Le camp de concentration de Risiera di San Sabba

1. Origines du camp

Après le débarquement allié en Italie en juillet 1943 et la capitulation italienne le 8 septembre 1943, le sud de Italie passe sous contrôle allié, mais l’Italie du Nord, dont l’armée est dissoute, devient un pays occupé par les Allemands. La « République sociale italienne » (ou « république de Salo »), nouvel Etat satellite fasciste de Mussolini, est désormais totalement contrôlée par les nazis qui entendent y appliquer la « Solution finale ». Beaucoup de Juifs, qui ont refusé de fuir en Italie du Sud, vivent encore là.

Les zones côtières de l'Adriatique (Fiume, Trieste, Udine, Pula, Gorizia et Ljubljana) deviennent la « zone d'opération des côtes adriatiques », « Operationszone Adriatisches Küstenland » ou OZAK. Odilo Globocnik (né à Trieste) est nommé chef de la police et des SS (HSSPF) pour cette zone et arrive de Lublin mi septembre avec son staff, soit 92 « professionnels » de l’opération euthanasie T4 et de l’action Reinhard, plus quelques Ukrainiens et quelques femmes. Il réside au 21 de la Via Nizza à Trieste. Sous ses ordres, les SS poursuivent les Juifs, les adversaires politiques et les Partisans. Les « actions », désignées sous le nom de code de « Einsatz R », son en fait une poursuite logique de l’« Aktion Reinhard » en Pologne.

2. Le camp

Le KL « Risiera di San Sabba » est un ancien moulin à riz situé dans un faubourg de Trieste. Les bâtiments ont été construits en 1913 et sont vides lorsque les Allemands les occupent. D’abord, San Sabba est utilisée comme prison, puis à partir d’octobre 1943 de camp de concentration et de camp de détention de la police.

Les locaux sont bien appropriés à leur but : Dans trois bâtiments de 3, 4 et 6 étages sont aménagés des cellules, des entrepôts, des ateliers de chaussures et de vêtements ainsi que les quartiers SS. Le four est agrandi, et avec sa haute cheminée va servir de Krematorium pour des milliers de victimes. L’installation est réalisée par Erwin Lambert, l« architecte volant de l'action T4 » qui avait construit les chambres à gaz dans les six instituts d'euthanasie en Allemagne et en Autriche ainsi que celles des trois camps de destruction de l'action à Reinhard en Pologne, Belzec, Treblinka et Sobibor. Le Krematorium est « expérimenté » le 4 avril 1944 par l’incinération de 70 cadavres.

Du 20 octobre 1943 au printemps 1944 environ 25 000 juifs et Partisans sont interrogés et torturés à la Risiera. Entre 3 et 4 000 sont assassinés par fusillade, coups ou par asphyxie dans des camions à gaz… D’autres sont envoyés par convois à Auschwitz Birkenau. Ainsi en mars 1944 un convoi de 120 Juifs quitte le camp et arrive le 28 mars au camp d'extermination d'Auschwitz. La plupart des juifs sont aussitôt gazés, les autres sont destinés au travail forcé. Aucun d'eux ne survivra. D’octobre 1943 à mai 1944 le « patron » du camp est le fameux SS-Obersturmbannführer Christian Wirth dit « Christian le Terrible ». Wirth est tué le 26 mai 1944 par les Partisans. Le SS-Obersturmbannführer Dietrich Allers prend le commandement jusqu'en avril 1945.

3. La fin du camp

Fin avril 1945, les Partisans yougoslaves s’avancent vers Trieste. Pour faire disparaître toutes les traces des crémations, les SS font sauter la cheminée et le Krematorium le 29 avril, puis disparaissent et se fondent dans la nature… Quelques hommes seront mis en accusation, mais n’ont jamais comparu devant une cour, car on ne les a jamais retrouvés…

4. Quelques bourreaux

Tous les hommes qui étaient en poste à Risiera di San Sabba ont passé par les centres de mise à mort de l’Aktion Reinhard, Belzec, Treblinka ou Sobibor. Ce sont aussi pratiquement tous des anciens de l’Aktion T4. C’est dire si ce sont de véritables « professionnels »…

Parmi les hauts gradés, le SS-Sturmbannführer Christian Wirth est tué en février 1944, le SS-Hauptsturmführer Franz Stangl est mort en prison en attente de son procès en 1971, le SS-Hauptsturmführer Franz Reichleitner est tué en janvier 1944.

Certains seront tués par les partisans dans cette zone, comme le le SS-Scharführer Karl Pötzinger, le SS-Scharführer Kurt Richter, le SS-Hauptscharführer Gottfried Schwarz…

La plupart va « disparaître dans la nature ; certains, retrouvés seront mis en accusation mais pour les faits commis durant l’Action Reinhard : SS-Unterscharführer Werner Becher, SS-Oberscharführer Karl Frenzel, SS-Oberscharführer Heinz Kurt Bolender qui se suicide au procès de Hagen en 1966, SS-Hauptscharführer Lorenz Hackenholt, SS-Scharführer Franz Hödl, SS-Unterscharführer Robert Jührs, SS-Scharführer Rudolf Kamm, SS-Unterscharführer Johann Klier, SS-Unterscharführer Erwin Lambert, SS-Scharführer Karl Emil Ludwig, SS-Scharführer Heinrich Arthur Matthes, SS-Oberscharführer Willy Mätzig, SS-Unterscharführer Willy Mentz, SS-Untersturmführer Paul Rost, SS-Unterscharführer Karl Schiffner, Erich Schultz, Erich Sporleder, SS-Unterscharführer Franz Sydow, SS-Oberscharführer Friedrich Tauscher, Kurt Vey, Arthur Walther, SS-Scharführer Wilhelm Wenland, SS-Unterscharführer Ernst Zierke…