Simone Martini

1. Eléments de biographie

Simone Martini, nait entre 1280 et 1285 à Sienne, et meurt à Avignon en 1344. Peintre de l’école siennoise, contemporain de Ambrogio Lorenzetti, il utilise les techniques de la fresque et de la tempera sur bois. Elève de Duccio, il développe l'utilisation des lignes pour développer le rythme pictural ainsi que les harmonies sophistiquées de la couleur, éléments déjà présents chez Duccio. Il est également profondément influencé par les sculptures de Giovanni Pisano, et plus encore par l'art gothique français.

Sa première œuvre est une grande fresque de la Maestà (1315, retravaillée en 1321) réalisée dans le Palais Communal de Sienne à la Mairie de Sienne en contrepoint de la célèbre Maestà de Duccio qui se trouvait dans la cathédrale. Puis il réalise le « Saint Louis de Toulouse » (1317, Naples), où l’influence gothique est beaucoup plus perceptible : çà cette époque en effet, Naples est un royaume français, gouverné par Robert d'Anjou, qui commande à Simone cette image votive d’un membre fraîchement canonisé de la maison royale française. A partir de cette date, l’art de Simone devient essentiellement un art de Cour, raffiné, élégant et très influencé par la France.

Simone réalise de nombreuses madones, dont le type achevé, d'une grande importance dans la peinture siennoise est celui du polyptyque de Pise de 1320. En 1328 Simone réalise une autre fresque au Palais Communal de Sienne, un portrait équestre commémoratif du mercenaire Guidoriccio da Fogliano, une de premiers portraits de ce genre dans la peinture italienne naissante, sur un fond de vaste paysage panoramique avec les tentes des soldats à l'arrière-plan et de châteaux.

Peu après Simone se rend à Assise pour y réaliser une fresque relatant des scènes de la vie de Saint Martin dans l’église Saint François, où se retrouve à la fois l'influence de l'art gothique français et le sens du faste chevaleresque propre à Simone. Retour à Sienne, il réalise probablement son chef d’œuvre, l'Annonciation (1333, Florence, Offices), en collaboration avec son beau-frère Lippo Memmi (mort en 1357).

En 1340-1341 Simone part pour la France, envoyé semble t-il en mission a Avignon par la Curie romaine. Il devient peintre à la cour du pape Benoît XII et y peint le « Christ retournant chez ses parents après s’être disputé avec les Docteurs », sujet très peu évoqué en peinture ; il se lie d’amitié avec Pétrarque et illustre le « Vergilius cum notis Petrarcae » (bibliothèque Ambrosienne de Milan), codex annoté par le poète. Il réalise également des fresques pour la cathédrale Notre Dame des Doms à Avignon : le tympan de la Bénédiction du Sauveur et la lunette de la Madone de l’Humilité, toutes deux très mal conservées et datant probablement de 1341.

Son influence sur la peinture française du XIVè siècle est difficile à évaluer, mais un siècle plus tard, les Siennois, d’après Ghiberti, le considèrent comme leur plus grand peintre.

L’art de Martini adapte la tradition de la ligne et de la couleur aux goûts et aux nécessités de la riche et élégante société de son temps. Aussi, il retire de sa peinture les tons affligés et dramatiques des derniers successeurs de Duccio et affirme la pure beauté obtenue grâce aux lignes douces et à une gamme variée de teintes délicates et précieuses. Simone Martini est aussi considéré comme le premier portraitiste de la peinture médiévale : il est le premier à prendre conscience des physionomies de chacun de ses sujets : ainsi il réalise le portrait de Robert d'Anjou dans le « Retable de Naples », celui du cardinal Gentile Partino da Montefiore au-dessus de l'arc d'entrée de la chapelle de San Martino à Assise, celui de Guidoriccio da Folignano dans le Palazzo Pubblico de Sienne, et sans doute un portrait de Laure pour Pétrarque, aujourd'hui perdu.

2. Les premières œuvres

Simone Martini : Madone et enfant (N°583). Vers 1308-1310. Tempera sur bois, 88 x 57 cm. Sienne, Pinacothèque Nationale
Simone Martini : Madone et enfant (N°583). Vers 1308-1310. Tempera sur bois, 88 x 57 cm. Sienne, Pinacothèque Nationale

La Vierge à l'enfant N°583 de la Pinacothèque de Sienne, est aujourd’hui reconnue par la critique comme la plus ancienne peinture connue de Simone Martini. C'est le panneau central d'un polyptyque (il ya des trous de chaque côté pour fixer les panneaux latéraux) caractérisé par des liens étroits avec la peinture de Duccio et le style propre de Martini.

La Vierge est dépeinte en train de regarder le spectateur : sa posture, le manteau enveloppant son corps, ses yeux doux mais tristes sont autant d'éléments typiques de l'art de Duccio. Mais l’œuvre révèle déjà la « griffe » de Martini : la qualité sculpturale du voile autour du visage, les jeux d'ombre et de lumière sur le visage, les mouvements de l'enfant qui tourne la tête vers un saint à sa gauche (dépeint sur le volet latéral) et qui tient la main de sa mère ; son corps rondelet, sa bouche, ses cheveux bouclés et la forme parfaite de l'oreille sont des éléments très concrets de la manière de Martini.

Simone Martini : Madone de gloire avec anges musiciens (détail). 1311-1314. Fresque. San Gimignano. Oratoire de San Lorenzo in Ponte
Simone Martini : Madone de gloire avec anges musiciens (détail). 1311-1314. Fresque. San Gimignano. Oratoire de San Lorenzo in Ponte

La Vierge de l'oratoire de San Lorenzo in Ponte de San Gimignano a été récemment découverte. La critique suppose que Simone l’a peinte entre 1311 et 1314. Mais seule la tête de la Vierge est de sa main, car en 1413 la fresque a été presque entièrement refaite par Cenni di Francesco et le visage n'a survécu que grâce à une légende selon laquelle son bon état de conservation était le fruit d'un miracle. La frange du manteau, les zones lumineuses du menton et des joues de la vierge rappellent la Madone N°583 de Simone, plus archaïque dans la composition et peinte autour de 1308-1310.

Simone Martini : Madone de Miséricorde. 1308-1310. Tempera sur bois, 154 x 84 cm. Sienne, Pinacothèque Nationale
Simone Martini : Madone de Miséricorde. 1308-1310. Tempera sur bois, 154 x 84 cm. Sienne, Pinacothèque Nationale

La Madone de la Miséricorde de Vertine est une magnifique œuvre qui n’a été attribuée que récemment (et non à l'unanimité) à Simone. On y voit clairement l'influence de Duccio, notamment dans la position et la typologie des personnages abrités sous le manteau de la Vierge. Mais un esprit nouveau règne : le sens de l'espace réel entre les têtes et un sentiment de vie et de mouvement dans l'imposante figure de la Vierge (les plis de la draperie ne cachent pas la position de ses jambes, et elle semble esquisser un mouvement de rotation afin d'embrasser de ses bras tous ses protégés), sont des preuves de l'évolution de l'artiste vers de nouvelles formes d'expression.

L'effet des riches et précieuses ornementations (une caractéristique marquante de la Maestà) est reproduit par l'utilisation de l'or et l'argent, des pierres précieuses et des vernis transparents. Même si l’attribution à Simone, reste encore contestée, nul ne peut nier les analogies, à la fois dans la technique et le style, avec la Madone N° 583.

3. La Maestà du Palazzo Pubblico

Simone Martini : vue sur la salle de la Mappamonde. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : vue sur la salle de la Mappamonde. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico

La « Sala del Mappamondo » (ancienne « Sala del Consiglio ») du conseil du Palazzo Pubblico contient l’imposante fresque de la Maestà de Simone Martini. La fresque a été endommagée par l’humidité due au stockage de sel dans le sous-sol, qui a endommagé la couche de plâtre des murs.

Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque. 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque. 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico

Quelques années après la Maestà de Duccio, Simone peint sa Maestà pour le Palazzo Pubblico de Sienne, comme l'idéal du bon et juste gouvernement. Cette fresque est la plus ancienne qui soit attribuée à Simone. L’extrémité du mur de la « Sala del Mappamondo » (L’ancienne « Sala del Consiglio ») est entièrement couverte par cette fresque. Entourée d’un cadre de vingt médaillons représentant le Christ bénissant, les prophètes et les évangélistes et des armoiries de Sienne, la fresque montre une foule d'anges, les saints et les Apôtres, entourant la Vierge et l'Enfant. Toute la scène, sur un arrière-plan d'un bleu profond, est surmontée par d’un imposante dais de soie rouge.

Simone Martini : la Maestà (Madone avec Anges et Saints). 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : la Maestà (Madone avec Anges et Saints). 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico

Les innovations les plus importantes de Simone dans cette Maestà sont spatiales : ainsi les poteaux de soutien de la canopée sont mis en perspective, donnant une impression de profondeur à la composition. Il y a surtout un engagement conscient de Simone en direction de la tendance gothique diffusée à travers les miniatures, les orfèvreries, les petits tableaux et les sculptures venant de France, culture figurative que s'étaient déjà appropriée les orfèvres siennois.

Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 763 x 970 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le détail montre Sainte Catherine d’Alexandrie à gauche de la fresque
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le détail montre Sainte Catherine d’Alexandrie à gauche de la fresque
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le détail montre Sainte Barbara sur la partie droite de la fresque
Simone Martini : Maestà, détail. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le détail montre Sainte Barbara sur la partie droite de la fresque
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le médaillon représente Saint Grégoire
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le médaillon représente Saint Grégoire
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le médaillon représente l’allégorie de l’ancienne et de la nouvelle loi
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le médaillon représente l’allégorie de l’ancienne et de la nouvelle loi
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le médaillon représente la Madone à l’enfant
Simone Martini : Maestà, détail des médaillons. 1315. Fresque, 79 x 65 cm. Sienne, Palazzo Pubblico. Le médaillon représente la Madone à l’enfant

4. Fresques de la chapelle saint Martin à Assise

4.1. Introduction

La chapelle de Saint Martin (Cappella di San Martino), à laquelle on accède depuis le transept sud de l’Église inférieure, est une salle rectangulaire couverte par une voûte en berceau et se terminant par une abside hexagonale percée de trois grandes doubles fenêtres décorées de magnifiques vitraux. La décoration des murs, exécutée par Simone Martini, est dédiée à saint Martin de Tours.

Les fresques de la chapelle ont été commandés par Robert d'Anjou, roi de Naples, en exécution des dernières volontés du cardinal Gentile da Partino Montefiore, prélat qui, envoyé à Buda en 1307, joua un rôle important pour obtenir le trône de Hongrie pour Charles Robert d'Anjou (1308-1342). Il finança l'église de St François d'Assise à laquelle il décide de faire ajouter en 1312 une chapelle dédiée à son patron, saint Martin.

Saint Martin, né en Pannonie, chevalier romain au IVè siècle, se couvre de gloire grâce à ses succès militaires. Mais il décide d’abandonner sa carrière pour se consacrer à Dieu. La fresque de la chapelle est fidèle à la légende du saint. L’épisode de son investiture a sans doute été particulièrement cher à Simone Martini, qui était lui-même chevalier.

Depuis l'entrée de la chapelle, de gauche à droite et de haut en bas, les parois latérales et le berceau sont décorés de fresques représentant des scènes de la vie de saint Martin :

Simone Martini : vue de la chapelle de Saint Martin. Vers 1320. Fresque. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : vue de la chapelle de Saint Martin. Vers 1320. Fresque. Assise, église inférieure Saint François

La chapelle de Saint Martin (Cappella di San Martino) est une salle rectangulaire couverte d’une voûte en berceau et se termine par une abside hexagonale contenant trois grandes doubles fenêtres décorées de vitraux. La partie inférieure des murs est décorée d’incrustation de pierres d'Assise ; les chapiteaux des fines colonnes sont recouverts de feuilles d'or. La décoration des murs, exécutée par Simone Martini, est dédiée à saint Martin de Tours dont l’artiste décrit dix scènes marquantes de la vie. Les murs sont divisés en deux niveaux séparés par des trames géométriques avec des bustes d'anges dans les coins.

4.2. Le mur d’entrée

Simone Martini : Sant Antoine de Padoue et saint François. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sant Antoine de Padoue et saint François. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Sur le mur d’entrée et l’intrados de l'arche d'entrée de la chapelle, Simone Martini à peint, par paires, huit figures de saints : François, Claire et Antoine de Padoue, saints en relation avec l’ordre franciscain qui administre le sanctuaire ; et cinq saints qui sont en relation avec Robert d'Anjou : Louis de Toulouse, son frère aîné, Elisabeth de Hongrie, la tante de sa mère, Marie ; Louis IX, roi de France, son grand-père, Marie-Madeleine et Catherine d'Alexandrie, les deux saintes auxquelles son père Charles II était particulièrement dévoué.

Simone Martini : Sainte Marie Madeleine et Sainte Catherine d’Alexandrie. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Marie Madeleine et Sainte Catherine d’Alexandrie. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Marie Madeleine (détail) 1317. Fresque, 97 x 80 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Marie Madeleine (détail) 1317. Fresque, 97 x 80 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Louis de France (détail). 1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Louis de France (détail). 1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Claire and Sainte Elisabeth de Hongrie. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Claire and Sainte Elisabeth de Hongrie. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Elisabeth de Hongrie (détail). 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Elisabeth de Hongrie (détail). 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Louis de France et Saint Louis de Toulouse. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Louis de France et Saint Louis de Toulouse. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

La figure de saint Louis de France a été peinte à une date ultérieure sur une figure inconnue vêtue d'une longue tunique blanche dont le bas est encore visible dans la partie inférieure de la fresque.

Simone Martini : Consécration de la Chapelle. 1317. Fresque, 330 x 700 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Consécration de la Chapelle. 1317. Fresque, 330 x 700 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Fresques sur le mur d'entrée et l’intrados de l'arche d'entrée Au dessus des huit saints de l’intrados de l'arche, le mur d'entrée à l'intérieur de la chapelle porte la fresque de la Consécration de la Chapelle. Un sentiment de profonde humilité se dégage de toute la scène et unit les deux personnages : le cardinal Gentile est humblement prosterné aux pieds de Saint Martin qui l'aide doucement à se relever. L’environnement est très « ecclésiastique » : splendide ciboire, construction de style gothique avec un arc ogival trilobé et des pinacles et une balustrade de marbre polychrome dans le fond.

Simone Martini : Consécration de la Chapelle (détail). 1317. Fresque, 330 x 700 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Consécration de la Chapelle (détail). 1317. Fresque, 330 x 700 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.3. Scène 1 : Martin partage son manteau

Simone Martini : Saint Martin partage son manteau (scène 1). 1312-1317. Fresque, 265 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin partage son manteau (scène 1). 1312-1317. Fresque, 265 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

La première fresque dépeint le fameux épisode du partage du manteau : rencontrant un mendiant vêtu de haillons un froid matin d'hiver, Martin lui donne la moitié de son manteau. À gauche, la ville d'Amiens, où l'épisode s'est déroulé, avec ses fortifications crénelées et ses tours de défense. À droite, dans la section supérieure, une tête : les synopia de la fresque au Musée de la Basilique montrent une composition différente : le mendiant et la porte de la ville était du côté opposé. Simone a commencé sa fresque, puis en a changé la disposition. Il a couvert le mur avec une couche d’intonaco, puis a peint la fresque définitive. Mais avec le temps et sans doute l’humidité, l’ancien visage du mendiant a refait surface…

4.4. Scène 2 : Le songe de saint Martin

Simone Martini : le songe de Saint Martin (scène 2). 1312-1317. Fresque, 265 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le songe de Saint Martin (scène 2). 1312-1317. Fresque, 265 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Après avoir partagé son manteau, Martin fait un rêve, dans lequel le Christ lui révèle que le mendiant, c’était lui. Drapé dans le manteau, Jésus s'adresse aux anges en montrant du doigt Martin, qui dort sous une couverture de tissu typiquement siennois. Le réalisme dans le détail est poussé jusque dans la broderie ornant les draps et le coussin, broderie très en vogue à l’époque. Martin, la main posé sur sa poitrine, semble participer à la scène, comme s'il écoutait vraiment la voix du Seigneur.

Simone Martini : le songe de Saint Martin (détail). 1312-1317. Fresque, 85 x 70 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le songe de Saint Martin (détail). 1312-1317. Fresque, 85 x 70 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.5. Scène 3 : Saint Martin adoubé chevalier

Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier (scène 3). 1312-1317. Fresque, 265 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier (scène 3). 1312-1317. Fresque, 265 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Parmi les légendes de la vie de saint Martin Simone ayant servi de source à l’iconographie, aucune ne mentionne un quelconque adoubement du chevalier saint Martin. Il faut donc supposer que le peintre, entouré d'un monde de tournois, de chasse et d’expéditions guerrières (il était lui-même chevalier), ait voulu rendre compte d’un évènement important du milieu de la noblesse de l’époque et surtout de la vie d’un chevalier, et ait transposé dans le monde militaire romain du IVè siècle une cérémonie typique de l'époque médiévale classique. Simone veut à la fois replacer un personnage éminent du passé dans une « ambiance » contemporaine (architecture gothique et costumes du XIIIè siècle) ; il utilise aussi la scène de l’adoubement pour focaliser l'attention sur le monde courtois et aristocratique de son temps afin de le glorifier, d’autant que c’est d’ailleurs ce milieu de la chevalerie omnipuissante qui lui a passé commande de l’œuvre !

Musiciens, chanteurs, écuyers en armes, fauconniers sont tous témoins de la scène qui se déroule à l'intérieur d'un palais avec ses loggias et son plafond en bois. L'empereur romain fixe l'épée autour de la taille du chevalier, symbole de sa dignité nouvellement acquise. Sa tête, immobile, de profil, sa bouche à demi ouverte, son regard fixe ne sont pas sans rappeler les portraits des anciennes pièces de monnaie romaines, que Simone a probablement utilisés comme modèle. Lempereur en question pourrait être Julien l’Apostat (il régnait à l’époque de Martin), mais la critique suggère qu’iconographiquement il s’agirait plutôt de Constantin le Grand.

Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier, détail. 1312-1317. Fresque, 87 x 61 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier, détail. 1312-1317. Fresque, 87 x 61 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier, détail. 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier, détail. 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier, détail. 1312-1317. Fresque, 100 x 82 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier, détail. 1312-1317. Fresque, 100 x 82 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier (détail). 1312-1317. Fresque, 100 x 82 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin adoubé chevalier (détail). 1312-1317. Fresque, 100 x 82 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

L'étrange chapeau porté par le joueur de flûte a été identifié comme étant hongrois, ce qui tendrait à prouver que Simone a peut-être accompagné le cortège du Cardinal Montefiore à Buda. L'ensemble du groupe de musiciens, particulièrement le trio de chanteurs combine merveilleusement le talent d’observation et d’imagination de l’artiste.

4.6. Scène 4 : saint Martin renonce aux armes

Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (scène 4). 1312-1317. Fresque, 265 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (scène 4). 1312-1317. Fresque, 265 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Dans cette fresque, Martin, officier dans l'armée romaine s’apprêtant à combattre l’armée ennemie, annonce sa décision de renoncer à l’usage des armes : « Je suis un soldat du Christ et je ne peux pas me battre. ». A gauche, le camp romain avec l'empereur Julien, un groupe de soldats et le trésorier qui distribue leur solde aux mercenaires. À la droite, attendant la bataille, derrière la colline, l'armée de barbares avec leurs armures et leurs lances. Martin (encore chevalier, mais portant une croix avec laquelle il fait un geste de bénédiction) est tourné vers l'Empereur, mais marche vers l'ennemi : son combat est la lutte contre le paganisme, et sa seule arme est la parole du Christ.

Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint Martin renonce à ses armes (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.7. Scène 5 : l’enfant ressuscité

Simone Martini : le Miracle de l’enfant ressuscité (scène 5). 1312-1317. Fresque, 296 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le Miracle de l’enfant ressuscité (scène 5). 1312-1317. Fresque, 296 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

À gauche de la fresque de la méditation se trouve celle du miracle de la résurrection d’un enfant ; comme celui de la messe miraculeuse, cet épisode n'a jamais été inclus dans un cycle de fresque. Tandis que Martin est en prière, il est approché par une femme tenant son enfant mort dans ses bras ; elle le supplie de faire quelque chose et le Saint s'agenouille en prière. A l'étonnement des assistants, l'enfant ressuscite.

Dans cet épisode, Simone ne suit pas les biographies officielles qui situent tous l’évènement dans la campagne autour de Chartres, mais mélange le miracle de Chartres avec une légende très populaire à Sienne à l'époque. Cette légende raconte que Martin, en halte à Sienne alors qu’il se rend en pèlerinage à Rome, accomplit une résurrection ; ce miracle est si grand que la ville décide de construire une église qu’elle consacre à Martin. Simone mélange des deux épisodes en plaçant le miracle à Sienne : le centre de la ville est symbolisé par le bâtiment de droite : la tour crénelée, les baies gothiques à trois arcatures, l’arche surmontant la porte d'entrée renvoient incontestablement au Palazzo Pubblico de Sienne et sa Torre del Mangia.

La nécessité de moderniser un épisode qui a eu lieu près de mille ans auparavant, fait aller Simone encore plus loin : la foule qui assiste à l’évènement n’est pas uniquement composée de païens, comme le relataient les légendes : Simone dépeint un groupe bien plus varié de spectateurs : ainsi le personnage à la figure rondelette qui regarde l’arbre ressemble beaucoup à Gentile da Montefiore, le fameux cardinal… D’autres personnages prient avec ferveur, mais d’autres, comme le chevalier au chapeau bleu expriment l’étonnement, voire le scepticisme. Ce chevalier pourrait d’ailleurs n’être personne d’autre que Simone lui-même… Son voisin semble d’ailleurs le regarder avec des yeux pleins de reproches…

Simone Martini : le Miracle de l’enfant ressuscité (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le Miracle de l’enfant ressuscité (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le Miracle de l’enfant ressuscité (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le Miracle de l’enfant ressuscité (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.8. Scène 6 : la méditation de saint Martin

Simone Martini : la méditation de saint Martin (scène 6). 1312-1217. Fresque, 390 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la méditation de saint Martin (scène 6). 1312-1217. Fresque, 390 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Les épisodes décrits au registre médian illustrent la dernière partie de la vie du saint, après 371 lorsque Martin a été nommé évêque de Tours, et est donc représenté avec la mitre épiscopale. Dans la baie à gauche de l'entrée se trouve la scène de la méditation de saint Martin. Dans un état d'extase profonde, Martin est assis sur une chaise curule (la même que celle de l'empereur Julien dans la scène où Martin renonce à porter des armes), tandis que deux acolytes tentent de le ramener à la réalité, afin qu’il puisse célébrer la messe dans la chapelle attenante : l'un d'eux le secoue doucement alors que l’autre s’apprête à lui remettre son missel. Les deux espaces architecturaux parallèles sont de profondeur différente ; ils sont simples, dénudés, et reflètent l'ambiance de la profonde absorption du saint dans la prière. Les seuls éléments décoratifs sont la frise grecque horizontale sur le mur et les ornements quadrilobes en haut des fenêtres à meneaux et aux écoinçons des arches.

Simone Martini : la méditation de saint Martin (détail). 1312-1217. Fresque, 390 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la méditation de saint Martin (détail). 1312-1217. Fresque, 390 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.9. Scène 7 : la messe miraculeuse

Simone Martini : la messe miraculeuse (scène 7). 1312-1317. Fresque, 390 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la messe miraculeuse (scène 7). 1312-1317. Fresque, 390 x 200 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Dans la baie à la droite se trouve la scène de la Messe merveilleuse, un épisode très rare dans les cycles de fresques italiennes. Elle est peinte ici pour la première fois. L'événement s’est passé à Albenga et était similaire à celui d’Amiens : Après avoir donné sa tunique à un mendiant, Martin est sur le point de célébrer la messe. Au cours de l'Elévation, le moment central de l’Eucharistie, deux anges apparaissent à Martin et lui remettent une très belle et précieuse pièce de tissu. L’expression diacre est extraordinaire de spontanéité : surpris et presque craintif, il tend instinctivement la main vers son évêque. La scène est une magistrale composition de volumes et de formes, avec des éléments linéaires (les chandeliers et la décoration du parement d'autel) qui alternent avec les volumes de l'autel et de l'estrade et les courbes du plafond en berceau et ogives.

Simone Martini : la messe miraculeuse (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la messe miraculeuse (détail). 1312-1317. Fresque. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la messe miraculeuse (détail). 1312-1317. Fresque, 68 x 56 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la messe miraculeuse (détail). 1312-1317. Fresque, 68 x 56 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.10. Scène 8 : le miracle du feu

Simone Martini : le miracle du feu (scène 8). 1312-1317. Fresque, 296 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : le miracle du feu (scène 8). 1312-1317. Fresque, 296 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Dans la scène suivante de la baie droite Simone a peint le Miracle de Feu, une fresque qui, comme la scène de la résurrection de l’enfant, est très endommagée. La scène illustre le moment où l’empereur Valentinien se jette, terrifié et suppliant, aux pieds de saint Martin : il vient en effet de lui refuser une audience et immédiatement une langue de feu s’est abattu sur sont trône qu’elle a embrasé. Le personnage à l'extrême gauche est très naturel d’étonnement. La scène se compose de différentes structures architecturales, y compris une variété d'arcs : ogives, plein cintres, géminés, arcature sous créneaux… Les pilastres, les remparts et des loggias créent un effet de mouvement et de dynamisme.

4.11. Scène 9 : la mort de saint Martin

Simone Martini : la mort de Saint Martin (scène 9). 1312-1317. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la mort de Saint Martin (scène 9). 1312-1317. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Les fresques de la mort et des funérailles de Saint Martin sont les dernières scènes du cycle du saint. Ces scènes ont la même composition, avec une foule de fidèles et de témoins des événements, baignés de lumière, avec de beaux effets de couleur et de profondeur spatiale. Les mêmes personnages, avec les mêmes caractéristiques mais dépeints dans différentes poses et avec des gestes différents apparaissent dans les deux scènes : le prêtre célébrant le rituel du défunt dans la scène de la mort de Martin apparaît dans la fresque des funérailles entre les deux personnages auréolés. L’acolyte tonsuré habillé de vert et de rouge qui médite dans la scène de la mort apparaît dans les funérailles, tenant la dalmatique du célébrant.

Un autre élément intéressant est la manière dont est traité l’environnement architectural, en fonction des événements : dans la scène de la mort de Saint Martin, le bâtiment est une structure géométrique austère avec des murs nus ; dans celle des funérailles, c’est une chapelle gothique avec de gracieuses et délicates décorations.

Simone Martini : la mort de Saint Martin, détail : remarquable est ma ressemblance du chevalier du petit édicule avec le portrait de Robert d’Anjou du retable de Naples réalisé par Simone. 1312-1317. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : la mort de Saint Martin, détail : remarquable est ma ressemblance du chevalier du petit édicule avec le portrait de Robert d'Anjou du retable de Naples réalisé par Simone. 1312-1317. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.12. Scène 10 : l’enterrement de saint Martin

Simone Martini : l’enterrement de saint Martin (scène 10).1312-1317. Fresque, 284 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : l’enterrement de saint Martin (scène 10).1312-1317. Fresque, 284 x 230 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Les fresques de la mort et des funérailles de Saint Martin du registre supérieur sont les dernières scènes du cycle du saint. Ces scènes ont la même composition, avec une foule de fidèles et de témoins des événements, baignés de lumière, avec de beaux effets de couleur et de profondeur spatiale. Les mêmes personnages, avec les mêmes caractéristiques mais dépeints dans différentes poses et avec des gestes différents apparaissent dans les deux scènes : le prêtre célébrant le rituel du défunt dans la scène de la mort de Martin apparaît dans la fresque des funérailles entre les deux personnages auréolés. L’acolyte tonsuré habillé de vert et de rouge qui médite dans la scène de la mort apparaît dans les funérailles, tenant la dalmatique du célébrant.

Un autre élément intéressant est la manière dont est traité l’environnement architectural, en fonction des événements : dans la scène de la mort de Saint Martin, le bâtiment est une structure géométrique austère avec des murs nus ; dans celle des funérailles, c’est une chapelle gothique avec de gracieuses et délicates décorations.

Simone Martini : l’enterrement de saint Martin (détail).1312-1317. Fresque, 140 x 78 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : l’enterrement de saint Martin (détail).1312-1317. Fresque, 140 x 78 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

4.13. Vitraux de la chapelle saint Martin

Simone Martini : Vitrail. Vers 1312. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François
Simone Martini : Vitrail. Vers 1312. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

Ce vitrail, l’un des trois que comprend l'abside hexagonale de la chapelle, a été conçu par Simone Martini et exécuté par Giovanni di Bonino, un artisan verrier d'Assise.

Simone Martini : vitrail. Vers 1312. 570 x 400 cm. Assise, chapelle Saint Louis, église inférieure Saint François
Simone Martini : vitrail. Vers 1312. 570 x 400 cm. Assise, chapelle Saint Louis, église inférieure Saint François

Les vitraux de la chapelle méritent d'être mentionnés. Les dessins en sont probablement de Simone, mais l’artisan verrier qui les a exécutés est inconnu. Ils présentent quelques analogies avec les parties les plus anciennes de la Maestà du Palazzo Pubblico et les vitraux d'Assise, et datent des environs de 1312.

Cette date se base sur des événements extérieurs : en 1312 Gentile da Montefiore commande non seulement la décoration de la chapelle, mais il passe également quelques mois à Sienne. C’est là qu’il rencontre probablement Simone et le choisi comme son peintre personnel. Les procédures habituellement suivies dans l’exécution des bâtiments et des la décoration d'églises suggèrent également une date rapprochée. En effet les fresques sont réalisées dans les zones Dans les zones éclairées par les fenêtres, les vitraux sont posés avant la réalisation des fresques, car le verre coloré modifie l’éclairage et peut modifier l'effet de la fresque.

Simone Martini : vitrail. Vers 1312. 570 x 400 cm. Assise, chapelle Saint Louis, église inférieure Saint François
Simone Martini : vitrail. Vers 1312. 570 x 400 cm. Assise, chapelle Saint Louis, église inférieure Saint François

4.14. Fresques du transept de la chapelle

Simone Martini : Saint François et Saint Louis de Toulouse. 1318. Fresque, 120 x 152 cm. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : Saint François et Saint Louis de Toulouse. 1318. Fresque, 120 x 152 cm. Assise, église inférieure Saint François

Le groupe de saints peints aux côtés de l'autel dédié à Sainte Elisabeth dans le transept droit de la Basilique est une expression du sentiment politique et religieux lié à la Maison d'Anjou de Hongrie et à la Spirituals. De gauche à droite, à saint François, saint Louis de Toulouse et sainte Elisabeth de Hongrie succèdent Sainte Marguerite (longtemps confondue avec sainte Claire, jusqu'à ce qu’une récente restauration ait révélé une petite croix, symbole de la sainte) Henri, Prince de Hongrie (non pas Louis IX de France, car il ne porte par de couronne, ce qui aurait été inadmissible pour l’époque), et, sur le mur suivant, le fils de saint Etienne et compagnie de Saint Ladislas et de la Vierge à l'Enfant.

La présence de tous ces membres de la Maison d'Anjou dans les fresques d'Assise s’explique par le lien étroit unissant l'Ordre franciscain à la famille royale de Hongrie : le cardinal Gentile da Montefiore était à la fois franciscain et très proche des Anjou.

Selon la légende Sainte Marguerite est jetée en prison parce qu'elle s’est refusée à Olybrius, un préfet romain. Dans la prison, elle est attaqué par le diable et, tout à la prière, avalé par un dragon. Mais grâce au crucifix qu’elle porte, elle tue le dragon et sort de son corps sans aucun mal. Les attributs de la sainte sont la crois et le dragon.

Simone Martini : Sainte Elisabeth, Sainte Marguerite et Henri de Hongrie. 1318. Fresque, 120 x 228 cm. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Elisabeth, Sainte Marguerite et Henri de Hongrie. 1318. Fresque, 120 x 228 cm. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Marguerite de Hongrie, détail. 1318. Fresque, 67 x 55 cm. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : Sainte Marguerite de Hongrie, détail. 1318. Fresque, 67 x 55 cm. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : Madone et enfant entre saint Etienne et saint Ladislas. Saint Etienne (1000-1038) et saint Ladislas (1077-1095) sont deux rois de Hongrie connus pour leur sainteté. 1318. Fresque, 110 x 200 cm. Assise, église inférieure Saint François
Simone Martini : Madone et enfant entre saint Etienne et saint Ladislas. Saint Etienne (1000-1038) et saint Ladislas (1077-1095) sont deux rois de Hongrie connus pour leur sainteté. 1318. Fresque, 110 x 200 cm. Assise, église inférieure Saint François

5. La fresque de Guidoriccio da Folignano

Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano. 1328-1330. Fresque, 340 x 968 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano. 1328-1330. Fresque, 340 x 968 cm. Sienne, Palazzo Pubblico

Sur le mur opposé de la Maestà de la « Sala del Mappamondo », Simone a représenté le célèbre condottiere Guidoriccio da Folignano qui traverse une lande à cheval sur son destrier sur un arrière-plan de forteresses vaincues.

Cette peinture a longtemps été considérée comme un exemple achevé de l’art pictural de Simone Martini. La durée du travail ne dépassa pas sept ou huit jours, preuve que l’artiste était sûr de son fait en matière de peinture murale. Le condottiere, en entier avec son cheval, a été réalisé en une seule journée. Toutefois, après la découverte d'une fresque équestre juste en dessous de la figure équestre (très belle et certainement beaucoup plus ancienne), certains experts on attribué la fresque de Guidoriccio à un artiste plus tardif. La controverse n'est pas encore éteinte.

Les personnages figurant dans les niches des deux côtés du mur sont les saints patrons de Sienne, exécutés par le maître siennois Giovanni Antonio Bazzi, dit Le Sodoma (1477-1549).

Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano. 1328-1330. Fresque, 340 x 968 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano. 1328-1330. Fresque, 340 x 968 cm. Sienne, Palazzo Pubblico
vLa fresque de Guidoriccio da Fogliano, illustre la conquête des châteaux de Montemassi et Sassoforte en 1328 (date « MCCCXXVIII » dans le bas de la fresque), et faisait partie d'un cycle de fresques des « Castelli » qui occupe la partie supérieure de la paroi opposée à la Maestà dans la Sala del Mappamondo. Le cycle, commémorant les châteaux conquis par les Siennois, est inauguré en 1314 par la représentation du château de Giuncarico, est poursuivi par le Guidoriccio et s’achève en 1331 par les châteaux d’Arcidosso et Piano. Ces derniers sont été détruits en 1361 lorsque Lippo Vanni peint des batailles de Valdichiana et de Poggio Imperiale.

Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico

Guidoriccio da Fogliano, un condottiere, est d'abord chargé de collecter les impôts dans les villages avant d'offrir ses services à la ville de Sienne. Il devient capitaine de l'armée siennoise, qu'il quittera en 1333 pour l'opposition florentine. Il meurt en 1352.

Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail : le village à la gauche de la fresque. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail : le village à la gauche de la fresque. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico
Simone Martini : Portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano, détail. 1328-1330. Fresque. Sienne, Palazzo Pubblico

6. Les Annonciations

6.1. L’Annonciation de 1333

Simone Martini : l’ange de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 31 x 22cm. Washington, National Gallery of Art
Simone Martini : l’ange de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 31 x 22cm. Washington, National Gallery of Art

L’autre partie de ce diptyque, qui représente la Vierge de l’annonciation, se trouve au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

Simone Martini : la Vierge de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 30,5 x 21,5 cm. Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage
Simone Martini : la Vierge de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 30,5 x 21,5 cm. Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage

L’autre partie de ce diptyque, qui représente l’Ange de l’annonciation, se trouve à la National Gallery of Art à Washington.

6.2. L’annonciation des Offices

Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints. 1333. Tempera sur bois, 184 x 210 cm. Florence, les Offices
Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints. 1333. Tempera sur bois, 184 x 210 cm. Florence, les Offices

Ce retable a été exécuté entre 1329 et 1333 pour la chapelle de Saint Ansano de la cathédrale de Sienne par Simone Martini et son beau frère Lippo Memmi, à qui sont attribués les deux personnages sur les côtés : Saint Ansano et Sainte Giulitta. Les personnages de l'Ange Gabriel et de la Vierge se détachent sur le fond or, renforcés par le contour des lignes dans le style gothique, sans détails narratifs : seul apparaît au centre le vase avec les lys, symboles de la pureté de Marie, et la branche d'olivier que tient l’ange. L'inscription dorée qui sort de la bouche de l'Ange contient le début des paroles de l'Annonciation.

Cette sublime annonciation est La dernière œuvre que Simone laisse à Sienne. À partir de 1336, il se trouve à la cour papale d'Avignon où il meurt en 1344.

Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints. 1333. Tempera sur bois, 265 x 305 cm. Florence, les Offices
Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints. 1333. Tempera sur bois, 265 x 305 cm. Florence, les Offices
Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints, détail. 1333. Tempera sur bois, 265 x 305 cm. Florence, les Offices
Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints, détail. 1333. Tempera sur bois, 265 x 305 cm. Florence, les Offices
Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints, détail. 1333. Tempera sur bois, 265 x 305 cm. Florence, les Offices
Simone Martini : l’Annonciation et deux Saints, détail. 1333. Tempera sur bois, 265 x 305 cm. Florence, les Offices

7. Retables et polyptyques

7.1. Le retable de saint Louis de Toulouse

Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse. Vers 1317. Tempera sur bois, 200 x 138 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte
Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse. Vers 1317. Tempera sur bois, 200 x 138 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte

Le retable fut peint pour l'Angevin, Robert le Sage, roi de Sicile. Il représente saint Louis de Toulouse assis avec son frère, Robert le Sage, agenouillé devant lui. L'œuvre est de dimensions importantes et se compose d'un grand panneau supérieur avec l'image du saint, et un prédelle avec cinq petites scènes illustrant des épisodes tirés de sa vie. C'est le premier retable à être parvenu intact avec une prédelle historiés. (Il n'était certainement pas le premier à exister).

Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse. Vers 1317. Tempera sur bois, 200 x 138 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte
Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse. Vers 1317. Tempera sur bois, 200 x 138 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte

Le retable de Saint Louis, qui est une œuvre domestique, est aussi un bon exemple de l'art de cour. Les nouvelles exigences relatives à la caractérisation du visage, liée jusqu'alors essentiellement à la sculpture, sont ici prolongées dans la figure de Robert le Sage à genoux. Il ya une insistance considérable sur les costumes, y compris ceux de Robert vraisemblablement ses habits de couronnement, alors que ceux de Saint Louis sont largement ornés des armoiries de sa famille. Le décor s'étend à la structure, au cadre de l'ensemble du panneau décoré de « fleurs de lys ». Enfin, l'ensemble du panneau était à l’origine décoré de pièces d’orfèvrerie (sur le personnage de saint Louis), de pierres semi précieuses et de couronnes sur le cadre… ce décor est aujourd’hui perdu, mais de telles adjonctions étaient régulières sur les effigies des tombes royales dans le nord.

Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse : prédelle. Vers 1317. Tempera sur bois, 56 x 38 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte
Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse : prédelle. Vers 1317. Tempera sur bois, 56 x 38 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte

La prédelle du retable illustre cinq épisodes de la vie du Saint, scènes beaucoup plus vivantes et réalistes que le panneau principal ; leur qualité narrative renvoie au cycle de Saint Martin.

De gauche à droite, dans le premier panneau, nous Louis d’Anjou (saint Louis de Toulouse 1274-1297) accepte sa nomination à l'évêché de Toulouse, à la condition qu'il soit autorisé à y faire venir l'Ordre des franciscains. Cet événement a eu lieu en secret à Rome en décembre 1296, en présence de Boniface VIII. En effet son père, Charles II d'Anjou, lui-même fils de Charles d'Anjou frère du roi de France Saint Louis, tenait à faire nommer son fils sur le siège de Toulouse pour des raisons politiques, à savoir le contrôle direct sur une région particulièrement importante pour le roi de France, Philippe le Bel. Mais Louis, profondément croyant et qui avait déjà renoncé à son trône de Naples pour suivre l'exemple de saint François, n'avait pas l'intention de devenir le pion d’une manœuvre politique qui allait contre ses aspirations spirituelles : en échange de l'acceptation de cette charge épiscopale (qui n’avait à l’époque rien de religieux), demande l’autorisation d’entrer dans l'Ordre des franciscains.

Dans le panneau suivant Louis prononce publiquement ses vœux et est consacré évêque : c'est la conclusion officielle, le 5 février 1297, de l’accord secret conclu entre le Pape et saint Louis.

La troisième scène se base sur la procédure de canonisation de Louis en 1308 : on y voit le Saint évêque servir et nourrir les affamés avec grande modestie. Cette scènes se rapporte parfaitement avec les autres à l'objet du retable, le couronnement du roi Robert, parce qu’elles exaltent l'humilité de Louis : il est humble, car il a renoncé à son trône ; il est humble en présence de Boniface VIII ; il est humble dans sa vie quotidienne. Mais la vérité est différente. encore plus importante que son humilité, c’est la pauvreté qui caractérise la vie de Louis : pauvre comme saint François, pauvre comme ceux qui se consacraient aux pauvres, de cette pauvreté qui ne sied ni aux fils de roi, ni aux évêques, ni au fils de roi et évêque qui venait d’être canonisé… Cette image ne « colle » pas, pour son entourage, aux commanditaires de la peinture, membres de la famille royale, peut-être Robert d'Anjou ou Marie de Hongrie : ils ont donc clairement demandé à Simone de cacher, ou du moins de ne pas souligner cette vertu première du saint, et d’en mettre une autre, plus neutre, en avant…L’humilité, tout aussi valable d'un point de vue spirituel, convenait à merveille, car politiquement totalement inoffensive : Louis est un disciple du Christ, dans son humilité, et non pas dans sa pauvreté.

Après la scène des funérailles de saint Louis, dépeinte comme une magnifique cérémonie digne d'un grand prélat (en fait, il semble qu'il s'agissait d'un service austère et simple), le dernier panneau représente le théâtre d'un miracle impliquant un petit enfant : un homme implore une statuette de saint Louis qu’il tient dans ses mains pour lui demander d’intervenir pour son enfant mort. L’enfant,miraculeusement revient à la vie. Ce récit très vif et d’une grande qualité iconographique est très proche de l'épisode représenté dans le retable d’Agostino Novello.

La construction spatiale de l'autel, à la fois dans le panneau principal et dans la prédelle scènes, montre une élaboration très consciente des méthodes de Giotto, que Simone avait déjà utilisées dans les fresques d'Assise. Les draperies, les pieds de lion sur la chaise à demi-cachés par l'estrade, les motifs géométriques sur la moquette, ainsi que les arcades, loggias et les zones d'ombres des épisodes de la prédelle, sont le produit de très subtiles observations perspectives qui révèlent comment Simone avait élaboré à ce stade une approche très mature de la construction spatiale et de la reproduction des volumes.

Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse, détail de la prédelle. Vers 1317. Tempera sur bois, 56 x 38 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte
Simone Martini : retable de Saint Louis de Toulouse, détail de la prédelle. Vers 1317. Tempera sur bois, 56 x 38 cm (sans la prédelle). Naples, Museo Nazionale di Capodimonte
Simone Martini : Christ bénissant. 1317. Tempera sur bois, 76 x 46 cm. Naples, Museo Nazionale di Capodimonte. Ce panneau fait partie d’un polyptyque inconnu
Simone Martini : Christ bénissant. 1317. Tempera sur bois, 76 x 46 cm. Naples, Museo Nazionale di Capodimonte. Ce panneau fait partie d’un polyptyque inconnu

7.2. Le retable de Cambridge

Simone Martini : Polyptyque de Cambridge. 1320-1325. Tempera sur bois, 59 x 35 et 33 x 31 cm (chaque volet). Cambridge, Fitzwilliam Museum
Simone Martini : Polyptyque de Cambridge. 1320-1325. Tempera sur bois, 59 x 35 et 33 x 31 cm (chaque volet). Cambridge, Fitzwilliam Museum

Ce polyptyque mentionné par Vasari a été peint en 1320-25 pour l'église Saint-Augustin à San Gimignano. Pendant longtemps, on a pensé qu’il avait été détruit mais récemment, un groupe de chercheurs a reconstitué son aspect d'origine a partir de divers éléments retrouvés dans plusieurs musées et collections à travers le monde : le panneau central est la Vierge et l'Enfant du Wallraf-Richartz Museum de Cologne, tandis que trois panneaux latéraux se trouvent au Fitzwilliam Museum de Cambridge et celui d'une sainte Catherine dans une collection privée italienne.

La conception du polyptyque avec tous les panneaux sur un seul registre, la forme des panneaux en tour - arche, ainsi que la solidité plutôt archaïque des personnages et leur gravité solennelle, tout suggère une datation assez ancienne, après Assise (similitude avec les saints en dessous de l'arche de la chapelle Saint Martin), mais sans aucun doute antérieure au Polyptyque de Pise, plus gothique. Les critiques sont presque unanimes à attribuer l’œuvre à la main même de Simone Martini, qui a probablement peint un Christ bénissant placé au-dessus du panneau central de la madone.

Simone Martini : Polyptyque de Cambridge : madone et enfant. 1320-1325. Tempera sur bois, 79 x 56 cm. Cologne, Wallraf-Richartz Museum
Simone Martini : Polyptyque de Cambridge : madone et enfant. 1320-1325. Tempera sur bois, 79 x 56 cm. Cologne, Wallraf-Richartz Museum
Simone Martini : Polyptyque de Cambridge. 1320-1325. Tempera sur bois, 59 x 35 cm. Cambridge, Fitzwilliam Museum
Simone Martini : Polyptyque de Cambridge. 1320-1325. Tempera sur bois, 59 x 35 cm. Cambridge, Fitzwilliam Museum
Simone Martini : Polyptyque de Cambridge, détail. 1320-1325. Tempera sur bois, 59 x 35 cm. Cambridge, Fitzwilliam Museum
Simone Martini : Polyptyque de Cambridge, détail. 1320-1325. Tempera sur bois, 59 x 35 cm. Cambridge, Fitzwilliam Museum

7.3. Le Polyptyque de Sainte Catherine (Polyptyque de Pise)

Simone Martini : Polyptyque de sainte Catherine ou polyptyque de Pise. 1319. Tempera sur bois, 195 x 340 cm. Pise, Museo Nazionale di San Matteo
Simone Martini : Polyptyque de sainte Catherine ou polyptyque de Pise. 1319. Tempera sur bois, 195 x 340 cm. Pise, Museo Nazionale di San Matteo

En 1319 un polyptyque est commandé pour le couvent de Santa Caterina de Pise. Ce polyptyque, maintenant au musée San Matteo, est sans doute la plus importante et la plus grandiose des œuvres signées par Simone : quarante-trois bustes d’apôtres, martyrs, évêques et prophètes sont placés dans des compartiments gothiques sous des arches trilobées. Le retable se compose de sept éléments, chacun en trois parties : une pointe, un petit panneau divisé en deux sections, et un grand panneau représentant un saint. Une prédelle composée de sept panneaux de taille plus petite court sous le retable.

Au fil des siècles, le polyptyque a été reconstruit de diverses manières ; actuellement il est organisé comme suit : dans les compartiments triangulaires du haut, à droite du Rédempteur bénissant, David joue de la harpe, Moïse tient les tables de la loi à coté du Prophète Jérémie ; à gauche du Christ, les prophètes Isaïe, Ezéchiel et Daniel.

Dans le registre inférieur, de chaque côté des Archanges Michel et Gabriel, les apôtres sont disposés par paires sous une arche géminée dont chaque arcature est trilobée : chacun porte une copie de l'Evangile et est identifié par une inscription sur fond doré. De gauche à droite, Thaddée, Simon, Philippe et Jacques le Mineur, qui devisent des Écritures, André et Pierre. De l'autre côté des archanges, Paul et Jacques le Majeur (un coquillage en relief est peint entre les lettres de son nom), Matthieu (qui écrit son Évangile) et Barth'>Barthélémy, Thomas et Mathias.

En dessous figurent les grands panneaux entourant le panneau centrale de la Madone à l’enfant en dessous de laquelle se trouve la mention « Symon de Senis me pinxit » : de gauche à droite, avec Marie Madeleine, saint Dominique, Saint Jean l'Évangéliste, Jean-Baptiste, Pierre de Vérone et Catherine D'Alexandrie.

La séquence des panneaux de la prédelle, est en revanche beaucoup plus sûre. Elle tourne autour du panneau central où l’« Ecce Homo » est assisté de la Vierge et de saint Marc. Sur les côtés, de gauche à droite, Saint Etienne et sainte Apollonia, saint Jérôme et sainte Lucie, saint Grégoire et saint Luc, Saint Thomas d'Aquin et saint Augustin, sainte Agnès et saint Ambroise, sainte Ursule et saint Laurent.

Avec une composition si pleine de mouvement, le polyptyque de Pise est extrêmement novateur, surtout dans sa structure. Les sept éléments, les panneaux de prédelle et ceux de l'étage, chacun composé de deux sections, permettent non seulement à l'artiste d'y inscrire un grand nombre de personnages, mais aussi de décrire chacun d'eux avec une grande richesse de détails iconographiques. Pour cette raison, à côté de personnages qui, traditionnellement, se trouvent dans tout polyptyque, sont représentés des personnages en lien avec l'Ordre religieux qui a commandé le retable, Jérôme, Grégoire et Augustin, ainsi que les saints plus récemment canonisés, comme le fondateur de l'Ordre, Dominique, et Pierre de Vérone. Thomas d'Aquin est représenté avec une auréole, alors qu'il ne sera canonisé qu'en 1323.

Il y a de nombreux liens entre les différents personnages, tous représentés ici dans le cadre d'un vaste programme de propagande visant à propager le message idéologique des Dominicains. Ainsi, la prédication étant la principale activité de tous les religieux représentés, le livre tient une place primordiale dans le rétable : il y est représenté 27 fois : rouleaux, parchemins, livres (à demi cachés, à moitié ouverts, ouverts…), subtile référence à l'évangélisation, mission centrale de l’Ordre dominicain.

Le polyptyque révèle la maîtrise absolue des volumes et de formes, de Simone Martini obtenues grâce à la fois à la technique du clair-obscur de Duccio et à sa propre expérience à Assise. L'ambiance gothique que Simone interprète ici en termes de lumière, avec un large éventail de couleurs vives, crée une nouvelle relation entre l'image et l'espace, entre chaque individu et les proportions de l'ensemble de la composition.

Simone Martini : Polyptyque de sainte Catherine ou polyptyque de Pise. Ce détail du polyptique représente Sainte Marie Madeleine, saint Dominique et Jean l’Evangéliste. 1319. Tempera sur bois. Pise, Museo Nazionale di San Matteo
Simone Martini : Polyptyque de sainte Catherine ou polyptyque de Pise. Ce détail du polyptique représente Sainte Marie Madeleine, saint Dominique et Jean l’Evangéliste. 1319. Tempera sur bois. Pise, Museo Nazionale di San Matteo
Simone Martini : Polyptyque de sainte Catherine ou polyptyque de Pise. Le détail montre saint Pierre de Vérone et sainte Catherine, et en bas (prédelle) sainte Agnès, saint Ambroise, sainte Ursule et saint Laurent. 1319. Tempera sur bois. Pise, Museo Nazionale di San Matteo
Simone Martini : Polyptyque de sainte Catherine ou polyptyque de Pise. Le détail montre saint Pierre de Vérone et sainte Catherine, et en bas (prédelle) sainte Agnès, saint Ambroise, sainte Ursule et saint Laurent. 1319. Tempera sur bois. Pise, Museo Nazionale di San Matteo

7.4. Le polyptyque d’Orvieto et œuvres en relation

Simone Martini : polyptyque d’Orvieto. Vers 1321. Tempera sur bois, 113 x 257 cm. Orvieto, Museo dell’Opera del Duomo
Simone Martini : polyptyque d’Orvieto. Vers 1321. Tempera sur bois, 113 x 257 cm. Orvieto, Museo dell'Opera del Duomo

Le Polyptyque d'Orvieto est un bel exemple du travail de collaboration entre Simone Martini et d’autres peintres, sans doute ses assistants. La date de l’œuvre reste incertaine, car il manque probablement une lettre à l'inscription « MCCCXX ». Le style de l'œuvre est largement tributaire de l'art de Giotto et il s’en dégage une grande solennité. La composition frontale et l'utilisation de certains éléments stylistiques (construction volumétriques assez rigide) font apparaître l’œuvre comme assez dépassée et indiquent que seule la figure de la Vierge est de la main du maître.

Simone Martini : polyptyque d’Orvieto, détail : Marie Madeleine et le donateur, l’évêque de Sovane Trasmundo Monaldeschi. Vers 1321. Tempera sur bois, 94 x 48,5 cm. Orvieto, Museo dell’Opera del Duomo
Simone Martini : polyptyque d’Orvieto, détail : Marie Madeleine et le donateur, l'évêque de Sovane Trasmundo Monaldeschi. Vers 1321. Tempera sur bois, 94 x 48,5 cm. Orvieto, Museo dell'Opera del Duomo

Initialement composé de sept éléments (la disposition actuelle des saints Pierre, Marie-Madeleine, Dominique et Paul n’étant pas très satisfaisante, Dominique étant tourné vers l’extérieur), ce polyptyque se trouve actuellement au Musée de la Cathédrale ; initialement, il a été peint pour l'église San Domenico, sur une commande de l'évêque de Sovane, Trasmundo Monaldeschi, ancien prieur du couvent des Dominicains, qui a réglé cent florins d'or pour le retable. L’évêque donateur est représenté dans le panneau de Marie Madeleine.

Simone Martini : polyptyque d’Orvieto, détail. Vers 1321. Tempera sur bois, 94 x 48,5 cm. Orvieto, Museo dell’Opera del Duomo
Simone Martini : polyptyque d’Orvieto, détail. Vers 1321. Tempera sur bois, 94 x 48,5 cm. Orvieto, Museo dell'Opera del Duomo

L'image montre le panneau de saint Paul. Alors que Saint-Pierre, Marie-Madeleine et saint Paul sont tous présentés exactement dans la même pose, tournés vers la Vierge, saint Dominique est tourné vers l’extérieur.

Simone Martini : Madone à l’enfant avec le Sauveur et des saints. 1320. Tempera sur bois, 165 x 57 cm. Orvieto, Museo dell’Opera del Duomo
Simone Martini : Madone à l’enfant avec le Sauveur et des saints. 1320. Tempera sur bois, 165 x 57 cm. Orvieto, Museo dell'Opera del Duomo

La Vierge et l'Enfant avec des anges et le Sauveur du Musée de la cathédrale d'Orvieto est l'élément central d'un polyptyque qui comprenait également un panneau montrant un saint martyr, panneau qui se trouve à la National Gallery d'Ottawa, et peut-être aussi les deux panneaux de sainte Catherine d'Alexandrie et de Sainte Lucie, qui se trouvent dans la Collection Berenson de l'Université de Harvard à Settignano, près de Florence. En l’absence de date, de de signature et d’autre l'information, seule une analyse stylistique peut déterminer l’auteur de l’œuvre. Aussi les critiques sont elles très divergentes.

Simone Martini : Sainte Catherine et Sainte Lucie. 1320-1325. Tempera sur bois, 54 x 41 et 51 x 40 cm. Settignano, Berenson Collection
Simone Martini : Sainte Catherine et Sainte Lucie. 1320-1325. Tempera sur bois, 54 x 41 et 51 x 40 cm. Settignano, Berenson Collection

Les deux panneaux de sainte Catherine d'Alexandrie et saint Lucie ont probablement appartenu au polyptyque dont le panneau central est la Vierge et l'Enfant avec des anges et le Sauveur du le Musée de la cathédrale d'Orvieto.

7.5. Le polyptyque de Boston

Simone Martini : polyptyque de Boston. 1321-1325. Tempera sur bois, 235 x 405 cm. Boston, Isabella Stewart Gardner Museum
Simone Martini : polyptyque de Boston. 1321-1325. Tempera sur bois, 235 x 405 cm. Boston, Isabella Stewart Gardner Museum

Par le passé, le Polyptyque de l'Isabella Stewart Gardner Museum de Boston a toujours été considéré comme contemporain du polyptyque d’Orvieto. Aujourd’hui, de nombreux critiques expriment leur désaccord.

Exposé à l'origine dans l'église Santa Maria dei Servi à Orvieto, le retable se compose de cinq panneaux : au centre, la Vierge et l'Enfant ; de chaque côté, de gauche à droite, les saints Paul, Lucie, Catherine d'Alexandrie et Jean-Baptiste. Pour chaque personnage, le cadre est celui d’une arcature gothique trilobée, entourée de colonnettes et surmontée d’un gâble à l’intérieur duquel sont représentés les anges musicien portant les symboles de la Passion (la colonne et le fouet de la flagellation, la croix, la couronne d'épines, la lance et l'éponge). Au gâble du panneau central, la figure du Christ montrant ses plaies, suggérant une Iconographie du Jugement Dernier.

Stylistiquement ce polyptyque est plus proche du la Polyptyque de Pise que de celui des Dominicains d’Orvieto, en particulier dans des détails tels que les figures plutôt maigres, les mains longues et gracieuses, les volumes plus fluide et plus légers.

Hormis la figure de saint Paul, pour qui il subsiste encore des doutes, le retable est unanimement attribué à Simone.

Simone Martini : polyptyque de Boston, détail : la madone et l’enfant. 1321-1325. Tempera sur bois, 137 x 102 cm. Boston, Isabella Stewart Gardner Museum
Simone Martini : polyptyque de Boston, détail : la madone et l’enfant. 1321-1325. Tempera sur bois, 137 x 102 cm. Boston, Isabella Stewart Gardner Museum

7.6. La madone de Castiglione d’Orcia

Simone Martini : Madone et enfant « de Castiglione d’Orcia ». 1320-1325. Tempera sur bois. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : Madone et enfant « de Castiglione d'Orcia ». 1320-1325. Tempera sur bois. Sienne, Pinacoteca Nazionale

Les deux madones de la Pinacothèque de Sienne, l'une de Castiglione d'Orcia et l'autre de Lucignano d'Arbia, sont manifestement liées et datent de plus ou moins la même période. Mais il n’y a ni date, ni signature, ni autre information… aussi certains critiques pensent à une œuvre autographe, tandis que d'autres pensent que Simone n’est l’auteur que des dessins alors que d’autres encore penchent pour une œuvre de son atelier.

Néanmoins, il existe de nombreuses analogies entre les différents tableaux de cette époque, comme par exemple, les caractéristiques de la Vierge dans le polyptyque de San Domenico, avec ses yeux doux et un peu rêveurs les, reproduits presque exactement chez la Madone dans du Polyptyque d’Orvieto ou la pose de l'enfant dans le panneau de Castiglione d'Orcia, ressemblant presque trait pour trait à celle de l'enfant dans le panneau de Boston.

7.7. La Madone de Lucignano d’Arbia

Simone Martini : Madone et enfant « de Lucignano d’Arbia ». 1321. Tempera sur bois, 88 x 51 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : Madone et enfant « de Lucignano d'Arbia ». 1321. Tempera sur bois, 88 x 51 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale

L'iconographie de la Vierge de Lucignano d'Arbia est très inhabituelle dans la peinture siennoise : Marie est tourné vers la droite au lieu de la gauche ; et elle tient dans ses bras un enfant qui n'est pas encore un « puer » (comme c'est le cas dans tous les tableaux antérieurs), mais encore un « infans » emmailloté dans ses langes. Le panneau est sans doute de la main de Simone, mais il a du sans doute répondre a une commande spécifique d’un client, désirant une image particulière. Cela reste encore à préciser.

L’œuvre a été retrouvée sous une peinture grossière du XVIè siècle, cette Vierge à l'Enfant est considérée comme une des plus pures et fascinantes créations de Simone.

7.8. Le Crucifix de San Casciano

Simone Martini : Crucifix. 1321-1325. Tempera sur bois, 164 x 147 cm. San Casciano, Eglise de la Miséricorde (Florence)
Simone Martini : Crucifix. 1321-1325. Tempera sur bois, 164 x 147 cm. San Casciano, Eglise de la Miséricorde (Florence)

Le crucifix de l'église de la Miséricorde à San Casciano Val di Pesa, découvert et attribué à Simone dans les premières années du XXè siècle, est sans doute contemporain des Madones « de Lucignano d'Arbia » et de « de Castiglione d'Orcia ». Certains critiques ont suggéré que c'est le crucifix que Simone a peint en 1321 pour la « chapelle des Neuf » à Sienne. Cette théorie n'est pas très convaincante, car les recherche ont prouvé que cette chapelle fut décorée par Simone d’une fresque qui a ensuite été détruite par un incendie. Les éléments de comparaison les plus proches pour ce Crucifix sont les polyptyques de Pise et de Boston.

7.9. Le retable du bienheureux Agostino Novello

Simone Martini : retable d’Agostino Novello. 1324. Tempera sur bois, 198 x 257 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello. 1324. Tempera sur bois, 198 x 257 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale

Après avoir passé plusieurs années à Assise, Pise et Orvieto, retournant seulement à Sienne pour de très courtes périodes durant lesquelles il travaille au Palazzo Pubblico, Simone revient à Sienne vers 1324 pour une période plus longue. C'est au cours de ces années qu’il créé quelques unes de ses plus belles œuvres comme le retable du bienheureux Agostino Novello, la fresque de Guidoriccio da Fogliano et l'Annonciation des Offices.

L'histoire du bienheureux Agostino Novello est un bon exemple de cette forme de religiosité populaire qui a grandi dans les villes de la Toscane à la fin du XIIIè et au début du XIVè siècle. Les saints de l’Eglise officielle étaient alors considérés comme trop éloignés du peuple et de ses préoccupations quotidiennes pour satisfaire entièrement la ferveur religieuse qui se développait alors. Les gens aspiraient à plus d'exemples concrets de la sainteté, plus étroitement liée à la réalité quotidienne, un peu à l’instar de la vie de François d'Assise. Aussi, certains êtres exceptionnels, réputés pour leur comportement religieux et leurs œuvres charitables, exerçaient une énorme influence sur leurs contemporains et ont été canonisés comme saints ou bienheureux.

Agostino Novello fut l'un de ces personnages. Esprit cultivé et brillant (il a étudié le droit à l'Université de Bologne) il est le conseiller personnel du roi de Sicile Manfred (1258-1266), le fils de Frédéric II Hohenstaufen, et est laissé pour mort sur le champ de bataille de Bénévent en février 1266 lorsque Manfred et battu et tué par Charles d’Anjou venu conquérir la Sicile. Il en réchappe, décide de tout quitter et rejoint l'Ordre des Augustins, dont il devient prieur général vers 1290. Il renonce finalement à la vie communautaire et se retire dans un ermitage à San Leonardo al Lago, près de Sienne.

Après sa mort en odeur de sainteté en 1309, son culte se propage si rapidement que les Augustins tentent de le faire nommer patron de la ville, espérant y gagner en prestige et pouvoir. Mais en dépit de la grande vénération dont il faisait l’objet à Sienne, qui lui édifiera un l'impressionnant monument funéraire, il ne sera pas nommé patron de la ville.

Le retable de Simone Martini, qui se trouve dans la Pinacothèque de Sienne, se trouvait au départ dans l'église Saint-Augustin, probablement au-dessus de l’autel et du sarcophage en bois du bienheureux. La datation de ce retable est délicate : il a du être réalisé et achevé aux environs de 1324, date à laquelle ont eu lieu les cérémonies de la béatification du bienheureux Agostino, et à l’occasion desquelles la commune de Sienne a investi une énorme somme d'argent.

L'iconographie, est claire mais ardue à comprendre. La zone centrale, encadrée par un arc ogival trilobée, montre le bienheureux Agostino, dont la tête est cernée d’une auréole de saint, même s'il n’est pas canonisé. Le paysage boisé, les anciens ermites dans les médaillons et la conversation du bienheureux avec l'ange sont autant de références à la vie de l'ermite à San Leonardo al Lago. En revanche, son visage toujours dépeint comme celui d’un jeune homme, le livre rouge qu’il tient dans ses mains (peut-être les Constitutions de l'Ordre qu’il avait lui-même rédigées), ainsi que la description de tous les miracles accomplis par le saint à Sienne, tout suggère les fonctions pastorales et les engagements politiques qu’il exerçait dans la ville.

Les pouvoirs miraculeux du bienheureux Agostino sont décrits dans les scènes représentées sur les côtés de la zone centrale, encadrées par des arches trilobées, et racontant quatre miracles. L'idée de la sainteté d’Agostino, soulignée par ses apparitions soudaines au milieu d'ailes d’anges, était destiné à la captiver la piété et la sensibilité religieuse populaires. Les victimes des terribles accidents justifiant l’intervention miraculeuse sont pour la plupart des enfants.

Simone Martini : retable d’Agostino Novello. 1324. Tempera sur bois, 198 x 257 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello. 1324. Tempera sur bois, 198 x 257 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale

Les scènes sont organisées comme des ex-voto, chacune étant divisée en deux sections : l'accident, et le miracle, suivi d'une prière d’action de grâces. Les éléments architecturaux des scènes dépeignent des parties de la ville de Sienne et même un intérieur siennois : remparts et portes dans la scène de l’enfant attaqué par un loup, rues étroites de la ville dans la chute d'un enfant d’un balcon, campagne environnante de la ville dans l’accident du chevalier tombé dans un ravin, intérieur d’une demeure dans la scène de l’enfant tombé du berceau (également connue sous le nom de miracle Paganelli) : la ville de Sienne est en quelque sorte un protagoniste de l’œuvre...

Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : dans la partie supérieure gauche du retable se trouve le miracle de l’enfant attaqué par un loup et sauvé par le saint. 1324. Tempera sur bois, 82 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : dans la partie supérieure gauche du retable se trouve le miracle de l’enfant attaqué par un loup et sauvé par le saint. 1324. Tempera sur bois, 82 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : un enfant tombe du balcon et est sauvé par Agostino. Partie inférieure gauche du retable. 1324. Tempera sur bois, 82 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : un enfant tombe du balcon et est sauvé par Agostino. Partie inférieure gauche du retable. 1324. Tempera sur bois, 82 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : Un chevalier, tombé dans un ravin, est sauvé par le saint. Partie supérieure droite du retable. 1324. Tempera sur bois, 82 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : Un chevalier, tombé dans un ravin, est sauvé par le saint. Partie supérieure droite du retable. 1324. Tempera sur bois, 82 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : partie inférieure droite du retable : un enfant, tombé de son berceau, est guéri par le saint. 1324. Tempera sur bois, 65 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale
Simone Martini : retable d’Agostino Novello, détail : partie inférieure droite du retable : un enfant, tombé de son berceau, est guéri par le saint. 1324. Tempera sur bois, 65 x 67 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale

7.10. Le polyptyque de la Passion ou polyptyque Orsini

Le retable connu sous le nom de « Polyptique de la Passion » (ou Polyptyque Orsini), est dispersé dans un certain nombre de musées européens : l'ange de l'Annonciation, la Vierge de l'Annonciation, la Crucifixion et la Déposition de la Croix se trouvent à Anvers ; la Montée au Calvaire est à Paris et la Mise au tombeau à Berlin. Il est signé « Pinxit Symon » sur les deux panneaux de la Crucifixion et la Déposition. C’est une œuvre problématique, tant en termes d'analyse stylistique que de datation.

Simone Martini : le polyptyque Orsini : la crucifixion. 1333. Tempera sur bois, 23,5 x 14,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la crucifixion. 1333. Tempera sur bois, 23,5 x 14,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten

Certains critiques, insistant sur le fait qu'il est de style si différent de toutes les autres œuvres du Simone de la période d’Avignon (lignes nerveuses et style des expressions), pensent qu'il aurait été peint antérieurement puis transporté en France. D'autres pensent à une œuvre bien plus tardive, autour de 1342, date de la mort Travail, commandé par le cardinal Napoleone Orsini, décédé à la Curie à Avignon en 1342. En effet les armes d’Orsini apparaissent dans le fond du Chemin du Calvaire.

Le polyptyque a probablement été transféré à la chartreuse de Champmol, près de Dijon, à la fin du XIVè siècle.

Simone Martini : le polyptyque Orsini : l’ange de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 23,5 x 14,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schöne Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : l’ange de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 23,5 x 14,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schöne Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la Vierge de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 23,5 x 14,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la Vierge de l’Annonciation. 1333. Tempera sur bois, 23,5 x 14,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la déposition de la croix. 1333. Tempera sur bois, 24,5 x 15,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la déposition de la croix. 1333. Tempera sur bois, 24,5 x 15,5 cm. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten
Simone Martini : le polyptyque Orsini : le portement de la croix. 1333. Tempera sur bois, 25 x 16cm. Paris, Musée du Louvre
Simone Martini : le polyptyque Orsini : le portement de la croix. 1333. Tempera sur bois, 25 x 16cm. Paris, Musée du Louvre
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la mise au tombeau. 1333. Tempera sur bois, 22 x 15 cm. Berlin, Staatliche Museen
Simone Martini : le polyptyque Orsini : la mise au tombeau. 1333. Tempera sur bois, 22 x 15 cm. Berlin, Staatliche Museen

8. Les dernières œuvres

8.1. Le panneau de saint Ladislas

Simone Martini : Saint Ladislas, roi de Hongrie. Vers 1326. Tempera sur bois, 45,5 x 21,5 cm. Altomonte (Cosenza), Museo della Consolazione
Simone Martini : Saint Ladislas, roi de Hongrie. Vers 1326. Tempera sur bois, 45,5 x 21,5 cm. Altomonte (Cosenza), Museo della Consolazione

Le choix de Saint Ladislas est parfaitement justifié par les liens de loyauté qui unissent Filippo di Sanguineto à la branche hongroise de la Maison d'Anjou, une fidélité qui jouera plus tard un rôle important dans les conflits dynastiques. Bien que la construction de l'espace de ce petit panneau soit très proche de celui du retable du Bienheureux Agostino Novello, les volumes sont plus profonds et la gamme de couleurs plus large. Le fond or, avec ses élaborer et délicates gravures très élaborées, entoure le saint debout dans une position frontale et une attitude très rigide, armé de sa hache de bataille, allusion à sa vaillance et son héroïsme dans le combat.

8.2. Saint André

Simone Martini : Saint André. Vers 1326. Tempera sur bois et fond or, 57,2 x 37,8 cm. New York, Metropolitan Museum of Art
Simone Martini : Saint André. Vers 1326. Tempera sur bois et fond or, 57,2 x 37,8 cm. New York, Metropolitan Museum of Art

Ce panneau, l'un des cinq appartenant à un retable portatif (deux autres panneaux se trouvent dans la Collection Robert Lehman au Metropolitan de New York), représente saint André. C’est est un excellent exemple de la délicatesse et de la richesse du travail de Simone Martini. Le dessin est remarquablement de sensibilité, et les plis de la robe rose, modelés dans le vert, sont superbement travaillés. Particulièrement remarquable est le travail très fin du fond or.

8.3. Les fresques d’Avignon

Simone Martini : le Sauveur bénissant (tympan) et Madone d’humilité (lunette). 1341. Fresque. Avignon, Notre-Dame-des-Doms
Simone Martini : le Sauveur bénissant (tympan) et Madone d’humilité (lunette). 1341. Fresque. Avignon, Notre-Dame-des-Doms

D’après deux sonnets de Pétrarque, Simone arrive en Avignon, accompagné de sa famille et de plusieurs collaborateurs, au début de 1336. Il y a été appelé par un des cardinaux italiens, probablement Jacopo Stefaneschi, qui lui aussi s’est installé dans la nouvelle cité papale. C'est pour le Cardinal Stefaneschi que Simone exécute des fresques de l'église de Notre-Dame-des-Doms à Avignon. Les fresques du portail, le Christ bénissant et la Madone d'humilité, sont en très mauvais état de conservation ; mais les synopia du Palais des Papes sont très intéressantes et de très grande qualité.

Simone Martini : le Sauveur bénissant (tympan) et Madone d’humilité (lunette). 1341. Troisième synopie. Avignon, Palais des papes
Simone Martini : le Sauveur bénissant (tympan) et Madone d’humilité (lunette). 1341. Troisième synopie. Avignon, Palais des papes
Simone Martini : le Sauveur bénissant (détail). 1341. Troisième synopie. Avignon, Palais des papes
Simone Martini : le Sauveur bénissant (détail). 1341. Troisième synopie. Avignon, Palais des papes

8.4. Enluminures du Virgile de Pétrarque

Simone Martini : page titre du « Virgile » de Pétrarque. Vers 1336. Manuscrit enluminé, 29,5 x 20 cm. Milan, Biblioteca <a class=Ambrosiana'>
Simone Martini : page titre du « Virgile » de Pétrarque. Vers 1336. Manuscrit enluminé, 29,5 x 20 cm. Milan, Biblioteca Ambrosiana

D’après les sonnets de Pétrarque, que le poète et le peintre sont devenus très bons amis. Simone Martini a sans aucun doute été influencé par ce « proto-monde » de la culture humaniste naissante. Ainsi, les enluminures du « Virgile » de Pétrarque de la Biblioteca Ambrosiana à Milan, avec ses tonalités classiques et naturaliste (gestuelle sophistiquée, tissu blanc des draperies, délicates figures du pasteur et de la paysanne), anticipent le style pré-renaissant typique du début du XVè siècle de l’enluminure française.

8.5. Saint Jean l’évangéliste

Simone Martini : Saint Jean l’Evangéliste. 1330-1339. Tempera sur bois, 34,5 x 24 cm. Birmingham, Barber Institute of Fine Arts
Simone Martini : Saint Jean l’Evangéliste. 1330-1339. Tempera sur bois, 34,5 x 24 cm. Birmingham, Barber Institute of Fine Arts

Cette œuvre est probablement le panneau droit d’un diptyque ou d’un polyptyque.

8.6. Le Christ retourne chez ses parents

Simone Martini : le Christ retourne chez ses parents. 1342. Tempera sur bois, 49,5 x 35 cm. Liverpool, Walker Art Gallery
Simone Martini : le Christ retourne chez ses parents. 1342. Tempera sur bois, 49,5 x 35 cm. Liverpool, Walker Art Gallery

Ce petit panneau montre Joseph et Marie faire quelques remontrances à leur enfant pour s’être attardé au Temple au milieu des Docteurs de la loi. C’est un thème iconographique très inhabituel, peint par Simone à la fin de la vie. À certains égards, il ressemble à l'Annonciation des Offices, notamment pour les plis et les bords des draperies.

Le groupe de Liverpool, représente cependant une situation familiale très délicate apparemment encore à résoudre. Le sujet est donc traité par l'artiste avec beaucoup de retenue, et l'équilibre entre la narration et la décoration est très subtil, mais parfaitement décrit.

Ce petit panneau est sans doute la dernière œuvre avérée de Simone. Il est signé sur la partie inférieure de l'image : « SYMON DE SENIS ME PINXIT SUB AD MCCCXLII ».