Dachau, camp de concentration nazi

1. Situation

Dachau : plan de situation du camp
Dachau : plan de situation du camp

La petite ville de Dachau groupe, à une vingtaine de kilomètres au nord de Munich, autour d'un grand château massif et rustique, ses spacieuses maisons anciennes. Elle était connue avant 1933 comme le « Barbizon » de la capitale bavaroise. Peintres et écrivains y séjournaient pendant la belle saison, cherchant l'inspiration dans les vastes marais qui s'étendent au nord et à l'est de la ville sur des dizaines de kilomètres, au pied des Alpes Bavaroises.

Camps de concentration, kommandos et centres d’euthanasie dans le Reich
Camps de concentration, kommandos et centres d'euthanasie dans le Reich

2. Histoire

2.1. La création du camp

L’incendie du Reichstag, provoqué par Goering aux premiers jours d’existence du régime, donne aux nazis l’occasion d’en finir avec leurs adversaires politiques, dont les plus en vue sont les communistes. Il faut neutraliser ces « sous hommes bolcheviques » « mit diesen bolschewistischen Untermenschen aufzuräumen » comme le dit Hitler lui même. Le 28 février 1933 Hindenburg signe le décret « Verordnung des Reichspräsidenten zum Schutz von Volk und Staat », « pour la protection du peuple et de l’Etat », qui permet au chancelier d’interner tous les adversaires politiques du régime sans jugement pour un temps indéterminé. Le 13 mars 1933 le Ministère de l’intérieur, par la voix d’Adolf Wagner précise au ministère de la Justice (Hans Frank) que ces adversaires politiques peuvent être rassemblés dans des endroits situés en dehors des prisons… Le principe du camp de concentration est né et immédiatement justifié.

Dachau : article relatant l’ouverture du camp
Dachau : article relatant l’ouverture du camp

Le 22 mars 1933, la police de Bavière ouvre un camp pour communistes dans une ancienne manufacture de poudre et de munitions sise sur la limite des communes d’Etzenhausen et Prittlbach, tout près de la petite ville de Dachau. Dans le bâtiment administratif de la fabrique, ceinte de barbelés, sont internés les premiers communistes tirés des prisons de Stadelheim-Munich et de Landsberg, et surveillés par 54 policiers de Munich. On signifie aux prisonniers qu’ils sont en détention préventive.

Dachau : les premiers détenus du camp
Dachau : les premiers détenus du camp

Le 1 avril 1933 Himmler est nommé président de la Gestapo de Munich. Pour n’être pas en reste face à ses rivaux SA, à Göring ou à certains Gauleiter qui avaient mis en place leurs propres camps dès début février 1933, Himmler place immédiatement ce camp sous l’autorité des SA et des SS dont il est le chef, et ce malgré les protestation de la police de Munich. Dans la nuit du 11 avril, les SS prennent en main le camp et sont immédiatement « mis au parfum » par leur chef, le SS Oberführer Freiherr von Malsen-Ponickau : « Wir sind nicht hierhergekommen, um diesen Schweinekerlen da drinnen menschlich zu begegnen. Wir betrachten sie nicht als Menschen, wie wir sind, sondern als Menschen zweiter Klasse. » : « Nous ne sommes pas venus ici pour traiter ces salopards de m… de façon humaine. Nous ne les concidérons pas comme des hommes comme nous autres, mais comme des hommes de seconde classe ! » Dès le lendemain, les SS massacrent 4 membres des jeunesses communistes, Rudolf Benario, Ernst Goldmann, Athur Kahn et Erwin Kahn, inaugurant une longue série de meurtres sous la direction de leur chef, le commandant Wäckerle.

Dachau : enregistrement de prisonniers arrivant au camp en 1933
Dachau : enregistrement de prisonniers arrivant au camp en 1933

Ces meurtres suscitent la réaction de la cour de justice de Munich qui s’en prend aux SS et est, en cette année 1933, encore assez puissante pour faire reculer Himmler : il doit remplacer Wäckerle par le SS Oberführer Théodor Eicke et donner des ordres pour améliorer le sort des détenus. Peu après, les avocats et défenseurs des détenus seront « mutés » à Bamberg…

2.2. Le camp primitif

Le 1 octobre 1933 Eicke met en place le nouveau règlement du camp, qui servira de modèle futur à tous les camps de concentration dirigés par la SS. : « Disziplinar- und Strafordnung für das Gefangenenlager » et « Dienstvorschriften für die Begleitpersonen und Gefangenenbewachung ». Il y introduit la peine de mort pour toutes sortes de motifs, laissés à l’arbitraire absolu des SS, mais aussi toute la panoplie des sévices destinés à maintenir le détenu dans la terreur et à le déshumaniser… Il légalise de fait pour les SS l’école de la violence : humiliations, bastonnades, appels interminables, travail forcé, famine, perte d’identité au profit d’un numéro, tortures, cachot…

Theodor Eicke : il mit en place le système concentrationnaire nazi
Theodor Eicke : il mit en place le système concentrationnaire nazi

Pour remercier Eicke de son action lors de la « Nuit des Longs Couteaux », Himmler le nomme le 4 juillet 1934 « Inspecteur des Camps de concentration du Reich », camps désoramis placés sous l’autorité des SS. Eicke est remplacé à Dachau par le commandant Heinrich Deubel. Au camp sont enfermés des SA ainsi que des centaines de prisonniers venant des camps des alentours, supprimés car tenus par des SA. Mais les internés sont en majorité toujours des politiques

En avril 1936, jugé « trop humain » par Himmler, Deubel est évincé au profit de Hanz Loritz. La vie au camp se durcit immédiatement. Pour casser la solidarité régnant parmi les politiques, selon la méthode préconisée par Eicke, Loritz interne dans le camp d’autres détenus : asociaux, clochards, Tziganes et romanichels, et à partir de 1937 les droits communs, les homosexuels et les Témoins de Jéhova. Cette époque voit décupler la brutalité des bourreaux nazis envers leurs compatriotes. Mais malgré des centaines de victimes, les conditions de détention sont encore relativement supportables.

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Himmler visite Dachau le 8 mai 1936

1937 voit un changement radical dans le camp. L’ancienne fabrique de munitions est désormais beaucoup trop petite pour les 5 000 détenus qui y logent. La SS ouvre le chantier du nouveau camp, construction réalisée sur une année dans des conditions épouvantables par les détenus eux mêmes.

2.3. Le nouveau camp en 38-40

Le nouveau camp mesure 600 x 250 mètres. De part et d’autre de la « Lagerstraße », la « route du camp », 15 baraques d’habitation, les « Blocks », chacune prévue pour accueillir 180 détenus. Un énorme « Bunker » avec 136 cellules, des bâtiments administratifs, une cuisine et le fameux « Appelplatz ». Le tout cerné d’un réseau de clôtures électrifiées, fossés, murs et 7 miradors…

Dachau : plan du camp
Dachau : plan du camp

Prévu pour 5 000 détenus, le camp est à peine achevé qu’il est surpeuplé. En mars 1938, c’est l’Anschluß. Aussitôt arrivent au camp des milliers d’opposants antifascistes autrichiens, cherchés à Vienne par les SS de Dachau. Parmi eux, de nombreux membres de l’ancien gouvernement.

Dachau, vue aérienne
Dachau, vue aérienne

Puis, entre le 10 novembre et le 22 décembre 1938 après les arrestations en masse conséquentes à la Nuit de Cristal, ce sont 10 911 Juifs qui sont internés. La plupart seront relachés. Ils finiront de toute façon à Auschwitz ou Treblinka…

Dachau, juin 1938 : photos de propagande : l’appel et le défilé sur la Lagerstrasse
Dachau, juin 1938 : photos de propagande : l’appel et le défilé sur la Lagerstrasse

Avec le début de la guerre, le camp de Dachau est évacué et les détenus dirigés vers d'autres camps comme Flossenbürg ou Mauthausen (pour les 300 Autrichiens) où ils vont entrer en enfer... Dachau est fermé le 26 octobre 1939. Mais c’est pour devenir un camp d’entraînement pour les « SS-Totenkopfverbände », les unités de SS destinées spécialement à la garde de tous les camps de concentration du Reich. C’est encore à Théodor Eicke qu’est confiée cette mission. Dachau devient le centre d'écolage où de nombreux futurs commandants de camp tels Franz Ziereis (Mauthausen), Baranowski (Sachsenhausen), Anton Thumann (Majdanek et Gross-Rosen) y apprennent leur horrible « métier ». Rudolf Höss, futur commandant d'Auschwitz, Richard Baer et Adolf Eichmann y font leurs premières armes.

Dachau : le camp
Dachau : le camp

Ne restent à Dachau que quelques dizaines de détenus chargés de l’entretien et de nouvelles constructions de blocks.

2.4. Le nouveau camp en 40-42

Le camp est réouvert le 18 février 1940, prêt à servir : Tous les KZ vont désormais être construits sur le même modèle : Il se présente comme un rectangle orienté nord-sud, entouré d’une double rangée de barbelés, avec de place en place des miradors. Le KZ s'inscrit dans une véritable ville comprenant : un QG de la Waffen SS, des casernes, des usines, des armureries, ainsi que des villas cossues destinées aux officiers et à leurs familles. Cette ville avec ses routes et ses voies ferrées est entourée sur des dizaines de kilomètres par de hautes murailles.

Dachau : l’entrée
Dachau : l'entrée

Le KZ constitue le « Dachau-Modell » pour tout le système concentrationnaire par son organisation et ses méthodes : ainsi son règlement édité par Eicke est-il donné comme référence pour l’ensemble des KZ. La vaste place d’appel fait face d’un côté à deux rangées de 17 Blocks destinés aux détenus, de l’autre aux bâtiments administratifs : bureaux, magasins, ateliers, cuisines… Chaque Block comporte quatre chambres (Stube) à soixante-quinze lits disposés en trois étages superposés. Chacun des trente blocks d’habitation peut accueillir 300 détenus. Prévu donc pour 9 000 détenus à l’origine, il comptera à l’automne 1944 plus de 35 000 détenus.

Dachau : le « Bunker » et les cellules
Dachau : le « Bunker » et les cellules

2.5. Le camp de travail

Vers la fin de 1942, Dachau devient camp modèle de catégorie 1, car les nazis décident d'utiliser les détenus pour la production industrielle. Les SS créent leurs propres entreprises d’armement ou collaborent avec les industriels de la région (BMW principalement) : les détenus vont travailler comme esclaves. La « guerre totale » l’exige. Ainsi les appels sont nettement raccourcis et deviennent des « Blitzappelle » ; le régime est adouci et les Kapos perdent le droit de vie et de mort. Il arrive de véritables médecins au Revier, qui est équipé d’une salle d'opération et d’une salle de soins dentaires… Une maison close est même installée au Block 31 (fréquentée par les Kapos et les « Droit commun »).

Dachau : clôture de barbelés
Dachau : clôture de barbelés

Par ailleurs de nombreux camps-kommandos extérieurs sont créés comme Allach ou Blailach, qui s’étirent sur toute l’Allemagne du Sud et dans lesquels les conditions sont souvent pires que celles du camp central, le mot d’ordre étant « Vernichtung durch Arbeit », « extermination par le travail ».

Dachau : l’entrée du camp
Dachau : l'entrée du camp

2.6. La fin du camp

Le typhus commence à sévir dès le début de janvier 1945, car près de 12 000 détenus provenant notamment des convois récemment arrivés, sont porteurs de maladies infectieuses. L’épidémie fait des milliers de victimes dans le camp. Ne pouvant incinérer les cadavres, les S.S. font creuser d'immenses fosses où les corps sont jetés et entassés pêle-mêle.

Dachau. La libération du camp
Dachau. La libération du camp
Dachau : 29 avril 1945 : gardes du camp exécutés lors de la libération du camp par les troupes américaines
Dachau : 29 avril 1945 : gardes du camp exécutés lors de la libération du camp par les troupes américaines

Le 26 avril 1945, les SS quittent le camp après avoir évacué quelque 7 000 russes et Juifs dont la moitié mourra en trois jours de « marche de la mort » en direction de l’Autriche pour servir encore dans le « Réduit alpin » dont rêvaient les jusqu’auboutistes... Ils embarquent aussi pour le Tyrol du Sud, en prévision d’un éventuel échange, le pasteur Martin Niemöller, le Général Halder, le Général Thomaset l’ex président du conseil hongrois Kallay, que les Américains récupèreront à l’hôtel « Pragser Wildsee »…

Dachau. La libération du camp. Mai 1945
Dachau. La libération du camp. Mai 1945
Dachau. Marche de la mort venant du camp
Dachau. Marche de la mort venant du camp
Dachau. Marche de la mort venant du camp
Dachau. Marche de la mort venant du camp

Le 30 avril, les Américains de la 4è et de la 42è division d’infanterie entrent dans le camp où ils sont accueillis par 32 335 détenus enthousiastes. Mais dans les jours qui vont suivre, la mort va encore emporter 3 147 des leurs…

3. La vie au camp

3.1. Le « Straflager SS »

Dachau : les diverses marques de prisonniers, telles que les avait conçues Théodor Eicke
Dachau : les diverses marques de prisonniers, telles que les avait conçues Théodor Eicke

A Dachau est construit un camp disciplinaire « Straflager » qui accueille beaucoup d'aventuriers et de criminels engagés dans la Waffen SS pour le front de l'Est et qui supportent mal la vie de combattant. Plusieurs centaines de ces « SS » fautifs seront enfermés dans ce camp disciplinaire, bâtiment rectangulaire bordant la place d'appel, du côté opposé aux Blocks des déportés. Quelques SS Français engagés volontaires dans les SS y seront enfermés vers la fin de la guerre.

Dachau : le camp, vue aérienne de 1945 : au premier plan, le Krematorium
Dachau : le camp, vue aérienne de 1945 : au premier plan, le Krematorium

3.2. Les « Prisonniers d’honneur »

Dachau accueille un bon nombre de « Prisonniers d’honneur » : ils bénéficient de cellules meublée assez confortables : ce sont des opposants que le régime tient à conserver pour des échanges éventuels : ainsi le pasteur Niemöller, des officiers anglais de l'Intelligence Service, les « Officiers légionnaires » roumains ayant tenté de renverser Antonescu, rejoints début 1945 par Léon Blum venant de Buchenwald, Kurt von Schuschnigg, Mgr Piguet, évêque de Clermont, Xavier de Bourbon Parme, Edouard Daladier, un Prince Hohenzollern... Ces prisonniers portent costume et ne sont pas rasés.

3.3. Le « Block des Prêtres »

Spécificité de Dachau, le «  Block des Prêtres » : En 1940, pour ne pas heurter les chrétiens de front, Hitler décide que tous les prêtres catholiques et pasteurs protestants allemands ou étrangers des tous les KZ soient transférés à Dachau : en 1944, le Block 28 abrite 800 prêtres polonais (ils avaient été plus de 1 800 dans les camps...) ; les prêtres des autres nations (dont 300 allemands) sont enfermés dans les block 28 et 26, ce dernier comportant une chapelle. Le sort des prêtres est nettement meilleur que celui des autres déportés : ils ne sont pas affectés dans des kommandos extérieurs, ne font pas partie des déportations vers les centres de mise à mort, reçoivent meilleur nourriture et couchage. Mais les SS font une grande différence entre les prêtres Polonais et les autres.

Dachau : intérieur d’une baraque du camp
Dachau : intérieur d’une baraque du camp

3.4. Les Français de Dachau

Jusqu'en 1943, le nombre de Français est extrêmement restreint : quelques dizaines venus du Nord, arrêtés dès 1941 et transférés à Dachau par Auschwitz et Mauthausen, et quelques prisonniers de guerre ou travailleurs du S.T.O. arrêtés en Allemagne sous des prétextes variés.

En juin 1943, un premier convoi de plusieurs centaines de Français arrive à Dachau. L’épisode le plus terrible de la déportation des Français est celle du « train de la mort » : Le 2 juillet 1944, 2 521 déportés sont entassés, au départ de Compiègne, dans les wagons à bestiaux du train 7909. La température extérieure est de 34°. Les gardiens, irrités par un sabotage de voie et un déraillement de locomotive, interdisent le ravitaillement en eau. Les déportés sombrent dans la folie... Des bagarres éclatent... Le 6 juillet, sur le quai de débarquement de Dachau, sont alignés plus de 533 cadavres de « voyageurs » qui rester entassés durant des jours dans la cour du crématoire avant d'être brûlés.

Dachau : l’insigne d’un « Rouge français »
Dachau : l'insigne d'un « Rouge français »

3.5. Les exécutions à Dachau

Les exécutions à Dachau sont moins nombreuse que dans les autres KZ, et ont un caractère de cruauté moins affiché que dans d’autres camps. Elles sont réalisées par fusillade ou pendaison. Il n’existe aucun témoignage de gazage à Dachau, même si une chambre à gaz est construite fin Juillet 1942, selon le modèle classique : local pour le déshabillage, chambre de douches camouflée et morgue. Cette chambre n’a probablement jamais servi.

Dachau, le Krematorium
Dachau, le Krematorium
Dachau, le Krematorium
Dachau, le Krematorium

3.6. Expériences médicales

Par contre, Dachau est le lieu des pires expériences médicales faites par les médecins SS tels Sigismund Rascher, Claus Schilling ou le professeur Holzlöhner. Il y a de nombreuses expériences médicales, comme à Natzwiller : typhus et paludisme, injections de pus, injections de solution saline, ponctions sur le foie et l’estomac sans anesthésie, biologie raciale, expériences sur la résistance aux hautes latitudes, au froid et à l’eau de mer, expériences commandées par la Luftwaffe…

4. Les commandos

Aux 35 000 détenus du camp central « Stammlager » s'ajoutent environ 40 000 prisonniers répartis dans un grand nombre de kommandos extérieurs dont certains peuvent compter plusieurs milliers de prisonniers.

Dachau - Kaufering IV : camps camouflé pour éviter les bombardements anglai
Dachau - Kaufering IV : camps camouflé pour éviter les bombardements anglai

A l’intérieur du camp principal, les kommandos sont ceux des divers ateliers : menuiserie, serrurerie, sellerie, confection, maçonnerie, boulangerie, boucherie, jardinage…

Il existe à Dachau un kommando très spécial : le « Himmelfahrtskommando » « Kommando pour monter au ciel » : en automne 1944, les SS recrutent plusieurs centaines de « droit communs » aptes à porter les armes : il sont intégrés sur le front de l'est dans les formations disciplinaires de Dirlewanger et vont se tailler une sanglante réputation, laissant partout où il passent des centaines de victimes. La plupart des membres de ce kommando perdu seront exterminés sur le front.

Le camp avec ses Kommandos extérieurs constitue un important complexe fournissant de la main d’œuvre au district de Salzbourg, en Haute-Bavière et Souabe : en tout 183 kommandos extérieurs, dont le plus important est celui d’Allach qui compte jusqu’à 14 000 détenus, alors que le plus petit compte deux personnes (2 femmes témoins de Jéhovah tenant le ménage d'un officier SS).

Dachau : le camp commando d’Allach : en haut, une baraque ; en bas : un atelier de BMW
Dachau : le camp commando d’Allach : en haut, une baraque ; en bas : un atelier de BMW
Dachau : la libération du camp commando d’Allach
Dachau : la libération du camp commando d’Allach

A partir de juillet 1944, 25 000 juifs sont parqués dans des « Waldkommandos », kommandos de la forêt entre Landsberg et Kaufering, plus pour y mourir d’épuisement que pour motif économique : la moitié d’entre eux n’en reviendront pas. A ces kommandos vont s’ajouter fin 1944 les kommandos de la Forêt Noire, qui jusque là dépendaient de Struthof-Natzwiller.

Dachau : une colonne de prisonniers évacués des sous camps de Munich Riem et de Munich Agfa traverse la ville de Grünwald le 29 avril 1945
Dachau : une colonne de prisonniers évacués des sous camps de Munich Riem et de Munich Agfa traverse la ville de Grünwald le 29 avril 1945

Les principaux kommandos extérieurs sont :

Dachau : le camp et ses commandos en avril 1945
Dachau : le camp et ses commandos en avril 1945

5. Les victimes

A la date du 26 avril 1945, Dachau rassemble 37 223 détenus dans 200 Kommandos extérieurs, 1 754 détenus en transport,  et 28 628 détenus dans le camp lui-même, soit un total de 67 605 détenus :

Parmi les groupes ethniques et sociaux, 39% des déportés de Dachau sont Juifs. Le camp rassemble également 250 Tziganes, 5 000 femmes non juives (dans les kommandos), 5 080 prisonniers de guerre russes, 1 255 religieux…

Dachau : le mémorial international. Sculpteur de l’artiste de Belgrade Glid Nandor, 1967
Dachau : le mémorial international. Sculpteur de l'artiste de Belgrade Glid Nandor, 1967

Le camp connaît une évolution de ses effectifs semblable à celle d’autres KL comme Buchenwald : il commence avec l’internement des asociaux et des criminels, des Tziganes, des homosexuels, des Témoins de Jéhovah… dans un second temps arrivent des Juifs de Bavière en novembre 1938, et enfin le camp connaît sa phase d’internationalisation avec la création d’une section Polonaise en 1939, l’internement des prisonniers de guerre soviétiques (6 à 9000 y sont morts) et des déportés de toute l’Europe occupée, puis en phase ultime l’afflux des évacués des camps de l’Est.

Plus de 250000 détenus sont passés par Dachau (non compris les non-immatriculés), provenant de 23 nations. 76 000 y sont morts.

Dachau : mur mémorial du camp
Dachau : mur mémorial du camp

Dans la liste des victimes du KL Dachau, il faut compter aussi les nombreux « transports d’invalides » expédiés au château de Hartheim près de Linz et mis à mort dans la chambre à gaz… Tout comme il est impossible de déterminer le nombre, plusieurs milliers au moins, des prisonniers de guerre soviétiques, qui, en vertu du « Kommissar Erlass », ont été exécutés non loin du camp sur le terrain d’exercice de tir de Hebertshausen…

12493 français ont été emprisonnés à Dachau entre 1940 et 1945. 1602 y trouveront la mort.

6. Les bourreaux

6.1. Commandants

Exécutés :
SS Standartenführer Hilmar Wäckerle, SS Hauptsturmführer Alexander Piorkowski, SS Obersturmbannführer Martin Weiss ;
Mort sur le front de l’est :
SS Gruppenführer Theodor Eicke ;
Suicide :
SS Oberführer Hans Loritz, SS Hauptsturmführer Eduard Weiter ;
Mort de vieillesse :
SS Standartenführer Hermann Baranowski ;
Non poursuivi :
SS Oberführer Heinrich Deubel.

6.2. Docteurs SS

Exécuté par les Alliés :
SS Obersturmführer Dr Fritz Hintermayer, Dr Karl - Klaus Schilling, SS Obersturmführer Dr Helmuth Vetter, SS Sturmbannführer Dr Waldemar Wolter ;
Suicide :
Dr Ernst Holzlöhner ;
Condamné à mort :
SS Hauptsturmführer Dr Fridolin-Karl Puhl (Peine commuée à 10 ans), SS Sturmbannführer Dr Wilhelm Witteler (Peine commuée à 20 ans) ;
En fuite ou disparu :
SS Untersturmführer Dr Hans Eisele, SS Sturmbannführer Dr Horst Schumann ;
Horst Schumann (à droite) en compagnie du Dr Clauberg (droite): il sacrifia au moins 2 000 "cobayes" humains
Horst Schumann (à droite) en compagnie du Dr Clauberg (droite): il sacrifia au moins 2 000 "cobayes" humains
Exécuté par les SS le 26 avril 1945 :
SS Untersturmführer Dr Sigmund Rascher.
Le « médecin de la mort » Sigmund Rascher
Le « médecin de la mort » Sigmund Rascher

6.3. Gardes SS

Exécuté par les Alliés :
SS Obersturmführer Hans Aumeier, SS Oberscharführer Franz Böttger, SS Hauptscharführer Willi Eckert, SS Hauptscharführer Leonhard Eichberger, SS Hauptsturmführer Johann Eichelsdorfer, SS Obersturmbannführer Adolf Eichmann (exécuté en Israël), SS Oberscharführer Anton Endres, SS Sturmbannführer Otto Förschner, SS Hauptsturmführer Karl Fritzsch (Exécuté par les Russes), SS Obersturmführer Georg Gössel, SS Hauptsturmführer Rudolf Höss (Exécuté par les Polonais), SS Obersturmführer Josef Jarolin, SS Hauptsturmführer Johann Kick, SS Hauptscharführer Simon Kiern, SS Oberscharführer Johann Kirsch, SS Scharführer Alfred Kramer, SS Hauptsturmführer Josef Kramer, SS Hauptsturmführer Walter Langleist, SS Hauptsturmführer Arno Lippmann, SS Oberscharführer Otto Möll, SS Oberscharführer Erich Mühsfeldt (Exécuté par les Polonais), SS Rottenführer Engelbert Niedermeyer, SS Hauptsturmführer Michael Redwitz, SS Obersturmführer Friedrich - Wilhelm Ruppert, SS Hauptsturmführer Vincenz Schöttl, SS Obersturmführer Heinrich Schwarz, SS Unterscharführer Josef Seuss, SS Hauptscharführer Josef Spatzenegger, SS Obersturmführer Rudolf-Heinrich Suttrop, SS Unterscharführer Wilhelm Tempel, SS Hauptscharführer Franz Trenkle, SS Hauptscharführer Wilhelm Wagner, SS Oberscharführer Wilhelm Welter ;
Condamné à mort :
SS Sturmbannführer Fritz Degelow (Peine commuée à 20 ans), SS Untersturmführer Sylvester Filleböck (Peine commuée à 10 ans), SS Rottenführer Otto Schulz (Peine commuée à 15 ans), SS Sturmbannführer Friedrich Weitzel (Peine commuée à 10 ans).
Condamné à perpétuité :
SS Obersturmführer Franz - Johann Hoffmann, SS Oberscharführer Josef Klehr, SS Hauptsturmführer Egon Zill ;
Peines de prison :
SS Hauptsturmführer Heinz Detmers (22 ans), SS Scharführer Hugo Lausterer (10 ans), SS Untersturmführer Anton Streitwieser (7 ans), SS Wachmann Albin Gretsch (10 ans), SS Wachmann Johann Schöpp (10 ans) ;
Suicide :
SS Obersturmbannführer Max Kögel ;
Travaux forcés :
Baur Eléonore « Schwester Pia » (8 ans) ;
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Baur Eléonore, « Schwester Pia » (1886-1981), la seule femme à avoir été décorée de la décoration suprême nazie, le « Blutorden ». Elle sèmera la terreur parmi les détenus de Dachau
Morte en prison en 1963 en attente de procès :
SS Hauptsturmführer Richard Baer ;
Disparu :
SS Hauptscharführer Gerhard Palitzsch ;
Tué par les détenus :
SS Sturmbannführer Ewald Ehlers, SS Untersturmführer Josef Niemann ;
Tué par les partisans :
SS Unterscharführer Gottfried Schwarz ;
Acquitté :
SS Oberwachmeister Erich Lachmann;
Exécuté par les SS :
SS Standartenführer Hermann Florstedt, SS Standartenführer Karl Koch.

7. Témoignages

7.1. Expériences du docteur Rascher  pour la Wehrmacht

« Pourriez-vous mettre à notre disposition 2 ou 3 criminels de droit commun en vue de ces expériences ?... Les expériences, au cours desquelles les sujets peuvent évidemment mourir, seraient faites avec ma coopération »
Courrier de Rascher à Himmler, 15/5/41.
« ...Le troisième essai a été fait sans oxygène, à l'équivalent de 29 400 pieds d'altitude, sur un Juif de trente-sept ans, dans un état de santé satisfaisant. La respiration a continué pendant trente minutes. Au bout de 4 minutes, le sujet a commencé à transpirer et à agiter la tête. Au bout de 5 minutes, apparition de spasmes ; entre la 5ème et la 10ème minute, la respiration s'est accélérée, le sujet perdant conscience. De la 11ème à la 13ème, la respiration s'est ralentie jusqu'à trois aspirations par minute, pour cesser complètement à la fin de cette période... Environ une heure après que le sujet eut cessé de respirer, on a procédé à l'autopsie. »
Compte rendu du Dr Rascher à Himmler le 5 avril 1942.

« Les sujets furent immergés dans l'eau avec leur équipement complet de vol... serre-tête compris. Une ceinture de sauvetage les maintenait à flot. La température de l'eau variait de 2° à 11° Au cours des premières expériences, le cervelet et la nuque sortaient de l'eau. Au cours des autres séries d'expérience, la nuque et le cervelet furent immergés. On a enregistré électriquement des températures de l'ordre de 26°,5 dans l'estomac, et de 26°,6 dans le rectum. La mort ne survenait que lorsque la moelle et le cervelet étaient atteints par le froid. »

« A l'autopsie, on trouvait toujours une grande quantité de sang à l'intérieur de la boîte crânienne, jusqu'à un litre et demi. La cavité droite du coeur présentait une très forte dilatation. Au cours de ces expériences, les sujets mouraient inévitablement dès que leur température tombait à 28°, cela en dépit de toutes les tentatives faites pour les ranimer. Les constatations faites au cours des autopsies montrent clairement combien il est important de prévoir la combinaison de vol actuellement en cours d'expérience une protection chauffante pour la tête et la nuque. »

NCA IV, pp.135-136. -ND, 1618-PS.
« Dieu merci nous avons eu une brève période de froid. Quelques sujets sont restés en plein air quatorze heures de suite par une température de -6° ; ils ont atteint une température intérieure de 25° avec gelure périphérique... »
Lettre du Dr Rascher à Himmler, le 4 avril 1943, procès-verbal cas I.
« Je suis très curieux de savoir ce que donneraient les expériences de réchauffement par la chaleur animale. Personnellement, je crois qu'elles peuvent donner les meilleurs résultats. »
Lettre de Himmler à Rascher ibid.

Rascher procède alors au « réchauffement » par chaleur humaine en « employant » des femmes envoyées de Ravensbrück

« Une des femmes présentait des caractéristiques raciales typiquement nordiques... Je lui ai demandé pourquoi elle s'était proposée comme volontaire pour le bordel et elle m'a répondu : « Pour sortir du camp de concentration. » Je lui rétorquais qu'il était honteux de se proposer comme prostituée, je m'attirai cette réponse : « Mieux vaut six mois dans un bordel que six mois dans un camp de concentration.... »

« Ma conscience raciale se révolte à l'idée de livrer à des éléments concentrationnaires racialement inférieurs une jeune fille qui est aussi évidemment une pure Nordique... C'est pourquoi je refuse d'employer cette jeune fille pour mes expériences ».

Lettre de Himmler et protestations de Rascher, ibid.

« Les sujets ont été refroidis suivant la méthode habituelle - habillés ou nus- dans de l'eau froide à des températures variées... On les a retirés de l'eau lorsque leur température rectale a atteint 30°. Dans huit cas, on a placé les sujets sur un grand lit, entre deux femmes nues. On a enjoint aux femmes de se serrer le plus possible contre le sujet gelé. Puis on les a couverts tous trois de couvertures... »

« Une fois que les sujets avaient repris conscience ils ne s'évanouissaient plus. Comprenant la situation, ils se blottissaient contre les corps nus des femmes. La température de leur corps s'élevait ensuite, approximativement à la même vitesse que chez les sujets chauffés au moyen de couvertures... Une exception a été toutefois constatée sur quatre sujets, qui pratiquèrent des relations sexuelles à une température située entre 30 et 32°. Chez ces sujets, aussitôt après le coït, une montée de température rapide se produisit, comparable à celle que l'on obtient en les plongeant dans un bain d'eau chaude. »

« J'attribue cela au fait que dans le premier cas on évite les inhibitions : la femme se serre plus étroitement contre la personne gelée. Dans ce cas aussi, le retour à la pleine conscience s'est opéré remarquablement vite. Un seul sujet n'a pas repris conscience, et on n'a noté qu'un très faible degré de réchauffement. Ce sujet est mort en présentant des symptômes d'hémorragie cranienne, ce que devait confirmer l'autopsie. »

« Seuls les sujets à qui leur état physique permet des relations sexuelles se réchauffent étonnamment vite et retrouvent avec une rapidité surprenante leur bien-être physique. »

Lettre du Dr Rascher à Himmler, 12 février 1942.

7.2. Expériences sur la décompression par Pascholegg

« J'ai moi-même suivi les expériences à travers le hublot de la chambre de décompression. J'ai vu les prisonniers subir les effets du vide progressif jusqu'à ce que leurs poumons éclatent... Ils devenaient fous et s'arrachaient les cheveux dans un suprême effort pour soulager la pression. Ils se griffaient la tête et le visage avec les doigts et les ongles. Ils frappaient les murs avec leurs mains et leur tête et criaient pour atténuer l'effet de la pression sur leurs tympans. D'ordinaire, ces essais se terminaient par la mort du sujet. »
Déposition à Nuremberg du détenu Anton PACHOLEGG au sujet des travaux du Dr Rascher
NCA, supplément A pp 416-417. - ND, 2428-PS.

7.3. Expériences sur le froid par W. Neff

« Ce fut la pire expérience jamais tentée. On amena deux officiers russes. Rascher les fit se déshabiller et les obligea à descendre nus dans la cuve. Une heure s'écoula, puis une autre ; alors qu'habituellement le froid faisait perdre conscience aux sujets au bout de 60 minutes au maximum, les deux hommes réagissaient encore au bout de deux heures et demie. Tous les appels adressés à Rascher pour qu'il les anesthésie demeurèrent sans effet. Vers la troisième heure, un des russes dit à l'autre : « Camarade, je t'en prie, demande à l'officier de nous tuer ! »

« L'autre répondit qu'il n'attendait aucune pitié de ce chien de fasciste. Tous deux se serrèrent la main en se disant « Adieu, camarade »... Un jeune Polonais traduisait ces mots à Rascher, non sans modifier quelque peu la forme. Rascher se rendit dans son bureau. Le jeune Polonais tenta aussitôt de chloroformer les deux victimes, mais Rascher revint aussitôt en nous menaçant de son fusil... L'expérience dura encore cinq heures avant que la mort ne survînt. »

« Au début Rascher défendit que ces épreuves eussent lieu sous anesthésie. Mais les sujets faisaient un tel tapage que Rascher ne put continuer ces expériences sans anesthésie. »

Déposition à Nuremberg du détenu Walter Neff, adjoint du Dr Rascher, au sujet des expériences sur le refroidissement.

7.4. Expériences médicales

« A deux reprises, en 1942, des expériences ont été effectuées au camp de concentration de Dachau pour étudier, au profit de la Luftwaffe, les limites de la résistance humaine aux conditions physiques qui règnent aux très hautes altitudes, jusqu'à 20 000 mètres et plus. Les sujets étaient placés dans des chambres hermétiques où l'on diminuait la pression jusqu'à 40, voire 35 millimètres de mercure. Ils moururent en très grand nombre; d'autres en souffrirent gravement. »
« Pendant au moins 3 ans, de 1942 à 1945, on inocula la malaria à des détenus du camp de Dachau. L'efficacité de remèdes nouveaux était ensuite essayée sur eux. Il y eut de nombreux morts et des invalidités définitives »
« Pour la Luftwaffe et la Kriegsmarine, il était important de posséder un moyen de rendre potable l'eau de mer. Les sujets d'expérience, à Dachau, étaient privés de toute nourriture et devaient absorber des échantillons d'eau à composition chimique variée. »
L’Express de Neuchâtel, 16/01/1947.

7.5. Le Kommando d’Allach

« La population du camp d'Allach, prévu pour 3 500 détenus, devait atteindre en mars 1945, 14 000 détenus... Comme ailleurs, on était à Allach un mort civil. Retranché du monde. Sans nouvelles des siens, sans colis. Un matricule... Dès le lendemain de leur arrivée les nouveau « pensionnaires » étaient rassemblés sur l'une des places du camp. Là, ils étaient interrogés sur leurs spécialités et antécédents professionnels et offerts, presqu'à l'encan, au choix des délégués de différentes entreprises convoqués pour la circonstance... C'est de ce « marché aux esclaves » que dépendait généralement l'affectation du détenu dans un kommando, et par conséquent sa vie ou sa mort... ainsi, épouvantables étaient les kommandos dits « des terrasses » auxquels, pour le compte d'une entreprise de travaux publics, l'entreprise Dicker Hoff, étaient affectés un grand nombre de détenus d'Allach. On y mourrait vite, épuisé par le charroi en une ronde infernale de sacs de ciment, vaincu par le froid, par la faim (2 litres de soupe claire et 200 grammes de pain par jour), assommé de coups ou victime d'accidents... Moins redoutables étaient les kommandos d'usines... »
« Nous sommes en février 1945... L'hiver est particulièrement rigoureux en Bavière... Une bise aigre souffle sur le camp, hurlant dans la forêt de sapin que nous traversons pour nous rendre à l'usine BMW, cortège de spectres, qu'encadrent des hommes en armes et de chiens diaboliques...Le froid est collé à notre peau... Collé à la peau comme, depuis des mois, la faim collée au ventre... Et cet appel qui, ce matin, a duré une longue heure... Un bref commandement nous arrache à nos pensées. Nous sommes devant les lourdes portes d'un bâtiment de l'usine BMW... Les hommes de l'équipe descendante se forment en colonne pour le retour au camp... Notre colonne de dénoue... Nous abandonnons le bras du voisin... Chacun de nous redevient... Un »
Marcel G. Rivière, matricule 73 945, futur rédacteur en chef du Progrès de Lyon.

7.6. Le Kommando de Blaichach

« Nous travaillions 12 heures par jour à la confection de bielles principales et secondaires de moteurs d’avions BMW. C’était extrêmement pénible et parfois dangereux. Par exemple, plusieurs d’entre nous devaient plonger à l’aide de pinces des pièces dans des cuves remplies de produits chimiques toxiques en ébullition. Et cela sans aucune protection. D’autres travaillaient à des fours électriques chauffant à 800 ou 900 degrés, dans lesquels devaient être trempées à l’ammoniaque de lourdes bielles. Ce travail forcé, exécuté sous l’étroite surveillance de SS, schlague à la main, était d’autant plus dur que nous crevions littéralement de faim »
Elie Mignot, Blaichach, kommando de Dachau. Cité in « Le grand livre des Témoins. »

7.7. Déportation par Georges Charpak

Georges Charpak, prix Nobel de Pphysique en 1992 a été résistant durant la guerre. Arrêté, il est interné dans la prison d’Eysses à Lyon, et de là déporté à Dachau.

« Le 11 juin 1944, soit une semaine après le débarquement, la division allemande « Das Reich » - celle-là même qui s'est ignoblement distinguée dans le massacre d'Oradour-sur-Glane - est venue pour nous déporter en Allemagne, sans doute comme otages. Elle nous a convoyés dans des conditions atroces, en plein été, durant trois jours jusqu’au camp de Compiègne, dont nous sommes partis le 18 juin 1944 pour Dachau.

Le premier trajet en train, à travers la France, et dans un train français nous apprit beaucoup. En particulier à manger toute notre ration dès le départ, car ensuite la soif empêche toute absorption de nourriture. Cette soif terrible, nul ne peut l'imaginer s'il ne l'a connue. Je l'ai découverte là et l'ai retrouvée entre Compiègne et Dachau, dans les effroyables conditions qui nous furent faites alors.

Compiègne était un camp français, organisé et gardé par des Français et à proximité immédiate de la population française. C'est ce qui nous a le plus blessés. Nous y avons été traités et considérés comme des bandits de droit commun alors que nous étions tous des résistants. En juin 1944, c'était insupportable ! 

Il est inutile de trop s'attarder sur tous ces événements. Bien d'autres que moi ont décrit ces trains qui, sous le torride soleil de l'été, nous ont emmenés en trois jours de Compiègne aux portes de Munich, dans des wagons plombés aux toits métalliques. Je veux simplement dire que dans notre wagon, prévu pour huit chevaux ou quarante hommes, nous étions près de cent et que lorsque nous sommes arrivés à Dachau, aucun d'entre nous n'était mort ou devenu fou, contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres wagons d'où l'un de mes camarades, Marcel Miquet, se souvient d'avoir vu retirer huit corps.

Cela a été dû à l'extraordinaire organisation fondée sur la solidarité et l'entraide. Dès le départ, nous avons nommé des responsables, rationné l'eau, organisé des tours pour aller respirer un peu près des ouvertures, nous tassant contre une paroi, massés là à tour de rôle pour permettre à d'autres de s'allonger, etc. Une grande discipline a été respectée et cela nous a sauvé la vie en évitant la panique et les comportements trop égoïstes, voire les crises de folie.

Certains d'entre nous ont même eu la force de faire sourire, voire même rire, les autres. Par exemple, en décrivant puis sifflant une belle fille qui passait dans une gare. Un sursaut de jeunesse et d'humanité qui fit passer dans ce wagon de damnés un inappréciable vent de légèreté et d'optimisme. La vie continuait et un jour nous la retrouverions...

Je veux rendre hommage à mes cent camarades. Quelles qu'aient été nos souffrances, nous ne nous sommes jamais sentis seuls et cela nous a donné la force de tenir. Dans le wagon de Miquet, une botte glissée à l'extérieur lors d'un orage récupéra un peu d'eau de pluie pour les plus insupportablement déshydratés. Plus tard, en gare de Karlsruhe, un civil allemand fit passer une bouteille d'eau par la petite ouverture du wagon d'Arjaliès.

Le train roulait depuis deux jours. Les cent prisonniers de ce wagon étaient totalement assoiffés mais tous ont bu une gorgée et une seule de cette bouteille qui a circulé de bouche en bouche. Aucun n'a faibli. Arjaliès a été le dernier. Après lui, il restait encore deux ou trois gorgées dans la bouteille. Nul dit-il, ne les a bues. Notre solidarité a été extraordinaire. Après trois jours et trois nuits, nos jambes avaient quintuplé de volume, nous étions blêmes et titubants. Mais nous étions vivants. Et moralement soudés. Les hommes qui sont descendus de ce train avaient pris une leçon pour la vie entière. Aucun ne l'a oubliée depuis, j'en suis persuadé.

À Dachau, nous avons été dirigés sur le camp principal. Dès que nous avons vu les camarades qui nous avaient précédés, nous avons compris. On nous a rasés. donné des pyjamas rayés et passés à la désinfection avec un produit jaune ignoble et une brosse en chiendent dont je sens encore la brûlure. Puis on nous a mis dans les baraquements 17 et 19 réservés à la quarantaine. En un tour de main nous étions devenus comme les autres - des matricules. Mon numéro était le 73 251 - mais nous n'avons pas été tatoués. Pendant les jours de quarantaine, nous sommes restés là, désoeuvrés, et enclins à une méditation songeuse sur la condition humaine et la capacité d'organiser la souffrance d'hommes infligée par d'autres hommes. Il y avait là des gosses russes qui comme nous étaient à terrible école. »

Georges Charpak, in Ouvrage collectif « Allach, Kommando de Dachau ».

7.8. « Je n’ai rien dit »… par Martin Niemöller

Le pasteur Martin Niemöller
Le pasteur Martin Niemöller
Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas  syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit.
je n'étais pas catholique
Et, puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester
Als die Nazis die Kommunisten holten,
Habe ich geschwiegen ;
Ich war ja kein kommunist.
Als sie die Sozialdemokraten einsperrten,
habe ich geschwiegen ;
ich war ja kein Sozialdemokrat.
Als sir di Juden holten,
Habe ich geschwiegen ;
Ich war ja kein Jude.
Als sie die Katholiken holten,
habe ich nicht protestiert ;
Ich war ja kein Katholik.
Als sie mich holten, gab es keinen mehr,
der protestieren konnte.
Dachau - Pasteur Martin Niemöller, texte revu par Berthold Brecht.

7.9. « Rue de la liberté »… par Edmond Michelet

Edmond Michelet (1889-1970), un des créateurs de « Combats » en 1941, chef régional des Mouvements unis de la résistance (MUR) en 1942, arrêté par la Gestapo en février 1943, est déporté à Dachau. Il sera compagnon de la libération, et successivement ministre des Anciens combattants et Victimes de guerre (1958), puis ministre de la Justice (1959-1961). Membre du Conseil constitutionnel, il succède à André Malraux en 1969 sous la présidence de Pompidou, comme ministre des Affaires culturelles.

Edmond Michelet (1899-1970. Déporté à Dachau du 15 septembre 1943 jusqu’à la libération du camp, le 29 avril 1945
Edmond Michelet (1899-1970. Déporté à Dachau du 15 septembre 1943 jusqu’à la libération du camp, le 29 avril 1945
« Les déportés peuvent différer de point de vue dans le jugement qu'ils portent sur les groupes nationaux étrangers. Mais tous sont d'accord pour dire que les Espagnols réussirent le tour de force de faire l'unanimité dans la sympathie et l'admiration. »
« Ces rouges de l'Armée républicaine étaient pour la plupart ouvriers et des paysans. Leur sort était des plus misérables : internés depuis la fin de leur guerre civile, ils avaient été, après la campagne de France menée à nos côtés, livrés aux nazis par Vichy. Pas de lettres du pays pour eux depuis de longues années. Pas davantage de colis de Croix-Rouge. Un abandon de tous qui semblait total. Avec cela, une ignorance de la langue allemande qui les rendait encore plus isolés dans leur détresse. »
« Les Espagnols tiraient de leur adversité une orgueilleuse fierté qui forçait le respect. Jamais on ne les entendait gémir. Une pudeur le leur interdisait. Malgré leurs oppositions politiques (il y avait tout de même chez eux des différences notables entre l'anarchiste de la FAI et le républicain, entre le socialiste et le communiste) ils avaient l'élégance de n'en rien laisser paraître. Le seul fait que nous savions tous qu'il n'y avait parmi eux que des « politiques », favorisait, certes, cette promotion tacite qu'on leur réservait, mais ils auraient pu déchoir de cette seigneurie par leur comportement individuel. Bien loin de là. Ils se montraient toujours irréprochables, discrets aux lavabos pour ne pas accaparer les places, comme à la distribution du « Nachelague » pour ne point en réclamer plus que les autres. Leur résignation altière avait une grandeur qui tenait peut-être à l'histoire de leur patrie. »
« Quand on parle devant moi, depuis Dachau, de Grand d'Espagne, je revois moins un personnage de Claudel chamarré d’or et de soieries que l'un quelconque de ces camarades malheureux : Alvarez, le plus communicatif d'entre eux, ardeur, violent parfois, se calmant aussitôt sur un geste de Georg ; l'admirable Capella, qui continuait à soigner les typhiques alors qu'il titubait de fatigue et de fièvre ; Vincente Parra, leur sympathique responsable clandestin ; le petit Mariano, noir comme du jais, vingt ans, toujours souriant, qui s'ennuyait pourtant, parfois, de son village de Castille et qui, sans protester jamais, enfournait les lourds paquets de linge infect dans le placard ensoufré du Kommando de la désinfection ; le docteur Van Dyk, vingt autres. »
Edmond Michelet.

8. Dates

22 mars 1933
La police de Bavière ouvre un premier camp à Dachau.
1 avril 1933
Himmler est nommé président de la Gestapo de Munich.
11 avril 1933
Les SS prennent en main le camp de Dachau.
12 avril 1933
Premiers assassinats d’opposants politiques à Dachau.
Fin avril 1933
Théodor Eicke est nommé kommandant du camp en remplacement de Wäckerlé.
1 octobre 1933
Eicke met en place le nouveau règlement du camp de Dachau.
4 juillet 1934
Le Kommandant Heinrich Deubel remplace Théodor Eicke, nommé Inspecteur des Camps de concentration du Reich.
Avril 1936
Deubel, jugé trop « humain » est remplacé par Hans Loritz à la tête du camp. Début de la construction du nouveau camp de Dachau.
Mars 1938
Arrivée au camp de nombreux opposants politique autrichiens, après l’Anschluß.
11 novembre 1938
Près de 11 000 juifs sont internés dans le camp de Dachau jusqu’au 22 décembre.
26 octobre 1939
Le camp de Dachau est fermé pour servir de base d’entrainement aux formations SS « Totenkopfverbände », chargés spécialement des Camps de concentration.
18 février 1940
Réouverture du camp de Dachau.
Juin 1943
Le premier convoi de Français arrive à Dachau.
Juillet 1944
Création des « Kommandos de la forêt » entre Landsberg et Kaufering, pour 12 000 juifs. La moitié d’entre eux mourront d’épuisement.
6 juillet 1944
Le convoi 7909 arrive de Compiègne. Sur un total de 2 521 déportés, 553 meurent au cours du transport. C’est le célèbre « train de la mort »…
Janvier 1945
Début de l’épidémie de typhus dans le camp central de Dachau. Arrivée en masse de détenus des autres camps du Reich.
26 avril 1945
Les SS quittent le camp de Dachau. Il y a alors 28 628 détenus dans le camp principal.
30 avril 1945
Les Américains libèrent le camp de Dachau.