esprit roman dans son architecture, comme en t√©moignent les portails sud en plein cintre. Mais, dans la d√©coration du ¬ę¬†Pilier du Jugement¬†¬Ľ, des tympans et des √©brasements des portails, les artistes de Chartres sont nettement novateurs. Ils puisent leur inspiration et leurs th√®mes dans la fonction judiciaire de cette partie de l'√©glise, qui donne sur le palais √©piscopal, dont l'officialit√© tenait souvent ses assises sur les marches du portail sud, ou m√™me dans le transept¬†: aussi le pilier appel√© commun√©ment ¬ę¬†des Anges¬†¬Ľ est en r√©alit√© celui du ¬ę¬†Jugement dernier¬†¬Ľ, le Christ tr√īnant en haut, entour√© d'anges porteurs des instruments de la Passion, au-dessus des anges annonciateurs du Jugement, tandis qu'en bas se tiennent les quatre Evang√©listes. A l'ext√©rieur, c'est le juge terrestre, le roi Salomon (aujourd¬íhui disparu), qui tr√īne au trumeau entre les deux portails, entour√© des douze ap√ītres (disparus) et des c√©l√®bres statues de l'Eglise et de la Synagogue aux yeux band√©s, alors que les deux tympans d√©crivent la mort et le triomphe de la vierge.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier des Anges ou du Jugement
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le pilier des Anges ou du Jugement
Strasbourg, cathédrale : portail sud du transept, tympan de la mort de la Vierge
Strasbourg, cathédrale : portail sud du transept, tympan de la mort de la Vierge
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail sud et ses deux tympans
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail sud et ses deux tympans

Bien que son s√©jour √† Strasbourg fut de courte dur√©e, cet atelier introduit dans les r√©gions de l'Est le style form√© √† Chartres et √† Sens, o√Ļ il rencontre les mod√®les courants du roman tardif surtout pr√©sents dans l'orf√®vrerie, dans l'illustration de manuscrits (Hortus Deliciarum) et dans le vitrail. Ainsi la c√©l√®bre ¬ę¬†Synagogue¬†¬Ľ repr√©sente le sommet de la sculpture strasbourgeoise du XIII√® si√®cle et est l¬íun des grands chefs d¬í¬úuvre de la sculpture gothique. Elle marque, avec son pendant, l¬í¬ę¬†Eglise¬†¬Ľ, le point supr√™me d'√©quilibre o√Ļ le langage ¬ę¬†classique¬†¬Ľ de Chartres est frapp√© d'un accent path√©tique qui l√†-bas lui fait d√©faut. Ces ¬úuvres sont les premi√®res manifestations d'un art proprement strasbourgeois qui sait d√©passer, gr√Ęce √† sa personnalit√©, les mod√®les √©trangers. Cette fusion devient un ph√©nom√®ne proprement strasbourgeois, raffin√© dans la souplesse des draperies fines et comme mouill√©es, et empreint d'une grande noblesse spirituelle.

Strasbourg, cath√©drale¬†: un des chefs d¬í¬úuvre de la sculpture strasbourgeoise¬†: la synagogue. Mus√©e de l¬í¬Ćuvre Notre Dame
Strasbourg, cath√©drale¬†: un des chefs d¬í¬úuvre de la sculpture strasbourgeoise¬†: la synagogue. Mus√©e de l¬í¬Ćuvre Notre Dame
Strasbourg, cathédrale : portail sud : la Synagogue
Strasbourg, cathédrale : portail sud : la Synagogue
Strasbourg, cathédrale : portail sud : l’Eglise
Strasbourg, cathédrale : portail sud : l’Eglise
4.3.3.1.2. L’atelier du jubé

La réalisation du jubé de la cathédrale, aujourd’hui disparu, marque une autre étape de l’histoire de la sculpture, car elle est inspirée d’une autre école inspirée à la fois par la Sainte Chapelle de Paris, la cathédrale de Reims, et l'église rémoise Saint Nicaise. En dehors de son style propre, élégant, expressif, aux draperies en poches et en tuyaux, le jubé témoigne avec et parmi d'autres initiatives en Alsace à partir du milieu du XIIIè siècle d'un processus de durcissement des formes et d'un développement significatif du sens du volume.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : saint Jean l’évangéliste placé sur le petit coté sud du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : saint Jean l’évangéliste placé sur le petit coté sud du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le sacrifice d’Abraham ; revers du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le sacrifice d’Abraham ; revers du jubé de la cathédrale. 3è quart du XIIIè. Atelier du jubé
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: ap√ītre¬†; petit cot√© sud du jub√© de la cath√©drale. 3√® quart du XIII√®. Atelier du jub√©
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: ap√ītre¬†; petit cot√© sud du jub√© de la cath√©drale. 3√® quart du XIII√®. Atelier du jub√©
4.3.3.1.3. L’atelier de la façade occidentale

La d√©coration des trois portails de la fa√ßade occidentale, √† partir de la fin du XIII√® si√®cle, marque l¬íautre moment fort de la sculpture gothique strasbourgeoise. √Ä l'ambition du ma√ģtre d'¬úuvre s'ajoute celle des sculpteurs. Ils illustrent pour les portails un grand programme th√©ologique imagin√© sans doute par Albert le Grand. L√† encore, au milieu des grandes statues des Proph√®tes, se r√©v√®le un sens du ¬ę¬†pathos¬†¬Ľ qui d√©finit bien l'art strasbourgeois du Moyen Age. Apr√®s l'aust√©rit√© des trav√©es de la nef, c'est, au bas de la grande falaise occidentale, un grand d√©ploiement de sculptures, de th√®mes, de styles emprunt√©s √† d'autres chantiers, √† ceux de Notre Dame de Paris, dont les statues du portail sud du transept de la cath√©drale de Meaux, la Vierge de Ligny en Barrois √† l'angle d'une maison, semblent fixer des √©tapes vers nos vierges strasbourgeoises, de Troyes en Champagne peut-√™tre, rencontrant √† Strasbourg la tradition d'un sentiment plus germanique tourment√©, et excessif, dans la sculpture des proph√®tes et des Vertus.

Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale : la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail central de la façade occidentale
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le portail central de la façade occidentale
Façade occidentale, portail nord : tympan de la naissance et de l’enfance du Christ
Façade occidentale, portail nord : tympan de la naissance et de l’enfance du Christ
Façade occidentale, portail sud : tympan du jugement
Façade occidentale, portail sud : tympan du jugement

Au portail central, le tympan de la Passion du Christ annonc√©e par les proph√®tes align√©s aux pi√©droits, que surmonte le grand gable √©chafaudant le tr√īne de Salomon et celui de la Vierge, sur les marches desquels jouent les lions de Juda. Tympan o√Ļ se m√™lent deux factures, deux styles, l'un √† la rudesse expressive des proph√®tes, l'autre √† la pl√©nitude souriante et presque asiatique des vierges sages et des vierges folles du portail droit.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : schéma des sculptures du portail central
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : schéma des sculptures du portail central

A gauche, c√īt√© Nord, cantonnant un tympan de l'Enfance du Christ (refait au XIX√® si√®cle), les Vertus mani√©r√©es, aux traits √©tir√©s, combattant les vices √©cras√©s sous leurs pieds. C√īt√© Sud, le Jugement dernier, restaur√©, demeurerait assez secondaire si les figures paraboliques des vierges sages et des vierges folles, les unes accueillies par le Christ, les autres s√©duites par le Tentateur, ne venaient pas le signifier de fa√ßon spectaculaire, debout aux pi√©droits qu'ornent en relief les signes du zodiaque et les occupations des mois.

Strasbourg, cath√©drale¬†: d√©tail du portail de droite de la fa√ßade occidentale, dit ¬ę¬†portail des Vierges sages et des vierges folles¬†¬Ľ¬†: le tentateur et une vierge folle
Strasbourg, cath√©drale¬†: d√©tail du portail de droite de la fa√ßade occidentale, dit ¬ę¬†portail des Vierges sages et des vierges folles¬†¬Ľ¬†: le tentateur et une vierge folle
Strasbourg, cathédrale : détail du portail de droite de la façade occidentale, dit portail des Vierges sages et des vierges folles : l’Epoux divin
Strasbourg, cathédrale : détail du portail de droite de la façade occidentale, dit portail des Vierges sages et des vierges folles : l’Epoux divin
Strasbourg : la cathédrale, portail central de la façade occidentale : les Prophètes
Strasbourg : la cathédrale, portail central de la façade occidentale : les Prophètes
Façade occidentale, portail sud: les vierges sages
Façade occidentale, portail sud: les vierges sages
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : massif occidental, portail nord : vertu terrassant un vice
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : massif occidental, portail nord : vertu terrassant un vice

Que ce soit à Reims ou à Amiens, à Bamberg ou à Magdebourg, nulle part ailleurs qu'à Strasbourg, les draperies qui enveloppent tout à fait le corps n'ont une telle valeur déclamatoire.

Strasbourg, cathédrale : portail de la façade occidentale : les prophètes
Strasbourg, cathédrale : portail de la façade occidentale : les prophètes
Strasbourg, cathédrale : Façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices
Strasbourg, cathédrale : Façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices. Détail
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale, portail nord : ébrasement droit : les Vertus terrassant les vices. Détail
4.3.3.1.4. Les autres ¬úuvres

Apr√®s la r√©alisation de la fa√ßade occidentale, on assiste au XIV√® √† un certain appauvrissement de la sculpture strasbourgeoise, qui semble se complaire dans une certaine complication¬†: arabesque des recoupements, des courbes et des ombres, ou d'ordre expressif¬†: visages extatiques, ¬ę¬†asiatiques¬†¬Ľ ou d'une ingrate rudesse, draperies contraignantes¬Ö

Les programmes iconographiques sont essentiellement représentés par la décoration de l'étage entre les tours de la façade de la cathédrale de Strasbourg (entre 1360 et 1380 environ) et les sculptures de la chapelle Sainte-Catherine, fidèles au pathétique de leurs ancêtres les Prophètes du portail ouest, mais manifestant un certain affaiblissement de la force d'invention du chantier.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la façade entre les deux tours
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : la façade entre les deux tours

4.3.3.2. L’art funéraire

Le XIVè siècle privilégie et développe des types de monuments tels que les saints sépulcres, les plates et hautes tombes à gisants, ainsi que les figures de piété isolées : Vierges à l'Enfant, saints et piétas. Il est surtout remarquable par l’art funéraire qui produit quelques œuvres de grande valeur :

  • Ma√ģtre Woelfflin de Rouffach se r√©v√®le comme le grand ¬ę¬†tombier¬†¬Ľ alsacien du XIV√® si√®cle¬†: le double monument fun√©raire √©lev√© √† Saint Guillaume aux fr√®res de Werd montre une description minutieuse, un ¬ę¬†inventaire¬†¬Ľ d√©taill√© de l'armement d'un chevalier. Au moment o√Ļ le patriciat marchand et les corporations prennent en charge les destin√©es de la cit√©, Woelfflin rend ainsi un froid hommage √† la chevalerie finissante. La premi√®re tombe est celle de Philippe de Werd (1332)¬†; la seconde, plus imposante, est celle de son fr√®re Ulrich de Werd ( 1344), Landgrave d¬íAlsace. Woelfflin r√©alisera d¬íautres ¬úuvres hors de Strasbourg¬†: gisant de l'abbesse Irmengarde de Bade au couvent de Heilingenthal en For√™t Noire, gisant du chevalier Ulrich de Hus d'Issenheim (mus√©e Unterlinden), gisant de Conrad Werner de Hattstatt¬Ö
  • Strasbourg saint Guillaume¬†: tombeaux de Philippe (en bas) et Ulrich de Werde par Woelfflin de Rouffach. Crypte
    Strasbourg saint Guillaume : tombeaux de Philippe (en bas) et Ulrich de Werde par Woelfflin de Rouffach. Crypte
  • Le tombeau de l'√©v√™que Conrad de Lichtenberg ( 1299) dans la chapelle Saint Jean Baptiste √† la cath√©drale de Strasbourg¬†: baldaquin √† trois gables en fa√ßade et un gable de c√īt√©, le gisant massif, polychrome, en grand ornement, reposant sur une dalle sur√©lev√©e.
  • Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: le tombeau de Conrad de Lichtenberg
    Strasbourg, cathédrale Notre Dame : le tombeau de Conrad de Lichtenberg
    Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle saint Jean Baptiste : le gisant de Conrad de Lichtenberg
    Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle saint Jean Baptiste : le gisant de Conrad de Lichtenberg
  • Le tombeau de Conrad de Lichtenberg a transmis √† toute une s√©rie de saints s√©pulcres son principe architecturel¬†: le premier exemple en est donn√© √† la cath√©drale de Strasbourg, vers 1340, dans la chapelle Sainte-Catherine¬†; ses nombreux fragments d'architecture et de sculptures (gisant du Christ et gardiens en armure) sont conserv√©s √† l'¬Ćuvre Notre Dame, d√©p√īt et mus√©e. Ses saintes femmes ont disparu, elles devaient √™tre voisines des figures dress√©es aux piliers de la chapelle donnant sur le collat√©ral sud¬†: sainte Catherine, sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste, car celles-ci sont, √† leur tour, parentes des saintes femmes et des anges du saint s√©pulcre de la cath√©drale de Fribourg en Brisgau.
  • Le s√©pulcre de l¬í√©glise Saint-Etienne, vers 1350-1360 est connu par un dessin de Jean Jacques Arhardt (1670)¬†; il se peut que ce soit celui de l¬í√©glise Saint Nicolas de Haguenau, transf√©r√© l√† au XVIII√® si√®cle¬†;
  • Strasbourg, La chapelle fun√©raire des M√ľllenheim de l¬íancienne √©glise de la Toussaint (1370-1380).
  • D¬íautres ¬úuvres sont connues par des fragments ou de dessins¬†: fragments trouv√©s pr√®s de l'√©glise Saint Jean, vers 1400¬†; mention √©crite de 1311 d¬íun s√©pulcre dans l¬í√©glise Saint Pierre le Jeune¬†; mention √©crite de 1361 d¬íun s√©pulcre dans l¬í√©glise Saint-Thomas¬†; s√©pulcre dans l¬íancienne √©glise Saint Jean √† l'Ile Verte selon une relation √©crite apr√®s 1371¬†; fragments conserv√©s de l¬íancienne chapelle du Saint S√©pulcre du couvent des Augustins, (1360-1365)¬Ö

4.3.3.3. Autres ¬úuvres

Hormis ces grands sépulcres, l’art funéraire à produit d’autres œuvres plus simples, parmi lesquelles l'épitaphe à l'effigie de Jean Thaller, chevalier autrichien (  1356) en bonnet, aumusse et cotte de l’église Saint Thomas et la pierre tombale de Jean Tauler, le dominicain mystique (  1361), provenant du cimetière du couvent de Saint-Nicolas in Undis et conservée dans l'église du Temple Neuf à Strasbourg.

4.3.4. Peinture

En dépit des pertes, imprécisions, dispersions, l'illustration de manuscrits alsaciens fournit pour le XIIIè siècle une meilleure base d'appréciation, d'autant que les ensembles importants du vitrail viennent la conforter même si les parentés véritablement personnalisés entre ces deux disciplines demeurent rares.

Pourtant, l'√©veil de la peinture aux courants nouveaux, au-del√† du ¬ę¬†Zackenstil¬†¬Ľ dont le XIII√® si√®cle garde longtemps l'empreinte dans le vitrail, s'effectue avec le manuscrit illustr√© du ¬ę¬†Tristan¬†¬Ľ de Gottfried de Strasbourg conserv√© √† la Staatsbibliothek de Munich (ms. German. 51)¬†: les dessins prennent la mode vestimentaire et les formes expressives de l'atelier de l'Eglise et de la Synagogue, de sculpture donc, et cr√©ent un v√©ritable album de la vie courtoise, anim√© d'un mouvement alerte qui rench√©rit sur les torsions des corps et des plis du c√©l√®bre atelier et fait virevolter les draperies dans un esprit baroque, d√©gag√© de celui, v√©h√©ment aussi, du Zackenstil. Quelques g√©mellions aux figures de Vertus et d'all√©gories (au mus√©e des Arts d√©coratifs de, Strasbourg, au mus√©e Unterlinden de Colmar) tentent une perc√©e semblable mais demeurent trop tributaires de l'Hortus pour y r√©ussir.

Page du Manuscrit Germain 51 du Tristant de la Staatsbibliothek de Munich
Page du Manuscrit Germain 51 du Tristant de la Staatsbibliothek de Munich

Au XIVè siècle, la peinture de manuscrits est essentiellement documentée par trois ouvrages de nature très diverse, tous strasbourgeois :

  • Le ¬ę¬†M√©morial de Saint-Jean √† l¬íIle Verte¬†¬Ľ, couvent fort adonn√© √† la vie mystique, et o√Ļ se retira le banquier pi√©tiste Rulman Merswin¬†;
  • La ¬ę¬†Vita Suso¬†¬Ľ, des environs de 1360, recueil de pi√©t√© comme l'indique son titre (B.N.U. Strasbourg), mais dont l'illustration livre une imagerie d'un niveau artistique assez moyen, tr√®s significatif cependant du style de l'√©poque.
  • L'√©l√©vation sur parchemin de plus de 3 m√®tres de haut de la fa√ßade occidentale de la cath√©drale, issu de l'atelier du ma√ģtre d'¬úuvre Michel (Parler) de Fribourg, fils de Jean de Gm√ľnd, et situ√© entre 1360 et 1380. Cet ouvrage d'architecture pr√©sente le programme iconographique de la galerie qui devait former vers 1360 le couronnement du corps m√©dian de la fa√ßade au-dessus de la grande rose, et celui de l'√©tage entre les tours √©rig√©es √† la suite pour combler l'espace d'entre-deux et y suspendre les cloches de la Ville.
  • Strasbourg, cath√©drale¬†: le ¬ę¬†plan¬†A¬†¬Ľ. Dessin, Mus√©e de l¬í¬úuvre Notre Dame
    Strasbourg, cath√©drale¬†: le ¬ę¬†plan¬†A¬†¬Ľ. Dessin, Mus√©e de l¬í¬úuvre Notre Dame

Quant √† la peinture murale, L'ancienne √©glise des Dominicains de Strasbourg, d√©truite en 1870 conservait une Crucifixion des alentours de 1300, dont une copie est d√©tenue par le Service des Monuments Historiques, d'une incontestable √©l√©gance d'√©criture, sans doute d¬íinspiration ¬ę¬†colognaise¬†¬Ľ.

4.3.5. Vitrail

4.3.5.1. La cathédrale de Strasbourg

Apr√®s la magnifique s√©rie, encore romane, de la ¬ę¬†galerie des rois et Empereurs du saint empire romain¬†¬Ľ, sont r√©alis√©s, jusqu¬í√† environ 1240, les ensembles apparent√©s √† l'atelier de l'Eglise et de la Synagogue¬†: reine de Saba, rose de l'Ancien Testament, Christ, Jean-Baptiste, saint Christophe dans le transept, demi m√©daillon de la Vierge au tr√īne de Sapience provenant des toutes premi√®res trav√©es de la nef, rel√©gu√©es aujourd'hui, √† l'envers, dans la derni√®re fen√™tre haute de la nef, c√īt√© nord.

Puis arrive, d√®s apr√®s 1240 l'atelier porteur du ¬ę¬†Zackenstil¬†¬Ľ, d√©sign√© aussi comme westphalo-saxon, dont t√©moignent encore les r√©seaux des bas-c√īt√©s, quelques bustes du triforium, premi√®res trav√©es et de figures en pied de papes et de diacres de la premi√®re fen√™tre haute, c√īt√© nord. Style volontaire, aux √©toffes tendues, bris√©es de jeux ornementaux anguleux, aux traits lourds et aux anatomies souvent athl√©tiques quand elles ne sont pas effac√©es par l'amas des draperies.

Début du XIVè sont réalisés les petits sujets sous des arcs en accolade dans les écoinçons desquels apparaissent souvent les prophètes en buste. Arcs, boutons et enroulements d'écoinçons (ou médaillons secondaires) sont combinés dans la verrière de la Genèse, fenêtre nord du narthex de la cathédrale.

Dans les ann√©es 1340 est r√©alis√© le grand ¬úuvre du bas-c√īt√© m√©ridional de la cath√©drale, s√©rie de cinq verri√®res consacr√©es √† la Vie de la Vierge, √† l'Enfance et √† la Vie publique du Christ, √† sa Passion et √† sa Vie surnaturelle, enfin au Jugement dernier, datation dict√©e par des raisons de style et aussi d'implantation de la chapelle Sainte-Catherine entre 1332 et 1349, au droit des deux premi√®res trav√©es. Ces cinq verri√®res, o√Ļ l'on suit une √©volution stylistique manifeste et constante, dans l'√©criture, dans le coloris et dans l'espace sc√©nique, ont remplac√© la s√©rie des proph√®tes ant√©rieure et constituent l'une des plus riches illustrations des th√®mes mariologiques et christologiques inspir√©s par la Bible des Pauvres. Elles furent vraisemblablement pr√©c√©d√©es, du c√īt√© est, par les Combats all√©goriques des Vertus et des Vices, log√©s aujourd'hui dans la derni√®re fen√™tre haute de la nef, c√īt√© nord.

Strasbourg, cath√©drale¬†: vitraux du bas c√īt√© sud
Strasbourg, cath√©drale¬†: vitraux du bas c√īt√© sud
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: bas-c√īt√© sud, deuxi√®me verri√®re √† partir de la chapelle sainte Catherine¬†: J√©sus et la femme adult√®re¬†; J√©sus et la Samaritaine
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: bas-c√īt√© sud, deuxi√®me verri√®re √† partir de la chapelle sainte Catherine¬†: J√©sus et la femme adult√®re¬†; J√©sus et la Samaritaine
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: bas-c√īt√© sud, premi√®re verri√®re √† partir de la chapelle sainte Catherine¬†: la pr√©sentation au temple
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: bas-c√īt√© sud, premi√®re verri√®re √† partir de la chapelle sainte Catherine¬†: la pr√©sentation au temple
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: bas-c√īt√© sud, premi√®re verri√®re √† partir de la chapelle sainte Catherine¬†: la gu√©rison d¬íun infirme et la r√©surrection de la fille de Ja√Įre
Strasbourg, cath√©drale Notre Dame¬†: bas-c√īt√© sud, premi√®re verri√®re √† partir de la chapelle sainte Catherine¬†: la gu√©rison d¬íun infirme et la r√©surrection de la fille de Ja√Įre

Il semble aussi qu'avant m√™me l'ach√®vement de la s√©rie, vers 1350 du c√īt√© de l'Ouest, les verri√®res de la chapelle Sainte Catherine aient √©t√© men√©es √† bien autour de 1340, avec leur baldaquins vertigineux sur des fonds rouges et bleus o√Ļ scintillent des pastilles bleues et rouges, qui couronnent la th√©orie des ap√ītres √©grenant les termes du Credo.

Strasbourg, cathédrale Notre Dame : verrière de la chapelle sainte Catherine, du XIVè
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : verrière de la chapelle sainte Catherine, du XIVè
 Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle sainte Catherine : verrière avec les saints Jacques le mineur, Jean et Thomas
Strasbourg, cathédrale Notre Dame : chapelle sainte Catherine : verrière avec les saints Jacques le mineur, Jean et Thomas

Vers 1350 est aussi réalisée la haute verrière du Jugement de Salomon, dans la 6è fenêtre méridionale de la nef de la cathédrale de Strasbourg, dont les personnages monumentaux se répartissent dans les quatre lancettes, sous de hauts baldaquins que bordent les inscriptions commentaires de la scène ; art assez conventionnel qu'anime un coloris un peu trop soutenu dans le contexte général des verrières de la haute nef.

4.3.5.2. Autres ¬úuvres

Le style ¬ę¬†Zackenstil¬†¬Ľ caract√©rise les vitraux de la premi√®re √©glise des Dominicains, entre 1254 et 1260¬†: sc√®nes de la vie du Christ, arbre de Jess√©, vie de Saint Dominique avec des nuances, vie de Saint Barth'>Barth√©lemy, patron de l'√©glise. Il appara√ģt encore, et toujours aussi vigoureux, mais assoupli dans le ch¬úur de l'√©glise Saint-Thomas¬†: sc√®nes de l'Ancien Testament, de la l√©gende de saint Thomas, m√©daillon de l'Incr√©dulit√© du saint patron, au centre de la rose en fa√ßade occidentale, refaite, il est vrai, mais fid√®lement dans le style de son dessin, donc copi√© sur le m√©daillon original.

Du premier tiers du XIVè datent les panneaux à sujets christologiques de la façade nord-ouest de l'église Saint Guillaume à Strasbourg, qui sont à leur place d'origine. Des Dominicains (avant 1345) proviennent les séquences de la vie et de la Passion du Christ, transférés dans la chapelle Saint Laurent de la cathédrale.

Apr√®s 1380 vraisemblablement, le ch¬úur de l'√©glise Saint Pierre le Vieux de Strasbourg (d√©truit en 1869) est d√©cor√© d'un magnifique ensemble de vitraux √† th√®me christologique, dont le baron de Schauenbourg, a laiss√© une description en 1865 (fragments au mus√©e de l'¬Ćuvre Notre Dame). Cet ensemble culminait dans la Crucifixion, entre Saint Jean, conserv√©, et la Vierge, disparue¬†; il comprenait un Geths√©mani, une R√©surrection, une Adoration des mages. Art vigoureux, s√©v√®re, d'un coloris profond, adouci par la calligraphie propre √† l'√©criture du si√®cle.

Il est plus difficile de situer les vitraux (ou ce qu'il en reste) de la derni√®re campagne de vitrerie de l'ancienne √©glise des Dominicains de Strasbourg, achev√©e sans doute en 1417. La verri√®re du Jugement dernier peut le mieux en rendre t√©moignage, annon√ßant √† la fois l'art d'un ma√ģtre de Boucicaut et, sous de grandes architectures peintes √† la mani√®re de celles de la chapelle Sainte Catherine, mais d¬íune facture plus large, des ap√ītres assis, aux traits puissants, aux draperies amples et affirm√©es, environnent le Christ de physionomie presque michelang√©lesque (le Mo√Įse) de la D√©isis. Composition centrale classique, mais √©tonnante de monumentalit√©.

4.3.6. Les lettres

Dans le domaine des lettres, les XIV√®-XV√® pr√©sentent une indigence qui contraste avec les grandes ¬úuvres du XIII√® si√®cle et celles de l'humanisme. La veine po√©tique est compl√®tement tarie et aucune ¬úuvre d'imagination n'est digne d'√™tre cit√©e. La seule exception concerne l'histoire. Anim√©s d'un fort patriotisme municipal, les bourgeois des villes sont avides de conna√ģtre les grands faits du pass√© de leur cit√© et ce besoin suscite la r√©daction des trois chroniques strasbourgeoises du XIV√® si√®cle¬†: celle de Mathias de Neuenbourg, celle de Closener et celle de K¬únigshofen.

  • Mathias de Neuenbourg, conseiller juridique de l'√©v√™que, compose une histoire de l'Empire courant de 1270 √† 1350, dont la paternit√© d'ailleurs lui est en partie contest√©e, ainsi qu'une biographie de l'√©v√™que Berthold de Bucheck (1328-1353). Sa chronique latine, d'un style alerte, riche en anecdotes qu'il recueillit probablement de t√©moins des √©v√©nements, comporte cependant bien des inexactitudes.
  • Fritsche Closener, chanoine du grand ch¬úur de la cath√©drale, inaugure la s√©rie des chroniques en langue allemande, assur√©es d'une plus large audience. Il a le m√©rite d'un style simple, sans pr√©tention, d'une relative objectivit√© et d'une analyse assez fine des faits. C¬íest lui qui relate avec quelques d√©tails les deux r√©volutions strasbourgeoises de 1332 et 1349, ainsi que les ravages de la peste noire.
  • 1.1.
  • Jacques Twinger, de Koenigshoffen, issu d'une famille patricienne de Strasbourg, chanoine de Saint-Thomas depuis 1395, r√©dige sa chronique allemande (apr√®s en avoir √©crit une latine, perdue), entre 1392 et 1420, date de sa mort. Cette chronique court jusqu¬íen 1400. Comme il le dit dans sa pr√©face, il s'adresse aux la√Įcs cultiv√©s, ne veut pas s'en tenir aux vieilles histoires, mais veut raconter les faits contemporains ¬ę¬†qui sont lus avec plus d'int√©r√™t que les choses anciennes¬†¬Ľ, et particuli√®rement les √©v√©nements remarquables qui se sont produits en Alsace et √† Strasbourg. K¬únigshofen ne rompt cependant avec la tradition, et sa chronique est d'inspiration typiquement m√©di√©vale, surtout quand on la compare √† celle de Froissart, √† peu pr√®s contemporaine.

  • Il d√©bute par la cr√©ation du monde et manifeste le souci d'√©crire une histoire universelle en m√™me temps que strasbourgeoise et remonter toujours jusqu'aux plus lointaines origines. Les trois premiers chapitres relatent l'histoire de l'Orient, des Juifs, de Rome, des papes et de l'Eglise chr√©tienne¬†; le quatri√®me est consacr√© aux √©v√™ques de Strasbourg, depuis saint Amand¬†; seul le cinqui√®me traite de l'histoire de la ville, depuis sa cr√©ation par Tr√©bata, fils de S√©miramis et fondateur de Tr√®ves, douze cents ans avant notre √®re.
    Le r√©cit n'est pas continu, mais d√©coup√© en une suite de notices souvent disparates, sans grand respect de la chronologie ni de l'exactitude. L'auteur ne se prive pas non plus, pour les √©v√©nements r√©cents, de faire de larges emprunts, parfois textuels, √† ses devanciers. Mais son r√©cit est vivant, na√Įf, √©maill√© d'anecdotes, de saillies, de faits √©tonnants. Le sinc√®re patriotisme municipal et imp√©rial qui s'en d√©gage ne pouvait manquer de plaire √† ses lecteurs.
    Telle quelle, cette ¬úuvre rencontra un succ√®s √©clatant en Allemagne et passa pour le mod√®le de toute chronique urbaine. On en conna√ģt une quarantaine de manuscrits, dont certains contiennent des insertions concernant d'autres villes. En Alsace m√™me, elle eut plusieurs continuateurs au XV√® si√®cle. Pourtant, sa vogue semble avoir √©t√© d'assez courte dur√©e, puisqu'il fallut attendre jusqu'en 1698 pour en voir para√ģtre une √©dition imprim√©e.
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