Alsace : la maison alsacienne

1. Unité et diversité de la maison alsacienne

1.1. Préambule

Il y a au sujet de la maison traditionnelle alsacienne une grande confusion. On a tendance à considérer la maison traditionnelle comme seule et unique, disséminée dans toute la région : la traditionnelle maison à colombage de nos campagnes. C’est une erreur. Dans ce domaine, l’Alsace est très multiple et offre une variété de maisons aussi diverses que les lieux où elles sont implantées. Il y a autant de traits communs que de différences et il est important de dégager aussi bien les caractères communs que les différences.

Betschdorf: une belle maison à colombage. (La maison alsacienne)
Betschdorf: une belle maison à colombage. (La maison alsacienne)
Colombage à Ribeauvillé. (La maison alsacienne)
Colombage à Ribeauvillé. (La maison alsacienne)

1.2. Unité de la maison alsacienne

1.2.1. Importance de l’utilisation du bois

Strasbourg centre, rue du Maroquin: superbe façade interprétant les registres de décors des colombages chaises curules, losanges, consoles... (La maison alsacienne)
Strasbourg centre, rue du Maroquin: superbe façade interprétant les registres de décors des colombages chaises curules, losanges, consoles... (La maison alsacienne)

Hormis dans l’habitat de montagne et en Alsace Bossue, de traditions lorraines, où la pierre reste l’élément principal de la construction, le bois se retrouve dans la charpente, planchers, escaliers, mais aussi l’ossature des murs externes et internes et dans le remplissage des espaces entre les pans de bois. L’ossature réalisée, on maçonne une cheminée, puis on remplit les interstices de maçonnerie ou de torchis appliqué sur des palançons. On termine par les planchers et la charpente.

1.2.2. Disposition

Koetzingue. Maison sundgauvienne. (La maison alsacienne)
Koetzingue. Maison sundgauvienne. (La maison alsacienne)

La maison présente presque toujours son côté le moins large, le pignon, sur la rue dont elle est séparée par un petit jardinet. L’entrée se trouve toujours sur le « long pan », avec ou sans escalier selon la déclivité. Généralement, une cave est bâtie côté rue et uniquement sous la salle de séjour (Stub), jamais sous la maison entière. Le porche de la cour comprend deux portes : une porte cochère et un portillon. Le porche est monumental dans le Kochersberg, en pays de Hanau et dans la plaine agricole, mais inconnu en Outre-Forêt, Ried et Sundgau.

Truchtersheim: la ferme Haegenaer dite aussi „s’Korlers“ date du milieu du XVIIIè. Les montants des portillons sont ornés de sièges et de niches coiffées de coquilles. (8 rue de l’église). (La maison alsacienne)
Truchtersheim: la ferme Haegenaer dite aussi „s’Korlers“ date du milieu du XVIIIè. Les montants des portillons sont ornés de sièges et de niches coiffées de coquilles. (8 rue de l’église). (La maison alsacienne)
Une des plus anciennes maisons de Soufflenheim. (La maison alsacienne)
Une des plus anciennes maisons de Soufflenheim. (La maison alsacienne)

1.2.3. Plan

Plan d’une ferme du Kochersberg. (La maison alsacienne)
Plan d’une ferme du Kochersberg. (La maison alsacienne)

La maison proprement dite comporte en général un couloir (« Hüsgang ») avec l’escalier menant à l’étage. A gauche, la « Klein Stub », non chauffée, réservée aux grands parents ; à droite, la « Gross Stub », salle à manger, salle de séjour, salle de réception, chambre à coucher avec alcôve... Ses murs sont lambrissés et son plafond est à caissons dans les maisons les plus cossues. Elle est chauffée au moyen d’un poêle à carreaux de terre vernissée (« Kaecheloffe », « Chunst ») ou un poêle en plaques de fonte (« Plateofe »). Dans le couloir, la porte du fond donne sur la cuisine, petite et exiguë, qui communique elle-même avec un débarras, la souillarde (« Kammerle »).

A l’étage, au-dessus de la cuisine, communiquant avec la cheminée, le fumoir (« Reicherkammerle »), et de part et d’autre du couloir, les diverses chambres à coucher sommairement meublées. Une porte permet l’accès au balcon et un escalier très raide au grenier.

Enfin, le toit est à pente très forte à cause du climat et de la fragilité des matériaux de couverture (Tuile plate « queue de castor » et tuile plate à extrémité pointue pour le Sundgau).

Lit ancien. Musée alsacien Strasbourg. (La maison alsacienne)
Lit ancien. Musée alsacien Strasbourg. (La maison alsacienne)
Plan de l’habitation typique de la Grande Plaine. (La maison alsacienne)
Plan de l’habitation typique de la Grande Plaine. (La maison alsacienne)
Lit ancien. Musée alsacien Strasbourg. (La maison alsacienne)
Lit ancien. Musée alsacien Strasbourg. (La maison alsacienne)

1.3. Diversité de la maison alsacienne

1.3.1. Le village alsacien

Il en faut peu pour donner à la maison alsacienne traditionnelle un charme exceptionnel: alliance de bleu, du blanc rideau,du poutrage rustique chêne et d’une brassée de fleurs ou domine le sang du géranium... (La maison alsacienne)
Il en faut peu pour donner à la maison alsacienne traditionnelle un charme exceptionnel: alliance de bleu, du blanc rideau,du poutrage rustique chêne et d’une brassée de fleurs ou domine le sang du géranium... (La maison alsacienne)

L’habitat alsacien est un habitat groupé, sauf en montagne. Le village se présente en général sous deux types : le village-rue (« Strossedorf ») et le village-tas (« Hüffedorf »). Le village - tas est la forme primitive du village. Il se groupe autour d’une place centrale, souvent plantée d’un tilleul séculaire et lieu de rencontre et d’échanges. En général une rivière où un ruisseau traverse le village, générant jadis un autre point de rencontre traditionnel, le lavoir (« D’Wasch »). Souvent un moulin se situe un peu à l’écart du village.

Autour du village, l’ensemble des terres et des forêts forme le territoire (« d’r Bahn », l’« Etter »), délimité par des bornes et jalonné de croix, calvaires, ou « bancs reposoirs »...

Une particularité fondamentale du village alsacien est que les maisons sont toujours indépendantes les unes des autres et ne partagent jamais de mur mitoyen, comme cela est le cas en Lorraine. Chaque maison est une entité particulière, mais qui s’agence harmonieusement à l’ensemble du village. Cette individualisation reste fondamentalement soumise à la solidarité des autres maisons et finit par faire du village alsacien une parfaite harmonie d’édifices, de places, ruelles, puits, fontaines, tout ce qui confère au village alsacien ce charme nulle part ailleurs égalé.

Au sein même du village existe une hiérarchie qui se manifeste par la maison : il y a la maison des fermiers propriétaires ou « Herrenbauer ». Ceux là possèdent une ou deux grandes fermes cossues, bien ordonnancées, souvent au centre du village. Ils travaillent leurs propres terres ainsi qu’une partie des terres communales, ont droit prioritaire de pâture pour leur bétail...

Autour de leurs fermes, à l’entrée du village, les maisons plus humbles et modestes des « journaliers », simples ouvriers agricoles qui n’ont que la force de leurs bras. Ils possèdent quelques modestes biens, lopins de terres, poules, cochons, mais souvent doivent emprunter au fermier le cheval pour les labours et les gros travaux, contre une partie de leur récolte. Souvent enfin, à l’écart du village, vivent les nécessiteux, familles indigentes, véritablement « au ban » du village, subsistant d’expédients et de charité publique

1.3.2. Les particularités régionales

Grande ferme en U du Kochersberg. (La maison alsacienne)
Grande ferme en U du Kochersberg. (La maison alsacienne)

A partir de ses caractéristiques communes, la maison alsacienne est déclinée en une grande variété, variété due au type d’économie locale ou régionale, à la situation géographique, aux impératifs culturels, au type d’exploitation (pastorale ou agricole)...

Dans la Plaine agricole, le Kochersberg, l’Outre-Forêt, le colombage règne en maître, du rez-de-chaussée au toit. La ferme est disposée « en U » autour de la grande cour intérieure, close par un portail simple ou monumental à deux entrées. Au centre du village, les grandes fermes des paysans riches, les « Herren » ; en périphérie, celles des ouvriers, plus modestes.

Dans le vignoble et le pays de Hanau domine la maison mixte : cave et rez-de-chaussée sont en en pierre de taille, et l’étage est à colombage ; cela répond à l’impérieuse nécessité de la cave à vin et du pressoir.

En montagne vosgienne et en Alsace Bossue (cette dernière faisant partie de l’aire culturelle lorraine) la maison est entièrement en pierre et l’ensemble de ses parties (habitation et ferme) se trouve sous un toit unique...

Dans le Sundgau, la plupart du temps la maison est « monobloc » (« Eindachhüs »), s’étirant en longueur, et le colombage est plus archaïque...

Dans les villes, la structure répond au besoin de loger beaucoup de personnes dans une espace où la surface au sol est réduite : aussi recherche t-on la hauteur en utilisant le système d’étages en encorbellement, ce que permet à merveille le système des pans de bois. Enfin, on développe dans la maison urbaine et bourgeoise toute la palette des décors et de la symbolique ou très souvent la recherche esthétique tient une place majeure.

Gommersdorf. (La maison alsacienne)
Gommersdorf. (La maison alsacienne)
Ferme du Sundgau avec motif de l’arbre de vie sur pignon. (La maison alsacienne)
Ferme du Sundgau avec motif de l’arbre de vie sur pignon. (La maison alsacienne)
Kaysersberg. (La maison alsacienne)
Kaysersberg. (La maison alsacienne)
Orbey en « pays welche » : maison alsacienne de type vosgien du Bas d’Orbey. Façade sud. (La maison alsacienne)
Orbey en « pays welche » : maison alsacienne de type vosgien du Bas d’Orbey. Façade sud. (La maison alsacienne)
Strasbourg Petite France: rue des Dentelles. (La maison alsacienne)
Strasbourg Petite France: rue des Dentelles. (La maison alsacienne)

2. Histoire de la maison alsacienne

2.1. Préambule

En Alsace, la maison rurale est fonction du milieu agricole et sa structure, son plan, sa situation dépend avant tout du type d’activité exercée : ainsi dans le vignoble la priorité, outre l’habitat, est donné à la cave, à l’espace pressoir, au hangar où l’on entrepose le matériel roulant...

Dans les régions céréalière ou de grande culture on donne priorité aux lieux de stockage, grange et fenil ainsi qu’à la cour centrale, vaste pour le mouvement des grandes charrettes; d’autres régions privilégient les séchoirs pour le tabac, les plantes tinctoriales, le chanvre; d’autres enfin, dans les régions d’élevage, s’articulent autour des étables et écuries.

Le système social va aussi influencer les constructions : vastes fermes de riches fermiers au centre, maisons de journaliers et ouvriers agricoles à la périphérie...

2.2. L’époque primitive

Maison à colombage du XVè. Crescentiis, « Von dem Nutz der Dinge ». Strasbourg, 1518. (La maison alsacienne)
Maison à colombage du XVè. Crescentiis, « Von dem Nutz der Dinge ». Strasbourg, 1518. (La maison alsacienne)

L’origine du colombage remonte à la nuit des temps, sans doute aux époques protohistoriques où l’on construisait des huttes à structure de poteaux de bois dont on retrouve quelques traces en Alsace (Une maison de type « néolithique rubané » à été reconstituée à Holtzheim).

Les maisons alsaciennes « à colombage » datent du Moyen Age. Mais les guerres, les incendies, les destructions, et aussi le temps, ont malheureusement fait leur oeuvre et il ne plus guère d'exemplaires de ce que fut la maison alsacienne avant le XVè siècle. L’iconographie fournit certes quelques indices, mais les gravures anciennes n'avaient pas pour but de reproduire les détails avec réalisme, mais plutôt d'évoquer le cadre. Les quelques-unes qui sont encore debout s’étalent du XVè au XVIIè et présentent des caractéristiques communes : poutrage rudimentaire, importance du poutrage horizontal, pièces de bois massives, absence de préoccupation esthétique et de symétrie, parcimonie du bois, panneaux de remplissage plus larges que hauts.

Les fenêtres sont petites et carrées, souvent sans allège. Le toit à bâtière est à deux versants et sans abattant. Il existe rarement une cave, mais une assise de moellons plats sur laquelle est disposée une sablière basse. Ce sont donc des maisons de petite taille, très basses, plus larges que hautes et massives.

Maison à colombage et nid de cigognes du XVè. Brunschwig, Distillierkunst, Strasbourg, 1500. (La maison alsacienne)
Maison à colombage et nid de cigognes du XVè. Brunschwig, Distillierkunst, Strasbourg, 1500. (La maison alsacienne)
Maison à colombages. Au premier plan, ouvriers zingueurs. (La maison alsacienne)
Maison à colombages. Au premier plan, ouvriers zingueurs. (La maison alsacienne)

2.2.1. La maison à poteaux

Evolution de la maison alsacienne à colombages. (La maison alsacienne)
Evolution de la maison alsacienne à colombages. (La maison alsacienne)

La maison « à poteaux » ou« Standerhüs » est sans doute le type de construction le plus ancien, dérivé des techniques de construction des « cabanes » remontant au néolithique. Cette technique consiste à dresser des poteaux ou poinçons, supports verticaux d’un seul tenant, soutenant directement le faîtage et solidaires avec le toit. Ce système divise la maison en deux (ou quatre) nefs dans le sens de la longueur et présente de nombreux inconvénients comme la difficulté d'érection sur des terrains exigus et peu accessibles, la lourdeur et le manque de souplesse, le manque de hauteur et la difficulté de construire en étages.

Une évolution de ce type de maison est la maison dite « à Kniestosk » qui comporte un étage et demi. Elle est caractéristique de la plaine d'Alsace au Bas Moyen Age Ce type de construction n'a été maintenu que dans le Ried et le Sundgau.

Artolsheim : maison à poteaux « Standerhüs » du XVè du Grand Ried. On voit à droite la structure le la maison déterminant 4 nefs. (La maison alsacienne)
Artolsheim : maison à poteaux « Standerhüs » du XVè du Grand Ried. On voit à droite la structure le la maison déterminant 4 nefs. (La maison alsacienne)
Traubach le Bas (secteur de Masevaux) : ferme-bloc du XVIè avec structure à « poteau de fond » et panne faîtière. (La maison alsacienne)
Traubach le Bas (secteur de Masevaux) : ferme-bloc du XVIè avec structure à « poteau de fond » et panne faîtière. (La maison alsacienne)

2.2.2. La maison « médiévale »

Friesen, dans la vallée de la Largue. (La maison alsacienne)
Friesen, dans la vallée de la Largue. (La maison alsacienne)

La maison dite « médiévale » est une autre évolution de l’architecture primitive : sur ce type de bâtiment, dont des spécimens sont encore assez nombreux dans le Sundgau (Obermorschwiller, Retzviller, Ballersdorf, Friesen...), mais aussi dans des cités comme Riquewihr ou Sélestat : l'intérieur des combles prend la forme d'un bateau inversé, car l'entrait n’est plus supporté par des poteaux. En façade, de longues décharges, parallèles à la pente du toit sont assemblées en queue d'aronde sur la sablière d’étage et sur l’entrait. Des décharges viennent s'arc-bouter contre les poteaux, au sommet de ceux-ci, pour leur donner plus de rigidité, tandis que d'autres décharges s’élèvent un peu comme des bras écartés. Cette figure sera reprise plus tard, au XVIIIè siècle, notamment dans le Kochersberg, et donnera le « Mann » puisqu'elle en rappelle la silhouette.

Weyersheim : la maison du XVè
Weyersheim : la maison du XVè

2.2.3. La méthode « des bois longs » ou à poteaux filants

Maison à colombages du Sundgau : mur-pignon. (La maison alsacienne)
Maison à colombages du Sundgau : mur-pignon. (La maison alsacienne)

Grâce à l’utilisation de la ferme rendant la charpente du toit autonome, un énorme progrès est réalisé grâce à la technique dite « des bois longs » : les poteaux corniers sont d’un seul tenant et sans poteau de faîtage. Les pièces horizontales s’y assemblent par tenons souvent consolidés par une semelle. Les solives du plancher sont placées dans le sens de la longueur et leurs abouts émergent sur le pignon et non sur le long pan.

En réel progrès par rapport au type archaïque des « poteaux centraux » la méthode des « bois longs », en vigueur jusque vers le XVIè siècle, sauf dans le Sundgau où elle sera maintenue bien plus longtemps, présente l’inconvénient de sa lourdeur et de sa fragilité. Elle ne s’adapte pas non plus à des constructions en ville où l’on travaille en hauteur, ni à celle en encorbellement, pratique dans les espaces réduits de construction. Mais on trouve encore ce type de maison dans le Sundgau (Ballersdorf, Gommersdorf...), à Weyersheim, Hindisheim, Geispolsheim village, Pfettisheim...

Hagenbach (Sundgau) : maison à « bois longs » de 1683. (La maison alsacienne)
Hagenbach (Sundgau) : maison à « bois longs » de 1683. (La maison alsacienne)
Marckolsheim, Grand Ried : maison archaïque du XVIIè siècle à « Kniestock ». (La maison alsacienne)
Marckolsheim, Grand Ried : maison archaïque du XVIIè siècle à « Kniestock ». (La maison alsacienne)
Structure de la maison à « bois longs » avec abouts de solives sur pignon. (La maison alsacienne)
Structure de la maison à « bois longs » avec abouts de solives sur pignon. (La maison alsacienne)
Structure du colombage « à bois longs ». (La maison alsacienne)
Structure du colombage « à bois longs ». (La maison alsacienne)

2.3. La révolution des « Bois courts » : XVIè-XVIIè

Structure du colombage « à bois courts ». (La maison alsacienne)
Structure du colombage « à bois courts ». (La maison alsacienne)

Vers le milieu du XVIè siècle, l’apparition de cette nouvelle technique d'assemblage des pans de bois transforme la maison en une sorte de vaste jeu de construction, en un ensemble de « boites » superposées constituant l'ossature. Les poteaux corniers sont désormais interrompus au niveau de chaque étage par des sablières d'étage, avec lesquelles ils sont assemblés à mi - bois. La maison gagne en légèreté et en solidité. Elle comporte des pièces de bois principales (poteaux et sablières) qui constituent le « cadre ». Des poteaux intermédiaires (montants) servent de support aux huisseries (fenêtres, portes). Des pièces obliques (décharges) assurent la triangulation et donc la rigidité, facteur de solidité. Enfin des entretoises horizontales verrouillent solidement l’ensemble au premier et au second tiers d'une hauteur d'étage, tout en servant d'appuis et de linteaux aux fenêtres.

Buschwiller, Sundgau : maison archaïque à « bois courts » du XVIIIè. (La maison alsacienne)
Buschwiller, Sundgau : maison archaïque à « bois courts » du XVIIIè. (La maison alsacienne)

Alors que la maison de la plaine agricole est encore fortement marquée d'archaïsmes, dans les villes et dans les bourgs fortifiés du vignoble on construit déjà en hauteur, grâce à des poteaux corniers interrompus à chaque étage et des encorbellements importants. Les toits de cette époque sont tous à deux versants (ou « à bâtière », « Sàtteldach ») et ne comportent pas d'abattants. Le faîtage est fréquemment coupé en ses deux extrémités pour former des croupes (« Wàlm »), comprenant une dizaine de rangs de tuiles (dans le Sundgau elles peuvent en comprendre jusqu'à 30). Des auvents peuvent protéger certaines parties des façades. Balcons et loggias font leur apparition au sommet du pignon à Buswiller en pays de Hanau (1599), à Geispolsheim, dans la grande plaine agricole (1611), à Brumath et Vendenheim, aux environs de Strasbourg, à Gougenheim dans le Kochersberg (1681)… Sur certaines maisons du Sundgau (Geispitzen, Gommersdorf, Ballersdorf, Koetzingue...) ou du Kochersberg (Pfettisheim), des balcons à galeries ornent le mur gouttereau donnant sur la cour.

Erstein, grande Plaine : maison à « bois courts » du XVIIIè siècle. (La maison alsacienne)
Erstein, grande Plaine : maison à « bois courts » du XVIIIè siècle. (La maison alsacienne)

Le décor n'est certes pas encore abondant (losanges, losanges barrés d’une croix de saint André, chaises curules) et est intégré au poutrage. Dans le Sundgau on trouve des motifs qui lui sont propres comme l’arbre de vie à Blotzheim (1600, maison transférée au Japon) ou Hésingue (maison remontée à l'Ecomusée d'Ungersheim) et le disques radié (Koetzingue, Magstatt le Bas et Sierentz). Les inscriptions se limitent à une date, accompagnée parfois des initiales du couple constructeur. Dans les villes du vignoble et sur les maisons bourgeoises, le décor est, dès cette époque, bien plus opulent.

2.4. Le XVIIIè siècle

Diebolsheim, entrée du village. Maison du XVIIIè avec toit à la Mansart. (La maison alsacienne)
Diebolsheim, entrée du village. Maison du XVIIIè avec toit à la Mansart. (La maison alsacienne)

Un essor fondamental est donné avec la reconstruction du pays et son décollage démographique après les guerres meurtrières du XVIIè. Le XVIIIè siècle apparaît comme le siècle d’or de la maison alsacienne traditionnelle. La maison se fait plus spacieuse, mieux agencée, plus belle. Elle bénéficie de techniques nouvelles, apportées par les immigrés, notamment les Suisses. Les plus célèbres de ces charpentiers alpins sont la dynastie prolifique des « Schini » installés à Zutzendorf en pays de Hanau.

La méthode de construction habituelle reste celle des « bois courts » qui offre l’avantage d’une plus grande rigidité grâce aux assemblages « indécrochables » et permet de faire grimper la maison en hauteur sur deux, trois, voire quatre niveaux, avec ou sans encorbellement. La grande majorité des belle demeures à colombage en Alsace datent du XVIIIè siècle, et les techniques de construction se prolongent fort avant dans le XIXè siècle, jusqu’après l’annexion allemande de 1870. Seul le Sundgau garde encore certains traits archaïques.

Berstett : splendide ferme du Kochersberg. (La maison alsacienne)
Berstett : splendide ferme du Kochersberg. (La maison alsacienne)

Désormais, la disposition du poutrage n'est plus seulement fonctionnelle et solide, mais allie le souci d'esthétique, d'harmonie, de symétrie, d'élégance. Les lignes verticales l'emportent très nettement sur les horizontales, donnant aux habitations du XVIIIè siècle des allures élancées, renforcées par les fenêtres désormais plus hautes que larges. Dans le Kochersberg et le pays de Hanau voisin, la figure du « Mànn » placé en position centrale ou à l'angle de deux façades, se répand largement. On emploie de plus en plus de poutres moulurées. Dans ces régions agricoles (plaine agricole, Kochersberg, Pays de Hanau) les portails fermant les cours deviennent imposants. Souvent ils sont sur-bâtis et les chambres des valets sont placées au dessus de la porte charretière et du portillon : on pénètre ainsi dans la cour par un passage abrité le « Durichführ ». Les portails du Kochersberg reçoivent au XVIIIè siècle leurs encadrements caractéristiques en pierre de taille, avec niches et sièges de pierre.

La fausse - croupe se rétrécit jusqu'à ne plus compter que 4 à 6 rangs de tuiles. Par contre, les presbytères et certaines grandes maisons bourgeoises s'inspirent des combles à la Mansart, caractérisés par des côtés brisés pratiquement verticaux. Deux, voire trois auvents superposés font souvent le tour complet de la maison dont ils protègent les ouvertures et les façades contre les intempéries.

Geispolsheim : maisons paysannes. (La maison alsacienne)
Geispolsheim : maisons paysannes. (La maison alsacienne)

Les garde-corps des balcons s'ornent de balustrades impressionnantes constituées de balustres tournés (Quatzenheim, Pfulgriesheim, Truchtersheim en Kochersberg) ou sculptés dans le style Louis XIV ou Louis XVI (Buswiller, Issenhausen en Pays de Hanau). Mais ils peuvent aussi être supportés par des registres de croix de saint André (toute l'Alsace, mais notamment les villages du Sundgau), ou de losanges barrés (Gambsheim dans le Ried Nord). Sur les maisons édifiées par les Schini dans tout le Pavs de Hanau (Buswiller, Obermodern, Wickersheim...), et même dans les contrées voisines, il n'est par rare que deux balcons superposés, aux balustres sculptés très rapprochés, ornent le pignon sur rue.

En matière de chauffage, des poêles en faïence voire en fonte (ces derniers pouvant comporter soit des plaques ornées, soit des tambours superposés), remplacent souvent le poêle en carreaux de terre cuite. Par ailleurs, sur bon nombre d'éviers apparaissent des pompes à bras qui dispensent la ménagère de la fastidieuse corvée d'eau au puits.

L'aisance plus grande se ressent également dans la qualité plus raffinée du mobilier (armoires et buffets à deux corps) en essences nobles (fruitiers) s'inspirant du style français et dans l'ornementation plus poussée de la menuiserie : cloisons d'alcôve souvent marquetées, lambrissage des murs de la « Stub », plafonds à caissons, décor des portes...

Outre les décors intégrés au poutrage (« Mànn et Hàlb – Mànn », losanges, losanges barrés, croix de saint André), répartis de façon harmonieuse sur les façades, des inscriptions plus longues et plus ornementales sont gravées à la gouge sur le poteau cornier ou la sablière d'étage (Outre Forêt et Sundgau). Ces inscriptions conservent une forme héraldique, mais sont souvent compartimentées et accompagnées de symboles divers : emblèmes religieux ou porte-bonheur, outils professionnels… Le nom du couple constructeur y figure désormais en toutes lettres, le nom patronymique féminin étant souvent « féminisé » par un suffixe en « in » (Heitzmannerin à Hirtzbach, dans le Sundgau de 1798, Arbogastin geborene Wurzin à Mittelhausen en Kochersberg (1801)

Dachstein : une ferme. (La maison alsacienne)
Dachstein : une ferme. (La maison alsacienne)
Riespach: belle ferme sundgauvienne avec inscription sur la sablière d’étage. (La maison alsacienne)
Riespach: belle ferme sundgauvienne avec inscription sur la sablière d’étage. (La maison alsacienne)
Magstatt le Bas: maison de 1620 aux admirables motifs symboliques. (La maison alsacienne)
Magstatt le Bas: maison de 1620 aux admirables motifs symboliques. (La maison alsacienne)
Hirtzbach. (La maison alsacienne)
Hirtzbach. (La maison alsacienne)

2.5. Le XIXè siècle

Cleebourg: maison vigneronne du XIXè. (La maison alsacienne)
Cleebourg: maison vigneronne du XIXè. (La maison alsacienne)

La Révolution française laisse certaines traces sur les maisons, notamment des plaques de pierre ou de bois polychrome comportant des allusions à la « République des Francs, une et indivisible » de 1792, comme à Berstett, Mittelhausen et Eckwersheim dans le Kochersberg). L'époque napoléonienne marque pour l'Alsace une période d'ordre, de paix civile et religieuse et une relative prospérité. Mais en 1813 l'invasion des coalisés se solde par l'incendie de villages entiers comme à Souffelweyersheim et Mundolsheim près de Strasbourg, dont toutes les maisons sont donc postérieures à 1818.

Si l’essor de l’industrie, particulièrement à Mulhouse et le développement du chemin de fer naissant facilitent les échanges et la prospérité influent sur les construction : toutes les maisons d'habitation comportent pratiquement une cave sous la « Stub » ou sous l'entrée, hormis dans le Ried où la nappe phréatique est à fleur de sol. La technique d'assemblage des pans de bois est à présent au point et il n'y a plus rien à inventer. Le style du XIXè siècle se caractérise par son élégance mais aussi, et notamment dans les grandes fermes cossues des « Rossrbühre » du Kochersberg et du Pavs de Hanau, par une certaine ostentation dans les dimensions des cours et le luxe du décor en pierre de taille du portail.

Hoffen: grande ferme. (La maison alsacienne)
Hoffen: grande ferme. (La maison alsacienne)

La petite -croupe a tendance à disparaître et l'on revient progressivement au toit « à bâtière » des origines. Vers 1850 les tuileries Gilardoni d'Altkirch inventent la tuile mécanique à emboîtement, dont le succès est très rapide et que l'on panache volontiers avec les tuiles plates, surtout dans les rangs inférieurs où les échandoles sont difficiles à remplacer. Avec le traitement du zinc on voit apparaître les premières gouttières, mais les fermes alsaciennes, dans leur immense majorité, en restent dépourvues, les coyaux du bas de versant remplissant parfaitement leur mission de chasser l'eau de pluie.

Dans le Ried (Baldenheim, Fegersheim, Eschau...) les portails ne comportent que des piliers de grès légèrement sculptés, soutenant des clôtures basses. En Outre Forêt (Seebach, Mothern, Seltz ...) et dans l’Uffried (Sessenheim, Roeschwoog...) les piliers sont couronnés par des bulbes. Aux environs de Strasbourg (Schiltigheim, Vendenheim...) et dans la grande plaine agricole les portails sont le plus souvent en bois. C'est dans le Pays de Hanau et le Kochersberg qu'ils sont les plus impressionnants et les plus richement ornés (Obermodern, Uttwiller, Zutzendorf, Bosselshausen, Issenhausen, Lampertheim, Pfulgriesheim, Truchtersheim, Reitwiller, Quatzenheim, Hurtigheim, Furdenheim...)

Seebach. (La maison alsacienne)
Seebach. (La maison alsacienne)

Les inscriptions deviennent nombreuses dans toute la plaine agricole et conservent le style de leurs devancières du XVIIIè siècle. Geispolsheim en compte plus de 200, tandis que celles de Mundolsheim et de Souffelweyersheim datent toutes de la période très courte de la reconstruction (1817-1818). Dans le Kochersberg et le Pays de Hanau les portails des fermes protestantes s'ornent souvent de plaques de pierre comportant des textes d'inspiration religieuse ou sentencieuse, alors que dans les villages catholiques, ce rôle protecteur revient aux emblèmes religieux (croix, monogrammes « IHS » des inscriptions) ou aux niches comportant des statuettes de saints ou des pietàs.

Hélas la guerre de 1871 coïncide pratiquement avec la fin le la période de construction de maisons. La fièvre de construction « à colombage » est stoppée avec l’apparition de la mode de construction en pierre ou brique.

Wahlbach: belle maison du Sundgau, du XIXè. (La maison alsacienne)
Wahlbach: belle maison du Sundgau, du XIXè. (La maison alsacienne)
Zutzendorf : Superbe ferme « Schini ». (La maison alsacienne)
Zutzendorf : Superbe ferme « Schini ». (La maison alsacienne)
Wolfersdorf, joli village du Sundgau. (La maison alsacienne)
Wolfersdorf, joli village du Sundgau. (La maison alsacienne)
Rideseltz: maison à colombage. (La maison alsacienne)
Rideseltz: maison à colombage. (La maison alsacienne)
Truchtersheim: la ferme Weiss: le porche et la galerie. (La maison alsacienne)
Truchtersheim: la ferme Weiss: le porche et la galerie. (La maison alsacienne)
Vendenheim : ferme du XVIIIè. (La maison alsacienne)
Vendenheim : ferme du XVIIIè. (La maison alsacienne)

2.6. Le XXè siècle

Kintzheim: poteau cornier d’une maison vigneronne. (La maison alsacienne)
Kintzheim: poteau cornier d’une maison vigneronne. (La maison alsacienne)

Sous l'influence de la mode venue de la ville, on a cesse vers 1870 d'édifier des maisons à pans de bois bien que le style des nouvelles constructions en pierre s'en inspire longtemps. En même temps, les maçons - crépisseurs d'origine italienne, immigrés assez massivement, propagent la mode du crépissage sur façades. Bien des colombages sont donc entaillés, recouvert, de treillis de fils de fer ou de véritables armatures de clous et crépis pour ne plus les faire ressembler à des « maisons de paysans », entraînant souvent des dégâts irréparables…

Au début du XXè, les architectes allemands tentent de relancer un style « néo-alsacien » dont les meilleurs exemples sont le lycée des Pontonniers à Strasbourg, le presbytère catholique et l’école primaire de Strasbourg - Robertsau ou le Restaurant Schnokeloch à Strasbourg - Montagne-Verre, primitivement édifié dans le parc de l'Orangerie... Mais sans lendemain.

Le renouveau débute dans les années 1970, grâce à l'action opiniâtre de sensibilisation à la valeur du patrimoine, menée par des associations de sauvegarde et relayées par les pouvoirs publies (publication de la brochure « N'abîmons pas l’Alsace », création d'un « Institut Qualité Alsace » et de « l'Institut des Arts et Traditions Populaires d'Alsace » à l'initiative des deux départements, de prix destinés à récompenser les meilleures restaurations… A la pointe de ce combat, le remarquable travail de l'Association haut-rhinoise « Maisons Pavsannes d'Alsace », animée par Marc Grodwohl, travail matérialisé par le magnifique Ecomusée d'Ungersheim.

Ungersheim : ferme bas-rhinoise. (La maison alsacienne)
Ungersheim : ferme bas-rhinoise. (La maison alsacienne)
Ungersheim: maison de Hésingue de 1574 à 3 nefs et un colombage à „Arbre de vie“. (La maison alsacienne)
Ungersheim: maison de Hésingue de 1574 à 3 nefs et un colombage à „Arbre de vie“. (La maison alsacienne)
Kintzheim, maison vigneronne : l’arbre de vie, motif symbolique rare dans le vignoble, que l’on retrouve surtout dans le Sundgau. (La maison alsacienne)
Kintzheim, maison vigneronne : l’arbre de vie, motif symbolique rare dans le vignoble, que l’on retrouve surtout dans le Sundgau. (La maison alsacienne)

3. Les techniques de construction

3.1. Le colombage

La maison alsacienne à pans de bois : principaux éléments du colombage. (La maison alsacienne)
La maison alsacienne à pans de bois : principaux éléments du colombage. (La maison alsacienne)

La maison alsacienne est oeuvre de charpentier. Le maçon n’intervient que pour le terrassement de la cave, la construction des soubassements, du bloc-cuisinière, du mur de la cuisine, de la cheminée, de l’escalier extérieur... ou dans certaines régions, le rez-de-chaussée. La construction de la maison à pans de bois obéit à des règles très strictes : la première est celle de l'équilibre architectonique. Chaque élément doit concourir à la stabilité de l’ensemble.

Le colombage est avant tout une carcasse de bois destinée à former l’ossature solide de la maison. Mais la symbolique des formes reste présente à l’esprit des bâtisseurs qui jouent avec ces éléments architecturaux, donnant diverses formes, et donc symboles aux assises, allèges, poteaux, décharges et aisseliers.

Maison à « bois courts » avec solives perpendiculaires au mur gouttereau, début du XVIè siècle. (La maison alsacienne)
Maison à « bois courts » avec solives perpendiculaires au mur gouttereau, début du XVIè siècle. (La maison alsacienne)
Structure du colombage : formes du pan de bois en Alsace. (La maison alsacienne)
Structure du colombage : formes du pan de bois en Alsace. (La maison alsacienne)
Structure générale de la maison à colombage : bois courts (à gauche) ; bois longs (à droite). (La maison alsacienne)
Structure générale de la maison à colombage : bois courts (à gauche) ; bois longs (à droite). (La maison alsacienne)

3.1.1. Le pan de bois

Eléments du colombage d’une maison à « bois courts 
Eléments du colombage d’une maison à « bois courts 

Sur une seule et même maison à pans de bois il y a trois « pans » différents, le pan étant constitué par un ensemble de pièces de bois inscrites dans un même plan : le pan horizontal qui comporte planchers et plafonds, supportés par les sablières et les solives ; le pan vertical comprend l’ossature et le remplissage des murs et des cloisons intérieures ; et le pan incliné, fait de la charpente des combles. Ces divers « pans » s'assemblent les uns aux autres - un peu comme les éléments d'un « Meccano » pour constituer ensemble l'ossature, la carcasse de la maison. Tous les éléments de cette ossature sont rigoureusement solidaires les uns des autres afin de concourir à l’équilibre de l’ensemble.

Le triangle, élément essentiel de l'équilibre et de la stabilité, se retrouve partout pour solidifier les éléments horizontaux et verticaux.La triangulation est poussée assez loin et apporte au cadre de la maison alsacienne sa rigidité. La charpente du toit comporte plusieurs triangles appelés « fermes » constitués d’arbalétriers, de l'entrait et/ou du faux entrait et des chevrons et supportant la panne faîtière, lorsque celle-ci existe. Au niveau des façades la triangulation est assurée par les décharges et les aisseliers placés en biais, et par certains éléments à valeur décorative et symbolique intégrés au poutrage (croix de saint André, losanges barrés).

Cette structure présente à la fois suffisamment de souplesse et de solidité pour résister à des séismes, tel de 1396 qui ravagea les maisons en pierre de la ville de Bâle et certains châteaux du Jura et des Vosges, mais n’écroula pas les maisons à colombage, restées quasi intactes.

Structure du colombage : le « Mann » et ses variantes. (La maison alsacienne)
Structure du colombage : le « Mann » et ses variantes. (La maison alsacienne)
Structure de charpente : ferme du toit avec faux entrait. (La maison alsacienne)
Structure de charpente : ferme du toit avec faux entrait. (La maison alsacienne)
Le colombage : types d’assemblages. (La maison alsacienne)
Le colombage : types d’assemblages. (La maison alsacienne)

3.1.2. Le montage de la maison

Structure de charpente : sablière et poteau cornier. (La maison alsacienne)
Structure de charpente : sablière et poteau cornier. (La maison alsacienne)

Contrairement à la maison de pierre ou de brique entièrement montée sur chantier par le maçon, la maison à colombage est l'oeuvre presque exclusive du charpentier dont l'activité essentielle se déroule en atelier, le montage proprement dit ne prenant, la plupart du temps, que quelques jours.

Après avoir relevé sur le terrain les diverses cotes nécessaires (soubassements, escaliers en pierre, principaux axes...) le charpentier réalise un croquis à petite échelle (projet linéaire ou « Uffriss ») représentant l'ensemble de l'ossature en plan, élévation et coupe. Puis il fait un tracé grandeur nature appelé « ételon » (« Rissbode ») sur le sol de son atelier et se livre à l'« appareillage » (« S' Holz zürichte ») : choisir le bois, le mettre à l'épure, tracer les angles de coupe et les assemblages. Les pièces à assembler sont superposées selon la disposition et l'angle qu'elles auront en réalité et les projections des assemblages d'angle ou en longueur (entures) sont tracées sur chaque face en vue de guider les traits de scie.

Puis chaque pièce est marquée d'un chiffre latin selon son emplacement sur une même façade et pour une même hauteur d'étage (d'abord les pièces horizontales comme les sablières, puis les pièces verticales comme les poteaux corniers, les montants, les poteaux intermédiaires, les potelets, ensuite les pièces obliques comme les décharges ou les aisseliers et enfin les entretoises horizontales... Ces marquages s'opèrent en général de gauche à droite. Les étages sont différenciés par l'adjonction aux chiffres d'un ou de deux points. Ce traçage est indispensable pour reconnaître les divers éléments d'un colombage après transport sur le chantier lors du montage définitif.

Assemblage d’angle à tenon et clavette. (La maison alsacienne)
Assemblage d’angle à tenon et clavette. (La maison alsacienne)

Le montage proprement dit est une opération spectaculaire mais relativement rapide. Les éléments des pans verticaux sont solidement assemblés par tenons et mortaises aux sablières qui verrouillent le pan horizontal. Pour l’assemblage des éléments de bois, le charpentier utilise des chevilles de bois, jamais de clous ni de vis en métal. Ce système donne une certaine souplesse à la maison et rend l’ossature démontable assez facilement. La maison alsacienne était considérée non comme un bien immobilier, mais comme un bien mobilier. Des démontages de maisons et des remontages sous d'autres cieux sont monnaie courante : le restaurant Burehiesel (1600) du Parc de l'Orangerie à Strasbourg se dressait jadis au centre de Molsheim ; les maisons de l'Ecomusée d’Ungersheim proviennent de toute l’Alsace, et une maison de Blotzheim a été remontée au Musée de plein air « Little world of man » d'Imai près de Nagoya au Japon.

Lorsque la charpente est en place, l'oeuvre du charpentier s'achève. On fixe alors au faîte un petit sapin garni de rubans qui en principe reste en place jusqu’à ce que le propriétaire ait offerte un solide repas bien arrosé à l’équipe de montage… On fait en général appel au prêtre qui appelle sur la demeure la bénédiction divine, ou, si l’on est protestant, on se rend au temple.

Structure de charpente : l’encorbellement. (La maison alsacienne)
Structure de charpente : l’encorbellement. (La maison alsacienne)
Assemblage sablière de plancher – solive – sablière de chambre – poteau. (La maison alsacienne)
Assemblage sablière de plancher – solive – sablière de chambre – poteau. (La maison alsacienne)
Décomposition d’un assemblage de sablières basses à doubles tenons et clavettes. Grentzingen, Sundgau. (La maison alsacienne)
Décomposition d’un assemblage de sablières basses à doubles tenons et clavettes. Grentzingen, Sundgau. (La maison alsacienne)

3.1.3. Remplissage des murs et finitions

Obermorschwiller : bel exemple de remplissage du colombage : torchis sur palançons. (La maison alsacienne)
Obermorschwiller : bel exemple de remplissage du colombage : torchis sur palançons. (La maison alsacienne)

La carcasse achevée et dressée, reste à remplir ses murs et à réaliser les travaux de menuiserie (planchers, plafonds, portes, fenêtres…) et de maçonnerie (fourneau, cheminée…).

Pour la menuiserie et la maçonnerie, le propriétaire fait appel aux corps de métiers. Pour le remplissage des vides, il s’en chargé généralement lui-même avec l’aide de sa famille : dans des rainures aménagées dans la face interne des pièces de bois du colombage, on place verticalement et horizontalement en les tressant, des planchettes de bois souple (palançons ou « Flachtwarik »), formant ainsi une armature semblable à un panier tressé.

Cette armature sert de support au torchis, (« Lähme » ou « Wickelbodde ») mélange d'argile, de paille, de crin et d'eau, malaxé et appliqué à la main. Ce torchis est soit pressé fortement contre ces palançons, soit appliqué par petits bouchons superposés.

Sur le torchis encore humide on trace des stries destinées à une meilleure adhérence d’un crépi à base de chaux qui sera appliqué plus tard. Le torchis est souvent décoré en petit relief et peint, la plupart du temps en blanc, mais aussi en bleu (couleur de la Vierge chez les catholiques), rouge ou ocre. Souvent le long du premier étage court une galerie de bois avec des balustres sculptés.

Torchis sur palançons tressés de noisetier… (La maison alsacienne)
Torchis sur palançons tressés de noisetier… (La maison alsacienne)
Pfulgriesheim en Kochersberg : décors symboliques du torchis d’une ferme. (La maison alsacienne)
Pfulgriesheim en Kochersberg : décors symboliques du torchis d’une ferme. (La maison alsacienne)
Mitre de cheminée à Imbsheim, pays de Bouxwiller. (La maison alsacienne)
Mitre de cheminée à Imbsheim, pays de Bouxwiller. (La maison alsacienne)
Structure de charpente : le torchis (Truchtesheim). (La maison alsacienne)
Structure de charpente : le torchis (Truchtesheim). (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : décor surmontant une porte d’entrés d’une ferme. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : décor surmontant une porte d’entrés d’une ferme. (La maison alsacienne)
Truchtersheim: Cour intérieur et galerie de la ferme Weiss. (La maison alsacienne)
Truchtersheim: Cour intérieur et galerie de la ferme Weiss. (La maison alsacienne)

3.2. Les matériaux

3.2.1. Le bois

Strasbourg Petite France : belle demeure patricienne. (La maison alsacienne)
Strasbourg Petite France : belle demeure patricienne. (La maison alsacienne)

L’emploi du bois est largement prédominant dans la plaine d'Alsace pour diverses raisons : proximité et abondance des forêts (Hardt, forêt du Rhin, forêt de Haguenau, forêts vosgiennes), facilité relative de préparation, de transport et de mise en œuvre du bois de construction, existence d'une main d'oeuvre qualifiée, possibilité de prélever dans la forêt seigneuriale ou épiscopale certaines poutres maîtresses en nombre limité et le menu bois pour le remplissage, habitudes et traditions des constructeurs, bonne adaptation et bon coefficient d'isolation aux climats continentaux souvent extrêmes, et enfin coût moindre par rapport à l’utilisation et au travail de la pierre.

Les essences de bois les plus fréquemment utilisées sont les conifères dans la plaine agricole où les zones boisées sont plus rares et le chêne à proximité des forêts où cette essence abonde (Forêt de Haguenau, Ried, Sundgau). Le choix de l’essence est aussi fonction de la richesse du propriétaire, le chêne étant beaucoup plus coûteux que le sapin. Il est d'ailleurs fréquent d’utiliser sur une même maison, du poutrage en chêne sur le pignon et la façade sur cour, visibles depuis la rue et du poutrage en sapin, épicéa ou pin sur l’arrière.

Obernai : maison place de l’Etoile. (La maison alsacienne)
Obernai : maison place de l’Etoile. (La maison alsacienne)

Les planchers se composent de solives portant le plancher proprement dit, formé de larges lames de sapin ou de pin, assemblées à rainures et languettes, que les ménagères s'efforcent de tenir aussi propre et blanc que possible à l'aide de sable fin et, plus tard, d'encaustique.

Les plafonds en plâtre sur lattis léger sont généralement accrochés en entrevous (partie de plancher entre deux solives), en laissant apparente la partie inférieure des solives.L'espace entre lattis du plafond et plancher est souvent rempli d'une couche de scories et de plâtras, assurant une bonne isolation thermique et phonique.

Dans la « Stub », les murs sont fréquemment lambrissés (« Getafelt ») sur toute la hauteur, en sapin ou en essences plus « nobles » (ébène, châtaigner, noyer, merisier ou fruitiers). Les plafonds sont souvent traités en caissons. Le lambrissage, d'inspiration Régence, Louis XV ou Louis XVI, est teinté au brou de noix (« Nussebeitz ») mais peut également être marqueté, décoré de peintures polychromes ou de peintures à la suie au pochoir (« Schwarzmohlerei »), notamment la cloison d'alcôve. Dans les autres pièces les murs sont plâtrés et blanchis à la chaux (« Gewisselt »), quelque fois additionnée de colorants, comme le crépi. Vers la fin du XIXè apparaissent les papiers peints, mais on pallie souvent leur prix élevé en demandant au peintre d'appliquer sur les murs, à l'aide de rouleaux spéciaux, de faux papiers peints en trompe l'oeil ou du faux bois appliqué au peigne.

Strasbourg : oriel de la maison des Têtes. (La maison alsacienne)
Strasbourg : oriel de la maison des Têtes. (La maison alsacienne)
Saverne : maisons dans la Grand’Rue : Colombages XVIIè et Renaissance… (La maison alsacienne)
Saverne : maisons dans la Grand’Rue : Colombages XVIIè et Renaissance… (La maison alsacienne)

3.2.2. La pierre

Pfaffenhoffen: Hôtel de Ville et Eglise catholique. (La maison alsacienne
Pfaffenhoffen: Hôtel de Ville et Eglise catholique. (La maison alsacienne

La pierre est réservée aux soubassements (solin), au portail (Kochersberg, vignoble et Pays de Hanau), au passage menant à l'escalier d'entrée, au dallage de l'entrée, aux soupiraux, aux encadrements voûtés des portes de cave et à ceux des portes d'entrée de l'Alsace Bossue, aux puits et aux abreuvoirs adjacents, aux supports des poêles en carreaux de faïence, à l'évier en grès...

Un seul mur de la maison est entièrement maçonné : l'épais mur coupe-feu séparant la cuisine de la « Stub » et de l'alcôve attenante en laissant passer l'air chaud dans le poêle, par un conduit spécial auquel il est directement raccordé. Le maçon se trouve donc confiné dans les travaux un peu subalternes de préparation des fondations, de maçonnage du mur coupe feu et du montage de l’unique conduit de fumée et de son couronnement de sa mitre.

Dauendorf : porte de ferme. (La maison alsacienne)
Dauendorf : porte de ferme. (La maison alsacienne)
Albé : soupirail à pierre coulissante. (La maison alsacienne)
Albé : soupirail à pierre coulissante. (La maison alsacienne)

3.3. Le chauffage




La cheminée à feu ouvert est inconnue en Alsace, tant comme moyen de chauffage que comme moyen de cuisson. C’est la cuisine qui tient un rôle essentiel dans le chauffage. L’âtre, bloc-cuisine maçonné possède en général quatre foyers surmontés d’une hotte. Les foyers servent l’un à chauffer les aliments de la famille, le second à cuire l'alimentation du bétail, le troisième à chauffer la salle de séjour, le quatrième à cuire le pain dans un four faisant saillie sur l’extérieur.

Le mur maçonné de la cuisine est creusé d’un tunnel et communique avec le poêle. A l’origine, c’est un dôme de terre cuite dans lequel on entreposait des pierres qui, chauffées conservaient la chaleur. Puis on cherche à perfectionner ce système en remplaçant le dôme par des carreaux en terre cuite. Ainsi naît le « Kaecheloffe », (« Chunscht » dans le Sundgau) qui devient un véritable « meuble » richement décoré ornant la Stub, avec des variantes régionales. Ce « Kaecheloffe » est utilisé en Alsace dès la fin du Moyen Age. Certains de ces poêles sont de véritables chefs d’oeuvre comme les « Poêles des douze apôtres » ou « Zwelfaposchtelofe ».

Souvent, à la place du Kaecheloffe, on trouve le poêle à plaques de fonte, moulées dans les fonderies de Zinzwiller ou de Lucelle : ce sont des cubes ou des cylindres superposés, les « Plateoffe », dont les plaques sont décorées de scènes bibliques (« Biwelofe »), allégoriques ou d’armoiries... Ces plaques sont amovibles et font l’objet de cadeaux...

Un „Kachelofe“, véritable „chauffage central“ de la maison alsacienne. Musée alsacien Strasbourg. (La maison alsacienne)
Un „Kachelofe“, véritable „chauffage central“ de la maison alsacienne. Musée alsacien Strasbourg. (La maison alsacienne)
Le chauffage de la maison alsacienne. (La maison alsacienne)
Le chauffage de la maison alsacienne. (La maison alsacienne)

3.4. Le toit et la couverture

3.4.1. Le toit

Types de toits de la maison à colombages. (La maison alsacienne)
Types de toits de la maison à colombages. (La maison alsacienne)

Les toits alsaciens présentent une assez forte déclivité (40° à 60°) rendue nécessaire par la faible épaisseur et la relative fragilité du matériau de couverture traditionnel : la tuile plate de terre cuite. La pente est adoucie en bas de versant par un coyau chargé de chasser l'eau de pluie afin qu'elle ne mouille pas la sablière basse.

La forme du toit la plus fréquente et la plus ancienne est le toit à deux versants ou « à bâtière » (« Satteldàch »). A partir du XVIIè siècle, il arrive de plus en plus souvent que l'extrémité du faîtage (au pignon) soit coupée en biais par un abattant ou « petite croupe » (« Wàlm ») : cette croupe prend de l'extension au fil du temps et selon les modes régionales, notamment dans le Sundgau, passant de 3 à 4 rangs de tuiles à une douzaine : demi -croupe ou fausse croupe (« Hàlbwàlm ») voire plus, avant de revenir progressivement au toit à deux versants.

Wissembourg : la maison du sel et son magnifique toit. (La maison alsacienne)
Wissembourg : la maison du sel et son magnifique toit. (La maison alsacienne)

Sur quelques habitations relativement rares (relais de poste) on trouve le toit à quatre pans (« Zeltdach ») et, à partir du XVIIIè, sur certains bâtiments officiels (presbytères, mairies…) on trouve un toit « à la Mansart », caractérisé par un comble brisé à quatre versants très raides.

Les chevrons du toit sont le plus souvent assemblés entre eux sans panne faîtière. L’étanchéité des rives contre l'infiltration d'eau est assurée par un petit relevé de mortier. A la campagne, les lucarnes sont quasi inexistantes, car elles n’ont guère de raison d'être, les granges et hangars offrant largement assez de possibilités de stockage, alors qu'un milieu urbain, où les problèmes de stockage peuvent se révéler vitaux, des combles importants et bien ventilés sont une nécessité primordiale. Lorsqu'il ne s'agit pas de lucarnes rampantes ouvertes horizontalement sur toute la largeur d'un toit (quartiers des tanneurs à Colmar ou à Strasbourg), les lucarnes sont à une pente et leur ouverture, souvent en arc à doucines, ne comporte pas de fenêtre.

3.4.2. La couverture

Couverture double avec tuiles en « queue de castor » ou « Biwerschwanz ». (La maison alsacienne)
Couverture double avec tuiles en « queue de castor » ou « Biwerschwanz ». (La maison alsacienne)

En Alsace, la couverture est rarement faite de chaume. Sauf dans le Ried marécageux produisant joncs et roseaux, la maison est dès le XVIIIè couverte de tuiles plates de terre cuite. Le plus souvent la tuile présente une extrémité arrondie en « queue de castor » ou « Biwerschwànz », d'où son nom. Le Sundgau, au sud, la ville de Colmar, et la ville de Wissembourg au nord, sont couvertes de tuiles à extrémité en pointe. Selon le modèle ou le moule les dimensions des tuiles peuvent varier de 12 à 20 centimètres en largeur et de 24 à 28 centimètres en longueur (soit entre 36 et 80 tuiles au mètre carré en fonction du modèle de pose) La pose peut en effet se faire de trois manières différentes :

La pose « simple » consistant à poser les tuiles côte à côte, en les alignant, de même que leurs joints, dans le sens vertical. L'étanchéité du joint entre deux tuiles est assurée par l'interposition d'une étroite et mince languette de châtaignier, l'échandole ou « Schendel ». Mais les échandoles ont tendance à glisser avec le temps, et leur remplacement est très fastidieux. Cela explique le succès des tuiles mécaniques à emboîtement à partir de 1850 (Tuiles « Gilardoni » à Altkirch).

Lucarnes de toits. (La maison alsacienne)
Lucarnes de toits. (La maison alsacienne)

La pose « double » gagne sur la précédente en efficacité et en élégance, en supprimant le recours aux échandoles pour assurer l'étanchéité. Les tuiles se recouvrent pratiquement de moitié, tant latéralement qu'en hauteur. Bien entendu l'on augmente ainsi le nombre de tuiles au mètre carré, donc le poids et da couverture et son prix.

La couverture « couronnée » est une variante, plutôt rare, de la précédente : les liteaux étant plus espacés, le nez de la deuxième rangée de tuiles s'accroche non pas au liteau lui-même, mais aux talons des tuiles de la première rangée et ainsi de suite.

Les tuiles faîtières sont scellées au mortier, de même que celles couvrant les arêtiers. L'extrémité du faîtage peut comporter certains ornements : un épi en terre cuite, une boule en cuivre surmontée d'une pointe, une girouette (« Watterfahnel » ou drapeau à indiquer le vent), parfois un coeur en terre cuite ou une bouteille protectrice, voire une figurine en terre cuite (coq ou autre animal, destinée à veiller sur la maison. La joubarbe (« Dàchwurzel ») avait un rôle de protecteur contre la foudre...

3.4.3. Les tuiles décorées

Le tuilier est avant tout un artisan. Mais souvent il aime à décorer une tuile, en principe la dernière d'une longue journée de travail, le « Fihrhowezijel » (« tuile de fin de journée »). Cette habitude se systématise rapidement : chaque cinquantième tuile d'un lot est signalée par un décor au poinçon. Cette habitude de marquer les tuiles remonte dans la nuit des temps : puisque la VIIIè légion romaine avait déjà l'habitude d'apposer son poinçon sur les tuiles que fabriquait pour elle l'atelier situé à Koenigshoffen, dans la banlieue de Strasbourg.

Les décors des « tuiles de fin de journée » sont de plusieurs types :

Les tuiles portent aussi, très fréquemment, des motifs religieux : croix, trigramme christique « IHS », coeur planté des clous de la passion ou porte-bonheur comme l’arbre de vie, le soleil irradiant, le triangle équilatéral... Leur fonction n'est plus simplement de mettre la maison à l’abri des intempéries mais, en plus, de la protéger contre les influences malfaisantes, la grêle et la foudre, en la plaçant sous la protection divine.

Cette habitude de disposer sur son toit des tuiles de fin de journée ou des tuiles protectrices se retrouve d’ailleurs en Allemagne et en Suisse.

4. Décors, formes et symboles

4.1. Préambule

Structure du colombage : décors des allèges de fenêtres. (La maison alsacienne)
Structure du colombage : décors des allèges de fenêtres. (La maison alsacienne)

Le colombage présente une grande variété de formes et une diversité de motifs ornementaux, tout en respectant les principes architectoniques. Ainsi le charpentier peut donner libre cours à sa créativité et travailler sur la symbolique et l’esthétique des motifs. On trouve donc dans la maison alsacienne des éléments architectoniques qui revêtent une fonction symbolique, ainsi que les éléments décoratifs faits d’inscriptions et des ornements divers de sculptures, moulures, gravures, peintures réalisées à divers endroits de la maison.

Boersch: belle maison à colombage. Détail : on remarquera la belle chaise curule supportant la fenêtre. (La maison alsacienne)
Boersch: belle maison à colombage. Détail : on remarquera la belle chaise curule supportant la fenêtre. (La maison alsacienne)
Une des formes de l’arbre de vie. Imbsheim, près de Saverne. (La maison alsacienne)
Une des formes de l’arbre de vie. Imbsheim, près de Saverne. (La maison alsacienne)

4.2. Le Mann

Structure du colombage : le « Mann » et ses variantes. (La maison alsacienne)
Structure du colombage : le « Mann » et ses variantes. (La maison alsacienne)

C’est une combinaison technique de poutres verticales et obliques, formant deux K opposés l’un à l’autre, créant un panneau de mur où gâbles et bras obliques font office de décharges, le tout maintenu par des traverses horizontales.

Les formes de Mann sont très variables et peuvent devenir des demi-man ou « Halbmann », des Mann à tête, des Mann d’angle, des Mann à tête imitant la tête de coq avec oeil apparent, cette dernière figure étant assez courante à Bouxwiller ou Sélestat, pays de sorcières où le chant du coq, animal du soleil, fait disparaître les maléfices...

Au départ, le Mann n’a qu’une fonction technique. C’est peu à peu qu’il va acquérir une signification symbolique, celle de la virilité, de la force physique.

Colombages, rue des Juifs. Maison de 1606. (La maison alsacienne)
Colombages, rue des Juifs. Maison de 1606. (La maison alsacienne)
Hoerdt : le “Mann”. (La maison alsacienne)
Hoerdt : le “Mann”. (La maison alsacienne)
Rosheim: Mann à crête de coq et svastika. (La maison alsacienne)
Rosheim: Mann à crête de coq et svastika. (La maison alsacienne)
Lampertheim : cartouche sur montant central d’un Mann. (La maison alsacienne)
Lampertheim : cartouche sur montant central d’un Mann. (La maison alsacienne)

4.3. La croix de Saint André

Cette croix qui forme un X est courante, aussi bien en Alsace qu’ailleurs en France ou en Allemagne. Elle peut être écrasée (« Hosanna ») ou étirée en longueur (« Andreaskritz »). On la trouve aux allèges des fenêtres ou au sommet des pignons. Elle peut aussi décorer des panneaux ou des balustres de balcons. C’est un signe de multiplication, donc de fécondité, aussi bien pour les hommes que pour les bêtes. Lorsqu’elle est doublée, elle signifie l’union de deux êtres.

Le village de Gommersdorf possède de magnifiques maisons à pan de bois traditionnelles du Sundgau. (La maison alsacienne)
Le village de Gommersdorf possède de magnifiques maisons à pan de bois traditionnelles du Sundgau. (La maison alsacienne)
Weyersheim: la symbolique de la maison à colombage… (La maison alsacienne)
Weyersheim: la symbolique de la maison à colombage… (La maison alsacienne)

4.4. Le losange

Dauendorf en pays de Hanau : torchis… (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : torchis… (La maison alsacienne)

Cette figure est très répandue en Alsace, surtout dans le Kochersberg, Pays de Hanau, Outre-Forêt. On trouve des losanges sous forme de frises décoratives, taillées dans les plinthes cachant les sablières d’étages. On trouve le losange particulièrement aux allèges des fenêtres.

La signification du losange est claire : c’est le symbole par excellence de la féminité et de la maternité, combinant le contenant (sexe et ventre maternel) et le contenu à protéger (enfant). Le losange rappelle aussi la mandorle, amande mystique entourant le Christ en gloire dans les tympans romans... La combinaison du losange et de la croix de saint André est extrêmement fréquente et se trouve aussi bien sur la maison d’habitation que sur les étables ; elle signifie multiplication et fécondité, donc une nombreuse famille et un cheptel conséquent...

Le losange barré d’une diagonale est une figure plus rare qui symbolise l’union charnelle de l’homme et de la femme.

Alteckendorf, pays de Hanau. Porte de grange avec motifs symboliques. (La maison alsacienne)
Alteckendorf, pays de Hanau. Porte de grange avec motifs symboliques. (La maison alsacienne)
Dauendorf : belle fenêtre à l’encadrement décoré et à allège en losange varré d’une croix de saint André. (La maison alsacienne)
Dauendorf : belle fenêtre à l’encadrement décoré et à allège en losange varré d’une croix de saint André. (La maison alsacienne)

4.5. La chaise curule

Croisement de deux bras incurvés en S, proche de la croix de St André, la chaise curule est de signification différente. Sa forme évoque le siège des dignitaires Romains, signe de leur fonction. Elle évoque donc la demeure d’un « chef », personnage important ayant droit à certains égards, particulièrement en pays de Hanau. Par extension, elle orne la demeure des grands fermiers. On la trouve en général sur l’assise des fenêtres.

Weyersheim. Maison du “Klein Derfel”: détail du colombage : magnifique chaise curule. (La maison alsacienne)
Weyersheim. Maison du “Klein Derfel”: détail du colombage : magnifique chaise curule. (La maison alsacienne)
Strasbourg centre, rue du Maroquin: superbe façade interprétant les registres de décors des colombages chaises curules, losanges, consoles... (La maison alsacienne)
Strasbourg centre, rue du Maroquin: superbe façade interprétant les registres de décors des colombages chaises curules, losanges, consoles... (La maison alsacienne)
Koetzingue. Maison sundgauvienne. (La maison alsacienne)
Koetzingue. Maison sundgauvienne. (La maison alsacienne)

4.6. Le disque radié d’une croix grecque

Difficile à réaliser en menuiserie, le disque radié d’une croix grecque se trouve surtout dans le Sundgau. Sa signification est assez claire : le cercle représente le soleil, la croix les quatre saisons ou la croix du Christ. Symbole éminent de la vie dont le soleil constitue la source principale. La rosace gothique ne sera que l’extension de cette forme.

4.7. L’arbre de vie

Cette figure est rarissime en Alsace et ne se trouve que dans le Sundgau. Elle est de la plus haute antiquité, puisque utilisée par les civilisations indo-européennes en tant que symbole de la « Source de vie ». Symbole de fécondité, mais aussi de la « Connaissance » du bien et du mal, puisqu’il évoque les temps paradisiaques...

Blotzheim dans le Sundgau : maison archaïque de 1600 avec poutrage à motif d’arbre de vie. Maison aujourd’hui disparue. (La maison alsacienne)
Blotzheim dans le Sundgau : maison archaïque de 1600 avec poutrage à motif d’arbre de vie. Maison aujourd’hui disparue. (La maison alsacienne)
Ungersheim: maison de Hésingue de 1574 à 3 nefs et un colombage à « Arbre de vie ». (La maison alsacienne)
Ungersheim: maison de Hésingue de 1574 à 3 nefs et un colombage à « Arbre de vie ». (La maison alsacienne)

4.8. Ornements divers

Elément fondamental de la charpente, le « poteau cornier » est très souvent orné. Il porte les motifs les plus variés : colonne droite, torsadée, à vis, mais aussi colonne sculptée de personnages, de motifs géométriques ou d’inscriptions dans des cartouches (millésime de la construction, formules christiques...), ces dernières se retrouvant plutôt sur la sablière d’étage dans le Sundgau.

L'ornementation peut aussi être constituée par de magnifiques enseignes artisanales ou par les riches oriels que l’on trouve surtout dans le vignoble ou les villes…

Enfin lorsqu’il existe, le porche de la maison est lui aussi décoré, orné d’une niche réservée à une statuette protectrice ou, comme dans le Kochersberg, de consoles sculptées dont on connaît mal la signification.

Hoerdt : pièce en fer forgé dominant le portail d’une ferme et portant le nom du propriétaire. (La maison alsacienne)
Hoerdt : pièce en fer forgé dominant le portail d’une ferme et portant le nom du propriétaire. (La maison alsacienne)
Soultzbach les Bains : magnifique poteau cornier sculpté
Soultzbach les Bains : magnifique poteau cornier sculpté
Landser, place Principale : détail d’un poteau cornier avec vis sans fin. (La maison alsacienne)
Landser, place Principale : détail d’un poteau cornier avec vis sans fin. (La maison alsacienne)
Durmenach: détail du décor de la maison Niefergold, rue de l’église. (La maison alsacienne)
Durmenach: détail du décor de la maison Niefergold, rue de l’église. (La maison alsacienne)
Colmar: Maison Pfister et Saint Martin. (La maison alsacienne)
Colmar: Maison Pfister et Saint Martin. (La maison alsacienne)



5. Parcours régional

5.1. La maison d’Alsace Bossue

Alsace bossue : région de Butten. (La maison alsacienne)
Alsace bossue : région de Butten. (La maison alsacienne)

Le type de construction traditionnel de l'Alsace Bossue (« s’Krumme Elsàss »), enclave alsacienne sur le plateau lorrain, est une variante à la fois de la maison vosgienne et de celle de la plaine, empruntant à chacune d'elles tel ou tel trait caractéristique. Le colombage est cependant beaucoup moins présent qu’ailleurs en Alsace.

5.1.1. Disposition par rapport à la rue

Altwiller : maison « alsacienne de type lorraine » en Alsace Bossue. (La maison alsacienne)
Altwiller : maison « alsacienne de type lorraine » en Alsace Bossue. (La maison alsacienne)

Contrairement à la maison alsacienne de la plaine, la maison présente son long pan parallèlement à la rue sur laquelle donne son entrée principale. La façade sur rue est précédée d'une sorte de cour non close, l'« usoir » sur laquelle trône traditionnellement le fumier, signe extérieur de prospérité d'une exploitation agricole. Les constructions sont mitoyennes entre elles.

La maison de l'Alsace Bossue abrite sous un toit unique « Eindachhüs » habitation et bâtiments d'exploitation, l'étable jouxtant la cuisine avec laquelle elle communique par une porte étroite. Étable et grange sont précédées, côté usoir, par l'avancée du hangar (Schopf) couvert par un prolongement du toit. Le « Schopf », caractéristique de la maison de l'Alsace Bossue, abrite chariots, instruments aratoires, réserve à bois et clapiers.

L’aspect extérieur des maisons de l'Alsace Bossue, la présence du Schopf et leur disposition par rapport à la rue les apparente plutôt au style de construction de la Lorraine voisine. Mais certains détails comme le matériau de couverture (tuile plate), la forte pente des toits coupée par un coyau, la présence de colombage à certains pignons et surtout l'organisation intérieure de l'habitation les assimilent aux maisons alsaciennes.

Altwiller en Alsace Bossue : ferme de type vosgien à colombage. (La maison alsacienne)
Altwiller en Alsace Bossue : ferme de type vosgien à colombage. (La maison alsacienne)
Alsace Bossue : région de Wolfskirchen. (La maison alsacienne)
Alsace Bossue : région de Wolfskirchen. (La maison alsacienne)

5.1.2. Matériaux de construction

La maison de l'Alsace Bossue fait une large place à l'emploi de la pierre (grès ou calcaire). Les murs sont constitués de moellons et crépis ; les encadrements des portes et des fenêtres, les chaînages d'angle et les corniches sous toiture sont en pierre de taille. On retrouve le colombage sur quelques pignons et à l'étage de certaines maisons (Altwiller, moulin à blé ; Schopperten).

Contrairement aux toits lorrains, ceux de l'Alsace Bossue sont à forte pente avec coyau ; le matériau de couverture le plus fréquent est la tuile plate à queue de castor (« Biwerschwanz ») en « pose simple ». (Tuilier Jacob Kenzel entrait, 1789 – 1837).

5.1.3. Disposition intérieure

Plan d’une ferme d’Alsace Bossue, type lorrain, Altwiller. (La maison alsacienne)
Plan d’une ferme d’Alsace Bossue, type lorrain, Altwiller. (La maison alsacienne)

La porte d'entrée ouvre sur un corridor qui dessert d'un côté la Stub suivie de son alcôve ou d'une chambre, au fond de la cuisine, de l'autre côté la « Näwastub » ou pièce annexe. La cuisine est en communication directe avec l'étable et, contrairement aux autres régions d'Alsace et notamment les plus proches (Pays de Hanau, Kochersberg), le four à pain ne fait pas saillie à l'extérieur de la cuisine mais se trouve implanté entre celle-ci et la Stub.

5.1.4. Éléments de décor

Comparé au reste de la plaine, le colombage de l'Alsace Bossue fait preuve d'une relative discrétion ; la maison est peu ornée. L'élément décoratif essentiel est l'encadrement en pierre de taille de la porte d'entrée à deux battants : l'un étroit et fixe, l'autre plus large et ouvrant. L'encadrement se signale par une imposte vitrée à traverse décorée en pierre de taille, un chambranle mouluré sur tout son pourtour jusqu'au début du XIXè, puis par des montants en grès ornés de losanges étroits allongés et d'ovales surmontés de chapiteaux ioniques. Au-dessus de l'imposte, une importante corniche avec la date d'érection de la maison.

5.1.5. A voir en Alsace Bossue

5.1.5.1. Les incontournables

5.2. La maison d’Outre Forêt

Le terme relativement récent d’Outre Forêt (« Unterwald ») désigne la région située au nord-est du département du Bas-Rhin, au delà de la forêt de Haguenau qui la limite au sud, bordée à l'est par le Rhin, au nord par la frontière allemande du Palatinat jalonnée de ruines de châteaux forts et à l'ouest par les régions industrielles de Reichshoffen - Niederbronn-les-Bains.

La Réforme a trouvé ici un terrain très favorable et si certaines communes sont demeurées catholiques (Schleithal) ou partagées entre les deux confessions (Seebach), les plus nombreuses sont entièrement protestantes. Kuhlendorf possède même le seul temple entièrement en pans de bois apparents d’Alsace.

Hunspach, superbe village d’Outre Forêt. (La maison alsacienne)
Hunspach, superbe village d’Outre Forêt. (La maison alsacienne)
Seebach : ferme traditionnelle. (La maison alsacienne)
Seebach : ferme traditionnelle. (La maison alsacienne)

5.2.1. Disposition des bâtiments

Conformément à la tradition alsacienne, l'habitation principale est perpendiculaire à la rue à laquelle elle présente son pignon. Les dépendances agricoles la prolongent vers l'arrière de la cour et la grange ferme le fond en retour d'équerre. Un bâtiment annexe, plus bas et plus étroit que l'habitation, lui fait souvent face.

On accède à l'entrée par un passage dallé menant à un escalier de pierre à double volée. La cour n'est fermée que par une clôture en bois soutenue par des piliers en grès de section carrée coiffée d'un bulbe (« Ziwelpfoschte »). La cour est ouverte à la vue des passants. Plus rarement, l'entrée de la cour se fait par un passage (« Durichfuehr ») ouvert sous un bâtiment d'exploitation (Hoffen). Dans ce cas, le linteau du passage comporte parfois une inscription (nom du couple constructeur et date d'érection du bâtiment).

Les puits à balanciers (« Schwenkelbrunne ») sont encore très fréquents dans la région.

A Hunspach, certaines maisons possèdent encore des fenêtres aux vitres bombées. Sans doute semble t-il pour ne pas voir à l’intérieur des demeures… (La maison alsacienne)
A Hunspach, certaines maisons possèdent encore des fenêtres aux vitres bombées. Sans doute semble t-il pour ne pas voir à l’intérieur des demeures… (La maison alsacienne)
Seebach, une ferme d’un « Herren Bauer », d’une grand fermier de l’époque. (La maison alsacienne)
Seebach, une ferme d’un « Herren Bauer », d’une grand fermier de l’époque. (La maison alsacienne)
Betschdorf: deux belles maisons traditionnelles que précède un puits à balancier. (La maison alsacienne)
Betschdorf: deux belles maisons traditionnelles que précède un puits à balancier. (La maison alsacienne)

5.2.2. Soubassement

La maison d'habitation repose toujours sur un soubassement maçonné ou en pierre de taille. Ce soubassement est plus ou moins élevé selon la configuration et la pente du terrain. L'habitation n'est pas systématiquement séparée de la rue par un jardinet. Un escalier très raide descend à la porte voûtée de la cave, creusée sous la salle de séjour et donc à l'avant de la cour. Dans certains cas assez rares (Hohwiller), la cave peut être entièrement hors-sol. Les soupiraux sont fermés soit par des volets en bois (quelle que soit leur forme), soit par des volets coulissants en grès, soit « protégés » des influences maléfiques par des fers plats munis de barbillons latéraux (« balais de sorcières » ou « Haxebaase »).

Betschdorf : l’église de Kuhlendorf date de 1820. (La maison alsacienne)
Betschdorf : l’église de Kuhlendorf date de 1820. (La maison alsacienne)
Hoffen. (La maison alsacienne)
Hoffen. (La maison alsacienne)

5.2.3. Poutrage

La plupart des maisons date des XVIIIè ou XIXè siècles. Alors qu'en d'autres régions d'Alsace l'emploi de poutrage en chêne est un signe d'opulence et donc réservé aux maisons des propriétaires aisés, en Outre-Forêt le chêne est le matériau de construction le plus fréquent, y compris sur les maisonnettes les plus simples et les moins riches.

La méthode des « bois courts » est toujours utilisée. Le poutrage est généralement abondant et massif, caractérisé, surtout à partir du XVIIIè, par une évidente recherche artistique (emploi d'éléments cintrés, multiplication des moulures et des losanges barrés de la croix de saint André...). Les lignes verticales l'emportent, conférant aux maisons de cette contrée des allures élancées, tempérées quelque peu par la présence d'abondants auvents qui « encerclent » l'habitation et protègent ses façades du soleil et des intempéries.

Betschdorf: une belle maison à colombage. (La maison alsacienne)
Betschdorf: une belle maison à colombage. (La maison alsacienne)
Hoffen. (La maison alsacienne)
Hoffen. (La maison alsacienne)

5.2.4. Toits

Les toits à petite croupe (« Kuppelwalm ») ont la même forte pente que partout ailleurs en Alsace et le matériau classique de couverture devrait être le même. Toutefois, en raison de la présence à Seltz d'une importante tuilerie, de très nombreuses maisons sont couvertes de tuiles à emboîtement, plus étanches que les tuiles plates en pose simple Certaines comportent même des tuiles vernissées, dont la qualité esthétique et la conformité à la tradition alsacienne sont souvent discutables !

Ancienne ferme à double auvent sur pignon à Hunspach. (La maison alsacienne)
Ancienne ferme à double auvent sur pignon à Hunspach. (La maison alsacienne)
Hoffen. (La maison alsacienne)
Hoffen. (La maison alsacienne)

5.2.5. Fenêtres

Les fenêtres sont plus nombreuses qu'en d'autres régions. Il n'est pas rare que la salle de séjour (« Gross Stub ») des grandes fermes soit éclairée par quatre, voire même cinq fenêtres, deux donnant sur la cour et deux ou trois sur la rue. Elles sont plus hautes que larges et leur linteau est fréquemment cintré. Au XIXè est lancée la mode des vitres bombées vers l'extérieur dont un certain nombre d'exemplaires sont encore visibles (Hunspach). Elles permettent de voir de l’intérieur… sans être vu. D’origine sans doute badoise on les appelle « vitres de Kehl ».

Hunspach, reflets... (La maison alsacienne)
Hunspach, reflets... (La maison alsacienne)
Hoffen : maison à colombage. (La maison alsacienne)
Hoffen : maison à colombage. (La maison alsacienne)

5.2.6. Décor

Seebach. La Mairie. (La maison alsacienne)
Seebach. La Mairie. (La maison alsacienne)

Alors que la maison d'habitation est surtout élégante par ses proportions et par ses auvents, les éléments de décor tels que les losanges barrés de la croix de saint André (aux éléments souvent concaves) se retrouvent plus fréquemment sur l'étable et sur la grange. Symboles de fécondité, ils appellent par conséquent à la prospérité sur les moissons et le cheptel.

Certains décors sont particuliers à l’Outre-Forêt et s’y rencontrent plus fréquemment qu’ailleurs en Alsace :

Les inscriptions sur poteau cornier sont fréquemment gravées dans un cadre imitant la forme d'une maison. Il arrive aussi qu'un décor soit rajouté au badigeon (points à Hunspach, jeu de la marelle ou « Nienersteinel », bras et jambes à valeur talismanique à Retschwiller où l'artiste, un certain Fritz Dietz, a même signé son œuvre…

Betschdorf: une belle maison à colombage. (La maison alsacienne)
Betschdorf: une belle maison à colombage. (La maison alsacienne)
Hoffen : inscription de propriétaire sur poteau cornier. (La maison alsacienne)
Hoffen : inscription de propriétaire sur poteau cornier. (La maison alsacienne)

5.2.7. A voir en Outre Forêt

5.2.7.1. Les incontournables

Seebach, perle de l’Outre Forêt. (La maison alsacienne)
Seebach, perle de l’Outre Forêt. (La maison alsacienne)
Seebach, une ferme d’un « Herren Bauer », d’un grand fermier de l’époque. (La maison alsacienne)
Seebach, une ferme d’un « Herren Bauer », d’un grand fermier de l’époque. (La maison alsacienne)

5.2.7.2. Autres villages

5.2.7.3. Aux confins ouest de l’Outre Forêt

Oberbronn: la mairie et la maison du Boulanger (à droite) de 1740. (La maison alsacienne)
Oberbronn: la mairie et la maison du Boulanger (à droite) de 1740. (La maison alsacienne)
Oberbronn: Oriel de la maison vigneronne de 1610. (La maison alsacienne)
Oberbronn: Oriel de la maison vigneronne de 1610. (La maison alsacienne)
Woerth, rue principale. (La maison alsacienne)
Woerth, rue principale. (La maison alsacienne)

5.3. La maison du pays de Hanau

Le « Pays de Hanau » (« S’Hanauerlandel ») n'est aisé à définir avec précision ni sur le plan historique ni du point de vue géographique, tant les frontières ont varié à travers les siècles au gré des partages, des donations et des guerres entre seigneuries. Dans une région vaste et variée qui englobe aussi bien des villages de montagne (Ingwiller, Lichtenberg…) que ceux des terres fertiles proches du Kochersberg voisin (Bosselshausen, Kindwiller), l'habitat est difficilement caractérisable. Aussi faut-il se contenter d'en brosser les traits les plus généraux.

Le pays de Hanau. Paysage entre Lixhausen et Kirrwiller. (La maison alsacienne)
Le pays de Hanau. Paysage entre Lixhausen et Kirrwiller. (La maison alsacienne)
Le pays de Hanau. Vue de la colline dominant Kirrwiller. (La maison alsacienne)
Le pays de Hanau. Vue de la colline dominant Kirrwiller. (La maison alsacienne)
Pfaffenhoffen: Façade, par Edgar Mahler. (La maison alsacienne)
Pfaffenhoffen: Façade, par Edgar Mahler. (La maison alsacienne)

5.3.1. Disposition des fermes

Obermodern en pays de Hanau. Maison du XVIIè. (La maison alsacienne)
Obermodern en pays de Hanau. Maison du XVIIè. (La maison alsacienne)

Les bâtiments se situent autour d'une cour aux proportions généreuses, notamment sur les importantes exploitations du centre des villages appartenant à des « Rossbüre » (gros propriétaires utilisant des chevaux).

La cour est toujours fermée par un portail qui peut, lui aussi, prendre des proportions monumentales et compter jusqu'à deux portes charretières juxtaposées avec un portillon pour les piétons, formant un véritable « mur portail ». Tantôt ce mur portail est couvert d'un toit à deux pans avec quatre ou cinq rangs de tuiles plates et une rangée de tuiles faîtières, tantôt il est sur-bâti et ménage un passage (« Durichfuehr »).

Le portail proprement dit est le plus souvent rectangulaire mais certains possèdent des portes charretières en arc plein-cintre.

Le pays de Hanau. Bosselshausen. Ferme de 1848. On distingue la figure du « demi-Mann » aux angles. (La maison alsacienne)
Le pays de Hanau. Bosselshausen. Ferme de 1848. On distingue la figure du « demi-Mann » aux angles. (La maison alsacienne)
Bouxwiller: maisons traditionnelles. (La maison alsacienne)
Bouxwiller: maisons traditionnelles. (La maison alsacienne)

5.3.2. Soubassements

La montagne étant proche, le grès d'excellente qualité et les tailleurs de pierre nombreux dans la région, l'usage de la pierre de taille pour les soubassements des habitations est particulièrement courant en Pays de Hanau. On en fait un usage abondant : portes de cave voûtées, armoriées et datées, porches dont les encadrements s'égaient souvent - notamment dans les vallées de la Moder et du Rothbach - de décors à valeur anecdotique ou symbolique, soupiraux ovales ou soupiraux rectangulaires munis d'un volet coulissant en grès, ou encore protégés par les grilles en fer (« balais de sorcières »), destinés à empêcher les sorcières d’entrer.

Le Pays de Hanau est avec le vignoble la région alsacienne où la pierre se marie le mieux et le plus abondamment avec le bois.

Obermodern en pays de Hanau. Grange… (La maison alsacienne)
Obermodern en pays de Hanau. Grange… (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : belle ferme rénovée. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : belle ferme rénovée. (La maison alsacienne)

5.3.3. Portails

Obermodern : porte de ferme, du XIXè. (La maison alsacienne)
Obermodern : porte de ferme, du XIXè. (La maison alsacienne)

Autre caractéristique de la grande propriété rurale du Pays de Hanau : l'abondance et la qualité artistique des grands portails de fermes, poussées pour certains jusqu’à l’ostentation. Les montants du portillon sont toujours en pierre, soit monolithes, soit réalisés en blocs taillés, superposés et sculptés. Son linteau mouluré, en arc surbaissé, est fréquemment surmonté d'une colonnade d'inspiration Louis XIV, en pierre ou en bois, quand les deux matériaux ne sont pas employés simultanément.

Fréquemment aussi le haut du portillon s'orne de trois colonnettes et d'une draperie en bas-relief évoquant le voile du Temple de Jérusalem se déchirant à la mort du Christ.

Parmi les thèmes intervenant souvent dans l'ornementation des portails de la région (Obermodern, Uttwiller...) il y a le coeur, les oiseaux, les bouquets de fleurs stylisées plantées dans un vase carré ou dans un coeur, le soleil en mouvement (ou svastika) vers lequel se tournent des fleurs, certains animaux (cheval, cerf...), des soldats…

Dauendorf : porte de ferme. (La maison alsacienne)
Dauendorf : porte de ferme. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : portail surbâti de ferme avec décors modernes imitant le style traditionnel, réalisés en 1986. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : portail surbâti de ferme avec décors modernes imitant le style traditionnel, réalisés en 1986. (La maison alsacienne)

5.3.4. Le poutrage

5.3.4.1. Archaïsmes

Il subsiste au Pays de Hanau quelques rares témoins d'un style de construction encore archaïsant et hésitant. Si le système des poteaux corniers ininterrompus du sol au toit y a été supprimé, les formes semblent encore à la recherche d'une perfection de proportions, d'élégance et de solidité qu'elles ne trouveront définitivement qu'au XVIIIè siècle. Ce sont des maisons massives, où les lignes horizontales l'emportent sur les verticales, où les fenêtres sont encore plus larges que hautes, où les abouts de solive du plancher haut apparaissent au pignon, où les étages sont en saillie les uns par rapport aux autres (Obermodern, Uttenhoffen).

Dauendorf en pays de Hanau : ferme rénovée. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : ferme rénovée. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : belle ferme rénovée. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : belle ferme rénovée. (La maison alsacienne)

5.3.4.2. Les maisons du XVIIIè et du XIXè

A côté des formes archaïsantes, apparaissent à partir du même XVIIIè siècle les élégantes constructions dues au savoir-faire et au sens artistique des Schini, cette dynastie de charpentiers suisses immigrés à la suite des conditions favorables accordées par Louis XIV au lendemain de la guerre de Trente Ans et qui se sont implantés à Zutzendorf.

Leurs maisons élancées, aux toits à forte pente et à coyau très marqué, se caractérisent surtout par la présence au pignon d'un ou de deux balcons à arcs surbaissés et à balustrade très fournie d’inspiration « Louis XIV », par la dominance du poutrage vertical, par l'abondance des moulures et par une « griffe » très particulière qui constitue comme leur « marque de fabrique ».

Des frises de losanges aux côtés fortement moulurés figurent en grand nombre sur les murs pignons des habitations, sur les allèges de fenêtres et sur les étables.

Obermodern en pays de Hanau. (La maison alsacienne)
Obermodern en pays de Hanau. (La maison alsacienne)
Dauendorf : belle fenêtre à l’encadrement décoré et à allège en losange barré d’une croix de saint André. (La maison alsacienne)
Dauendorf : belle fenêtre à l’encadrement décoré et à allège en losange barré d’une croix de saint André. (La maison alsacienne)

5.3.5. Balcons et balustrades

Autre signe de la richesse de certains grands fermiers du Pays de Hanau : l'abondance des balcons et des galeries à but purement ornemental : dans le mur de clôture, au-dessus du portillon ou du portail, au mur pignon, sur une ou plusieurs façades entières de la cour (Issenhausen).

Les garde-corps ornés de croix de saint André ou de chaises curules sont moins fréquents qu'ailleurs (cette dernière est d'ailleurs réservée ici aux maisons des « Herrenbauer »), par contre les balustres tournés et surtout sculptés dans un style rappelant le Louis XIV prédominent largement.

A noter que dans la magnifique petite ville de Bouxwiller, siège de l'ancien Contré de Hanau-Lichtenberg et résidence des Comtes, les galeries et balcons sont quasi inexistants.

Alteckendorf, pays de Hanau. Porte de grange avec motifs symboliques. (La maison alsacienne)
Alteckendorf, pays de Hanau. Porte de grange avec motifs symboliques. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : décor surmontant une porte d’entrés d’une ferme. (La maison alsacienne)
Dauendorf en pays de Hanau : décor surmontant une porte d’entrés d’une ferme. (La maison alsacienne)

5.3.6. Décor

Obermodern en pays de Hanau. Ferme de 1687 et église. (La maison alsacienne)
Obermodern en pays de Hanau. Ferme de 1687 et église. (La maison alsacienne)

Bien qu'assez méconnues, les fermes du Pays de Hanau figurent parmi les plus impressionnantes, les plus fascinantes et les plus belles d'Alsace. Le décor se trouve dans le poutrage (Mann archaïque ou plus évolué, losanges barrés de la croix de saint André ou seuls, chaises curules...) et dans l'ornementation « rajoutée » (portails ornés de nombreuses sculptures, linteaux de portillons ou corniches de sous toitures ornées de frises de grecques, de denticules ou d'oves...

A Bouxwiller même, le crépi est généralement teinté en ocre et rehaussé de deux liserés rouge et noir. Dans les villages, si la teinte habituelle est le blanc (badigeonnage à la chaux), le bleu dit « de Bouxwiller » est assez fréquent (Alteckendorf). Mais il arrive aussi que des peintres ambulants aient exercé leurs talents sur des façades ornées d'inscriptions ou de véritables peintures polychromes (Issenhausen, 15 rue Principale ; Melsheim, Ringeldorf, Wimmenau....).

Ailleurs, de simples dessins au badigeon « Putzmohlerei » fait de demi-cercles et points ou losanges incurvés (Mitschdorf, Lobsann). Ou encore des dessins naïfs (coqs, poules, fleurs, dates, initiales...) gravés dans le crépi (« Kratzputz ») et parfois rehaussés de pointes de couleurs (Buswiller, Ringeldorf, Zoebersdorf).

Bouxwiller: poteau cornier d’une maison Renaissance de 1670, rue de l’Eglise. (La maison alsacienne)
Bouxwiller: poteau cornier d’une maison Renaissance de 1670, rue de l’Eglise. (La maison alsacienne)
Bouxwiller : Rue du 22 novembre. Maison de 1629. (La maison alsacienne)
Bouxwiller : Rue du 22 novembre. Maison de 1629. (La maison alsacienne)

5.3.7. A voir en Pays de Hanau

5.3.7.1. Les incontournables

Zutzendorf : cette maison a appartenu à la célèbre famille de charpentiers, les  Schini, venus de Suisse au XVIIIè, qui apportèrent à la construction à colombage leur style particulier, où la verticale domine. (La maison alsacienne)
Zutzendorf : cette maison a appartenu à la célèbre famille de charpentiers, les Schini, venus de Suisse au XVIIIè, qui apportèrent à la construction à colombage leur style particulier, où la verticale domine. (La maison alsacienne)
Zutzendorf : Superbe ferme « Schini ». (La maison alsacienne)
Zutzendorf : Superbe ferme « Schini ». (La maison alsacienne)
Zutzendorf : Superbe ferme « Schini ». (La maison alsacienne)
Zutzendorf : Superbe ferme « Schini ». (La maison alsacienne)

5.3.7.2. Autres villages

5.4. La maison du Kochersberg

Plan de la ferme en U ou « Mehrdachhüs », typique des fermes cossues du Kochersberg. (La maison alsacienne)
Plan de la ferme en U ou « Mehrdachhüs », typique des fermes cossues du Kochersberg. (La maison alsacienne)

Il faut se méfier des lieux communs : celui de la fertilité et de la richesse du Kochersberg, « grenier à blé de l’Alsace », de ses paysans « Risch wie a Kocherschbarjer Bür »… Il est vrai que les grandes fermes de cette région dénotent une incontestable réussite matérielle de leurs habitants et que ses terres ont un rendement supérieur à celles d'autres contrées…

Mais le Kochersberg est aussi le pays de l'injustice sociale en raison des coutumes successorales qui voulaient qu’un des enfants hérite de tout (maisons, champs, machines) et qu’aux autres ne reste que le choix de se mettre au service du frère plus chanceux, d'entrer dans les ordres, de faire carrière à l'armée, parfois de faire des études, ou d'émigrer... Mais aussi en raison de la disproportion flagrante entre le « Hof » du gros exploitant, le « Herrenbauer » ou le « Rossbür » (paysan labourant avec des chevaux), celui des petits « Kühbihrle » (paysans labourant avec des vaches) et celui des « journaliers », obligés d'emprunter les machines, les bêtes ou le grain à leur voisin aisé pour « joindre les deux bouts » et endettés en permanence.

L'habitat traditionnel de cette contrée reflète cette situation sociale ou religieuse, car ici, de plus, la commune protestante voisine avec la commune catholique, ce qui se traduit dans l’habitat...

Lampertheim : cartouche sur montant central d’un Mann. (La maison alsacienne)
Lampertheim : cartouche sur montant central d’un Mann. (La maison alsacienne)
Quatzenheim: ferme de 1610 : balcon stylisé. Les fleurs de lys sculptées ne symbolisent pas ici la maison de France. (La maison alsacienne)
Quatzenheim: ferme de 1610 : balcon stylisé. Les fleurs de lys sculptées ne symbolisent pas ici la maison de France. (La maison alsacienne)
Gougenheim, la ferme Klein, 03 rue Saint Laurent, date de 1789. (La maison alsacienne)
Gougenheim, la ferme Klein, 03 rue Saint Laurent, date de 1789. (La maison alsacienne)

5.4.1. Le village du Kochersberg

Gougenheim en Kochersberg: magnifique pignon de 1685. (La maison alsacienne)
Gougenheim en Kochersberg: magnifique pignon de 1685. (La maison alsacienne)

On trouve en général à l’entrée du village traditionnel du Kochersberg de petites maisons basses d'un seul niveau, souvent sans caves : ce sont les demeures des journaliers qui jusqu'à l'apparition du machinisme agricole louaient leurs bras aux gros fermiers. Sans ornement, ces maisonnettes peuvent se compléter d'une petite grange et de quelques dépendances (porcherie, clapier, poulailler, potager, éventuellement étable).

Puis viennent les petites ou moyennes exploitations (une dizaine d'hectares de terres) qui reproduisent, à une échelle réduite les proportions et la disposition des bâtiments de la grande ferme : habitation, grange et hangar (Schopf) disposés en fer à cheval autour de la cour fermée par un muret bas ou un portail plus haut couvert d'un toit à deux pans de tuiles plates et percé d'une porte charretière et d'un portillon.

Structure de charpente : le torchis (Truchtersheim). (La maison alsacienne)
Structure de charpente : le torchis (Truchtersheim). (La maison alsacienne)

Le centre du village enfin est occupé par les grandes fermes dont souvent deux appartiennent au même propriétaire. Il s’agit de la maison la plus caractéristique du Kochersberg, qui est décrite ici. C’est en général cette ferme du « Grossbür » du Kochersberg qu’on cite en exemple lorsqu’on parle de la maison à toits multiples (« Mehrdachhüs ») ou « maison-cour ». Il s’agit de fermes opulentes où les divers bâtiments s’articulent autour d’une vaste cour en différenciant bien le corps d’habitation, les étables et écuries, la grange, les hangars. La cour est généralement fermée par un imposant portail maçonné et couvert d’un petit toit à deux versants. Les piliers du portail sont creusés de niches ou de petits sièges de pierre. Ces grandes fermes ont en général été construites au XVIIIè et au XIXè siècle.

Rares en effet sont les fermes antérieures à la guerre de Trente Ans qui a dévasté la région, faisant disparaître près de 40 hameaux…

On reconnaît ces constructions archaïques par :

Lampertheim : cartouche sur montant central d’un Mann. (La maison alsacienne)
Lampertheim : cartouche sur montant central d’un Mann. (La maison alsacienne)
Quatzenheim: ferme de 1610 : balcon stylisé. Les fleurs de lys sculptées ne symbolisent pas ici la maison de France. (La maison alsacienne)
Quatzenheim: ferme de 1610 : balcon stylisé. Les fleurs de lys sculptées ne symbolisent pas ici la maison de France. (La maison alsacienne)

5.4.2. Le colombage

Lampertheim : ferme du XVIIIè (La maison alsacienne)
Lampertheim : ferme du XVIIIè (La maison alsacienne)

Plusieurs essences de bois sont utilisées pour le poutrage : en général, le chêne se trouve dans les fermes opulentes, sur les façades ornées et visibles de la rue. Le reste (fermes moins importantes, combles, maisonnettes de journaliers, façades arrière) est le plus souvent en sapin.

Sur la maison, les éléments de décor se remarquent :

Gougenheim, rue de Mittelhausen. (La maison alsacienne)
Gougenheim, rue de Mittelhausen. (La maison alsacienne)
Berstett : splendide ferme du Kochersberg. (La maison alsacienne)
Berstett : splendide ferme du Kochersberg. (La maison alsacienne)

5.4.3. Le portail

5.4.3.1. Le portail et ses variantes

On peut distinguer trois types de portails, très différents l'un de l'autre, chacun comportant en plus quelques variantes :

5.4.3.1.1. Le portail bas
Truchtersheim: la ferme Haegenauer dite aussi „s’Korlers“ date du milieu du XVIIIè. Les montants des portillons sont ornés de sièges et de niches coiffées de coquilles. (8 rue de l’église). (La maison alsacienne)
Truchtersheim: la ferme Haegenauer dite aussi „s’Korlers“ date du milieu du XVIIIè. Les montants des portillons sont ornés de sièges et de niches coiffées de coquilles. (8 rue de l’église). (La maison alsacienne)

Il se compose de trois piliers monolithes en grès, de section carrée, supportant les vantaux de la porte charretière (« s’grosse Door ») et du portillon (« s’Daarel »). Le sommet des piliers est parfois taillé en bulbe aplati. Les portes proprement sont constituées de planches verticales sans autre décor qu'un loquet en fer forgé parfois ouvragé. Une variante de ce type comporte un linteau en arc surbaissé au-dessus du portillon, entre les bulbes des montants. Certains portails bas ont des piliers nettement plus hauts, couronnés de vases, pois, glands ou boules en pierre.

5.4.3.1.2. Le portail haut

Il est constitué par un mur de clôture reliant l'habitation principale à l'habitation secondaire réservée aux grands-parents ou à une dépendance ; il est couvert d'un toit à bâtière avec deux fois quatre à cinq rangs de tuiles plates, et couronné d'une rangée de tuiles faîtières.

Ce type de portail comporte toujours deux ouvertures : une porte charretière et un portillon. Les deux peuvent être cintrées (le haut du portillon l'est pratiquement toujours). En règle générale un passage dallé de grès mène jusqu'à l'escalier d'entrée à double volée. Les vantaux des portes et surtout du portillon sont le plus souvent ornés de motifs symboliques : croix, losanges concentriques, soleil rayonnant.

Superbe ferme du XVIIIè à Mundolsheim. (La maison alsacienne)
Superbe ferme du XVIIIè à Mundolsheim. (La maison alsacienne)
Pfulgriesheim en Kochersberg : Portail d’une ferme. (La maison alsacienne)
Pfulgriesheim en Kochersberg : Portail d’une ferme. (La maison alsacienne)
5.4.3.1.3. Le portail surbâti
Truchtersheim: la ferme Weiss, „S’Dewelde“ se trouve au 9, rue de Strasbourg. Elle date de 1821 et comporte deux portes charretières. (La maison alsacienne)
Truchtersheim: la ferme Weiss, „S’Dewelde“ se trouve au 9, rue de Strasbourg. Elle date de 1821 et comporte deux portes charretières. (La maison alsacienne)

A partir du XVIIIè, avec le retour de la prospérité dans les campagnes et la présence d'une nombreuse domesticité dans les grandes fermes, apparaît la mode des portails surmontés d'une construction accolée à l'habitation principale. On pénètre dans la cour par un passage couvert (« Durichfuehr »).

A côté de ces types existent bien entendu plusieurs variantes, dont les portails en bois comportant, au-dessus du portillon, des losanges à claire-voie et (ou) des balustres comme dans le Pays de Hanau voisin.

5.4.3.2. Caractères religieux

Gimbrett. Ferme du XIXè. (La maison alsacienne)
Gimbrett. Ferme du XIXè. (La maison alsacienne)

Une des caractéristiques les plus remarquables des portails du Kochersberg est l'omniprésence sur les montants de grès de niches terminées vers le haut par une coquille de Saint-Jacques et dotées d'un petit siège en pierre, très propices à la conversation avec les voisins ou à la surveillance des faits divers de la rue.

Une autre caractéristique est la différence entre les portails « protestants » et « catholiques » : les portails des grandes fermes protestantes comportent fréquemment une plaque de pierre gravée ou un panneau de bois polychromé, reproduisant un texte biblique ou une sentence proclamant les vertus du travail accompli sous la protection divine.

Neugartheim : vue du village depuis la route de Schnersheim. (La maison alsacienne)
Neugartheim : vue du village depuis la route de Schnersheim. (La maison alsacienne)

Ces plaques sont inconnues dans les villages catholiques où le poteau cornier ou le clausoir de l'arc du portillon sert de siège à une inscription à caractère documentaire ou religieux (monogramme christique « I.H.S. » signifiant « Jesus Hominum Salvator », « Jesus Heiland Seligmacher ») ou au « Hofzeiche » Souvent, dans des niches, on trouve la présence de pietàs ou de statues. Les bans communaux catholiques sont enfin jalonnés de nombreux calvaires.

5.4.4. A voir en Kochersberg

5.4.4.1. Les incontournables

Wasselonne : belle maison ancienne. (La maison alsacienne)
Wasselonne : belle maison ancienne. (La maison alsacienne)
Willgottheim en Kochersberg: Le clocher roman. (La maison alsacienne)
Willgottheim en Kochersberg: Le clocher roman. (La maison alsacienne)

5.4.4.2. Autres villages

Duntzenheim en Kochersberg: magnifique demeure du XVIIIè. (La maison alsacienne)
Duntzenheim en Kochersberg: magnifique demeure du XVIIIè. (La maison alsacienne)

5.5. La maison du Ried Nord ou Uffried

Le Ried Nord ou Uffried, étroite frange de forêts et de terres à tourbe bordant le Rhin au nord de Strasbourg, compte encore suffisamment d'échantillons de ce qui fut son architecture traditionnelle typique, même si de nombreux villages ont été particulièrement touchés par les combats de la seconde guerre mondiale.

L’Uffried, région de Bischwiller. (La maison alsacienne)
L’Uffried, région de Bischwiller. (La maison alsacienne)
Gambsheim : maison place de la Mairie. (La maison alsacienne)
Gambsheim : maison place de la Mairie. (La maison alsacienne)

5.5.1. Disposition des bâtiments

Gambsheim : la mairie. (La maison alsacienne)
Gambsheim : la mairie. (La maison alsacienne)

L'habitation présente son pignon sur la rue. Les dépendances agricoles (granges, écurie, étable, porcherie, verger...) la prolongent vers l'arrière de la cour ou ferment le fond de celle-ci en retour d'angle. La cour n'est jamais dissimulée à la vue des passants dans la rue. Une clôture en planches « Lattezün » ou en grillage est soutenue par des piliers monolithes en grès, de section carrée et à dessus arrondi.

Contrairement au Grand Ried les décors sur piliers de clôture sont exceptionnels et contrairement au Kochersberg ou au Pays de Hanau où les habitations ne sont séparées que par un étroit passage (Schlupf), dans le Ried Nord elles sont moins resserrées et l'abondance de la végétation renforce cette impression d'espace.

5.5.2. Poutrage

Gambsheim : maison, rue de la mairie. (La maison alsacienne)
Gambsheim : maison, rue de la mairie. (La maison alsacienne)

Une sablière basse, posée sur un solin, supporte le poutrage qui descend jusqu'au sol dans la plupart des cas. Mais il n'est pas rare que le mur arrière (côté cuisine) ou tout le rez-de-chaussée soit maçonné. Les poteaux d'angle sont assez massifs et la double sablière d'étage du pignon est cachée par une plinthe profondément moulurée, ou protégée par un auvent.

La disposition des pans de bois est classique, encore que l'on dénote ici ou là une certaine recherche (disposition en « pointes de diamant » ou Mann sans bras mais avec une « tête » ornée de coeurs gravés comme à Gambsheim).

5.5.3. Toits et balcons

Gambsheim : galerie de ferme XIXè. (La maison alsacienne)
Gambsheim : galerie de ferme XIXè. (La maison alsacienne)

Les toits comportent systématiquement une petite croupe (« Kuppelwalm »). Les habitations sont ceinturées par un auvent situé au niveau de la sablière d'étage et deux autres auvents protègent et embellissent nombre de pignons.

Les balcons du Ried Nord sont particulièrement nombreux (surtout à Gambsheim) et ont une fonction exclusivement décorative. Toujours situés au haut du pignon ils correspondent, le plus souvent, au type « loggia » (totalement intégré au volume du bâtiment). Lorsqu'ils sont en saillie vers l'extérieur ils sont supportés par des consoles moulurées. Le haut du balcon peut comporter un arc plein cintre (avec deux ou trois moulures identiques à celles que l'on trouve sur toutes les maisons du Pays de Hanau construites par les charpentiers Schini) ou deux arcs rampants ou surbaissés inscrits entre les poteaux.

Les garde-corps se parent de toute une panoplie d'ornements : frise de 3 losanges barrés de la croix de saint André et imbriqués les uns dans les autres, chaises curules (non réservées à des maisons de « chefs » comme au Pays de Hanau), losanges simples, croix de saint André simples, décharges biaises ou incurvées... Si les interstices demeurent toujours ouverts au centre du balcon, il n'est pas rare qu'ils soient remplis de maçonnerie et crépis sur ses extrémités.

Gambsheim : maison de 1839 place de la mairie. (La maison alsacienne)
Gambsheim : maison de 1839 place de la mairie. (La maison alsacienne)
Gambsheim : maison de 1839 place de la mairie. Cartouche : « En 1839 les époux Jean Georges Mintzer et Gertrude Schnur ont fait construire cette maison ». (La maison alsacienne)
Gambsheim : maison de 1839 place de la mairie. Cartouche : « En 1839 les époux Jean Georges Mintzer et Gertrude Schnur ont fait construire cette maison ». (La maison alsacienne)

5.5.4. Eléments du décor

Gambsheim : grange, place de la mairie. XIXè. (La maison alsacienne)
Gambsheim : grange, place de la mairie. XIXè. (La maison alsacienne)

Les inscriptions gravées sur poteau cornier (millésime de construction, couple constructeur et emblème professionnel) sont plus rares que dans d'autres régions. On en trouve cependant quelques unes à Gambsheim, Herrlisheim, Roeschwoog, Roppenheim, Sessenheim… Outre l'élément ornemental que constituent les auvents et les garde-corps des balcons, on peut voir sur certaines maisons (Gambsheim, Roeschwoog), des décors gravés dans le poteau cornier ou sur des encadrements de fenêtres : cœurs, colonnes à vis « Fihrschrüb », dessins imitant le cannage.

5.5.5. A voir en Uffried

5.5.5.1. Les incontournables

La Wantzenau : maison avec toit à la Mansart. (La maison alsacienne)
La Wantzenau : maison avec toit à la Mansart. (La maison alsacienne)

5.5.5.2. Autres villages

Bischwiller:la Laube. (La maison alsacienne)
Bischwiller:la Laube. (La maison alsacienne)
Bischwiller: une ancienne ferme. (La maison alsacienne)
Bischwiller: une ancienne ferme. (La maison alsacienne)
L’Uffried, région de Bischwiller. (La maison alsacienne)
L’Uffried, région de Bischwiller. (La maison alsacienne)

5.6. La ceinture de Strasbourg et la Grande Plaine

Hoerdt : pièce en fer forgé dominant le portail d’une ferme et portant le nom du propriétaire. (La maison alsacienne)
Hoerdt : pièce en fer forgé dominant le portail d’une ferme et portant le nom du propriétaire. (La maison alsacienne)

Une série de villages et de petites villes sont souvent méconnues, au point de vue de leur patrimoine bâti, car situés à l'écart des grands axes routiers et difficilement classables dans telle ou telle sous région alsacienne : c’est le cas de Saverne, Marmoutier ou Wasselonne qui n'appartiennent ni au Kochersberg ni au Piémont ; c’est le cas de Weyersheim, Brumath, Vendenheim, Lampertheim, Eckwersheim, les Hausbergen, Schiltigheim, Hoenheim, Souffelweyersheim, Wolfisheim, Breuschwickersheim, Entzheim...villages de la grande ceinture strasbourgeoise dont le centre recèle mainte ferme caractéristique.

C’est enfin le cas de la grande plaine agricole dite d'Erstein, coincée entre Ried et vignoble, traversée par le Bruch de l’Andlau et dont certains villages sont remarquables : Geispolsheim, Hindisheim, Valff, Krautergersheim, Kertzfeld, Matzenheim...

Schiltigheim: le centre du vieux village. (La maison alsacienne)
Schiltigheim: le centre du vieux village. (La maison alsacienne)
Weyersheim: la symbolique de la maison à colombage… (La maison alsacienne)
Weyersheim: la symbolique de la maison à colombage… (La maison alsacienne)

5.6.1. Types de maisons

5.6.1.1. La maison archaïque ou archaïsante

Weyersheim : la maison du XVè. (La maison alsacienne)
Weyersheim : la maison du XVè. (La maison alsacienne)

C’est la maison antérieure au XVIIIè (Weyersheim en possède la plus ancienne avec Geispolsheim, du XVè) ou la maison de simples manouvriers et ouvriers agricoles, très souvent postérieure au XVIIè. Elle se caractérise par des poteaux corniers d’un seul tenant (« bois longs »), un toit à bâtière, un seul étage, un poutrage parcimonieux et sans recherche d’harmonie, des fenêtres distribuées souvent au hasard. Quelques-unes de ces maisons possèdent cependant des décors intéressants et démontrent une véritable recherche d’esthétique (Hindisheim, Geispolsheim…)

5.6.1.2. La grande ferme à bois courts

Brumath: la vieille ville le long de la Zorn. (La maison alsacienne)
Brumath: la vieille ville le long de la Zorn. (La maison alsacienne)

Le second type est la grande ferme à « bois courts » : son soubassement maçonné est important et tient souvent lieu de rez-de-chaussée. La maison est en général construite sur une cave. Le poutrage est harmonieux, tant par la proportion des pièces de bois que par leur disposition. La double sablière haute du pignon et l’entrait sont ornés de plinthes moulurées. Sur le gouttereau, les abouts des solives sont apparents. Souvent, un auvent est disposé sur l’entrait… L’ornementation reste sobre (rarement le losange ou le losange barré).

5.6.2. Description de la maison

5.6.2.1. Disposition de l'habitation et des dépendances agricoles

Rue Principale. Au premier plan, une des deux maisons de la Dîme que compte le village. (La maison alsacienne)
Rue Principale. Au premier plan, une des deux maisons de la Dîme que compte le village. (La maison alsacienne)

A certaines variantes près, il y a unité de style entre les exploitations rurales de la ceinture de Strasbourg et celles de la grande plaine agricole, étant entendu que les communes situées à la lisière de sous régions alsaciennes fortement typées (Ried, Kochersberg, Vignoble se ressentent forcément de cette proximité dans le style de leurs fermes.

Vendenheim : ferme du XVIIIè. (La maison alsacienne)
Vendenheim : ferme du XVIIIè. (La maison alsacienne)

La maison d'habitation et les bâtiments d'exploitation sont disposés le plus souvent en fer à cheval autour d'une cour plus petite que celle du Kochersberg ou du Pays de Hanau. Cette cour est en général fermée par un portail à encadrement de bois avec porte cochère et portillon. Les montants, s’ils sont en grès, sont carrés, souvent coiffés d’un bulbe et gravés de cartouches. C'est la richesse des éléments ornementaux de ce portail qui différencie la plupart du temps les fermes entre elles et constitue une sorte de hiérarchie sociale.

5.6.2.2. Poutrage

La disposition du colombage suit l'évolution que l'on peut constater ailleurs en Alsace (excepté le Sundgau) :

Belle maison à colombage à Weyersheim. (La maison alsacienne)
Belle maison à colombage à Weyersheim. (La maison alsacienne)
Hoerdt : le “Mann”.  (La maison alsacienne)
Hoerdt : le “Mann”. (La maison alsacienne)
Geispolsheim: rune Principale. (La maison alsacienne)
Geispolsheim: rune Principale. (La maison alsacienne)

5.6.2.3. Décor

Les inscriptions sur poteau cornier sont particulièrement nombreuses et intéressantes dans des communes comme Souffelweyersheim (postérieures à 1815, année où le village fut incendié), Vendenheim, Lampertheim, Entzheim, Geispolsheim (Plus de 200), Fegersheim, Weyersheim...

Weyersheim. “Cette maison se tient dans la main de Dieu. Que Dieu la protège du feu et de l’incendie. 1766. Jean Acker et Anna Acker ». Cartouche. (La maison alsacienne)
Weyersheim. “Cette maison se tient dans la main de Dieu. Que Dieu la protège du feu et de l’incendie. 1766. Jean Acker et Anna Acker ». Cartouche. (La maison alsacienne)

Ces inscriptions gravées à la gouge comportent, outre des indications précieuses sur la date d'érection de la maison et sur le couple constructeur, d'autres signes à caractère religieux (croix, ostensoirs, monogrammes du Christ...), symboliques ou de porte-bonheur (coeurs, svastikas...), documentaires (emblèmes professionnels), voire politiques (fleurs de lys, couronnes, bonnet phrygien, allusions à la République (« Im 6ten Jahr der Franken Republik ») ou tout simplement ornementales (fleurs, bouquets, oiseaux ... ).

Dans les communes catholiques - les plus nombreuses dans cette région – on note un grand nombre de niches abritant des piétas ou des statuettes de saints au-dessus du portillon ou encore les frises de losanges ornant mainte sablière d'étage (Fegersheim, Geispolsheim...)

Brumath: poteau cornier à vis d’une maison de 1774 rue Basse. (La maison alsacienne)
Brumath: poteau cornier à vis d’une maison de 1774 rue Basse. (La maison alsacienne)
Geispolsheim cartouche du propriétaire de la maison sur le poteau cornier. (La maison alsacienne)
Geispolsheim cartouche du propriétaire de la maison sur le poteau cornier. (La maison alsacienne)
Vendenheim: ancienne ferme de 1782. (La maison alsacienne)
Vendenheim: ancienne ferme de 1782. (La maison alsacienne)

5.6.3. A voir en plaine d’Erstein et bordure de Strasbourg

5.6.3.1. Les incontournables

5.6.3.2. Autres villages

5.7. La maison du Ried

Artolsheim : maison à poteaux « Standerhüs » du XVè du Grand Ried. (La maison alsacienne)
Artolsheim : maison à poteaux « Standerhüs » du XVè du Grand Ried. (La maison alsacienne)

Le paysage actuel des villages du Ried reste aujourd'hui essentiellement constitué de constructions des XVIIIè et XIXè, marqué par endroits de reconstructions consécutives aux catastrophes naturelles ou à la guerre de 1939-1945 (Marckolsheim, Herbsheim, Friesenheim...). Mais les transformations et les aménagements effectués au cours des trente dernières années tendent à en dissiper le caractère spécifique, alors que le paysage rural traditionnel s'est à son tour profondément modifié : labourage des prairies, introduction de la culture du mais et de ses corollaires (irrigation artificielle, désherbage et engrais chimiques), modifications du réseau hydrographique…

La majorité des villages du Ried se présente aujourd'hui sous la forme d'un habitat groupé, disposé selon un schéma radial autour d'un noyau ancien. Chaque époque a apporté sa génération de bâtiments venant ceinturer le noyau d'origine, par ordre décroissant d'importance ; les constructions se présentent perpendiculairement à la rue, la majorité des bâtiments existants encore aujourd'hui datent du XVIII° et XIXè siècle.

Artolsheim : maison à poteaux « Standerhüs » du XVè du Grand Ried. On voit à droite la structure le la maison déterminant 4 nefs. (La maison alsacienne)
Artolsheim : maison à poteaux « Standerhüs » du XVè du Grand Ried. On voit à droite la structure le la maison déterminant 4 nefs. (La maison alsacienne)

La plupart du temps, les villages sont implantés sur des terrains légèrement surélevés, les mettant à l'abri des inondations annuelles. L'augmentation de la démographie dans le Ried au XIXè siècle a obligé les habitants à étendre la superficie des villages dans des zones nettement plus exposées (la cave est un élément qui n’existe que rarement dans les habitations du Ried). L'inondation de 1852 reste aujourd'hui encore ancrée dans la mémoire collective comme une catastrophe naturelle ayant touché en priorité ces « nouveaux quartiers » et ayant causé mort d'hommes.

5.7.1. Caractères généraux

La ferme du Ried se situe habituellement perpendiculairement à la rue. Parfois, les dépendances prolongent le corps d’habitation, formant ainsi une maison bloc. Le plus souvent, le corps de ferme est disposé en retour d’équerre au fond de la cour. L’entrée de la maison est de plein pied. Les caves sont rares, à cause de la nappe phréatique.

Les porches sont absents. La porte d’accès à la cour est peu haute et maintenue par des piliers de grès, souvent ornés de sculptures et de décors en faible relief. Les linteaux des portes sont souvent décorés et portent des monogrammes du Christ (« IHS ») ou des rois mages (« CMB »).

Dans le Ried, le poutrage présente peu d’unité de style par rapport à d’autres régions. Le plus souvent, il descend jusqu’au sol et repose sur la sablière basse, placée elle-même sur un petit solin de moellons. Le colombage est peu orné, sauf dans certaines communes limitrophes de la grande plaine (Osthouse, Fegersheim) Le poutrage du XVIIè est assez épais et parfois fait de pièces courbes. Celui du XVIIIè est bien plus harmonieux, avec de belles plinthes moulurées sur sablière d’étage et entraits et des abouts de solives apparents sur les longs pans. Les balcons sont rares (Osthouse, Ebersheim).

5.7.2. La maison à « Kniestock »

Marckolsheim, Grand Ried : maison archaïque du XVIIè siècle à « Kniestock ». (La maison alsacienne)
Marckolsheim, Grand Ried : maison archaïque du XVIIè siècle à « Kniestock ». (La maison alsacienne)

Le bâtiment le plus ancien que l'on connaisse dans le Ried (fin du XVè siècle) se présente sous la forme d'une maison à « Kniestock » (l'étage est à demi engagé sous les combles) à structure de poteaux de fond (poteaux d'une seule pièce allant du sol au toit). Les bâtiments de ce type sont très souvent des « fermes bloc », « Eindachüs ») groupant sous le même toit le rez-de-chaussée servant d'habitation prolongée par une étable et l'étage réservé au stockage).

Pratiquement jusqu'à la fin du XVIII° siècle ces maisons présentent des pans de bois où les pignons, les murs de refend et les murs gouttereaux reçoivent directement la charge de la toiture (poteaux d'une seule pièce du sol à la base du toit).

Plusieurs des bâtiments du XVIIIè présentent un balcon en pignon supporté par la prolongation des pannes de la base de la charpente. Par cette disposition le balcon se trouve placé au milieu de l'étage et nécessite la présence d'un escalier intérieur en permettant l'accès ; ceci laisse supposer une fonction plus décorative que fonctionnelle. Les toitures présentent parfois des croupes de taille importante.

A la fin du XVIIè siècle ces bâtiments tendent à se simplifier et perdent une bonne partie de leurs éléments décoratifs (absence de balcon, colombage plus simple). Au XVIIIè et XIXè siècle les maisons à Kniestock sont délaissées par les classes paysannes aisées et ne font plus l'objet que de construction modeste empruntant en partie, au début du XIXè siècle, la technique dite « des bois courts » aux maisons à étages.

5.7.3. La maison à étages

Erstein, grande Plaine : maison à « bois courts » du XVIIIè siècle. (La maison alsacienne)
Erstein, grande Plaine : maison à « bois courts » du XVIIIè siècle. (La maison alsacienne)

Ce type de maison est connu dès la deuxième moitié du XVIè siècle dans le Ried, mais ne présente aucun caractère spécifique par rapport aux constructions urbaines de la même époque. Par contre tous les bâtiments construits après la guerre de Trente ans présentent une structure à « bois courts » (structure des étages pratiquement indépendante) contrairement aux maisons à Kniestock. Les balcons prennent beaucoup d'importance et correspondent à des bâtiments d'habitation de paysans riches ou de fonctionnaires ruraux.

Le caractère des maisons à étages tend à s'uniformiser entre le début du XVIIIè siècle et le milieu du XIXè siècle. Les sablières d'étages doubles sont moulurées, les étages présentent deux rangées de traverses horizontales, les croupes sont réduites, certains bâtiments de plan presque carré au sol présentent une toiture à quatre pans.

Il existe également une version simplifiée de ces bâtiments, d'apparence plus modeste, avec toitures à croupe plus importante et simple rangée de traverses horizontales par étage, sablière d'étages unique en pignon. Au XVIIIè, le cartouche (initiale du propriétaire de la maison et de sa femme, date de construction), gravé le plus souvent sur le poteau cornier, au rez-de-chaussée ou à l'étage, devient plus fréquent.

5.7.4. Les maisons basses

Au XVIIIè et surtout au début du XIXè siècle, la population du Ried augmente de façon significative grâce à l'intensification et à la modernisation de l'agriculture et à l'introduction d'activités industrielles telles que le tissage (extension des activités de la vallée de Ste Marie ans Mines). Cette période voit la construction de maisons individuelles de taille réduite, modestes d'apparence, ne comprenant qu'un rez-de-chaussée en maçonnerie ou en briques crues (habitation de journalier, de tisserand). Ces habitations sont particulièrement visibles à la sortie des villages où elles forment de véritables quartiers.

5.7.5. Les bâtiments agricoles

L'exploitation agricole de la fin du Moyen Âge ou du début du XVIè siècle devait se présenter sous la forme d'une ferme-bloc. Peu à peu les bâtiments tendent à se dissocier. Au XVIIIè siècle, partant de la maison d'habitation à pignon sur rue, les bâtiments agricoles, écurie, étable, grange (éventuellement porcherie et logement de domestiques) se répartissent en L ou en U autour de la cour. L'ensemble peut être fermé côté rue par un petit bâtiment à usage de distillerie (« Schnapshiesel »). La grange occupe dans la majorité des cas le fond de la parcelle. La fin du XVIIIè siècle verra l'augmentation en volume du bâtiment construit en enfilade derrière la maison d'habitation à laquelle il est le plus souvent accolé et qu'il dépasse nettement en largeur et en hauteur. Coté cour, le porte à faux important de la toiture est supporté par une rangée de poteaux ; le bâtiment ouvert sur trois côtés préfigure les hangars agricoles modernes. Un bâtiment spécifique à la région apparaît : le séchoir à tabac.

5.7.6. Les clôtures

Un des matériaux les plus utilisés dans le Ried pour la confection de murs de clôture a été le galet du Rhin noyé dans le mortier, avec des assises de tuiles faciles à mettre en oeuvre. Autrefois très répandus, il n'en reste plus que quelques exemples. Le « Lattazün », clôture de planches supportés régulièrement par des poteaux de grés était également très fréquent.

5.7.7. A voir dans le Ried

5.7.7.1. Les incontournables

5.7.7.2. Autres villages

Obenheim dans le Ried. (La maison alsacienne)
Obenheim dans le Ried. (La maison alsacienne)
Ottmarsheim: maison de 1680. (La maison alsacienne)
Ottmarsheim: maison de 1680. (La maison alsacienne)
Urchenheim. Jardin. (La maison alsacienne)
Urchenheim. Jardin. (La maison alsacienne)

5.8. La maison du Val de Villé

Le Val de Villé : vue de l’entrée de vallée des hauteurs de la montagne du Haut Koenigsbourg. A droite on distingue l’Ortenbourg. Au centre, l’Ungersberg. (La maison alsacienne)
Le Val de Villé : vue de l’entrée de vallée des hauteurs de la montagne du Haut Koenigsbourg. A droite on distingue l’Ortenbourg. Au centre, l’Ungersberg. (La maison alsacienne)

Le Val de Villé occupe une position privilégiée comme lieu de passage entre le plateau lorrain et la plaine d'Alsace. Au Moyen Age, les ducs de Lorraine et les Habsbourg s'assurèrent le contrôle de cette voie économique et stratégique. Le Val de Villé a gardé des empreintes profondes des influences lorraine et alsacienne qui ont modelé, au cours des siècles, son patrimoine culturel. Ce double héritage roman et germanique est révélé clairement par l'architecture rurale. Dans leur grande majorité les maisons paysannes du Val de Ville appartiennent au groupe de l'habitat vosgien. Cependant, dans certains villages dialectophones comme Breitenbach ou bâtis, il existe quelques exemplaires d'un type d'habitat sensiblement différent : les maisons à étable et cellier contigus, pratiquement inconnues ailleurs en Alsace.

5.8.1. La ferme vosgienne du val de Villé

5.8.1.1. Généralités

La ferme vosgienne du Val de Villé est une maison-bloc, beaucoup moins large que les fermes des Vosges lorraines, mais construite, comme elles, en pierres et subdivisée dans le sens de la longueur en trois, voire quatre travées : le logis, sous lequel se trouve le cellier, la grange, l'étable et parfois une remise plus on moins importante abritant un atelier artisanal. L'exiguïté des terres, leur morcellement et leur forte déclivité ont toujours obligé le paysan du Val de Ville à pratiquer en même temps la polyculture vivrière et l'élevage, mais aussi la viticulture et même une activité artisanale ou industrielle.

Conformément à la tradition vosgienne, les maisons sont en général parallèles à la rue, sauf dans la partie du Val débouchant sur la plaine. Souvent pour disposer d'une cour à l'avant et d'un accès au fenil à l'arrière, la maison est placée dans le sens des courbes de niveau, à moins que le constructeur n'ait décidé de tirer parti de la dénivellation pour aménager un cellier bien dégagé sous l'habitation ; dans ce cas le bâtiment est perpendiculaire aux courbes de niveau.

Le logis se trouve obligatoirement situé à l'est ou au sud du bâtiment, c'est-à-dire vers l'aval ; à l'ouest, du côté de la pluie et des vents dominants, un mur épais et sans ouverture ainsi qu'un vaste toit défendent la maison contre les intempéries.

Les fermes sont séparées les unes des autres, mais au centre de certains villages, comme Neuve-Eglise, Maisongoutte, Steige, la place étant rare, il existe des maisons jointives par les pignons. Comme en Lorraine, on trouve parfois des constructions jointives par le pignon arrière et organisées symétriquement par rapport à ce dernier.

La cour remplit les fonctions de l'usoir lorrain. A l'arrière, près de la remise, se dresse, pendant la belle saison, la pile de bois à scier. En bordure de la rue et en face de l'étable, le tas de fumier. Devant le logis est aménagé un jardin potager qui s'étend jusqu'à la limite parcellaire. L'arrière du bâtiment est réservé au verger, si toutefois la pente du terrain le permet.

5.8.1.2. Le toit

Le Val de Villé : vue sur l’Ungersberg, Saint Maurice, Saint Pierre Bois et l’église Saint Gilles. (La maison alsacienne)
Le Val de Villé : vue sur l’Ungersberg, Saint Maurice, Saint Pierre Bois et l’église Saint Gilles. (La maison alsacienne)

Jadis les maisons du Val de Ville étaient en majorité recouvertes de chaume. Au cours du XIXè siècle, ce mode de couverture est remplacé par la tuile plate selon la méthode de couverture simple (tuiles jointes bord à bord avec en dessous une échandole de bois assurant l'étanchéité).

Les toits des maisons du Val de Villé accusent en moyenne une pente de 45°, qui nécessite l'emploi d'une panne faîtière : c’est un compromis entre le toit pentu alsacien et le toit lorrain. Mais il y a beaucoup d’exceptions et on trouve des toits pointus à l'alsacienne jusqu'à Steige et des toits à pente vosgienne dès l'entrée orientale de la vallée.

Le toit à deux longs pans est souvent coupé à l'une ou même aux deux extrémités par une demi croupe, rarement par une petite croupe. Quelquefois le pignon est remplacé, surtout du côté ouest, par une croupe droite. Cette dernière peut se prolonger vers le bas par le toit d'un appentis et former à l'arrière du bâtiment un véritable bouclier contre les intempéries.

5.8.1.3. Le Logement

Les murs en pierres du logis sont recouverts d'une épaisse couche de crépi qui ne laisse à découvert que les parties des pierres taillées : chaînes d'angles et encadrements des portes et des fenêtres. Parfois les trois murs du premier étage sont à pans de bois.

L'accès du logis se fait depuis la cour par une porte pratiquée dans le mur gouttereau et ornée d'un encadrement en pierre taillée. Le linteau est souvent orné d'inscriptions et de sculptures (date de construction, initiales du propriétaire, symboles christiques, outils révélant la profession du maître des lieux…). Beaucoup de linteaux sont surmontés d'une imposte ou « haut-jour » qui éclaire le corridor.

L'aménagement intérieur suit le schéma traditionnel des maisons alsaciennes. La porte d'entrée s'ouvre sur un corridor qui aboutit à la cuisine. Entre le corridor et le mur pignon antérieur se situent deux autres pièces d'habitation : la « Stub » et une pièce plus petite servant traditionnellement de chambre à coucher pour les enfants, la « Kammer ». Cette pièce donne sur l'arrière du logis. Primitivement aucune de ces deux chambres ne communiquait avec la cuisine froide et enfumée. Entre le corridor et la grange sont aménagées d'autres pièces réservées à l'habitation ou au travail artisanal.

Le premier étage, auquel on accède par un escalier partant du corridor reprend la subdivision du rez-de-chaussée. Le comble sert généralement de fenil. On peut trouver une ou deux chambrettes destinées à l'entreposage des céréales ou des alcools provenant de la distillation des fruits, spécialité du Val de Villé.

5.8.1.4. La grange, l’étable et la remise

La partie du bâtiment réservée à l'exploitation agricole suit la tradition lorraine. La grange est normalement contiguë au logis. Cette disposition centrale facilite le déchargement du foin des voitures sur le fenil qui occupe, de part et d'autre de la grange, à l'avant la partie libre du comble, à l'arrière le dessus de l'étable. L'accès à la grange s'effectue depuis la cour par une porte charretière cintrée encadrée de bois ou de grès. Dans certains villages existe un accès direct au fenil par l'arrière grâce à un « pont » reliant le verger au toit du bâtiment. Les murs gouttereaux sont percés de trous « aérateurs » en pierre aux formes variées.

L'étable est aménagée dans la troisième travée du bâtiment et supporte le fenil principal du bâtiment. Dans le Val de Villé, elle n'est jamais bien grande et témoigne de la pauvreté passée des paysans de la vallée. Placée à l'extrémité du bâtiment, la remise ou « Schopf » a souvent été ajoutée au bâtiment après sa construction. Bâtie du côté des vents dominants, elle protège l'arrière de la maison et sert à l'entreposage du bois de chauffage, des outils, des voitures. L'atelier du maître de maison y trouve sa place, ainsi que le four à pain et l'alambic.

5.8.1.5. Le cellier

La présence d'un cellier sous l'habitation constitue le caractère le plus original de la maison du Val de Villé. A l'exception d'Urbeis, tous les autres villages pratiquaient autrefois la culture de la vigne. De nos jours, elle ne se cultive plus qu’à bâtis et Breitenbach. Le cellier se trouve en général sous la Stub et la Kammer, les deux pièces d'habitation reposant sur un plancher. Dans les villages du haut des vallées, le cellier est profondément enterré. On y accède par un escalier d'une dizaine de marches. Dans le bas de la vallée il constitue parfois le rez-de-chaussée du logis (Maisongoutte, Triembach-au-Val). La porte du cellier peut alors jouxter la porte d'entrée de l'habitation située au premier étage. Ces maisons ressemblent fort aux demeures du vignoble alsacien, mais possèdent toujours une grange et une étable disposées à la manière vosgienne.

Le cellier communique avec la cour par l'intermédiaire d'une porte percée dans le mur gouttereau. Cette porte toujours cintrée est assez large pour livrer passage à un gros tonneau ; elle possède un encadrement en pierres taillées. La porte en bois à deux battants s'orne sur sa partie extérieure d'assemblages de planchettes fort divers, en forme de chevrons, de losanges (symbole de la fécondité) dans la partie inférieure, de soleil radiant dans le haut. Les soupiraux sont fermés à l'aide d'une pierre coulissante.

Les maisons à étable et cellier contigus.

Les villages dialectophones de Breitenbach et bâtis, situés dans deux vallons latéraux du versant nord du Val de Villé, ont conservé quelques exemplaires d'un habitat montagnard différent du type vosgien : les maisons à étables et cellier contigus. Ce sont des bâtiments monobloc, aux dimensions souvent modestes, dont l'axe est perpendiculaire aux courbes de niveau.

5.8.1.6. Le rez-de-chaussée

Le rez-de-chaussée en pierres donne à l'avant, de plein pied avec une petite cour rectangulaire ouvrant sur la rue ; que l'arrière s'enfonce dans la pente du terrain en assez forte déclivité. Le rez-de-chaussée comporte à l’avant le cellier sous la Stub, et l'étable vers l’arrière, les deux côte à côte et communiquant avec l'extérieur par deux portes. Le cellier est considéré comme le local noble et se situe donc du même côté que la porte d'entrée principale du logis. Il est doté d'une large porte cintrée ornée d'un encadrement en pierres taillées.

5.8.1.7. Le premier étage

Au premier étage se trouve le logis. Pour ses murs extérieurs, les constructeurs ont plus souvent préféré le pan de bois à la pierre. L'aménagement intérieur correspond à celui des maisons alsaciennes de la plaine. La porte d'entrée principale possède dans les maisons en pierre un linteau sculpté mentionnant la date de construction du bâtiment et les initiales du propriétaire. Cette porte communique au moyen d'un escalier de quelques marches avec la cour latérale.

5.8.1.8. Le comble

Le comble est traditionnellement réservé au fenil. On y accède de l'extérieur par une lucarne à foin installée dans le long pan du toit, ou une porte pratiquée dans le pignon arrière. Deux petites pièces, aménagées à l'avant du comble sont destinées au stockage des céréales et de l'eau-de-vie. L'une d'elles communique par une porte avec la galerie simple ou double qui orne le pignon sur route. Ces galeries sur pignon sont particulièrement nombreuses à bâtis. Leur garde-corps ajouré est souvent embelli par des figures de poutrage ou une balustrade en bois. Le toit à deux pans présente parfois une demi-croupe.

5.8.1.9. La grange

Au cours du XVIIIè siècle, sous l'influence des fermes vosgiennes que l'on construisait alors en grand nombre, on prit l'habitude d'ajouter une grange à l'arrière du logis des bâtiments déjà existants ou de l'incorporer au plan des nouvelles constructions.

5.8.2. A voir dans le Val de Villé