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L’art de la Grèce classique

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2. Sculpture

Le style sévère : 480 – 450
Création du style idéal classique : l’impérialisme artistique d’Athènes : 450 - 420

2.1. Le style sévère : 480 – 450

2.1.1. Recherche d’un nouvel équilibre

2.1.1.1. Généralités

La connaissance actuelle de la statuaire classique ‘et hellénistique) souffre d’une grave lacune : les œuvres originales ont presque toutes disparu et ont été remplacées par des répliques romaines qui transposent presque toujours le bronze original dans le marbre. Il est à craindre que les mieux réussies soient en fait de belles infidèles… Il faut leur préférer les originaux de la plastique mineure. Par contre, les décors sculpturaux des grands édifices sont des témoins véridiques.

2.1.1.2. Le tournant des années 490

Lorsqu’on franchit le seuil qui sépare l’âge archaïque de l’âge classique, il est nécessaire de s’interroger sur le sens de la mutation qui nous fait passer du Kouros abstrait à l’homme saisi dans sa réalité vivante. Certes, le nu archaïque évolue, mais à l’intérieur du rigide cadre frontal. Libérée de l’archaïsme, la statue prend une signification révolutionnaire. On ne sait où débuta une telle révolution…

2.1.1.3. L’éphèbe de Kritios

Provenant le l’Acropole d’Athènes, l’éphèbe de Kritios est le meilleur témoignage antérieur au saccage des Perses d’avant 490, de la révolution intellectuelle et morale qui s’accomplit dans les 20 premières années du Vè. L’axe du cadre archaïque est rompu, la vie apparaît dans ce jeune corps, l’attitude s’anime grâce au léger déhanchement ; mais la disparition d’une harmonie immobile impose la difficile recherche d’un rythme accordé au fléchissement d’un côté du corps. Cette recherche va durer 20 ans et s’axer sur l’inflexion timide de la hanche, le mouvement de la tête vers l’épaule et le retrait de la jambe droite, traite marquants de l’éphèbe.

Dans la ligne de cet éphèbe de Kritios se situent l’Apollon Philésios créé par Canachos de Sicyone pour le sanctuaire de Didymes (Vers 494), aujourd’hui disparu, et un torse masculin du théâtre de Milet conservé au musée du Louvre.

2.1.1.4. Les Tyrannoctones

Créé par Kritios et Nésiotès, le groupe présente Harmodios et Aristogiton marchant vers Hipparque, fils de Pisistrate pour le frapper, l’un de taille, l’autre d’estoc. Le mouvement est désormais bien libéré : il semble que les sculpteurs bronziers se soient inspirés des frontons, notamment ceux d’Egine. L’emploi du bronze a d’ailleurs permis en partie cette libération, comme le prouve un petit bronze imitant l’éphèbe de Kritios, le jeune homme de Castevetrano en Sicile. Ici, le bras est détaché du corps ; Kritios, travaillant le marbre, était tenu de maintenir les mains aux cuisses. La maîtrise de la fonte en creux ouvre à la statuaire de nouvelles possibilités. Le marbre permet cependant de plus subtils effets de modelé et de coloris.

2.1.1.5. Survivances de l’archaïsme

L’archaïsme se prolonge cependant dans le siècle avec plusieurs œuvres majeures :

  • La déesse de Tarente (Berlin), assise sur son trône ouvragé : attitude et drapé archaïques : la tunique et le manteau ionien sont volontairement maintenus. Il s’agit probablement d’une statue de culte peut-être créée par un ionien ayant fui en Grande Grèce ‘invasion Perse.
  • L’Apollon de Piombino : ce doit être la transposition par un artiste de Grande Grèce de l’Apollon Philésios de Canachos : le visage est déjà pré-classique, mais la coiffure et le modelé du corps restent archaïsants. On a longtemps pensé à un pastiche archaïsant du Ier, mais la critique penche plus pour une œuvre du troisième tiers du Vè.

2.1.1.6. Les petits bronzes

Les petits bronzes permettent de compenser l’absence des grands bronzes et de s’apercevoir combien la statuaire se libère de son carcan archaïque et cultuel par le jeu des formes tendues ou relâchées, les tentatives de balancement ou d’équilibre, la retenue ou la puissance du geste ou du volume, l’ardeur physique ou l’attitude morale suggérée : ainsi toutes les œuvres des années 475-460 : le discobole d’Athènes, l’éphèbe David Weill du Louvre, l’athlète d’Adrano de Syracuse, le Poséidon de Creusis d’un atelier éginète…

2.1.1.7. L’Aurige de Delphes

Créé autour de – 447, il porte la marque d’un génial sculpteur anonyme. Le dédicant est le tyran Polyzalos de Géla. L’œuvre présente le conducteur d’un attelage vainqueur de la course de chars des jeux Pythiques. Du prince, compagnon de l’aurige, il ne reste rien. Il subsiste quelques fragments des chevaux et de l’esclave accompagnateur. Le groupe est saisi dans sa parade victorieuse.

Tout est à la fois rythme et mouvement, immobilité et symétrie, vie et signe. La position n’est pas vraiment frontale vu l’oblique des pieds et marque le départ d’une lente montée en spirale marquée par les trois motifs rythmiques des plis de la longue tunique : tourné d’abord vers son maître, l’aurige pivote lentement sur son côté droit et présente au public qui l’acclame un visage aux traits tendus et au regard fixe, signe de sa fierté et de sa force héroïque. Il y a un parallélisme certain entre ce groupe et le groupe central du fronton est du temple de Zeus à Olympie.

L’œuvre doit sans doute être attribuée à un ionien réfugié en Grande Grèce, peut-être Pythagoras de Rhégion, le premier, selon la tradition, à rendre tendons et veines, à détailler les cheveux, à rechercher rythme et symétrie…

Cette notion de symétrie est essentielle dans le monde grec, car synonyme d’harmonie. Elle paraît immédiatement dans la statue antique. Mais rompre avec la frontalité et imposer à la statue isolée un mouvement qui dérange les lignes oblige l’artiste sculpteur à créez un nouvel accord entre rythme et symétrie, entre forme et action. Ainsi, chez l’athlète d’Adrano le mouvement et la tension musculaire du côté droit sont contrebalancés par la détente du côté gauche.

2.1.1.8. La sculpture religieuse

Dans l’évolution vers le classicisme, rien n’est plus important que l’approfondissement du sentiment religieux dont témoignent les œuvres les plus inspirées :

Le problème est d’humaniser le dieu sans le priver de sa grandeur. On le sent déjà dans le Zeus enlevant Ganymède d’Olympie faisant apparaître la satisfaction sensuelle du dieu ravisseur et la résignation de l’enfant-proie… ou dans la jeune éleusienne fuyant devant le rapt de Perséphone (Eleusis). De même, le Dionysos archaïque barbu est remplacé par le dieu jeune et imberbe prêt pour sa marche à travers le monde où il va répandre son culte à mystères… mais le visage garde l’emprunte divine (statuettes de bronze d’Olympie du musée du Louvre).

2.1.2. L’épanouissement du style sévère

2.1.2.1. Le domaine attique

L’art attique nous laisse quelques exemples du style sévère comme l’Athéna à la Stèle ou le vainqueur saluant du Cap Sounion.

  • L’Athéna pensive à la stèle : sur l’Acropole, l’Athéna n’est plus la guerrière des gigantomachies : elle apparaît drapée dans le péplos attique à court repli comme une jeune intellectuelle lançant vers la cité sa chouette, symbole de la pensée, ou simplement méditant…
  • Le jeune vainqueur saluant du cap Sounion (Athènes) : il ne se couronne pas mais salue le dieu en témoignage de reconnaissance, mettant le sculpteur aux prises avec le problème de la présentation en relief d’un torse de trois quarts.

Ainsi on voit la raideur du style sévère se détendre à mesure que l’on s’approche du milieu du Vè.

2.1.2.2. Le Péloponnèse

La presqu’île ne fournit aucune œuvre majeure de ce style qui soit digne d’intérêt.

2.1.2.3. Le domaine ionien

D’Asie Mineure en Grande Grèce, la récolte est abondante et variée ; elle fournit particulièrement beaucoup de stèles funéraires.

  • Xanthos et la Lydie fournissent plusieurs stèles funéraires dont la plus célèbre est le « Tombeau des Harpyes »
  • A Thasos, le relief du « Passage des Théories » (Louvre) présente des porteuses d’offrandes s’avançant vers l’édicule de la déesse ; ce sont des Nymphes et des Charytes libérées de la lourdeur asiatique et vivifiées par les gestes variés et le drapé. De même facture sont l’Apollon couronne jouant de la lyre et le groupe d’Hermès.
  • De Pharsale en Thessalie provient la stèle de « L’exaltation de la fleur » (Louvre) unissant les vertus de l’archaïsme avec le style sévère : c’est un véritable langage des gestes (les trois bras féminins) allié à la profondeur religieuse des visages.
  • L’œuvre majeure provient de Locres : c’est le « Triptyque Ludovisi » livrant le finesse du dessin et du modelé, surtout dans le panneau central de la naissance d’Aphrodite. La composition symétrique de la partie centrale est animée par la subtile différenciation des drapés et des attitudes.

2.1.2.4. Olympie et le chantier du temple

Le hasard de l’événement historique qui a déterminé la construction du temple de Zeus à Olympie entre 468 et 465 a permis à l’auteur inconnu du décor sculptural de recueillir tout le fruit de l’élan libérateur qui emportait l’art grec depuis les guerres médiques. Plus que ses prédécesseurs le Maître d’Olympie renouvelle le langage plastique, invente des gestes et des attitudes nouvelles, crée une véritable mise en scène mythologique. Les thèmes sont choisis en fonction de la vocation panhéllenique d’Olympie et du patriotisme local.

  • Fronton est du temple : c’est le règne du calme et du solennel. A la droite de Zeus Pélops prétend à la main d’Hippodamie sa voisine. A gauche Oenanos, le père de la fille, hostile à l’union et son épouse Stéropê : il y a contraste entre l’importance juvénile et l’inquiétude à droite, l’assurance royale et la dignité matronale à gauche. Il y a une certaine monotonie archaïque dans l’alignement frontal des personnages. On retrouve cependant la tension dramatique dans les deux devins légendaires et les deux dieux fleuves Alphée et Cladéos, associant les personnages du drame alors que serviteurs et servantes restent indifférents. Enfin la course de chars exalte l’épreuve la plus noble des jeux en apportant son dénouement au drame.
  • Fronton ouest : le contraste est total et voulu (voir le temple d’Apollon à Delphes) : c’est le règne de la passion et du mouvement. Le thème, panhellénique traduit en termes mythiques le triomphe de l’hellénisme sur la barbarie, du monde grec sur le monde perse. A droite d’Apollon, Thésée met en valeur les Athéniens, ses protégés. La composition est difficile mais s’adapte au cadre triangulaire et aux arabesques des corps en attaque en en défense. Les dessins des drapés restent archaïques. La grâce ionienne et l’élégance attique du dernier tiers du VIè ont disparu.
  • Les métopes : ils mettent le mieux en valeur l’originalité profonde du style d’Olympie : un souffle héroïque anime les diverses strophes de ce poème sculptural consacré aux exploits d’Héraclès : ici il est un héros solitaire, ce qui donne à son action valeur d’exemple. Sur 4 des 12 métopes Athéna l’assiste, invisible mais présente. Images d’un humanisme nouveau qui marque la rupture avec l’imagerie traditionnelle.
    Dans la structure des métopes, la géométrie dorienne est toujours présente : 3 verticales pour le métope d’Atlas, 2 diagonales pour le taureau de Crète, arrêt momentané de l’action sur l’un, sommet de l’élan de deux forces opposées sur l’autre.

L’unité de style des métopes est évidente. Pausanias cite Paeonios pour le fronton est et Alcamène pour le fronton ouest, ce que les critiques nient généralement. Ce qui est sûr, c’est que nous avons affaire à toute une équipe de sculpteurs venus des ateliers du Péloponnèse mais sans doute aussi d’Egine, d’Athènes et des îles Ioniennes. Mais l’ensemble de ces sculpteurs fut sans doute dirigé par le Maître d’Olympie, esprit ordonnateur de l’ensemble de l’ensemble qui porte la marque dorienne. Le Maître appartenait sans doute à l’école d’Argos.

2.1.2.5. Temple de Sélinonte

Le temple E de Sélinonte présentait 2 x 6 métopes d’inspiration mythologique diverse. Mais le sculpteur sicilien n’a pas réussi à se convertir totalement au style sévère : ainsi dans le métope d’Héraclès et de l’Amazone, le déséquilibre des obliques et trop poussé.

2.1.2.6. Le Poséidon d’Histiaea

Il appartient au type du dieu combattant apparu à la fin du VIè et suggéré par la sculpture des frontons archaïques. Proche parent des sculptures d’Olympie, il annonce Polyclète. L’immédiate expression d’équilibre en souplesse, la régularité des traits et l’élégance de la coiffure couronnée d’une tresse portent la marque attique. C’est peut-être une œuvre de Calamis.

2.1.3. Conclusion

De manière générale, les visages du style sévère se signalent par l’élargissement de la forme et l’accentuation des traits par quoi s’exprime une conception héroïque et dominatrice de l’hellénisme.

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