Chelmno

1. Situation

Chelmno, Kulmhof en allemand est un gros village rural polonais sis sur les bords de la Ner, affluent de la rivière Wartha, à 70 km au nord-ouest de Lodz. Le village se trouve à 14 kilomètres de Kolo, chef-lieu de canton sur la ligne de chemin de fer reliant Lodz à Poznan, dans le Warthegau annexé au Reich.

D'une superficie supérieure à celle de la Suisse, le Warthegau est peuplé de 4,5 millions d'habitants, dont 450 000 juifs. Avant l'invasion allemande, Lodz (Litzmannstadt), avec ses 600 000 habitants, est la seconde ville de Pologne et compte 202 000 juifs, soit le tiers de sa population.

Chelmno possède un petit château appartenant à l'État. D'un seul étage, non habité, il est entouré d'un parc à peu près abandonné de 3 hectares. Il est proche de la place du village, où se trouve l'église. Non loin de là, à 4 kilomètres, une petite forêt de pins, la forêt de Rzuchow…

2. Description

Le camp d'extermination de Chelmno comporte deux parties:

Château et forêt sont gardés par des SS et des « Feldgendarmes » et rigoureusement interdits à la population. C'est en novembre 1941 que commence l'installation du camp. Comme celui de Belzec, il ne nécessite pas de grands bâtiments puisque les victimes seront mises à mort dès leur arrivée.

Les colons allemands installés fraîchement changent le nom de Chelmno en Kulmhof. La localité comporte une quarantaine de maisons, des bâtiments administratifs et une dizaine de fermes.

Le « Sonderkommando Lange », puis le « Sonderkommando Bothmann » se compose d’une quinzaine de membres de la police de Sécurité (SS) occupant toutes les fonctions importantes, et d’une centaine de membres de la police ordinaire, répartis en trois sections : « Transport », « Château » et « Forêt ». Une corvée juive (30 à 40 personnes) loge au sous-sol du château.

3. Histoire

3.1. Introduction

Le camp de Chelmno n’est pas un camp de l’« Aktion Reinhard », mais un camp d’extermination prévu spécialement pour permettre la liquidation des juifs du Warthegau annexé au Grand Reich. Lorsqu’il commence à fonctionner, les Juifs du Warthegau ont été partiellement rassemblés dans le grand ghetto de Lodz et dans ceux de quelques villes importantes du Gau. Mais dans toute une série de petites villes, les ghettos n'existent pas, comme à Dab, Sapolno, Klodawa, Kolo… c'est justement dans celles-ci que vont commencer les rafles ; l'extermination des ghettos, jugée plus facile, n’aura lieu que dans une deuxième phase.

À Chelmno, il n’y a pas de chambre à gaz. La technique utilisée pour l'extermination est relativement simple. Le « Sonderkommando » dispose de trois camions sur châssis Renault transformées en chambre à gaz mobiles dont la seule innovation technique est que le compartiment arrière est hermétiquement fermé. Ce compartiment possède un système d'aération et est fermé par des doubles portes. Le sol est recouvert de lattes de bois afin de faciliter son nettoyage après un gazage. Une ouverture est pratiquée dans le compartiment, ouverture dans laquelle un tuyau relié au système d'échappement du moteur est connecté. Il suffit donc au chauffeur du camion de rouler quelque temps avec son chargement pour que celui-ci soit asphyxié par l’oxyde de carbone…

Cette technique, le kommando Lange a eu tout le temps d'expérimenter au cours du programme d'euthanasie T4…, notamment pour tuer les malades de l'hôpital psychiatrique Kochanowka près de Lodz.

Une fois son oeuvre accomplie, le chauffeur conduit son macabre chargement dans la forêt de Rzuchow, jusqu'au second camp, le « Waldlager » où les victimes sont d’abord jetées dans des fosses puis seront plus tard incinérées.

3.2. Phase I

La première phase, celle de l'extermination massive des Juifs des districts de Lodz (Litzmannstadt) et Poznan (Posen) sont débute le 9 décembre 1941 et sera achevée le 11 avril 1943.

Le premier convoi, fort de 700 juifs, arrive le 9 décembre 1941. Ce sont des Juifs des petites villes dont on a décidé de s’occuper en premier lieu, soit environ 15 200 personnes. Cela prend quelques jours… Puis on attaque le grand ghetto de Lodz. A commencer par les quelques 5 000 tziganes qui y avaient été enfermés.

Partant de Lodz, les convois ferroviaires, de 1 000 personnes environ, sont accompagnés par six à huit gendarmes seulement : on a convaincu les Juifs qu’il partaient travailler dans l'Est… Arrivées à Kolo, les futures victimes sont logées pour la nuit dans la synagogue de Kolo puis plus tard, dans un moulin proche. Dès le lendemain, elles sont envoyées par camions au château de Chelmno… se déshabiller, monter dans le camion, mourir… et finir dans une fosse…

Bientôt, pour gagner du temps, les camions se rendent directement dans le camp de la forêt. Là, le déshabillage a lieu dans une grande baraque en bois. Le gazage suit, toujours présenté comme un bain. Le camp de la forêt compte bientôt, de ce fait, cinq fosses de 30 mètres de long sur 10 mètres de large remplies de cadavres. Pendant l'été 1942, la quantité des corps en putréfaction est telle qu'une épidémie de typhus éclate. Avec l'odeur épouvantable il n'est plus possible de tromper les arrivants sur le sort qui les attend. La décision est donc prise de brûler les cadavres des fosses communes ainsi que ceux des nouveaux arrivés. Deux fours crématoires à grandes cheminées sont construits dans la clairière, tandis que sont allumés à côté de grands bûchers.

Les ossements sont concassés et les cendres versées dans des fossés profondes de 4 mètres et larges de 8 à 10 mètres. Ces fossés sont ensuite recouverts de terre. On y plante des pins, des sapins et des bouleaux.

C'est de cette manière que près de 145 000 personnes sont assassinées à Chelmno pendant sa première période d'activité. La grande majorité de ces victimes viennent du ghetto de Lodz ; mais ce ghetto avait « accueilli » des déportés de toute l’Europe : Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Luxembourg… Ainsi :

A cette liste macabre s’ajoutent 16 000 juifs du reste de l’Europe, ainsi que 88 enfants de la petite ville de Lidice, gazés pour venger l’assassinat du Reichsprotektor de Bohème Moravie Reinhard Tristan Heydrich…

En mars 1943 donc, les camions à gaz ont tué plus de 150 000 personnes. Pratiquement tous les juifs de Warthegau ont été exterminés, sauf les plus robustes (environ 70 000) que les SS rassemblent dans le ghetto de Lodz, afin de servir de main d’œuvre à l’industrie du Reich, pour remplacer les bras que la guerre engloutie par milliers sur tous les front d’Europe… La liquidation du camp est donc ordonnée. Le 7 avril, le château est dynamité. Les palissades et chevaux de frise du camp sont enlevés. Dans le Waldlager, du gazon est semé sur les fosses communes et les crématoires. Le 11 avril 1943, le Sonderkommando Bothmann quitte Chelmno pour une permission de 4 semaines. La gendarmerie locale assure seule la garde des lieux. Bothmann et son groupe sont affectés à la Waffen SS « Prinz Eugen » et iront se battre contre les partisans Yougoslaves.

3.3. Phase II

Au printemps 1944, les nazis décident de reprendre les opérations d'extermination à Chelmno, afin de liquider définitivement le ghetto des juifs du travail de Lodz, ainsi que d’autres juifs de toute l’Europe. Le camp est remis en activité entre avril et juin 1944 : on installe dans la forêt deux baraques et l'on érige deux crématoires.

L'extermination des juifs du ghetto de Lodz commence début juin et dure jusqu'à la fin août 1944. Le ghetto de Lodz est liquidé en 3 semaines. Mais Chelmno ne pouvant suffire, une partie des 70 000 habitants du ghetto de Lodz sont conduits à Auschwitz pour y être gazés. En septembre, les installations sont détruites, mais le « sonderkommando 1005 » de Bothmann, revenu, reste à Kulmhof jusqu'au début février 1945, pour déterrer et brûler les traces avec l'aide d'un kommando juif. On met un soin extrême à détruire les restes des victimes incinérées. Cendres et ossements broyés sont recueillis dans des sacs, qui sont jetés la nuit dans la rivière Warta.

Début janvier 1945, les fours sont démontés. Le 19 janvier il reste un kommando Juif de 48 hommes. Bothmann donne ordre de les exécuter. Lors de l'opération, des Juifs réussissent à prendre un tueur SS, Lenz, et se sacrifient en incendiant leur goêle, entraînant le tueur dans la mort. Début février 1945, les SS quittent définitivement Chelmno.

4. Les processus

A l’arrivée à Kolo, peu avant Chelmno, le mot d’ordre est de rassurer les victimes pour que, sans crainte, elles n'opposent pas de résistance. Cette docilité inconsciente doit favoriser le calcul des nazis. Ainsi les malades sont transportés à part et les chauffeurs ont l’ordre de rouler lentement afin de ne pas les incommoder. Il est même arrivé qu'un des juifs, M. Goldberg, propriétaire d'une scierie à Kolo négocie avec les autorités allemandes pour qu'elles lui confient la direction du camp après l'arrivée du convoi sur les lieux du travail… Les Juifs ignorent que la mort les attend ; ils n'opposent aucune résistance et ne tentent pas de s'évader.

Le processus s’accélère et se « brutalise » une fois que les Juifs arrivent au château : par train en provenance de Lodz via Kolo ou d'autres localités plus proches. Ils sont alors répartis dans la cour du château, répartis en groupes d'une cinquantaine de personnes, puis forcés à se déshabiller dans le hall et à remettre tous leurs objets de valeur. On leur dit ensuite qu'ils vont être transférés vers un camp de travail, mais qu'auparavant il leur était indispensable d’être désinfectés et douchés. Ils sont alors poussés sans ménagement par la cave vers les « salles de douches », qui en fait mènent directement, via une rampe exactement adaptée à l’arrière du camion, portes ouvertes, aux chambres à gaz mobiles. Ceux qui hésitent ou refusent d'entrer sont brutalement battus par les gardes.

Lorsque 50 à 70 personnes sont entassées dans la remorque du camion à gaz, les portes sont verrouillées et le chauffeur met le moteur en marche. Après environ 10 minutes, la mort a fait son œuvre. Le chauffeur, souvent un membre de la « Schutzpolizei », démarre et se rend dans la forêt de Rzuchow jusqu'au second camp, le « Waldlager ». Dans ce second camp, des prisonniers juifs sous surveillance SS ont déjà préparé les bûchers et les fosses communes. Une équipe d'environ 40 à 50 de ces prisonniers juifs, dont les jambes sont entravées par des chaînes, décharge les cadavres et les jette dans les fosses. Aucun ne reste à son poste très longtemps ; presque tous les jours, les SS en abattent 5 ou 6 d’une balle dans la nuque au bord des fosses.

Au château, un autre « Arbeitskommando » trie les vêtements et les objets de valeur de façon à ce que ces biens puissent être transférés vers le Reich. Près de 370 wagons remplis de vêtements seront ainsi transportés vers le Reich.

5. Les victimes

Le procès du Sonderkommando Lange devant la cour d'assises de Bonn en 1962 et 1963 a permis de préciser qu'au moins 145 500 personnes ont été tuées à Chelmno pendant la première phase (de décembre 1941 à avril 1943) et 7 176 pendant la seconde phase (d'avril 1944 au 19 janvier 1945), soit un total certain de 152 676 personnes. Ces meurtres sont prouvés, mais le tribunal a précisé que ce nombre ne reflétait qu'une partie de la réalité.

Raoul Hilberg retient le chiffre de 150 000 pour une période plus courte (de décembre 1941 à septembre 1942 et de juin à juillet 1944). Quant aux autorités polonaises, au terme de leur enquête officielle, elles ont estimé que 340 000 hommes, femmes et enfants ont été exterminés à Chelmno et les répartissent ainsi :

Il y aura trois survivants à Chelmno : Mordechai Zurawski, Michel Podchlebnik et Shimon Srebrnik. Un quatrième, Yaakov Grojanowski réussit à s'évader à la mi-janvier 1942 et à rejoindre Varsovie où il informa les responsables juifs du ghetto de ce qu'il avait vu à Chelmno. Par l'intermédiaire de la résistance polonaise, ces informations de première main furent transmises à Londres en juin 1942. Grojanowski mourra dans le ghetto de Varsovie.

6. Les bourreaux

6.1. Effectifs

Chef de la garnison, le Hauptsturmführer SS Lange a participé au massacre perpétré dans le cadre de l'euthanasie, l’opération T4, de même que les hommes de son Sonderkommando. Ce sont donc des « spécialistes ». L'effectif du camp d'extermination reste modeste :

SS, policiers et gendarmes n'ont jamais dépassé l'effectif de 150 hommes. La garnison, très bien nourrie, dispose d'alcool en abondance. La solde est de 150 Reichsmarks, à quoi s'ajoute un supplément quotidien de 13 Reichsmarks, sans compter les primes spéciales (500 Reichsmarks en mars 1943). Mais tous doivent garder un secret absolu sur ce qui se passe à Chelmno, sous peine de mort immédiate.

Le juge Bednarz précise les fonctions des responsables

« Le directeur du camp d'extermination de Chelmno était, à partir de mars 1942, le Hauptsturmführer Hans Bothmann. Pendant les premiers mois du début, le directeur en était Lange. Les adjoints du commandant étaient en premier lieu Lange, puis Platte, et en 1944 Walter Piller. C'est Lenz qui dirigeait les travaux dans la forêt ; la direction des opérations dans le camp (en particulier la fouille des vêtements) était confiée à Häfele. Le contrôle des fours crématoires était fait par Runge et Kretschmer. Les camions - chambres à gaz étaient conduits par Gustav Laabs et Gielow. Le directeur de la cantine était Schmidt. Le service des bijoux et objets précieux, la caisse et la comptabilité étaient confiés à Gürlich et à Richter. Walter Burmeister de Vienne était le chauffeur et l'aide de camp de Bothmann. »

6.2. Devenir des bourreaux

6.2.1. Commandants

6.2.2. Gardes SS

7. Témoignages

7.1. La liquidation du Ghetto de Lodz. Lettre du gauleiter Greiser

14 février 1944 : Lettre de Greiser, Gauleiter du Wartheland, à Oswald Pohl :

Posen, le 14 février 1944

Le gouverneur de la Province de Wartheland
Réf. P. 386/44
Secret

A l'Obergruppenführer SS Pohl
Administration centrale
Berlin - Lichterfelde - West
Unter den Eichen 127 – 129

« Cher camarade Pohl,

A l'occasion de la visite du Reichsführer SS à Posen, hier et avant-hier, j'ai eu la possibilité de discuter et de tirer au clair deux questions qui sont de votre compétence. La première est la suivante : Le Ghetto de Litzmannstadt ne doit pas être transformé en camp de concentration comme l'avaient indiqué l'Oberführer SS Beier et le Hauptsturmführer SS Dr Volk envoyés par votre administration, lors des entretiens qui ont eu lieu avec mes services à Posen, le 5 février 1943. La circulaire du Reichsführer SS du 11 juin 1943 ne sera donc pas appliquée.

J'ai donc convenu de ce qui suit avec le Reichsführer:

  1. Le ghetto sera réduit au minimum et n'hébergera que le nombre de juifs qui doivent être conservés dans l'intérêt de la production des armements ;
  2. Le ghetto demeure le ghetto de la province de Wartheland ;
  3. La réduction sera exécutée par le Sonderkommando du Hauptsturmführer SS Bothmann, qui est déjà intervenu dans cette province. Le Reichsführer va donner l'ordre de libérer le Hauptsturmführer SS Bothmann et son Sonderkommando de leur mission en Croatie, et de les mettre de nouveau à la disposition de la province de Wartheland ;
  4. La disposition et l'exploitation de l'inventaire du ghetto demeure l'affaire de la province de Wartheland ;
  5. Lorsque tous les juifs auront quitté le ghetto de Litzmannstadt, après la dissolution de cleui-ci, tous les droits de propriété foncière du ghetto passeront à la ville de Litzmannstadt. le Reichsführer SS donnera en ce sens les instructions nécessaires à la direction des fideicommis de l'Est.

Je vous prie de me faire connaître dès que possible vos propositions.
Avec mes salutations amicales et Heil Hitler.
Votre Greiser. »

(Nuremberg. Document 519-NO. In Kogon, Langbein : « Les chambres à gaz… p 123-124)

7.2. Les camions à gaz, par le SS Heukelbach

« Conformément aux ordres, je me rendis sur le coté droit du château, où un camion à gaz attendait devant la rampe. C'était un camion carrossé avec une caisse fermée. A l'arrière, il y avait une double porte. La voiture stationnait, porte ouverte à l'extrémité de la rampe et j'ai vu alors les Juifs qui avaient été conduits dans la cave monter par la rampe dans le camion ouvert.

Après que tous y eurent pénétré, le chauffeur ferma et verrouilla les portes. Puis il mit le moteur en marche. Bientôt se firent entendre, venant de l'intérieur, des cris et des râles. On tapait aussi contre les parois. Je voyais bien que les gens qui se trouvaient dans la voiture étaient asphyxiés par le gaz. Après environ dix minutes, ils se turent. Je compris qu'ils étaient morts. Le chauffeur laissa le moteur tourner quelques minutes de plus, puis il fit démarrer la voiture. »

Témoignage de l'ex-membre du commando, le SS Wilhelm Heukelbach
StA Bonn, AZ: 8 Js 52/60 vol. 5, fo 891)

7.3. Zawadki, par Jozef Czuprynski

« Pendant toute la durée de la guerre, j'ai habité le village de Zawadki ; mais je travaillais à Powierice. Le 5 décembre 1941 arrivèrent à Chelmno les premiers convois par camions avec de juifs de Kolo. Fin janvier, début février 1942, les Juifs furent transportés jusqu'à Powierice seulement par le chemin de fer à voie étroite. Puis on les menait à Zawadki, où ils passaient la nuit au moulin. Le lendemain, des camions les transportaient jusqu'à Chelmno. Leurs bagages restaient à Zawadki. Les convois avaient lieu tous les jours. Je me souviens qu'il y eut une interruption de trois jours à Pâques...

Les trains qui amenaient les juifs à Powierice étaient composés de dix grands wagons ouverts de 15 tonnes. Si les wagons étaient plus petits, le train en comportait quinze, seize, parfois même vingt. Ils étaient pleins à craquer. Un ou deux wagons étaient réservés aux bagages.Le personnel d'accompagnement était composé exclusivement d'Allemands. On retirait du train les cadavres, les malades et les enfants morts de froid et on les mettait en tas. deux fois, j'ai vu achever des malades à coup de bâton. Les cadavres et les malades étaient transportés directement par auto à Chelmno. Dix, parfois onze gendarmes conduisaient les Juifs sur la route de Powierice à Zawadki. Si quelqu'un s'évanouissait en chemin, on le battait à mort. Si l'un des juifs disait quelque chose, il était tué sur place. les Juifs portaient leurs bagages à main. Les gros colis étaient transportés immédiatement à Chelmno. les Juifs devaient porter à Zawadki les cadavres de ceux qui avaient été tués en chemin. Il y en avait tous les jours. Fin 1942, des convois de je ne sais quels Juifs étrangers commencèrent à arriver. »

Témoignage de Jozef Czupryski
StA Bonn, AZ: 8 Js 52/60 vol. spéc. A, fos 350 sq.

7.4. Les fours crématoires, par le SS Bruno Israël

« Ces fours crématoires avaient une largeur d'environ dix mètres et une longueur de cinq à six mètres. Ils ne s'élevaient pas au dessus du sol. Ils n'avaient pas de cheminée. Ils se réduisaient vers le bas, où les grils étaient installés, faits avec des rails de chemins de fer. Les rails les plus courts servaient de gril. Les plus longs servaient à camoufler le four contre les vues aériennes. Ces rails étaient posés sur des fosses et recouverts de tôle. Chaque couche de cadavres était recouverte d'une couche de bûches.

Pour autant que je me souvienne, on allumait le four par le bas. Celui qui mettait le feu devait sortir par le cendrier, au dessous du gril. Un fossé y conduisait, qui assurait la ventilation et permettait de retirer les cendres. Les cadavres brûlaient vite, et on ne cessait d'en ajouter d'autres. »

Oberwachtmeister de police Bruno Israël, membre du Sonderkommando Lange.

7.5. Le Waldlager, par le gendarme Jakob W

« Le camp de la forêt consistait en une grande clairière d'environ quatre-vingts mètres sur quatre vingt, d'une clairière moyenne de soixante dix mètres sur vingt, et d'une petite de cinquante mètres sur quinze. Elles étaient séparées les unes des autres par des rideaux d'arbres. Dans la première clairière se trouvait deux fosses communes d'environ trente mètres de long sur dix de large et trois de profondeur; dans la deuxième, une fosse commune de trente mètres de long sur dix de large et trois de profondeur; dans la troisième une fosse de douze mètres de long sur dix de large et trois de profondeur.

Quand j'entrais en fonction à Kulmhof, la fosse de la troisième clairière était déjà pleine. Celle de la deuxième était à demi remplie de cadavres. On était entrain de préparer les autres. Elles furent ultérieurement remplies de cadavres. »

Rottwachtmeister membre du Kommando Jakob W StA Bonn, AZ: 8js 52/60 vol.5 folio 856.

7.6. Les victimes. Commission polonaise

« En plus des juifs polonais, il y avait des transports de juifs venant d'Allemagne, d'Autriche, de France, de Belgique, du Luxembourg et de Hollande. Tous ces juifs passaient d'abord par le ghetto de Lodz. Le chiffre global de juifs étrangers exterminés à Chelmno s'élève à 16 000.

Outre l'extermination de la population juive du Warthegau (plus de 300 000), on assassina à Chelmno environ 5 000 Tziganes (Bohémiens) et un nombre relativement petit (environ 1 000) de Polonais et de prisonniers de guerre soviétiques. Il est à noter que les exécutions des Polonais et des prisonniers soviétiques se passaient le plus souvent la nuit. Les victimes étaient transportées directement dans la forêt où elles étaient fusillées.

Le nombre de victimes exterminées à Chelmno ne peut être établi ni d'après les données statistiques du camp (les autorités du camp détruisirent toutes les preuves), ni d'après les documents des chemins de fer, car tous les billets collectifs furent emportés en Allemagne. L'instruction a dû se contenter pour les transports dirigés à Chelmno des renseignements fournis par des témoins. Afin d'obtenir le chiffre le plus exact des victimes, des témoins ont été interrogés dans les diverses localités où passaient régulièrement les transports. Les témoins déclarent avoir vu les billets collectifs de ces transports ou les transports mêmes. Ils déclarent avoir entendu des Allemands membres du Sonderkommando parler du nombre élevé des victimes dans les transports.

En se basant sur les résultats de l'instruction, nous pouvons conclure que l'on extermina à Chelmno au moins 340 000 hommes, femmes et enfants. »

Conclusion de la Commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne.

7.7. Les fours de 1944, rapport Bednarz :

« En 1944, de nouveaux fours crématoires sont construits, de façon à ne pas dépasser le niveau du sol. Ils avaient, vers le haut, la forme rectiligne de 10 mètres sur 6 mètres. Le four se rétrécissait vers le bas en forme d'entonnoir et se terminait par des grilles confectionnées avec des rails de chemin de fer. Le foyer avait les dimensions de 1,5 mètre sur 2 mètres. Le four avait 4 mètres de profondeur ; ses parois étaient faites de briques d'argile recouvertes d'une couche de ciment.

Sous le foyer se trouvait un cendrier, et une étroite excavation y était aménagée et débouchait au-dehors. C'est par cette excavation que l'on enlevait les cendres, au moyen d'un tisonnier spécialement construit à cet effet. Ce travail était si difficile que les ouvriers qui y étaient désignés mouraient quelques jours après : après quelques jours de ce travail, ils perdaient tant de forces que, incapables de tout travail, on les tuait. Lorsque les fours ne fonctionnaient pas, on les masquait dans la crainte de raids d'avions ennemis, de façon qu'ils soient invisibles d'en haut. Dans ce but, on les camouflait au moyen de plaques de fer-blanc et de branchages.

Les cadavres, dans les fours, étaient rangés par couches alternées de bois de chauffage et de cadavres. On les plaçait de façon qu'ils ne se touchent pas et n'empêchent pas l'air d'arriver aux couches inférieures. La couche supérieure contenait douze cadavres humains. Le four était allumé par en bas, par le cendrier. On n'arrosait les cadavres ni avec de l'essence, ni avec d'autres produits. Ils se consumaient rapidement, en vingt minutes environ. Au fur et à mesure que les cadavres se consumaient, les couches supérieures de cadavres et de bois s'affaissaient, ce qui permettait de faire d'autres chargements. Le four pouvait contenir à la fois 100 cadavres, ce qui permettait l'incinération immédiate, en une seule journée, d'un convoi anéanti par l'auto - chambre à gaz. »

Le juge Bednarz rapporte en outre le témoignage de Rosalie Pehan, épouse d'un Feldgendarm, qui lui a déclaré :

« Berlin a envoyé un ordre d'anéantir les cadavres et d'effacer toute trace. A l'avenir, ces cadavres devaient être incinérés. À la suite de cet ordre, on devait rouvrir les tombes et brûler les corps, soit dans des fours crématoires spécialement construits, soit dans des bûchers monstres amoncelés dans le bois. Une Commission spéciale est venue de Berlin pour contrôler l'état des travaux. On suffoquait terriblement. Mon mari riait en racontant que « ces messieurs de Berlin » ne pouvaient rester plus de cinq minutes près des tombes ouvertes et se trouvaient mal.

Deux fours crématoires avaient été construits. Je n'ai pas été admis à les voir. Je sais seulement que ces fours avaient de hautes cheminées et avaient été agencés de façon à avoir un très fort tirage. On disposait dans ces fours les cadavres par couches et entre deux couches on plaçait du bois léger. Lorsque ces corps étaient brûlés dans les bûchers, on arrosait d'essence l'amas de corps et de bois. On forçait un juif à y monter et à y mettre le feu. Le feu était si fort que le juif n'avait plus le temps de sortir et était brûlé vif. »

Bednarz Ladislas : Le camp d’extermination de Chelmno sur le Ner
Traduction Française, Editions de l’Amitié Franco-polonaise 1955.

7.8. Témoignage d’un survivant, Michel Podchlebnik

Arrêté au début de janvier 1942 par les nazis, le bourrelier israélite polonais Michel Podchlebnik est un témoin privilégié puisqu'il est l'un 3 survivants de Chelmno. En effet, affecté aux corvées du fait de sa robustesse, il parvient miraculeusement à s'évader. Il décrit la façon dont sont massacrés les juifs à Chelmno. Ce témoignage recueilli par le juge d'instruction Bednarz le 9 juin 1945 à Kolo, montre le processus d'extermination.

« Nous sommes arrivés sur le terrain du parc près du château de Chelmno. Tout le terrain était entouré d'une clôture récemment construite en planches de 2,5 mètres à 3 mètres de hauteur. La clôture était très bien jointée, ce qui empêchait de voir ce qui se passait sur le terrain du château. Les portes furent ouvertes et nous arrivâmes devant le château. Un instant plus tard, une autre porte fut ouverte, notre auto pénétra dans la cour du château. Lorsque nous entrions, j'ai ouvert un peu la bâche et j'ai pu voir dans la cour un amas de vêtements usagés. Nous sommes descendus. Les SS ont alors ouvert l'entrée conduisant à la cave. Nous avons été comptés et enfermés dans la cave. Lorsque nous entrions, on nous frappait avec la crosse des fusils, en criant : « Plus vite, plus vite. »

« Tout le dimanche s'est passé sans événements et nous sommes restés sans rien faire, dans la cave. Un seau avait été placé pour nos besoins naturels, que l'un de notre groupe portait dehors sous forte escorte. Tout ce qu'il a pu apercevoir c'est que des postes de garde, très puissants, étaient placés partout. Il y avait beaucoup d'inscriptions dans la cave. Parmi ces inscriptions se détachait celle écrite en yiddish : « Celui qui arrive ici n'en sort pas vivant. » Nous n'avions plus d'illusion sur notre sort. Le lundi matin, trente juifs ont été envoyés pour faire des travaux en forêt, tandis que les dix restants, parmi lesquels je me trouvais, ont été laissés dans la cave. »

« La petite fenêtre de la cave était aveuglée au moyen de planches. De bonne heure, vers 8 heures du matin, une auto s'est arrêtée devant le château. J'ai entendu la voix d'un Allemand qui, s'adressant aux arrivants, disait : « Vous irez dans la région de l'Est, où il y a de grands terrains, pour y travailler, mais il faut seulement revêtir des vêtements propres, qui vous seront donnés, et aussi prendre un bain. » Des applaudissements saluèrent ces paroles. Un peu plus tard, nous entendîmes le bruit fait par des pieds nus sur le sol du couloir de la cave, près de celle ou nous avions été enfermés. Nous entendions les appels des Allemands: « Plus vite! Plus vite ! » J'ai alors compris qu'on les conduisait vers la cour intérieure. Au bout d'un moment, j'ai entendu le bruit de la fermeture de la portière de l'auto. On a commencé à pousser des cris et l'on frappait dans la paroi de l'auto. Puis j'ai entendu mettre l'auto en marche et six à sept minutes plus tard, lorsque les cris cessèrent, l'auto sortit de la cour. »

« C'est alors que l'on nous appela, nous autres les dix juifs travailleurs, en haut, dans une grande chambre où, par terre, en désordre, étaient jetés des vêtements d'hommes et de femmes, des manteaux, des chaussures ; on nous ordonna de mettre rapidement les vêtements et les chaussures dans une autre pièce où se trouvaient déjà beaucoup de vêtements et de chaussures. Nous jetions les chaussures sur un tas à part. Après que nous eûmes terminé ce travail, on nous a vite chassés vers la cave. Une autre auto se présenta et le tout se répéta comme auparavant. Cela a duré toute la journée. Pendant toute la journée, cette scène s'est répétée. »

« Le jour suivant, j'ai demandé à aller travailler dans la forêt. En sortant, j'ai pu remarquer, du côté de la cour, une grande auto dont le côté arrière était tourné vers le château. Les portes de l'auto étaient ouvertes et un marchepied était agencé pour en faciliter l'entrée. J'ai également pu remarquer la présence, sur le plancher de l'auto, d'un assemblage de planchettes ajourées, dans le genre de celles que l'on emploie dans les salles de bains. Les trente travailleurs, dont était formé notre groupe, ont été chargés sur un camion et sur un autobus et conduits dans la forêt située près de Chelmno. Trente SS formaient notre escorte. Une fosse avait été creusée dans la forêt, et c'est là que furent ensevelis en commun les Juifs que l'on venait de tuer. On nous a donné l'ordre de continuer à creuser la fosse et, dans ce but, on nous a distribué des pelles et des pics. »

« Vers 8 heures du matin arriva la première auto venant de Chelmno. Lorsque la porte en fut ouverte, une fumée noire à nuance blanchâtre s'en échappa avec force. Il nous était défendu, pendant ce temps, de nous approcher de l'auto et même de regarder dans la direction des portes que l'on venait d'ouvrir. J'ai pu remarquer qu'après avoir ouvert la porte les Allemands s'enfuyaient aussitôt avec rapidité. Je ne peux dire si les gaz provenant de l'intérieur de la voiture étaient des gaz de combustion du moteur de celle-ci ou bien des gaz d'une nature différente. Nous étions placés d'habitude à une distance telle que je n'ai pu en sentir l'odeur. On n'a pas fait usage de masques à gaz. Trois ou quatre minutes après, trois Juifs pénétraient dans l'auto. Ce sont eux qui déchargeaient les cadavres en les mettant par terre. Les cadavres dans l'auto gisaient sans ordre, les corps reposant les uns sur les autres, et ils occupaient une distance atteignant à peu près la moitié de la hauteur du véhicule. Certains mouraient en serrant dans leurs bras ceux qui leur étaient chers. L'aspect des corps était normal. Ils étaient encore chauds. Certains donnaient encore signe de vie et les SS les achevaient en tirant des coups de revolver le plus souvent dans la partie arrière de la tête. Deux juifs passaient à deux Ukrainiens les cadavres qui étaient revêtus de chemises. Des serviettes de toilette et des morceaux de savon étaient éparpillés dans l'auto, ce qui m'a confirmé dans la conviction qu'après s'être dévêtus les juifs recevaient des serviettes et du savon et qu'ils devaient soi-disant prendre un bain. »

« Les Ukrainiens arrachaient les dents aurifiées des hommes morts, ils arrachaient les petits sacs contenant de l'argent attaché au cou des cadavres, enlevaient les alliance, les montres, etc. Les cadavres étaient fouillés dans tous les recoins et l'on cherchait de l'or et des bijoux même dans les organes sexuels et dans le rectum. On n'employait pas à cet effet de gants de caoutchouc. Les bijoux et les objets de valeur étaient déposés dans des valises. Les SS ne participaient pas à la fouille des cadavres, mais ils observaient très attentivement les Ukrainiens pendant leur travail. Après la fouille, les cadavres étaient placés dans les fosses et le long de celles-ci, par couches superposées, la tête des uns touchant les pieds des autres, la tête tournée vers le sol; les cadavres conservaient le linge de corps. La fosse était de 6 mètres de profondeur, de 6 à 7 mètres de largeur. La première couche du bas contenait 4 à 5 personnes, tandis que celle du haut en contenait trente. Les cadavres étaient recouverts d'une couche de sable d'un mètre. Lorsque je travaillais, la fosse commune pouvait avoir près de 20 mètres de long. 1 000 personnes étaient inhumées par jour. »

Bednarz Ladislas : Le camp d’extermination de Chelmno sur le Ner
Traduction Française, Editions de l’Amitié Franco-polonaise 1955.

7.9. Les camions à gaz, rapport Bednarz

« Trois autos - chambres à gaz fonctionnaient à Chelmno. La plus grande pouvait tuer 150 personnes à la fois (le témoin Rossa a déclaré qu'il a entendu un membre du Sonderkommando dire que l'auto - chambre à gaz pouvait contenir 150 personnes et même 175 si l'on utilisait le fouet). Le témoin Kozanecka a déclaré que l'auto pouvait contenir 150 adultes ou bien 200 enfants. Deux autos de plus petite dimension contenaient 80 à 100 personnes. »

« Certains témoins ont mentionné l'existence d'une quatrième auto, mais il est possible que les témoins aient fait une confusion avec un camion destiné au transport de travailleurs juifs. Les autos - chambres à gaz avaient des pannes fréquentes et, à défaut d'ateliers de réparation sur place, on envoyait les autos aux ateliers de réparation à Kolo, dont le personnel était exclusivement composé de Polonais. Cette circonstance a permis à toute une série de mécaniciens de mieux connaître la construction des autos - chambres à gaz. Chacun d'eux a eu l'occasion de fabriquer de ses propres mains un modèle de tuyau d'échappement et le dispositif d'entrée de celui-ci à l'intérieur de la voiture: le tuyau d'échappement passait sous la voiture et, à mi-chemin, il rejoignait une partie de la tuyauterie fixée au plancher. Des témoins ont pu constater que l'entrée du tuyau d'échappement à l'intérieur de l'auto était assurée par un dispositif ressemblant à une passoire en fer-blanc. Le plancher de l'auto comportait un deuxième plancher en bois, comme c'est le cas dans les salles de bains, ce qui rendait impossible le bouchage, par l'extérieur, du tuyau d'échappement. »

« Les témoins ont décrit les dimensions de l'auto de la mort de la façon suivante: 2,5 mètres à 3 mètres de large, 6 mètres de long pour les autos de grande taille ; de 2,3 mètres à 2,5 mètres de large et de 4,5 mètres à 5 mètres de long pour les autos de taille inférieure. La carrosserie de l'auto était construite de planches étroites façonnées comme des bondes de tonneaux, de sorte que l'auto donnait l'impression d'être recouverte de fer-blanc. Tout l'intérieur était recouvert de fer-blanc et les portes étaient hermétiquement calfeutrées. Toutes les autos de la mort étaient peintes en couleur gris foncé, presque noire. »

Bednarz Ladislas : Le camp d’extermination de Chelmno sur le Ner
Traduction Française, Editions de l’Amitié Franco-polonaise 1955.

7.10. Ceux de Kolo, rapport Bednarz

Ladislas Bednarz, juge d'instruction de l'arrondissement du tribunal de Lodz, chargé d'une instruction judiciaire après la libération de son pays par la Commission principale de recherches des crimes allemands en Pologne.

« Voici de quelle façon on organisa la liquidation de la population juive dans la ville de Kolo. Des contingents militaires entourèrent la ville, ainsi que des détachements de gendarmes et les organisations auxiliaires du parti nazi. La communauté juive avait préalablement fourni une liste détaillée de ses ressortissants. On rassemblait les juifs à la maison du Comité juif à la synagogue. 10 kilos de bagages, au plus, étaient tolérés. On leur disait qu'ils allaient travailler dans un camp. Chaque juif devait verser 4 Reichsmarks pour frais de voyage.

De bon matin, on chargeait les juifs dans des voitures et un SS pointait les noms de ceux qui étaient embarqués. On disait aux juifs qu'on allait les conduire à la gare de Barloga, d'où, en chemin de fer, ils devaient partir dans les régions de l'Est, sur les lieux de travail. »

Bednarz Ladislas : Le camp d’extermination de Chelmno sur le Ner
Traduction Française, Editions de l’Amitié Franco-polonaise 1955.

7.11. La révolte de janvier 1945, par Miszcak

L'armée Rouge approche. Avant de s'enfuir, les SS détruisent les dernières traces de l'entreprise d'extermination. Puis ils exécutent les juifs composant la main-d'œuvre des corvées. Ce que relate le témoin Miszcak, en même temps que l'ultime sursaut de révolte de ces malheureux:

« On a commencé la liquidation des derniers juifs. On les a fait sortir par groupes de cinq. On leur ordonnait de se coucher par terre et on leur tirait des coups de revolver dans la nuque. Cette fois-ci, les juifs se sont révoltés. L'un deux, Max Zurawski, armé d'un couteau, a réussi à traverser le cercle des gendarmes et s'est enfui. Les gendarmes n'ont pu le découvrir. Les tailleurs juifs ont fracturé la porte conduisant au bois. Deux Allemands y ont pénétré. Parmi eux se trouvait Lenz. Les juifs les ont tués. Des mitrailleuses ont alors été dirigées sur l'intérieur du magasin à vivres. On a commencé à tirer et on a mis le feu au bâtiment. Il n'y a pas eu de survivants. »

Témoignage d’André Miszcak, le jardinier polonais.

7.12. Le château, par Miszcak

« Du temps où le château existait, on pouvait voir, des fenêtres de ma maison, les fenêtres du château. Mi-novembre 1941 arriva à Chelmno un groupe de Gestapo, avec Lange en tête. Le château et surtout la cave ont été très minutieusement examinés. Fin novembre, des matériaux de construction furent amenés et l'on commença de construire le camp. Le terrain du château a été entouré d'un clôture hermétique de planches ayant 2,5 mètres de hauteur, ne comportant qu'une seule ouverture pas très grande, côté rivière, clôturée d'ailleurs d'un réseau de fils de fer. Le château était construit sur la hauteur, de telle façon que la construction de la clôture, côté rivière, c'est-à-dire au pied de la colline, n'aurait pu modifier la visibilité de la cour du château.

En plus du château, le Sonderkommando SS Kulmhof (c'était le nom de la section qui venait d'arriver et qui a organisé le camp) a occupé la sacristie, l'ancienne mairie, la remise et des maisons de cultivateurs du village de Chelmno. Les propriétaires des fermes réquisitionnées ont été relégués dans d'autres villages ou bien répartis sur d'autres fermes. Nous ne savions pas, au début, à quoi le camp était destiné. Ce n'est que le 9 décembre 1941 que le premier convoi automobile venant de Kolo et transportant des juifs est arrivé, comportant 700 juifs. »

Témoignage d’André Miszcak, le jardinier polonais.

8. Dates

9 décembre 1941 Le premier convoi, fort de 700 juifs, arrive à Chelmno.
16 -29 janvier 1942  10 003 juifs sont transférés du Ghetto de Lodz à Chelmno.
22 mars – 02 avril 1942 34 074 juifs sont exécutés à Chelmno
04 – 15 mai 1942 11 680 juifs sont exécutés.
05-12 septembre 1942 15 859 juifs sont exécutés.
07 avril 1943 Fin de la première phase d’activité de Chelmno. Le château est dynamité.
11 avril 1943 Le Sondekommando Bothmann quitte Chelmno.
Juin 1944 Début de la seconde phase d’activité de Chelmno.
Septembre 1944 Fin de la seconde phase d’extermination. Destruction des installations.
Février 1945 Le « Sonderkommando 1005 » quitte Chelmno après avoir incinéré tous les cadavres.

9. Bibliographie