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Le régime de Vichy

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4.2. Les premières mesures contre les Juifs : 1940-1941

En zone « libre »
En zone occupée

4.2.1. En zone « libre »

Le 10 juillet 1940, « L’assemblée nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, afin de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. Elle sera ratifiée par la nation et approuvée par les assemblées qu’elle aura créées ». Dès le lendemain, Pétain « déclare assumer la fonction de chef de l’État Français ». Il s’arroge « la plénitude du pouvoir gouvernemental, nomme et révoque les ministres et secrétaires d’État qui ne sont responsables que devant lui… Il exerce le pouvoir législatif en Conseil des Ministres… Il promulgue les lois et assure leur exécution … Il nomme à tous les emplois civils et militaires ». Un peu plus tard, par le biais du serment de fidélité à sa personne, il étend son autorité sur le pouvoir judiciaire.

Quant aux Juifs, de façon explicite, Pétain désigne la « juiverie » comme un fléau. Aussi le gouvernement n'attend aucune injonction de l'occupant et agit de son propre chef : sa politique vise à exclure les Juifs français de la communauté nationale et à leur ôter jusqu'aux moyens matériels de la survie.

4.2.1.1. Les mesures législatives

Très rapidement, dès juillet 1940 sont prises les premières mesures contre les Juifs, mesures qui s’appliquent dans la « zone libre » :

  • Le 16 juillet 1940, un premier dĂ©cret ordonne la rĂ©vision des naturalisations postĂ©rieures Ă  1927.
  • Le 17 juillet 1940, les Français qui ne sont pas nĂ©s de pères français sont exclus des cabinets ministĂ©riels.
  • Le 27 aoĂ»t 1940, le « dĂ©cret Marchandeau » qui permettait de rĂ©primer les injures racistes est abrogĂ©.
  • Le 20 septembre 1940une ordonnance interdit le retour en zone occupĂ©e aux Juifs et aux Ă©trangers.
  • Le 3 octobre 1940 paraĂ®t le premier statut des Juifs prĂ©parĂ© par le ministre de la Justice, le maurrassien Alibert. Il donne une dĂ©finition du Juif conforme aux lois allemandes de Nuremberg de 1935 : « Est regardĂ©e comme juive toute personne issue de trois grands-parents juifs ou de deux grands-parents si son conjoint est juif ». Cette loi interdit de plus aux Juifs les mandats politiques, la participation aux grands corps d'Etat, la magistrature et toute la fonction publique. Elle instaure un numerus clausus pour l'accès aux professions libĂ©rales, ainsi qu'Ă  certaines professions comme celles liĂ©es Ă  l'industrie du spectacle, de la presse et du cinĂ©ma.
  • Le lendemain 4 octobre, le gouvernement promulgue une loi autorisant les prĂ©fets Ă  interner les juifs Ă©trangers ou apatrides dans des camps spĂ©ciaux ou Ă  les assigner Ă  rĂ©sidence.
  • Le dĂ©cret du 7 octobre 1940 abroge le DĂ©cret CrĂ©mieux et prive les Juifs d'AlgĂ©rie de la nationalitĂ© française.
  • Le18 octobre 1940 un ordonnance oblige tous les Juifs possĂ©dant une entreprise dÂ’en soumettre la gestion Ă  un administrateur provisoire : ainsi Vichy engage une course de vitesse avec lÂ’occupant en ce qui concerne la confiscation des biens juifs. Vichy tentera par tous les moyens d'Ă©viter l'appropriation par les Allemands des biens saisis, avec plus ou moins de rĂ©ussite, notamment en ce qui concerne le pillage des Âśuvres dÂ’art oĂą Goering se montrera particulièrement habile...
  • Le 29 mars 1941est crĂ©Ă© le « Commissariat gĂ©nĂ©ral aux questions juives », chargĂ© de proposer des dispositions lĂ©gislatives et rĂ©glementaires antijuives et de mettre en oeuvre les mesures arrĂŞtĂ©es par le gouvernement.
  • LÂ’ordonnance du 26 avril 1941 permet aux administrateurs provisoires de vendre les entreprises juives Ă  des aryens ou de les liquider s'ils ne trouvent pas d'acquĂ©reurs.
  • Le 2 juin 1941 une loi Ă©dicte le « second statut des Juifs », aggravant celui du 3 octobre 1940 : est considĂ©rĂ© comme Juif, celui qui appartient Ă  la religion juive ou y appartenait le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive. Le second statut achève dÂ’Ă©liminer les Juifs de toute activitĂ© Ă©conomique. Les Juifs de la zone « dite libre » doivent se faire recenser auprès des prĂ©fets sous peine d'internement « dans un camp spĂ©cial mĂŞme si l'intĂ©ressĂ© est français ». En mĂŞme temps, de nouvelles professions sont interdites aux israĂ©lites : la publicitĂ©, la banque, la finance et l'immobilier. Un numerus clausus est Ă©tabli pour les dentistes, les mĂ©decins, les avocats...
  • Le 22 juillet 1941 une loi autorise le Commissariat GĂ©nĂ©ral aux Questions Juives Ă  procĂ©der Ă  la liquidations des biens, entreprises et immeubles appartenant Ă  des Juifs ; la loi est assortie dÂ’une clause prĂ©voyant le blocage des sommes recueillies par les administrateurs. Une part de ces avoirs va servir au remboursement des frais administratifs, le reste sera employĂ© pour venir en aide aux juifs nĂ©cessiteux.
  • Ordonnance Le 13 aoĂ»t 1941 une ordonnance interdit aux juifs ne peuvent de possĂ©der de postes rĂ©cepteurs de TSF quÂ’il doivent dĂ©poser Ă  la mairie, au commissariat ou Ă  la prĂ©fecture de leur commune.
  • Ordonnance du 10 fĂ©vrier 1942 interdisant aux Juifs de changer de nom.

4.2.1.2. Les internements

Dès l’été de 1940, les arrestations se multiplient tant en zone occupée qu’en zone libre. A cet effet, on utilise les prisons mais aussi les camps dits « d’internement » qui souvent serviront d’antichambre pour la déportation dans les camps de concentration et d’extermination allemands. Certains, comme Gurs, deviendront tristement célèbres par les conditions de vie faites aux détenus, d’autres, tel Châteaubriant, comme réservoirs d’otages, d’autres encore, tel Pithiviers, pour avoir hébergé des milliers d’enfants juifs séparés de leurs parents, d’autres enfin, tels Drancy et Compiègne, comme ultime étape avant la déportation.

Février 1941, en « zone libre », Vichy met en place des camps d’internement destiné plus spécialement aux Juifs non nationaux : ainsi, en lien avec les Gauleiter Bürckel et Wagner les 7.500 Juifs du Pays de Bade, du Palatinat et d’Alsace - Lorraine sont internés dans les camps de Gurs, dans des conditions sanitaires effroyables. Il en mourra 800 durant l’hiver 1941-1942 ; les autres, Juifs arrivés récemment du Reich, d’Autriche, du Protektorat et de la Pologne et les « apatrides » de toutes origines, soit quelque 12.500 personnes, sont internés dans les camps de Rivesaltes, Noé, Récébédou, le Vernet, Les Milles près de Marseille, Nexon en Limousin…

Tous ces camps sont sous autorité française. Les internés y vivent dans des conditions d’hébergement, de nourriture, d’hygiène, de promiscuité, de soins déplorables. Souvent, ils n’ont rien à envier aux camps de concentration nazis. A Drancy, les conditions de vie deviendront moins mauvaises lorsque les Allemands prendront en charge, fin 1943, l’administration du camp.

4.2.1.3. Le commissariat général aux questions juives et l’UGIF

4.2.1.3.1. Le Commissariat général aux questions juives

Le 29 mars 1941, sous le gouvernement Darlan, est créé un « Commissariat général aux questions juives » (CGQJ), chargé de mettre en application la législation antisémite de Vichy, et conformément au souhait de la Gestapo, qui estime que l'efficacité de la politique antijuive passe par une structure « légale » française. Xavier Vallat (1891-1971) est nommé « Commissaire Général aux Questions Juives ». Vallat, en bon haut fonctionnaire de l’Etat, se défend de vouloir persécuter les Juifs et prétend exercer un antisémitisme d’état « à la française », pour mettre fin à l’influence dissolvante des Juifs étrangers.

Sous l’impulsion de Vallat, le Commissariat se consacre surtout à l’aryanisation économique, mais ses activités ne se bornent pas là. Le 2juin 1941 est promulgué un second statut plus strict que le premier. Il étend la qualité de Juif à tous les individus qui professent la religion Israélite avant juin 1940. La liste des emplois interdits est élargie à toute la fonction publique ou presque et aux métiers de l’information, de l’édition, du spectacle, de la banque et des assurances. Les exceptions accordées aux anciens combattants sont presque toutes supprimées. Le même jour, une autre loi ordonne un recensement général dans les deux zones. Au cours de l’été 1941, le numerus clausus est institué pour le barreau (2%), les professions médicales (2%) et les étudiants des Universités (3%). En Algérie, il est étendu au primaire et au secondaire. En octobre 1941 le gouvernement crée une « police aux questions juives », la PQJ, qui va recruter surtout des antisémites et des individus douteux.

Lorsque Laval arrive à nouveau au pouvoir, Le Commissariat est placé directement sous son autorité. Le mois suivant, Vallat quitte son poste et est remplacé par Louis Darquier de Pellepoix (mai 1942-février 1944) puis par Charles Du Paty de Clam (1944

4.2.1.3.2. LÂ’UGIF

Le 29 novembre 1941, toutes les organisations juives sont dissoutes, à la seule exception du « Consistoire central » considéré comme purement confessionnel. Elles sont remplacées par une « Union Générale des Israélites de France » ou UGIF, placée sous le contrôle du Commissariat général aux questions juives. L'UGIF assure la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics et centralise l'assistance sociale aux Juifs nécessiteux. Elle permet en fait un recensement plus facile des Juifs et, malgré les négociations de ses dirigeants avec Vichy, contribue malgré elle à la politique antijuive. Sa création est en effet principalement l’œuvre de Dannecker qui entend associer les Juifs à leur propre élimination, comme dans tous les pays occupés. Vallat, d’abord réticent, car il sent que Vichy perd au fil du temps le contrôle sur sa politique anti-juive au dépens de la politique désormais éliminationniste des nazis, doit s’incliner. Désormais, les Allemands vont imposer la « Solution finale », dont l’UGIF, qui n’est finalement que l’équivalent du « Judenrat » dans les pays de l’Est contrôlés par les Allemands, va être l’un des rouages.

Dans les milieux dirigeants juifs, la création de l’UGIF fait l’objet de longues tractations entre les tenants de la démission collective (René Mayer, David Olmer) et ceux de la coopération avec Vichy (Raymond Raoul Lambert), par peur de risquer le contrôle direct des Allemands. La tendance Lambert l’emporte finalement le 30 décembre 1941.

Organisation bancale, l’UGIF est divisée en deux sections, Nord et Sud. Lorsque la zone sud sera envahie en novembre 1942, l’UGIF perdra une grande partie de ses ressources extérieures (Particulièrement celle des Etats Unis).



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