B&S Encyclopédie

Index de l'article Index de l'article
1. Actes constitutionnels : 10 –11 juillet 1940
1.1. Loi constitutionnelle du 10 juillet 1940
1.2. Acte constitutionnel N°1 du 11 juillet 1940 supprimant la IIIè république
1.3. Acte constitutionnel N°2 du 11 juillet 1940 fixant les pouvoirs du chef de l’Etat français
1.4. Acte constitutionnel N°2 du 11 juillet 1940 relatif au chef de l’Etat français
1.5. Acte constitutionnel N°4 du 12 juillet 1940 relatif à la suppléance et à la succession du chef de l’Etat

2. Lois antisémites
2.1. Le premier statut des Juifs : 18 octobre 1940
2.2. Le statut des Juifs Ă©trangers du 18 octobre 1940
2.3. Le second statut des Juifs du 2 juin 1941

3. Charte du travail définie par la loi du 4 octobre 1941

4. Les discours du Maréchal Pétain, chef de l’Etat
4.1. Discours du 17 juin 1940
4.2. 25 juin 1940 : Pétain annonce aux Français les conditions de l'armistice
4.3. Discours du 11 octobre 1940 : l’ordre nouveau
4.4. Discours de Pétain après l’entrevue de Montoire : 30 octobre 1940
4.5. Discours de Pétain du 12 août 1941 : « Le vent mauvais… »

5. Discours de Pierre Laval du 22 juin 1942 : « Je souhaite la victoire de l'Allemagne... »

6. L’appel du 18 juin 1940 du général De Gaulle à la radio de Londres

7. Note de Dannecker concernant lÂ’Ă©vacuation des Juifs de France en juillet 1942

8. La rafle du « Vel d’Hiv » : circulaire de la préfecture de police de Paris aux commissaires d’arrondissement, le 8 juillet 1942

9. Le rapport Röthke

10. Protestation de monseigneur Saliège le 30 août 1942 contre les arrestations de Juifs

11. Le procès de Pétain
11.1. PĂ©tain se Justifie
11.2. Le réquisitoire Mornet
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RĂ©gime de Vichy: textes officiels

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9. Le rapport Röthke

Une tentative de faire publier par Laval la loi sur le retrait de la nationalité des juifs naturalisés après 1927 prévue fut faite en août 1943. Le compte-rendu de Röthke sur son entretien avec Laval est caractéristique.

Sont cités:

- KNOCHEN, BdS : Befehlshaber der Sicherheits polizei, chef de la Police de Sécurité.

- BOUSQUET : Sous secrétaire d’Etat à la police de Vichy.

- GUERARD : Chef de cabinet de Laval.

- GABOLDE : Garde des Sceaux.

- DARQUIER DE PELLEPOIX : Commissaire aux Questions Juives.

IV B BdS SA 225 a

Rö /Ne Paris, le 15 août 1943.

Concerne :loi sur le retrait de la nationalité des juifs naturalisés après 1927.

Entretiens avec Laval et Bousquet à Vichy, le 14 août 1943.

« Le Hauptsturmführer Geissler ainsi que le soussigné se sont rendus dans la matinée du 14 août 1943 auprès de Bousquet et ensuite auprès de Laval, pour conférer avec tous les deux sur les détails de la publication de la loi projetée.

1°- Entretien avec Bousquet. Bousquet, qui devait quitter Vichy le jour même, et qui se rendra à Paris le 16 août, a déclaré que Laval lui avait fait récemment de violents reproches, parce qu’il lui avait fait signer un second projet de loi (le projet Darquier). Bousquet aurait alors rétorqué au Président qu’il ignorait tout d’un second projet. Il connaît, il est vrai, le premier projet, signé par Laval et Gabolde, qui est en sa possession. Au sujet de la publication, il ne pouvait rien dire, cette question étant de la compétence de Laval. (Bousquet a également fait observer qu’on avait insisté auprès de lui pour qu’il fasse reprendre leurs armes aux gardes champêtres et gardes - moissons. Une proposition aurait été faite dans ce sens par le général von Neubronn (?). Lui, Bousquet, considérait que cette mesure était très dangereuse, étant donné que dernièrement, il y avait eu de nombreux cas de sabotage aux machines moissonneuses et des incendies de silos.)

2°- Entretien avec Laval. Le Hauptsturmführer Geissler et le soussigné ont conféré de 12h.30 à 13h.30 avec Laval. En outre, Guérard et le chef de cabinet de Bousquet assistaient à cette conférence. Laval, questionné au sujet de la situation, a déclaré ce qui suit :

Pétain avait pris connaissance des projets de loi. Il avait été très irrité d’apprendre que, conformément à l’un des projets, les femmes et les enfants seraient dénaturalisés eux aussi. Maintenant, Pétain voulait voir les originaux des deux projets. (Le projet Bousquet avait été rapporté par son chef de cabinet. Le projet Darquier, que Laval prétend avoir fait chercher pendant trois jours à Paris et à Vichy, a été enfin « retrouvé » par un secrétaire de Laval, pendant notre conférence, lorsque Laval lui eut demandé à trois reprises de chercher sérieusement.)

Nous avons dit à Laval que nous désirions que le projet Bousquet soit publié d’urgence, et que je devais faire un rapport au BdS qui m’avait envoyé à Vichy à ce sujet. »

Laval a déclaré alors ce qui suit :

a) Il n’avait pas songé, en signant le projet, que nous arrêterions en masse les Juifs touchés par la loi. Or, récemment le BdS le lui avait déclaré expressément. (note manuscrite de Knochen) : « C’est typique. C’est le but de la loi, le renard le sait depuis longtemps »)

J’ai répondu à Laval que les ordres du Führer concernant la solution définitive de la question juive en Europe étaient sans équivoque. A ma connaissance, il avait été convenu, il y a un an, que la solution de la question juive en France aurait lieu par étapes. Voici une année, il avait également été question de la dénaturalisation des juifs naturalisés en dernier lieu, aux fins de leur arrestation et de leur déportation.

b) Laval a prétendu que le projet devait encore être discuté devant le Conseil des Ministres qui aurait lieu le 17 août 1943. Plusieurs ministres le questionneraient certainement, afin de savoir dans quel but une telle loi allait être publiée. Il lui faudrait alors répondre que les Juifs touchés allaient être internés et déportés.

c) Enfin, la loi était d'une telle portée, étant donné son contenu, qu’il fallait qu’elle fût signée par le Maréchal qui, en sa qualité de chef de l’Etat, avait seul le droit d’ordonner les naturalisations et les dénaturalisations. En outre le Maréchal s’intéressait déjà à ces lois ; il fallait donc qu’il en confère d’urgence avec le Maréchal.

Hauptsturmführer Geissler a répliqué à Laval que celui-ci avait signé lui-même les deux projets et qu’il avait déjà fait transmettre officiellement le projet Bousquet.

A ceci, Laval a remarqué qu’il avait des tas de dossiers à signer chaque jour; en particulier, en signant le projet Darquier, il n’avait pensé à rien, croyant que tout était en ordre.

d) Pour Laval, l’obstacle principal contre toute action à l’encontre des Juifs est l’attitude des Italiens. Il avait toujours pensé que nous pourrions déterminer les Italiens à changer d’attitude dans la question juive. Jusqu’à ce jour, rien n’avait été fait. Il fallait comprendre qu’en tant que chef du gouvernement, sa situation était délicate en ce qui concerne les mesures contre les Juifs. En France, il y a quatre réglementations différentes en vigueur contre les Juifs :

- L’ancienne zone d’occupation avec les lois allemandes et françaises ;

- la zone Sud occupée par les Allemands, avec réglementation exclusivement française ;

- la zone d’influence italienne avec réglementation française et ordonnances spéciales italiennes ;

- et les départements du Nord, relevant du secteur du Militärbefehlshaber de Belgique et du Nord de la France.

Il a été répondu à Laval que le règlement de la question juive ne concernait pas seulement la France. Quant à l'attitude des Italiens, il pouvait compter avec certitude qu'un changement interviendrait, mais que toutefois, ce n'était pas une raison pour stopper complètement la solution de la question juive en France.

e) Laval a ensuite déclaré que la loi ne devrait être appliquée que de façon à laisser aux Juifs en question un délai de trois mois pour leur permettre de faire des demandes de dérogations prévues dans le texte (L'insolence devient une méthode ! Note du BdS). En conséquence les mesures de police contre les Juifs touchés par la loi devaient n’être prises que trois mois après la date de sa publication. En zone Sud il ne pouvait autoriser la police française à appliquer une autre procédure.

Si, en zone ancienne d’occupation, nous agissions différemment, il serait obligé, en tant que chef gouvernement, d’élever une protestation. Il savait sans aucun doute ce que nous faisions de ses interventions... (Laval pensait évidemment, et avec raison, à la corbeille à papier.) C’est pour cette raison qu’en zone ancienne d’occupation, il ne pouvait non plus mettre la police française à notre disposition ; si nous voulions opérer avec nos propres effectifs, il ne pouvait pas s’y opposer. J’ai répondu à Laval que nous ne pouvions pas attendre un délai de trois mois. Du reste, suivant mon expérience, tous les Juifs touchés par la loi feraient, pendant ce délai, des demandes de dérogation dont l’examen exigerait un nouveau délai. D’ailleurs il devait être facile pour l’administration française d’établir quels étaient les Juifs qui avaient droit à une dérogation dans le cadre du statut du 2 juin 1941.

Laval pense qu’il ne pouvait s’agir que d’une trentaine de Juifs tout au plus. En tant que le chef du gouvernement, il sera obligé de s’en tenir à l’application exacte de la loi.

En conclusion, il faut constater que le gouvernement français ne veut plus marcher avec nous en ce qui concerne la question juive.

On peut même supposer que lors du prochain Conseil des Ministres, il y aura une telle opposition contre le projet Bousquet qu’il sera repoussé. De plus, on a l’impression que Pétain veut empêcher l’adoption de cette loi, étant donné qu’un grand nombre de Juifs ont mené une attaque en force contre ce projet.

(Quelques minutes avant notre réception par Laval, celui-ci avait reçu le Juif Lambert, Président de l’UGIF en zone Sud. Le Juif Lambert a déclaré au représentant de Darquier que Laval l’avait également reçu quelques instants auparavant, et « qu’il avait porté plainte » auprès du Président au sujet d’arrestation de Juifs en zone sud par des détachements de la Sicherheitspolizei. (Sur ce l’ordre d’arrestation contre Lambert a été lancé par télégramme.)

Par ailleurs, on a l ’impression en l’espèce que Laval ne considère pas comme indésirable une intervention de Pétain. Il lui est très commode de se retrancher derrière Pétain, bien qu’il ait déclaré lors de cette conversation que tout en n’étant pas antisémite, il n’était pas non plus philosémite.

Il en est de même de la prétendue nécessité de soumettre au préalable le projet de loi au Conseil des Ministres. Il n’en a jamais été question auparavant. On a l’impression que Laval cherche par tous les moyens à empêcher la publication de la loi, et de toute manière à la retarder.

Laval fera savoir par l’ambassadeur De Brinon, mardi ou mercredi au plus tard, le résultat du Conseil des Ministres.

Il est proposé de réclamer immédiatement une compagnie de Schutzpolizei, étant donné qu’avec ou sans publication de loi sur le retrait de la nationalité française, il n’est plus possible de compter sur l’assistance à grande échelle de la police française pour les arrestations de Juifs, à moins que d’ici quelques jours ou quelques semaines la situation militaire de l’Allemagne ne change radicalement en notre faveur.

A soumettre au docteur Knochen, SS-Standartenführer, avec prière d’en prendre connaissance, et pour décision ultérieure.

Retourner au IV B BdS.

In Poliakov, « Bréviaire de la Haine », Calman Levy, Press Pocket, 1993, p. 203-206

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