Nazisme : les Einsatzgruppen (2ième guerre mondiale)

1. La mise en place de la politique exterminationniste

1.1. Introduction

22 juin 1941 : opération Barbarossa. Immédiatement dans le sillage de la Wehrmacht, des unités de la police et de la SS, les Einsatzgruppen, vont opérer sur les arrières, menant une campagne de meurtres sans précédent contre la population Juive et les responsables communistes. Des fusillades en masse ont lieu dans les conditions d’une inommable barbarie. Jusqu’en décembre 1941, plus de 500.000 personnes vont être exécutées sur le front est. C’est à partir et au cours de cette période que se met en place la politique « exterminationniste » des nazis, qui va s’appliquer systématiquement à toute la population Juive de l’Europe nazie. Cette décision est directement et intimement liée à cette campagne de Russie. Eût-elle été prise avant, l’extermination des Juifs de la zone du Reich aurait certainement déjà commencé, ce qui n’a pas été le cas.

1.2. L’environnement de l’opération Barbarossa

Il est important de connaître l’environnement de l’opération Barbarossa. Pour le Führer, c’est d’abord une campagne qui doit durer quelques mois, le temps du combat à mort entre deux idéologies, entre deux « messianismes » irréconciliables : celle du « Herrenvolk » contre la race judéo bolchevique abâtardie… La guerre que livre le Reich doit non seulement vaincre, mais anéantir l’ennemi. L’Etat soviétique doit être détruit par l’emploi de la « violence la plus brutale ». Il faut liquider les fonctionnaires communistes et « l’intelligentsia judéo-bolchévique ». Suite à la victoire, plusieurs états satellites seront créés, constitués d’esclaves et de réserves de main d’oeuvre.

Schaulen - Siauliai en Lituanie : peu avant l’exécution
Schaulen - Siauliai en Lituanie : peu avant l'exécution
Rassemblement, quelque par dans l’est, d’un bataillon de police avant une « Aktion »
Rassemblement, quelque par dans l’est, d’un bataillon de police avant une « Aktion »
Pendaison
Pendaison

Les commissaires soviétiques sont des criminels et doivent être traités comme tels : c’est dans ce sens que Keitel signe son fameux « Kommissarbefehl » pour la Wehrmacht du 6 juin 1941 : d’une part, l’action des tribunaux militaires est suspendue pendant la campagne, d’autre part les commissaires politiques ne sont pas considérés comme prisonniers de guerre et doivent être immédiatement exécutés. Si l’armée est prête à certaines exactions au vu de son antislavisme, de son anticommunisme et de son antijudaïsme, elle préfère cependant se décharger de cette tâche sur Himmler.

Déportations du Reich et massacres à l’est, novembre 1941
Déportations du Reich et massacres à l'est, novembre 1941

Ce dernier nomme dans les zones arrières les HSSPF ou « Höhere SS und Polizeiführer », ses représentants directs auxquels sont subordonnés les troupes de police, les troupes de SS et les Einsatzgruppen. Ces troupes spéciales, outre le maintien de la sécurité, ont deux missions principales : exécuter les fonctionnaires du parti communiste soviétique, les éléments radicaux et les « juifs occupant des positions dans le parti et l’Etat » (« Juden in Partei und Staadsstellungen ») (Heydrich aux HSSPF, 2 juillet 1941) d’une part, et organiser d’autre part des pogroms afin de terroriser les populations juives et les pousser à la fuite vers l’Est... Himmler avait à cet effet fait rédiger un mémorandum aujourd’hui disparu, le « Generalplan Ost » daté du 15 juillet 1941 : ce plan est envisageait l’expulsion de près de 31 millions de personnes, dont les 5-6 millions de Juifs des nouveaux territoires conquis vers la Sibérie occidentale et l’implantation de 4,5 millions de colons allemands.

De son côté, Rosenberg, nommé ministre pour les Territoires de l’Est le 17 juillet 1941 fixe comme un des objectifs la transplantation des Juifs avec les autres indésirables, dans un territoire à déterminer. Quant à Frank, certain que les Juifs seront expulsés vers l’Est, il fait cesser l’érection de nouveaux ghettos, le Führer lui ayant déclaré que les Juifs quitteraient le Generalgouvernement dans un « proche avenir » (Entretien du 19 juin 1941)

Heinrich <a class=Himmler'>
Heinrich Himmler
Wilhelm Keitel
Wilhelm Keitel
Rosenberg le fumeux
Rosenberg le fumeux

1.3. De la « transplantation » à l’extermination

Carte des campagnes des Einsatzgruppen sur le front est : un « assaut » contre les Juifs strictement et méticuleusement planifié
Carte des campagnes des Einsatzgruppen sur le front est : un « assaut » contre les Juifs strictement et méticuleusement planifié

Dans les premières semaines de la campagne, les victimes parmi les Juifs sont essentiellement des hommes. De plus elles sont tuées suivant les dispositions de la loi martiale, devant un peloton d’exécution armé de fusils ou de carabines avec salve tirée sur ordre de feu. Les victimes gardent leurs habits.

Mais quelques semaines plus tard, il n’y a plus de procédure militaire. On est passé à la « boucherie de masse » : les victimes sont aussi bien des hommes, femmes et enfants, jeunes ou vieux, malades ou bien portants. Il n’y a plus de pelotons, mais des exécutions par balle dans la tète des victimes désormais dénudées et agenouillées au bord d’une fosse et le dos tourné à leur meurtrier, ou encore allongées dans celle-ci, sur une « couche de victimes » qui venaient d’être tuées... l’élargissement des victimes est absolument prioritaire et fait sacrifier toute la procédure « classique » d’exécution à l’efficacité et au gain de temps. Ces premiers massacres d’un genre totalement nouveau montre partout une impréparation dans les techniques et dans les méthodes, une grande improvisation, un manque d’apprentissage : tout indique que sur le terrain, personne n’était préparé à ce massacre de masse : il est clair que l’ordre de l’extermination de masse n’est pas venu directement le 22 juin, mais bien quelques semaines plus tard.

Ratissage en Russie
Ratissage en Russie
8 avril 1941 : une pendaison par les SS en Pologne
8 avril 1941 : une pendaison par les SS en Pologne
8 avril 1941 : une pendaison par les SS en Pologne
8 avril 1941 : une pendaison par les SS en Pologne

Certes, dès le départ, les Einsatzgruppen de Heydrich pratiquent chaque jour des exécutions, et par centaines. Des pogroms sont organisés, particulièrement efficaces en Ukraine et dans pays Baltes, où les auxiliaires Ukrainiens et Baltes se montrent souvent plus terribles que les SS : mais ce sont toujours, et presque exclusivement, des juifs hommes qui sont fusillés, avec une priorité absolue pour les enseignants, avocats, rabbins, membres de l’intelligentsia, hormis les médecins. De plus, les Einsatzgruppen créent sur leur passage des conseils Juifs, les « Judenrate », édictent des mesures, créent des ghettos : ils frappent et avancent suivant un plan clairement préparé. Seule une petite partie de la population Juive et bolchevique est alors éliminée : Heydrich veut faire vite et véritablement « coller au front », au point de demander le 4 juillet la constitution d’un commando spécial prévoyant de s’occuper de Moscou, le « Vorkommado Moskau ». Les rapports des Einsatzgruppen font état en juillet encore de « transplantation » des populations juives...

Tableau des victimes potentielles des Einsatzgruppen à l’Est
Tableau des victimes potentielles des Einsatzgruppen à l’Est

Ainsi, au départ, les Einsatzgruppen agissent comme les premiers Einsatzgruppen utilisés pendant l'invasion de la Pologne en 1939, accompagnant l’armée d'invasion et accomplissant des tâches comme l'arrestation ou la « liquidation » de prêtres ou autres membres de l'intelligentsia polonaise. Ils ne sont en aucune manière au départ chargés de perpétrer des massacres de masse systématiques.

Les unités mobiles de tuerie, « Einsatzgruppen », juillet - novembre 1941
Les unités mobiles de tuerie, « Einsatzgruppen », juillet - novembre 1941

Seul l’Einsatzgruppe A reçoit des ordres différents : il doit agir plus brutalement dans sa zone géographique en vue de la nettoyer plus rapidement : en effet l’Ostland (anciens Pays Baltes) doit être annexé au Reich, et Stahlecker reçoit probablement des ordres plus précis dès le 22 juin 1941. Il s’y emploie d’ailleurs énergiquement, mais la « Liquidation la plus large possible des Juifs » ne signifie pas encore l’extermination totale... Ainsi le 11 juillet il rapporte que 7 800 juifs on été tués dans la région de Kovno, particulièrement par des collaborateurs lithuaniens, mais aussi qu’il a ordonné la fin des fusillades en masse et de ne fusiller des Juifs que dans la mesure où il y aurait des motifs particuliers...

1941, Kovno (Kaunas) en Lituanie : exécution de Juifs
1941, Kovno (Kaunas) en Lituanie : exécution de Juifs
Kovno, juin 1941 : le tueur et son trophée
Kovno, juin 1941 : le tueur et son trophée
Kovno : les auxiliaires lituaniens massacrent les juifs en juin 1941
Kovno : les auxiliaires lituaniens massacrent les juifs en juin 1941

Les chiffres du Kommando 3 de l’EG A (Jäger) sont d’ailleurs éloquents, montrant un changement radical à partir de la mi-août, où l’on passe véritablement au génocide :

Rapport Stahlecker sur les exécutions :

DATE Hommes Dont Femmes Dont enfants TOTAL

Juillet 41

4 104

135

-

4 239

1-15 août 41

4 500 (environ)

250 (environ)

 

4 756

16-31 août 41

1/3 environ

1/3 environ

1/3 environ

32 430

septembre 41

15 104

26 243

15 112

56 459

Les autres chiffres des rapports des divers Einsatzgruppen montrent eux aussi clairement qu’à partir de la mi-août on passe véritablement à un processus génocidaire :

Groupe 20 août 30 septembre 15 octobre 2 novembre
Groupe A 5.000   120.000  
Groupe B 16.964 30.094    
Groupe C 8.000     80.000
Groupe D 8.425 35.782    

« Selon toute probabilité, les Einsatzgruppen reçurent au départ la mission d’anéantir dans la mesure du possible les élites juives, et subsidiairement d’asséner un coup sanglant à la population juive en organisant des pogroms. Une escalade commença à se produire un mois plus tard, qui connut un tournant décisif quelque part entre la fin de juillet et la fin d’août lorsque les femmes et les enfants furent inclus dans le massacre... Manifestement, les Juifs payaient de leur vie, en progression géométrique, le prolongement d’une campagne qui aurait dû se terminer en septembre. »
Philippe Burrin, Hitler et les Juifs, Seuil 1989, p.128)

2. Histoire des Einsatzgruppen

Ivanogrod, Ukraine 1942
Ivanogrod, Ukraine 1942

2.1. Origines

La décision d'utiliser des unités des SD (services de sécurité) pour accomplir des actions politiques spéciales est prise au début de la planification de l'invasion Barbarossa, décidée le 18 décembre 1940 par le Führer. Le 13 mars 1941, le général Keitel, commandant de l’OKW, dote le plan Barbarossa d'un supplément qui traite de « tâches spéciales », indépendantes des besoins militaires de l'invasion et qui seront supervisées par Himmler.

Keitel écrit :

« Dans le théâtre d'opérations de l'Armée, le Reichsführer-SS [Himmler] s'est vu confié des missions spéciales par le Führer pour la préparation de l'administration politique, missions spéciales qui découlent de la lutte décisive entre deux systèmes politiques opposés. Dans la conduite de ces missions, le Reichsführer-SS agit indépendamment et de sa propre autorité [...] Au début des opérations, la frontière germano-soviétique doit être fermée à la circulation du personnel non militaire, à l'exception des unités de police qui doivent être déployées sur ordre du Führer. »
(Hitlers Weisungen für die Kreigführung [Directives d'Hitler pour la conduite de la Guerre], éditées par Walther Hubatsch, Deutscher Taschenbuch Verlag, Frankfort sur-le Main, 1962, pp. 102-3, traduction vers l'anglais de Gord McFee. Voir également Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Fayard 1988, p. 243)

Après des négociations avec l'armée allemande menées entre Eduard Wagner de la Wehrmacht et Heydrich, réunion à laquelle participe Otto Ohlendorf, il est convenu qu'au front, les Einsatzgruppen seraient sous le contrôle de l'armée, mais que dans les zones d'opérations et à l'arrière l'autorité de l'armée ne s'étendrait pas au-delà des questions de tactique. En fait, les Einsatzgruppen sont presque toujours opérationnellement indépendants, recevant leurs ordres directement de Heinrich Himmler et, jusqu'à sa mort, de Reinhard Heydrich. Il y aura des plans pour créer des unités semblables dans d'autres territoires contrôlés par les nazis (Ohlendorf, témoignage de Nuremberg), mais ces plans ne seront jamais mis à exécution.

Une scène de tuerie. Einsatzgruppe D, quelque part en Ukraine
Une scène de tuerie. Einsatzgruppe D, quelque part en Ukraine
Micasevichi en Polésie : le massacre des Juifs
Micasevichi en Polésie : le massacre des Juifs
Slarow, Union Soviétique, le 4 juillet 1941. Les hommes à gauche sont des « Allemands ethniques » qui prêtent main forte au bataillon EG
Slarow, Union Soviétique, le 4 juillet 1941. Les hommes à gauche sont des « Allemands ethniques » qui prêtent main forte au bataillon EG

Au départ, la ligne de conduite à tenir est communiquée oralement aux officiers des Einsatzgruppen. Elle est ensuite en partie formulée, notamment dans le « Kommisarbefehl ». Effectivement, l'invasion de l'URSS est précédée par une série d'« ordres criminels », ordres et décrets diffusés aux soldats au printemps 1941, encourageant et couvrant les crimes contre les civils. En ce qui concerne plus particulièrement les Einsatzgruppen, par ordre de Hitler, sous l'autorité exclusive de Himmler, ils peuvent commettre des exactions, s'appuyant sur des alibis politiques, dont les responsables n'ont pas à rendre compte à l'armée régulière.

Organigramme de la chaîne de commandement des Einsatzgruppen
Organigramme de la chaîne de commandement des Einsatzgruppen

Les chefs des Einsatzgruppen sont réunis au moins deux fois en juin 1941, et reçoivent alors des instructions concernant leurs tâches. Au cours d'une troisième réunion qui a lieu probablement le 22 juin 1941, Heydrich donne aux commandants des instructions relatives aux plans de leurs opérations. Otto Ohlendorf, commandant des Einsatzgruppen D et proche associé d'Himmler, confirme que ces ordres avaient été donnés, lors de son témoignage au Procès de Nuremberg : « … à la fin de l'été 1941 Himmler se trouvait à Nikolaïev. Il réunit les chefs et les hommes des Einsatzkommandos, leur répéta l'ordre de liquidation, et fit remarquer que les chefs et les hommes qui avaient pris part à la liquidation n'assumaient aucunement la responsabilité de l'exécution de cet ordre. La responsabilité lui appartenait, à lui seul et au Führer. »

2.2. La composition des Einsatzgruppen

Les Einsatzgruppen sont constitués de quatre unités paramilitaires créées avant l'invasion de l'Union Soviétique dans le but de « liquider » les Juifs, Tziganes, commissaires politiques du Parti communiste et résistants. Trois de ces groupes (Einsatzgruppe A, B, et C) sont rattachés aux groupes de l'armée qui participent à l'invasion, et le quatrième (Einsatzgruppe D) est envoyé en Ukraine sans être rattaché à un groupe armé. Tous opèrent dans les territoires occupés par le Troisième Reich sur le front Est.

Il y a approximativement 600 à 1 000 hommes dans chaque Einsatzgruppe, bien que beaucoup fassent partie du personnel de soutien. Les membres actifs des Einsatzgruppen proviennent de différentes organisations militaires ou non militaires du Troisième Reich. La majorité des membres appartient aux Waffen-SS, branche militaire des SS. Dans le groupe d'intervention A, par exemple, la répartition des membres actifs est la suivante :

Photo de famille des tueurs
Photo de famille des tueurs
La « race de demain » : tueurs des Einsatzgruppen en Pologne
La « race de demain » : tueurs des Einsatzgruppen en Pologne
Photo de famille des assassins… quelque part en Ukraine..
Photo de famille des assassins… quelque part en Ukraine..

Chaque Einsatzgruppe est en outre divisé en sous unités opérationnelles, les « Einsatzkommandos » (commandos d'intervention) ou les « Sonderkommandos » (commandos spéciaux).

Côté allemand, les Einsatzgruppen ne sont pas les seules unités chargées de l’élimination des Juifs et des résistants communistes : peu avant l’invasion de l’URSS, Himmler créée trois hauts commandements régionaux des SS, les HSSPF ou « Höhere SS und Polizeiführer », qui sont ses représentants directs auxquels sont subordonnés les troupes de police, les troupes de SS et les Einsatzgruppen. Ces troupes spéciales, outre le maintien de la sécurité, ont deux missions principales : d’une part lutter contre les partisans, et d’autre part exécuter les fonctionnaires du parti communiste soviétique, les éléments radicaux et les « juifs occupant des positions dans le parti et l’Etat ». Ces trois commandements sont :

Les Einsatzgruppen sont enfin aidés : ils peuvent solliciter l'aide de la Wehrmacht, qui reste en général assez réticente mais met souvent à disposition des EG sa logistique… Ce sont surtout des troupes des milices locales des territoires conquis qui vont participer en nombre aux massacres. Il s’agit la plupart du temps d’auxiliaires lettons, lituaniens, estoniens et ukrainiens. L’antisémitisme est en effet virulent aussi bien dans les pays Baltes qu’en Ukraine… En Ukraine, les Einsatzgruppen acceptent volontiers la participation des milices locales à la fois parce qu'ils ont besoin de l'aide de ces auxiliaires mais aussi parce qu'ils espèrent impliquer les habitants du pays dans les pogroms qu'ils dirigent. (Rapport Opérationnel 81, de l'Einsatzkommando 6, 12 septembre 1941).

Lituanie : Juifs battus à mort par des auxiliaires lituaniens. Juin 1941
Lituanie : Juifs battus à mort par des auxiliaires lituaniens. Juin 1941
Lituanie : Juifs de Kovno emprisonnés avant leur exécution, 27 juillet 1941
Lituanie : Juifs de Kovno emprisonnés avant leur exécution, 27 juillet 1941
Kovno : à l’intérieur du Fort N°9, avant l’exécution
Kovno : à l'intérieur du Fort N°9, avant l'exécution

Ainsi, à Babi-Yar, près de Kiev, où 33 771 Juifs sont assassinés les 20-30 septembre 1941, deux « Kommandos » ukrainiens assistent le Sonderkommando 4a. Pendant la «Gross Aktion» du 28-29 octobre 1941, à Kaunas en Lituanie, au cours de laquelle 9.200 Juifs sont massacrés, les milices lituaniennes travaillent avec les Einsatzgruppen. A Zhitomir en Ukraine, 3 145 Juifs sont assassinés le 18 septembre 1941 avec l'aide de la milice ukrainienne (Rapport Opérationnel 106) ; Le « Rapport Opérationnel 88 » rapporte que le 6 septembre 1941, 1 107 adultes juifs sont fusillés tandis que l'unité de la milice ukrainienne liquide 561 enfants et jeunes Juifs. Dans bien des cas, la milice qui assiste les Einsatzgruppen est payée avec l'argent et les objets de valeur volés aux victimes.

Massacre quelque part en Ukraine en 1941-1942
Massacre quelque part en Ukraine en 1941-1942
Lezno, Pologne 1939 : des Polonais viennent d’être exécutés par les Allemands des tous premiers Einsatzgruppen
Lezno, Pologne 1939 : des Polonais viennent d’être exécutés par les Allemands des tous premiers Einsatzgruppen
Région de Tarnopol, Ukraine : excavation d’une fosse commune par les Soviétiques, 1944-1945
Région de Tarnopol, Ukraine : excavation d'une fosse commune par les Soviétiques, 1944-1945

2.3. L’Einsatzgruppe A

 

Commandants :

Einsatzgruppe A : EGA

Dr. Walter Stahlecker (1941-1942)
Heinz Jost (1942)
Dr. Hubert Achamer-Pifrader (1942-1943)
Friedrich Panzinger (1943-1944)
Dr. Wilhelm Fuchs (1944)

Sonderkommando 1a : SK1a

Dr. Martin Sandberger (1941-1943)
Bernhard Baatz (1943-1944)

Sonderkommando 1b : SK1b

Dr. Erich Ehrlinger (1941)
Walter Hofmann (194
Dr. Eduard Strauch (1942)
Dr. Erich Isselhorst (1943)

Einsatzkommando 1 : EK1

Hermann Hubig

Einsatzkommando 2 : EK2

Rudolf Batz (1941)
Dr. Eduard Strauch (1941)
Dr. Rudolf Lange (1941-1944)

Einsatzkommando 3 : EK3

Karl Jäger (1941-1943)
Dr. Wilhelm Fuchs (1943-1944°
Hans-Joachim Böhme (1944)

Territoire des opérations de l’Einsatzgruppe A
Territoire des opérations de l'Einsatzgruppe A

Commandée par Stahlecker, l’EG-A, parti de Gumbinnen en Prusse Orientale le 23 juin 1941, l’Einstazgruppe A avance jusqu’à Tilsitt le long de la frontière lituanienne et entre à Kaunas le 25, suivant de très près l’avance de la Wehrmacht. Le quartier général de l’EG-A s’installe à Riga et supervise les opérations en Lituanie et en Lettonie. Le 10 juillet 1941, l’EK-1a commence les opérations en Estonie, pendant que l’EK-1b opère dans la zone sud de Leningrad (région de Psok, Ostrov et Opotshka). Le commandant de l’EG-A prévoit d’entrer à Leningrad et négocie avec l’Etat major de la IVè Panzerdivision et plus particulièrement avec la Division SS Totenkopf, prévue pour pénétrer la première dans la ville. Aussi le QG est transporté à Pskov où le rejoignent des sections des SK-1a et EK-2 et EK-3. Mais lorsque le front se stabilise devant Leningrad, les unités sont transférées à Krasnogvardeisk (Gatcina).

Le Sonderkommando SK1-a est constitué en juin 1941 et dissout en octobre 1944. Il suit la 18è armée, organise des « Aktionen » (opérations de terreur et de massacres) qui débutent le 27 juin dans la région de Liepaja (Libau) et Yelgava ; il entre à Riga en compagnie du quartier général de l’EG-A aux premiers jours de juillet. Il devient en décembre 1941 l’Office de la SIPO et du SD d’Estonie. Commandé par Martin Sandberger jusqu’en 1943 et par Bernhard Baatz jusqu’en octobre 1943, il opère principalement dans les zones de Gumbinnen, Liepaja, Jelgava, Mitau, Riga, Pskov, Fellin, Pärnu, Tallinn, Dorpat, Narwa.

Liepaja-Libau (Lituanie) : déshabillage sous les yeux des meurtriers, quelques instants avant la fusillade
Liepaja-Libau (Lituanie) : déshabillage sous les yeux des meurtriers, quelques instants avant la fusillade
Liepaja-Libau (Lituanie) : déshabillage sous les yeux des meurtriers, quelques instants avant la fusillade
Liepaja-Libau (Lituanie) : déshabillage sous les yeux des meurtriers, quelques instants avant la fusillade
Liepaja-Libau (Lituanie) : derniers instants de vie
Liepaja-Libau (Lituanie) : derniers instants de vie

Le Sonderkommando SK1-b est constitué en juin 1941 et dissout en octobre 1944. Il devient en décembre 1941 l’Office de la SIPO et du SD de Biélorussie. Commandé par Erich Ehrlinger jusqu’en novembre 1941, par Walter Hofmann jusqu’en mars 1942, par Eduard Strauch de mars à août 1942 et par Erich Isselhorst jusqu’en octobre 1943, il opère dans les zones de Kovno (Kaunas), Minsk, Daugavpils (Pinsk), Zilupe, Ostrav, Rezekne, Staraya Russa, Tschudowo, Tosno, Wilejka.

Minsk, 6 septembre 1941. Pendaison d’une jeune fille. On raconte que les SS faisaient des concours de photos pour saisir le moment fatal
Minsk, 6 septembre 1941. Pendaison d’une jeune fille. On raconte que les SS faisaient des concours de photos pour saisir le moment fatal
Minsk, 6 septembre 1941. La jeune fille morte, un jeune homme est pendu
Minsk, 6 septembre 1941. La jeune fille morte, un jeune homme est pendu

L'Einsatzkommando EK-1 entre à Kaunas le 28 juin et Daugavpils (Pinsk – Dunaberg) le 8 juillet 1941. En 1942, il est divisé en deux : l’Einsatzkommando 1b, constitué mi 1942 et commandé par Hermann Hubig, qui opère jusqu’en novembre de la même année dans la zone de Loknja. L’Einsatzkommando 1c, constitué le 1 août 1942 opère dans la zone de Krasnogwardeisk et Nataljewka et est dissout le 28 novembre 1942.

Einsatzgruppen : massacres dans la région de Vilna et Kovno, septembre - octobre 1941
Einsatzgruppen : massacres dans la région de Vilna et Kovno, septembre - octobre 1941

L’Einsatzkommando 2 EK2 est constitué en juin 1942 et sera dissout en 1944. L’EK-2 arrive à Siaulai le 27 juin puis progresse plus tard vers Riga. Il devient en décembre 1941 l’Office de la SIPO et du SD de Lettonie. Commandé par Rudolf Baatz jusqu’au 4 novembre 1941 puis par Eduard Strauch jusqu’au 2 décembre 41 et par Rudolf Lange jusqu’en 1944. Il opère principalement à Siauliai (Schaulen), Ljepaja (Libau) et Riga.

Créé en juin 1941, l’EK-3 entre à Kaunas le 2 juillet et organise des « Aktionen » en Lituanie. Le 9 août, il remplace l’EK-9 de l’EG-B à Vilnius (Vilna). Il devient en décembre 1941 l’Office de la SIPO et du SD de Lituanie. Commandé jusqu’au 1 août 1943 par Karl Jäger, puis par Wilhelm Fuchs jusqu’en mai 1944 et enfin par Hans Joachim Böhme jusqu’en janvier 1945. Il opère en Lituanie et dans la partie attenante de l’Union Soviétique. Il est dissout en janvier 1945. Le célèbre rapport Jäger énumère une bonne partie des massacres qu’il a opérés.

Liepaja-Libau (Lituanie) : massacre de 23 communistes et de 2 731 juifs..
Liepaja-Libau (Lituanie) : massacre de 23 communistes et de 2 731 juifs..
Liepaja-Libau (Lituanie) : massacre de 23 communistes et de 2 731 juifs..
Liepaja-Libau (Lituanie) : massacre de 23 communistes et de 2 731 juifs..

Fin septembre 1941 Stahlecker est nommé commandant de la SIPO et du SD dans les pays Baltes et en Biélorussie avec QG à Riga. Le SK-1a est divisé en sections et réparti dans divers offices de la SIPO et du SD en Estonie. Le EK-2 est réparti dans les offices régionaux de Lettonie et le EK-3 en Lituanie. La majeure partie du SK-1b est transférée à Minsk, alors que les petites unités mobiles du SK-1a et du 1b continuent à fonctionner dans la région de Léningrad. Le 24 mars 1942 le Brigadeführer Heinz Jost remplace Stahlecker, tué le 23 mars 1942 dans un combat avec les partisans soviétiques dans la région de Krasnogwardeisk.

Le bilan de l’Einsatzgruppe A
Le bilan de l'Einsatzgruppe A

2.4. L’Einsatzgruppe B

  Commandants :
Einsatzgruppe B : EGB Arthur Nebe (1941)
Erich Naumann (1941-1943)
Horst Böhme (1943)
Dr. Erich Ehrlinger (1943-1944)
Heinz Seetzen (1944)
Horst Böhme (1944)
Einsatzkommando 8 : EK8
(jusqu’en 1944 puis
Sonderkommando 8)
Dr. Otto Bradfisch (1941-1942)
Richter (1942)
Dr. Erich Isselhorst (1942)
Hans Schindhelm (1942-1944)
Alfred Renndorfer (1944)
Einsatzkommando 9 : EK9 Dr. Alfred Filbert (1941)
Oswald Schaefer (1941-1942)
Wilhelm Wiebens (1942-1943)
Dr. Friedrich Buchardt (1943)
Werner Kämpf (1943-1944)
Sonderkommando 7a : SK7a Dr. Walter Blume (1941)
Eugen Steimle (1941)
Kurt Matschke (1941-1942)
Albert Rapp (1942-1943)
Helmut Looss (1943-1944)
Dr. Gerhard Bast (1944)
Sonderkommando 7b : SK7b Max Rausch (1941-1942)
Adolf Ott (1942-1943)
Josef Auinger (1942-1943)
Georg Raabe (1943-1944)
Sonderkommando 7c : SK7c
(Vorkommando Moskau)
Dr. Franz Alfred Six (1941)
Woldemar Klingelhöfer (1941)
Wilhelm Bock (1941-1942)
Schmücker (1942)
Wilhelm Bluhm (1942-1943)
Hans Eckhardt (1943)
Friedrich Buchardt (1941)
Dr. Erich Körting (1941)

Territoire des opérations de l’Einsatzgruppe B
Territoire des opérations de l'Einsatzgruppe B

Le 24 juin 1941 l’EG-B avance par Poznan vers Varsovie, tandis que le SK-7a rejoint la 9è armée qui avance à travers la Prusse Orientale et arrive à Vilnius le 30. Le 3 juillet il est relevé par le EK-9, rejoint Minsk et est transféré avec le « Vorkommando Moskau » sur la zone de la 4è Panzerarmee. Le 5 août 1941, le quartier général se déplace sur Smolensk où est déjà stationné le « Vorkommando Moscou ». Une de ses unités avancées suit le 4è Panzergrupp qui avance vers Moscou. Début octobre 1941, il rejoint les unités avancées de l’EK-9, alors que le « Vorkommando Moskau » opère à Medyn et Maroyaroslavetz.

Ponary près de Vilno : une des fosses d’exécution
Ponary près de Vilno : une des fosses d’exécution
Ponary, près de Vilno. Un groupe de Juifs après un massacre, en 1943. Les corps sont sur le point d’être incinérés.
Ponary, près de Vilno. Un groupe de Juifs après un massacre, en 1943. Les corps sont sur le point d’être incinérés.
Ponary près de Vilno : fosse de crémation
Ponary près de Vilno : fosse de crémation
Ponary près de Vilno : fosse de crémation
Ponary près de Vilno : fosse de crémation

Constitué en juin 1941, le Sonderkommando 7a opère principalement à Vilna, Nevel, Gorodoik, Vitbesk, Welish, Rshev, Vyasma, Kalinin, Klinzy. On sait qu’au 15 décembre 1942 il a au moins exécuté 6 788 personnes. Il est dissout en novembre 1944.

Constitué en juin 1941, le Sonderkommando 7b arrive à Minsk le 4 juillet après avoir passé par Brest Litovsk, Kobrin, Pruzhany, Slonim et Baranovici. Le 5 juillet le quartier général de l’EG-B atteint Minsk où il reste durant 5 semaines. Il est alors décidé que les Sonderkommandos suivraient l’avance de la Wehrmacht et que les Einsatzkommandos continueraient d’opérer dans les zones conquises. Le SK 7b opère alors à Brest-Litovsk, Kobrin, Pruzhany, Slonim, Baranovichi, Minsk, Orsha, Klinzy, Briansk, Kursk, Tserigov, Orel. Il sera dissout en novembre 1944. On sait qu’au 15 décembre 1942 il a au moins exécuté 3 816 personnes. Par la suite, les SK-7a et SK-7b réalisent des opérations de tueries de masses dans de vastes secteurs à l’est et au sud de Minsk et de Smolensk, ainsi que dans les villes de Veliki-Luki, Kalinin, Orsha, Gomel, Tchernigov, Or’ol et Koursk.

L’EK-8, constitué en juin 1941, rejoint Bialystok le 1 juillet. En passant par Slonim et Baranovici, il perpètre des exécutions en masse dans le sud-ouest de la Biélorussie. Il s’installe à Minsk du 6 août au 9 septembre 1941 puis rejoint Moghilev qui devient son quartier général. De Moghilev, il opère dans le sud-est de la Biélorussie et envoie des unités à Bobruistk, Gomel, Roslavl’, Volkovisk, Baranovichi, Lahoysk et Klinzy. C’est l’unité la plus sanguinaire de l'Einsatzgruppe B : au 15 décembre 1942 elle a massacré 74 740 personnes. L’unité est dissoute en octobre 1943.

Parti de Varsovie, l’EK-9 rejoint Vilnius par Treubur en Prusse Orientale le 2 juillet. Des sous-unités œuvrent à Grodno et Bielsk-Podlaski. Le 20 juillet, il occupe la zone au nord de l’axe routier Minsk-Moscou. L’unité principale demeure à Vitebsk, et des sections sont envoyées à Polotzk, Nevel, Lepel et Surazh. Suite à l’avance de la Wehrmacht vers Moscou, il s’installe à Vyazma et envoie des unités vers Gsthatsk et Mozhaisk, tout près de la capitale soviétique. Après le 21 décembre 1941, il retourne à Vitebsk et opère à Vilna, Grodno, Lida, Bielsk-Podlaski, Nevel, Lepel, Surazh, Vyazma, Gshatsk, Mozhaisk, Vitbesk, Smolensk, Varena. Au 15 décembre 1942, il a exécuté 41 340 personnes. Il est dissout en mars 1944.

Le « Vorkommando Moskau » ou Sonderkommando 7c est actif de juin 1941 à janvier 1942. Il est incorporé après la retraite de Moscou au Sonderkommando 7b. Il opère principalement dans la région de Smolensk. On sait qu’au 15 octobre 1942 il a au moins exécuté 4 660 personnes.

2.5. L’Einsatzgruppe C

  Commandants :
Einsatzgruppe C : EGC Dr. Otto Rasch (1941)
Dr. Max Thomas (1941-?)
Sonderkommando 4a : SK4a Paul Blobel (1941-1942)
Dr. Erwin Weinmann (1942)
Eugen Steimle (1942-1943)
Friedrich Schmidt (1943)
Theodor Christensen (1943)
Sonderkommando 4b : SK4b Günther Herrmann (1941)
Fritz Braune (1941-1942)
Dr. Walter Haensch (1942)
August Meier (1942)
Freidrich Suhr (1942-1943)
Waldemar Krause (1943-1945)
Einsatzkommando 5 : EK5 Erwin Schulz (1941)
August Meier (1941-1942)
Einsatzkommando 6 : EK6 Dr. Erhard Kroeger (1941)
Robert Mohr (1941-1942)
Ernst Biberstein (1942)
Friedrich Suhr (1942-1943)

Territoire des opérations de l’Einsatzgruppe C
Territoire des opérations de l'Einsatzgruppe C

Parti de Haute Silésie, le quartier général de l’EG-C atteint Lvov le premier juillet 1941 après avoir traversé l’est de la Galicie. Il est suivi de peu par les EK-5 et EK-6 qui organisent le terrible pogrom de Lvov contre les juifs, qui fait 4 000 victimes. Le SK-4b agit de même à Zlotchev et Tarnopol (5 juillet). Le SK-4a marche via Cracovie, Zamosc et Sokal sur Lutsk (Luck), où il organise à grande échelle des « Aktionen » de massacres sous couvert de représailles entre le 30 juin et le 2 juillet. Le 6 juillet il continue en direction de Rovno, Novograd-Volynskij et Zhitomir, où il est rejoint le 19 par l’Etat-major de l’EG-C. Divisé en petites sections, il opère au nord, à l’ouest et au sud-ouest de Kiev.

Lvov. La caméra filme… des Juifs vont mourir
Lvov. La caméra filme… des Juifs vont mourir
Lvov. Quelques minutes après avoir été filmés puis exécutés, les juifs sont emmenés sur une charrette à bras
Lvov. Quelques minutes après avoir été filmés puis exécutés, les juifs sont emmenés sur une charrette à bras

Le 19 septembre 1941 le SK-4a entre dans Kiev, et les 29-30 septembre 1941, avec l’aide du quartier général de l’EG-C organise le massacre de plus de 30 000 juifs à Babi Yar. En janvier 1942, il extermine les juifs de Kharkov, et marche par Belgorod sur Kalach en direction de Stalingrad. Il opère à Lvov, Lutsk, Rovno, Zhitomir, Pereyaslav, Yagotin, Ivankov, Radomyshl, Lubny, Poltava, Kiev, Koursk Kharkov. Après la défaite de Stalingrad, il bat en retraite par Bobruisk vers Minsk, ou il est dispersé fin 1943.

Lubny, Ukraine, le 16 octobre 1941: quelques minutes encore à vivre..
Lubny, Ukraine, le 16 octobre 1941: quelques minutes encore à vivre..
Lubny, Ukraine, le 16 octobre 1941 : quelques minutes encore à vivre..
Lubny, Ukraine, le 16 octobre 1941 : quelques minutes encore à vivre..
Lubny, Ukraine, le 16 octobre 1941 : quelques minutes encore à vivre..
Lubny, Ukraine, le 16 octobre 1941 : quelques minutes encore à vivre..
Lubny, Ukraine, 16 octobre 1941 : avant de mourir
Lubny, Ukraine, 16 octobre 1941 : avant de mourir
Lubny, Ukraine, 16 octobre 1941 : déshabillage avant de mourir
Lubny, Ukraine, 16 octobre 1941 : déshabillage avant de mourir
Lubny, Ukraine, 16 octobre 1941
Lubny, Ukraine, 16 octobre 1941

A la même période, le quartier général du HSSPf Sud, avec l’appui de la 1ère Brigade SS et Régiment de police Sud assassine 36.000 Juifs à Kamenets-Podolsk puis à Dniepropetrovsk. Par Vinnitza et Krementchug, le SK-4b marche sur Poltava. Il atteint Kramatorskaya en décembre 1941 et Gorlovka dans le Donbass en mars 1942. Il avance vers le Caucase, et en automne 1942 s’établit à Rostov sur le Don.

Tarnopol, 6 juillet 1941
Tarnopol, 6 juillet 1941
Devant la fosse, quelque part en URSS, ces hommes et ce petit garçon attendent l’instant fatal
Devant la fosse, quelque part en URSS, ces hommes et ce petit garçon attendent l'instant fatal

L’EK-5 se fraye un chemin par Zithomir vers Berdichev est « travaille » dans la même région que le SK-4a. Après la prise de Kiev, il s’établit dans la ville. Des unités de la section sont envoyées à Zithomir, Vinnitza et Rovno et font fonction de sections de la SIPO et du SD. Quelques sections de l’EK-5 travaillent à l'est du Dniepr, mais en janvier 1942 l'unité est dispersée et ses membres sont affectés à la SIPO-SD de Kiev.

En août, l’EK-6 opère à partir de Zlochev (Zlocov) vers Proskurov (Chmel’nickij) et Novo-Ukraina, où œuvrent aussi des unités du quartier général de l’EG-C. En septembre il est actif à Krivoï Rog, puis en octobre dans la boucle du Dniepr, dans la région de Dniepropetrovsk, Zaparoje, Stalino, Rostov et Nikopol. En novembre 1941 il stationne à Stalino (Donek) puis en septembre 1942 à Rostov. Il est dissout en novembre 1943. Il a massacré au moins 5 577 personnes.

Ivanogrod, Ukraine 1942
Ivanogrod, Ukraine 1942
Russie : pour ce juif, une balle dans la nuque... Einsatzgruppe D, Vinica, Ukraine
Russie : pour ce juif, une balle dans la nuque... Einsatzgruppe D, Vinica, Ukraine

Le quartier général de l’EG-C marche sur Kiev le 25 juillet. En septembre 1942 il est envoyé à Starobel’sk et en février 1943 à Poltava. Schongarth reçoit alors l’ordre de créer des unités qui ont mission d’opérer à Lvov, Rava-Ruska, Lutak, Kovel, Rovno, Pinsk, Bialystok, Novogrodek, Baranovichi et Grodno.

2.6. L’Einsatzgruppe D

  Commandants :
Einsatzgruppe D :
(Kampfgruppe Bierkamp)
Otto Ohlendorf (1941-1942)
Walther Bierkamp (1942-1943)
Sonderkommando 10a : SK10a Heinz Seetzen (1941-1942)
Kurt Christmann (1942-1943)
Sonderkommando 10b : SK10b Alois Persterer (1941-1942)
Eduard Jedamzik (1942-1943)
Sonderkommando 11a : SK11a Paul Zapp (1941-1942)
Mauer (1942)
Dr. Gerhard Bast (1942)
Werner Hersmann (1942-1943)
Sonderkommando 11b : SK11b Hans Unglaube (1941)
Bruno Müller (1941)
Dr. Werner Braune (1941-1942)
Paul Schultz (1942-1943)
Einsatzkommando 12 : EK12 Gustav Nosske (1941-1942)
Dr. Erich Müller (1942)
Günther Herrmann (1942-1943)

Territoire des opérations de l’Einsatzgruppe D
Territoire des opérations de l'Einsatzgruppe D

L’EG-D est rattaché à la 11è armée. Par Bratislava et le Nord de la Transylvanie, il avance sur Piatra-Neamt, près de la Bessarabie le 5 juillet 1941. Les Sonderkommandos entrent en action : le SK-10a à Beltzi, le SK-10b à Cernauti avec la 3è armée roumaine, le SK-11 à Kishinev. Le commandant de la 11è armée, outrepassant ses prérogatives, utilise les Sonderkommandos pour des opérations militaires. Il demande aux Einsatzkommandos d’attendre jusqu'à ce qu'il ait atteint le Caucase, ou du moins qu’il ait conquis un assez vaste territoire. Ohlendorf, commandant de l’EG-D obtempère et utilise les Einsatzkommandos pour garder la frontière du Dniestr. Mi août 1941 est établie la ligne Balta-Pervomaisk entre l’EG-C et l’EG-D. Le quartier général de l’EG-D atteint Ananjev, puis Nikolaïev le 18 septembre et Simferopol en Crimée mi-novembre.

14 août 1942 : Lenino en Crimée
14 août 1942 : Lenino en Crimée
Odessa, 21 octobre 1941, peu avant l’exécution
Odessa, 21 octobre 1941, peu avant l’exécution

Le SK-11a atteint Nikolaïev le 19 août, poursuit sur Kherson et opère des massacres en masse le long des côtes de la Mer Noire puis par Perekop occupe la Crimée. Il est plus tard principalement actif à Sébastopol. Après août, il fusionne avec le SK-11b en une seule unité, le SK-11. (Le SK-11b se trouvait sur le front d’Odessa, puis, était entré dans la ville le 16 octobre 1941). Mi décembre, le SK-11 unifié ratisse la Crimée.

L’avance de la Wehrmacht dans le Caucase et les massacres des Einsatzgruppen d’août à novembre 1942
L'avance de la Wehrmacht dans le Caucase et les massacres des Einsatzgruppen d'août à novembre 1942
Carte de la destruction des Juifs de Crimée, novembre 1941 - avril 1942
Carte de la destruction des Juifs de Crimée, novembre 1941 - avril 1942

Les SK-10a et 10b se déplacent le long des rivages de la Mer Noire en Crimée et sont en activité jusqu'à août 1942. L’Ek-12 est laissé dans la région de Nikolaïev où il s'occupe des Allemands ethniques locaux. Puis il est également déplacé en Crimée. Les SK-10a et 11 ainsi que l’EK-12 suivent l’avance de la Wehrmacht dans le Caucase. Le SK-11 se concentre sur la région au nord de Maikop et de Cherkesk et créé en septembre 1942 le « SK-Astrakhan » qui est stationné à Elista. L’EK-12 est actif à Piatigorsk et Kislovodsk. Le Sonderkommando 10a opère à Paleski, Iswary, Petsanka, Belzey, Sudak, Krasnodar e Taganrog, avant d’être dissout en juillet 1943. Le Sonderkommando 10b opère à Chernowitz, Mogilev-Podolski, Skadovsk, Feodosia, Naltshik, Procladny et est dissout en mai 1943.

En juillet 1942, Ohlendorf est replace par le SS-Oberführer Bierkamp. Lorsque débute la retraite, l’EG-D est déplacé à Ovruch où il combat contre les partisans.

Juifs ukrainiens exécutés à Odessa dans une rue
Juifs ukrainiens exécutés à Odessa dans une rue

3. Les méthodes des Einsatzgruppen

3.1. Les fusillades

Passé les premières semaines de l’offensive Barbarossa, lorsqu’à partir de la mi août le génocide se met en place, les Einsatzgruppen procèdent en général toujours de la même manière : prise d’une ville avec exactions, rassemblement des gens sous divers prétextes avec éventuellement constitution de ghettos et Judenrat, transport vers les lieux de massacres, déshabillage et exécution.

Odessa, 21 octobre 1941, peu avant l’exécution
Odessa, 21 octobre 1941, peu avant l’exécution
Zolochev – Zloczow : après le massacre
Zolochev – Zloczow : après le massacre
Zolochev – Zloczow : le charnier après la guerre
Zolochev – Zloczow : le charnier après la guerre

À Babi-Yar, des affiches placardées dans toute la ville par la milice ukrainienne informent les Juifs de Kiev qu'ils doivent se rassembler à 8h au matin le 29 septembre 1941 au cimetière près d'un quai de gare pour être « réinstallés » ailleurs. On leur demande d'apporter de la nourriture, des vêtements chauds, des documents, de l'argent, et des objets de valeur. (Dawidowicz, What, 103-4). Rassemblés en divers points de la ville, ils sont emmenés, souvent brutalement, au bord du ravin de Babi Yar, à 10km du centre ville, et abattues par des équipes de mitrailleurs. Le massacre dure 5 jours et fait quelque 33 700 victimes.

Otto Ohlendorf témoigne à Nuremberg :

«Après avoir été enregistrés, les Juifs étaient réunis en un endroit d'où ils étaient ensuite transportés jusqu'au lieu de l'exécution, qui était, en général, un fossé anti-tank ou une excavation naturelle. Les exécutions étaient effectuées militairement, par des pelotons d'exécution sous commandement. »

Il faut nuancer le témoignage d’Ohlendorf, car tous les groupes, et de très loin, n’utilisent pas ces méthodes de précision militaire, comme Ohlendorf en témoigne d’ailleurs plus loin :

« Quelques chefs d'unité n'effectuaient pas les liquidations militairement, mais tuaient leurs victimes simplement d'une balle dans la nuque ».

Quelque part à l’est..
Quelque part à l’est..
Ukraine, 1941-1942..
Ukraine, 1941-1942..
Parce qu’ils sont juifs, tout simplement
Parce qu'ils sont juifs, tout simplement

Ces fusillades par pelotons d’exécution commandés vont rapidement faire place aux fusillades non commandées, avec comme préalable le déshabillage des victimes dont on récupère les affaires. La méthode généralement utilisée est le coup de fusil ou de pistolet dans la nuque, la victime étant agenouillée au bord de la fosse et basculant dans le trou… Souvent aussi les tueurs obligent les groupes à se coucher au fond de la fosse, visage contre terre, les fusillent, et ordonnent aux victimes des groupes suivant de s’étendre sur les cadavres de leurs prédécesseurs.

L’attente mortelle des femmes et des enfants nus du ghetto de Mizocz avant leur exécution
L'attente mortelle des femmes et des enfants nus du ghetto de Mizocz avant leur exécution
14 octobre 1942, massacre des juifs du ghetto de Mizocz. Un policier allemand exécute une femme juive touchée mais encore vivante
14 octobre 1942, massacre des juifs du ghetto de Mizocz. Un policier allemand exécute une femme juive touchée mais encore vivante

Mais ces fusillades ne sont pas l’idéal pour les tueurs. Elles sont terriblement éprouvantes pour le moral des troupes et l’alcool qui coule à profusion lors des massacres n’y change rien. Les 15 et 16 août 1941, Himmler rend visite à l'Einsatzgruppe B et assiste alors à une exécution de masse d'un groupe d'une centaine de Juifs à Minsk. Un témoin oculaire décrit ce qui s'est passé tandis qu'il regarde le massacre : « Comme la fusillade commençait, Himmler devint de plus en plus agité. À chaque salve, il baissait les yeux... »

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Himmler en visite à Minsk

L'autre témoin est le HSSPF von dem Bach-Zelewski... Von dem Bach s'adresse à Himmler :

« Mon Maréchal, ceux ne sont là qu'une centaine... Regardez les yeux des hommes de ce commando, comme ils ont l'air profondément secoués. Ces hommes sont finis [« fertig »] pour le restant de leurs jours. Quel genre de recrues formons-nous ici ? Ou bien des névropathes ou bien des sauvages. »
Arad, Belzec, Sobibor, Treblinka, p. 8.<.cite>

Otto Ohlendorf explique dans sa déposition à Nuremberg :

« Himmler avait donné un ordre spécial pour que les femmes et les enfants ne soient pas exposés à la tension mentale que constituaient les exécutions, et ainsi les hommes des Kommandos, pour la plupart des hommes mariés, ne seraient pas obligés de tirer sur des femmes et des enfants. »

Résultat du ratissage : une balle dans la nuque..
Résultat du ratissage : une balle dans la nuque..
Avant de mourir, il faut creuser sa tombe
Avant de mourir, il faut creuser sa tombe
Région de Kovno, été 1941..
Région de Kovno, été 1941..
Lituanie. Juste avant l’exécution… Bataillon de police, sous les ordres du Dr. Dietrich
Lituanie. Juste avant l'exécution… Bataillon de police, sous les ordres du Dr. Dietrich

3.2. Les camions à gaz

Réagissant à cette expérience, Himmler ordonne à Nebe, chef de l’Einsatzgruppe B, de chercher un moyen d’abréger autant que possible les souffrances de ces personnes car, après cette expérience, il en est arrivé à la conclusion que « la fusillade n’[était] tout de même pas la méthode la plus humaine ». Nebe, au courant des gazages par camions de l’opération T4 soumet le projet à son supérieur Heydrich, chef de la Sicherheitspolizei (Police de sécurité) et du SD (Sicherheitsdienst, Service de Sécurité). Heydrich s’adresse au début d’octobre au SS-Obersturmführer Rauff, directeur du service II D3 (Questions techniques), pour mettre au point un véhicule à gaz.

Les zones d’action des camions à gaz en Europe de l’Est
Les zones d'action des camions à gaz en Europe de l'Est

Dans sa déposition, Wentritt, chef d’atelier au Referat II D3a du RSHA, déclare à ce sujet:

« On était encore en 1941 lorsque mon chef de service, le Commandant Pradel, me convoqua. Il m’expliqua que les Erschiessungskommandos souffraient souvent de crises nerveuses pendant leur service - ou du moins y étaient sujets - de sorte qu’il était nécessaire de trouver un type de mise à mort plus humain. Pour ce faire, nous avions besoin, comme Pradel me l’exposa, de véhicules fermés »

Sur ordre de Rauff, Pradel et Wentritt, se rendent à Berlin-Neukölln pour visiter la Firme Gaubschat, spécialisée dans la construction de superstructures ; ils prétendent avoir besoin de véhicules dans lesquels on pourrait transporter des personnes mortes du typhus. Il est convenu que le RSHA livrerait les châssis à la firme, « laquelle devrait les pourvoir d’une superstructure ». La commande est directement passée par Rauff. Après que les châssis eurent été livrés à la Firme Gaubschat, Wentritt vint chercher lui-même le premier véhicule achevé. Comme il s’agit d’une « geheime Reichssache » (secret d’État), c’est dans l’atelier du Referat II D3a, qu’il entreprend les transformations de la superstructure en chambre à gaz alimentée par les gaz d’échappement du moteur. Peu de temps après, début novembre a lieu un essai de gazage au camp de concentration de Sachsenhausen, gazage concluant effectué sur 30 personnes. Les autres véhicules commandés à la firme Gaubschat (Daimond et Opel-Blitz) sont alors eux aussi aménagés en camions à gaz.

Camion à gaz Magirus Deutz fabriqué à Ulm et retrouvé dans l’usine Ostrowski de Kolo
Camion à gaz Magirus Deutz fabriqué à Ulm et retrouvé dans l’usine Ostrowski de Kolo
Camion à gaz Magirus Deutz fabriqué à Ulm et retrouvé dans l’usine Ostrowski de Kolo. La remorque
Camion à gaz Magirus Deutz fabriqué à Ulm et retrouvé dans l’usine Ostrowski de Kolo. La remorque

Les premiers camions à gaz sont mis en service à la fin de novembre ou au début de décembre 1941. La première utilisation attestée d’un camion à gaz à lieu dans le domaine d’intervention de l’Einsatzgruppe C à Poltawa et est le fait du Sonderkommando 4a. La mise en œuvre de camions à gaz par un commando déjà connu, le Spezialkommando Lange, est attestée pour la date du 8 décembre à Chelmno, où deux « camions de petite taille » sont mis en service. Gustav Laabs, le chauffeur d’un de ces camions déclara dans sa déposition : « J’ai constaté plus tard que ces camions étaient des 3 tonnes de fabrication américaine... L’intérieur de la superstructure de ces camions était, comme j’ai pu le voir plus tard de 4m de long sur 2m de large... Dans le camion que je conduisais, 50 personnes environ sont mortes gazées ». Deux autres camions à gaz de petite taille sont amenés de Berlin à Riga avant Noël 1941 et 1 autre, pouvant contenir environ 50 personnes est livré à l’Einsatzgruppe D pour la fin de l’année 1941. Le Höherer SS-und Polizeiführer Jeckeln déclare dans sa déposition du 21 décembre 1945: « Lorsqu’en décembre 1941, à Lötzen, je fis part par oral à Himmler de l’exécution d’un ordre concernant la fusillade des Juifs du ghetto de Riga, celui-ci me dit que la fusillade était une opération trop compliquée. L’exécution au fusil nécessitait des gens qui savaient tirer, et de plus, elle avait des effets nuisibles sur ces derniers. C’est pourquoi, ajouta Himmler, il serait bien mieux de liquider les personnes en utilisant des « camions à gaz », qui avaient été mis au point conformément à ses indications »

D’autres camions, plus gros, de la marque Saurer, sont aussi aménagés en camions à gaz. Il s’agit de camions de 5 tonnes, dont la superstructure est de 5,8m.de long sur 1,7m de haut, pouvant transporter jusqu’à cent personnes et équipés d’un système de déchargement plus rapide. 30 sont commandés fin 1941 à la firme Gaubschat. En avril 1942, 22 sont déjà livrés. Ce même mois, le SS-Gruppenführer, Harald Turner, demande et obtient un camion à gaz pour tuer les Juifs de Belgrade. Le 9 juin, ce camion Saurer, une fois sa « mission spéciale » accomplie, retourne à Berlin. Après avoir subi les réparations nécessaires, il est envoyé à Riga, conformément à la demande du 15 juin. Des camions à gaz ont été vus fréquemment roulant vers l’Est et faisant escale à Cracovie ou à Breslau. Le chef de l’Einsatzgruppe D, Ohlendorf, déclare dans sa déposition que les camions à gaz n’appartenaient pas au parc automobile des l’Einsatzgruppen, mais avaient été envoyés de Berlin. Pour les conduire, des chauffeurs, préalablement formés à leur maniement, étaient dépêchés sur place. Ces chauffeurs de camions à gaz déclarèrent dans leurs dépositions, être allés chercher les véhicules à Berlin sur ordre de l’Einsatzleiter du Groupe II D3a et les avoir conduits sur le lieu de leur mise en service. C’est donc le Referat II D3a qui est responsable du fonctionnement des camions à gaz. Sur ordre de Rauff, le SS-Untersturmführer August Becker rend visite aux Einzatzgruppen pour contrôler le fonctionnement des camions et remédier aux problèmes qui se présentent. Ces déplacements l’occupent de la mi-janvier à septembre 1942. Becker est le « spécialiste » allemand de la mise à mort des être humains par gaz dans le cadre de l'opération dite d'Euthanasie (action T 4) au cour de laquelle des dizaines de milliers de malades mentaux et d'handicapés furent assassinés. A la fin de sa mission dans le cadre de l'action T 4, il est affecté aux questions techniques des gazages à l'Est.

Cependant, les camions à gaz n’offrent pas la solution idéale : non seulement la méthode était lente, mais, selon Otto Ohlendorf, elle n'est pas appréciée par ses hommes parce que « décharger les cadavres constituait une tension psychologique inutile ». Enfin, par mauvais temps, les camion Saurer s’embourbent très facilement et sont pratiquement inutilisables. Aussi l’utilisation des camions à gaz reste une solution certes régulièrement utilisée, mais de bien moindre envergure que les fusillades, qui demeurent la technique la plus courante.

3.3. Les camps d’extermination

Au printemps 1942, le génocide s’accélère avec la création des camps d’extermination dont le premier, Chelmno, avait commencé à fonctionner dès le 8 décembre 1941 : avec Belzec, Treblinka, Sobibor, et Maïdanek, ce sont des dizaines de milliers de victimes qui sont englouties : aussi le travail des Einsatzgruppen, du moins les commandos stationnés dans la zone des centres de mise à mort, va consister à liquider les centaines de ghettos de leurs habitants, d’en massacrer un certain nombre et d’en envoyer la plupart dans ces camps.

Maly Trostinec : charnier
Maly Trostinec : charnier
La forêt de Krepiec après la guerre
La forêt de Krepiec après la guerre

Dans d’autres lieux, ils « accueillent » des convois de déportés venant de l’Ouest, et se chargent de les liquider dans les forêts voisines des grands centres d’accueil comme le fort VII de Posen-Poznan, la forêt de Grochowce près de Przemysl, la forêt de Krepiec près de Lublin, celle de Rumbulla près de Riga, Maly Trostinec près de Minsk…

Poznan – Posen : le sinistre fort VII
Poznan – Posen : le sinistre fort VII
Poznan – Posen : la chambre à gaz du fort VII
Poznan – Posen : la chambre à gaz du fort VII
Poznan – Posen : le sinistre fort VII
Poznan – Posen : le sinistre fort VII
Poznan : plan du fort VII
Poznan : plan du fort VII

4. Les rapports

Les rapports des Einsatzgruppen sont les meilleures preuves des crimes commis par les Einsatzgruppen. Quand l’US Army investit et s’empare du Quartier Général de la Gestapo, elle trouva des centaines de rapports écrits par les Einsatzgruppen où ils établissent froidement la liste de leurs activités. Il y a deux sortes de rapports dans cette collection de documents :

Ces rapports sont numérotés successivement et tous, à l'exception d'un seul des « Rapports Opérationnels » furent retrouvés dans les archives du Troisième Reich. Les originaux de ces rapports sont détenus par le gouvernement allemand dans les archives de Coblence où ils sont à la disposition des chercheurs et des historiens. Ils donnent une description complète de ce que faisaient les Einsatzgruppen et, puisqu'ils étaient approuvés par les plus hautes autorités du Troisième Reich, ils représentent les meilleures preuves des ordres donnés aux Einsatzgruppen.

L'authenticité des rapports des Einsatzgruppen n'a jamais été sérieusement mise en doute. Pendant le Procès des Einsatzgruppen, Otto Ohlendorf, commandant de l'Einsatzgruppe D, authentifia des rapports, notamment un rapport (document L-180) rédigé par Stahlecker, commandant de l'Einsatzgruppe A :

«J'ai lu le rapport de Stahlecker concernant l'Einsatzgruppe A, dans lequel Stahlecker affirme que son groupe a tué 135.000 Juifs et communistes les quatre premiers mois du programme. Je connais Stahlecker personnellement et je suis d'avis que le document est authentique. »

Dans une autre déposition, Lindow confirma aussi que les rapports des témoins étaient authentiques et que les initiales sur les rapports étaient celles de ses supérieurs. Après son témoignage, les prévenus du procès des Einsatzgruppen reconnurent expressément l'authenticité de ces rapports.

Fac-similé de la page 5 du rapport Jäger
Fac-similé de la page 5 du rapport Jäger

Parmi ces rapports, l'un des plus impressionnants est le « Rapport Jäger » qui donne le détail des meurtres commis par les Einsatzkommandos 8 et 3, rattachés à l'Einsatzgruppe A dans la région de Vilna-Kaunas en Lituanie, du 4 juillet 1941 au 25 novembre 1941. Ce long rapport décrit l'assassinat de plus de 130 000 personnes dans ce court laps de temps. Il contient, sur six pages, les listes des personnes assassinées par les Einsatzkommandos et conclut :

« Aujourd'hui, je peux confirmer que notre objectif de résoudre le problème juif en Lituanie, a été accompli par l’EK 3. En Lituanie, il n'y a plus de Juifs, à part les travailleurs juifs et leurs familles. »

Quelque part en Lituanie : groupe d’enfants juifs. Ils vont dans quelques instants être massacrés
Quelque part en Lituanie : groupe d'enfants juifs. Ils vont dans quelques instants être massacrés
Liepaja-Libau (Lituanie) : au bord de la fosse, ce groupe de femmes et d’enfants attendent l’exécution
Liepaja-Libau (Lituanie) : au bord de la fosse, ce groupe de femmes et d'enfants attendent l’exécution
Lepaja - Libau, 15-17 décembre 1941. Avant le massacre
Lepaja - Libau, 15-17 décembre 1941. Avant le massacre

Presque tout le rapport comprend des listes qui se présentent comme suit :

Date Lieu Victimes
29.10.41 Kauen-F.IX  2.007 Juifs, 2.290 Juives, 4.273 enfants juifs (nettoyage du ghetto de Juifs superflus).td>
3.11.41 Lazdjai 485 Juifs, 511 Juives, 539 enfants juifs.
15.11.41 Wilkomski 36 Juifs, 48 Juives, 31 enfants juifs.td>
25.11.41 Kauen-F.IX 1.159 Juifs, 1.600 Juives, 175 enfants juifs (déportés de Berlin, Munich, et de Francfort sur le Main).

Rapport Jäger, page 5.

Les rapports donnent aussi des renseignements détaillés sur l'argent et d'autres biens volés aux victimes. L'étendue de ces activités est illustrée par le « Rapport Opérationnel No73 » daté du 4 septembre 1941 (NO-2844) et par le « Rapport Opérationnel No133 » daté du 14 novembre 1941 (NO-2825) Ces deux rapports décrivent les activités de l'Einsatzkommando 8. Le premier de ces rapports affirme que

« À l'occasion d'une purge à Tsherwon, on trouva et l'on confisqua 125 880 roubles sur des Juifs qui avaient été liquidés. Ceci porte la totalité de l'argent confisqué par l’Einsatzkommando B à 1 510 399 roubles. »

Deux mois plus tard la même sous unité fut à même de rapporter qu'ils avaient volé un million de roubles de plus :

« Pendant la période couverte par ce rapport, l’Einsatzkommando B confisqua encore 491 705 roubles ainsi que 15 roubles en or. Ils furent inscrits dans les livres de compte et transmis à l'Administration de l'Einsatzkommando 8. Le montant total de roubles acquis jusqu'à présent par l’Einsatzkommando 8 se monte maintenant à 2 511 226 roubles. »

Ces vols ne sont pas limités à l'argent des victimes. Les montres, les bijoux et même les vêtements sont pillés. Un massacre particulièrement cruel est décrit par le Juge Musmanno dans son jugement au procès de Nuremberg :

« L'un des prévenus raconta comment pendant l'hiver 1941, on lui ordonna de se procurer des manteaux de fourrure pour ses hommes, et puisque les Juifs avaient tellement de vêtements d'hiver, cela ne les dérangerait pas beaucoup de céder quelques manteaux de fourrure. Alors qu'il décrivait l'exécution à laquelle il avait assisté, on demanda au prévenu si les victimes s'étaient déshabillées avant l'exécution, il répondit : « Non, on n'a pas pris les vêtements - c'était une opération de récupération de manteaux de fourrure »
Jugement, p. 36

5. Les grands massacres

Einsatzgruppen : massacres entre le 17 juillet et le 31 août 1941
Einsatzgruppen : massacres entre le 17 juillet et le 31 août 1941
Einsatzgruppen : massacres entre le 22 juin et le 6 juillet 1941
Einsatzgruppen : massacres entre le 22 juin et le 6 juillet 1941
Einsatzgruppen : massacres à l’est entre juin 1941 et novembre 1942
Einsatzgruppen : massacres à l'est entre juin 1941 et novembre 1942
Einsatzgruppen : massacres entre septembre et octobre 1941
Einsatzgruppen : massacres entre septembre et octobre 1941

5.1. Le massacre des Juifs de Lettonie

En mars 1941, en préparant l'attaque contre l'URSS, Hitler confie à Heinrich Himmler, Reichsführer SS et à son adjoint Reinhard Heydrich, chef du Sicherheitsdienst « SD » l’organisation de l'annihilation immédiate et complète des Juifs qui résident dans le territoire du futur « Reichskommissariat Ostland », les territoires des états baltes, Estonie, Lituanie et Lettonie, ainsi que la Biélorussie. À cette fin est créée l'« Einsatzgruppe A der Sicherheitspolizei und des SD ». Les nazis décident d’associer à leur action les antisémites locaux, particulièrement virulents dans les pays baltes. En juin 1941 Reinhardt Heydrich donne l’instruction secrète d’agir en sorte que les actions antisémites apparaissent comme une expression spontanée de haine anti-Juive de la part des Lituaniens, Estoniens ou Biélorusses… L'instruction précise notamment :

« Aucun obstacle ne sera mis à la manière par laquelle les anticommunistes et les antisémites souhaitent mener leurs actions de purification dans les territoires nouvellement conquis. Au contraire, ces actions devront être intensifiées… et, au besoin, elles devront être canalisées de manière à ne donner à ces groupes d’autodéfense aucune possibilité de se référer plus tard à des ordres ou des promesses politiques venant de l’extérieur… »

En termes clairs, il faut faire « porter le chapeau » aux antisémites locaux… Il est projeté de filmer et de photographier les actions criminelles des antisémites locaux et d'autres partisans des nazis afin de faire une ample collection de preuves, avec l’intention très claire de falsifier l’histoire et de compromettre les nations conquises.

C’est la Lettonie qui la première voit arriver l’Einsatzgruppe A, commandé par le SS Brigadenführer et docteur en droit Walter Stahleker. Le groupe est formé de 990 membres de la police allemande, de la Gestapo et des Waffen SS. Il est réparti en unités spéciales de massacre, Einsatz- et Sonderkommandos, avec environ chacun 150 hommes. L’Einsatzgruppe est accompagné de Lettons qui avaient fui leur pays en 1939 lorsqu’il était tombé aux mains des Soviétiques, et qui s’étaient réfugiés en Allemagne où ils étaient bien connus pour leur anticommunisme et leur antisémitisme virulent. Très rapidement, ils jouent le rôle de relais, prenant contact avec les réseaux de résistants anti-Soviétiques et de nombreux membres de l'organisation « P?rkonkrusts » (« Croix du tonnerre »), avec comme objectif de les impliquer dans l’extermination des Juifs et des communistes.

P?rkonkrusts est une organisation nationaliste fasciste créée en 1930, violemment antisémite, anti soviétique, mais aussi anti germanique… Cette organisation est interdite par les Soviétiques en 1939 et ses membres poursuivis. Beaucoup se réfugient en Allemagne nazie. Lorsque la Wehrmacht s’empare de la Lettonie, P?rkonkrusts tente de revivre, mais les nazis se méfient de ce mouvement, à leur goût beaucoup trop nationaliste, et ne permettent pas sa renaissance. Quelques anciens dirigeants du mouvement restent en effet fidèles à leur anti-germanisme viscéral et vont bientôt rejoindre les rangs de la résistance. Mais de nombreux autres se lancent dans la collaboration : en lien avec la police lettone et l’armée, ils forment des milices secrètes au service des nazis pour, sur leurs ordres, terroriser la population et exterminer les Juifs et les sympathisants communistes.

Le 8 juillet 1941, tout le territoire letton est sous occupation nazie. Seuls environ 15 000 juifs lettons sont parvenus à s'échapper à l'est. Plus de 75 000 d'entre eux sont aux mains des nazis. Mais les massacres ont commencé dès la nuit du 23 au 24 juin 1941, lorsque les membres du SD exécutent 6 Juifs de Grobi?a dans le cimetière. Les jours suivants 35 juifs sont exterminés à Durbe, Priekule et As?te. Le 29 juin les nazis forment la première unité auxiliaire lettone à Jelgava. Elle est commandée par M?rti?š Vagul?ns, membre du « P?rkonkrusts ». Durant l’été 1941, les 200 à 300 hommes de l'unité participent à l'extermination d'environ 2 000 juifs à Jelgava et dans la province de Zemgale (centre sud de la Lettonie). Le massacre est dirigé par les SS allemand Rudolf Batz et Alfred Becu et les hommes de l’Einsatzgruppe. La synagogue principale de Jelgava est détruite.

Février 1940 : surveillés par un garde SS, des Juifs polonais creusent leur tombe dans le sol gelé..
Février 1940 : surveillés par un garde SS, des Juifs polonais creusent leur tombe dans le sol gelé..
Creuser les tombes avant de tomber
Creuser les tombes avant de tomber

Après la prise de Riga W. Stahlecker, secondé par les membres de « P?rkonkrusts » et d'autres collaborateurs locaux, organise le pogrom des Juifs dans la capitale de la Lettonie. Viktors Ar?js, 31 ans, ancien membre de « P?rkonkrusts » est nommé chef de l’opération. Cet « éternel étudiant » est fanatisé par son épouse, une riche propriétaire de magasins, de dix ans son aînée. Ar?js avait travaillé un certain temps dans la police, mais s'en était vu chassé à cause de son extrémisme. C’est un homme bien repu, très coquet, portant fièrement son chapeau d’étudiant…. Le 2 juillet Ar?js commence à former son unité armée chargée de vider la Lettonie de ses « juifs et communistes. » Au début, l’unité comprend essentiellement de nombreux étudiant, membres de diverses organisations, mais rapidement elle s’adjoint de nombreux individus louches et de membres de la pègre locale… En 1941 elle est forte d’environ 300 hommes. Les principaux adjoints de Victors Ar?js sont Konstant?ns Ka?is, Alfr?ds Dikmanis, Boris Kinsler et Herbert Cukurs. La nuit du 3 juillet, le commando d'Ar?js commence à arrêter, maltraiter et voler les juifs de Riga. Le 4 juillet, la synagogue de la rue Gogo?a est incendiée, puis c’est le tour des synagogues des Maskavas et Stabu. Rapidement, le pogrom tourne au massacre, et de nombreux Juifs sont tués, y compris des Juifs réfugiés de Lituanie. Ces massacres sont censés servir « d'exemple » pour d'autres antisémites pronazis… Au 16 juillet, il y a déjà 2 700 morts et 2 000 prisonniers qui seront exterminés avant la fin du mois…

Kaunas, 25 et 26 juin 1941 : les auxiliaires au secours des Einsatzgruppen, avec des méthodes « barbares »
Kaunas, 25 et 26 juin 1941 : les auxiliaires au secours des Einsatzgruppen, avec des méthodes « barbares »
Après le martyre, la crémation. Bûcher quelque part dans l’est
Après le martyre, la crémation. Bûcher quelque part dans l’est

Diverses unités lettones auxiliaires sont été également impliquées dans l'extermination des Juifs. Dans la zone d'Il?kste, des juifs ont été tués par « l’escadron de la mort » du commandant Oskars Baltmanis, composé de 20 meurtriers. Tous les massacres sont supervisés par les SS allemands. En juillet 1941, après l’action du « Commandio Arajs », les 4 000 Juifs de Riga survivants et des environs sont tués dans la forêt voisine de Bi?ernieku. Les exécutions sont dirigées par les SS Sturmbannführers H. Barth'>Barth, R. Batz, et Rudolf Lange de Riga. A Liep?ja (Libau), le premier massacre de masse des juifs a lieu les 3 et 4 juillet, lorsqu’environ 400 personnes sont tuées, et le 8 juillet lorsque 300 juifs sont exterminés : ce sont les SS qui se chargent de l’exécution, sous le commandement d'Erhard Grauel, alors que les Lettons convoient le cortège des victimes sur le lieu du massacre. Le 13 juillet est détruite la grande synagogue de Liep?ja. Les rouleaux de la Torah sont jetés sur la place Ugunsdz?s?ju et les Juifs sont forcés de « danser dessus » sous les rires et les quolibets des assassins… A Ventspils, les massacres sont commis par le même commando qu’à Libau, avec la participation de la milice locale : entre le 16 et le 18 juillet, 300 personnes sont tuées dans la forêt de Kazi?u. Les 700 juifs restant seront assassinés en automne…

Groupes d’enfants avant leur exécution par les Einsatzgruppen
Groupes d’enfants avant leur exécution par les Einsatzgruppen

A Daugavpils l'extermination des juifs est d’abord commandée par Erich Ehrlinger, chef de l’Ensatzkommando 1B. Au 11 juillet il a fait massacrer environ 1 150 personnes. Le travail d'Ehrlinger est poursuivi par Joachim Hamann, responsable du massacre de 9 012 Juifs dans la ville et dans la province du Latgale méridional. Le chef de la police auxiliaire locale Roberts Bl?zmanis collabore en assurant le déplacement des Juifs au ghetto de Gr?va et leur convoyage sur les sites d’exécution. A R?zekne les massacres sont commis par un groupe de SS assisté par des hommes du « commando Ar?js ». Environ 2 500 personnes sont exterminées. Pour tout le mois d’octobre 1941, environ 35 000 Juifs lettons sont tués.

5.2. Babi Yar

Babi Yar : carte de Kiev, des sites de rassemblement et du ravin de la mort
Babi Yar : carte de Kiev, des sites de rassemblement et du ravin de la mort

5.2.1. La prise de la ville par les Allemands

Les 19 et 20 septembre 1941 Kiev est occupée par la 6è armée allemande. A ce moment 875 000 personnes habitent la ville, dont 175 000 Juifs, représentant 20% de la population. Quelques unes des plus importantes industries de guerre avaient été évacuées par les Soviétiques avec tout leur personnel. Parmi celui-ci, 20 à 30 000 Juifs ukrainiens. Entre 130 et 140 000 Juifs tombent donc entre les mains des nazis. La population, se souvenant de l’occupation de la ville par les Allemands en 1918, est convaincue que les nazis vont se comporter comme leurs aînés, de façon amicale et civilisée. On est convaincu que les occupants vont rendre leurs droits et leurs propriétés aux gens spoliés par le régime stalinien. Pour les Ukrainiens, la Wehrmacht ressemble à une armée de libération. Les Juifs sont à cent lieues de s’imaginer le sort qui les attend. Mais dès la première journée d’occupation, des Juifs sont poursuivis et quelques-uns assassinés. Les Allemands n’envisagent cependant pas l’établissement d’un ghetto.

Babi-Yar, près de Kiev : le ravin de la mort… Vue aérienne
Babi-Yar, près de Kiev : le ravin de la mort… Vue aérienne

5.2.2. Les attentats

Le 24 septembre et dans les jours qui suivent, plusieurs bombes explosent dans la ville (rue Kreshtchatik et Prorizna), provoquant d’énormes dégâts. Des dizaines de maisons occupées par des Allemands au centre ville sont détruites, dont le quartier général de l’armée, l’hôtel Continental. Une centaine de soldats et d’officiers allemands sont tués et un incendie consécutif aux explosions ravage encore d’autres bâtiments. Ces bombes ont été posées par des éléments du NKVD restés dans la ville après la retraite soviétique.

Le Général de la Wehrmacht Alfred Jodl témoigne lors de son procès à Nuremberg :

« ...Nous avions à peine occupé la ville, qu’il y eut un suite d’énormes explosions. La plus grande partie du centre ville était en feu ; 50 000 personnes se trouvaient sans toit. Des soldats allemands furent mobilisés pour combattre l’incendie ; Ils subirent d’énormes pertes, car pendant qu’ils luttaient contre le feu, d’autres bombes explosèrent encore… Le commandant de la place de Kiev pensa d’abord que la responsabilité du désastre incombait à la population civile locale. Mais nous avons trouvé un plan de sabotage qui avait été préparé longtemps à l’avance et qui avait listé 50 à 60 objectifs, prévus pour être détruits. Les techniciens ont immédiatement prouvé que le plan était authentique. Au moins 40 autres objectifs étaient prêts à être détruits ; ils devaient sauter grâce à un déclanchement à distance par ondes radio. J’ai eu en mains le plan. »

5.2.3. Le prétexte

Dans la rue Kreshtchatik les Allemands arrêtent un Juif en train de sectionner un tuyau destiné à combattre l’incendie. Il est immédiatement abattu. Cet incident devient le prétexte pour rendre responsables des explosions les Juifs de la ville. Le commandant militaire de Kiev, le major général Eberhardt rencontre immédiatement le HSSP SS-Obergruppenführer Friedrich Jeckeln, commandant de l’Einsatzgruppe C, le SS-Brigadeführer Otto Rasch et le commandant du Sonderkommando 4a, le SS-Standartenführer Paul Blobel. Il décident que le seule « réponse appropriée » à cet acte de sabotage ne peut être que la destruction radicale des Juifs de Kiev, et qu’elle sera réalisée par le Sonderkommando 4a. Ce commando est formé d’hommes du SD et de la SiPo, des 3 compagnies des « Bataillons de Waffen-SS mises à disposition pour des actions spéciales », et d’une unité du 9è bataillon de Police. Les 45è et 305è régiments du « régiment de police sud » ainsi que quelques troupes d’auxiliaires ukrainiens sont mis à disposition pour le soutien de l’action. Le lieu d’exécution est rapidement choisi : c’est un ravin profond, à environ 10km des limites de la ville : Babi Yar (Babyn Jar en ukrainien). Aujourd’hui l’endroit et englobé dans les limites de la ville.

Le ravin de Babi Yar
Le ravin de Babi Yar

5.2.4. Le rassemblement

Babi Yar : affiche convoquant les Juifs à se rassembler lundi le 29 septembre pour 8 heures
Babi Yar : affiche convoquant les Juifs à se rassembler lundi le 29 septembre pour 8 heures

Le 28 septembre 1941, la 637è compagnie de Propagande affiche dans la ville un appel à la population, imprimé par les services de la 6è Armée :

« Tous les Juifs de la ville de Kiev et de ses environs doivent se rassembler lundi le 29 septembre 1941 à 8 heures du matin à l’angle des rues Melnikova et Dokhturova. Ils doivent apporter leurs papiers officiels, leur argent, leurs objets de valeur, des habits chauds, des sous-vêtements etc… Chaque Juif qui ne respecte pas cette ordonnance et qui sera trouvé ailleurs sera fusillé. Chaque citoyen trouvé dans les appartements des Juifs abandonnées ou en train d’y voler sera fusillé. »

En même temps, les Allemands font courir le bruit que ces Juifs seront transférés dans des camps de travail. Comme le lieu de rassemblement se trouve près de la gare de marchandise de Lukianivka, de nombreux Juifs font confiance en cette rumeur…

Babi Yar
Babi Yar
Babi Yar
Babi Yar
Babi Yar : en route vers l’holocauste
Babi Yar : en route vers l'holocauste

5.2.5. Le massacre

Le lundi 29, ils sont des milliers à obéir à l’ordre allemand. Gardés par les SS, les hommes du SD et les auxiliaires ukrainiens, ils se rendent par groupes de 100 par la rue Melnikova au cimetière juif qui se trouve à proximité du ravin de Babi Yar. L’ensemble du secteur est entouré d’une clôture de barbelée et gardé par plusieurs cordons d’hommes de troupe : la police ukrainienne forme le cordon extérieur, ukrainiens et allemands le cordon central, allemands uniquement le cordon intérieur. Au bord du ravin les Juifs doivent se déshabiller et déposer tous leurs objets et valeurs. Puis, par groupes de 10 ils descendent dans le ravin. Là, on les exécute au fusil ou à la mitrailleuse sous les yeux de leurs compagnons d’infortune pour qui toute fuite est désormais inutile et impossible.

Babi Yar : la route du supplice est jonchée de cadavre de récalcitrants
Babi Yar : la route du supplice est jonchée de cadavre de récalcitrants
Babi Yar : ramassage des effets des victimes
Babi Yar : ramassage des effets des victimes

Beaucoup plus de Juifs sont conduits à la mort que n’en espèrent les Allemands. D’après un rapport de l’Einsatzgruppe C, les SS s’attendent à ce qu’arrivent entre 5 et 6 000 Juifs. Ils sont plus que 30 000, croyant tous qu’ils allaient être transférés. En conséquence, tous les Juifs ne peuvent pas être massacrés le même jour. Mais pour aller plus vite, on invente des « techniques » :

« Les tueurs n’avaient pas assez de temps d’accomplir leur tâche. C’est pourquoi ils placent les gens tête contre tête, afin qu’une balle touche deux personnes. Ceux qui étaient seulement blessés sont achevés à coup de pelle. Des enfants sont jetés vivants dans le ravin et enterrés… »
Félix Levitas, historien.

« Ils fusillèrent les gens du matin au soir. La nuit tombée, les Allemands se couchèrent. Le reste des victimes fut enfermé dans des garages. Le massacre s’étendit sur 5 jours. Les nazis amenaient toujours plus de personnes, et seuls des camions chargés des vêtement des victimes sont partis… »
Sergey Ivanovich Lutsenko, ancien gardien du cimetière de Lukianivka

Babi Yar : ramassage des effets des victimes
Babi Yar : ramassage des effets des victimes
Babi Yar : ramassage des effets des victimes
Babi Yar : ramassage des effets des victimes

Le massacre des juifs de Kiev dure jusqu’au 3 octobre 1941. Dans les mois suivants, le ravin de Babi Yar continue à servir de lieu d’exécution pour des Juifs, des civils ukrainiens, des prisonniers de guerre soviétiques, des Tziganes sinti ou roma. D’après les sources soviétiques, entre 100 et 200 000 personnes ont été exécutées à Babi Yar jusqu’à la libération de la ville le 6 novembre 1943. D’après un rapport de l’Einsatzgruppe C du 7 octobre 1941, le nombre des victimes juives des massacres de septembre 1941 s’élève à 33 771 Juifs. Quelques habitants de Kiev ont dénoncé leurs voisins juifs. Mais d’autres leur ont proposé de les cacher. Après la guerre le chef du SiPo et du SD de Kiev a affirmé que son bureau avait reçu des corbeilles pleines de lettres de dénonciation au point de pas réussir à les traiter toutes. Mais depuis 1990 l’« Union des Juifs d’Ukraine » à décerné le titre de « Juste de Babi Yar » à 431 personnes qui ont caché et sauvé des Juifs. Lorsque les Allemands quittent la ville en 1943, ils décident de déporter tous les habitants de la ville pour l’Allemagne. Ils rassemblent les gens à l’aide de chiens policiers et massacrent les récalcitrants, les vieux et les malades. Ce sont à nouveau des scènes effrayantes. Kiev donne l’impression ville morte.

5.2.6. Le « Sonderkommando 1005 »

En juillet 1943, Paul Blobel est de retour à Kiev, cette fois avec son « Sonderkommando 1005 » pour effacer les traces des tueries. Il est secondé par le SS-Gruppenführer Max Thomas, chef du SD et de la SiPo d’Ukraine. L’unité qui œuvre à Babi Yar se compose de 10 hommes du SD et de 30 policiers allemands commandés par le SS-Obersturmbannführer Baumann. Ils encadrent 327 détenus du camp de Syrets (dont environ 100 Juifs) qui en 6 semaines effectuent ce macabre travail. Chaque homme est enchaîné avec une chaîne de 2 à 4 mètres de long. Celui qui est fatigué et ne travaille pas assez vite est aussitôt abattu.

Blobel témoigne le 18 juin 1947 :

« Durant mon inspection j’ai pu assister à une crémation dans une fosse commune près de Kiev. La fosse était longue d’environ 55 mètres sur 3 mètres de large et 2,5 mètres de profond. Après que la terre eut été mise de côté, les corps ont été arrosés avec un produit inflammable puis allumés. Cela dura deux jours jusqu’à ce que le tout soit consumé. Puis la fosse fut comblée et toutes les traces effacées. A cause de l’avancée du front, il ne me fut pas possible de détruire toutes les fosses communes au sud et à l’est, résultats des massacres perpétrés par les Einsatzgruppen. »

Babi Yar : Syrets, le camp du « Kommando 1005 » chargé de déterrer et d’incinérer les victimes de la tuerie
Babi Yar : Syrets, le camp du « Kommando 1005 » chargé de déterrer et d’incinérer les victimes de la tuerie
Babi Yar : Syrets, le camp du « Kommando 1005 » chargé de déterrer et d’incinérer les victimes de la tuerie
Babi Yar : Syrets, le camp du « Kommando 1005 » chargé de déterrer et d’incinérer les victimes de la tuerie

Les cadavres sont brûlés sur de bûchers érigés sur des rails de chemin de fer. Lorsqu’un bûcher est consumé, le Sonderkommando des détenus est chargé de rassembler tous les restes d’ossements non totalement réduits en cendre et de les réduire au pilon. Enfin les cendres sont fouillées afin de récupérer éventuellement de l’or ou de l’argent. Sur 327 détenus, 15 arrivent à s’échapper, mais tous les autres seront exécutés.

Babi Yar 1943 : prisonniers de guerre soviétiques obligés d’exhumer les cadavres des victimes du massacre et de les brûler
Babi Yar 1943 : prisonniers de guerre soviétiques obligés d’exhumer les cadavres des victimes du massacre et de les brûler

5.2.7. Après la guerre

Babi Yar : fouilles du ravin à la fin de la guerre
Babi Yar : fouilles du ravin à la fin de la guerre

Pour des motifs politiques, aucun monument de sera édifié à Babi Yar avant 1976. Le mémorial de 1976 ne fait aucune allusion aux Juifs massacrés. Il faut attendre 1991 pour que soit édifié une Menorah du souvenir, qui sert aujourd’hui de mémorial central des Juifs de Kiev. C’est sans doute le poète Evgeni Ievtutchenko qui exprime le mieux le drame des ces journées dans son œuvre « Babi Yar », publiée et 1961 et que Dimitri Chostachovitch évoquera en partie dans sa 13è symphonie, créée en 1962.

Babi Yar : ménora
Babi Yar : ménora

5.2.8. Témoignage : Journal d’Iryna Khoroshunova, 29 septembre et 2 octobre 1941

« Nous ne savons toujours pas ce qu’ils font avec les Juifs. Il arrive d’épouvantables rumeurs du cimetière de Lukianivka. Mais elles sont impossibles à croire. Elles disent que les Juifs sont fusillés… Quelques personnes prétendent que les Juifs sont massacrés à la mitrailleuse. Tous. D’autres, que 16 wagons de chemin de fer sont prêts et que les Juifs vont être envoyés ailleurs. Mais où ? Personne ne le sait. Une seule chose semble claire : tous leurs papiers, affaires et toute leur nourriture ont été confisqués. Ensuite ils sont poussés vers Babi Yar, et là… Je ne sais pas. Je sais seulement une chose : il se passe là bas quelque chose d’épouvantable, quelque chose d’inimaginable, que l’on ne peut pas comprendre… »
Journal d’Iryna Khoroshunova, 29/09/1941
« Chacun dit maintenant que les Juifs sont assassinés. Non ; ils ont déjà été tués. Tous. Sans exception. Vieilles personnes, femmes, enfants. Ceux qui le lundi (29 septembre) sont rentrés à la maison ont aussi été tués. Les gens en parlent d’une telle façon qu’aucun doute n’est permis. Pas un seul train n’a quitté la gare de Bahnhof Lukianivka. Des gens ont vu des camions avec des foulards et d’autres objets partant de la gare. « Minutie » allemande ! Ils ont déjà trié leurs rapines ! Une jeune fille russe a accompagné son amie au cimetière et s’est glissée de l’autre côté de la clôture : elle a vu comment des gens nus ont été poussés vers Babi Yar et a entendu les rafales d’une mitrailleuse. Il y a de plus en plus de rumeurs et de nouvelles. Trop monstrueuses pour y croire. Mais nous sommes obligés d’y donner foi, car le massacre des Juifs est une réalité. Une réalité qui nous rend fous. Il est impossible de vivre en sachant cela. Autour de nous, les femmes pleurent. Et nous ? Nous pleurions aussi le 29 septembre, lorsque nous pensions qu’ils seraient emmenées dans un camp de concentration. Mais maintenant ? Pouvons-nous pleurer réellement ? Je suis en train d’écrire. Mais mes cheveux se dressent sur ma tête. »
Journal d’Iryna Khoroshunova , 02/10/1941

5.3. La forêt de Krepiec

5.3.1. Les premières exécutions

La forêt de Krepiec est située 11 kilomètres de Lublin, près de la route principale reliant Lublin à Zamosc et à Chelm. Pendant l’occupation nazie, la forêt est l’un des plus grands emplacements de massacres collectifs dans la zone de Lublin. Le 3 mai 1940 a lieu la première exécution : un groupe d'otages polonais et juifs est éliminé à Krepiec pour venger l'assassinat d'un fonctionnaire SS de Lublin, le Hauptsturmführer Loska. Un autre groupe de prisonniers polonais et juifs, sorti de la prison de la Gestapo « le château » de Lublin, est probablement exécuté à Krepiec en 1941. Après la guerre, les témoins du village de Krepiec relatent aussi que des prêtres et des religieuses se trouvaient parmi les victimes des premières exécutions dans la forêt de Krepiec. Le nombre exact de victimes de ces premières exécutions n'est pas connu et les sources détaillées sur ces meurtres n’existent plus.

5.3.2. Les exécutions de 1942

On connaît par contre mieux le détail des exécutions et des crémations de 1942 concernant des prisonniers de KL Majdanek qui avaient été gazés ou tués d’une autre manière. La première, et sans doute la plus grande exécution de masse en 1942 a été organisée par les SS et le SD de Lublin les 21 au 22 avril 1942, après les déportations du ghetto de Lublin vers Belzec. Les Juifs ayant survécu aux déportations doivent abandonner le grand ghetto de Podzamcze pour le petit ghetto de la banlieue de Majdan Tatarski, près de Majdanek. Entre 7 000 et 8 000 Juifs de Lublin sont confinés dans le ghetto fermé de Majdan Tatarski. Parmi eux, un grand nombre de personnes « illégales », ne possédant aucun « J-Ausweis » leur permettant de demeurer à Majdan Tatarski. Le Judenrat établit une liste de tous les juifs « reclassés » dans le nouveau ghetto, présumant que tous les Juifs obtiendraient la permission de rester à Lublin, car les déportations avaient stoppé.

Le jour après l'enregistrement, le ghetto est cerné par des SS et des « Hiwis » de Trawniki, commandés par Hermann Worthoff, le responsable des déportations du ghetto de Lublin. Une a sélection à lieu sur la liste déjà préparée par le Judenrat : 2 500 à 3 000 Juifs qui ne possèdent pas un « J-Ausweis » sont transférés à Majdanek, emprisonné dans deux casernes et de là emmenés par convois de camions à Krepiec. Les SS affirment aux victimes qu'ils les transfèrent dans un grand domaine agricole au delà de la forêt, domaine dans lequel ils seraient employés. La plupart des Juifs accorde foi à ces dires, jusqu’au moment ou parviennent les premiers bruits de fusillades et les cris des premières victimes… A Majdanek restent 200 à 250 jeunes Juifs qui sont enregistrés et enfermés dans le camp, survivant ainsi au massacre. Au dernier moment un groupe de femmes et d’enfants est libéré par les SS et revient au ghetto : ce sont principalement des femmes et des enfants dont les maris travaillent au Judenrat au service de l’administration allemande, et dont le président du Judenrat, Dr. Marek Alten, a réussi à négocier la vie sauve. Parmi elles, Anna Bach, veuve d'un avocat célèbre de Lublin, Aron Bach, et sa fille Diana, qui réussiront à fuir le ghetto et à survivre.

Les Juifs de Lublin survivants du petit ghetto sont très rapidement au courant du destin de leurs parents et voisins, informés par les paysans polonais témoins des exécutions. Deux ou trois jours après l'exécution, des prisonniers de guerre soviétiques et quelques Juifs slovaques - membres du Sonderkommando de Majdanek – sont emmenés dans la forêt pour enterrer les corps des Juifs assassinés. Les affaires, les vêtements, l'argent et les objets de valeur des victimes sont transférés à Majdanek. Durant ce travail, plusieurs membres du Sonderkommando se révoltent. Quelques prisonniers de guerre soviétiques attaquent les gardes lithuaniens ivres et plusieurs prisonniers s’échappent. Leur destin n'est pas connu.

La vague suivante de massacres dans la forêt de Krepiec a lieu à la fin de l'été et à l'automne de 1942. Une épidémie de typhus éclate à ce moment à Majdanek. Les médecins SS organisent dans le camp une sélection générale des prisonniers qui ne peuvent travailler ou sont malades. Il est difficile de dire combien ont été choisis. Les plus nombreux sont les Juifs slovaques, polonais, tchèques et allemands. Les sélections durent fin août et tout au long du mois de septembre 1942. Comme les chambres à gaz de Majdanek sont encore en chantier, les prisonniers sélectionnés sont chargés sur des camions et conduits dans la forêt de Krepiec où les SS les exécutent. On ne sait pas combien de personnes ont été exécutées, mais il y en, a probablement plusieurs centaines.

5.3.3. La forêt, lieu de crémation

Les exécutions cessent à Krepiec en octobre 1942 après la mise en service des les chambres à gaz de Majdanek. Mais début 1943 la forêt connaît à nouveau de terribles évènements : comme les crématoires de Majdanek s’avèrent beaucoup trop petits, les Allemands décident d'utiliser la forêt comme lieu de crémation des corps des juifs gazés au camp de concentration. Des bûchers grossiers, construits avec des rails de chemin de fer, fonctionnent pratiquement chaque jour de janvier jusqu'à l'été de 1943. Très tôt chaque matin les camions chargés de cadavres viennent livrer leurs macabres chargements dans la forêt. Toute la zone de la forêt de Krepiec est emplie de la puanteur des corps se consumant et de la fumé flottant au-dessus des arbres, visible de très loin...

En même temps que les corps des personnes gazées, les corps des victimes exécutées dans les fosses en 1942 sont également incinérés. Les prisonniers du « Sonderkommando » de Majdanek exhument les corps les jettent dans les bûchers.

Un des témoins de ces crémations, Jozefa Lutynska, raconte :

« Je me rappelle également comment alors que je voyageais à Lublin en 1942 et 1943 j'ai vu peut-être 12 camions transporter les corps humains couverts de feuilles. Il y avait de la neige et du vent qui dispersait les feuilles au loin et nous avons vu les corps nus, les uns sur les autres. Il y avait beaucoup de sang, le sang frais et rouge, preuve que ces personnes étaient vivantes peu avant… Les corps transportés dans la forêt de Krepiec ont été brûlés par les Allemands sur des bûchers construits avec des rails de chemins de fer. Mon oncle Adam Nowak, qui est forestier, habite à Krepiec et travaille dans la forêt dans laquelle les Allemands ont brûlé les corps. Il m'a dit une fois « viens ! Ainsi toi aussi tu verras ce que les Allemands font et comment ils brûlent les corps. » Je suis allée par le passé avec mon oncle et j'ai vu des rails de voies ferrées, distant d’environ 50cm les un des autres, formant quelque chose comme une grille. Sous chaque grille les traces de crémations étaient visibles, avec beaucoup de cendres et des fragments de mains et de jambes qui n'étaient pas été totalement consumées. Je n’ai pas regardé avec trop de précision, car j’ai tellement été horrifiée que je n’ai pas voulu en voir plus… »

La crémation des corps des victimes de Majdanek dure jusqu'à l'automne 1943, date à laquelle un crématoire plus grand est mis en service dans le camp. A Krepiec, les emplacements des exécutions et des incinérations n'ont pas été totalement détruits pas les nazis. Même en 1946 ils étaient encore en évidence dans la forêt. En 1970 un mémorial a été construit dans la forêt de Krepiec. Sur le mémorial, est inscrit le chiffre de 30 000 personnes massacrées ou brûlées… En fait, personne ne sait exactement combien de victimes ont été assassinées ou incinérées à Krepiec....

5.3.4. Témoignages

Il y a des témoins de ces massacres des juifs de Lublin en avril 1942 parmi les Polonais des villages de Krepiec et de Kazimierzowka vivant à proximité de la forêt. Ils viennent témoigner en 1945 auprès de la commission soviéto-polonaise et en 1966-1967 lors d’une nouvelle enquête : Andrzej Wojcik a observé les exécutions durant une journée entière en avril 1942 :

« Le 22 avril 1942 j'étais à la maison et soudain j'ai noté que six ou sept camions, pleins d’enfants entre 2 et 14 ans sont arrivés dans la forêt. Les enfants ont été entraînés au bord des fosses et les Allemands les ont exécutés par balles. On a pu entendre les cris perçants des enfants provenant du lieu du massacre. Cela a duré de 2 heures à 6 heures du matin. Les Allemands étaient en uniformes bleus et casqués. Il m’est difficile de dire à quelle formation ils appartenaient. Il était difficile d’y voir au début à cause de l’obscurité. J'ai observé le massacre d'une distance d’environ de 50m. Je ne sais pas combien d'enfants ont été tués. Ils ont été transportés sur des camions complètement surchargés.

« Vers 8 heures du matin environ, 9 camions chargés de Juifs arrivent dans la forêt. Le secteur a été cerné par des soldats lituaniens. Je le sais parce que des gens me les ont décrits comme des lituaniens. Les juifs ont été obligés de descendre et ont été menés au même endroit où les enfants ont été assassinés. Certains Juifs portent leurs enfants dans leurs bras. J'ai observé le massacre d'une distance environ 150m mais d'une autre direction qu'avant. Les Allemands obligent les Juifs à descendre dans les fosses. Il y avait d’horribles cris perçants. Un groupe de six officiers SS et de Lituaniens tire alors sur les Juifs dans les fosses. Je suis sûr qu'ils sont SS parce que sur leurs casquettes et leurs uniformes il y avait les insignes de la mort… L'exécution a duré de 8 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir, et j'ai observé ces massacres durant tout ce temps. J'ai appris par des personnes qu'un Juive à réussi à s’extraire vivante de la montagne de cadavres mais que plus tard, en tentant de s'échapper, elle a été tuée dans un champ.

« Le jour suivant je suis allé sur le lieu des exécutions et j'ai noté que les fosses avaient été recouvertes pour partie de terre, pour partie de buissons. Des jambes, des mains et des têtes dépassaient... La terre autour des fosses baignait dans le sang. Je suis resté là environ 20 minutes. » 

Au même moment, un autre habitant de village de Krepiec, Adam Czupryn, a vu comment les transports des juifs dans des camions se sont arrêtés à l’orée de la forêt :

« (...) Les transports sont composés de 3 à 5 camions. De chaque camion, peut-être 30, peut-être 50 personnes sont déchargées. Parmi les prisonniers il y a des hommes, des femmes et des enfants de tous âges, ainsi que des bébés. Je n'ai pas parlé avec ces personnes. J'ai seulement entendu des fragments de conversations en Yiddish. Le transport de ces personnes et leur déchargement ont duré plusieurs jours. Comme je l'ai mentionné, ces personnes ont été emmenées dans la forêt, mais elles n’en sont jamais revenues. La forêt résonnait du bruit des mitrailleuses et des explosions de grenades, ainsi que des que des cris perçants des gens. Environ 20 minutes se sont écoulées entre le départ du groupe depuis la route et le moment du début de l'exécution. Ceux qui attendaient à l'entrée de la forêt pouvaient entendre le bruit des armes et les hurlements des victimes. Ces personnes ont été cernées de tous les côtés par les soldats en uniformes noirs. Combien de personnes ont été tuées, je ne le sais pas. On a interdit l'accès à la forêt de Krepiec. Plusieurs personnes qui ont voulu voir le lieu du massacre ont été tuées. »

5.4. Le massacre des juifs de Przemysl dans la forêt de Grochowce

Tôt le matin de ce 27 juillet 1942, tous les Juifs du ghetto de Przemysl sont séparés en deux groupes. Le groupe le plus grand, se compose de ceux qui vont être déportés à à Belzec. Il est emmené sur la grande place « Smietnisko » (« la décharge ») ceinte d’une barrière de barbelés et située près de la rue d'Iwaszkiewicza. Les personnes âgées, les malades et des enfants accompagnés de leurs grands parents sont parqués dans un autre endroit près de rue de Mikolaja. Le groupe principal part pour la gare en soirée. Les personnes âgées sont transportées par camions, tout au long de la journée, à l'emplacement de leur exécution dans la forêt près du village de Grochowce. Ce processus se répète du 31 juillet au 3 août. Le nombre exact des victimes n'est pas connu. Quelques sources parlent de 4 000, mais la plupart de 2 500… Les témoins parlent de 3 fosses communes (deux grandes et une petite). Une de ces fosses a été découverte en 1958 : on a exhumé les restes de 532 victimes que l’on a enterrées dans le cimetière juif. Les travaux d'exhumation ont été interrompus. Le lieu d’exécution dans la forêt est tombé dans l’oubli jusqu'en 2002, lorsqu’un groupe de chercheurs a retrouvé l’endroit.

Le massacre de Grochowce et les événements dans le ghetto qui l'a précédé ont fait l’objet de nombreux témoignages de survivants :

Lettre de Klara Pfeffer à Wiktor Reisner, 1946 :

«  Nous nous sommes préoccupés des personnes âgées, à savoir votre mère, mes parents et tante. C'était une nuit terrible. Les malheureux étaient perdus, mais pourtant courageux. Ils étaient conscients qu’ils allaient devoir travailler durement, qu'ils allaient souffrir, mais qu’après tout ils allaient revenir… je me rappelle même que votre maman (Joanna Thürhaus-Reisner) disait, sarcastique, qu’ils se rendaient « auf eine Landpartie », « à une partie de campagne »… elle a sans doute compris que cette tragédie finirait dans la campagne... »

Témoignage de Bernard Ekert :

« ... Ce 28 juillet (en fait le 27 juillet) 1942, le jour de la première opération dans le ghetto de Przemysl, j'ai vu de ma fenêtre donnant sur la rue de Boguslawskiego comment les milliers d'infortunés se sont rendus en rangs sur la place connue sous le nom de « décharge » qui leur avait été indiquée comme lieu de rassemblement pour être transportés, comme cela s’est avéré plus tard, à Belzec. Les juifs plus âgés ont été poussés par la Gestapo avec des fouets dans des camions et amenés à Grochowce où ils ont été tués... »

Témoignage de Krystyna Krolik :

« ... Le 30 juin (en fait le 27 juillet) 1942, la place a été remplie de monde. Chaque personne avait cinq kilos de bagages. Les camions sont arrivés, et on y a chargé ces bagages. Les gens se sont assis, car on ne leur a pas permis de se tenir debout, de circuler ou de parler… On leur a ordonné de remettre leurs objets de valeur et dollars. Des gens ont déchiré leurs billets de banque et ont enterré leurs objets de valeur là où ils se trouvaient. Chaque fois qu’un groupe était parti de se place, ordre était donné de fouiller l’endroit et, naturellement, les objets de valeur ont été retrouvés. Les gens agissaient ainsi malgré le fait que d’enterrer les objets ou de se déplacer était puni d’une balle dans la nuque... »

6. Les victimes

Le chiffre exact des victimes est extrêmement difficile à déterminer. Il y eut approximativement 1 500 000 de personnes assassinées par les Einsatzgruppen, en très grande majorité des Juifs. Alors qu'il évaluait ce nombre élevé de victimes, le Juge Michael Musmanno, qui présidait au procès des Einsatzgruppen écrivit :

« Un million de cadavres humains est un concept trop étrange et fantastique pour être appréhendé par un cerveau normal. Comme suggéré précédemment, le choc produit par la mention d'un million de morts n'est aucunement proportionné à son énormité, car pour le cerveau moyen, un million est davantage un symbole qu'une mesure quantitative. Toutefois, si l'on lit en entier les rapports des Einsatzgruppen et si l'on observe les nombres augmenter, s'élever à dix mille, puis à des dizaines de mille, cent mille et au-delà, alors on peut enfin croire que ceci s'est réellement passé : le massacre de sang-froid, prémédité, d'un million d'êtres humains. »

A la fin de l’année 1941 les rapports des Einsatzgruppen donnent les chiffres suivants :

Le nombre total des Juifs tués par toutes les unités s’élève donc fin 1941 à environ 500 000 Juifs. C’est l’Einsatzgruppe A qui a accompli le premier son objectif de destruction systématique des Juifs dans sa zone. Cette phase, définie comme la première vague de mise à mort, est remplacée à partir de l’automne 1941 par une seconde vague beaucoup plus meurtrière, car exterminationniste, à laquelle la Wehrmacht a été associée de beaucoup plus près. Les Einsatzgruppens sont alors subordonnés aux « Höheren SS- und Polizeiführern », les HSSPF et les chefs des Einsatzgruppen sont nommés « Befehlshaber der Sicherheitspolizei » (BdS) avec des pouvoirs accrus.

Cette deuxième phase a en effet pour objectif la destruction complète de la population juive avec la mise à mort des juifs encore restés en vie dans toutes les zones occupées. Elle met en œuvre des forces renforcées et beaucoup plus efficaces que la première vague, et fait de plus en plus appel aux troupes d’auxiliaires « Volksdeutsche » locaux, les « Schutzmannschaften » (Schuma), qui fin 1942 atteignent le chiffre de 47 974 hommes ; il faut y ajouter les « Bandenkampfverbände », troupes en principe chargées de combattre les partisans et comprenant 14 953 Allemands et 238 105 « Ost-Hilfswillige » (Hiwis), « auxiliaires volontaires des pays de l’est »…

Le nombre de victimes de cette deuxième phase se chiffre à au moins 400 000 victimes juives. Soit, avec la première phase, 900 000 victimes Juives. Si on y ajoute les autres victimes Juives des unités antipatisannes, de la Wehrmacht et de l’armée roumaine, le chiffre des victimes Juives massacrées en Union Soviétique (pays baltes compris) avoisine les 1 350 000 personnes.

Massacres et déportations à l’Est, juin-juillet 1942
Massacres et déportations à l'Est, juin-juillet 1942
Massacres et déportations à l’Est, janvier 1942
Massacres et déportations à l'Est, janvier 1942

7. L’« Aktion 1005 »

7.1. Origine et objectifs

Sous le nom de code « Aktion 1005 » les Allemands, sur ordre de Himmler, tentent d’effacer toutes les traces des massacres des nazis à l’est. Pour ce faire, il faut ouvrir toutes les fosses communes, en extirper les cadavres et les brûler. Le nom de code tire son origine de l’« Aktenzeichen 1005 », la référence concernant ce projet dans une correspondance entre le chef de la Gestapo SS-Gruppenführer Heinrich Müller et Martin Luther, un fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères. Cette référence servit pour désigner toutes les unités impliquées, qui désormais se nommeront « Sonderkommando 1005 ».

L’« Aktion 1005 » est planifiée au printemps 1942 pour trois raisons :

  1. Les Alliés ont connaissance des massacres à l’est ;
  2. A Chelmno, Auschwitz-Birkenau, Maïdaneck, dans les 3 centres de mise à mort de l’« Aktion Reinhard » et dans d’autres lieux, particulièrement les zones d’action des Einsatzgruppen, les cadavres des victimes gisent dans d’immenses fosses communes : à l’été de 1942 ces fosses commencent à gonfler à cause de la décomposition des corps (notamment à Treblinka et à proximité des Bunker I et II de Birkenau) et un liquide noirâtre et putride s’en échappe. L’odeur épouvantable attire des millions de mouches et la vie aux environs devient difficile. De plus, les autorités locales craignent une contamination des nappes phréatiques…
  3. Les nazis craignent que les générations futures ne comprennent pas ces massacres en masse…

Chacun de ces « Sonderkommandos » comprend plusieurs officiers du SD (« Sicherheitsdienst », Service de sécurité), des hommes de la SIPO (« Sicherheitspolizei », police de sécurité) et des hommes de l’ORPO (« Ordnungspolizei », police d’ordre). Leur travail consiste à surveiller les 100 à 150 Juifs préalablement « sélectionnés » chargés de faire le travail : ouvrir les fosses, en extraire les restes humains, rechercher les éventuels objets de valeur (soit avant, soit après la crémation) et finalement les brûler. Ces Juifs sont exécutés une fois le travail accompli.

7.2. Le travail du kommando

On procède à une phase d’essai entre 1942 et 1943 : les « Sonderkommandos 1005 » s’occupent des centres de mise à mort de Belzec, Treblinka, Sobibor.... Le SS-Standartenführer Paul Blobel, aux ordres directs de Müller supervise l’exhumation et la crémation des cadavres en testant diverses techniques comme par exemple celle de l’alternance d’une couche de bois et d’une couche de corps, ou celle de la crémation sur un immense grill constitué de rails de chemins de fer et de grilles de fer. Dans une seconde phase, de juin 1943 à juillet 1944, les « Sonderkommandos 1005 » ouvrent des centaines de fosses en Pologne, dans les pays Baltes et dans les territoires soviétiques conquis par les Allemands.

Les premières fosses à être ouvertes sont celles du camp de Janowska à Lwow. En août 1943, deux nouvelles unités sont formées à Kiev : le « Sonderkommando 1005-A » et le « Sonderkommando 1005-B ». Le « 1005-A » opère en Ukraine, entre Dniepropetrovsk et Berditchev, notamment à Babi Yar où les 29 et 30 septembre 1941 l’« Einsatzgruppe 4a », celui de Blobel précisément, avait massacré 33.771 Juifs de Kiev : les 18 et 19 août 1943, 40 SS- et SD obligent 327 Juifs détenus du camp de Syrezk, à déterrer les victimes et à les brûler. Puis le Sonderkommando se rend à Berditchev, Belaja Zerkow, Uman et Kamenez-Podolski, où les fosses sont vidées. Puis, comme l’Armée Rouge approche, l’unité est déplacée à Zamosc (District de Lublin) puis à Lodz, pour superviser la déportation du ghetto de Lodz sur Auschwitz.

Le « 1005-B » ouvre les fosses à Dniepropetrovsk, Krivoi Rog et Nikolaiev. Puis il est envoyé à Riga, où il stationne à Salaspils. Dans l’est de la Biélorussie (District militaire) deux « Sonderkommandos 1005 » supplémentaires sont formés : les « Sonderkommandos 7a » et « 7b ». Ils exhument les corps à Gomel, Moghilev, Bobruisk et Vitebsk. Dans l’ouest de la Biélorussie travaille le « Sonderkommando 1005-Mitte », commandé par Max Krahner. Il stationne dans le camp d’extermination de Maly Trostinec près de Minsk, ils exhument et réduisent en cendres entre 40 000 et 50 000 cadavres de Juifs de Minsk et du « Reich ». Puis ils opèrent dans la région de Molodetschno, de Brest-Litovsk, de Pinsk, de Kobrin et de Lomza. Le 16 août 1944 ils sont à Lodz, où ils travaillent en lien avec le « Sonderkommando 1005-A ».

Maly Trostinec : charnier
Maly Trostinec : charnier

Dans bien d’autres villes et régions, de la Baltique à la Yougoslavie, des « Sonderkommandos 1005 » sont localement constitués pour faire disparaître les traces des épouvantables crimes… (Environ 68 000 corps). Beaucoup de membres de ces Sonderkommandos sont finalement transférés en Carinthie (Autriche) pour former l’« Einsatzgruppe Iltis » (Putois) où ils combattent jusqu’à la fin de la guerre les Partisans de Carinthie, d’Italie du Nord et de Yougoslavie du Nord.

Fosse commune en Union Soviétique conquise et nettoyée
Fosse commune en Union Soviétique conquise et nettoyée

7.3. Les procès du « Sonderkommando 1005 »

7.3.1. Procès de Heilbronn, 1962-1963

Rudolf Theimer est condamné à 4 ans de prison pour meurtre collectif d’au moins 45 Juifs ; exécutions individuelles d’un total de 10 personnes, qui furent déportées au camp de Borek pour y être tuées.

7.3.1.1. Procès de Coblence, 1963-1965

Lvov, camp de Janowska : moulin à os du Sonderkommando 1005
Lvov, camp de Janowska : moulin à os du Sonderkommando 1005
Lvov, camp de Janowska : moulin à os du Sonderkommando 100
Lvov, camp de Janowska : moulin à os du Sonderkommando 100

7.3.1.2. Procès de Hamburg, 1968

7.3.1.3. Procès de Stuttgart, 1969

8. Témoignages

8.1. Les rapports des EG

« J'ai lu la plupart des rapports et je les ai passés au Docteur Knoblach, Inspecteur de la Police Criminelle, qui les a compilés en premier. La compilation était publiée quotidiennement sous le titre "Rapports de Situation Opérationnels-URSS". Ces rapports étaient tirés au stencil et je les corrigeais. Après ils étaient polycopiés et distribués. Les originaux des rapports qui étaient envoyés à l'Office Principal de Sécurité du Reich [RHSA] étaient signés pour la plupart par le Commandant de l'Einsatzgruppe ou son adjoint. »

Bialystok : rapport de massacre
Bialystok : rapport de massacre

« En vertu de mes fonctions de chef adjoint et plus tard de chef du sous-département IV A 1, j'estime être un témoin compétent et je peux confirmer que les "Rapports de Situation Opérationnels-URSS" qui furent publiés par le chef de la police de sécurité et le service de sécurité dans le dossier marqué IV A 1 furent compilés à partir des rapports originaux des Einsatzgruppen qui parvenaient à mon sous-département par radio ou par lettre. »

Témoignage de Kurt Lindow, Kurt Lindow, responsable de la réception des rapports à l’état major SS., 21 Juillet 1947. (Procès de Nuremberg, NMT Vol. p. 99-100)

8.2. Babi Yar, par un officier allemand

« C'était comme une migration de masse...Les Juifs chantaient des chants religieux en chemin ». Sur le quai, on leur prenait leur nourriture et leurs biens… »

« Alors les Allemands commençaient à pousser les Juifs pour former de nouvelles files, plus étroites. Ils se déplaçaient très lentement. Après une longue marche, ils arrivaient à un passage formé par des soldats allemands avec des massues et des chiens policiers. Les Juifs étaient fouettés sur leur passage. Les chiens se jetaient sur ceux qui tombaient mais la poussée des colonnes qui se pressaient derrière était irrésistible et les faibles et les blessés étaient piétinés. »

« Meurtris et ensanglantés, paralysés par le caractère incompréhensible de ce qui leur arrivait, les Juifs débouchaient sur une clairière d'herbe. Ils étaient arrivés à Babi Yar, devant eux se trouvait le ravin. Le sol était jonché de vêtements. Des miliciens ukrainiens, surveillés par des Allemands, ordonnaient aux Juifs de se déshabiller. Ceux qui hésitaient, qui résistaient, étaient battus, leurs vêtements arrachés. Il y avait partout des personnes nues, ensanglantées. L'air était empli de cris et de rires convulsifs. »

Cité dans Davidowicz, What is the use of Jewish History, p. 106-107.

8.3. Himmler : Extraits des discours de Poznan

« Je me réfère à présent à l'évacuation des Juifs, à l'extermination du peuple juif. C'est une des choses qu'il est aisé d'exprimer : "Le peuple juif est en train d'être exterminé," déclare chaque membre du Parti ! Effectivement, c'est une partie de nos plans, l'élimination des juifs, l'extermination, nous l'accomplissons... Peuh ! Une bricole ! Et puis ils viennent, 80 millions de braves Allemands, et chacun a son « bon » Juif. »

« Evidemment, les autres, ce sont des porcs, mais celui-là, c'est un Juif de première qualité. Pas un d'eux n'a vu [les cadavres], pas un n'était sur place. La plupart d'entre vous savent ce que c'est que de voir un monceau de cent cadavres, ou de cinq cents, ou de mille. Etre passés par là, et en même temps, sous réserve des exceptions dues à la faiblesse humaine, être restés corrects, voilà ce qui nous a endurcis. C'est là une page de gloire de notre histoire, une page non écrite et qui ne sera jamais écrite. »

(4 octobre 1943)
« Je vous demande avec insistance d'écouter simplement ce que je dis ici en petit comité et de ne jamais en parler. La question suivante nous a été posée : « Que fait-on des femmes et des enfants ? » - Je me suis décidé et j'ai là aussi trouvé une solution évidente. Je ne me sentais en effet pas le droit d'exterminer les hommes - dites, si vous voulez, de les tuer, ou de les faire tuer - et de laisser grandir les enfants qui se vengeraient sur nos enfants et nos descendants. Il a fallu prendre la grave décision de faire disparaître ce peuple de la terre. »
(6 octobre 1943)
Discours du Reichsführer-SS Himmler devant des officiers supérieurs SS à Poznan les 4 et 6 octobre 1943 [Trials of War Criminals Before the Nuernberg Military Tribunals - Washington, U.S Govt. Print. Off.,
1949-1953, Vol. XIII, p. 323 ; et Himmler, Reichsführer-SS, P. Padfield, Henry Holt and Co, NY, 1990, p. 469]

8.4. Massacres à Minsk

Extrait d’un rapport d’un commissaire à Minsk en date du 30 octobre 1941 :

« …Faisant valoir que l'action ne se déroulait pas selon mes instructions et que les coups déjà portés à l'économie avaient fait assez de ravages, j'en exigeai l'arrêt immédiat. Très étonné, le capitaine m'expliqua qu'il avait reçu de son commandant l'ordre de libérer la ville des Juifs sans en excepter un seul, comme cela avait été fait dans d'autres villes. Le nettoyage obéissant à des raisons politiques, jamais jusqu'ici les facteurs économiques n'entraient en ligne de compte. » [...]

« Pour le reste, je me vois obligé à mon regret d'insister sur le fait que, à tout le moins, cette action confinait au sadisme. Durant l'action, la ville elle-même offrait un tableau horrible. Avec une incroyable brutalité surtout de la part des Lituaniens, mais aussi des policiers allemands, les Juifs, et également des Biélorusses, furent poussés hors de leurs logements et emmenés ensemble. Il y eut des fusillades partout dans la ville, et dans plusieurs rues on vit s'entasser les corps des Juifs abattus. »

« Les Biélorusses ont éprouvé les plus grandes difficultés à échapper à la rafle. Outre la manière effroyablement barbare dont les Juifs, y compris de nombreux artisans, furent maltraités sous les yeux des Biélorusses, ces derniers furent également battus avec des matraques et des gourdins. On ne peut plus parler d'une action juive, cela s'apparente bien davantage à une révolution. Moi-même et tous mes fonctionnaires passâmes la journée au milieu de tout cela sans souffler, afin de sauver ce qui pouvait être sauvé. A plusieurs reprises, je dus, revolver au poing, faire sortir des ateliers les hommes de la police allemande et les Lituaniens. Mes gendarmes reçurent la même mission, mais, à cause de la fusillade sauvage, ils furent souvent obligés de fuir les rues pour ne pas être eux-mêmes abattus. »

« Tout ce spectacle était épouvantable. Dans l'après-midi, un grand nombre de voitures à cheval sans cocher se tenaient dans les rues, et je demandai à l'administration municipale de s'en occuper. Il se trouva par la suite que c'étaient des fourgons juifs attribués à l'armée pour le transport des munitions. Les Juifs avaient été simplement enlevés et emmenés, sans que personne prît soin des véhicules. [...] Comme je l'ai mentionné au début, les familles des artisans devaient également être épargnées. Il apparaît aujourd'hui, toutefois, que des gens manquent dans presque chaque famille. »

Cité par Christopher R. Browning,
« Des hommes ordinaires : le 101è bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne » Gallimard, collection Folio, Paris, 1996.

8.5. L’Accord OKW-RSHA du 26 mars 1941

« Les Sonderkommandos sont autorisés, dans le cadre de leur mission et sous leur propre responsabilité, à prendre des mesures exécutives contre la population civile »

« Die Sonderkommandos sind berechtigt im Rahmen irhres Auftrages in eigene Verantwortung gegenüber der Zivilbevölkerung Exekutivmassnahmen zu treffen. »

Accord du 26 mars 1941 entre Wagner de l’OKW et Heydrich du RSHA définissant les conditions d’opération des Einsatzgruppen.

8.6. Un chef des EG témoigne

« L'unité Einsatz pénétrait dans un village ou dans une ville et donnait l'ordre aux citoyens juifs de marque de rassembler tous les Juifs afin de les "réinstaller." »

« On les invitait à remettre tous leurs objets de valeur et, peu avant leur exécution, on leur ordonnait de retirer leurs vêtements de dessus. On les transportait en camion jusqu'au lieu de l'exécution - en général un fossé antichar. (à chaque voyage on n'emmenait que le nombre de victimes pouvant être exécutées sitôt l'arrivée. Ceci afin de limiter au maximum l'espace de temps séparant le moment où les victimes apprenaient ce qui les attendait et celui de leur exécution). »

« Puis des pelotons d'exécution les fusillaient à genoux ou debout.- selon les règles militaires- on jetait les cadavres dans le fossé. Jamais, je n'ai autorisé le tir individuel, j'ai toujours ordonné que plusieurs hommes tirent en même temps afin d'éviter toute responsabilité personnelle directe. D'autres chefs de groupe obligeaient les victimes à s'allonger à plat ventre sur le sol pour recevoir une balle dans la nuque. Je n'approuvais pas ces méthodes. »
« - Pourquoi ? demanda Amen »
« - Parce que, répondit Ohlendorf, c'était psychologiquement une épreuve terrible à la fois pour les victimes et pour ceux qui les exécutaient. »

A propos des camions à gaz :

« On ne pouvait deviner de l'extérieur le but réel de ces remorques. Elles ressemblaient à des camions fermés et elles étaient construites de telle sorte qu'au démarrage du moteur le gaz (d'échappement) pénétrait dans la remorque provoquait la mort en dix à quinze minutes. »
Otto Ohlendorf (Chef de l'EG D) interrogé à Nuremberg par le colonel J.Harlan Amen TMWC IV, p.311-323 - NCA V, p.431-442

8.7. Le rapport Graebe

« Je soussigné Hermann Friedrich Graebe, déclare sous serment ce qui suit :

« De septembre 1941 à janvier 1944, j'exerçais les fonctions de directeur et d'ingénieur en chef de la succursale de Sdolbunow de l'entreprise de construction Josef Jung, à Solingen. En cette qualité, j'avais, entre autres, à visiter les chantiers de la maison. En vertu d'un contrat avec les services de construction de l'armée, celle-ci devait construire des entrepôts de céréales sur le terrain de l'ancien aérodrome de Dubno, en Ukraine. »

« Le 5 octobre 1942, lors de ma visite aux bureaux de construction de Dubno, mon chef d'équipe Hubert Moennikes, demeurant 21, Aussenmüelenweg à Hambourg-Haarbourg, me dit qu'à proximité des chantiers, des Juifs de Dubno avaient été fusillés dans trois grandes fosses d'une longueur d'environ 30 mètres et d'une profondeur de 3 mètres. Le nombre des personnes tuées par jour était d'environ 1.500. Les 5.000 Juifs qui avaient habité Dubno avant le pogrom étaient tous destinés à être liquidés. Les exécutions ayant eu lieu en présence de mon employé, il en restait péniblement impressionné. »

« Je me rendis alors sur les chantiers, accompagné de Moennikes, et je vis près de ceux-ci de grands remblais de terre, d'environ 30 mètres de long et 2 mètres de haut. Plusieurs camions stationnaient dans le voisinage immédiat. Des miliciens ukrainiens armés en faisaient descendre les gens sous la surveillance des soldats SS. Les mêmes miliciens étaient chargés de la garde et de la conduite des camions. Les gens dans les camions avaient sur le devant et dans le dos de leurs vêtements les pièces d'étoffe jaune réglementaires, qui permettaient de les identifier comme Juifs. »

« Moennikes et moi, nous nous dirigeâmes tout droit vers les fosses, sans en être empêchés. Quand nous nous approchâmes du remblai, j'entendis une série de coups de fusil se succédant de près. Les gens, descendus des camions - hommes, femmes et enfants - étaient forcés de se déshabiller sous la surveillance d'un soldat SS, cravache à la main. Ils étaient obligés de déposer les effets dans certains endroits : chaussures, vêtements et linge séparément. Je vis un tas de chaussures, environ 800 à 1 000 paires, de grandes piles de linge et de vêtements. Sans pleurer, ni gémir, ces gens se déshabillaient et se tenaient tout autour en se groupant par famille, en s'embrassant et en se faisant leurs adieux dans l'attente du signe d'un soldat SS qui se tenait debout au bord de la fosse, également une cravache à la main. Durant le quart d'heure que je restais là, je n'entendis pas une seule plainte ou une demande de grâce. J'observais une famille d'environ 8 membres : un homme et une femme âgés d'une cinquantaine d'années, entourés de leurs enfants d'environ 1, 8 et 10 ans, et de deux grandes filles d'environ 20 et 24 ans. Une vieille femme, aux cheveux tout blancs, tenait dans ses bras le bébé, le berçant et lui chantant une chanson. L'enfant, très satisfait, criait de joie. Les parents regardaient le groupe les larmes aux yeux. Le père tenait par la main le garçon de 10 ans, lui parlait doucement ; l'enfant luttait contre ses larmes. Puis le père leva le doigt vers le ciel et, caressant la tête du garçon, sembla lui expliquer quelque chose. A ce moment, le SS qui se tenait près de la fosse cria quelques mots à son camarade. Celui-ci compta une vingtaine de personnes et leur donna l'ordre d'aller derrière le remblai. La famille dont je viens de parler était parmi le groupe. Je me souviens encore de la jeune fille, mince et brune; qui en passant tout près de moi se désigna du doigt en faisant "23" ».

« Je fis le tour du remblai et me trouvai en face d'une fosse commune effroyable. Des corps étroitement serrés étaient empilés les uns sur les autres, de sorte que seules les têtes étaient visibles. La plupart étaient blessés à la tête, et le sang leur coulait sur les épaules. Quelques uns parmi les fusillés bougeaient encore. D'autres levaient les mains et tournaient la tête pour montrer qu'ils étaient encore vivants. La fosse était remplie aux deux tiers. J'évalue à un millier le nombre de corps qu'elle contenait. Je cherchai des yeux l'homme qui avait procédé à l'exécution. C'était un soldat SS, il était assis, les jambes ballantes, au bord de la fosse, un fusil-mitrailleur était posé sur ses genoux et il fumait une cigarette. Les gens, complètement nus, descendirent quelques marches qui étaient creusées dans la paroi argileuse, et se mirent à l'endroit indiqué par le SS. Étendus en face des morts ou des blessés, ils leur parlaient à mi-voix. Puis j'entendis une série de coups de fusil. Je regardai dans la fosse et vis des corps se contracter et des têtes déjà immobiles au-dessus des corps qui gisaient devant eux. Le sang coulait de leurs nuques. J'étais étonné de ne pas recevoir l'ordre de quitter les lieux, mais je remarquai à proximité des victimes deux ou trois postiers en uniforme. Une nouvelle fournée de victimes approchait de l'endroit. Elles descendirent dans la fosse, s'alignèrent en face des victimes précédentes et furent fusillées. »

« Sur le chemin du retour, en contournant le remblai, je vis un nouveau camion, rempli de gens qui venait d'arriver. Cette fois il ne contenait que des malades ou des infirmes. Des femmes déjà nues étaient en train de déshabiller une vieille femme, au corps décharné, aux jambes d'une maigreur effroyable. Elle était soutenue par deux personnes et semblait paralysée. Les gens nus la conduisirent derrière le remblai. Je quittai les lieux en compagnie de Moennikes et regagnais Dubno en voiture. »

« Le lendemain matin, en retournant au chantier, je vis une trentaine de corps nus gisant à trente ou cinquante mètres de la fosse. Quelques uns étaient encore vivants ; ils fixaient l'espace d'un regard figé, semblant ne pas réagir à la fraîcheur du matin et ne pas voir nos ouvriers qui se tenaient tout autour. Une jeune fille d'une vingtaine d'années m'adressa la parole, me demandant de lui apporter des vêtements et de l'aider à s'évader. A ce moment, nous entendîmes le bruit d'une voiture qui s'approchait à toute allure ; je vis que c'était un détachement de SS. Je regagnais mes chantiers. Dix minutes après, des coups de fusil retentirent à côté de la fosse. Les Juifs qui étaient encore vivants avaient reçu l'ordre de jeter les cadavres dans la fosse, puis ils durent s'y coucher eux-mêmes pour recevoir un coup de pistolet à la nuque. »

« Signé: GRAEBE
Wiesbaden, le 10 novembre 1945 »

NCA V, pp.696-699. - N.D., 2992-PS. Dans Poliakov « Bréviaire de la haine », pages 143-145

8.8. « Les camions de la mort »

Lettre du Dr August Becker au SS-Obersturmbannführer Rauff à Berlin, le 16 mai 1942. (Extraits)

Becker est le spécialiste allemand de la mise à mort des être humains par gaz dans le cadre de l'opération dite d'Euthanasie (action T.4) au cour de laquelle des dizaines de milliers de malades mentaux et d'handicapés furent assassinés. Après la fin de sa mission dans le cadre de l'action T 4, il est affecté aux questions techniques des gazages à l'Est. Fin 1941 et début 1942, il a visité tous les Einsatzgruppen opérant en URSS avec des camions à gaz pour tuer femmes et enfants juifs et tziganes. Ceci est l'un de ses rapports...

Kiev, le 16 mai 1942
Affaires secrètes du Reich
Au SS-Obersturmführer Rauff,
Berlin, Prinz Albrechts, 8

« La révision des fourgons des Groupes D et C est achevée. Alors que les fourgons de la première série peuvent être utilisés même par mauvais temps (mais pas trop), les fourgons de la deuxième série (Saurer) s'embourbent complètement par temps de pluie. Par exemple, lorsqu'il a plu, ne serait-ce qu'une demi-heure, le fourgon est inutilisable, il se met à déraper. Il n'est possible de s'en servir que par temps tout à fait sec. La seule question qui se pose est celle de savoir si l'on peut se servir du fourgon sur le lieu même de l'exécution lorsqu'il est immobile. D'abord le fourgon doit être amené sur place, ce qui n'est possible que par beau temps. Le lieu de l'exécution se trouve en général éloigné de dix à quinze kilomètres des routes principales, donc d'accès difficile. D'accès impossible lorsque le temps est humide ou pluvieux. Si les gens à exécuter sont conduits par camion ou amenés à pied, ils comprennent immédiatement ce qui va arriver, et ils s'agitent, ce qu'il convient d'éviter autant que possible. Il ne reste que la seule solution qui consiste à les charger dans les fourgons sur le lieu du rassemblement et de les amener alors au lieu de l'exécution.

J'ai donné l'ordre de camoufler les fourgons du groupe D en roulottes, en plaçant de chaque côté des plus petits une paire de volets, deux paires de volets sur les plus grands, comme on peut en voir fréquemment aux fermes dans les campagnes. Ces fourgons sont devenus si connus que non seulement les autorités, mais aussi la population civile les appelaient « les camions de la mort » dès qu'ils faisaient leur apparition. A mon avis, on ne peut empêcher longtemps ces fourgons d'être reconnus, même camouflés. [...]

A cause du terrain accidenté et de l'état indescriptible des chemins et des routes, les joints d'étanchéité et les rivets finissent par lâcher. On m'a demandé si dans ce cas, il faudrait amener les fourgons à Berlin pour les réparer. Le transport à Berlin est trop cher et demanderait trop de carburant. Pour éviter ces dépenses, j'ai ordonné d'effectuer des soudures pour les petites fuites et lorsque ce s'avérerait impossible, de faire immédiatement savoir à Berlin, par TSF, que le Pol. n°... était hors service.

De plus, j'ai ordonné qu'au moment des gazages les hommes soient tenus aussi loin que possible des fourgons afin de ne pas exposer leur santé à des émanations éventuelles de gaz. J'aimerais saisir cette occasion pour attirer votre attention sur les remarques suivantes : plusieurs commandos font effectuer le déchargement des fourgons après le gazage par leurs propres hommes. J'ai fait remarquer aux commandants des commandos spéciaux concernés les dommages tant moraux que physiques qu'encourent ces hommes, sinon immédiatement du moins par la suite. Les hommes venaient se plaindre à moi de maux de tête qui apparaissaient après chaque déchargement. On ne veut pourtant pas modifier cet ordre, parce que l'on craint que les détenus employés à ce travail ne puissent choisir un moment favorable pour prendre la fuite. Pour protéger les hommes contre ces inconvénients, je demande que des ordres soient donnés en conséquence.

Le gazage n'est pas effectué comme il le devrait. Dans le but d'en finir le plus vite possible, le conducteur appuie au maximum sur l'accélérateur. Ce faisant, les individus à exécuter meurent d'asphyxie au lieu de mourir par perte de conscience comme prévu. Mes instructions ont à présent démontré que par un ajustement adéquat des leviers, la mort survient plus rapidement et les prisonniers s'endorment calmement. Visages convulsés et excréments ne surviennent plus, comme c'était le cas auparavant.

Je poursuis aujourd'hui mon voyage vers le groupe B où un prochain courrier pourra m'atteindre.

Dr Becker, SS-Untersturmführer. Document Nuremberg PS 501.

8.9. Note pour l’entretien des camions à gaz

« Pour un nettoyage facile du véhicule, il faut disposer au milieu du plancher d’un trou de vidange bien étanche. Le couvercle du trou, d'un diamètre de 200 à 300 mm, sera pourvu d'un siphon couché, de façon à ce que les liquides fluides puissent déjà s'écouler pendant le fonctionnement. Au moment du nettoyage, le trou de vidange servira à l'écoulement des grosses saletés. Les changements techniques mentionnés ci-dessus doivent être apportés aux véhicules en service uniquement au moment où ceux-ci auront besoin d'être réparés. Quant aux dix véhicules neufs commandés chez Saurer, ils devront dans toute la mesure du possible être aménagés avec toutes les innovations et changements déduits de la pratique et de l'expérience. » Soumis à la décision du Gruppenleiter II D, SS-Obersturmbannführer Walter Rauff. Signé Just.

9. Le procès des Einsatzgruppen

9.1. Les procès

Le procès des Einsatzgruppen se tient du 03 juillet 1947 au 10 avril 1948 à Nuremberg. C’est le 9ème procès de Nuremberg, placé sous la présidence du juge Michael A. Musmanno. Il y a 24 accusés présents, dont Otto Ohlendorf. Tous sont jugés coupables, 14 sont condamnés à la mort, 7 à des périodes d’emprisonnement allant de 10 ans à la perpétuité, 1 à la prison au temps déjà passé, 2 ne sont pas jugés ou ne voient pas leur peine prononcée. 4 des condamnés à mort ont été exécutés ; 16 ont vu leur peine réduite, 1 a été libéré, 1 est mort de mort naturelle, 1 s’est suicidé durant son procès et 1 a vu son exécution remise à cause de son état mental.

Otto Ohlendorf lors de son procès à Nuremberg
Otto Ohlendorf lors de son procès à Nuremberg
Paul Blobel (1894-1951), commandant du Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C puis responsable de l’opération 1005, lors du Procès des Einsatzgruppen devant le Tribunal Américain (appelé « Tribunal II ») à Nuremberg, 1948
Paul Blobel (1894-1951), commandant du Sonderkommando 4a de l'Einsatzgruppe C puis responsable de l'opération 1005, lors du Procès des Einsatzgruppen devant le Tribunal Américain (appelé « Tribunal II ») à Nuremberg, 1948

Le second procès important est celui de membres du Sonderkommando 4a (rattaché à l'Einsatzgruppe C) pour les 33.771 assassinats perpétrés à Babi-Yar les 29-30 septembre 1941. Ce procès se tient à Darmstadt conformément au droit allemand en 1967-68.

Autres procès : Après l'établissement de la « Landesjustizverwaltungen de Zentrale Stelle » (Office central des administrations juridiques des Länder) à Ludwigsburg, la République Fédérale d'Allemagne a mis en accusation plus de 100 membres des Einsatzgruppen. Aucune sentence de mort n’a été prononcée, vu que la RFA avait entre temps supprimé la peine de mort.

9.2. Les verdicts du procès de Nuremberg

Otto Ohlendorf et Heinz Jost lors de leur procès
Otto Ohlendorf et Heinz Jost lors de leur procès
Ernst Biberstein en 1945
Ernst Biberstein en 1945
Paul Blobel
Paul Blobel
Walter Blume
Walter Blume
Fritz Braune, commandant du Sonderkommando 4b de l’Einsatzgruppe C
Fritz Braune, commandant du Sonderkommando 4b de l'Einsatzgruppe C
Werner Braune, frère de Fritz, chef du Sonderkommando 4B, il commande le Sonderkommando 11B, unité mobile de tuerie de l’Einsatzgruppe D en 1941 et 1942
Werner Braune, frère de Fritz, chef du Sonderkommando 4B, il commande le Sonderkommando 11B, unité mobile de tuerie de l’Einsatzgruppe D en 1941 et 1942
Nosske Gustav, SS Obersturmbannführer, commandant de l’Einsatzkommando 12 de l’Einsatzgruppe
Nosske Gustav, SS Obersturmbannführer, commandant de l’Einsatzkommando 12 de l’Einsatzgruppe
Otto Ohlendorf à Nuremberg
Otto Ohlendorf à Nuremberg
Erich Naumann, chef de l’Einsatzgruppe B
Erich Naumann, chef de l'Einsatzgruppe B
Otto Rasch
Otto Rasch
Martin Sandberger, chef du Sonderkommando SK1
Martin Sandberger, chef du Sonderkommando SK1
Franz Alfred Six
Franz Alfred Six

9.3. Verdicts des autres procès

9.4. Procès en Allemagne de l’Est

9.5. Autres destins

10. Les bourreaux. Biographies

10.1. Achamer- Pifrader Humbert

Humbert Achamer-Pifrader naît le 212 novembre 1900 à Teplitz en Autriche. Il est membre en 1931 du NSDAPautrichien et entre dans la SS en 1935, où il est promu SS-Standartenführer en 1941. En juillet 1942 il est nommé inspecteur de la police de sécurité à Wiesbaden.

En septembre 1942 il succède à Heinz Jost à la tête de l'Einsatzgruppe A qui travaille sur les arrières du groupe d'armée nord en Russie à l'élimination des Juifs et des partisans… Il est décoré le 31 août 1943 de la croix de fer pour ses remarquables actions de lutte anti-partisans… Plus tard, il retourne au RSHA où il prend la direction d'une section du « Referat IVB »

Il est tué à Linz lors d'un bombardement le 25 avril 1945.

10.2. Alvensleben Ludolf-Hermann Emmanuel Georg Kurt Werner von

Fils du général prussien Ludolf von Alvensleben (1844-1912), né à Halle, Ludolf Hermann entre dans les cadets prussiens en 1911. Après la guerre il fait des études d’agriculture tout en s’engageant dans les combats des révoltes de gauche en Allemagne centrale. Il gère le domaine agricole familial et se nomme « seigneur de Schochwitz, Krimpe et Wils ».

Membre du Stahlhelm entre 1923 et 1930 il adhère au NSDAP et est jusqu’en 1934 NSDAP Kreisleiter à Eisleben. Nommé en 1931 SA-Standartenführer, il est inspecteur du Gau en à partir de 1933 élu du parti au Reichstag.

Etant passé dans la SS, Ludolf-Hermann von Alvensleben devient le 5 avril 1934 SS-Obersturmbannführer et commande rapidement la 26è SS-Standarte à Halle. En janvier il est nommé SS-Oberführer et commande à Schwerin. Entre le 14 août 1938 et janvier 1941 il travaille directement avec le Reichsführer SS Heinrich Himmler, qui le nomme en 1939 responsable de l’autodéfense en Prusse Orientale. A ce titre il est responsable de l’assassinat de milliers de civils Polonais avant, pendant et après la campagne de septembre 1939.

Grâce à l’appui de Himmler, il devient très influent au sein de la SS. Nommé en août 1940 SS-Brigadeführer, il devient fin 1941 HSSPF en Crimée et en 1942 major général de la Police. Successivement, il est HSSPF en Mer Noire, SS-Gruppenführer et jusqu’à la fin de la guerre HSSPF Elbe. Le 1 juillet 1944 il est nommé lieutenant général des Waffen SS et de la police. A la fin de la guerre Ludolf-Hermann von Alvensleben fuit en Argentine où il termine tranquillement ses jours sous le faux nom de Carlos Lücke. Il meurt le 1 avril 1970 à Santa Rosa de Toay.

10.3. Baatz Bernhard

Bernhard Baatz naît en 1910 a Dörnitz, suit ses études à Gaudenz, Dessau, Halle et Iéna où il étudie le droit. Le 1 mars 1931 il devient membre de la NSDAP et entre le 1 juillet 1932 dans la SS. De septembre à novembre 1939 il est affecté à l’état major de l’Einsatzgruppe IV dans le cadre de l’opération « Tannenberg » en Pologne. Il revient à Berlin et entre dans le RSHA où il travaille dans la section des affaires polonaises jusqu’en juin 1940, puis aux affaires des territoires nouvellement conquis à l’ouest (France, Belgique, Alsace, Lorraine, Belgique, Hollande, Norvège…). Il est nommé SS-Sturmbannführer. Puis, toujours au RSHA, il passe au service des travailleurs étrangers dans le Reich.

Le 1 août 1943 Baatz est nommé commandant de l’Einsatzkommando 1 (EK 1) chargé de liquider tous les « éléments hostiles et raciaux inférieurs » en Estonie. En octobre 1944 il est nommé KdS dans les Sudètes et s’installe à Reichenberg.

Après la guerre il n’est pas inquiété et devient directeur de la firme de construction Mannesmann à Duisburg. Il n’est arrêté que le 26 juin 1967 et emprisonné dans la prison de Moabit à Berlin. Il est accusé d’avoir assassiné sans jugements 240 travailleurs forcés polonais. Mis en jugement, il est relaxé le 20 mai 1969 suite à de complexes arcanes judiciaires. Il meurt le 26 avril 1978.

10.4. Bach Zelewski Erich von dem

Né à Lauenburg en Poméranie le 1 mars 1899 d’une famille terrienne et aristocratique, Erich Julius Eberhardt von dem Bach-Zelewski (1899-1972) est destiné à la carrière militaire. Combattant lors de la première guerre mondiale, il entre en 1919 dans les Freikorps et devient officier en 1924. Il adhère au parti nazi en 1930 et entre l’année suivante dans la SS. Il sera commandant SS de la région Nord-est puis Sud-est et député de la région de Breslau au Reichstag de 1932 à 1944.

S.S. Obergruppenführer et Général des Waffen-S.S. et de la police, il est nommé par Himmler chef suprême des SS et de la Police (HSSPF) de Russie centrale et chef des unités antipartisanes à partir de juin 1941. Il écrème à ce titre tout l’arrière du front en Russie centrale des Juifs, communistes et partisans… Ainsi sous son commandement seront exécutés fin octobre 1941 plus de 35 000 juifs à Riga, et il participe personnellement à des massacres à Minsk et à Mogilev. En automne 1944 il participe à la répression du soulèvement de Varsovie.

Au procès de Nuremberg, il est témoin à charge contre Himmler et les principaux responsables SS. En mai 1951, il est condamné à dix ans de résidence surveillée par un tribunal de dénazification. Il est le seul officier SS de haut niveau à s’accuser de tueries en masses. Mais il ne sera jamais inquiété pour avoir massacré des Juifs… Par contre, en février 1961 il est condamné à trois ans et demi de prison par le tribunal allemand de Nuremberg pour participation à la purge de 1934 (« Nuits des longs couteaux »), puis condamné à perpétuité en 1962 pour le meurtre de 3 communistes en 1933. Il meurt le 8 mars 1972 à Munich-Harlaching.

10.5. Barth Horst

Né le 22 août 1890 à Stenn, Barth'>Barth fait des études de droit. Il participe à la première guerre mondiale (Croix de fer 2è Classe), adhère au NSDAP le 1 mai 1937 et entre dans la SS le 6 décembre 1938. Chef du SD de Zwickau puis de la police criminelle de Cracovie, il est affecté en 1941 à l’Einsatzgruppe A. Arrêté après la guerre, il se suicide en 1961 avant le début de son procès.

10.6. Bassewitz-Behr Georg-Henning, comte de

Georg-Henning Graf von Bassewitz-Behr est SS-Gruppenführer et lieutenant général des Waffen-SS et de la police.Du 22 novembre 1942 au 24 mars 1943 il est HSSPF en Russie centrale (Mogilev) chargé de la lutte contre les partisans… Puis jusqu’à la fin de la guerre il est HSSPH du district militaire Nordsee à Hambourg.

Le 16 septembre 1947 il est livré aux autorités soviétiques. Il est condamné à 25 ans de travaux forcés pour le meurtre de 45 000 civils dans la région de Dniepropetrovsk. Il meurt dans un camp de travail et Sibérie.

10.7. Becker August

SS-Obersturmführer, Becker est le spécialiste allemand de la mise à mort des être humains par gaz dans le cadre de l'opération dite d'Euthanasie (« action T.4 ») au cours de laquelle des dizaines de milliers de malades mentaux et d'handicapés sont assassinés. Après la fin de sa mission dans le cadre de l'action T.4, il est affecté aux questions techniques des gazages à l'Est. Fin 1941 et début 1942, il visite tous les sites opérant en URSS avec des camions à gaz pour tuer femmes et enfants juifs et tziganes.

Après 1945, Becker échappe aux poursuites et devient représentant de commerce. En 1960, il est déclaré incapable de subir tout interrogatoire ou de purger toute peine en raison de son état de santé.

10.8. Behrends Hermann Johann Heinrich

Behrends naît en 1907 d’un père restaurateur. Il fait des études de droit à Marbourg et le 17 juillet 1932 est docteur en droit. Le 1 février 1932 il entre dans le NSDAP et dans les SS.

Il est juriste pour les SS en Allemagne du Nord (Rüstringen). Heydrich l’appelle au SD le 13 janvier 1934 comme directeur de la section idéologique (« Weltanschauliche Auswertung » II 1) devant s’occuper des francs maçons, des juifs, des ennemis politiques de gauche et de droite… Le 1er février 1934 il devient SS-Obersturmführer, et le 20 avril SS-Hauptsturmführer.

Il joue un rôle non négligeable dans la préparation due la « Nuit des longs couteaux », en établissant la liste des SA et des ennemis politiques à éliminer. Il y gagne ses galons de SS-Obersturmbannführer le 4 juillet. En 1937 il participe au montage de l’« opération Toukatchevsky » visant à discréditer le maréchal, qui sera exécuté sur ordre de Staline…

Le 27 janvier 1937 il est nommé patron de la « Volksdeutsche Mittelstelle » (VOMI), poste qui tiendra jusqu’au 15 avril 1943. La VOMI coordonne les diverses activités des mouvements des « Volksdeutsche » dans les pays limitrophes comme la Pologne, le Luxembourg et Paris : elle y organise des meurtres et des attentats, dresse des listes et prépare les futurs déplacements de personnes…

En mars 1939 Behrends est élu au Reichstag ; Il est aussi vice président de l’organisation nazie des Allemands à l’étranger, directeur des sections sportives d’escrime et de natation du Reich… Il participe à la campagne de France en 1940 et le 1 janvier 1941 il est promu SS-Brigadeführer. Il fait en plus partie du cercle des amis du Reichsführer-SS Himmler.

Il passe successivement par les divisions des Waffen SS « Das Reich », « Charlemagne », « Handschar » (Croatie)… et le 15 mars 1944 il est nommé HSSPF pour la Serbie, le Monténégro et le Sandzak : il mène de nombreuses action de répression et de combats contre les partisans. Du 30 janvier à mai 1945 il est HSSPF « Ostland und Russland-Nord ».

Le 5 juillet 1945 il se rend aux Anglais et est interné dans un camp en Ecosse. Le 16 avril 1946 il est livré à la Yougoslavie. Il est pendu le 4 décembre 1948.

10.9. Biberstein Ernst

Ernest Biberstein (Szymanowsky) naît à Hilchenbach le 15 février 1899. En 1906 la famille déménage à Neumünster en Schleswig-Holstein où il passe son bac. Il se bat en 1917-1918 puis étudie la théologie jusqu’en 1921. Il devient pasteur en 1924 et exerce à Kating, en Schleswig-Holstein. Il s’inscrit au NSDAP le 19 juillet 1926 et entre en 1936 dans la SS (Ministère des Cultes) avant de passer au SD. Il gravit rapidement les échelons dans la SS pour devenir Sturmbannführer en 1939. Il se bat de mars à octobre 1940.

Protégé par Heydrich, il est transféré à Oppeln fin 1940 où il travaille à la Gestapo et est pour la première fois au contact du processus de déportation. A la mort de Heydrich, il est transféré au commandement de l’Einsatzkommando 6 (Einsatzgruppe C) où il œuvre de septembre 1942 à mai 1943. Il avouera entre 2 000 et 3 000 assassinats, et avoir observé personnellement le gazage de 50 à 60 Juifs.

Capturé, il est condamné à mort par un tribunal militaire américain en 1948. Sa peine est commuée à la prison à perpétuité par la Commission de clémence, sans doute sur intervention de l’église évangélique du Schleswig-Holstein. Libéré en 1958 il travaille au service de l’administration de l’église évangélique jusqu’à se retraite. Il décède en 1986 à Neumünster.

10.10. Bierkamp Walther

Walther Bierkamp naît le 17 décembre 1901 à Hambourg. Entre 1919 et 1921 il fait partie du Freikorps Bahrenfeld, un bataillon de garde de l’extrême droite nationaliste de Hambourg. Il poursuit des études de droit qu’il achève en 1928. Il est ensuite avocat jusqu’en 1937 à la cour de justice de Hambourg. Le 1 décembre 1932 il entre dans le NSDAP.

En février 1937 il devient chef de la police de la police criminelle à Hambourg. Le 1 avril il entre dans la SS et le 15 février 1941 il est nommé inspecteur de la police de sécurité et du service de sécurité à Düsseldorf. Il exerce à ce poste jusqu’au 24 juin 1942 avec une interruption entre septembre 1941 et avril 1942 où il est détaché à Paris comme BDS en Belgique et France occupée.

Le 30 juin 1942 le SS-Standartenführer Dr. Bierkamp relève Otto Ohlendorf comme commandant de l’Einsatzgruppe D en Ukraine du sud et en Crimée, sur les traces de la XIè armée. Il suit l’armée qui démarre son offensive en été en direction du Caucase. En août, l’Einsatzgruppe effectue ses premières grandes actions contre les Juifs dans le secteur en utilisant notamment les camions à gaz (enfants des orphelinats de Krasnodar et d’Ejsk, habitants de Piatigorsk) ; les 221 et 22 août, 500 personnes sont exécutées dans la forêt de Krasnodar ; le 1 septembre, c’est le tour des habitants de Mineralnyje Wody, puis les 9 et 10 de ceux de Iessentuki et Kislowodsk. Cette première campagne fait au moins 6 000 victimes… Les survivants, utilisés comme main d’œuvre, sont éliminés les 4 et 5 janvier à Kislowodsk, portant le nombre de victimes à environ 10 000. En mai 1943 l’Einsatzgruppe D est débaptisé en « Kampfgruppe Bierkamp » (« groupe de combat Bierkamp).

De juin 1943 à février 1945 Bierkamp est nommé HSSP du Generalgouvernement. Le 20 juillet 1944, par décret il ordonne que tous les Juifs au travail forcé dans l’industrie d’armement doivent être « évacués » avant l’arrivée des Rouges… « Au cas où il serait impossible de les envoyer pas convois dans les camps, ils seront à liquider sur place, et leurs cadavres devront être éliminés par incinération, par dynamitage ou par d’autres moyens… » Il termine la guerre comme BDS à Stuttgart et HSSPF « Südost » à Breslau.

Le 16 mai 1945, il se suicide à Hambourg.

10.11. Blobel Paul

Blobel naît le 13 août 1894 à Potsdam. Il participe à la première guerre et est décoré de la croix de fer première classe. Il fait ensuite des études d’architecte et exerce à partir de 1924. Il perd son emploi et s’inscrit en décembre 1931 au NSDAP puis à la SS. En mars 1933 il est dans la police de Düsseldorf, et en juin 1934 est transféré au SD avec le grade d’Untersturmführer puis de Standartenführer le 30 juin 1941.

De juin 1941 à janvier 1942 il commande le Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C et est responsable du massacre des juifs d’Ukraine. On lui attribue la responsabilité de l’extermination de 59 018 personnes. Le 13 janvier il est relevé de son commandement pour alcoolisme et raison de santé.

De juillet 1942 à juillet 1944 il est responsable de l’« Aktion 1005 », opération consistant à exhumer et à brûler les centaines de milliers de cadavres des personnes exécutés en Russie afin d’effacer les preuves des massacres des Einsatzkommandos. Blobel utilise pour cela des juifs qui sont exécutés, une fois le travail accompli.

En octobre 1944 il est nommé commandant de l'Einsatzgruppe « Iltis », reliquat de l’Aktion 1005, chargée de la lutte contre les partisans Yougoslave en Carinthie.

Blobel est jugé à Nuremberg en 1948 et condamné à mort par un tribunal militaire américain. Il est pendu le 8 juin 1951 à Landsberg.

10.12. Bluhm Wilhelm

Wilhelm Bluhm naît le 3 janvier 1899 à Berlin. Il est embauché comme conseiller criminel à Francfort sur Main pour le district de Wiesbaden en 1935. Puis il est transféré à Dortmund comme patron de la police criminelle avec grade de SS-Sturmbannführer. Le 8 novembre 1940 il est commandant de la police de sécurité et du SD de Radom dans le Generalgouvernement, puis revient en Allemagne où il est responsable de la police de Weimar.

Le 25 février 1942 il est nommé à Vinniza en Ukraine où il commande la police. A l’automne de la même année il remplace le SS-Hauptsturmführer Rudolf Schmücker à la tête du « Sonderkommando 7c » (« Vorkommando Moskau ») de l’Einsatzgruppe B. Il est tué en cours d’opération en juillet 1943.

10.13. Blume Walter

Blume naît à Dortmund le 23 juillet 1906 et fait des études de droit à Bonn, Iéna et Munster. Il passe son doctorat en droit en 1933 et adhère la même année au NSDAP, sentant là une occasion unique de faire carrière ; le 1 mars il devient chef de la section politique du tribunal de Dortmund. En même temps il travaille pour le service de sécurité. il entre dans la SS le 11 avril 1935. Fin 1935 il travaille dans la Police Secrète de Prusse. Il fait apprécier en haut lieu son savoir faire dans la poursuite des Juifs de Halle et monte en grade.

En décembre 1939 il devient chef de la Gestapo de Berlin. En juin 1941 il commande l’Einsatzkommando 7a de l’Einsatzgruppe B : il « travaille » à Vitebsk où il élimine les juifs, 24 000 selon ses propres dires. Il est relevé en septembre pour avoir attiré l’attention de ses supérieurs sur les conditions psychologiques dans lesquelles « oeuvrent » les bourreaux. Il est affecté au RSHA.

Il est muté dans le « Vorkommando Moskau » qui épure du coté de Smolensk, puis est affecté en Slovénie dans le SD pour combattre les partisans grecs, les soldats anglais échappés et le Juifs. Il travaille ensuite au SD à Düsseldorf et Bad Blankenburg. Retour dans les Balkans en août 1943, il organise la déportation des Juifs de Grèce avec Wisleceny et Burger. Pour noël 1943, il offre aux siens des habits traditionnels des Juifs grecs… Il revient à Berlin fin 1944.

A Nuremberg, condamné à mort par un tribunal militaire américain, il voit sa peine commuée à 25 ans de prison par la Commission de clémence. Il est libéré en 1958. On ignore la date de sa mort.

10.14. Bock Wilhelm

Bock naît à Lübeck le 11 septembre 1903 et devient fonctionnaire de police. Il adhère au NSDAP le 1 novembre 1929 et entre à la SS le 1 août 1935. Il travaille au SD à Vienne puis en Russie et à Vinnitza. De janvier à juin 1942 il commande le Vorkommando Moskau de l'Einsatzgruppe B. On ne connaît pas les circonstances de sa disparition.

10.15. Böhme Klaus

Né à Magdeburg le 10 janvier 1909, Böhme est fils d’instituteur. Il étudie le droit à Halle et Rostock jusqu’en 1936. Il entre dans le NSDAP le 1 mai 1933et devient membre de la SS le 1 novembre. En 137 il sort de l’église luthérienne. En octobre 1938 il est affecté à la police de Kiel En octobre 1940 il est nommé SS-Hauptsturmführer.

Puis il est nommé SS-Sturmbannführer en octobre et chef de la police à Tilsit. Affecté à l’Einsatzgruppe A, il participe le 24 juin 1941 au massacre de Gardsen sur la frontière lettone où 200 civils lituaniens sont exécutés. Puis il commande à Tilsit, chargé de « nettoyer » le secteur frontalier entre l’Allemagne et la Lituanie : jusqu’en octobre 1941 le commando exécute environ 6 000 personnes. A partir d’octobre 1943 Böhme est nommé HSSP à Rovno puis à Jitomir. Au tournant de l’année 1944 il est affecté au RSHA à Berlin.

Après la guerre on le retrouve dans le Lunebourg où il est ouvrier agricole. Puis après avoir menti sur son passé devant la commission de dénazification, il est conseiller fiscal d’octobre 1948 à 1951 à Karlsruhe et conseiller juridique auprès de la caisse d’épargne « Badenia » à Karlsruhe jusqu’en 1956.

Il est finalement démasqué et arrêté le 23 août 1956. Il tente de se défénestrer lors de son arrestation. Il est accusé du meurtre de 3 907 personnes lors d’u procès des à à Ulm et est condamné à 15 ans de prison. Il décède le 31 mai 1960.

10.16. Bradfisch Otto

Né à Zweibrücken le 10 mai 1903, Bradfisch suit des études de droit à Fribourg et devient représentant en assurances. Il adhère le 1 janvier 1931 au NSDAP et entre dans la SS le 26 septembre 1938. Il est enrôlé par le SD et travaille à Neustadt.

De juin 1941 à avril 1942 il commande l’Einsatzkommando 8 de l’Einsatzgruppe B en Biélorussie, puis commande la police de Lodz jusqu’en 1944 où il est l’un des acteurs de la liquidation du ghetto. Bradfisch se distingue particulièrement par son zèle destructeur envers les Juifs : entre août et novembre 1941, son libérales est responsable de la mort de plus de 82 000 personnes.

Un premier procès en 1961 le condamne à 10 ans de prison pour ses activités au sein de l’Einsatzgruppe 8, et un second en 1963 à 13 ans pour ses activités à Lodz. Les deux peines sont confondues. Il meurt le 22 juin 1994.

10.17. Braune Fritz

Fritz Braune naît le 18 juillet 1910 à Mehrstedt. Imprimeur, il adhère au NSDAP le 1 décembre 1931, entre dans la SA puis dans la SS le 1 novembre 1935. Il devient à Berlin employé de l’office central de la Sécurité du Reich, puis après 1940 travaille au SD d’Oslo.

Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie il fait partie d’un Einsatzkommando chargé d’éliminer les Juifs et les opposants politiques. Le 1 octobre 1941 il est nommé commandant du Sonderkommando 4b de l'Einsatzgruppe C, alors que son frère commande le Sonderkommando 11b. Il y restera jusqu’en mars 1942. Son commando œuvre à Kiev, Poltava, Artemovsk et au camp de prisonniers de Losovaya : on déplore des milliers de victimes, juifs, commissaires politiques et résistants.

Son procès n’aura lieu qu’en 1973 : il est condamné à 9 années de prison.

10.18. Braune Werner

Werner Braune naît le 11 avril 1909 à Mehrstedt en Thuringe. Il fait des études de droit à Bonn, Iéna et Munich et devient avocat. Il adhère au NSDAP le 1 juillet 1931 et entre à la SS le 18 novembre 1934. En 1940 il commande la Gestapo de Wesermünde.

Frère de Fritz Braune, chef du Sonderkommando 4B, il commande le Sonderkommando 11B, unité mobile de tuerie de l’Einsatzgruppe D d’octobre 1941 à septembre 1942. Il est le responsable du massacre des Juifs de Simféropol des 11, 12 et 13 décembre 1941 qui fit 14 300 victimes. En janvier 1942, un autre massacre fait 1 180 victimes à Eupatoria. On le retrouve ensuite au SD d’Oslo et de Halle.

Condamné à mort par un tribunal militaire américain le 10 avril 1948, il est exécuté le 7 juin 1951 dans la prison de Landsberg… ce qui n’empêche pas sa veuve d’obtenir une rente.

50 ans après son exécution les autorités de la prison de Landsberg ont fait rénover sa croix tombale du cimetière de Spöttingen (avec celles d’autres détenus exécutés), l’ont fait surmonter d’un petit toit en cuivre et ontfait fleurir sa tombe…

10.19. Buchardt Friedrich

Friedrich Buchardt, juriste de formation, est un « Volksdeutsche » des pays baltiques originaire de Riga. Très tôt il milite pour la nazification des pays baltes. En novembre 1939 il travaille au service d’immigration à Gotenhafen (Gdynia) puis est ensuite actif à Posen et Konstanza sur la Mer Noire. En mars 1940 il est responsable du travail au SD de Lublin. En janvier 1943 il devient commandant de l’Einsatzkommando 9. Il le reste jusqu’en mars 1944 et est promu SS-Obersturmbannführer.

Avec Erhard Kröger, commandant de l’Einsatzkommando 6 il parvient à rendre crédible l’idée de la création d’une « Armée de libération nationale Russe » puis à mettre cette armée sur pied, la fameuse « Armée Vlassov ».

Après 1945 Buchardt n’est pas poursuivi, et est attaché commercial de la « Bau-Finanz-GmbH » à Mannheim. Il publie un ouvrage sur les droits des minorités nationales dans les pays baltes. Il décède en 1982.

10.20. Christensen Theodor

Theodor Christensen poursuit des études de commercial dans la banque et milite en 1923 dans le « Jungdeutschen Orden », organisation antisémite et nationaliste, mais antifasciste, puis au « Bund Wiking » une organisation prônant un régime de dictature militaire. En 1931 il passe dans le NSDAP, entre dans la SA en 1931 et dans la SS en 1935. En 1936, il devient cadre dans le SD.

Nommé SS-Sturmbannführer il est en janvier 1942 chef de la police de sécurité et du SD à Tchenikov et mène de janvier à octobre 1943 le Sonderkommando 4a en Ukraine. Puis à partir de 1944 Christensen commande l’Einsatzkommando 12  jusqu’à la fin de la guerre.

A la fin de la guerre Christensen est interné à Eselsheide près de Paderborn, d’où il s’échappe en octobre 1947. Sous le pseudonyme de Fritz Ramm il est représentant commercial d’une entreprise de construction de wagons à Kassel.

10.21. Christmann Kurt

Kurt Christmann naît en 1907 à Munich et dès 1920 il est membre de la SA dans les organisations « SA-Sturm Klintsch » et « Jungsturm Adolf Hitler ». En 1923 il prend part au putsch de Hitler.

En avril 1933 il entre dans la SS et le NSDAP, et en 1934 passe son doctorat en droit. Sportif, il est champion d’Allemagne de canoë et champion d’Allemagne de ski de la police. Aussi travaille t-il dans les services des sports d’hiver dont il devient le référent SS. En 1938 il est nommé dans la police de Vienne puis d’Innsbruck. En 1939 il est nommé chef de la Gestapo de Salzbourg où il reste jusqu’en juillet 1942.

En août 1942 il est chef de l’Einsatzkommando 10a à Krasnodar. On le retrouve par la suite à la Gestapo de Klagenfurt puis à celle de Coblence. En 1942, Kurt Christmann est nommé SS-Obersturmbannführer.

En 1946 il parvient à s’échapper du camp d’internement de Dachau et travaille jusqu’en 1948 sous le pseudonyme de docteur Ronda auprès des forces d’occupation britanniques. Puis il s’échappe en Argentine par Rome. De retour en 1956, il se voit refuser l’accès aux carrières du droit et se lance dans l’immobilier où il est rapidement promoteur.

Il est cependant démasqué et condamné le 19 décembre 1980 à 10 années de prison. Il meurt le 4 avril 1987.

10.22. Ehlers Ernst

Né le 16 octobre 1909 à Spaanenshoop, juriste de formation, Ehlers entre au parti nazi en 1928 et devient deux ans plus tard SS-Sturmbannführer. Il devient membre de l'Einsatzgruppe B, et opère de juin au 29 septembre 1941 sur le front russe. Il est ensuite transféré en Belgique où il est chef de la Police et des SS et à ce titre responsable de la déportation d’environ 2 000 personnes et de l’organisation des camps de Breendonck et de Mechelen.

En 1943 il est transféré au RSHA, office VII-A où il s’occupe d’idéologie et de la question juive. En 1945, il devient magistrat dans le Schleswig-Holstein. Il est retrouvé en 1975 par Beate Klarsfeld. Mis en accusation, il se suicide le 4 octobre 1980, au début de son procès.

10.23. Ehrlinger Erich

Né le 4 octobre 1910 à Giengen, Ehrlinger Erich est le fils du maire de la cité. Il suit des études de droit à Tübingen, Kiel et Berlin, où il milite activement dans la SA. En 1931, il entre dans la NSDAP. Il y devient instructeur sportif en 1934 à Burg Rieneck. Le 22 juin 1935 il entre dans la SS où il est affecté au SD. En mars 1939, il est chargé des relations avec la presse au sein du SD.

En 1940 il commande l’Einsatzkommado de Prague qui sera transféré à Varsovie, puis d’août 1940 à février 1941, il fait partie d’une délégation SS en poste à Oslo. Il est alors nommé commandant du Sonderkommando 1b de l'Einsatzgruppe A de mai à décembre 1941. Il devient ensuite chef des SS d’Ukraine où il sert jusqu’en 1943. Il est ensuite chef de l’Einsatzgruppe B et chef de la police et des SS de Biélorussie. Il dirige les massacres des Juifs dans la région de Kovno, Daugavpils (Dünaburg) et R?zekne (Rositten). En décembre 1941 il est nommé à Kiev où il continue à commander les massacres, n’hésitant pas à y prendre personnellement part. En septembre 1943 il est nommé SS-Standartenführer et chargé d’achever la liquidation des Juifs de Minsk et de sa région. En mai 1944 il est à Berlin dans l’administration de la SIPO (Police politique). Il disparaît en mai 1945.

Il se cache au Schleswig-Holstein sous le nom d’Erich Fröscher, puis s’installe à Constance où il est responsable de l’accueil au casino. En 1952 il se remarie et reprend son nom d’origine. En 1954 il devient concessionnaire Volkswagen à Karlsruhe, utilisant tranquillement son propre nom.

Arrêté en décembre 1958, il est condamné en 1963 par le tribunal de Francfort à 12 ans de prison. Le tribunal de Karlsruhe réexamine la sentence en décembre 1964, et Ehrlinger est libre en août 1965. En 1969, un autre procès est interrompu en raison de l'incapacité permanente de l'accusé. Il décède en 2004.

10.24. Fegelein Herrmann

Herrmann Fegelein naît le 30 octobre 1904 à Hansbach en Bavière. Il est agent de la police bavaroise entre 1927 et 1929. Cavalier émérite, il participe à des courses dans toute l’Europe entre 1920 et 1930. Il devient l’ami de Christian Weber, qui l’introduit dans le NSDAP et dans la SS le 15 mai 1933.

Sa carrière est rapide. Il est attaché à Himmler à partir de 1936, et est nommé à la tête de l’école de cavalerie SS. En novembre 1939 il est à Varsovie avec la SS Totenkopf, puis à partir de mai 1941 sur le front russe. Il mène des actions d’épuration en Pologne et en Union Soviétique, particulièrement dans les marais du Pripet, laissant derrière lui des milliers de victimes. On a recensé 14 178 juifs, 1 001 partisans, 699 prisonniers soviétiques abattus…

Fin 1943 il est rappelé à Berlin par Himmler qui le nomme officier de liaison auprès du Führer en janvier 1944. Il épouse peu après, le 3 juin 1944 Gertl Braun, jeune sœur d’Eva. Ainsi le massacreur des marais du Pripet entre dans le cercle intime du Führer… En avril 1945, il comprend que tout est perdu. Il fuit la chancellerie le 26. Lancés à sa poursuite, les SS le trouvent à Charlottenbourg, en habit civil, prêt à partir en Bavière. Ramené à la Chancellerie, accusé de comploter avec le « traître » Himmler, il est dégradé et fusillé le 29 avril 1945.

10.25. Fendler Lothar

Après des études de dentiste de 1932 à 1934 et après avoir passé dans la Wehrmacht de 34 à 36, Officier SS du SD, Fendler est affecté au SD dans les SS. Nommé Sturmbannführer il est versé dans l’Einsatzgruppe C, et devient l’adjoint du colonel Blobel à la tête de l’EK 4a, qui massacre en Ukraine de mai à octobre 1942. A Nuremberg, accusé d’avoir exécuté 600 juifs à Tarnopol, il est condamné à dix ans de prison par un tribunal militaire américain. Sa Peine est réduite à huit ans par la Commission de clémence.

10.26. Filbert Albert

Après des études de droit, Filbert entre en 1935 dans le « Sicherheitsdienst » (SD), où il se fait remarque par Heinz Jost qui le fait promouvoir en janvier 1939 SS-Obersturmbannführer pour son zèle et la qualité de son travail. Après la création du RSHA le 27 septembre 1927, il est affecté à l’Amtsgruppe A « Services généraux » dans l’Amt VI (SD-étranger).

En juin 1941 Filbert prend le commandement de l’Einsatzkommando 9 (EK 9) de l’Einsatzgruppe B (EG B), commandé par le SS-Brigadeführer Arthur Nebe : il opère en Lituanie et en Biélorussie. L’EK 9 de Filbert part de Pretzsch, et par Posen, Varsovie et Treuberg se retrouve le 1 juillet à Varena, à 70km au sud de Vilno. Entre le 20 et le 24 juillet il « travaille » du côté de Wilejka et Molodeczno ; le 2 août il atteint Vitebsk d’où il rayonne dans les localités de Polozk, Lepel, Newel, Surash, Janovitchi et Gorodok. Le 23 septembre l’EK 9 massacre 1 025 Juifs de Janovitchi, puis combat les « partisans » et le 8 octobre 1941 liquide le ghetto de Vitebsk. Le 20 octobre 1941, Filbert est relayé par Oswald Schäfer et retourne à Berlin. D’après les rapports, 11 449 personnes ont été exécutées sous sa direction.

« Son comportement durant cette action était celui d’un nazi convaincu. C’était un responsable sévère, qui tenait fermement ses commandos, et se comportait vis-à-vis des membres des commandos, surtout ceux qui avaient rang d’officier, d’une manière distante, exigeant la stricte exécution de ses ordres, et était totalement insensible à toutes les exceptions et à tous les motifs pouvant limiter les fusillades »
Témoignages de membres des commandos.

A Berlin, il est écarté durant deux ans sur soupçon de détournement de devises. Il semble que l’arrestation de son frère, soupçonné de sympathie pour Elser, auteur de l’attentat contre Hitler du 8 novembre 1939, ne soit pas étrangère à cette mise à l’écart.

Il est réintégré dans le RSHA en 1943 dans le service de criminalité économique (Amt V - RKPA). En avril 1945 il se met à la recherche de sa famille au Schleswig-Holstein et se réfugie à Bad Gandersheim où il vit jusqu’en 1950 sous le pseudonyme de Dr. Selbert avant de reprendre son vrai nom suite à la loi d’amnistie du 31 décembre 1949. Employé par la « Braunschweig-Hannoverschen-Hypothekenbank », Filbert devient en 1958 directeur de la filiale de la banque à Berlin.

Filbert est finalement arrêté en février 1959 et accusé pour ses activités de commandant de l’Einsatzkommando. Il est condamné le 22 juin 1962 par le tribunal de Berlin pour meurtre collectif d’au moins 6 800 personnes à la prison à vie. Il est libéré début juin 1973. Il meurt le 30 juillet 1990.

10.27. Findeisen Wilhelm

Ex chauffeur de Heydrich, il est conducteur d'un camion de gazage au Sonderkommando 4a. Il est condamné pour complicité d'assassinats.

10.28. Fuchs Wilhelm

Né à Mannheim, Wilhelm Fuchs entre le 1 avril 1932 dans le NSDAP et dans les SS le 1 décembre de la même année. Le 11 juillet 1933 il est nommé SS-Untersturmführer et le 20 avril 1938 SS-Standartenführer, date à laquelle il est inspecteur du SD à Braunschweig.

En avril 1941, lors du déclanchement de la guerre des Balkans, il est nommé chef de l’« Einsatzgruppe Serbien ». Calme au départ, la région s’enflamme lorsque la Wehrmacht entre en Russie. Fuchs est chargé alors de combattre les partisans par tous les moyens en Serbie. Il n’y réussit que moyennement et est remplacé fin janvier 1942 par le SS-Standartenführer Dr. Emmanuel Schäfer, auquel Reinhard Heydrich demande d’agir avec plus de fermeté…

En juin 1942 Fuchs est le représentant du SS- und Polizeiführer Lettland, SS-Oberführer Walther Schröder. Puis il est jusqu’au 14 septembre 1943 HSSPF « Mitte » à Braunschweig. Le 15 septembre 1943 il est à nouveau engagé à l’est comme commandant de l’Einsatzkommando 3 (jusqu’au 06 mai 1944) puis commandant de l’Einsatzgruppe A (du 7 mai au17 octobre 1944). Enfin pour quelques jours il commande l’Einsatzgruppe E « Kroatien », pour retourner en Ukraine le 10 novembre 1944.

Capturé à la fin de la guerre, Fuchs est livré aux Yougoslaves. Il est condamné à mort par le tribunal de Belgrade le 22 décembre 1946 et pendu le 24 janvier 1947.

10.29. Gottberg Curt von

Gottberg naît le 11 février 1896 à Witten en Prusse, d’une très ancienne famille noble de Poméranie. Après une formation dans l’agriculture, il est mobilisé le 2 août 1914 et fait pratiquement toute la guerre. A cause de nombreuses blessures, il est déclaré grand blessé de guerre. Il obtient la croix de fer de 1ère et 2ème classe. Il reste en tant qu’officier dans la Reichswehr jusqu’en 1920 puis passe dans la célèbre Brigade de Marine Ehrhardt. En 1924 il retourne en Prusse pour achever sa formation agricole.

En 1931 il entre dans la SA et en février 1932 adhère au parti nazi. Il se retrouve dans la SS en septembre de la même année. Fin 1933 il est SS-Sturmbannführer. En 1936 il doit prendre en main la formation militaire de la 49ème SS-Standarte à Braunschweig, mais il est victime d’in accident d’auto et doit être amputé sous le genou gauche. Grâce à Himmler, les soins sont pris en charge et le Reichsführer le nomme en juin 1937chef de la section « émigration » dans le « Rasse- und Siedlungshauptamt » (RuSHA). Il est aussi nommé commissaire au service du cadastre de Prague. Il s’y rend coupable de malversations au point que son chef au RuSHA Günther Pancke le menace en 1939 d’internement dans un camp de concentration… Il lui faut des appuis haut placés pour échapper au pire et ne sera « blanchi » qu’en avril 1942…

Il est alors nommé en Biélorussie et se retrouve SSPF le 14 mars 1943 puis HSSPF Russie centrale. Ce « protégé » de Himmler peut démontrer toutes ses qualités de chef… Il développe de nouvelles méthodes de combats contre les partisans : il devient un « professionnel du combat des Partisans », vidant des régions entières de leurs habitants, brûlant, pillant et massacrant…

Un ordre signé de sa main du 7 décembre 1942 est très clair : « Doit être regardé comme ennemi chaque bandit, chaque Juif et chaque Tzigane ». Le 5 décembre il fait un rapport sur sa première « action » de nettoyage, « Nuremberg » : « Ennemis tués : 799 bandits, plus de 300 personnes soupçonnées de faire partie de bandes, plus de 1 800 juifs… […] propres pertes : 2 morts et 10 blessés. Il faut avoir de la chance »…

Par la suite le « groupe de combat Gottberg » et coordonné de commun avec le terrible « Sonderkommando Dirlewanger » par le SS-Obergruppenführer Bach-Zelewski et se rend coupable de milliers de meurtres contre des civils en Biélorussie. Peu de temps avant l’effondrement du front de l’est, Gottberg est nommé en juin 1944 « HSSPF Russie centrale et Ruthénie blanche » et élevé au grade de SS-Obergruppenführer. Himmler prévoit de le nommer chef de la lutte anti partisane en France, mais l’avance des Alliés à l’ouest empêche la réalisation du projet.

Gottberg est arrêté par les Anglais à la fin de la guerre. Il se suicide dans sa cellule le 31 mai 1945.

10.30. Haensch Walter

SS du SD, il est versé dans l’Einsatzgruppe C où il commande l'Einsatzkommando 4b. Condamné à mort par un tribunal militaire américain à Nuremberg, il voit sa peine commuée en quinze ans de prison par la Commission de clémence.

10.31. Hafner August

SS Obersturmführer, il est le commandant d'une section du Sonderkommando 4a. Il est condamné à 8 ans de prison par le tribunal de Darmstadt en 1973.

10.32. Hans Kurt

SS Obersturmführer, commandant d'une section du Sonderkommando 4a, il est condamné à 11 ans de prison pour complicité de meurtre en 1968.

10.33. Hausmann Emil

SS travaillant au SD, Hausmann fait partie de l’Einsatzgruppe D où il commande l'Einsatzkommando 12. A Nuremberg, jugé par un tribunal militaire américain, il se suicide pendant le procès.

10.34. Herrmann Günther

Günther Herrmann naît le 15 septembre 1908 à Minden. Il étudie le droit à Kiel, Göttingen et Münster. Il entre au NSDAP le 1 mai 1933 et dans la SS le 25 juin 1935. Nommé SS-Untersturmführer le 9 novembre de la même année, il dirige de 1936 à 1939 la Police d’état et le SD de Kassel.

En juin 1941 il devient commandant du Sonderkommando (SK) 4b de l’Einsatzgruppe C et arrive avec son commando à Lemberg-Lvov en Galicie le 30 juin 1941. Il y est chargé d’y créer une milice d’auxiliaires ukrainiens avec le soutien de la Wehrmacht. Il mène ensuite de juillet à novembre 1941 son commando de tueurs à Tarnopol, Proskurov, Vinniza, Kirovograd, Kremenchug, Poltawa où il massacre en plus de ses tueries « habituelles » 565 patients de l’hôpital psychiatrique de la ville.

Nommé SS-Obersturmbannführer il commande ensuite d’octobre 1942 à mars 1943 l’Einsatzkommando (EK) 12 de l’Einsatzgruppe D derrière la XIè armée jusque dans le Caucase, où il bat en retraite à partir de février. A partir du 4 avril 1943 il est nommé commandant de l’Einsatzgruppe E en Croatie où il est actif jusqu’en fin 1944. Le 30 janvier 1945 il est nommé SS-Standartenführer.

Il n’est jugé que le 12 janvier 1973 par la cour de Düsseldorf : pour meurtres de Juifs et de malades mentaux à Poltava, Artemowsk, Vinniza, Kirovograd et Gorlowka (Ukraine), il est condamné à 7 ans de prison.

10.35. Hubig Hermann

Juriste spécialisé dans les affaires économiques, Hubig est depuis 1933 membre du NSDAP et actif dans le SD de Prague en 1939. En septembre 1941 il est affecté à l’état major de l’Einsatzgruppe A. Il mois plus tard, il est nommé commandant d’un commando de l’Einsatzgruppe, puis commande, de juin à octobre 1942, l’Einsatzkommando 1b. Après la guerre il disparaît sous un faux nom.

10.36. Isselhorst Erich

Erich Isselhorst naît le 5 février 1906 à Saint Avold en Lorraine. Il étudie le droit et est docteur en 1931. En 1932 il est member du NSDAP puis entre dans la SS en novembre 1934. Il est affecté à la Gestapo à Erfurt, à Cologne et à Munich jusqu’en février 1942.

Il est ensuite affecté à l’Einsatzgruppe B à Smolensk, et de septembre à novembre 1942 commande l’Einsatzkommando 8 à Mogilev et, jusqu’en juin 1943, l’Einsatzkommando 1 à Krasnogvardeisk. Puis jusqu’en octobre 1943 il est KdS à Minsk où il supervise la direction du Sonderkommandos 1b de l’Einsatzgruppe A.

De janvier 1944 au 10 décembre 1944 il est commandant de la police et du SD à Strasbourg et inspecteur du SD dans la région militaire de Stuttgart. Le 9 novembre 1944 il est nommé SS-Standartenführer.

Fait prisonnier, il est condamné à mort par un tribunal militaire français et fusillé à Strasbourg le 23 février 1948.

10.37. Jäger Karl

Karl Jäger naît le 20 septembre 1888 à Schaffhausen en Suisse. Il participe à la première guerre et adhère au NSDAP en 1923. Il entre dans la SS en 1932.

Le 1 mai 1938 il entre dans le SD et en 1939 est chef du SD de Munich. Après un passage en Hollande il est nommé en juin 1941 commandant de l’Einsatzkommando 3 de l’Einsatzgruppe A qui opère en Lituanie. Le 3 décembre 1941 il est commandant du SD et de la police de sécurité du Generalkommissariat de Lituanie et s’installe à Kaunas. Il est surtout célèbre par son fameux rapport du 1 décembre 1942 sur les tueries de l’Einsatzkommando EK3.

Le 24 mai 1944 Jäger deviant président de la police de Reichenberg dans les Sudètes. A la fin de la guerre il réussit à se cacher et travaille comme valet de ferme. Il vit dans une ferme près de Heidelberg, où il est finalement arrêté en avril 1959. Il se suicide en prison, à Ludwigsburg, durant l’examen de son cas le 22 juin 1959.

10.38. Janssen Adolf

SS Hauptsturmführer, il commande une section du Sonderkommando 4a. Il est condamné à 11 ans de réclusion en 1968.

10.39. Jeckeln Friedrich

Jeckeln naît à Hombourg en Forêt Noire le 2 février 1895. Il est artilleur sur le front ouest et entre dans la Luftwaffe après une grave blessure en 1916. Après la guerre il est gérant de domaine près de Dantzig, puis connaît le chomage. Membre d’un Freikorps, il adhère au NSDAP le 1 octobre 1929 et entre dans la SS le 15 mars 1930 où il est rapidement SS-Sturmbannführer. Il engage alors une fulgurante ascension dans le parti et la SS. En 1932, il est député au Reichstag.Il n’hésite pas à perpétrer des attentats à la bombe et à recourir à la terreur, principalement contre les communistes. Il est directement impliqué dans les meurtres de Rieseberg avec ses complices Alpers et Klagge : lors des cette journée du 4 juillet 1933, en réponse à la mort d’un SS, 11 militants communistes sont assassinés. De 1933 à 1936, Jekeln est commandant de la section régionale du parti à Braunschweig et est nommé dès 1933 SS-Gruppenführer. En mai et juin 1940, il se bat sur le front ouest avec la 2è division « Totenkopf ».

A partir de 1940 Jeckeln est HSSPF Ouest à Düsseldorf. Il participe à l campagne de France comme commandant du régiment des Totenkopfverbände de Theodor Eicke. En juillet 1941 il est nommé HSSPF de l’Ukraine occupée. Entre le 10 août et le 1 septembre ses troupes massacrent 23 600 Juifs ukrainiens et hongrois à Kamenez-Podolski. Puis c’est sous ses ordres et ceux de Rasch et de Blobel le terrible massacre de Babi Yar à Kiev (33 771 personnes massacrées entre le 29 et le 30 septembre 1491). Suivent d’autres massacres qui au 12 octobre 1941 feront encore 51 000 victimes. Enfin, il est responsable d’autres massacres comme ceux de Rowno et de Dniepropetrovsk.

Le 11 octobre il est nommé HSSPF en Baltique et Biélorussie est s’installe à Riga. Il est chargé de liquider le ghetto pour faire de la place aux futures déportations des Juifs du Reich : les 30 novembre et 8 décembre 1941, ses troupes, soutenues par des troupes d’auxiliaires lettons, massacrent 25 000 Juifs du ghetto (dont 21 000 femmes et enfants) dans la forêt de Rumbula. Il y participle personnellement et y fait assister des gradés de la Wehrmacht et du Generalkommissariat afin de les impliquer et de s’assurer de leur silence…

Début 1942 il participe à l’« Aktion Sumpffieber », « fièvre des marais » au cours de laquelle ses troupes, sous couvert de lutte contre les partisans, éliminent des milliers de Juifs de divers ghettos, et à laquelle participe toujours sont état major.En février 1945, Jeckeln est nommé commandant général de la région de Breslau.

Arrêté à la fin de la guerre, il est traduit avec d’autres complices devant le tribunal militaire soviétique de Riga. Le 3 février 1946 il est condamné à mort et pendu le jour même devant des milliers de personnes près du fleuve Duna.

10.40. Jost Heinz

Heinz Jost naît à Homberg en Hesse le 9 juillet 1904 d'un père pharmacien. Bachelier en 1923 il adhère au mouvement « Jungdeutschen Orden », nationalise et antisémite, mais républicain. Il étudie le droit à Giessen et Munich, adhère au NSDAP en 1928 et s'installe comme avocat en 1930 à Lorsch. Après 1933 il est nommé directeur de la police à Worms puis à Giessen. Il se lie avec Werner Best qui le fait entrer au SD. Il y fait rapidement carrière : il devient en 1934 chef de la section II (Abwehr) du SD, et en 1938 chef de l'« Einsatzgruppe Dresden » avec lequel il travaille en Tchécoslovaquie, y commettant ses premières exactions et meurtres.

En août 1939, le SS-Brigadeführer Heinz Jost est chargé par Heydrich de se procurer des uniformes polonais qui seront utilisés lors de l'incident de Gleiwitz.

Dans le RSHA nouvellement créé, Jost devient le chef de l'office VI « Ausland », le servide de sécurité pour les pays étrangers. Il y est remplacé en mars 1942 par Walter Schellenberg, pour être nommé à la tête de l'Einsatzgruppe A où il succède à Walter Stahlecker, tué par les partisans. Il est en même temps nommé BdS (Befehlshaber des Sicherheitspolizei, commandant de la police de sécurité) pour l'Ostland et Riga. Il y est actif jusqu'en septembre.

Sa carrière piétine alors au sein du RSHA, sans doute à cause de son amitié pour Best, le rival de Heydrich. En 1945, Himmler le met à la retraite d'office et le sort de la SS.

Capturé par les Alliés à Gardelegen en 1945, il est condamné à Nuremberg lors du procès des Einsatzgruppen à la prison à vie en 1948. Libéré en 1951, il travaille dans l'immobilier à Düsseldorf et meurt en 1964 à Bernsheim.

10.41. Klingelhöfer Waldemar

Né à Moscou le 4 avril 1900, Klingelhöfer suit ses études à Kassel où la famille s’est établie. Entre juin et décembre 1918 il participe à la guerre dans une compagnie de pionniers puis adhère au Freikorps Rossbach. Il termine des études musicales et devient chanteur d’opéra. En juin 1930 il s’inscrit au parti et en février 1933 dans la SS. En 1937, il travaille au département de la culture du SD de Kassel.

Le 22 juin 1941 il prend le commandement du « Vorkommando Moskau », unité mobile de tuerie dépendant de l’Einsatzgruppe B. Il y succède à Franz Six et y reste jusq’en octobre. A cette date, son commando a éxécuté au moins 2 457 personnes. De décembre 1941 à décembre 1943 il travaille au quartier général de l’Einsatzgruppe B. Retour dans le Reich, il est affecté à l’Office VI de l’Office central de la Sécurité du Reich dans la ville de Fulda.

Pris à la fin de la guerre, il est condamné à mort à Nuremberg le 10 avril 1948, par un tribunal militaire américain. Sa peine est commuée en prison à perpétuité par la Commission de clémence et il est ibéré en 1956. Il travaille à Villingen comme employé et décède vers 1980.

10.42. Kutschera Franz

Kutschera Franz naît le 22 février 1904 à Oberwaltersdorf en Autriche. En 1918 - 1919 il est cadet de la marine austro-hongroise ; il est ensuite jardinier et vit en Tchécoslovaquie. Il entre dans le NSDAP fin 1930 et dans la SS fin 1931. Entre 1935 et mars 1939 il est le responsable de la 90è SS-Standarte « Carinthie » qui sera rebaptisée après sa mort « Franz Kutschera ». C'est un nazi très convaincu qui sera nommé en 1940 Gauleiter de Carinthie. Il est aussi élu du Reichstag après l'Anschluss et juge honoraire au tribunal du peuple.

En 1940 il est nommé SS-Brigadeführer et fin 1942 major général de la police. Il se signale particulièrement par le combat impitoyable qu'il mène contre les bandes de partisans à l'est. Fanatique redoutable, il est nommé HSSPF du district de Mogilev en avril 1943 et du district de Varsovie en septembre 1943. Il y mène de terribles actions de répression.

Il est tué dans sa voiture le 1er février 1944 lors d'un attentat perpétré par l'armée secrète polonaise « Armia Krajova » à Varsovie.

10.43. Landau Felix

Né à Vienne, Landau rejoint dès 1925 les jeunes nazis autrichiens. En 1930 il s’engage dans l’armée autrichienne et devient responsable nazi dans son régiment. En 1933 il est exclu de l’armée pour activités pro nazies. Il est membre de la SA de 1933 à 1934, pouis entre dans la SS. Il est emprisonné pour participation à l’assassinat de Dolfuss en 1934 ; libéré en 1937, il part en Allemagne où il se marie et est naturalisé.

En 1940 Landau fait partie de la Gestapo de Radom, puis est engagé dans un Einstzgruppe en juillet 1941, où il est responsable des équipes de travailleurs juifs. Il participe à de nombreux meurtres.

En 1946, un ancien « travailleur juif » le reconnaît à Linz et il est arrêté par les Américains. Il s'évade du camp d'internement de Glasenbach en 1947 et vit jusqu'en 1958 sous le nom de Rudolf Jaschke comme vendeur de réfrigérateurs et décorateur d’intérieur.

Arrêté en 1959, il est condamné en 1963 à la réclusion criminelle à perpétuité par le tribunal de Stuttgart.

10.44. Lange Herbert

Herbert Lange naît à Menzlin en Poméramie le 29 septembre 1909. Il poursuit des études de droit mais échoue et rejoint les rangs du NSDAP le 1 mai 1932, entre dans la SA trois mois plus tard et enfin dans la SS l’année suivante. En 1935, il est dans les rangs de la police et en 1938 il obtient le grade de SS-Untersturmführer. En août 1939 il rejoint à Francfort sur Oder les 150 membres de l’Einsatzgruppe VI, commandée par le SS-Oberführer Erich Naumann, formée en vue de l'invasion de la Pologne.

Le 12 septembre l’Einsatzgruppe VI marche sur Poznan dans le Warthegau. Naumann forme un Sonderkommando dont il confie le commandement à Lange. Sur ordre du Gauleiter du Warthegau Arthur Greiser, Lange est chargé de créer un camp de concentration à Poznan. Ce camp est établi dans le Fort VII (Fort Colomb), un des bastions des énormes fortifications construites par les Prussiens pour défendre jadis la ville. Lange est le premier, mais éphémère commandant du KL fort VII, du 10 au 16 octobre 1939, cargé de trouver un emplacement, de l’organiser et d’y amener les premiers détenus.

A partir de mi-octobre à la tête de son Sonderkommando (appelé « Sonderkommando Lange ») il est chargé, sans doute sur ordre personnel de Himmler, des actions d’euthanasie dans la région de Wielkopolska, principalement dans les maisons de santé de Koscian, Owinska et Gniezno. À partir de ce moment, le Sonderkommando Lange va opérer de manière complètement indépendante, car il reçoit ses ordres directement du RSHA de Berlin. Pour ses actions d’euthanasie, Lange utilise les chambres à gaz mobiles (camions à gaz ou tracteur avec remorque à gaz sur lesquels est inscrite une publicité « Kaiser's Kaffee Geschäft ». Le bilan est effrayant :

Le travail de Lange en matière d’euthanasie sera apprécié par la direction de SS puisque le 20 avril 1940 Lange est promu au grade de SS- Obersturmführer. Par la suite, il est responsable du « nettoyage » de la région de Konin et est chef de la Police criminelle de Poznan de fin 1940 à décembre 1941 tout en continuant l’épuration. Le 7 décembre 1941 il est nommé premier commandant du camp d’extermination de Chelmno. Il y est chargé par Himmler et Greiser d’aménager le lieu et de le faire fonctionner. Mais le 21 février le commandement lui est retiré et il s’en va ainsi que les deux chauffeurs des camions à gaz qui l’y avaient accompagné.

Il est rappelé à Berlin pour travailler au service de Sécurité du Reich et sert comme « Kriminalrat » sous les ordres d’Arthur Nebe. En 1944 il participe à l’arrestation des conspirateurs de l’attentat du 20 juillet, ce qui lui vaut le grade de SS-Sturmbannführer. Les circonstances de sa mort ne sont pas claires. Il a sans doute été tué le 20 avril 1945 lors de la bataille de Berlin.

10.45. Lange Rudolf

Martin Franz Rudolf Erwin Lange naît à Weisswasser le 18 avril 1910, passe sa maturité à Strassfurt en 1928 et fait des études de droit à Iéna, Munich et Halle. Il adhère à une association de jeunesse germanique. Il adhère à la SA le 14 novembre 1933. Le 5 septembre 1936 il entre dans l’Office central de la Gestapo à Berlin. En 1937 il entre dans la SS et y fait rapidement carrière qui culmine avec sa nomination comme Obersturmbannführe le 9 novembre 1943.

Après une période passée dans l’administration dans l’Office centrale de la Police à Berlin, il est affecté en 1938 au staff du commandant de la police de Vienne avec comme objectif de « digérer » la police autrichienne. Il travaille ensuite en 1940 dans la police d’Erfurt et dans celle de Kassel et retourne à Berlin en septembre 1940.

Fin 1941 il est affecté à l’Einsatzgruppe A et il dirige le Kommando 2 de cette unité spéciale chargée de « hettoyer » à l’arrière de la Wehrmacht. Le 3 décembre 1941 il est nommé commandant du SD pour le district général de Lettonie. Il dirige le massacre des Juifs de Lettonie et de la région de Riga. Il obtient en 1944 la croix de fer première classe…

Début 1945 il est commandant le la police de Posen. Il défend Posen avec fanatisme contre les russes et est nommé Standartenführer le 30 janvier 1945. C’est là qu’il perd la vie début février.

10.46. Meier August

August Meier naît le 8 août 1900 à Mayence et participe à la première guerre mondiale comme artilleur. Il adhère au parti en mai 1933 et entre dans la SS le 15 septembre 1933.

De septembre 1941 à juin 1942 il commande l’Einsatzkommando 5 et de juin à novembre 1942 le Sonderkommando 4b. Les rapports d’activité qu’il transmet lorsqu’il est chef de l’Einsatzkommando 5 sont édifiants : il y rapporte le nombre de partisans et de juifs éliminés à Keiv, Rovno, Jitomir, Dniepropetrovsk… un total d’environ 55 000 victimes…

En 1944 il est dans la région de Limoges à la tête d’un Einsatzkommando luttant contre la résistance, puis est affecté au SD de Breslau et Wiesbaden. A la fin de la guerre, il se suicide.

10.47. Meyszner August Edler von

August Edler (1886-1947) von Meyszner est nommé en 1941 major général et commandant de la police d'ordre en Norvège. En janvier 1942 il est HSSPF de Serbie et responsable général de l'économie du pays. Il reste à ce poste jusqu'en 1944. Durant son commandement, 15 000 femmes et enfants juifs sont exterminés. Pour ce faire le RSHA lui envoie début mars 1942 un camion à gaz affecté au camp de concentration de Semlin.

Capturé, Von Meyszner est condamné à mort et exécuté en Yougoslavie le 20 janvier 1947.

10.48. Naumann Erich

Erich Naumann naît à Meissen le 19 avril 1905. A 16 ans, il abandonne ses études pour travailler dans une entreprise commerciale. Il adhère au parti le 1 novembre 29 et entre dans la SS le 1 juillet 1935. Il travaille ensuite dans la SS, spécialement dans le SD, le service de sécurité. Rapidement il devient inspecteur de la police de sécurité et du SD à Nuremberg.

Lors de la campagne de Pologne il commande l’Einsatzgruppe VI dans le cadre de l’opération « Tannenberg » visant à éliminer l’intelligentsia polonaise. En novembre 1941 il est promu SS Oberführer, et devient commandant de l'Einsatzgruppe B, où il remplace Artur Nebe, et ce jusqu’en mars 1943. A ce titre, il est responsable de la mort d’au moins 17 000 personnes et Biélorussie. En décembre 1942, il annonce à Berlin un « bilan global » de 134 298 victimes. Il est promu S.S. Brigadeführer et major général de la police, et en avril 1943 commandant du service de sécurité de Hollande, puis de Nuremberg à partir de novembre 1944.

Arrêté par les Alliés il comparaît devant le tribunal de Nuremberg. Condamné à mort par le tribunal militaire américain en 1948, il est exécuté en le 7 juin 1951 à Landsberg en compagnie de ses comparses Oswald Pohl, Otto Ohlendorf, Paul Blobel et Werner Braune.

10.49. Nebe Arthur

Fils d’enseignant, Arthur Nebe naît le 13 novembre 1894 à Berlin. Il se bat en 14-18, est gazé et décoré de la croix de fer 1ère et 2ème classe. Il entre ensuite dans la police et devient chef de la police de Berlin et se taille une réputation de très bon policier, mettent en œuvre les dernières techniques d’investigation et modernisant ses services. Il n’adhère au parti qu’en 1931 et n’entre dans la SS qu’en décembre 1936. En juillet 1937 il est nommé directeur de l’Office de la Police Criminelle du SD dépendant de Heydrich. Il mène l’enquête de l’attentat d’Elser contre Hitler du 9 novembre 39.

Du 27 septembre 1939 au 20 juillet 1944 il dirige l’Amt V de la Kripo, mais commande aussi de juin à novembre 1941 l'Einsatzgruppe B qui dans le secteur de Smolensk en Biélorussie élimine juifs, communistes et partisans, faisant 46 000 victimes. Il est le premier à utiliser les camions à gaz, un système « moins éprouvant pour la santé mentale des ses troupes que les fusillades »…

A son retour de Russie, il fréquente les cercles d’opposition au régime et à Hitler et devient un des membres du complot et de l’attentat du 20 juillet 1944. Le 25 juillet il disparaît. Recherché par toutes les polices, il est finalement arrêté le 16 janvier 1945 sur la dénonciation de sa maîtresse. Condamné à mort par le « Tribunal du Peuple » nazi, il est pendu avec une corde à piano le 2 mars 1945.

10.50. Nosske Gustav Adolf

Gustav Adolf Nosske naît le 29 décembre 1902 à Halle ; Il se lance dans des études de droit et est avocat à Halle et Aix la Chapelle. En 1935 il devient représentant de la police d’état à Aix, et de septembre 1936 à juin 1941 il est chef de la police d’état à Francfort sur Oder.

Entré dans la SS il est ensuite chef de l’Einsatzkommando 12 de l’Einsatzgruppe D d’avril à octobre 1942, puis travaille au RSHA et à la Gestapo, section « étrangers ennemis de l’Etat ». En été 1944 il est chef de la police à Düsseldorf.

Le 10 avril 1948 il est condamné à la prison à vie lors du procès des Einsatzgruppen. Il est libéré le 15 décembre 1951. Son destin est inconnu et il meurt sans doute en 1990.

10.51. Ohlendorf Otto

Otto Ohlendorf naît le 4 février 1907 à Hohen-Egelsen et s’inscrit très jeune dans le parti, le 28 mai 1925 ; il entre dans la SS en 1926. Il étudie le droit à Leipzig et Göttingen et passe une année en Italie. Après ses diplômes, il entre à l’Institut d’Economie Mondiale et de transport maritime à Kiel. En 1936 il est recruté dans le service secret d’Heydrich, mais continue sa carrière dans l’Institut, où il est nommé directeur de l’Office du Commerce Allemand. Cet homme supérieurement intelligent mène de front sa carrière de directeur et d’agent du SD.

Mais en 1939, il est nommé Hauptsturmführer dela SS et chef de l’Office II du RSHA. Conscient de sa valeur, il s’y comporte comme « Le seul porteur du Saint Graal » et s’attire l’antipathie de Heydrich qui le nomme chef de l'Einsatzgruppe D devant opérer derrière la 11ème armée allemande sur le front Sud de Russie. De juin 1941 à juillet 1942, sous son commandement, l’Einsatzgruppe massacre quelque 91 728 juifs.

Rentré en Allemagne, il est nommé en novembre 1943 directeur du cabinet du ministère de l’économie. En 1944 il est nommé S.S. Gruppenführer et Generalleutnant de la police. Arrêté le 23 mai 1945 il comparaît à Nuremberg comme témoin en janvier 1946. Puis il est lui-même jugé dans le procès contre les Einsatzgruppen. Condamné à mort, il est exécuté le 8 juin 1951.

Ohlendorf est une figure emblématique et caractéristique du nazisme, un « nazi intégral » dans le sens total du terme. Très intelligent, ambitieux, parfaitement adapté à l’appareil administratif, adhérent sans critique à une idéologie confuse mais quasi mystique, alliant au mythe du sang et du sol un romantisme allemand raffiné…

10.52. Ott Adolf

Ott Adolf naît à Waidhaus le 29 décembre 1904. Il adhère au parti en 1922 et entre dans la SS en 1931. Il travaille comme employé du Front des Travailleurs Allemands à Lindau. C’est l’organisation pseudo-syndicale du parti. En 1935 il est incorporé au Service de Sécurité.

Le 15 février 1942 il est nommé commandant du Sonderkommando 7b (Einsatzgruppe B) où il reste jusqu’en janvier 1943. Il est chargé de « pacifier » et de nettoyer la région de Briansk.

A Nuremberg, il est condamné à mort par un tribunal militaire américain mais voit sa peine commuée en prison à perpétuité par la Commission de clémence. Il est libéré en 1958.

10.53. Pechau Manfred

Manfred Pechau naît le 23 décembre 1909 à Halle et entreprend en 1929 des études de germaniste à Greifswald, Leipzig et Innsbruck, puis de philosophie et d’histoire à Greifswald. Le 15 novembre 1931 il entre dans la SA dans le NSDAP le 1 mai 1932.

Il devient agitateur politique et journaliste et créé de nombreux groupuscules nazis ; en 1933 il est rédacteur en chef du journal universitaire, chef du mouvement étudiant de Greifswald et responsable de la jeunesse nazie du Gau de Poméranie. C’est lui qui organise l’autodafé des livres à Greifswald ; il se dit en outre chargé de presse pour la SA. En 1935 il soutient sa thèse de doctorat de philosophie : « Nationalsocialisme et langue allemande ». Collaborateur du service d’éducation du parti, il dénonce avec véhémence les auteurs juifs allemands comme Heinrich Heine, Franz Werfel, Arnold Zweig, Jakob Wassermann…

Il passe ensuite ses diplômes de germaniste et d’historien en 1937. Il est très actif dans la fédération des enseignements nazis et travaille déjà pour le SD, informant ses supérieurs SS de tout ce qui se passe à l’université de Greifswald.

En avril 1938 il entre dans le « Amt Rosenberg » chargé de la surveillance de la formation idéologique et de l’éducation, où il dirige la section « catholicisme ». En 1940 il entre au RSHA, section I B 3 (formation continue et formation spéciale) où il devient le bras droit de Martin Sandberger ; en même temps, il enseigne dans l’école de la police de sécurité de Berlin-Charlottenburg.

Pechau est recruté en janvier 1941 pour faire partie de l’encadrement des Einsatzgruppen devant intervenir à l’est à partir de juin 1941, et part en formation à Pretsch sur l’Elbe. Le 1 septembre 1942 il est promu SS-Sturmbannführer et à partir d’octobre 1942 commande l’Einsatzkommandos (EK) 1b de l’Einsatzgruppe A, pour se voir confier en mars 1943 la direction de l’EK 2. A ce titre il participe à la fin de l’opération « Sumpffieber », ou « fièvre des marais » : Himmler veut en effet liquider toute « résistance » dans les marécages de Lokhja au sud de Léningrad entre le 21 août et le 21 septembre 1942. En fait ces opérations, toutes baptisées du nom d’une ville allemande, visent essentiellement à éliminer tous les juifs de la zone par massacres collectifs.

Après son service à l’est, Pechau est reversé dans la section VI S (Sabotage) du RSHA, sous les ordres du célèbre SS-Obersturmbannführer Otto Skorzeny.

Le 18 mars 1950 le docteur Manfred Pechau se suicide.

10.54. Prützmann Hans-Adolf

Hans-Adolf Prützmannnaît le 31 août 1901 à Tolkemit. Il suit une formation agricole à Göttingen et entre 1918 et 1921 fait partie de divers Freikorps, mais sans combattre. En 1923 il rompt ses études et entre dans un nouveau Freikorp qui lui, est engagé dans des combats en Haute Silésie. Puis il travaille durant 7 ans comme ouvrier agricole en Poméranie, Brandebourg et Prusse orientale, avant d’entrer en 1929 dans la SA. Radicalisé par son expérience dans les Freikorps, il quitte la SA pour la SS en 1930.

Débute alors une rapide carrière : en 1932 il est élu au Reichstag ; en novembre 1933 il est nommé SS-Brigadeführer et en février 1934 SS-Gruppenführer. De mars 1937 à mai 1941 il dirige la région SS nord-est avec comme base la ville de Königsberg – Kaliningrad. Puis de juin à octobre 1941 il est HSSPF de Russie Nord, puis jusqu’en 1944 d’Ukraine. A ce poste il est responsable de multiples massacres et tueries de masse perpétrées contre les partisans et surtout les Juifs. Puis à partir de sptembre 1944 il est nommé inspecteur général pour la défense spéciale auprès du Reichsführer. A ce titre il commande les sections du « Werwolf », chargé dans les derniers mois de la guerre de « coups de mains » contre les alliés et de l’exécution des « collaborateurs », traîtres et déserteurs allemands…

Quelques jours après l’armistice il est arrêté par les Britanniques. Il se suicide le 21 mai 1945 à Lunebourg.

10.55. Rapp Albert

Né le 16 novembre 1908 à Schorndorff, Rapp est licencié de droit de l’université de Tübingen. Il adhère au parti le 1 décembre 1931 et entre dans la SS le 1 juin 1936. En février 1942 il est nommé chef du Sonderkommando 7a (Einsatzgruppe B) et le reste jusqu’en janvier 1943. A la tête des son commando, il « nettoye » les localités de Klincy, Dobrush, Kletnja, Moglin, Nowosybkow, Potschjep, Slynka, Starodub, Trubtschewsk en les vidants de leurs Juifs, partisans et tziganes.

Son travail terminé, il est nommé à Berlin chef du bureau VI-C de l’Office Central pour la Sécurité du Reich (RSHA) puis chef du SD de Braunschweig. Après la guerre il réussit à se soustraire à la justice, mais il est finalement condamné à la prison à perpétuité par un tribunal d'Essen en 1965.

10.56. Rasch Emil Otto

Né le 7 décembre 1891 à Friedrichsruh, Otto Rasch est docteur en droit et en économie politique et avocat à Leipzig. En 14-18 il combat dans la marine. En 1919 il redevient avocat à Leipzig.

Il adhère au parti en septembre 1931 et entre dans la SS en 1933. Après la prise de pouvoir de Hitler, il devient maire de Radeberg puis de la ville natale de Luther, Wittemberg. Suite à une affaire de corruption (il s’est fait construire une villa en partie aux frais de la commune…), il ne se représente pas et entre dans le Service de Sécurité de la SS. En 1938 il est chef de la police d’Etat à Francfort sur le Main, puis en Haute Autriche. Il entre dans le RSHA et devient chef du SD de Prague en mars 1939 puis de Königsberg en août 1939. Il participe à la campagne de Pologne après avoir joué un rôle actif lors de l’incident de Gleiwitz.

En février 1940 Rasch, avec l’accord de Heydrich, créé le camp de transit de Soldau (Dzia?dowo) c’est en fait un camp de liquidation. Plus de 600 personnes y sont liquidées. De juin à octobre 1941 il est commandant « SS-Brigadeführer und Befehlshaber » de l'Einsatzgruppe C qui opère en Ukraine sur les arrrières du corps d’armées Sud. D’après les rapports envoyés à Berlin, il est responsable du massacre de près de 50 000 personnes en date du 20 octobre 1941. Parmi les grands massacres, figure celui de Babi Yar où entre le 29 et le 30 septembre 1941 sont massacrées 33 771 juifs.

A partir de 1942, en récompense pour services rendus, il retourne en Allemagne et jusqu’en 1945 il est directeur de la société « Kontinentale Öl ». A Nuremberg, il est mis en accusation avec les autres responsables des Einsatzgruppen devant un tribunal militaire américain ; le procès dure du 3 juin 1947 au 10 août 1948, mais l’accusation est abandonnée le 5 février 1948 en raison de l'état de santé de l'accusé (maladie de Parkinson). Il meurt avant la fin du procès, le 1 novembre 1948.

10.57. Rauca Helmut

Obersturmführer SS, Walter Rauca est un des bourreaux des Juifs Kaunas : le 28 octobre 1941, environ 10 500 juifs sont massacrés dans le ghetto de Kaunas. A la fin de la guerre, Rauca réussit à s’enfuir au Canada pour plus de 30 ans. Il est finalement arrêté et remis aux autorités allemandes, mais se suicide dans la prison de Francfort le 29 octobre 1983, avant son procès.

10.58. Rauff Walter

Walter Rauff (19/6/1906-14/5/1984) atteint sous le nazisme le grade de SS-Standartenführer et de chef de la section II D dans le RSHA, fonction où il est responsable des problèmes techniques et particulièrement de la mise en œuvre et de l’utilisation des fameux « camions à gaz » qui semèrent leur parcours de milliers de morts. Il en envoie environ 35 qui « travaillent » à l’Est.

Son rôle en Afrique est moins connu : début juillet 1942 il est chargé avec son Einsatzkommando d’éliminer tous les Juifs de Palestine lorsque celle-ci, à n’en pas douter, tombera aux mains des nazis grâce aux fulgurents progrès de l’Afrikakorps de Rommel. A cette époque, 500 000 Juifs vivent en Palestine, dont un bon nombre avait échappé aux griffes nazies, souvent d’ailleurs avec leur aide… Aussi, en juillet 1942, Rauff est transféré avec son unité en Grèce où il attend d’intervenir. El Alamein mettra fin au projet.

En 1943, il est chef du SD à Milan. A ce poste, Rauff est chargé de négocier en compagnie du Général SS Karl Wolff avec les Américains de la réddition des troupes allemandes en Italie en 1945. Ce qui permet à Rauff de se lier d’amitié avec Allan Dulles. Plus tard, lorsque Dulles formera le réseau Gehlen, il fera de Rauff un de ses consultants…

Aussi après la guerre Rauff travaille pour les Américains en Italie jusqu’en 1947, en Syrie jusqu’en 1949, puis fuit en Equateur, en Argentine à San Carlos de Bariloche, puis à partir de 1958 au Chili jusqu’à sa mort. Il y travaille comme conseiller militaire, sauf sous la période Allende, qui refusa néanmoins de l’extrader, le Chili n’ayant pas d’accords d’extradition avec l’Allemagne. En 1972 Rauff témoigne de son plein gré contre le SS Bruno Streckenbach dans l’ambassade d’Allemagne de Santiago. Il y donne des indications sur l’utilisation des camions à gaz.

Il décède au Chili en 1984.

10.59. Roch Heinz

Heinz Roch naît à Essen le 17 janvier 1905. Il fait des études commerciales pouis travaille comme agriculteur, meunier, laborantin, boucher… Il s’inscrit au parti en 1922, et en 1923 est arrêté par les Français pour sabotage, lors de l’occupation de la Ruhr. Amnistié, il adhère au « Frontbann », un mouvement d’extrême droite formé par Röhm alors que le NSDAP est interdit. Il réintègre le parti en 1926 et s’engage dans la SA. Professionnellement, il devient vendeur d’autos.

En 1930, il entre dans la SS, dirige diverses unités locales et devient en 1936 SS-Oberführer. En 1939 il s’engage dans la division « Totenkopf » et participe à la campagne de France. En janvier 1942, il fait partie du cammandement suprême de la police et des SS « Russland Mitte », il s’occupe des opérations de sécurité le long de la ligne frontière de la Pologne.

En mars 1943 il est nommé SSPF de la région de Simferopol et y reste jusqu’à mai 1944. Il y opère des actions contre les partisans, Juifs et communistes… Puis après la reconquête de Simferopol par les Sociétiques, il est nommé SSPF dans la région de Bialystok. En novembre 1944 il est SSPF en Norvège, où il reste jusqu’à la fin de la guerre.

Pour ne pas être capturé par les Alliés, il se suicide le 10 mai 1945.

10.60. Sandberger Martin

Martin Sandberger naît le 17 août 1911 à Berlin-Charlottenburg et étudie le droit à Munich, Fribourg, Cologne et Tübingen. Il s’inscrit à la NSDAP le 1 décembre 1931 et est un militant très actif dans le milieu étudiant de Tübingen. Il fait rapidement carrière dans le mouvement étudiant nazi et entre dans la SS en mai 1935 où il fait aussi une remarquable carrière au point d’être promu en 1938 Sturmbannführer (Major). Il travaille comme juge dans le Wurtemberg et devient conseiller juridique du gouvernement en 1937.

En octobre 1939 il devient chef de l’Office pour l’Immigration et en juin 1941 il commande le Sonderkommando 1a de l’Einsatzgruppe A dans la région de Riga, et le 3 décembre 1941 il devient commandant de la police et du SD de Lettonie. Il retourne en septembre 1943 à Berlin et est affecté au Bureau VI-B du RSHA.

Arrêté, il est traduit devant le tribunal de Nuremberg et condamné à mort par un tribunal militaire américain en 1948 au procès des Einsatzgruppen. Sa peine est commuée à la prison à perpétuité par la Commission de clémence grâce à l’intervention de son père, un des anciens dirigeants de l’IG Farben. Grâce à de nombreux engagements en sa faveur d’hommes très influents du Wurtemberg (Haussmann, ministre de la justice, l’évêque Haugn Carlo Schmid, vice-président du Bundestag) il est libéré de la prison de Landsberg en 1958. Il vivait encore en 2000.

10.61. Schäfer Oswald Theodor August Wilhelm

Oswald Theodor August Wilhelm Schäfer naît le 14 juin 1908 à Braunschweig, étudie le droit à Berlin et devient docteur en droit. Le 1 avril 1933 il entre dans la SA et adhère au NSDAP. Le 1 janvier 1936 il entre dans la SS.

A la fin de ses études en 1935 il trouve un emploi dans la Gestapo de Berlin, comme adjoint de Werner Best dans la police de sécurité pour devenir à partir du 1 septembre 1937chef de la Staatspolizei (police d’état) de Wesermünde-Bremerhaven. Au printemps 1938 il dirige la police de Reichenberg dans les Sudètes.

En octobre 1941, promu SS-Sturmbannführers, Schäfer remplace Albert Filbert à la direction de l’Einsatzkommando 9 (EK 9) de l’Einsatzgruppe B. est chargé de la lutte contre les Partisans dans la région de Witebsk ainsi que de la liquidation du ghetto de Vitebsk qui se solde par la fusillade d’au moint 4 090 Juifs. Le 21 octobre 1941 l’EK 9 s’installe dans la région de Viasma où il « travaille » jusqu’à mi décembre. En mars 1942 Schäfer est nommé chef de la police de Munich, poste à haute responsabilité.

Après la guerre, il vit à Limbourg et à Hambourg. Il est mis en accusation dans les années 50 avec son prédécésseur Richard Lebküchner pour maltraitance et exécution de 60 à 70 personnes « travailleurs forcés de l’est » lors de son commandement à Munich. Il est relaxé faute de preuve. Aucune poursuite n’a été engagée contre lui pour les massacres à l’est…

Le docteur Oswald Schäfer décède dans son lit le 9 nomvembre 1991 à Hambourg.

10.62. Schimana Walter

Fils d’un éditeur du journal « Alldeutsche Korrespondenz », Walter Schimana naît à Troppau en Autriche lee 12 mars 1898. En 1915 il entre dans l’école de cadets de Prague. Après 1918, il travaille comme libraire et employé de banque. Le 7 décembre 1926 il adhère au parti, entre dans la SA et y exerce divers postes à responsabilité. En 1934 il devient capitaine de police et en 36 il devient major de gendarmerie. Il travaille à Vienne à l’intégration de l’Autriche au Reich et passe dans la SS le 15 août 1939, et travaille à Berlin dans le SS-Personalhauptamt de février 1941. Il grimpe tous les échelons de la SS pour se retrouver Generalleutnant de la Waffen-SS le 20 avril 1944. Il est l’ami de Kaltenbrunner.

Il est ensuite SSPF du district de Saratow (septembre-novembre 1941) puis HSSPF Russland Mitte (Russie centrale) à partir de juillet 1942. Lors de cette période il participe à l’opération « Weichsel », une opération « antipartisans » conduite entre Pripet et Dniestr, lors de laquelle 4 018 personnes sont tuées et 103 villages brûlés. De juin 42 à juin 43 il est SSPF dans la région de Minsk où il massacre notamment 12 000 personnes à Mlawa et 5 000 à Plohnen…. Puis il commande à partir de juillet 1943 la division SS « Galicie » formée de volontaires ukrainiens qui se distingue pour ses massacres sauvages. En octobre 1943 il est nommé HSSPF en Grèce et le reste jusqu’en octobre 1944. Il y est l’un des responsables de l’élimination des Juifs grecs et d’actions contre la résistance de ce pays. En même temps il créé une police grecque de collaboration. Enfin, du 5 octobre 1944 au 8 mai 1945 il est chef suprême de la Police en Autriche (Donau) avec Vienne comme PC.

Capturé par les alliés en mai 1945, il est inculpé. Durant l’instruction de son procès, il se présente comme un gentlement et décline toute responsabilité quant aux milliers de morts dont il est le bourreau. Il se pend à Salzbourg le 12 septembre 1948.

10.63. Schöngarth Karl

Karl Georg Eberhard Schöngarth naît à Leipzig le 22 avril 1903. En 1918, alors étudiant dans une école scientifique, il entre en contact avec des organisations nationalistes. En 1920 durant le putsch de Kapp il entre dans le corps franc de Thuringe, et en 21 adhère à un mouvement de droite nationaliste. En 1923 il fait partie de la NSDAP d’Erfurt, est arrêté après le putsch, condamné puis amnistié. En 1924 il entre dans la SA. Il entrepren des études de droit couronnées en 1929 par un doctorat de droit de l’université de Leipzig. Il travaille ensuite à la cour d’Erfurt et de Naumburg et obtient en 1933 un poste de procureur aux tribunaux de Magdebourg, Erfurt et Torgau.

En février 1933 il entre dans la SS. Le 10 novembre 1935, il entre dans la Gestapo. Il franchit les divers grades de la hiérarchie SS et sera nommé en 1941 SS Oberführer. Le 30 janvier 1941 il est nommé commandant de la police de sécurité et du SD pour le Gouvernement Général, puis chef d'un Einsatzgruppe d'emploi spécial devant liquider les juifs le long de la frontière russo-polonaise (juillet-août 1941). De juillet 1943 à juillet 1944 il commande la 4è division blindée de grenadiers de police qui opère à l’Est. En juillet 1944 il est nommé BDS en Hollande. Il y mêne une cruelle politique de répression, faisant notamment fusiller 263 otages suite à un attentat.

A la fin de la guerre, Hollandais et Polonais le réclament pour le juger. Il est finalement condamné à mort par les Anglais pour avoir ordonné de fusiller un pilote britannique prisonnier, le 21 novembre 1944 à Enschede. Il est exécuté le 15 mai 1946.

10.64. Schulz Erwin

Né le 27 novembre 1900 à Berlin, Schulz suit ses études à Berlin et se porte volontaire en 1918, mais n’est pas engagé car il termine sa formation militaire en novembre 1918. Il est cependant engagé contre le mouvement spartakiste à Berlin. Il passe son bac, mai son père ne pouvant payer ses études de médecine, il commence des études de droit mais rapidement s’engage dans le Freikorps Oberland qui combat les Polonais en Haute Silésie.

Retour à la vie civile en 1922, il travaille à la Dresdner Bank puis part pour Hambourg et Brème où il entre dans la police. En 1926 il est lieutenant de la Schutzpolizei. En 1930 il passe dans la police politique et milite pour le parti nazi. Il adhère au Parti en 1933. Le 13 novembre 1933 il devient chef de la Gestapo de Brême puis devient membre de la SA et de la SS où il est promu SS-Sturmbannführer en mars 1938.

En 1940 il est inspecteur de l’Ecole d’administration de la SIPO et du SD à Berlin. De mai 1941 à septembre 1941 il est commandant de l'Einsatzkommando 5 (Einsatzgruppe C), l’une des unités mobiles de tuerie les plus sanguinaires de la guerre qui sévit à Lemberg (Lwow), Dubno, Jitomir et Berditchev. 3 000 personnes le 23 juin, autant en juillet et août, 10 000 en septembre… On lui reproche malgré tout à Berlin sa « molesse », car il rechigne à faire tirer sur les femmes et les enfants… Revenu à Berlin, il est cenpendant promu en novembre 1941 SS-Oberführer.

Par la suite, il est chef de la police et du SD dans le district « Alpenland » tout en restant inspecteur de l’école de la SIPO. A Nuremberg, il est condamné en 1948 à vingt ans de prison par un tribunal militaire américain. Sa peine réduite à quinze ans par la Commission de clémence et il est libéré en 1954. Il meurt le 11 novembre 1981 à Brême.

10.65. Seetzen Heinrich Otto

Heinrich Otto Seetzen (Heinz Seetzen) naît le 22 juin 1906 dans une famille d’épiciers de luxe à Rüstringen-Wilhelmshaven, étudie le droit à Marbourg et Kiel. Il entre dans le NSDAP le 1 mais 1933 et dans la SS le 1 février 1935 et la même année entre dans la Gestapo de Prusse. Puis il est successivement chef de la police de sécurité d’Aix, Hambourg, Vienne, Stettin et Kassel. Il devient en juin 1941 commandant du Sonderkommando 10a qui opère sur les arrières du groupe d’armée Sud en Ukraine. A partir du printemps 1943 il est inspecteur de la police de sécurité et du SD à Breslau. Du 24 avril à août 1944 il commande l'Einsatzgruppe B en Biélorussie dans la région de Minsk et de Smolensk : plus de 134 000 victimes.

Il se cache à la fin de la guerre auprès d’une relation proche sous le pseudonyme de Michael Gollwitzer, avant d’être pris par les Anglais à Blankenese. Le 28 septembre il s’empoisonne au cyanure.

A Nuremberg, un de ses « collègues », Robert Barth'>Barth, témoigne en 1947 : « Le chef du Kommando Zeezen [sic] était réputé particulièrement brutal. Il se vantait que son Kommando avait tué le plus de Juifs. Il a aussi été raconté qu’une fois, alors que son kommando avait épuisé toutes ses munitions lors de massacres de Juifs, les Juifs ont été précipités vivants dans un puits d’environ 30 mètres de profondeur ».

10.66. Seibert Willi

Exconomiste de formation, diplômé de l’université de Göttingen en 1931, il est l’adjoint d'Otto Olhendorf à la tête de l'Einsatzgruppe D ; Seibert est condamné à mort par un tribunal militaire américain à Nuremberg. Sa peine est commuée en quinze ans de prison par la Commission de clémence.

10.67. Six Franz

Né à Mannheim le 12 août 1909, d’une famille de marchands de meubles, Franz Alfred Six fait des études classiques et en 1930 fréquente l’université de Heildelberg où il étudie la sociologie, la politique et la philosophie et milite activement pour le nazisme. Inscrit au parti depuis 1930, il est le patron de l’organe de presse de l’association des étudiants allemands.

Le 20 avril 1935 il entre dans la SS et en 1936 devient enseignant à la faculté de droit et de sciences politiques de Königsberg, avant d’obtenir la chaire de sciences politiques de l’université de Berlin dont il devient le doyen. Séduit par un tel parcours, Heydrich lui offre en 1937 la direction de l’office VII de l’Agence centrale pour la Sécurité du Reich (RSHA) où il s’occupe de questions idéologiques. Il devient ainsi un des 7 plus hauts responsables du service de sécurité. Il travaille à ce que le SD ait une position de monopole dans la politique raciale du IIIè Reich. Il participe aussi à la mise en place de la logistique de l’appareil de destruction des Juifs. Son rôle dans l’holocauste a été totalement sous estimé après la guerre, contrairement à celui de son « subordonné » Adolf Eichmann.

Avec le chef de la Gestapo Heinrich Müller, il est chargé de préparer l’action de la police lors de l’invasion de la Pologne et fait partie de l’état major de Heydrich chargé de la liquidation de l’élite intellectuelle polonaise. Le 20 juin 1941 Heydrich le nomme commandant du « Vorkommado Moskau », une des unités mobiles de tuerie de l’Einsatzgruppe B, qui va s’occuper de l’élimination des Juifs. Par la suite, il retourne à son précédent poste.

Arrêté par les Américains, il est d’abord protégé par l’OSS et fait partie de l’Organisation Gehlen qui travaille contre l’Union Soviétique. Il est cependant reconnu par un ancien collègue SS qui travaille aussi pour les Alliés, mais au CIC, une organisation rivale de l’OSS. Il est donc mis en procès en 1948 à Nuremberg et condamné à vingt ans de prison. Sa peine est réduite à dix ans par la Commission de clémence. Libéré en 1952, il devient conseiller auprès de l’armée allemande puis chargé de relations chez Porsche.

Il meurt le 9 juillet 1975 à Bozen – Bolzano, où il s’est retriré dans une luxueuse villa construite par un ancien architecte du parti nazi, Giesler.

10.68. Stahlecker Franz Walter

Walther Stahlecker naît le 10 octobre 1900 à Sternenfels en Autriche dans une famille d’enseignants. Scolarisé à Tubingen, il fait des études supérieures de droit jusqu’en 1927. En 1932 il se marie, adhère au parti et entre dans la SS.

De 1933 à 1937 il travaille dans la police du Wurtemberg dont il devient le chef en 1934. En 1938 il entre au SD et devient commandant de la police et du SD dans le district du Danube (Vienne). Promu Standartenführer il devient chef de la police et des SS dans le protectorat de Bohème-Moravie. En 1940 il part en Norvège avec les mêmes fonctions.

Le 22 juin 1941 il est promu Brigadeführer et commande l’Einsatzgruppe A afin de nettoyer les Pays Baltes et la Russie du Nord des Juifs. En novembre il est nommé commandant de la Police de Sécurité et des SS du Reichkommissariat Ostland qui réunit Lettonie, Estonie, Lithuanie et Biélorussie. Il est tué le 23 mars 1942, dans un combat avec les partisans soviétiques dans la région de Krasnogwardeisk.

10.69. Steimle Eugen

Eugen Steimle naît le 8 décembre 1919 à Neubulach près de Calw. Il étudie l’histoire et les langues à l’université de Tübingen et de Berlin où il est un des principaux militants de la cause nazie. En 1932 il entre dans la NSDAP puis dans la SS, et en 1936 dans le SD (service de sécurité). En septembre 1936 il dirige le bureau du SD à Stuttgart.

Du 7 septembre au 10 décembre 1941 il dirige le Sonderkommandos 7a de l’Einsatzgruppe B, et d’août 1942 à janvier 1943 le Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C. De retour en Allemagne, il devient le chef du bureau VI B du RSHA.

Steimle est accusé en 1948 au procès de Nuremberg contre les Einsatzgruppen et condamné à mort. Sa peine est réduite à 20 ans et il est libéré en juin 1954. Après sa libération il devient enseignant en allemand et en histoire au lycée évangélique à Wilhelmsdorf. C’est là qu’il meurt le 9 octobre 1987.

10.70. Strauch Eduard

Eduard Strauch naît à Essen le 17 août 1906, commence par étudier la théologie à Erlangen et Münster puis s’oriente vers le droit. Le 1 décembre1931 il devient membre de l’Allgemeine SS et en 1934 il travaille pour le Sicherheitsdienst, le service de sécurité. Comme beaucoup de membres du SD, il prend le 4 novembre 1941 le commandement d’une unité de l’Einsatzgruppe A, l’Einsatzkommando 2. Le 30 novembre 1941, sous ses ordres, le Kommando participe au massacre de 10 600 Juifs à Riga. Cet exploit, parmi d’autres, lui vaut le 3 décembre 1941 sa nomination au poste de commandant de la Police et de la Police de sécurité de Biélorussie. Il est aussi responsable au printemps 1943 de la liquidation de 55 000 Juifs de Biélorussie.

Mais le SS Strauch rencontre des difficultés au sein du « corps noir » : il est en proie à l’hostilité de son supérieur le SS Général SS-Obergruppenführer Erich von dem Bach-Zelewski qui parle de lui comme du « pire des personnages qu’il ait jamais rencontrés »... Sa promotion au rang de colonel « Standartenführer » est refusée. Le 31 mai 1944 il est nommé commandant de la police de sécurité et du SD en Wallonie, et en octobre 1944 il est transféré dans la waffen SS.

A Nuremberg, il est condamné à mort par un tribunal militaire américain. Extradé et remis à la Belgique il est à nouveau condamné à mort. Mais son exécution est ajournée en raison de son état mental et il décède le 15 septembre 1955 dans un hôpital à Uccle.

10.71. Suhr Friedrich

Friedrich Suhr naôt le 6 mai 1907 à Lünebourg. Il étudie le droit à Göttingen et Fribourg jusqu’au doctrorat. Il entre au NSDAP le 1 mai 1933 après avoir été admis dans la SS le 1 février de la même année. En qualité de juriste, il dirige au RSHA le Referat II A 3 s’occupant de problèmes de justice. Fin mai 1940 il remplace Werner Best, parti pour la France, comme patron de tout le service II, mais sans en porter le titre.

Plus tard il devient le collaborateur d’Eichmann au Referat IV B 4 des affaires juives. A ce titre il prend part à la réunion du 29 janvier 1942 qui redéfinit la qualité de Juif dans les territoires de l’est, tout juste après la conférence de Wannsee. Cette définition élargit le concept de Juif à quiconque opratique la religion juive ou dont l’un des parents pratique la religion juive… On élimine ainsi la catégorie des Juifs « Mischlinge ».

En novembre 1942 Suhr est nommé « Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des SD », BdS de Kiev. Il commande alors le Sonderkommandos (SK) 4b de l’Einsatzgruppe C, et ceci jusqu’au 5 août 1943 pour prendre le jour suivant le commandement de l’Einsatzkommando (EK) 6 jusqu’en novembre 1943.

Il est ensuite missionné à Toulouse comme Bds et commandant d’un groupe de combat et enfin nommé chef de la police dans le Haut Rhin à la fin 1944. Arrêté et emprisonné par les Alliés, il se suicide le 31 mai 1946 dans la prison de Wuppertal-Elberfeld.

10.72. Weinmann Erwin

Weinmann naît en 1909 près de Tübingen. Son père, instituteur, tombe au front en Flandres. Il commence à travailler pour le NSDAP très jeune, alors qu’il fréquente encore l’école. Il commence en 1927 des études de médecine, donnant déjà le ton au sein de l’association des étudiants nationalsocialistes : ainsi les quelques professeurs étrangers de l’université sont mis en cause lors de campagnes très agressives…

En juillet 1932 l’association des étudiants nazis obtient 24 sièges aux élections universitaires grâce à l’activisme de Weinmann, inscrit dans les SS depuis le mois de juin. A la fin de ses études il travaille comme médecin à l’hôpital universitaire de Tübingen jusqu’à l’automne 1936. Avec un certain nombre d’étudiants nazis comme lui il est approché par le SD et intégré dans le RSHA : Eugen Steimle, Martin Sandberger, Erich Ehrlinger, Ernst Weinmann (Son frère), Alfred Rapp, Walter Stahlecker, Rudolf Bilfinger…

A la tête d’un Einsatzkommando du SD, il fait en France nouvellement conquise ses opremières expériences de deportation, vol et meurtre… En juin 1941, sur le front russe, il remplace Paul Blobel comme chef du Sonderkommando 4a qui massacre en Ukraine, puis en été 1942 il devient BdS à Prague. Il est sans doute tué en mai 1945 lors des combats autour de la ville, même si d’aucun pense qu’il a réussi à fuir au Moyen Orient et à s’installer à Alexandrie.

10.73. Woyrsch Udo Gustav Wilhelm Egon von

Udo Gustav Wilhelm Egon von Woyrsch est issu d’une très ancienne famille noble de Bohème et est le fils du camérier royal de Prusse Günther von Woyrsch (1858-1923), seigneur de Schwanowitz et Pramsen, Groß-und Klein-Masselwitz et Pilsnitz, et de Gertrude, Comtesse von Pfeil et Klein-Ellguth (1866-1956).

Woyrsch épouse en premières noces le 25 juin 1924 Marie-Eva von Eichborn, fille de Wolfgang von Eichborn auf Pischkowitz et d’Edelgard von Rosen, grands propriétaires, mariage dissous en mai 1933. En secondes noces il épouse le 21 septembre 1934 Inez Freiin von Tschammer und Quaritz, fille du grand propriétaire Siegfried Freiherr von Tschammer und Quaritz auf Quaritz et d’Edith von Lieres und Wilkau (Haus Stephanshain). Outre cela, il est le neuveu du Generalfeldmarschall Remus von Woyrsch (1847-1920).

Après s’êttre battu lors de la première guerre mondiale avec rang d’officier, il est conseiller d’état en Prusse. Il adhère au NSDAP et entre dans la SS. Il participe à l’élimination de Röhm et des SA lors de laquelle il ordonne l’exécution de son rival Emil Sembach. Il est promu SS-Obergruppenführer et général de la police. Il siège un moment au Reichstag comme député de Breslau.

Le 3 septembre 1939 Himmler le nomme commandant de l’Einsatzgruppe z. B.V. avec pour mission l’élimination des élites intellectuelles polonaises. Du 20 avril 1940 au 11 février 1944 il est HSSPF de la région Elbe. Fonction dont il est démis suite aux intrigues du gauleiter de Saxe Martin Mutschmann.

Woyrsch est comdamné en 1948 pour participation à une organisation criminelle à 20 ans de prison. Il est libéré en 1952 et décède le 14 janvier 1983.