Le ghetto de Dvinsk

1. Dvinsk – Daugavpils (Lettonie)

Dvinsk (Daugavpils en Letton, Dunaburg en Allemand) est une ville du sud-est de la Lettonie, sur le fleuve Dvina. En 1935 Dvinsk compte une population juive de 11.116 personnes sur un total de 45.160 habitants.

2. Premiers massacres

En juin 1940, la ville est incorporée à l'Union Soviétique avec toute la Lettonie. Le 26 juin 1941, les Allemands occupent la ville. Entre le 29 juin et le 2 juillet, tous les mâles juifs âgés de 16 à 60 ans sont arrêtés, torturés et mis au travail forcé. Au bout d’une semaine les Allemands commencent à les exécuter et en date du 16 juillet, 1.150 Juifs ont déjà été assassinés. Hormis quelques médecins et ouvriers spécialisés, le reste des hommes est éliminé. Tous les autres, dont beaucoup avaient échappé aux arrestations, sont dépouillés de leurs biens et propriétés, expulsés de leurs maisons et mis au travail forcé. A la mi-Juillet ils sont tenus de porter l'insigne. La police lettonne et leurs auxiliaires incendient les maisons (parfois encore habitées) sauf deux synagogues.

3. Le ghetto et le Judenrat

Durant la semaine dernière de juillet, les Juifs sont enfermés dans un ghetto dans les casernes de la cavalerie lettone sur les berges de la Dvina, au nord de la ville. Les conditions de vie y sont effroyables. Quelques jours plus tard, des milliers de juifs des villes voisines de Griva, Kraslava, Preili, Viski, et Livani, sont entassés dans le ghetto, portant sa population à approximativement 16.000 personnes. Un Judenrat est formé, qui tente de faire face à la situation… A sa tête, l'ingénieur M. Movshenson dont le père avait dirigé la ville de Daugavpils avant la seconde guerre mondiale. Zaube, le commandant allemand du ghetto de Daugavpils est un homme sans scrupule, d’une extrême cruauté. Il n’hésite pas à abattre lui-même quiconque introduit de la nourriture en contrebande, devant tous les habitants du ghetto pour les effrayer et les humilier.

4. La deuxième vague de massacres

Après avoir établi le ghetto, les Allemands commencent l’extermination systématique de sa population avec l'aide de la police auxiliaire lettone. Selon les registres allemands, 9.012 juifs sont exterminés entre les 13 juillet et 21 août 1941, la plupart dans la forêt de Pogulanka ; 7.000 Juifs sont laissés en vie dans le ghetto. Puis entre le 7 et le 9 novembre 1941, une seconde « Aktion », dirigée par l’Obersturmbannführer Günter Tabbert, 25 ans, élimine entre 3.000 et 5.000 Juifs à Pogulanka. Les ouvriers « qualifiés », sont été épargnés, mais pas leurs familles. Vers la fin du mois de novembre, le ghetto est mis en quarantaine en raison d'une épidémie de typhus, et ceci pour quatre mois, laissant le ghetto dans un quasi abandon : famine et maladie prélèvent leur lot de victimes…

5. Résistance et liquidation

Quand la quarantaine est levée au printemps 1942, il reste 1.000 Juifs. La moitié survit alors au ghetto, l’autre moitié est mise au travail forcé. Le 1er mai 1942, le ghetto est liquidé, et plusieurs centaines de Juifs sont massacrés. Seuls survivent 450 ouvriers, la plupart du temps des jeunes hommes et femmes sans attache. Nombre d'entre eux tentent sans succès de se procurer des armes et de rejoindre les partisans en Biélorussie. En avril 1943, dans le cadre de l’« Aktion 1005 », les Allemands font ouvrir les fosses communes à Pogulanka et dans les autres lieux de massacres afin d’incinérer les cadavres et d'effacer les traces de leurs crimes. Fin octobre 1943, les Allemands transfèrent presque tous Juifs restant dans le camp de Kaiserwald, malgré la résistance armée, mais désespérée, de quelques rares Juifs qui parviennent à s’échapper. Les Allemands maintiennent quelques dizaines d’ouvriers spécialisés, chargés de travaux d’entretien au service des SS et de la police. Ils seront transférés dans des camps à l’ouest à la veille de la retraite allemande en 1944.

6. La libération et l’après-guerre

Le 27 juillet 1944 l'armée rouge occupe Dvinsk. Une vingtaine de Juifs émergent de leurs caches. En 1946, environ 2.000 Juifs sont de retour dans la ville, revenant pour la plupart de Russie. Une nouvelle communauté juive s’établit, mais elle périclite rapidement et en 1972 le cimetière juif est fermé.

Les autorités ont fait élever un mémorial pour les victimes nazies. Il ne fait aucune mention aux victimes juives.