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La Grèce avant la Grèce : préhistoire, Crète, Cyclades, Mycènes

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4. Les Cyclades

Introduction
Le Cycladique Ancien : 3200 – 1900
Le Cycladique moyen : 1850-1550
Le Cycladique récent : 1550-1150

4.2. Le Cycladique Ancien : 3200 – 1900

Les premiers habitants identifiés des Cyclades sont les Phéniciens, les Cariens et les Lèleges de la période du mésolithique, entre 7500 et 6500 avant JC. La civilisation cycladique spécifique n'apparaît qu'à la fin du quatrième millénaire, et généralement les archéologues divisent cette période en plusieurs phases :

4.2.1. La culture de Grotta-Pelos : 3200-2880

La culture de Grotta-Pelos est la plus ancienne culture cycladique de l’âge de Bronze. Elle marque le véritable début de l’épanouissement de la culture des Cyclades. Elle doit son nom aux découvertes archéologiques du britannique Colin Renfrew à Grotta et Pélos sur l’île de Naxos. D’autres découvertes de cette culture ont été faites dans les couches inférieures de fouilles de Phylakopi sur l’île de Milos. On n’a retrouvé aucun vestige architectural de cette période, hormis des vestiges de murs dans des cimetières. A Agia Anárjiri à Naxos a été mise à jour une muraille de pierres sèches plates des 40m de long sur 1m de haut qui soutiennent la terrasse du cimetière. Les cimetières ne comportent en général que 15 à 20 tombes formées de pierre plates ou de petits muret et ne contenant en général qu’un seul squelette. Toutes les tombes ne contiennent pas d’objets. Lorsqu’il y a des objets, ce sont des poteries en terre cuite locale de forme pansue avec motifs en spirale et plus rarement géométriques. Quelques débris révèlent l’existence de vases en marbre.

Dans quelques tombes ont été trouvées des figurines en marbre inaugurant la série des célèbres « idoles cycladiques » : Le mobilier funéraire le plus caractéristique se compose de figurines en marbre de formes diverses et de toutes tailles, le type dit « de Spédos » : figure féminine aux bras croisés sous les seins, tandis que le sexe est traité par des incisions. La tête est grande, ovale, avec le front légèrement incliné vers l'arrière ; seul le nez est indiqué. Ces figures ne sont pas faites pour se tenir debout : elles sont sur la pointe des pieds et donnent l'impression qu'elles se lèvent en proie à une sorte d'extase.

Ces figurines de marbre appartiennent à trois grands groupes :

  • le groupe de Plastiras livre des figurines en marbre. La tête est ovale, le nez en relief, la bouche parfois incisée, les mains jointes sous la poitrine et les jambes séparées ; les oreilles et les rotules sont particulièrement proéminentes ;
  • le groupe de Louros assure la transition avec le Cycladique ancien II. Il livre des statuettes à tête triangulaire et aux bras réduits prolongés horizontalement au niveau. Les traits du visage ont peut-être été peints.
  • enfin un troisième type, dit « schématique » se contente de schématiser les formes, rappelant souvent les violons…

4.2.2. La culture de Kéros-Syros : 2880-2300

4.2.2.1. Généralités

La période la plus importante, appelée « Culture de Kéros-Syros » (2700-3000 avant JC) couvre l'essentiel du Cycladique Ancien II. Cette culture s’étend à l’ensemble des Cyclades et on a affaire à une culture relativement unifiée… Les Cycladiens utilisent l'argile, le cuivre et la pierre pour confectionner des armes, des outils, des ustensiles, des bijoux et des objets de culte. Grâce à une métallurgie florissante et à la navigation, les Cyclades deviennent un centre commercial interrégional. Les connaissances acquises dans le travail de la pierre sont à l'origine d'oeuvres sculptées qui comptent parmi les plus grandes réussites de la création humaine.

Grâce à la présence de minerai, la métallurgie cycladique connaît une période florissante. On utilise surtout le cuivre de l’île de Kythnos et du mont Laurion en Attique. Sur l’île de Siphnos on a trouvé les vestiges d’une exploitation d’argent et de plomb. En outre, le commerce de l’obsidienne est plus florissant qu’il ne l’avait jamais été.

L’augmentation de la population influe sur l’extension et l’organisation des habitats. Ils se trouvent encore près de la mer sur des collines et ne sont en général pas fortifiés (sauf la cité de Makriani à Amorgos, qui semble disposer d’un bastion). Les sites principaux sont Haghia Irini sur l’île de Kéos (Kéa) et Skarkos à Ios. Haghia Irini conserve quelques maisons axiales construites en schiste et comptant un étage. A Skarkos, on a identifié une ruelle donnant sur une place entourée de plusieurs maisons en pierre. Elles comptent un étage et quelques murs hauts de 3m sont conservés.

Les cimetières sont nettement plus grands, entouré de murs en pierre sèche. Le plus important, celui de Chalandriani sur l’île de Syros comporte environ 600 tombes dont une dizaine contient deux corps. A Chalandriani quelques tombes voûtées font leur apparition. Ailleurs, les inhumations multiples sont courantes; ces tombes ont ainsi été conçues pour recevoir plusieurs personnes. Ces tombes ont plusieurs étages et pour en faciliter l’accès, l’une des côtés courts n’est plus construit d’une seule dalle mais d’un petit muret en pierres sèches. Les sols de galets et les pierres de têtes sont courants. La richesse des offrandes est frappante : ce sont des idoles et des vases en marbre, des poêles à frire, des bijoux et des outils en métal.

4.2.2.2. Céramique et récipients en pierre

La céramique est plus claire qu’à l’époque précédente et décorée de motifs géométriques. Les formes varient de l’ovale (type saucière) à la pyxide et à la cruche à eau. D'autres objets en céramique, ayant sans doute une signification religieuse, ont également été mis à jour. Il s'agit de récipients, en forme de « poêles à frire », ayant généralement un très beau décor incisé, linéaire avec des dessins géométriques ou des spirales. On trouve également des décors estampés, avec une étoile au centre et des combinaisons de triangles sur le pourtour.

La céramique est essentiellement de trois types :

  • une céramique à décoration de motifs linéaires sombres sur fond clair ;
  • une version cycladique de la céramique Urfirnis ;
  • une céramique estampillée ou incisée à engobe ou polie.

Les formes du cycladique ancien survivent mais deviennent plus maniéristes. Les vases composites (comme les lampes et les kernoi) et zoomorphes se répandent. La céramique adopte de plus quelques formes typiques de l’helladique ancien II continental, telles que la saucière et le bol rond au fond annulaire. La pyxide devient plus cylindrique et elle est parfois peinte de motifs linéaires sombres sur fond clair. La poêle à frire devient plus élégante (sans barre transversale dans l'anse). Parfois, l’anse est décorée d’un triangle pubien.

Le travail de la pierre, principalement le marbre (parfois le schiste), connaît un grand élan avec une augmentation considérable dans le nombre et les formes :

  • Des pyxides en forme de cabane ;
  • Coupelle, vase à boire ;
  • Plat rond (dont celui aux colombes sur une ligne, unique, Musée Goulandris) ;
  • Palette oblongue ;
  • La coupe sur pied de trompette est une forme typique.

4.2.2.3. Les idoles cycladiques

Les célèbres idoles cycladiques, statuettes de marbre (de 5cm à 1,50m de hauteur) représentant principalement des figures féminines et, plus rarement, masculines, constituent les création les plus marquantes de la période. La forme canonique est atteinte, et c’est de cette période que les trouvailles archéologiques sont les plus nombreuses, livrant des figurines en marbre de 10 à 50cm de longueur (l’une d’elle atteint 148cm). Ces « idoles » appartiennent à plusieurs types :

- Le groupe le plus commun est le type dit « de Spédos » : Les figurines polychromes en marbre longiligne et plus quadrangulaire représentent une forme féminine. Les bras sont croisés sous les seins figurés par deux petites protubérances. Le sexe est représenté par des incisions. La tête ovale et devenant légèrement triangulaire, de grande dimension avec le front légèrement incliné vers l'arrière, ne laisse apparaître que la forme du nez. Les jambes se ferment. Les statuettes sont représentées sur la pointe des pieds. Elles ne disposent d'aucun socle pour les tenir debout. Elles sont sur la pointe des pieds et donnent l'impression qu'elles se lèvent.

  • Le type Kapsala est encore très plastique et naturaliste avec une bonne indication des genoux et des seins. Parfois, le bras droit se trouve au-dessus du bras gauche. La tête est ovale ; les jambes sont encore légèrement ouvertes et repliées.
  • Le type Dokathismata : la statue a une tête très triangulaire ainsi qu’un torse triangulaire aux épaules angulaires. Le torse est très lourd comparativement à la finesse des jambes, fermées.
  • Le type Chalandriani présente des idoles très trapues et grossières avec des jambes trop minces pour un torse lourd et large. Elles ont les bras horizontaux superposés, les jambes jointes, le sexe en incision, la figure en triangle et le nez proéminent. Les yeux et la bouche étaient probablement peints. La variété de Chalandriani se distingue de celle de Spédos par l'utilisation de formes géométriques triangulaires.
  • Le type Koumasa se rencontre en Crète au Minoen Ancien III : il présente une déformation progressive, avec des jambes courtes et minces pour un corps large.

A côté de ces idoles simples, il y a des variantes présentant des activités ou des personnages multiples : chasseurs masculins (avec un baudrier suspendu par une tresse, une dague, une flèche) ; figurines assises tenant un vase à boire (hauteur 15 cm, coll. Goulandris) ; joueurs de harpe décorée d’un bec de canard assis sur un tabouret très ajouré qui forme avec le personnage un bloc monolithe, (au nombre de 9 en tout, collection Goulandris et Musée de Karlsruhe) ; groupes composés de deux personnages échafaudés ou d’un couple enlacé ou incluant un enfant, etc. Ces statuettes se caractérisent par des proportions canoniques du corps composées de 4 parties égales : tête-base du cou, base du cou-ventre, ventre-genoux, genoux-pieds. Les artisans disposaient d'outils de mesures qui leur permettaient de respecter les proportions.

La fonction de ces « idoles » reste mal connue, en l’absence de documents écrits et des conditions souvent chaotiques dans lesquelles les fouilles ont été effectuées… Les hypothèses sont surtout relatives à une utilisation comme objets funéraires :

  • Comme les Ushebtis du Monde égyptien, c’est-à-dire satisfaire les besoins sexuels du mort dans l’au-delà ;
  • Comme des substituts de sacrifice humain, ou comme des jouets ;
  • Comme les représentations de divinités masculines ou féminines dont la position correspondrait à une chorégraphie (les pieds sur la pointe et la tête légèrement vers l’arrière trahiraient l’extase)…

Il faut enfin noter que certaines de ces « idoles » proviennent d’un même atelier ou artiste : ainsi le fameux « maître du Goulandris », caractérisé par des traits récurrents : le nez long, semi-conique, un visage en forme de lyre où le décor est peint, des épaules nettement tombantes ; des incisions parallèles et précises dont la courbe douce marque le cou, l’abdomen, les genoux et les chevilles, l’intervalle entre les jambes non ajouré, un dos bombé sans trace de colonne vertébrale, un arrondissement des surfaces vues de profil. On connaît du Maître de Goulandris 11 idoles complètes et 40 fragments, mesurant entre 32 et 98cm, « œuvres » découvertes à Aplomata (Naxos), Kéros, Amorgos...

4.2.3. Le « Groupe de Kastri » ou « culture de Lefkadi I » : 2400-2200 avant JC

La culture de Kastri se situe entre le Cycladique Ancien II et le Cycladique ancien III. Elle tire son nom du site éponyme de Kastri, au nord est de l’île de Syros. Les trois autres sites principaux de cette culture sont Panormos sur l’île de Naxos, le mont Kynthos à Délos et Agia Irini à Kéos. Beaucoup d’archéologues et d’historiens l’intègrent à la culture de Kéos-Syros.

Dans le domaine de l’habitat, Kastri se distingue par une concentration, de l’habitat et la présence de sites fortifiés. Ainsi Kastri, situé à flanc de montagne, est cerné d’une muraille d’enceinte. Au cap Panormos de Naxos on a mis a jour une forteresse de 15m x 24m enfermant 20 petites pièces et un escalier d’accès de 80cm de large…

La céramique est décorée de motifs géométriques, elle est réalisée pour la première fois au tour, mais pas systématiquement. Les objets utilitaires en métal se sont plus nombreux et ressemblent à ceux de Troie II, le minerai provenant sans doute d’Asie Mineure. On a retrouvé aussi des bijoux parmi lesquels un diadème en argent de Kastri.

Des découvertes archéologiques faites et Béotie et surtout à Lefkandi en Eubée ressemble étrangement à celles de Kastri : il est fort probable qu’il y ait eu d’étroites relations entre les Cyclades et le continent à cette époque, au point que de nombreux archéologues parlent aussi de la « culture » de Lefkandi.

Peu après 2200, toute activité sur le site de Kastri et des autres îles concernées cesse pour une période de 100 à 150 ans… On n’en connaît pas les causes. Il est possible qu’il y ait eu une intrusion indo-européenne qui crée une rupture dans le monde égéen préhellénique. Ce n’est à nouveau que vers 2000 qu’une nouvelle culture se manifeste dans les Cyclades, celle dite de « Phylakopi ».

4.2.4. La culture de Phylakopi I : 2050-1900

Phylakopi est un site de l’âge du Bronze sur l’île de Mélos. Les premières traces du site remontent au Cycladique Ancien I (tombes et objets funéraires de l’époque de Grotta – Pélos), mais l’apogée de la cité se situe au cycladique ancien III, entre 2100 et 1900 environ. Les premiers bâtiments de cette nouvelle époque de la culture de Phylakopi remontent à environ l’an 2000, peu après la cessation de toute activité des Cyclades à partir de 2200 pour une période d’environ 100 à 150 ans… Ces habitations sont mal connues à cause des constructions postérieures bâties sur le site.

La céramique est par contre innovante : ainsi on trouve un vernis mat sur les poteries de terre cuite rouge, brune ou noire. La couche de vernis est souvent incisée et les incisions remplies d’une pâte blanche, faisant bien apparaître le décor. De nouvelles formes de céramique apparaissent, comme les vases à bec de canard, des oenochoes à col renversé, des pithoi servant au stockage, des lampes à huile, et surtout les « kernoï », vases à pied unique supportant plusieurs coupelles, les « kernoï », largement répandus au cours de la période préhistorique, ont livré leurs plus beaux exemplaires dans les Cyclades ; le plus grand provient de Phylakopi. Ses coupelles devaient recevoir divers aliments et sans doute des fleurs, ce qui prouve la relative aisance et la richesse des îliens de l’époque…



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