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Le régime de Vichy

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4. Le régime et les Juifs

Les Juifs en France à la veille de la guerre
Les premières mesures contre les Juifs : 1940-1941
1942-1943 : la déportation
La chasse aux survivants : 1943-1944
Le pillage des biens des Juifs

4.2. Les premières mesures contre les Juifs : 1940-1941

4.2.1. En zone « libre »

Le 10 juillet 1940, « L’assemblée nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, afin de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. Elle sera ratifiée par la nation et approuvée par les assemblées qu’elle aura créées ». Dès le lendemain, Pétain « déclare assumer la fonction de chef de l’État Français ». Il s’arroge « la plénitude du pouvoir gouvernemental, nomme et révoque les ministres et secrétaires d’État qui ne sont responsables que devant lui… Il exerce le pouvoir législatif en Conseil des Ministres… Il promulgue les lois et assure leur exécution … Il nomme à tous les emplois civils et militaires ». Un peu plus tard, par le biais du serment de fidélité à sa personne, il étend son autorité sur le pouvoir judiciaire.

Quant aux Juifs, de façon explicite, Pétain désigne la « juiverie » comme un fléau. Aussi le gouvernement n'attend aucune injonction de l'occupant et agit de son propre chef : sa politique vise à exclure les Juifs français de la communauté nationale et à leur ôter jusqu'aux moyens matériels de la survie.

4.2.1.1. Les mesures législatives

Très rapidement, dès juillet 1940 sont prises les premières mesures contre les Juifs, mesures qui s’appliquent dans la « zone libre » :

  • Le 16 juillet 1940, un premier décret ordonne la révision des naturalisations postérieures à 1927.
  • Le 17 juillet 1940, les Français qui ne sont pas nés de pères français sont exclus des cabinets ministériels.
  • Le 27 août 1940, le « décret Marchandeau » qui permettait de réprimer les injures racistes est abrogé.
  • Le 20 septembre 1940une ordonnance interdit le retour en zone occupée aux Juifs et aux étrangers.
  • Le 3 octobre 1940 paraît le premier statut des Juifs préparé par le ministre de la Justice, le maurrassien Alibert. Il donne une définition du Juif conforme aux lois allemandes de Nuremberg de 1935 : « Est regardée comme juive toute personne issue de trois grands-parents juifs ou de deux grands-parents si son conjoint est juif ». Cette loi interdit de plus aux Juifs les mandats politiques, la participation aux grands corps d'Etat, la magistrature et toute la fonction publique. Elle instaure un numerus clausus pour l'accès aux professions libérales, ainsi qu'à certaines professions comme celles liées à l'industrie du spectacle, de la presse et du cinéma.
  • Le lendemain 4 octobre, le gouvernement promulgue une loi autorisant les préfets à interner les juifs étrangers ou apatrides dans des camps spéciaux ou à les assigner à résidence.
  • Le décret du 7 octobre 1940 abroge le Décret Crémieux et prive les Juifs d'Algérie de la nationalité française.
  • Le18 octobre 1940 un ordonnance oblige tous les Juifs possédant une entreprise d’en soumettre la gestion à un administrateur provisoire : ainsi Vichy engage une course de vitesse avec l’occupant en ce qui concerne la confiscation des biens juifs. Vichy tentera par tous les moyens d'éviter l'appropriation par les Allemands des biens saisis, avec plus ou moins de réussite, notamment en ce qui concerne le pillage des œuvres d’art où Goering se montrera particulièrement habile...
  • Le 29 mars 1941est créé le « Commissariat général aux questions juives », chargé de proposer des dispositions législatives et réglementaires antijuives et de mettre en oeuvre les mesures arrêtées par le gouvernement.
  • L’ordonnance du 26 avril 1941 permet aux administrateurs provisoires de vendre les entreprises juives à des aryens ou de les liquider s'ils ne trouvent pas d'acquéreurs.
  • Le 2 juin 1941 une loi édicte le « second statut des Juifs », aggravant celui du 3 octobre 1940 : est considéré comme Juif, celui qui appartient à la religion juive ou y appartenait le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive. Le second statut achève d’éliminer les Juifs de toute activité économique. Les Juifs de la zone « dite libre » doivent se faire recenser auprès des préfets sous peine d'internement « dans un camp spécial même si l'intéressé est français ». En même temps, de nouvelles professions sont interdites aux israélites : la publicité, la banque, la finance et l'immobilier. Un numerus clausus est établi pour les dentistes, les médecins, les avocats...
  • Le 22 juillet 1941 une loi autorise le Commissariat Général aux Questions Juives à procéder à la liquidations des biens, entreprises et immeubles appartenant à des Juifs ; la loi est assortie d’une clause prévoyant le blocage des sommes recueillies par les administrateurs. Une part de ces avoirs va servir au remboursement des frais administratifs, le reste sera employé pour venir en aide aux juifs nécessiteux.
  • Ordonnance Le 13 août 1941 une ordonnance interdit aux juifs ne peuvent de posséder de postes récepteurs de TSF qu’il doivent déposer à la mairie, au commissariat ou à la préfecture de leur commune.
  • Ordonnance du 10 février 1942 interdisant aux Juifs de changer de nom.

4.2.1.2. Les internements

Dès l’été de 1940, les arrestations se multiplient tant en zone occupée qu’en zone libre. A cet effet, on utilise les prisons mais aussi les camps dits « d’internement » qui souvent serviront d’antichambre pour la déportation dans les camps de concentration et d’extermination allemands. Certains, comme Gurs, deviendront tristement célèbres par les conditions de vie faites aux détenus, d’autres, tel Châteaubriant, comme réservoirs d’otages, d’autres encore, tel Pithiviers, pour avoir hébergé des milliers d’enfants juifs séparés de leurs parents, d’autres enfin, tels Drancy et Compiègne, comme ultime étape avant la déportation.

Février 1941, en « zone libre », Vichy met en place des camps d’internement destiné plus spécialement aux Juifs non nationaux : ainsi, en lien avec les Gauleiter Bürckel et Wagner les 7.500 Juifs du Pays de Bade, du Palatinat et d’Alsace - Lorraine sont internés dans les camps de Gurs, dans des conditions sanitaires effroyables. Il en mourra 800 durant l’hiver 1941-1942 ; les autres, Juifs arrivés récemment du Reich, d’Autriche, du Protektorat et de la Pologne et les « apatrides » de toutes origines, soit quelque 12.500 personnes, sont internés dans les camps de Rivesaltes, Noé, Récébédou, le Vernet, Les Milles près de Marseille, Nexon en Limousin…

Tous ces camps sont sous autorité française. Les internés y vivent dans des conditions d’hébergement, de nourriture, d’hygiène, de promiscuité, de soins déplorables. Souvent, ils n’ont rien à envier aux camps de concentration nazis. A Drancy, les conditions de vie deviendront moins mauvaises lorsque les Allemands prendront en charge, fin 1943, l’administration du camp.

4.2.1.3. Le commissariat général aux questions juives et l’UGIF

4.2.1.3.1. Le Commissariat général aux questions juives

Le 29 mars 1941, sous le gouvernement Darlan, est créé un « Commissariat général aux questions juives » (CGQJ), chargé de mettre en application la législation antisémite de Vichy, et conformément au souhait de la Gestapo, qui estime que l'efficacité de la politique antijuive passe par une structure « légale » française. Xavier Vallat (1891-1971) est nommé « Commissaire Général aux Questions Juives ». Vallat, en bon haut fonctionnaire de l’Etat, se défend de vouloir persécuter les Juifs et prétend exercer un antisémitisme d’état « à la française », pour mettre fin à l’influence dissolvante des Juifs étrangers.

Sous l’impulsion de Vallat, le Commissariat se consacre surtout à l’aryanisation économique, mais ses activités ne se bornent pas là. Le 2juin 1941 est promulgué un second statut plus strict que le premier. Il étend la qualité de Juif à tous les individus qui professent la religion Israélite avant juin 1940. La liste des emplois interdits est élargie à toute la fonction publique ou presque et aux métiers de l’information, de l’édition, du spectacle, de la banque et des assurances. Les exceptions accordées aux anciens combattants sont presque toutes supprimées. Le même jour, une autre loi ordonne un recensement général dans les deux zones. Au cours de l’été 1941, le numerus clausus est institué pour le barreau (2%), les professions médicales (2%) et les étudiants des Universités (3%). En Algérie, il est étendu au primaire et au secondaire. En octobre 1941 le gouvernement crée une « police aux questions juives », la PQJ, qui va recruter surtout des antisémites et des individus douteux.

Lorsque Laval arrive à nouveau au pouvoir, Le Commissariat est placé directement sous son autorité. Le mois suivant, Vallat quitte son poste et est remplacé par Louis Darquier de Pellepoix (mai 1942-février 1944) puis par Charles Du Paty de Clam (1944

4.2.1.3.2. L’UGIF

Le 29 novembre 1941, toutes les organisations juives sont dissoutes, à la seule exception du « Consistoire central » considéré comme purement confessionnel. Elles sont remplacées par une « Union Générale des Israélites de France » ou UGIF, placée sous le contrôle du Commissariat général aux questions juives. L'UGIF assure la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics et centralise l'assistance sociale aux Juifs nécessiteux. Elle permet en fait un recensement plus facile des Juifs et, malgré les négociations de ses dirigeants avec Vichy, contribue malgré elle à la politique antijuive. Sa création est en effet principalement l’œuvre de Dannecker qui entend associer les Juifs à leur propre élimination, comme dans tous les pays occupés. Vallat, d’abord réticent, car il sent que Vichy perd au fil du temps le contrôle sur sa politique anti-juive au dépens de la politique désormais éliminationniste des nazis, doit s’incliner. Désormais, les Allemands vont imposer la « Solution finale », dont l’UGIF, qui n’est finalement que l’équivalent du « Judenrat » dans les pays de l’Est contrôlés par les Allemands, va être l’un des rouages.

Dans les milieux dirigeants juifs, la création de l’UGIF fait l’objet de longues tractations entre les tenants de la démission collective (René Mayer, David Olmer) et ceux de la coopération avec Vichy (Raymond Raoul Lambert), par peur de risquer le contrôle direct des Allemands. La tendance Lambert l’emporte finalement le 30 décembre 1941.

Organisation bancale, l’UGIF est divisée en deux sections, Nord et Sud. Lorsque la zone sud sera envahie en novembre 1942, l’UGIF perdra une grande partie de ses ressources extérieures (Particulièrement celle des Etats Unis).

4.2.2. En zone occupée

En zone occupée, la persécution contre les Juifs, communistes et résistants commence dès l’arrivée des troupes allemandes. En Juin 1940, le SS Standartenführer Knochen installe à Paris un kommando spécial de la Gestapo chargé notamment du règlement de la question juive. Le 1 novembre Berlin lui envoie un adjoint, spécialiste de la question juive qui va mettre en œuvre et superviser jusqu’en septembre 1943 les déportations : Kurt Lischka (1909-1987). En juillet - août, c’est l’expulsion des Juifs d'Alsace-Lorraine et le début de la propagande raciste. En octobre, le bureau IV B 4 de la Direction centrale de la Gestapo dirigé par Eichmann envoie à Paris, pour prendre la direction des opérations, un spécialiste, le SS Hauptsturmführer Theodor Dannecker. Suivent toute une série d’ordonnances discriminatoires ou spoliatrices, bientôt étendues à l’Algérie et aux colonies.

4.2.2.1. Les ordonnances de l’occupant

  • Le 27 septembre 1940, la « Première Ordonnance » du Commandant militaire allemand promulgue un statut des Juifs, dont le but est de marquer les victimes. Il comporte une définition du Juif un peu moins stricte que la définition de la loi allemande de 1935 qui considère comme Juif tout individu ayant deux grands-parents de confession Israélite. Dans le statut du 27 septembre est considéré comme Juif tout individu professant la religion israélite ou ayant trois grands-parents de confession israélite. Les Juifs sont d’autre part exclus des emplois publics et des grandes fonctions économiques. Interdiction est faite à ceux qui ont fui en zone Sud de repasser la ligne de démarcation. L’ordonnance contraint ceux qui restent à se faire recenser avant le 20 octobre auprès du sous-préfet de leur arrondissement. Les commerces et les entreprises juives devront être désignés par une affiche en langues allemande et française : « Entreprise juive ».
  • Le 18 octobre 1940 une seconde ordonnance allemande impose le recensement de toutes les entreprises juives.
  • Le lendemain, 19 octobre 1940, suite à une décision de l’administration militaire allemande, le Préfet de police ordonne d’apposer la mention « Juif » à l’encre rouge sur les cartes d’identité des Juifs résidant en zone occupée.
  • Début 1941, sous la direction de Dannecker, la préfecture de police de Paris créé un fichier dans lequel est répertorié chaque juif, par ordre alphabétique, par rues, par profession et, critère essentiel, par nationalité.
  • Le 26 avril 1941 une ordonnance allemande précise l’ordonnance du 27 septembre 1940, donne une nouvelle définition du Juif et interdit aux Juifs d’exercer certaines activités économiques et d’occuper des postes de responsabilités. Elle autorise en outre les commissaires généraux à vendre les parts et les actions et leur enjoint de ne verser aux ayants droit juifs que les subsides indispensables.
  • Le 13 août 1941 une ordonnance allemande impose à la communauté juive une amende d’un milliard de francs et établit qu’un Juif ne peut disposer de plus de 15.000 francs par mois, pour son entretien personnel.
  • Le 5 décembre 1941, suite à l’assassinat d’un officier allemand, von Stülpnagel obtient de la Chancellerie de Berlin de lever une amende de 1 milliard de francs que devra payer l’UGIF (l’UGIF utilisera 895 millions du produit de l’aryanisation pour faire face...), de fusiller 100 Juifs, communistes et anarchistes et de déporter vers l’est 1.000 juifs et 500 communistes...
  • 7 février 1942 : ordonnance allemande interdisant aux Juifs de sortir de chez eux entre 20 heures et 6 heures.
  • 29 mai 1942 : ordonnance allemande instituant le port de l’étoile jaune pour tous les Juifs âgés de plus de 6 ans.
  • 8 juillet 1942 : ordonnance allemande interdisant aux Juifs les lieux publics, le droit de posséder un vélo, un téléphone, l’usage des cabines téléphoniques et leur faisant obligation de monter dans le dernier wagon du métro. Ils ne peuvent en outre faire leurs courses dans les magasins qu'entre 15 heures et 16 heures.
  • 22 juillet 1942 : la loi d'aryanisation économique dépossède les Juifs de leurs biens, meubles et immeubles.
  • 11 novembre 1942 : ordonnance rendant obligatoire la mention « Juif » sur les documents délivrés aux israélites français et étrangers…

4.2.2.2. Les premières rafles

Très rapidement, à partir de 1941, les Allemands, secondés par la police française et en accord avec le régime de Vichy, procèdent à des arrestation massives de Juifs : ces arrestations concernent principalement des Juifs d’origine étrangère : une première rafle organisée par la Préfecture de Police de Paris à lieu le 13 avril 1941 et concerne quelques dizaines de Juifs étrangers. Elle est suivie durant l’année par trois rafles beaucoup plus importantes :

  • Le 14 mai 1941, la Préfecture de police fait arrêter de nombreux étrangers, tous des hommes, principalement polonais, autrichiens et tchèques ils sont convoqués individuellement par un « billet vert » pour un « examen de situation », dans cinq centres : caserne de Napoléon, caserne des Minimes, rue Edouard Pailleron, rue de la Grange aux Belles, gymnase Japy. La lettre de convocation précise que chacun doit se présenter en personne, accompagné d'un membre de sa famille. « La personne qui ne se présenterait pas aux jours et heures fixés, s'exposerait aux sanctions les plus sévères ». Ainsi, 3.747 hommes sont arrêtés et ne sont pas libérés. Leur accompagnateur est chargé de rapporter une valise avec un minimum d'effets personnels. Ils sont dirigés immédiatement de la gare d’Austerlitz vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Parmi eux se trouvent 3.430 Juifs polonais, 123 Juifs « apatrides » et 157 Juifs tchèques.
  • Le 20 août 1941, la police municipale parisienne, contrôlée par les militaires allemands, procède, durant plusieurs jours, à des arrestations, principalement à Belleville et dans le XIè arrondissement. 4.232 Juifs dont environ 1.500 citoyens français « Impliqués dans les crimes et tentatives d’assassinat des Gaullistes communistes contre des membres de la Wehrmacht… » sont dirigés vers le camp de Drancy. D’après Dannecker (rapport du 6 octobre 1941), les 2 « Aktionen » de mai et août ont permis 7.443 arrestations, dont 3.649 juifs Polonais, 1.602 juifs Français, 368 juifs « Emigrants », 271 juifs Turcs, 564 juifs de nationalités diverses, 624 juifs de nationalité indéterminée.
  • Le 12 décembre 1941, ayant reçu le feu vert de Berlin suite à des attentats meurtriers à Paris, von Stülpnagel fait arrêter par les forces d’occupation allemandes assistées de policiers français 743 Juifs français, notables et intellectuels et les fait transférer avec 300 internés de Drancy à Compiègne. Cette date marque le début de la déportation vers l’Est., procèdent à l’arrestation de 743 Juifs. Ils sont eux incarcérés au camp de Compiègne. Le 15, les Allemands fusillent 92 otages au Mont Valérien, dont le député communiste Gabriel Péri et 53 Juifs du camp de Drancy.

Les personnes arrêtées seront réparties dans les trois camps des environs de Paris : 4 331 dans le camp de Drancy, 1.560 dans le camp de Pithiviers et 1.552 dans le camp de Beaune la Rolande. Ces camps sont gérés par l’administration française avec plus ou moins de sévérité (Beaune La Rolande est traitée par les Allemands de « Fröhliches Konzentrationslager » (« Joyeux camp de concentration »).



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