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Le camp de concentration de Bergen Belsen

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6.1. Les épidémies, par le docteur Fréjafon

Dans le livre qu'il a consacr√© √† Bergen-Belsen o√Ļ il a √©t√© lui-m√™me intern√©, le docteur G.L. Frejafon √©num√®re, en praticien, les maladies dont souffrent et meurent ses camarades de bagne¬†: la tuberculose, ¬ę¬†la plus grande pourvoyeuse du cr√©matoire de mars √† octobre 1944¬†¬Ľ, puis la dysenterie (qui prend le relais d'octobre 1944 √† f√©vrier 1945), les affections pulmonaires aigu√ęs (pneumonies, congestions, broncho-pneumonies, etc.), l'√©rysip√®le de la face, la gale (affectant plus de la moiti√© des d√©tenus), la dipht√©rie, la poliomy√©lite, l'enc√©phalite, les affections chirurgicales (phlegmons, abc√®s, ulc√®res), les phl√©bites, etc.

¬ę¬†L'√©puisement √©tait la cause pr√©pond√©rante des d√©c√®s. C'√©tait un √©tat complexe d√©termin√© par des facteurs alimentaires dont le principal √©tait naturellement l'insuffisance globale de la ration quotidienne. Elle avait pour r√©sultat un amaigrissement extr√™me, surtout tragique chez ceux qui avaient poss√©d√© un certain embonpoint. √Ä l'insuffisance s'ajoutait le d√©s√©quilibre. L'exc√®s relatif d'amidon m√©t√©orisait les ventres et entra√ģnait une incoercible diarrh√©e; la restriction en prot√©ines cr√©ait les oed√®mes, l'absence de fer an√©miait les √©pidermes. Les avitaminoses ulc√©raient les gencives et entra√ģnaient des troubles de la marche... Les gu√©risons √©taient impossibles, parce que l'hygi√®ne du camp √©tait volontairement horrifiante: les hommes restaient cinq, six mois sans changer leur mis√©rable chemise, leur unique cale√ßon, sans √™tre conduits aux douches, sans aller, dans certains Blocks, aux lavabos dont on leur interdisait l'acc√®s; les paillasses, impr√©gn√©es des d√©jections des mourants, n'√©taient jamais remplac√©es; les couvertures que l'on se repassait, minces loques effiloch√©es, √©taient couvertes de crachats dess√©ch√©s; le parquet des baraques √©tait noir de vermine; les d√©tenus restaient quinze heures cons√©cutives dans une salle aussi herm√©tiquement ferm√©e qu'un tombeau, o√Ļ se m√™laient les miasmes, tous les germes, car, malgr√© les efforts des m√©decins, les tuberculeux couchaient avec les √©rysip√®les, les dysent√©riques avec les pneumonique les scarlatineux avec les bless√©s.¬†¬Ľ

¬ę¬†Les gu√©risons √©taient impossibles parce que les m√©dicaments √©taient donn√©s au compte-gouttes et n'√©taient que des m√©dicaments anodins... Les gu√©risons √©taient impossibles parce que les gens de ma√ģtrise ne laissaient passer aucun pr√©texte pour frapper ou glacer les malades, parce que entre les d√©tenus m√™me, les plus faibles subissaient les brutalit√©s des plus forts, comme chez les b√™tes... De m√™me que dans tous les camps, on mourait √† Belsen de mort violente, d'√©puisement, ou de maladie. Les morts violentes √©taient moins nombreuses que dans les grands camps; les pendaisons massives, les chambres √† gaz y √©taient inconnues. Les barbel√©s n'√©taient pas √©lectrifi√©s. Les fusillades collectives ne se produisirent que dans les jours qui pr√©c√©d√®rent la d√©livrance. Il restait les meurtres individuels, officiels ou non, les piq√Ľres et les suicides. Ces derniers √©taient nombreux et proc√©daient par vagues √©pid√©miques. On choisissait toujours la pendaison qui √©tait √† la port√©e de tous¬†: une ceinture, une poutre, un escabeau...¬†:

¬ę¬†Le typhus envahit tous les dortoirs. Ceux qui avaient r√©sist√© aux cellules de la Gestapo, au tunnel de Dora, √† la dysenterie, aux coups, aux piq√Ľres, disparaissaient les uns apr√®s autres. Il y avait des formes foudroyantes, qui tuaient en quelques heures, des formes en apparence b√©nignes, qui donnaient l'illusion qu'il allait faire son typhus debout, et qui, brusquement plongeaient dans un coma mortel. On laissait les hommes atteints dans leurs Blocks, les b√Ętiments de contagieux d√©bordaient jusque dans les lavabos¬†; √† trois par couchette, les corps gisaient, la plupart agit√©s d'un d√©lire bruyant, marmonnant des mots rapides, les yeux inject√©s, nuque raide, l'ou√Įe √©teinte, la bouche impr√©gn√©e d'une saveur affreuse de pourriture. La salet√© atteignait un niveau indicible. Les malades couchaient dans leurs mati√®res qui coulaient sur les couchettes inf√©rieures se r√©pandaient sur le plancher o√Ļ elles s'√©talaient en un putride mar√©cage... Les infirmiers, les policiers √©taient frapp√©s comme les autres. Les morts demeuraient des jours et des jours dans leurs grabats, dans les all√©es des Blocks, dans les rues du camp.¬†¬Ľ

G.L. FREJAFON : Bergen Belsen, bagne sanatorium. Les derniers jours de Georges Valois. Paris, Librairie Valois, 1947.
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