Alsace : l’art roman en Alsace

1. Généralités

1.1. Principes architecturaux

Il n'existe pas en France de grande église qui ait une voûte en pierres et qui soit en même temps plus vieille que l'an 1000

Saint Guilhem le désert (Hérault). Chevet de l’abbatiale, avant 1076
Saint Guilhem le désert (Hérault). Chevet de l’abbatiale, avant 1076
Saint Michel de Cuxa (au pied du Canigou, dans les Pyrénées orientales : vue générale. Une des plus anciennes abbatiales préromanes encore bien conservée (950-974
Saint Michel de Cuxa (au pied du Canigou, dans les Pyrénées orientales : vue générale. Une des plus anciennes abbatiales préromanes encore bien conservée (950-974

De la fin du Xè et jusqu'au milieu du XIè on rencontre l'architecture « lombarde » ou « pré-romane ». Le plan est le même celui que l'église romane. Mais il y a très peu d’ornementation intérieure. Par contre les églises lombardes ont un décor extérieur significatif : il consiste sur les murs extérieurs en pilastres plats de faible saillie réunis tout en haut par de petites arcatures : ce sont les bandes lombardes. Mais surtout, ces églises ont les nefs couvertes avec une charpente en bois (D'où grand risque d'incendie).

Saint Guilhem le désert (Hérault). Vue générale de l’abbaye. L’église abbatiale date du XIè
Saint Guilhem le désert (Hérault). Vue générale de l’abbaye. L’église abbatiale date du XIè
Saint Michel de Cuxa: la tour
Saint Michel de Cuxa: la tour

Les grandes églises lombardes en France sont Saint Michel de Cuxa (Pyrénées Orientales), Saint Guilhem le Désert (Hérault), Aime (Savoie)… En Alsace, l'église de Marmoutier (quoique romane) offre sur sa façade un bel exemple de bandes lombardes.

Saint Michel de Cuxa: le cloître et l’abbatiale
Saint Michel de Cuxa: le cloître et l’abbatiale
FR67MARM0004.jpg|Marmoutier, l’abbatiale : la façade.}

Le grand problème pour les bâtisseurs du XIè est de concevoir une nef de grande surface avec une voûte en pierres. La première solution trouvée est la solution romane.

Aime en Savoie, la basilique saint Martin, construite en style lombard au début du XIè siècle
Aime en Savoie, la basilique saint Martin, construite en style lombard au début du XIè siècle

1.2. Les voûtes romanes

Il existe différents types de voûtes romanes :

C'EST A LA VOÛTE QU'ON RECONNAIT L'ÉGLISE ROMANE.

1.3. Le « système » roman

Les premiers à construire des voûtes en pierre sur de vastes nefs sont les moines bénédictins de l'ordre de Cluny et les cisterciens de Cîteaux, au XIème. Tout ce siècle est celui des expériences, car dès le début, les premières voûtes, trop lourdes, jettent par terre murs et piliers sur lesquels elles reposent. A cette poussée, il faut donc répondre par une contre poussée, un contrebutement qui va équilibrer la poussée première. Cela se fait en plusieurs étapes :

Architecture romane : système de poussées, de contre poussées et de contrebutement
Architecture romane : système de poussées, de contre poussées et de contrebutement

1.3.1. Equilibre de la voûte en berceau

Structure générale d’une église romane de type basilical. Ici, saint Etienne de Nevers
Structure générale d’une église romane de type basilical. Ici, saint Etienne de Nevers

La voûte en berceau, même étroite, exerce une forte poussée, une force oblique tout au long des murs sur lesquels elle repose, et tend à les écarter violemment : à Saulieu, en Côte d'Or, l'écartement varie de 5m33 à 6m33 entre deux travées. Les constructeurs s'appliquent donc à construire des murs très résistants, en les faisant les plus épais possibles. A Issoire, ils ont 1m, et à Aulnay de Saintonge 1m90. On les construit aussi moins hauts : L'EGLISE ROMANE EST DONC MASSIVE.

Système d’équilibre architectural : la solution romane et la solution gothique
Système d’équilibre architectural : la solution romane et la solution gothique
Bourg Charente. Eglise du Prieuré Saint Jean. Les trois coupoles sur pendentifs du prieuré Saint jean de Bourg Charente recouvrent tout le vaisseau et la croisée de l’édifice
Bourg Charente. Eglise du Prieuré Saint Jean. Les trois coupoles sur pendentifs du prieuré Saint jean de Bourg Charente recouvrent tout le vaisseau et la croisée de l’édifice

Ces murs sont ajourés le moins possible : les fenêtres sont rares et étroites : le problème de la voûte entraîne ainsi le problème de l'éclairage : la lumière arrive dans la nef le plus souvent de manière indirecte, à travers les bas-côtés ou les tribunes. Comme la plupart des églises possèdent des bas-côtés, on perce dans les murs de la nef des grandes arcades en arcs appareillés. Mais pour que ces arcades soient plus solides, on les double par le dessous avec un deuxième arc plus étroit : c'est ce qu'on appelle une arcade à double rouleau.

Les divers types de murs dans la basilique romane
Les divers types de murs dans la basilique romane
Architecture romane : les principaux types de voûtements et systèmes de contrebutements
Architecture romane : les principaux types de voûtements et systèmes de contrebutements
Conques : église abbatiale sainte Foy. La tribune sur bas-côté et la croisée
Conques : église abbatiale sainte Foy. La tribune sur bas-côté et la croisée

Ces murs solides, il faut les empêcher de tomber vers l'extérieur, en les poussant en sens inverse de la poussée de la voûte, en les « contrebutant ». Le problème de la voûte entraîne donc aussi celui du contrebutement. Les constructeurs renforcent donc les murs à l'extérieur, par des contreforts.

Contrefort roman
Contrefort roman
Poitiers, Notre Dame la Grande : la nef voûtée en berceau plein cintre
Poitiers, Notre Dame la Grande : la nef voûtée en berceau plein cintre

A l'intérieur, les constructeurs soutiennent le berceau par le dessous, à intervalles réguliers, à l'aide d'arcs saillants appliqués sous la voûte et nommés « arcs doubleaux ». Ces arcs reposent sur des pilastres engagés ou des demi-colonnes engagées dans les murs et nommés dosserets.

Supports romans : colonnes et piliers
Supports romans : colonnes et piliers
Architecture romane : élévation de trois travées à trois étages : grandes arcades, tribunes, fenêtres hautes
Architecture romane : élévation de trois travées à trois étages : grandes arcades, tribunes, fenêtres hautes
Saint Nectaire : vue générale de l’église du prieuré
Saint Nectaire : vue générale de l’église du prieuré

Il y a encore d'autres procédés de contrebutement :

Clermont Ferrand, Notre Dame du Port : Nef centrale. Les bas-côtés sont voûtés en quart de cercle et surmontée de tribunes
Clermont Ferrand, Notre Dame du Port : Nef centrale. Les bas-côtés sont voûtés en quart de cercle et surmontée de tribunes
Saintes, saint Eutrope. Il ne reste de roman de « l’église haute » que le bas-coté sud
Saintes, saint Eutrope. Il ne reste de roman de « l’église haute » que le bas-coté sud
Fontenay en Côte d’Or : l’abbaye cistercienne : le bas-côté sud voûté en berceaux transversau
Fontenay en Côte d’Or : l’abbaye cistercienne : le bas-côté sud voûté en berceaux transversau

Ainsi, les masses des diverses parties de la bâtisse romane sont complémentaires pour l'EQUILIBRE de la construction.

Structure générale d’une église romane de type basilical. Ici, saint Etienne de Nevers, autre vue
Structure générale d’une église romane de type basilical. Ici, saint Etienne de Nevers, autre vue
Coupe d’une église romane de plan basilical : ici une église à tribunes, saint Etienne de Nevers
Coupe d’une église romane de plan basilical : ici une église à tribunes, saint Etienne de Nevers

1.3.2. Equilibre et progrès de la voûte d'arêtes

La voûte d'arêtes localise la grosse partie des poussées sur les quatre points d'appui, sur lesquels elle repose, les PILES. Elles sont utilisées dès le début pour les travées des bas-côtés. Le mur reçoit moins de poussée, et on peut alors risquer d'y percer des fenêtres plus spacieuses.

Architecture romane : la voûte d’arêtes romane des bas-côtés exerce une poussée sur les supports des angles de la travée
Architecture romane : la voûte d’arêtes romane des bas-côtés exerce une poussée sur les supports des angles de la travée
Architecture romane : voûte en berceau et voûte d’arêtes
Architecture romane : voûte en berceau et voûte d’arêtes
Vézelay (Yonne), basilique sainte Madeleine. La nef : vue depuis le chœur et vue depuis le narthex.
Vézelay (Yonne), basilique sainte Madeleine. La nef : vue depuis le chœur et vue depuis le narthex.

A partir du XIIè, les constructeurs veulent utiliser la voûte d'arêtes clans la nef, pour réaliser l'éclairage direct de celle-ci. Mais ils rencontrent trop de difficultés (Passage du carré au rectangle de la travée), et on abandonne le système des nefs en voûtes d'arêtes (sauf à Sainte Madeleine de Vézelay, Saint Lazare d'Avallon, Saint Philibert de Dijon, Anzy le Duc, Sainte Marie de Laach).

Avallon : collégiale saint Lazare : la nef centrale de 6 travées est voûtée d’arêtes
Avallon : collégiale saint Lazare : la nef centrale de 6 travées est voûtée d’arêtes
Anzy le Duc, église de la Trinité. La nef centrale couverte d’une voûte d’arêtes
Anzy le Duc, église de la Trinité. La nef centrale couverte d’une voûte d’arêtes
L’église saint Philibert de Dijon, de type roman bourguignon, est voûtée d’arêtes
L’église saint Philibert de Dijon, de type roman bourguignon, est voûtée d’arêtes

En règle générale : BERCEAU AVEC OU SANS DOUBLEAUX POUR LES NEFS ET VOUTES D'ARETES POUR LES BAS-COTES.

Chaque voûte d'arête est séparée de la suivante par un arc doubleau à double rouleau. Deux morceaux de cette voûte d'arêtes (deux voûtains) s'appuient donc chacun sur un doubleau. Les deux autres aboutissent dans les murs. On construit alors en légère saillie dans le mur même un arc en pierre appareillée sur laquelle les voûtains viennent s'appuyer. Cet arc s'appelle l'arc FORMERET.

Eglise de Maria Laach : la nef
Eglise de Maria Laach : la nef
Saint Nectaire : Voûte de la nef
Saint Nectaire : Voûte de la nef

1.3.3. Progrès dus à l'arc brisé

Mais il arrive encore bien des accidents. Les arcs doubleaux plein cintre se brisent à la fois à la clé qui glisse vers le bas, et aux « reins » de l'arc. Avec le temps, on supprime la clé de voûte et le tracé du doubleau s'éloigne du plein cintre pour se rapprocher de l'arc brisé dont les parties droites et gauches se contrebutent mutuellement.

Aulnay du Saintonge : saint Pierre de la Tour. Voûtes en berceau brisé de la nef et des bas côtés
Aulnay du Saintonge : saint Pierre de la Tour. Voûtes en berceau brisé de la nef et des bas côtés
Fontenay en Côte d’Or : l’abbaye cistercienne : la nef de l’abbatiale
Fontenay en Côte d’Or : l’abbaye cistercienne : la nef de l’abbatiale

Suivant la modification des arcs doubleaux, la voûte en plein cintre fait place à la voûte en berceau brisé, qui apparaît en Bourgogne au début du XIIè. La voûte d'arêtes devient aussi une voûte d'arêtes brisées et les formerets deviennent des arcs brisés.

Saulieu, saint Andoche : nef et bas côté
Saulieu, saint Andoche : nef et bas côté
Fontenay en Côte d’Or : l’abbaye cistercienne : la nef de l’abbatiale avec sa voûte en berceau brisé
Fontenay en Côte d’Or : l’abbaye cistercienne : la nef de l’abbatiale avec sa voûte en berceau brisé

1.3.4. Subordination des piliers aux voûtes

La dépendance des supports aux voûtes est de règle absolue. Avec l'évolution de l'architecture, les piliers deviennent cruciformes, car ils reçoivent les divers arcs doubleaux.

L’abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul de Souvigny est une fondation de Cluny au XIè. Mayeul, abbé de Cluny, fut enterré en 994 dans l’église primitive. Odilon de Mercoeur, son successeur, entreprit la construction d’une nouvelle église où il fut inhumé en 1049. Au cours de XIIè, l’église subit de nombreuses transformations. Au XVè, plusieurs parties de l’église furent reconstruites. Vue sur la nef
L'abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul de Souvigny est une fondation de Cluny au XIè. Mayeul, abbé de Cluny, fut enterré en 994 dans l'église primitive. Odilon de Mercoeur, son successeur, entreprit la construction d'une nouvelle église où il fut inhumé en 1049. Au cours de XIIè, l'église subit de nombreuses transformations. Au XVè, plusieurs parties de l'église furent reconstruites. Vue sur la nef
Architecture romane : voûte d’arêtes
Architecture romane : voûte d’arêtes

1.3.5. Equilibre de la coupole

Le poids de la coupole agit surtout sur les quatre robustes piliers auxquels s'accrochent pendentifs et trompes.

La nef de l’abbatiale de Fontevrault est entièrement voûtée de coupoles
La nef de l’abbatiale de Fontevrault est entièrement voûtée de coupoles
Les coupoles de la nef de sainte Marie de Souillac
Les coupoles de la nef de sainte Marie de Souillac
Coupoles de la nef de sainte Marie de Souillac
Coupoles de la nef de sainte Marie de Souillac
Coupoles de la nef de sainte Marie de Souillac
Coupoles de la nef de sainte Marie de Souillac
Les trois coupoles sur pendentifs du prieuré Saint jean de Bourg Charente recouvrent tout le vaisseau et la croisée de l’édifice
Les trois coupoles sur pendentifs du prieuré Saint jean de Bourg Charente recouvrent tout le vaisseau et la croisée de l’édifice

1.3.6. Note sur les chapiteaux romans

Le chapiteau roman est si différent du gothique qu'il peut aussi aider à reconnaître qu'une église est romane. Situé à portée de regard, il est un élément didactique pour le fidèle. Il peut être de diverses formes :

Anzy le Duc, église de la Trinité. Chapiteau de la nef
Anzy le Duc, église de la Trinité. Chapiteau de la nef
Issoire, saint Austremoine : Chapiteau
Issoire, saint Austremoine : Chapiteau
Saulieu, saint Andoche : chapiteau de la fuite en Egypte
Saulieu, saint Andoche : chapiteau de la fuite en Egypte
Saulieu, saint Andoche : chapiteau de l’âne de Balâam
Saulieu, saint Andoche : chapiteau de l’âne de Balâam
Toulouse (Haute Garonne) : basilique saint Sernin. Façade occidentale, porte Miégeville : chapiteau
Toulouse (Haute Garonne) : basilique saint Sernin. Façade occidentale, porte Miégeville : chapiteau

1.3.7. Conclusion

C'est la voûte qui créé l'Église romane et qui l'explique. C'est la voûte de pierres qui a tout entraîné : la manière de construire et les formes qui en résultent, la manière de contre-buter, la manière d'éclairer.

C'EST A LA VOÛTE QU'ON RECONNAIT L'ÉGLISE ROMANE.
Saint Nectaire : Voûte de la nef
Saint Nectaire : Voûte de la nef
La superbe nef en berceau plein cintre de l’abbatiale de Saint Savin sur Gartempe dans la Vienne
La superbe nef en berceau plein cintre de l’abbatiale de Saint Savin sur Gartempe dans la Vienne
Poitiers, Notre Dame la Grande : la nef voûtée en berceau plein cintre
Poitiers, Notre Dame la Grande : la nef voûtée en berceau plein cintre
Poitiers, Notre Dame la Grande : la croisée
Poitiers, Notre Dame la Grande : la croisée

1.4. Caractères de l’architecture romane

  • L'architecture romane est une architecture d'équilibre.
  • Aime en Savoie, la basilique saint Martin, IXè siècle
    Aime en Savoie, la basilique saint Martin, IXè siècle
  • C'est une architecture de Moines. Jusqu'au milieu du XIIè, les monastères bénédictins (Cluny) et cisterciens (Cîteaux) sont les seuls lieux où ont été gardés les restes de la culture antique : ce sont les seules écoles et les seuls foyers d'art. Ce sont les moines qui font les plans et qui construisent: Guillaume de Volpiano, Odon, Thierry.
  • Vue d’ensemble de l’abbaye bénédictine de Cluny d’où est partie l’impulsion de l’art roman
    Vue d’ensemble de l’abbaye bénédictine de Cluny d’où est partie l’impulsion de l’art roman
  • L'église romane est Massive et Puissante...
  • Saint Nectaire : vue générale de l’église du prieuré
    Saint Nectaire : vue générale de l’église du prieuré
  • L'église romane est peu éclairée, parfois sombre.
  • Issoire, saint Austremoine : le chevet de l’église
    Issoire, saint Austremoine : le chevet de l’église
  • L'église romane est simple dans ses lignes.
  • Saint Guilhem le désert. Vue générale de l’abbaye
    Saint Guilhem le désert. Vue générale de l’abbaye
  • L'église romane est Franche : pas de choses inutiles. Trois portes dans la façade indiquent trois nefs, trois étages d'ouverture indiquent une élévation à trois étages...
  • Basilique de Paray le Monial : exemple achevé d’une église de type bourguignon
    Basilique de Paray le Monial : exemple achevé d’une église de type bourguignon
  • L'église romane est variée : chaque église romane à un visage différent, quoi que gardant les caractères essentiels de l'art roman.
  • Les grands styles de l’architecture médiévale : carolingien, roman, gothique
    Les grands styles de l’architecture médiévale : carolingien, roman, gothique

    2. L’art roman en Alsace

    Carte de l’Alsace romane
    Carte de l’Alsace romane

    2.1. Généralités

    2.1.1. L’architecture

    L'architecture romane en Alsace ne présente pas une unité de formes, mais on peut y rattacher des monuments dont les dates de construction d’échelonnent de l'an Mil au début du XIIIe siècle.

    2.1.1.1. Le XIè siècle

    Restant très influencé par l’art carolingien et sont prolongement, l’art ottonien, le XIè siècle alsacien voit se construire des édifices à « plan centré » (rotonde d’Ottmarsheim, chapelle sainte Marguerite d'Epfig, chapelle Saint-Ulric d'Avolsheim, rotonde disparue de Sélestat) ainsi que des églises à plan basilical : trois nefs orientées d'Ouest en Est, un chœur à l'Est, avec ou sans transept. La plupart n'ont pas de clocher véritable comme on en construit au XIIè siècle.

    Ottmarsheim: un joyau de l’art préroman
    Ottmarsheim: un joyau de l’art préroman
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite, joyau de l’art roman alsacien du XI-XIIè
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite, joyau de l’art roman alsacien du XI-XIIè

    Un grand édifice, disparu et dont on connaît mal l'aspect, a été le grand modèle de la période : la cathédrale de Strasbourg bâtie par l'évêque Werner vers 1000-1015.

    Strasbourg : reconstitution de l’édifice ottonien
    Strasbourg : reconstitution de l’édifice ottonien
    Avolsheim : le groupe baptistère et église saint Ulrich
    Avolsheim : le groupe baptistère et église saint Ulrich

    Les nefs de ces églises sont en général couvertes d'une simple charpente, le mur est fait de moellons recouverts d'un crépi. Les voûtes sont rares : cul-de-four dans les absides, voûte en berceau (Epfig) et voûtes d'arêtes sur de petites surfaces, avant tout dans les cryptes (ainsi à Andlau et Strasbourg).

    Strasbourg, cathédrale: la crypte romane
    Strasbourg, cathédrale: la crypte romane

    2.1.1.2. Le XIIè siècle

    Le XIIè prolonge partiellement les traditions du siècle précédent, mais avec de grands changements, dus en particulier à des influences extérieures diverses. Le plan est essentiellement basilical, avec transept, mais le chœur n'a pas de déambulatoire.

    L’abbatiale de Marmoutier vue de la route de Reutenbourg
    L’abbatiale de Marmoutier vue de la route de Reutenbourg
    Sélestat, église sainte Foy
    Sélestat, église sainte Foy
    Guebwiller: saint Léger
    Guebwiller: saint Léger

    Il faut souligner quelques particularités innovantes :

    Feldbach: l’église romane du prieuré
    Feldbach: l’église romane du prieuré
    Sigolsheim : façade occidentale de l’église des saints Pierre-et-Paul
    Sigolsheim : façade occidentale de l’église des saints Pierre-et-Paul
    Kaysersberg, église sainte Croix : le portail
    Kaysersberg, église sainte Croix : le portail
    Gueberschwihr: l’église saint Pantaléon et son clocher roman
    Gueberschwihr: l’église saint Pantaléon et son clocher roman

    2.1.2. Le décor

    Le décor se caractérise par l'animation de la surface du mur extérieur grâce aux « bandes lombardes » que l'on retrouve un peu partout en Alsace.

    Andlau : le porche de l’abbatiale
    Andlau : le porche de l’abbatiale
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè

    A l’intérieur, les peintures murales ont pu être fréquentes, mais il en reste extrêmement peu (Avolsheim). Les vitraux ont disparu pour la plupart, et l'essentiel pour la période peut se voir à Strasbourg (Musée de l’œuvre Notre-Dame et cathédrale).

    La sculpture décorative est la plupart du temps présente :

    Lautenbach : sculptures du piédroit du portail
    Lautenbach : sculptures du piédroit du portail

    Le décor, comme l’architecture, évolue entre le XIè et le XIIIè :

    Kaysersberg, église Sainte Croix. Détail du tympan
    Kaysersberg, église Sainte Croix. Détail du tympan

    Le bas-relief reste la règle générale. Les motifs représentés sont religieux aux tympans (le Christ entre Pierre et Paul...) et présentent sur les chapiteaux et les frises des motifs floraux ou animaliers souvent stylisés ou des ornements géométriques.

    Murbach : sculpture du chevet
    Murbach : sculpture du chevet

    2.2. Architecture

    2.2.1. Types d’édifices

    D'une manière générale l'Alsace préromane et romane offre deux types d'édifices religieux :

    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich

    Hormis les édifices religieux, se construisent en Alsace les premiers châteaux en pierre, en ruine aujourd'hui : le Guirbaden (mentionné en 974), le Herrenstein, apanage de la famille des Dagsbourg, (cité pour la première fois en 1055), les trois châteaux d'Eguisheim, le château du Hohnack (mention en 1079), la Frankenbourg (1009), que les comtes de Werd reçoivent en apanage de l'évêque de Strasbourg.

    La Frankenbourg, vue générale
    La Frankenbourg, vue générale
    Le château de Guirbaden
    Le château de Guirbaden
    Le Hohnack : la cour
    Le Hohnack : la cour

    2.2.2. Les grands édifices

    Le milieu et la seconde moitié du XIIè siècle constituent l'âge d'or de l'architecture en Alsace.

    2.2.2.1. Les dispositions architecturales

    Les dispositions architecturales des deux siècles précédents sont perfectionnées dans de nombreuses reconstructions :

    Lautenbach : le massif occidental de l’église
    Lautenbach : le massif occidental de l’église

    2.2.2.2. Les édifices

    Cette période féconde réunit dans une série d'édifices, parfois modestes mais toujours bien adaptés à leur environnement, diverses influences : celles de Hirsau, de Spire et de la Reichnau (Mittelzell) à Notre Dame de Strasbourg et à Murbach, celles de la Bourgogne (Cluny, Sainte Bénigne de Dijon), celles de l'Italie du Nord (Lombardie), celles de la Lorraine proche à Sainte Foy de Sélestat…

    Vestiges de l’église conventuelle d’Alspach : mur de la nef et bas côté
    Vestiges de l’église conventuelle d’Alspach : mur de la nef et bas côté

    De nombreux édifices ont malheureusement disparu, l’histoire de l’Alsace étant particulièrement féconde en guerres et destructions. Il en reste quelques-uns qui sont remarquables :

    Pfaffenheim : le chevet roman de l’église paroissiale
    Pfaffenheim : le chevet roman de l’église paroissiale

    2.3. Sculpture

    La sculpture romane, étroitement liée à l'architecture, n'a pas connu en Alsace le foisonnement qu'on lui connaît dans les grands centres tels que la Bourgogne ou la Provence, par exemple, sans doute par modestie de conception et de moyens. Mais sa séduction n'en est pas moindre ; elle a fait l'objet de nombreuses études particulières ou bien a été signalée dans l'ouvrage fondamental de R. Kautzsch, « Der romanische Kirchenbau in Elsass » (Fribourg. 1944). Mais c'est le mérite de R Will d'en avoir dressé l'inventaire exhaustif dans son « Répertoire de la Sculpture romane en Alsace » (Revue d'Alsace 1957), dégagé les particularités et les programmes iconographiques et proposé au bout de son étude la synthèse : « l’Art roman en Alsace ». C'est ainsi que plus d'une centaine d'édifices ou lieux de provenance d'œuvres conservées dans les collections publiques ou privées ont été relevés et des ateliers définis selon leur style.

    Certaines pièces, du fait de l'imprécision de leur provenance ou du caractère particulièrement fruste de leur facture ou de leur état de conservation constituent des témoignages isolés d'époques plus lointaines.

    2.3.1. Les premières œuvres (IXè-XIè)

    Les premières œuvres les plus remarquables, très éparses, sont encore de facture relativement frustes. La rareté des œuvres de haute époque, et leur manque de contexte empêchent de tenter une synthèse. A signaler :

    2.3.2. Les grandes œuvres du XIIè

    Le XIIè siècle est la grande époque de la sculpture romane d'Alsace, auquel appartiennent la majorité des ensembles. Ainsi les principales œuvres, dans l’ordre chronologique :

    2.3.2.1. Sainte-Sophie d'Eschau et son atelier

    Les vestiges du cloître de Saint Trophime et Sainte-Sophie d'Eschau, (vers 1130) constituent le plus bel ensemble de chapiteaux sculptés de l’Alsace romane, nettement influencé par le grand centre de Saint Trophime d'Arles, maison - mère des bénédictines établies à Eschau. Quelques arcades du cloître sont reconstituées au musée de l’œuvre Notre Dame, alternant colonnettes simples et colonnettes jumelées. Les tailloirs y présentent des bas reliefs sculptés en méplat, avec des traces de peinture, racontant des scènes de la vie du Christ, de l'Annonciation à la visite des trois femmes au tombeau, des sujets allégoriques ou tirés de récits (scène galante - Didon et Enée ? dont une cigogne aux apparences d'ibis) avec motifs de palmettes.

    Eschau : chapiteau du cloître. Strasbourg, musée de l’œuvre Notre Dame
    Eschau : chapiteau du cloître. Strasbourg, musée de l’œuvre Notre Dame
    Eschau : cloître. Strasbourg, musée de l’œuvre Notre Dame
    Eschau : cloître. Strasbourg, musée de l’œuvre Notre Dame

    A cette série s'ajoute une cuve baptismale, très mutilée, dont les flancs portent sur deux registres des scènes de la vie et de la passion du Christ jusqu'à la Pentecôte.

    A ce même atelier appartient sans doute le sarcophage de l'évêque Adeloch de Saint Thomas de Strasbourg, hormis le couvercle, plus tardif. Portée par quatre lions couchés, la cuve est décorée d'une arcade qu’occupent, sur les deux faces principales, un Christ assisté d'un ange bénissant l'évêque agenouillé et une figure allégorique représentant l'Eglise ou une Vertu accompagnée de rinceaux et de palmes. Sur les petits côtés, le roi remet le gonfanon à l'évêque agenouillé qu'une femme quelque peu énigmatique lui présente.

    Strasbourg, saint Thomas: le sarcophage d’Adeloch
    Strasbourg, saint Thomas: le sarcophage d’Adeloch
    Strasbourg, saint Thomas : détail du sarcophage d’Adeloch : le Christ bénissant
    Strasbourg, saint Thomas : détail du sarcophage d’Adeloch : le Christ bénissant
    Strasbourg, saint Thomas : détail du sarcophage d’Adeloch
    Strasbourg, saint Thomas : détail du sarcophage d’Adeloch

    2.3.2.2. Sainte Richarde d’Andlau

    Deux cycles sont présents sur les reliefs de l’abbatiale Sainte Richarde d’Andlau, créés par l'un des ateliers les plus féconds des années 1140-1150.

    Le premier, d'une facture plus sommaire et d'un relief plus accusé est constitué d’une frise historiée de près de 30 mètres, qui parcourt en hauteur le massif occidental. La frise représente des animaux naturels et fantastiques, des hommes chasseurs ou guerriers, diverses scènes de banquets… On y reconnaît entre autres Théodoric et Hildebrand délivrant le chevalier Sintram, selon l'épopée de Théodore de Ravenne (d’où une influence lombarde). La signification symbolique en reste cependant difficile à saisir.

    Andlau, abbatiale sainte Richarde: chameau de la frise extérieure
    Andlau, abbatiale sainte Richarde: chameau de la frise extérieure
    Andlau, abbatiale sainte Richarde: détail de la frise extérieure
    Andlau, abbatiale sainte Richarde: détail de la frise extérieure

    Le second cycle orne de bas-reliefs l'arcade et les chapiteaux du porche ainsi que le portail de l'église, son tympan, son linteau et ses piédroits. La clef de voûte du porche, pièce significative par excellence, représente l'acte de donation de l'abbaye au Christ par l'impératrice Richarde. En haut-relief David et Samson combattent l’un Goliath et l’autre le lion, préfigurant la victoire du Christ sur la mort. Au tympan, le Christ remet la clef à Saint Pierre et le Livre à Saint Paul, entre deux scènes de chasse. Au linteau est contée l'histoire d'Adam et d’Eve, avec la déclinaison de la symbolique de l’arbre : arbre de vie, arbre de la Connaissance du bien et du mal, « arbre sec » légendaire. Aux jambages, sous cinq arcatures superposées, des couples de bienfaiteurs de l'abbaye. Aux chapiteaux, la symbolique paléochrétienne des oiseaux se désaltérant.

    Andlau : détail du porche de l’abbatiale : la création d’Eve
    Andlau : détail du porche de l’abbatiale : la création d’Eve
    Andlau : détail du piédroit du portail de l’abbatiale : décors floraux avec animal
    Andlau : détail du piédroit du portail de l’abbatiale : décors floraux avec animal
    Andlau : détail du bas relief du portail
    Andlau : détail du bas relief du portail

    Enfin, au croisillon sud du transept un bas-relief représente le Christ avec Irmengarde, donatrice ou abbesse.

    2.3.2.3. Lautenbach

    C’est dans l’élégant porche de Lautenbach, (1140 et 1150), que la sculpture romane d’Alsace est la plus séduisante :

    Lautenbach: Frise sculptée. Détail du porche de l’église
    Lautenbach: Frise sculptée. Détail du porche de l’église

    2.3.2.4. Alspach

    Les sculptures de l'abbatiale d'Alspach près de Kaysersberg datent même époque, l’église étant consacrée en 1149. Elles présentent deux ensembles :

    Le prieuré d’Alspach d’après une gravure du XVIIIè. Lithographie d’Engelmann
    Le prieuré d’Alspach d’après une gravure du XVIIIè. Lithographie d’Engelmann
    Chapiteau du XIIè provenant d’Alspach et conservé au musée d’Unterlinden à Colmar
    Chapiteau du XIIè provenant d’Alspach et conservé au musée d’Unterlinden à Colmar

    2.3.2.5. Saints Pierre et Paul de Rosheim

    A Saint Pierre et Saint Paul de Rosheim, comme à Murbach, on ressent l’influence de l’Italie du nord dans l’œuvre sculptée :

    L’atelier de Rosheim a sans doute travaillé entre 1150 et 1160.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : la croisée du transept et ses culots sculptés
    Rosheim: saints Pierre et Paul : la croisée du transept et ses culots sculptés
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : le chapiteau des têtes
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : le chapiteau des têtes
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : chapiteau
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : chapiteau

    2.3.2.6. Dorlisheim

    A l'église protestante de Dorlisheim, des masques grimaçants d'où s'échappent des rinceaux de vigne, et des dragons ailés occupent le tympan du portail ; aux contreforts le lion de saint Marc et une figuration du thème de la chasse.

    Dorlisheim : sculptures du chevet
    Dorlisheim : sculptures du chevet

    A l'intérieur, chapiteaux et bas reliefs proposent des monstres aquatiques et sans doute la réception d'Abraham par Melchisédech et le roi de Sodome. L’ensemble a été réalisé sans doute vers 1150.

    Dorlisheim : sculptures du chevet
    Dorlisheim : sculptures du chevet

    2.3.2.7. Sainte Foy de Sélestat

    Le cas de Sainte-Foy de Sélestat est particulier. Avec ce chantier de la seconde moitié du siècle (1160ss) se fait sentir l’influence lorraine qui apparaît aussi dans la figuration mi-humaine, mi-monstrueuse ou animale : lions couchés portant des colonnettes, aigles léonins, dragons et chimères, masques et serpents, béliers - sirènes, cerfs et taureaux, scènes de genre mais aussi symboles des Evangélistes ornent l’édifice, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

    Sélestat : Sainte Foy: le portail
    Sélestat : Sainte Foy: le portail
    Sainte Foy de Sélestat : détail du chevet
    Sainte Foy de Sélestat : détail du chevet

    Cette inspiration se retrouve, sous le même ciseau, dans les chapiteaux de l'église de Lièpvre (aujourd’hui socles des fonts baptismaux) et dans les chapiteaux des piliers du carré du transept de Sainte Richarde d'Andlau.

    Sainte Foy de Sélestat : Tympan de portail
    Sainte Foy de Sélestat : Tympan de portail
    Sainte Foy de Sélestat : chapiteau du porche
    Sainte Foy de Sélestat : chapiteau du porche
    Sélestat, église sainte Foy. Lion du porche
    Sélestat, église sainte Foy. Lion du porche

    2.3.2.8. Œuvres diverses

    Strasbourg, cathédrale : le célèbre pilier des anges, œuvre de transition roman-gothique
    Strasbourg, cathédrale : le célèbre pilier des anges, œuvre de transition roman-gothique
    Strasbourg, cathédrale : le célèbre pilier des anges. Vue du transept sur le chœur
    Strasbourg, cathédrale : le célèbre pilier des anges. Vue du transept sur le chœur
    Strasbourg, cathédrale : le célèbre pilier des anges
    Strasbourg, cathédrale : le célèbre pilier des anges

    2.4. Peinture, enluminure et vitrail

    A l’époque romane, les centres de création sont essentiellement les abbayes et leurs « scriptorias ». Bénédictins et Augustins produisent dans leurs bibliothèques de nombreux manuscrits enluminés, particulièrement à Marbach, Pairis, Wissembourg, Strasbourg. Aucune de ces bibliothèques n’a survécu aux aléas de l’Histoire. On peut compter sur les doigts des deux mains les monuments de la peinture conservés sous forme de manuscrits enluminés qui illustrent les périodes préromane et romane…

    2.4.1. L’enluminure

    Esther et Mardochée. Le repas. Hortus Deliciarum
    Esther et Mardochée. Le repas. Hortus Deliciarum
    Hortus Deliciarum. : au registre supérieur, le Christ en majesté. Au registre médian ; le duc Etichon confie à sa fille Odile le Monastère « Hohenburge » qu’il vient de fonder
    Hortus Deliciarum. : au registre supérieur, le Christ en majesté. Au registre médian ; le duc Etichon confie à sa fille Odile le Monastère « Hohenburge » qu’il vient de fonder
    L’Hortus Deliciarum : le baptême du Christ
    L’Hortus Deliciarum : le baptême du Christ

    2.4.2. La Peinture

    La peinture murale qui n’a pas disparu est très rare et mal conservée. Le palais impérial de Haguenau était orné de magnifiques peintures (scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, galerie des rois) ; l’abbaye de Murbach possédait deux grandes tapisseries ; saint Christophe ornait l’église d’Alspach ; à Eschau il y avait de belles fresques du Jugement dernier …

    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè
    Avolsheim : le baptistère Saint Ulrich : les fresques du XIIè

    2.4.3. Le vitrail

    L’Alsace fournit quelques œuvres majeures, et mêmes si les vestiges sont très rares, on peut s’en faire une idée en comparant l’art du vitrail et celui de l'illustration de manuscrits de l’époque :

    Strasbourg, la cathédrale : vitraux de la galerie des 19 rois germaniques du collatéral nord, datant du XIIIè, mais avec des reprises de panneaux de style roman du XIIè. De gauche à droite : Frédéric I Barberousse, Henri II de Bamberg, (seules leurs tètes sont gothiques, les corps étant romans), Pépin le Bref et Louis le Débonnaire (tous deux de facture gothique)
    Strasbourg, la cathédrale : vitraux de la galerie des 19 rois germaniques du collatéral nord, datant du XIIIè, mais avec des reprises de panneaux de style roman du XIIè. De gauche à droite : Frédéric I Barberousse, Henri II de Bamberg, (seules leurs tètes sont gothiques, les corps étant romans), Pépin le Bref et Louis le Débonnaire (tous deux de facture gothique)
    Strasbourg, un des plus beaux vitraux de la cathédrale : transféré dans le musée de l’œuvre Notre Dame, il représente sans doute Charlemagne et date de 1200. A sa gauche, Roland portant le glaive
    Strasbourg, un des plus beaux vitraux de la cathédrale : transféré dans le musée de l’œuvre Notre Dame, il représente sans doute Charlemagne et date de 1200. A sa gauche, Roland portant le glaive

    2.5. Objets d’art : ferronnerie et orfèvrerie

    2.5.1. Introduction

    L'édifice roman surprend presque toujours le visiteur par son dépouillement sévère. Certes, les éléments architecturaux, souvent conservés en totalité, captent légitimement l'attention. Mais les édifices, dépossédés au long des âges d'une grande partie de leur décor et de leurs trésors, s'offrent aux regards comme dénudés et privés de cette chaleur humaine qui permettait de les apprécier dans toute leur plénitude fonctionnelle et historique.

    De ces aspects que sont les travaux du fer, ceux des métaux précieux et du verre, l'Alsace ne conserve que des œuvres rarissimes. Ce sont les « épaves » d'ensembles jadis très nombreux dont l'existence est une certitude fondée sur des textes descriptifs et sur la mention de techniciens, tel ce fondeur de cloches établi à Strasbourg au XIè ou son contemporain, l'orfèvre Willo de Murbach.

    2.5.2. Ferronnerie

    2.5.2.1. Le lustre de Wissembourg

    L’ouvrage le plus significatif relève de la ferronnerie et de la fonte : c’est le grand lustre de fer forgé et argenté de l'ancienne abbaye de Wissembourg, don de l'abbé Samuel en 1070, qui était suspendu jusqu'à la révolution sous les voûtes de l'abbatiale de Wissembourg. Cet ouvrage de 6m de diamètre avait la forme d'une quintuple couronne dont les éléments, échafaudés en pyramide étaient maintenus les uns aux autres par des arbalétriers et sommés d'une pomme de pin. Il était hérissé de 348 fins pinacles sur lesquels étaient piquées des bougies allumées lors des grandes fêtes. La ceinture inférieure en cuivre ciselé avait l'apparence des remparts d'une ville, la Jérusalem céleste selon le chapitre XXI de l’Apocalypse, alternant 12 tours rondes et 12 tours carrées : ces dernières abritaient le collège des apôtres. Une longue inscription en vers la célébrait comme la préfiguration de la Jérusalem céleste. Une copie réduite en bois exécutée juste avant la Révolution est conservée au musée Westercamp de la ville. Ces couronnes sont fréquentes au XIè en Allemagne, comme à Hildesheim, Combourg et Spire, mais l'abbé Samuel les a toutes surpassées par les dimensions données à la sienne.

    2.5.2.2. Les portes de saint Jean les Saverne

    Autre oeuvre de ferronnerie, les pentures de fer forgé de la porte de l'église de Saint-Jean Saverne, créées entre 1140 et 1165, dont se sont inspirées les créateurs des pentures de l'église paroissiale de Saverne.

    Saint Jean les Saverne : l’église saint Jean Baptiste. Ferrures des portes
    Saint Jean les Saverne : l’église saint Jean Baptiste. Ferrures des portes

    2.5.2.3. Le heurtoir de Saint Jean de Wissembourg

    Il y a enfin un magnifique heurtoir en bronze à tête de fauve, provenant de la porte de la sacristie sud de Saint Jean de Wissembourg et datant du XIIè. Il est conservé au musée Westercamp à Wissembourg.

    2.5.3. Orfèvrerie

    Les rares travaux d'orfèvrerie conservés ne semblent pas devoir être attribués à des ateliers locaux. Toutefois les textes font connaître deux ateliers monastiques alsaciens de l'époque romane. Au XIè, celui de l'abbaye d'Ebersmunster, dirigé après 1040 par l'abbé Willo, orfèvre lui-même ; son activité se poursuit sous l'abbatiat d'Adelgaud, lequel y fait forger en 1077 la couronne de Rodolphe de Rheinfelden, le concurrent et adversaire de l'empereur Henri IV. Au XIIè, c’est l'atelier de Marmoutier, connu par deux textes : la chronique de Muri signale une grande châsse en bois recouverte d'ivoire à représentations sculptées qu'un certain Adalbert avait rapportée de Marmoutier, et une charte du fonds de Marbach mentionne que frère Balderat, dirigeant la cour domaniale de Marmoutier à Eguisheim, avait confectionné et offert à l'église paroissiale du lieu en 1150 une châsse contenant des reliques de saint Martin.

    De tous les riches trésors des églises d'Alsace, n’ont été sauvés que de rares éléments :

    2.5.3.1. Les châsses de Reiningue

    Deux châsses du XIIè siècle proviennent du prieuré des chanoines réguliers de Saint Augustin d'Oelenberg, fondé par la mère de Léon IX, Helwige d'Eguisheim ; elles sont conservées aujourd'hui dans l'église de Reiningue (Haut-Rhin) :

    Reiningue : La petite châsse
    Reiningue : La petite châsse
    Reiningue : La petite châsse
    Reiningue : La petite châsse
    Reiningue : Le buste reliquaire de Saint Roman
    Reiningue : Le buste reliquaire de Saint Roman

    2.5.3.2. La croix d’Orbey

    La croix processionnelle d'Orbey avec Christ et argent et émaux champlevés. Elle provient probablement de l'abbaye cistercienne de Pairis fondée en 1138. Il y a une certaine parenté avec les personnages de la Châsse de Saint Héribert de Deutz en Rhénanie ; on peut en conclure à un travail de l'école mosane, dont l'exécution se situerait entre 1155 et 1175.

    2.5.3.3. Le buste reliquaire de saint Cyriaque

    Le buste reliquaire de Saint Cyriaque d'Altorf : argent en partie doré sur âme de bois. La « notitia Altorfensis » prétend qu'il s'agit d'un cadeau du pape Léon IX. Mais le style s'oppose à une datation aussi ancienne. Il faut pencher pour une exécution de la fin du XIIè avec un remaniement dans la première moitié du XIIIè par un orfèvre sans doute Lorrain.

    Altorf : buste reliquaire de saint Cyriaque
    Altorf : buste reliquaire de saint Cyriaque

    2.5.3.4. Divers

    Ce petit groupe ne comprend ni les devants d'autel, ni les croix reliquaires monumentales qui ont été assez nombreux en Alsace. Des tables recouvertes de plaques d'or et incrustées de gemmes et de pierres précieuses ornaient le maître autel des abbayes carolingiennes d'Erstein et d'Andlau. L'abbé Samuel de Wissembourg avait également fait don d'un antependium d'autel à son abbaye. Aucun des trois n'a survécu à la guerre de Trente ans.

    Quant aux croix couvertes de plaques d'argent et de reliefs moulés au repoussé, celles de Strasbourg et de Niedermunster, renfermant des reliques insignes, attiraient les pèlerins. La première remontait peut être à l'époque carolingienne, le riche décor de scènes symboliques de la seconde fut l’œuvre de l'abbesse Edelinde en 1197.

    3. Saints Pierre et Paul de Rosheim

    3.1. Histoire

    A l'origine, la paroisse de Rosheim est formée de deux églises bien connues à partir du XIè : la Niederkirch, dédiée aux Saints Pierre et Paul, et l’Oberkirch s'honorant du vocable de Saint Etienne.

    Rosheim : l’église saints Pierre-et-Paul, chef d’œuvre de l’art roman alsacien
    Rosheim : l’église saints Pierre-et-Paul, chef d’œuvre de l’art roman alsacien

    En 1051 l'église inférieure est possession de l'abbaye des moniales de Hesse. En 1132 les paroisses sont détruites au cours de la lutte entre Frédéric de Souabe et l'évêque Gebhard de Strasbourg. A la suite d’un l'incendie destructeur, l'église Saints Pierre et Saint Paul est reconstruite, mais seuls les murs de l'ancienne chapelle de la Vierge remontent à cette époque. En 1137 Saint Etienne est agrandi, et vers 1150 s'ouvre le nouveau chantier des Saints Pierre et Paul : l'édifice, trop petit, est remplacé par une église plus vaste.

    Vue sur Rosheim des flancs du Bischenberg
    Vue sur Rosheim des flancs du Bischenberg

    En 1385 la ville est ravagée par un terrible incendie : les deux églises brûlent, les clochers et les charpentes des tours s'effondrent dans le brasier...

    Rosheim : saints Pierre et Paul : vue générale
    Rosheim : saints Pierre et Paul : vue générale

    A partir du XVè l'abbaye de Hesse périclite et elle est finalement incorporée à l'abbaye de Haute Seille avec toutes ses possessions. Nouvel incendie en 1572 qui ravage le clocher. En 1622 les troupes de Mansfeld ruinent le village mais épargnent Saints Pierre et Paul.

    Rosheim : saints Pierre et Paul : vue générale
    Rosheim : saints Pierre et Paul : vue générale

    Début XVIIIè l'intérieur de l'édifice est remis au « goût du jour » : peinture claire, mobilier nouveau, orgue Silbermann...

    En 1859 l'architecte Ringeisen est chargé de restaurer l'église : toutes les adjonctions post-romanes sont supprimées, sauf la partie supérieure de la tour. Le mobilier baroque est enlevé et l'orgue reléguée à l'étage de la nouvelle sacristie. En 1968 on ôte le badigeon du chœur.

    Plan de l’église saints Pierre et Paul de Rosheim
    Plan de l’église saints Pierre et Paul de Rosheim

    3.2. extérieur

    3.2.1. La façade et la nef

    Elle reste dans la tradition rhénane : décor de lésènes et d’arcatures lombardes ; deux bandes horizontales divisent la paroi en trois registres :

    Rosheim : saints Pierre et Paul : sculptures
    Rosheim : saints Pierre et Paul : sculptures

    3.2.2. Les croisillons

    Les façades des croisillons sont divisées par un cordon au nord, et avec des palmettes au sud. La partie haute comporte trois champs de lésènes. Un cordon de damier sépare le pignon percé d'un oculus ; les arcatures lombardes retombent sur des modillons alternant billettes et tètes sculptées. La partie du bas comporte quatre niches plates bordées d'une double baguette.

    Rosheim : saints Pierre et Paul : la base de la tour de croisée et un marmouset
    Rosheim : saints Pierre et Paul : la base de la tour de croisée et un marmouset

    Parmi les sculptures il y a celle du chevalier délivrant un compagnon englouti par un dragon (angle sud-ouest du croisillon sud), allégorie de la victoire du Christ, et celle d'un homme enfonçant son bras dans la gueule du dragon (oculus, face sud), allusion à l'évocation du royaume de paix dans Isaïe.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : la tour de croisée
    Rosheim: saints Pierre et Paul : la tour de croisée
    Rosheim : Personnage à la retombée du clocher du transept
    Rosheim : Personnage à la retombée du clocher du transept

    3.2.3. Les bas-côtés

    Le décor des bas-côtés souligne la subdivision intérieure. L'ordonnance des bas-côtés se répète sur les murs gouttereaux, bien qu'à deux champs corresponde une travée unique à l'intérieur.

    Rosheim, église saints Pierre et Paul : personnage assis
    Rosheim, église saints Pierre et Paul : personnage assis
    Rosheim: saints Pierre et Paul : les portes
    Rosheim: saints Pierre et Paul : les portes
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : chapiteau de l’entrée latérale
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : chapiteau de l’entrée latérale

    3.2.4. Le chevet

    Toute la richesse du décor est répandue sur l'abside centrale. Six pilastres délimitent sept champs, dont, fait curieux, le central est plat. Au sommet, deux arcades se rejoignent sur des corbeaux « à grappes », et la corniche est décorée de quatre rangs de billettes. Les deux fenêtres latérales sont percées à cru. L'encadrement de la centrale en est d'autant plus riche : bordure de palmettes doublée d'une haute arcade retombant sur deux colonnes à fut hélicoïdal. De part et d'autre sont sculptés les symboles des évangélistes, l'Homme ayant été hélas martelé lors de la révolution de 1789.

    Le décor de l'abside latérale est moins riche : lésènes sans chapiteaux et arcatures jumelées soutenues par des animaux.

    La chapelle rectangulaire au sud-est est de facture plus archaïque : arceaux à double ressaut assemblés à claveaux reposant sur des pilastres bordés de tores.

    Rosheim : l’église saints Pierre-et-Paul : le chevet
    Rosheim : l’église saints Pierre-et-Paul : le chevet
    Rosheim: saints Pierre et Paul : le chevet et ses sculptures
    Rosheim: saints Pierre et Paul : le chevet et ses sculptures

    3.2.5. Le clocher

    Le clocher sur croisée est octogonal et de facture gothique, avec ses grandes baies en tiers point et leurs meneaux. Mais à la naissance de l'octogone, sur les glacis triangulaires de l'ancienne tour se trouvent encore deux marmousets (sur quatre) que l'on retrouve à la tour de croisée de Guebwiller.

     Rosheim, église saints Pierre et Paul : personnage à la retombée du clocher du transept
    Rosheim, église saints Pierre et Paul : personnage à la retombée du clocher du transept
    Rosheim, église saints Pierre et Paul : personnage assis
    Rosheim, église saints Pierre et Paul : personnage assis

    3.2.6. Conclusion

    L'impression d'équilibre et de clarté n'est pas due uniquement à la grande variété du décor, mais aussi à la qualité technique des ouvrages et de la beauté du matériau mis en oeuvre. Tous les parements sont en pierre de taille, le tracé de l'appareil dépasse ceux de Murbach et de Marmoutier.

    Rosheim : joyau roman, l’église saints Pierre et Paul
    Rosheim : joyau roman, l’église saints Pierre et Paul

    L'église saints Pierre et Paul possède des volumes nets et logiquement développés à partir du plan cruciforme. Les masses sont harmonieusement échelonnées pour culminer dans la tour de croisée. L'objectif recherché par le maître roman est d'une part l'entrecroisement des volumes du chœur et du transept, et d'autre part l'échelonnement successif des toitures coniques des absides et des pignons supérieurs s'étageant sous la verticale de la tour primitivement moins haute.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : l’édifice vue du nord
    Rosheim: saints Pierre et Paul : l’édifice vue du nord

    3.3. L'intérieur

    La nef sombre et lourde est dominée par la puissante ossature des voûtes. Piliers, colonnes et arcades dégagent une force impressionnante. Néanmoins les proportions ne sont nullement archaïques : 6,14m de large sur 11,37m de large pour la nef, soit un rapport de 1 à 1,8. Le regard ne rencontre que pierres de taille ; seuls les champs des voûtes, crépis, contrebalancent cette extraordinaire massivité de l'ensemble.

    Rosheim : l’église saints Pierre et Paul
    Rosheim : l’église saints Pierre et Paul

    3.3.1. La nef

    Deux travées doubles un peu plus profondes que larges, précédées d'une travée barlongue constituent la nef. A chaque travée double correspondent deux travées carrées des bas-côtés. D'où l'alternance des supports, traitée selon la tradition rhénane : larges piliers cruciformes au socle de 2,60m de coté, puis grosses colonnes à fut monolithe et tronconique qui portent les arcades plein cintre. Les énormes bases sont de type attique à griffes aux angles. Les quatre chapiteaux sont à forme et décor chaque fois différents :

    Rosheim: saints Pierre et Paul : la nef
    Rosheim: saints Pierre et Paul : la nef
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : chapiteau
    Rosheim : église saints Pierre et Paul : chapiteau

    Les colonnes sont proportionnées : la hauteur du tambour du fût est égale à la circonférence à la base, et la hauteur totale de la colonne mesure 4,5 fois celle du chapiteau. Pour l'époque romane, ceci est assez rare.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : voûtes d’ogives de la nef
    Rosheim: saints Pierre et Paul : voûtes d’ogives de la nef

    Les arcades à faible rouleau sont parfaitement circulaires, sauf deux. Sous l'étage des fenêtres un bandeau profilé règne sur le pourtour de la nef et se poursuit dans les croisillons et le chœur. Les fenêtres sont jumelées dans les lunettes des travées doubles. Les branches d'ogives sont constituées d'un simple tore de forte section, n'ont pas de support particulier et vont se perdre en s'amincissant entre le doubleau et le formeret. La retombée commune du doubleau et du formeret est soutenue par une figure d'atlante ou un masque sculpté engagé dans l'angle du pilier de la paroi.

    3.3.2. Les bas-côtés

    Ils sont couverts de voûtes d'arêtes construites en moellons bruts et crépies. Les formerets reposent sur des dosserets rectangulaires et les doubleaux sur des colonnettes engagées. Une seule fenêtre est percée dans chaque travée. Dans l'avant dernière, elle est remplacée par une porte.

    Rosheim : saints Pierre et Paul : colonne et chapiteau de la nef
    Rosheim : saints Pierre et Paul : colonne et chapiteau de la nef
    Rosheim : saints Pierre et Paul : voûte d’arêtes
    Rosheim : saints Pierre et Paul : voûte d’arêtes
    Rosheim : saints Pierre et Paul : un bas coté voûté d’arêtes
    Rosheim : saints Pierre et Paul : un bas coté voûté d’arêtes

    3.3.3. Le transept

    Le transept est d'une extrême nudité : seul décor, le cordon mouluré courant sur son long. Deux fenêtres surmontées d'une baie plus petite ajourent les murs de fond. Une seule fenêtre éclaire l'absidiole nord et au sud une arcade à double rouleau ouvre sur la chapelle de la Vierge couverte d'une voûte d'arêtes. La croisée est couverte d'ogives toriques, alors que les ogives des croisillons sont à section rectangulaire.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : nef et bas-côté
    Rosheim: saints Pierre et Paul : nef et bas-côté
    Rosheim: saints Pierre et Paul : chapiteau de la nef
    Rosheim: saints Pierre et Paul : chapiteau de la nef
    Rosheim: saints Pierre et Paul : la croisée du transept et ses culots sculptés
    Rosheim: saints Pierre et Paul : la croisée du transept et ses culots sculptés

    3.3.4. Le chœur

    Au moyen âge l'abside était peinte et représentait un Christ bénissant la Vierge. Trois fenêtres, celle du centre plus large, éclairent l'abside. La paroi nord de la travée droite est ajourée de deux fenêtres superposées. Les ouvertures sud et celles des chapelles furent percées bien plus tard. La voûte est faite d'ogives à section rectangulaire chargée d'une demi-tore. Les ogives retombent comme dans les croisillons sur des colonnettes engagées dans les angles des murs.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : la nef
    Rosheim: saints Pierre et Paul : la nef

    Ainsi l'église de Rosheim offre toute une variété de voûtes : voûtes d'arêtes, voûtes sur ogives de section carrée, voûtes d'ogives à demi tore engagée sur une bande rectangulaire, voûtes d'ogives à gros boudin terminé en cône renversé. La même variété règne dans les supports particuliers.

    Rosheim: saints Pierre et Paul : chapiteaux
    Rosheim: saints Pierre et Paul : chapiteaux

    3.4. Datation - filiation

    3.4.1. Influences

    3.4.1.1. Influences exercées par Rosheim

    On retrouve l‘influence de Rosheim dans les linteaux et les fonts baptismaux de Bischoffsheim , les ornements de l'ancienne abbatiale de Niedermunster, le pilier historié du cloître du Mont Sainte Odile, le décor végétal et figuratif de l'église de Dorlisheim, les sculptures du chœur de Saint Jean les Saverne, les sculpture du glacis de la tour de Guebwiller...

    Guebwiller: saint Léger. La tour de croisée
    Guebwiller: saint Léger. La tour de croisée

    3.4.1.2. Influences subies

    Ce qui frappe, c'est l'enracinement dans la tradition Rhénane et surtout alsacienne de l’église de Rosheim. Le plan se retrouve à Surbourg et Gueberschwihr ; l'alternance des supports se voit à Surbourg et Niedermunster, les décors de façade à Murbach, Lautenbach, Alspach...

    Les influences des régions extérieures à l'aire rhénane sont moindres : les lions d'acrotères sont fréquents en Lombardie ; le bandeau ou corniche qui suit les rampants du pignon de la façade et des bas-côtés provient de Bourgogne. Les ogives à bande rectangulaire chargées d'une demi tore sont Normandes (Lessay, Beauvais). Les ogives à sifflet sont de type lorrain (Diocèse de Toul).

    Rosheim : l’église saints Pierre et Paul, chef d’œuvre de l’art roman alsacien
    Rosheim : l’église saints Pierre et Paul, chef d’œuvre de l’art roman alsacien

    3.4.2. Datation

    Les dates de construction extrêmes varient entre 1132 et 1190. La plus probable est 1150, à cause de l'influence exercée par Murbach et Lautenbach. Le changement dans le voûtement de l'église eut sans doute lieu entre 1155 et 1165 après l'achèvement de l'église de Dorlisheim.

    Rosheim : saints Pierre et Paul : vue générale
    Rosheim : saints Pierre et Paul : vue générale

    4. Andlau : sainte Richarde

    4.1. Histoire

    Andlau : vue générale
    Andlau : vue générale

    L'origine d'Andlau est liée au nom de l’impératrice Richarde, épouse de l'empereur Charles le Gros qui fait ériger l'abbaye vers 880. La fondation destinée aux femmes reçoit le nom allégorique d'Eléon, en souvenir du célèbre sanctuaire en Terre Sainte.

    Andlau : l’abbatiale : le chevet plat
    Andlau : l’abbatiale : le chevet plat

    L'abbaye jouit d'un statut semblable à celle d'Ottmarsheim et de Sainte Croix près de Colmar. Léon IX fait canoniser en 1049 Richarde et transférer ses restes dans la nouvelle église en construction. L’empereur Henri II fait passer l'abbaye sous statut d'immédiateté d'empire en 1004. Frédéric Barberousse donne l'abbaye en fief à Hadzigue en 1160. En 1211 l'empereur devient avoué de l'abbaye après l'extinction des derniers avoués, les Eguisheim-Dabo. En 1288 l'abbesse d'Andlau reçoit le titre de princesse ; elle s'entoure d'une véritable cour, à l'instar des abbés de Murbach.

    Andlau : l’abbatiale vue de l’Altenberg
    Andlau : l’abbatiale vue de l’Altenberg

    De ce faste féodal ne subsiste que l'imposante abbatiale et une partie des bâtiments conventuels.

    Plan de l’abbatiale sainte Richarde d’Andlau
    Plan de l’abbatiale sainte Richarde d’Andlau

    L'édifice fut en partie reconstruit au XVIIè ; on y retrouve tous les styles. D'époque romane sont la crypte, le porche et les sculptures.

    4.2. A crypte

    La crypte s'étend sous un chœur à chevet plat et sous la croisée du transept. Elle se compose de deux parties d'époques différentes : la crypte occidentale et la crypte orientale.

    Andlau : la crypte de l’abbatiale
    Andlau : la crypte de l’abbatiale

    4.2.1. La crypte occidentale

    De plan carré, la crypte occidentale comprend trois vaisseaux d'égale hauteur et largeur, de trois travées chacun, recouverts d'arêtes, avec pilastres aux murs et quatre colonnes monolithes au centre. Les chapiteaux sont cubiques à gros tailloir chanfreiné et les bases, a demi enfouies dans le dallage portent deux boudins à large scotie. Dans le champ central s'ouvre une fenêtre et dans le bras des travées une niche. Un couloir, aujourd'hui disparu et muré, s'amorce dans la paroi occidentale ; l'entrée actuelle n’a été percée qu'au XIIIè (arc trilobé de la porte).

    4.2.2. La crypte orientale

    La crypte orientale est surmontée du chœur et communique avec la précédente par trois arcades sur piliers carrés. De plan rectangulaire, elle est moins large et plus haute, voûtée d'arêtes qui retombent au centre sur des colonnes, coté murs sur des colonnes engagées, et dans les angles sur des pilastres carrés. Les chapiteaux sont légèrement coniques, les bases, semblables aux précédentes, reposent sur des plinthes carrées. Dans le mur du chevet s'ouvrent trois fenêtres plein cintre. Un oculus ajoure les parois latérales.

    4.2.3. Dédicace et datation

    4.3. Porche et Portail

    4.3.1. E porche

    Une massive construction rectangulaire précède l'édifice et est aussi large que lui. Elle comprend deux étages à décor roman surmontés d'une tour à beffroi octogonal. La galerie date du début du XVIIIè.

    Andlau, abbatiale sainte Richarde : le massif occidental. On distingue la frise sculptée au dessus du portail
    Andlau, abbatiale sainte Richarde : le massif occidental. On distingue la frise sculptée au dessus du portail

    Profond, le porche est entouré d'escaliers à vis à gros noyau menant aux tribunes couvrant les bas-côtés, et à la loge centrale ouvrant sur la nef. Une frise sculptée souligne la séparation des étages en façade, elle même décorée de simples plates bandes.

    A l'intérieur, quatre arcades en plein cintre à double rouleau soutiennent la voûte d'arêtes. Aux coins, de petites colonnettes engagées suggèrent un voûtement primitif d'ogives.

    4.3.2. Le portail

    Le portail est un joyau de la sculpture romane d'Alsace. Toutes les surfaces sont sculptées de bas-reliefs exécutés en cuvette et méplat, hormis le tympan, en ronde bosse.

    Andlau : le porche de l’abbatiale
    Andlau : le porche de l’abbatiale

    La structure est celle d'un cadre rectangulaire flanqué de pieds-droits massifs surmontés d'un arc de décharge à la lunette (tympan) rempli d'un groupe en ronde bosse. Cette ordonnance archaïque rappelle les portes de Surbourg et d'Altenstadt (début XIè), mais le style des sculptures est plus récent.

    4.3.2.1. Le tympan

    Toute la composition converge vers le tympan où le Christ trônant remet les clefs à Pierre et le livre à Paul. Le groupe est encadré par deux scènes de chasse : frondeur poursuivant l'oiseau qui grappille sur un magnifique pied de vigne, et archer chassant un oiseau sur un arbre auquel grimpe un enfant nu.

    Andlau : le porche de l’abbatiale
    Andlau : le porche de l’abbatiale

    Cette remise des clefs, symbole du Paradis Nouveau, a comme modèle de nombreuses scènes paléochrétiennes (sarcophages) et une mosaïque de l'ancienne basilique Saint Pierre de Rome, disparue aujourd'hui. Mais le sculpteur enrichit la scène : la vigne, symbole de l'arbre de Vie, s'oppose à l'arbre dépérissant ; l'enfant nu, symbole de l'âme, grimpe à l'arbre Cosmique vers le ciel (Chanson du Graal, ou scène de l'église de Hattstatt) ; la chasse à l'oiseau peut être interprétée comme l'image de l'âme chassée par le malin.

    4.3.2.2. Le linteau

    Le linteau répond au tympan en narrant l'histoire du paradis terrestre : c'est l'histoire d'Adam et d'Eve se déroulant sans discontinuer de la création de la femme à l'expulsion du Paradis, ponctuée par le thème de l'arbre : arbre de vie à gauche, sous lequel est couché Adam, arbre de la Science du bien et du mal où s'enroule le serpent au centre, « Arbre sec » et sans fruit sous lequel est assis le premier couple après la faute.

    Andlau, abbatiale sainte Richarde : frise sculptée du massif occidental. Le jardin d’Eden
    Andlau, abbatiale sainte Richarde : frise sculptée du massif occidental. Le jardin d’Eden

    La présence de cette scène n'a rien d'insolite si l'on songe que le vestibule du sanctuaire était en général destiné aux pénitents.

    4.3.2.3. Montants et pilastres

    Les montants sont ornés d'un entrelacs de rinceaux chargés d'oiseaux et de quadrupèdes. Ils sont flanqués de pilastres représentant chacun une superposition de cinq arcades soutenues à leur base par un atlante barbu.

    Andlau : détail du bas relief du portail
    Andlau : détail du bas relief du portail

    Ces arcades abritent des couples en conversation se montrant le tympan : ce sont les bienfaiteurs de l'abbaye. Certains ont leur nom gravé sur les archivoltes ou les bandes horizontales.

    Andlau : détail du piédroit du portail de l’abbatiale : décors floraux avec animal
    Andlau : détail du piédroit du portail de l’abbatiale : décors floraux avec animal

    4.3.2.4. Conclusion

    Ce thème paradisiaque d'Andlau est en relation avec le nom porté par le vestibule, qui souvent se nommait le Paradis. Il est encore accentué par les trois groupes en haut relief qui décorent l'arche du porche : Samson et le lion à droite, David et Goliath à gauche, et sur la clé le Christ foulant le dragon, alors que Richarde lui offre la charte de donation de l'abbaye.

    Andlau, abbatiale sainte Richarde : frise sculptée du massif occidental. Création d’Eve
    Andlau, abbatiale sainte Richarde : frise sculptée du massif occidental. Création d’Eve

    4.4. La frise historiée

    La frise historiée court tout au long du soubassement qui abrite le porche et étale ses bas reliefs sans discontinuer sur une longueur de 29,50 mètres et une hauteur de 60cm.

    4.4.1. Description

    Diverses scènes y sont représentées sur cette magnifique frise :

    4.4.1.1. Sur la face nord

    4.4.1.2. Sur la face ouest

    Andlau, abbatiale sainte Richarde : chameau de la frise extérieure
    Andlau, abbatiale sainte Richarde : chameau de la frise extérieure

    4.4.2. Interprétation et parallèles

    4.4.2.1. Interprétation

    Les représentations d'animaux ne semblent pas avoir un caractère symbolique, mais évoquent plutôt les régions et contrées lointaines : lion, éléphant, chameau renvoient à l'Asie et à l'Afrique avec ce sous-entendu moral que ce monde lointain est empli d'embûches, de dangers, d'aventures violentes... A ce monde inconnu et hostile le sculpteur va opposer le havre de paix qu'est l'Église, préfiguration de la cité céleste.

    4.4.2.2. Les parallèles

    On retrouve des sculptures de la même facture à Eichhoffen, Mutzig, Obernai et Issenheim. Les procédés techniques sont identiques à ceux utilisés à Eschau.

    L'atelier d'Andlau est issu de celui d'Eschau et la date de création se situe entre 1130 et 1140. L'influence lombarde y est importante : on retrouve des parallèles au portail de Nonantola (Jambages) et à Modène (Atlantes porteurs de rinceaux à médaillons), mais aussi au portail de Walbourg (1124) d'influence Ottonienne.

    Mais le « Maître d'Andlau » diffère de l'exemple lombard par le style et le principe de sa composition. L'influence de la miniature est très nette et souvent directe : il faut citer « Geste Danorum », « Biacri Rimur » de provenance nordique, les versions de la « Légende de Théodoric » dont la plus proche est la « Thidrecksaga » islandaise.

    En comparant avec Eschau, on distingue pour la première fois à Andlau le désir de s'attaquer au haut relief, quoique le résultat soit très maladroit : le sens de la ronde bosse n'est pas encore bien ancré.

    Le « Maître d'Andlau », pour malhabile qu'il soit, s'inspirant des prototypes lombards et des manuscrits a cependant su créer une oeuvre originale grâce à son imagination et à sa manière de conter, trait qui le distingue de ses confrères Alsaciens de l'époque.

    5. Epfig : sainte Marguerite

    5.1. Description

    Au Moyen Âge, Epfig était voisine de deux hameaux : Gallwiller et Sainte Marguerite. La chapelle de Saint Gall est détruite, mais Sainte Marguerite est restée intacte.

    Plan de la chapelle sainte Marguerite d’Epfig
    Plan de la chapelle sainte Marguerite d’Epfig

    De l'extérieur, tout semble s'ordonner autour de la massive tour carrée sise au point de rencontre des quatre ailes recouvertes d'une toiture de même développement et de même hauteur. Mais en fait l'aile occidentale est plus large et plus longue : c'est une vraie nef, et il ne s'agit en conséquence pas d'un plan centré.

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite du cimetière
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite du cimetière

    Tout est couvert de berceaux plein cintre sauf le carré du transept voûté d'ogives, la voûte de la nef étant légèrement plus haute.

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. La galerie vue de l’extérieur
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. La galerie vue de l’extérieur

    Cette chapelle est une espèce de compromis entre le plan basilical et le plan centré. C'est la nef qui a conservé l'aspect originel, car il y eut bien des rajouts : baies à remplage flamboyant sur les croisillons (1516), chapelle carrée voûtée d'ogives (1516) à l'aisselle du chœur et du croisillon sud...

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. La galerie vue de l’extérieur
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. La galerie vue de l’extérieur

    Le portique datant du XIIè est très intéressant : ses façades sont percées d'arcatures : sur la paroi ouest, arcade d'entrée en plein cintre suivie de deux arcatures jumelées : sur la paroi sud, arcature de deux baies géminées suivie d'une arcature de cinq baies géminées et enfin grande arcade de passage ; les colonnettes reposent sur une base en forme de chapiteau renversé ; leur chapiteau cubique est surmonté d'un tailloir allongé en marteau et profilé en console pour rattraper l'épaisseur du mur.

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite : la galerie couverte
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite : la galerie couverte

    Le clocher est très sobre : ses faces sont percées de petites meurtrières surmontées d'une ouïe géminée dont la colonnette médiane ressemble à celles du portique (il y a des parallèles à Hohatzenheim et à Surbourg).

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. La galerie vue de l’intérieur
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. La galerie vue de l’intérieur

    5.2. Datation et origine

    Les parties romanes furent édifiées en deux phases : la chapelle cruciforme en premier, le portique par la suite (Mi XIIè) ; la chapelle fut érigée dans le premier quart du XIè.

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite, joyau de l’art roman alsacien du XI-XIIè
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite, joyau de l’art roman alsacien du XI-XIIè

    Etait-ce une chapelle de cimetière comme elle l'est aujourd'hui ? Le cimetière d'Epfig qui défraya souvent la chronique militaire est un cimetière fortifié aujourd'hui disparu.

    Epfig, sainte Marguerite : voûte de la nef
    Epfig, sainte Marguerite : voûte de la nef

    L'oratoire Sainte Marguerite se rattache à l'architecture byzantine d'Asie Mineure. On en trouve des exemples similaires dans les régions soumises à l'influence byzantine : San Zeno de Bardolino en Emilie, Santa Comba de Bande en Galice (IXè), chapelle de Sainte Croix à Trèves... On pourrait admettre que le plan en croix d'Epfig puisse évoquer l'image de la croix du sauveur (Sainte Magne de St Gall, chapelle d'Utrecht, chapelle de Sveti Kriz de Nin...) mais aussi que le plan en croix est une forme traditionnelle de la chapelle funéraire (Mausolée de Galla Placida).

    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. Voûte du croisillon nord
    Epfig : la chapelle Sainte Marguerite. Voûte du croisillon nord

    Quant à la galerie porche, elle constitue un élément rare : on la trouve surtout en Espagne (Ségovie-Silos) ou en Poitou ; elle est sans doute d'origine islamique, du moins pour la Castille. Mais pour Epfig, on ne peut rien affirmer.

    6. Eschau : saint Trophime

    6.1. Histoire

    En 770 l'évêque Rémi de Strasbourg devient propriétaire de l’île d'Eschau. Il y fonde un monastère de moniales, y dépose le corps de sainte Sophie, don du pape, et nomme Adale, la donatrice, première abbesse. En 778 le monastère devient propriété héréditaire de l'évêché de Strasbourg.

    Plan de l’église d’Eschau
    Plan de l’église d’Eschau

    En 926 les Hongrois détruisent l'abbaye. En 991 l'évêque Widerold rétablit le monastère et lui donne la propriété et les dîmes de l'église de Rouffach. Les dotations augmentent au XIè et seules les filles nobles peuvent entrer au monastère. Vers 1130 le nouveau cloître et le baptistère sont érigés et décorés par les sculpteurs de Strasbourg, les mêmes qui travaillèrent au sarcophage de l'évêque Adeloch.

    Eschau : vue générale de l’édifice
    Eschau : vue générale de l’édifice

    En 1232 l’évêque Berthold de Teck tente en vain à réformer le monastère devant la vie désordonnée qui y est menée. En 1298 l’évêque Conrad de Lichtenberg fait détruire le cloître pour supprimer un point d'appui au roi Adolphe de Nassau en guerre contre lui.

    Eschau : l’abbatiale saint Trophime
    Eschau : l’abbatiale saint Trophime

    En 1526 après la guerre des paysans les chanoinesses se dispersent et l'abbaye est supprimée par l’évêque Guillaume de Honstein. En 1615 l'abbaye est rattachée au chapitre de la cathédrale. En 1632 les troupes suédoises du général Horn pillent Eschau et y dispersent les reliques de Sainte Sophie : ce qui en reste passera dans des mains privées lors de la Révolution.

    En 1944-1945, l'église est endommagée ; en 1955 les fragments du cloître sont déposés et remontés au musée Notre Dame de Strasbourg.

    6.2. L'extérieur

    Autour de la barre dominante du vaisseau réunissant sous le même toit nef et croisée, se trouvent les collatéraux bas, les bras saillants du transept et la grande abside. Chaque partie est de volume et de hauteur différentes, mais l'ensemble est cohérant et bien équilibré.

    Eschau : le chevet
    Eschau : le chevet

    Le seul décor extérieur se trouve à l'abside : 16 pilastres effilés s'élèvent d'un socle à glacis et forment un décor d'arcatures aveugles avec chapiteaux simples et arcs formés de claveaux de grès alternativement rouges et gris.

    Eschau : chevet et croisée
    Eschau : chevet et croisée

    6.3. L'intérieur

    Trois nefs inégales lambrissées avec vaisseau central bordé de chaque coté par six arcades sur piliers donnent sur la croisée de plan barlong aussi haute que la nef et séparée d'elle par un arc diaphane. Au nord et au sud deux arcades plus basses ouvrent sur les vastes croisillons débordants. Deux fenêtres éclairent la croisée de chaque coté: elles sont percées au dessus du toit des croisillons.

    Eschau : la nef de l’abbatiale
    Eschau : la nef de l’abbatiale

    A l'est, une abside nue, semi-circulaire et voûtée en cul-de-four. Au bout des collatéraux sur la façade occidentale existaient deux réduits carrés. Le sol de la nef se trouvait à l'origine à 1m25 en dessous du niveau actuel. De chaque coté de la haute nef existaient 6 fenêtres romanes en plein cintre, dans l'axe des arcades (les actuelles sont plus récentes et beaucoup trop grandes). Le vaisseau central est deux fois plus large que les collatéraux.

    Eschau : la nef, la croisée et l’abside voûtée en cul de four
    Eschau : la nef, la croisée et l’abside voûtée en cul de four

    Il se dégage de l'ensemble une conception particulière de l'espace et des volumes qu'on ne trouve ni à Altenstadt ni à Dompeter, mais par contre à la Mittelzell de la Reichenau ou dans la basilique de Hildesheim.

    Eschau : la nef de saint Trophime
    Eschau : la nef de saint Trophime

    6.4. Originalité et datation