Histoire de l’Egypte ancienne

1. Introduction

1.1. L’Egypte, un « don du Nil »

Le désert de Nubie. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le désert de Nubie.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
L'Egypte est une bande de terre étroite, large de quelques dizaines de kilomètres, qui s'étire de la Méditerranée aux cataractes du Nil sur près de 2 000km. De part et d'autre de cette vallée, c’est le règne du désert, hormis quelques oasis, dont la plus importante est celle du Fayoum. A l’est, le désert arabique (Djebel Chayeb, 2 880m) ; au nord-est, le désert du Sinaï (Mont Sinaï, (2 639m), à l’ouest, le désert libyque. A nord, avant de se jeter dans la Méditerranée, le grand fleuve forme un delta qui, élargi en éventail, constitue la basse Egypte ; la Haute Egypte débute au sud de la pointe du Delta, à Memphis et forme une bande de terres fertiles dont le longueur atteint plus de 2 000km, mais dont la largeur ne dépasse que rarement 10km.

Egypte : Photo satellitaire du Delta, de la Basse Egypte et du désert du Sinaï. (Site Egypte antique)
Egypte : Photo satellitaire du Delta, de la Basse Egypte et du désert du Sinaï. (Site Egypte antique)
« Nil » vient du grec ancien « Neïlos ». En égyptien il signifie « ioterou », « le fleuve ». Les Egyptiens le nommaient aussi « Hâpy » et pour eux le fleuve est un axe absolu, le « commencement du monde », la route, la source de vie qui fait verdoyer des marais giboyeux, alimente les étangs poissonneux, procure l’abondante rosée nocturne indispensable aux cultures, fertilise le terre nourricière et procure l’eau pure vitale.

Les chutes du Nil Bleu au Soudan. (Site Egypte antique)
Les chutes du Nil Bleu au Soudan. (Site Egypte antique)
Avec ses 6 671km de long, le Nil est le deuxième plus grand fleuve du monde. Né au Burundi sous le nom de Kagera, il traverse le lac Victoria, s’en échappe par les chutes Owen, traverse en Ouganda le lac Kioga et, par les chutes Murchison, rejoint l'extrémité septentrionale du lac Albert, à la frontière du Zaïre. Il pénètre au Soudan, prend le nom de Bahr el-Gebel « mer des montagnes » puis de Bahr el-Ghazal « mer des gazelles » à la faveur d’un immense marécage, le Sadd. En amont de Kotok (ancienne Fachoda), il devient Bahr el-Abiad ou « Nil blanc ». 

Le Nil à Louxor. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le Nil à Louxor.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Issu du lac Tana (1850m) sur le plateau éthiopien, le Bahr el-Azrak « Nil bleu » rejoint le Nil Blanc à Khartoum et triple le débit du fleuve. Apres avoir reçu l'Atbarah sur sa droite au sud de Khartoum, le Nil, coule désormais en plein désert et ne reçoit plus aucun affluent. 6 « cataractes », la première se situant à hauteur d’Assouan où aujourd’hui le « grand barrage » forme depuis 1970 le lac artificiel Nasser, submergeant l'ancienne Nubie, dont seuls quelques monuments furent sauvés de l'engloutissement... Sorti de la première cataracte à Assouan, le Nil descend en pente douce vers la Méditerranée et coule jusqu'au Caire (Memphis) dans une étroite vallée fertile. Au Caire il se divise en deux bras principaux, celui de Rosette et celui de Damiette, et forme un vaste delta marécageux avant de se jeter dans la Méditerranée.

Le Fayoum. Canal d’irrigation. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le Fayoum. Canal d’irrigation.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
A partir de la fin de l'âge paléolithique les limons silico-argileux forment la riche « terre noire » lors des crues du fleuve qui débutent vers la mi juillet et durent jusqu’en octobre. Le début de la crue correspond à la date fixée pour le début du calendrier. L'amplitude de la crue était surveillée grâce au « nilomètre » et de son importance dépendait la qualité des récoltes. Une crue trop faible diminuait la surface cultivable, une crue trop élevée créait des dégâts dans le système d'irrigation.

Dans cette immense oasis, isolée du reste du monde par la Méditerranée et les déserts, s'est développée pendant trois mille ans une extraordinaire civilisation tributaire du fleuve, du limon fertile et d cycle solaire.

1.2. Datation

Abydos, temple funéraire de Séti I. XIXè dynastie. Les fameuses « tables d’Abydos » (Histoire de l’Egypte ancienne)
Abydos, temple funéraire de Séti I. XIXè dynastie. Les fameuses « tables d’Abydos »
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La datation des règnes de l'Egypte ancienne est très délicate et reste fonction de dynasties étudiées. En effet, les Egyptiens « remettaient les compteurs » à zéro chaque fois qu'un nouveau roi montait sur le trône et rapportaient les événements de son règne en fonction de ce point de départ. La datation peut donc conduire à une approximation de plusieurs dizaines, voire centaines d'années selon les dynasties. De même, l'ordre de succession des pharaons d'une même dynastie reste sujet à erreur. Les chiffres attribués aux pharaons qui portent le même nom constituent des repères d'origine récente.

Ces sources sont muettes sur la durée de certains règnes et incomplètes ou discordantes pour d'autres. Enfin, l'existence de plusieurs règnes simultanés et d'interrègnes ne facilite pas la cohérence historique. Les dates retenues, parfois incohérentes entre elles, ne constituent que des approximations.

2. « Avant l’histoire »

2.1. L'Egypte de la préhistoire

Egypte : carte du Delta, de la Basse Egypte et de la partie Nord de la Haute Egypte. (Site Egypte antique)
Egypte : carte du Delta, de la Basse Egypte et de la partie Nord de la Haute Egypte. (Site Egypte antique)
Les premières traces de la présence de l'homme dans la vallée du Nil apparaissent dès le début de l'ère quaternaire. Les stades de civilisation sont identiques à ceux des peuples primitifs jusque vers le septième millénaire environ. A partir de là s’établissent les bases de la culture pharaoniques, tant sur le plan politique qu’artistique ou religieux, et les principes fondateurs de la civilisation égyptienne antique se mettent en place au quatrième millénaire avant Jésus-Christ.

Les pierres taillées de la période paléolithique et les pierres polies de la période néolithique sont les témoins de la présence humaine durant ces époques. Quelques poteries apparaissent. L'usage de l'or et du cuivre, puis du bronze intervient à l'époque énéolithique ou chalcolithique. Le fer apparaîtra bien plus tard, vers le Moyen Empire.

A l’origine, la vallée du Nil est peuplée d’une population du groupe hamitique (Berbères au Nord, Somalis et les Gallas au sud) qui travaille déjà les métaux. Cette population originelle va s’enrichir de l’apport de nouveaux groupes humains probablement d’origine sémitique. Cette vague d'immigration arrive sans doute par la mer Rouge et le désert oriental en provenance de la péninsule arabique et de la Syrie par le désert palestino-sinaïtique. La fusion des deux races forme le peuple égyptien composé essentiellement d'agriculteurs installés le long des rives fertiles du Nil. La fin de cette période est marquée par la naissance d'une l'écriture hiéroglyphique.

2.2. La formation de la civilisation égyptienne : 4500 - 2650

2.2.1. L’époque prédynastique : 4500 – 3500 avant J.C

Carte des principaux sites prédynastiques d’Egypte.  (Site Egypte antique)
Carte des principaux sites prédynastiques d’Egypte. (Site Egypte antique)
Installé dans la vallée en villages organisés, l’homme possède un habitat en dur, cultive le sol où il fait déjà pousser les deux céréales essentielles de l’Égypte, l’orge et le blé amidonnier, enterre ses morts dans le sable, met au  point la première technique de momification et élabore un système d’explication du monde qu’accompagne » un développement artistique déjà bien élaboré.

Egypte préhistorique : pointes de flèches. Culture du Fayoum, Vè millénaire. (Site Egypte antique)
Egypte préhistorique : pointes de flèches. Culture du Fayoum, Vè millénaire. (Site Egypte antique)
L'organisation progressive du pays au cours de la période pré-nasalisée s'opère sur la base de principautés, les « nomes » réunis pour l'essentiel en deux royaumes, celui du Nord (sans doute dominant culturellement) et celui de Sud. L'Egypte sera plus ou moins unifiée à l'issue de plusieurs conflits armés.

Culturellement cette période prédynastique est principalement attestée dans quelques sites majeurs comme Badari, al-Amrah (Nagada I) et Gerzeh (Nagada II) dans la vallée du Nil au sud ; Merimde et Omari dans le Delta au Nord.

2.2.1.1. La culture de Badari (4500 – 3800)

Egypte préhistorique : statuette en ivoire d’hippopotame. Culture de Badari. British Museum. (Site Egypte antique)
Egypte préhistorique : statuette en ivoire d’hippopotame. Culture de Badari. British Museum. (Site Egypte antique)
La culture de Badari est la plus ancienne et domine entre 4 500 et 3 800 avant notre ère. Elle se caractérise par un riche mobilier funéraire retrouvé dans les nécropoles, qui témoigne de relations avec l’Orient, spécialement l’Asie antérieure du sud-ouest et le Sinaï (cuivre), peut-être avec la Mésopotamie (stéatite émaillée). La céramique rouge à bord noir laisse supposer des contacts avec le Nil soudanais (Néolithique de Khartoum), l’industrie lithique s’apparente plutôt au modèle saharien.

Le site de Badari laisse peu de traces d’habitat. Seules des huttes ovales de structures légères ont été retrouvées. Mais des centaines de tombes, (tombe à fosse ovale ou fosse rectangulaire), souvent inhumations multiples de deux ou trois individus sont tapissées en vannerie et peuvent contenir un mobilier funéraire important, notamment en poterie d’offrande.

Egypte préhistorique : tête anthropomorphique. Culture de Merimde, vers 5100 avant JC. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Egypte préhistorique : tête anthropomorphique. Culture de Merimde, vers 5100 avant JC. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
La belle qualité de la céramique caractérise le « badarien » : poterie rouge polie, à bord noir, parfois décorée (motifs géométriques en clair), ou brune à bord noir. Il s’y ajoute l’artisanat du cuir, de l’os, de l’ivoire et le travail de la pierre (palettes à fard en schiste, broyeurs, colliers de perles en cornaline, jaspe, albâtre, brèche et calcite). La ronde-bosse représente des figurines féminines en terre cuite ou ivoire, parfois aussi animales.

2.2.1.2. La culture de Nagada

Egypte, culture de Nagada I : statuette de femme en os. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : statuette de femme en os. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)

Le Nagada est la dernière phase de la préhistoire égyptienne (périodes prédynastique et protodynastique), qui fait suite à la culture de Badari. Elle est surtout connue par ses nécropoles, les maisons construites à l'aide de matériaux dégradables n'ayant pratiquement laissé aucune trace.

Les tombes sont rectangulaires, comme les maisons dont elles sont la transposition ; elles contiennent un matériel funéraire destiné à assurer la survie du défunt.

Egypte, culture de Nagada I : statuette de femme. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : statuette de femme. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Les phases de Nagada I et Nagada II sont caractérisées par des poteries de types très variés, certaines témoignant de recherches raffinées : vases doubles dont les deux parties en tonnelets ou en flûtes communiquent, vases en forme d’animaux stylisés. À l’Amratien (Nagada I), les dessins sont de couleur claire, jaunes ou blanchâtres, sur fond rouge ; au Gerzéen (Nagada II),, la pâte devient plus fine : sur un fond clair se détachent les dessins brun violet. Les thèmes décoratifs sont empruntés à la vannerie, puis à la faune et à la flore : buissons d’aloès, défilés de capridés et de flamants roses ; des lignes ondulées représentent l’eau et la vie sur le fleuve est évoquée par la figuration de bateaux munis de deux cabines et de nombreuses rames.

Egypte, culture de Nagada I : figurine peinte. New York, Brooklyn museum. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : figurine peinte. New York, Brooklyn museum. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : jarres. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : jarres. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : figurines mâles. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : figurines mâles. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : statuette de vieillard. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : statuette de vieillard. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : palette en forme de bélier ; Tombe 1562 de Nagada. Oxford, Ashmolean Museum.  (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada I : palette en forme de bélier ; Tombe 1562 de Nagada. Oxford, Ashmolean Museum. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada II : grande palette à fard à relief célébrant une victoire. Détail. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada II : grande palette à fard à relief célébrant une victoire. Détail. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada II : palette à fard, tombe 59 de Guizeh. Schiste. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada II : palette à fard, tombe 59 de Guizeh. Schiste. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada II : jarre peinte avec bateaux. Museum of Fine Arts, Boston (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada II : jarre peinte avec bateaux. Museum of Fine Arts, Boston (Site Egypte antique)

Périodes Dates Delta Fayoum Vallée
Premiers villages 5500-4500 Merimda Fayoum A Badari
Prédynastique ancien 4500-4000 Omari A
(Helouan)
Amratien
(Nagada I)
Prédynastique moyen 4000-3500 Omari B Gerzéen A
(Nagada II)
Prédynastique récent 3500-3300 Maadi Gerzéen B
(Nagada III)

2.2.2. L'époque préthinite ou protodynastique (3500 - 3100 av. J. C.)

2.2.2.1. Généralités

Egypte, culture de Nagada III : le couteau de Gebel el-Arak. Les deux faces de la poignée. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : le couteau de Gebel el-Arak. Les deux faces de la poignée. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Cette période dite « protodynastique » est antérieure à 3185 avant Jésus-Christ et précède l'époque thinite (les dates restant approximatives). Elle se confond avec la culture dite « Nagada III »

Les vases d’argile tendent à disparaître au profit des vases de pierre. La fabrication de ces derniers ne constitue pas une innovation, mais alors que les matières utilisées précédemment étaient presque uniquement l’albâtre et le basalte, les artisans taillent désormais des pierres de plus en plus dures, telles brèche, granite ou diorite.

Egypte, culture de Nagada III : statuette en ivoire d’Abydos. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : statuette en ivoire d’Abydos. (Site Egypte antique)
C’est le moment où les palettes en grauwacke (roche verte, sorte de schiste gréseux très recherché) qui servent à broyer le schiste pour en faire des fards, primitivement de forme géométrique puis découpées en silhouettes animales, perdent leur fonction utilitaire pour devenir des objets votifs. De type ovale, atteignant de grandes dimensions et creusées sur l’une de leurs faces d’un godet central, elles se couvrent de scènes sculptées conservant sans doute le souvenir de chasses, de combats et de victoires. Ces œuvres à la symétrie verticale très nette sont à l’origine du bas-relief égyptien.

Des essais, encore gauches, attestent aussi la naissance de la grande sculpture : figurines de terre cuite représentant des femmes aux jambes indifférenciées, les bras arqués au-dessus de la tête et, surtout, datant de la phase finale du Prédynastique, statuettes d’hommes très raides, à la barbe plate et aux bras collés au corps, façonnées dans l’ivoire et plus rarement dans la pierre. Le travail de l’ivoire est pendant toute cette période particulièrement florissant : des lions accroupis servent de pièces de jeux, sans compter des peignes, des aiguilles et les manches finement sculptés de couteaux aux luxueuses lames de silex blond

2.2.2.2. La Dynastie « 0 » : Nagada III (avant 3185 avant J. C.)

Les rois de la dynastie « 0 » sont ceux dont les tombes ont été retrouvées et qui on pu être identifiés par leurs « séreks » ou sceaux. Parmi eux figurent :

Egypte, culture de Nagada III : palette Kilchberg. Kilchberg collection (Suisse) 12,7 x 11,9 cm (schiste vert)  (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : palette Kilchberg. Kilchberg collection (Suisse) 12,7 x 11,9 cm (schiste vert) (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : Abydos : les tombes à barques. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : Abydos : les tombes à barques. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : Tarkhan : tombes royale de la dynastie 0. Restitution. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : Tarkhan : tombes royale de la dynastie 0. Restitution. (Site Egypte antique)

2.2.2.3. Les grandes oeuvres

Egypte, culture de Nagada III : le couteau de Gebel el-Arak. Détail de la poignée. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : le couteau de Gebel el-Arak. Détail de la poignée. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : grande palette à fard à relief, célébrant une victoire. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : grande palette à fard à relief, célébrant une victoire. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : le couteau de Gebel el-Arak. Vue d’ensemble. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Egypte, culture de Nagada III : le couteau de Gebel el-Arak. Vue d’ensemble. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)

2.2.3. Epoque Thinite (3100 – 2650 avant J. C.)

2.2.3.1. Généralités

L’époque thinite correspond aux 2 premières dynasties pharaoniques. Son nom provient de la ville de This, prés d'Abydos, d'où ces 2 dynasties sont originaires. L'histoire de ces deux premières dynasties reste obscure, mais c’est à cette époque que se généralisent les institutions royales comme le couronnement rituel ou encore la fête du « Heb Sed », célébrée 30 ans après le couronnement, et dont les rites seront pratiqués jusqu'à la fin de l'Égypte pharaonique.

La première dynastie instaure le pouvoir absolu en Egypte avec l’arrivée au pouvoir de l’Horus Narmer.

Les rois des deux premières dynasties mettent en place les institutions pharaoniques et imposent Horus à la tête des divinités officielles égyptiennes. Horus Aha, puis Horus Djer mènent des campagnes militaires contre la Nubie. La frontière entre les deux Etats se situe au niveau de la première cataracte. Une inscription trouvée à Wadi Halfa (au Sud de la première cataracte), atteste de la victoire de Djer sur la Nubie et de l'existence de cette nouvelle frontière.

Les pharaons consacrent beaucoup d'énergie à défendre leurs frontières. A l'Est, Den doit s'employer à plusieurs reprises à protéger les ressources en minerai du Sinaï. Les campagnes à l'Ouest du pays permettent de repousser l'ennemi libyen.

2.2.3.2. La première dynastie (3100 - 2770 avant J. C.)

2.2.3.2.1. Généralités

Nagada : plaque en ivoire de l’Horus Aha. Ière dynastie, vers 3030 ? Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Nagada : plaque en ivoire de l’Horus Aha. Ière dynastie, vers 3030 ? Musée du Caire. (Site Egypte antique)
La dynastie est marquée par la personnalité de son fondateur, l’Horus Narmer qui entre en conflit avec le roi de la Basse-Egypte, annexe son royaume et s'empare de sa couronne rouge, unifiant ainsi les deux pays. Narmer fonde la ville de Memphis qu'il entoure d'un immense « mur blanc », digue pour la protéger des crues du Nil, entreprise qui sera poursuivie par ses successeurs. On attribue à Narmer le partage du royaume du Delta en 16 « Nomes » ou provinces, qu'il ajoute à ses 22 nomes de Haute-Egypte. Chaque nome est administré par un gouverneur relevant de l'autorité directe de pharaon.

Ses successeurs poursuivent son œuvre, renforçant l’autorité royale et consolidant les frontières du pays. Horus Den est le premier à ajouter à sa titulature le nom de « roi de Haute et de Basse-Egypte » (« nysout-bity »). Horus Den entreprend la construction d'un réseau de canaux d'irrigation et de réservoirs pour pallier à l'insuffisance de certaines crues annuelles du Nil responsables de sévères famines du temps de son père. Le chantier sera poursuivi par ses successeurs.

La paix en Haute-Egypte et en Basse-Egypte n'étant pas menacée, les rois mènent plusieurs campagnes à l'extérieur des frontières pour mettre au tribut les Asiatiques et les nomades du Sinaï. Les premiers, peuplades sémitiques occupaient les territoires du Liban Ouest, du Naharina, de la Syrie et des « Cités-Etats » du Nord de l'Euphrate dans le Croissant fertile. Les seconds menaçaient l'accès aux mines du Sinaï.

Horus-Den organise, en l'honneur de ses 30 années de règne, les grandes réjouissances du « Sed ». Cette fête sera reprise par ses successeurs pour leurs 20 et 25 années de règne. Son sceau est aussi le premier où apparaît le premier signe « Ka » représenté par deux bras levés vers le ciel en signe de prières.

Dernier pharaon de la dynastie, Horus Qaâ confirme l'existence d'une conception spirituelle de la fonction royale (Les deux hiéroglyphes du Ka et de l'Ankh ont été retrouvés sur une coupe de schiste de l'époque thinite de la première dynastie). Avant sa mort, il confie le pouvoir aux mains d'une nouvelle dynastie d'origine thinite originaire de la cité d'Abydos. Son règne marque la fin de la première dynastie

Abydos : restitution du cénotaphe de la reine Mer Neith. Ière dynastie. (Site Egypte antique)
Abydos : restitution du cénotaphe de la reine Mer Neith. Ière dynastie. (Site Egypte antique)
Abydos : plan des tombes des Horus des dynasties 0, I et II.. (Site Egypte antique)
Abydos : plan des tombes des Horus des dynasties 0, I et II.. (Site Egypte antique)
2.2.3.2.2. Les pharaons
Saqqara : tombe à redans de l’Horus Den-Oudimou. Plan et coupe. Ière dynastie. (Site Egypte antique)
Saqqara : tombe à redans de l’Horus Den-Oudimou. Plan et coupe. Ière dynastie. (Site Egypte antique)
Saqqara : tombe à redans et temple funéraire de l’Horus Qâ. Plan et coupe. Ière dynastie. (Site Egypte antique)
Saqqara : tombe à redans et temple funéraire de l’Horus Qâ. Plan et coupe. Ière dynastie. (Site Egypte antique)
Stèle du roi Djet trouvée à Abydos. Détail. (Site Egypte antique)
Stèle du roi Djet trouvée à Abydos. Détail. (Site Egypte antique)

2.2.3.3. La seconde dynastie (2770 – 2650 avant J. C.)

2.2.3.3.1. Généralités

Vase en marbre. Règne du pharaon Horus Khasekhemouy (Nebouy Hotep-Imef). IIè dynastie. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Vase en marbre. Règne du pharaon Horus Khasekhemouy (Nebouy Hotep-Imef). IIè dynastie. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
La seconde dynastie renforce les structures du pouvoir absolu pharaonique. Perisben transfère la capitale d'Abydos à Memphis. L'administration se met en place, aidée par le développement rapide de l'écriture. Seth remplace Horus à la tête du panthéon égyptien alors que, dans le même temps, la divinisation du pharaon devient absolue. De ce fait, la religion occupe une place essentielle. Le civil et le sacré, le politique et le religieux fusionnent et donnent naissance à des cérémonies uniques.

A l’extérieur, la seconde dynastie poursuit la lutte contre les Nubiens et tente de pacifier le Nord, car il semble que les relations entre les deux royaumes restent très fragiles, notamment sous les règnes de Senedj, de Perisben et surtout de Khashekhem. C’est vraisemblablement le dernier pharaon de la dynastie, Horus Khasekhemouy qui parviendra à mettre un terme à la guerre civile et à réussir une nouvelle réunification. A preuve son nom qui associe un nom composé de « Khâ », également porté par le dernier pharaon de la première dynastie et de « Sekhmouy », premier roi de la seconde dynastie. Il pourrait s'agir d'une allusion à la rencontre des deux puissances « Horus et Seth ».

Femme au manteau. Epoque thinite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Femme au manteau. Epoque thinite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Abydos : stèle de l’Horus Peribsen. IIème dynastie. (Site Egypte antique)
Abydos : stèle de l’Horus Peribsen. IIème dynastie. (Site Egypte antique)
Coupe en albâtre. Epoque thinite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Coupe en albâtre. Epoque thinite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Bracelet en coquillage. Epoque thinite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Bracelet en coquillage. Epoque thinite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
2.2.3.3.2. Les pharaons
Saqqara : tombeau de l’Horus Hotepsekhémoui creusé aux abords de la pyramide d’Ounas. IIè dynastie.  (Site Egypte antique)
Saqqara : tombeau de l'Horus Hotepsekhémoui creusé aux abords de la pyramide d’Ounas. IIè dynastie. (Site Egypte antique)

3. L’ancien empire memphite : 2650 – 2033 av. J.C.

3.1. Introduction

Torse d’une reine. Ancien empire. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Torse d’une reine. Ancien empire. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Bien que les structures de base, sociales, culturelles économique et artistiques oient déjà en place, la civilisation égyptienne débute réellement avec l'avènement de la troisième dynastie de This, en Haute Égypte, marquée par le déplacement de la capitale plus au Nord, à Memephis, à proximité du « Mur Blanc » construit par Ménès. Ce transfert répond au double souci de se rapprocher du centre religieux d'Héliopolis (« Iounou en égyptien ») ainsi que de renforcer le contrôle des frontières de Syrie et des routes menant à la péninsule sinaïtique.

Guizeh : la pyramide de Khéphren. (Site Egypte antique)
Guizeh : la pyramide de Khéphren. (Site Egypte antique)
La proximité de la côte favorise les relations commerciales avec les peuples des îles méditerranéennes et les ports syriens, notamment Byblos. L'institution monarchique, absolutiste sous les IIIè et IVè dynasties, s'affaiblit à la Vè et devient progressivement impuissante sous la VIè.

Dashour : la pyramide « rhomboïdale » de Snéfrou. (Site Egypte antique)
Dashour : la pyramide « rhomboïdale » de Snéfrou. (Site Egypte antique)
Artistiquement, apparaissent l'architecture de pierre souvent monumentale (les complexes funéraires) et la statuaire de taille humaine pour les particuliers. Le passage à la pierre, avec l'emploi d'une main d'œuvre considérable et obligatoirement qualifiée, utilisée la plupart du temps pendant la période de crue du Nil selon un système de rotation des équipes extrêmement bien rôdé, confirme le degré d'autorité, d'organisation et de puissance auquel était parvenu le pouvoir égyptien de l'époque en la personne du Pharaon.

3.2. La IIIè Dynastie (2650 - 2575 avant J. C.)

3.2.1. Généralités

Saqqara : l’ensemble funéraire de Djoser : vue générale. Au fond, la pyramide d’Ouserkaf. (Site Egypte antique)
Saqqara : l’ensemble funéraire de Djoser : vue générale. Au fond, la pyramide d’Ouserkaf. (Site Egypte antique)
Les bases de la civilisation et le contexte politique vont permettre l'émergence d'un empire qui se constitue progressivement à partir de cette période, marquée par le règne de son second pharaon, Horus Djoser Neterierkhet. La dynastie ne marque pas une rupture avec les précédentes, mais cristallise la mise en culture de terres fertiles, l'instauration d'un système religieux cohérent, l'existence d'une langue et d'une écriture uniques ainsi que la consolidation des frontières d'un territoire étendu et plus ou moins unifié pour donner naissance à une civilisation absolument unique en son genre.

Tête d’Imhotep, le créateur du complexe de Djoser. Bois. Trouvé à Saqqara. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête d’Imhotep, le créateur du complexe de Djoser. Bois. Trouvé à Saqqara. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Djoser reste la figure centrale de la dynastie, voire de touts l’Ancien Empire. Il inaugure une période de grand essor que symbolise l’architecture de pierre illustrée par l'imposant complexe de la pyramide à degrés de Saqqarah. Rompant avec les traditions de ses prédécesseurs il abandonne son mastaba funéraire en construction près d'Abydos et se fait construire la première pyramide, véritable complexe architectural ceint de murailles dont l'escalier doit permettre de conduire l'âme du roi au ciel pour se transformer en lumière. Représentant de dieu sur terre, Djoser indique aux hommes chemin qui conduit à la vie éternelle par une renaissance après la mort. Ce grandiose complexe funéraire, construit par son chef des prêtres, architecte et médecin Imhotep, une des grandes figures de l’histoire de l’humanité, confirme le degré d'autorité, d'organisation et de puissance du pouvoir égyptien en la personne du Pharaon.

Le pharaon Djoser (2630-2611), IIIè dynastie. Statue du serdab de la pyramide de Saqqara. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Djoser (2630-2611), IIIè dynastie. Statue du serdab de la pyramide de Saqqara.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
A l’extérieur, Djoser mène plusieurs campagnes contre les Asiatiques (Syriens, Phéniciens et Cananéens de l'époque) et contre les nomades du Sinaï afin de protéger l'accès aux mines.

3.2.2. Les pharaons

Zaouiet el-Aryan : la pyramide de Khaba (2640-2637) (Site Egypte antique)
Zaouiet el-Aryan : la pyramide de Khaba (2640-2637) (Site Egypte antique)
Meidoum : pyramide de Houni et Snéfrou. (Site Egypte antique)
Meidoum : pyramide de Houni et Snéfrou. (Site Egypte antique)

3.3. La IVè dynastie (2575 - 2465 avant J. C.)

3.3.1. Généralités

3.3.1.1. L’organisation du pays

Scribe accroupi, dit « scribe de Morgan », IVè dynastie. Dimensions : 41 cm x 51 cm x 31 cm. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Scribe accroupi, dit « scribe de Morgan », IVè dynastie. Dimensions : 41 cm x 51 cm x 31 cm. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le roi, appelé le « dieu bon », dispose de tous les pouvoirs. Snéfrou crée la charge de vizir, également « juge de la grande porte », confiée de façon quasi exclusive à des princes de la famille royale. Le vizir cumule de nombreuses fonctions parmi lesquelles celles de préfet, juge, chancelier, administrateur des finances, rédacteur des décrets royaux. Il est secondé par deux chanceliers, portant le titre de « chef des soldats » et de « directeur des magasins d'armée ». La direction des travaux du roi est assurée par un ministre.

Guizeh : les grandes pyramides. (Site Egypte antique)
Guizeh : les grandes pyramides. (Site Egypte antique)
Un nomarque, choisi en général parmi les fils ou les petits-fils du souverain, dirige chacun des 22 nomes de la Haute-Egypte et les 20 nomes de la Basse-Egypte. « Guide du pays » et « directeur des magasins », chaque nomarque assure la perception des impôts et supervise la justice dans son nome. La justice est rendue par une assemblée de notables dans les villes et par des juges des champs dans la campagne. Il existe une chambre d'appel. Les nomarques sont également responsables de l'entretien des canaux et de l'exploitation des terres.

Les célèbres « Oies de Meïdoum » font partie d’une scène de capture d’oiseaux au filet, dans le mastaba de Néfermaât et d’Itet. Elles datent de l’époque de Snéfrou (IVè dynastie). Particulièrement frappants sont les tons naturels de la peinture, appliquée sur une couche de stuc couvrant elle-même un enduit de terre. Des plantes d’un vert tendre, aux fleurs rouges, évoquent le paysage des rives d’un étang. 1,73m x 0,28m. Le Caire Musée Égyptien. (Histoire Egypte ancienne)
Les célèbres « Oies de Meïdoum » font partie d'une scène de capture d'oiseaux au filet, dans le mastaba de Néfermaât et d’Itet. Elles datent de l'époque de Snéfrou (IVè dynastie). Particulièrement frappants sont les tons naturels de la peinture, appliquée sur une couche de stuc couvrant elle-même un enduit de terre. Des plantes d'un vert tendre, aux fleurs rouges, évoquent le paysage des rives d'un étang. 1,73m x 0,28m. Le Caire Musée Égyptien. (Histoire Egypte ancienne)
La condition sociale des Egyptiens dépend des fonctions exercées. Les courtisans touchent une rente alimentaire quotidienne et disposent souvent du privilège de posséder un tombeau et d'y pratiquer les rites osiriens. Les artisans et les paysans, rémunérés au prorata de leurs productions, financent indirectement les fonctionnaires royaux chargés de les surveiller.

3.3.1.2. La terre

Buste du prince Ankhaf, fils de roi, vizir et inspecteur des grands travaux de Khéphren dont il supervise la construction de la pyramide. Calcaire polychrome, 51,2cm. IVè dynastie, Guizeh. Boston , Museum of Fine Arts (Histoire de l’Egypte ancienne)
Buste du prince Ankhaf, fils de roi, vizir et inspecteur des grands travaux de Khéphren dont il supervise la construction de la pyramide. Calcaire polychrome, 51,2cm. IVè dynastie, Guizeh. Boston , Museum of Fine Arts
(Histoire de l’Egypte ancienne)
En théorie, la terre et ses produits (mines) appartiennent au Pharaon. Les terres royales, qui représentent la majeure partie de l'Égypte, sont cultivées par des serfs attachés à la glèbe. En outre, pharaon possède des terres personnelles, dont il fait don soit en faveur d'un dieu, soit en faveur d'un de ses fonctionnaires, ou qu'il constituait en domaines funéraires pour subvenir à l'entretien de sa pyramide et au service de ses offrandes.

Comme la monnaie n'existe pas encore, c'est en nature que la population paye ses redevances et que les fonctionnaires sont rétribués par le roi.

3.3.1.3. La société

Saqqara : tombe de Nefer et de son père Ka : scène champêtre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Saqqara : tombe de Nefer et de son père Ka : scène champêtre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Toute la population sert le roi et les conditions sociales sont déterminées par les fonctions exercées. À la cour, il y a une hiérarchie de courtisans qui touche journellement une rente alimentaire. De plus, Pharaon leur accorde le privilège de posséder un tombeau et le droit d'y pratiquer les rites osiriens.

Dans les villes, les artisans, tout comme les paysans à la campagne, ne travaillent pas pour leur propre compte : le produit de leur activité appartient à Pharaon, qui leur en laisse une part pour leur subsistance.

La classe privilégiée de cette société est celle des fonctionnaires royaux, qui contrôlent le travail des serfs et des artisans.

3.3.1.4. La défense des frontières

Guizeh : la grande pyramide de Khéops : Vue du nord est.  (Site Egypte antique)
Guizeh : la grande pyramide de Khéops : Vue du nord est. (Site Egypte antique)
La défense des frontières joue un rôle capital dès la IVè dynastie. Pour être à l'abri des pillards du sud, Neterkhet-Djéser, avait colonisé le pays en amont de la première cataracte, sur une longueur d’environ 24 kilomètres et l'avait organisé en marche. Ses successeurs maintiennent leur contrôle sur ce secteur et renforcent leur présence à l'ouest, à l'oasis de Siwa, qui permet à l'Égypte de communiquer avec la Marmarique, contre les incursions des Libyens. Ils jalonnent les routes qui mènent en Syrie - Palestine de garnisons. L'exploitation des mines du Sinaï en devient alors plus méthodique. On y a trouvé des bas-reliefs commémorant les victoires des rois.

3.3.2. Les pharaons

Fragment d’une statue de Snéfrou retrouvée à Dashour. Calcaire. IVè dynsatie. Musée du Caire.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fragment d’une statue de Snéfrou retrouvée à Dashour. Calcaire. IVè dynsatie. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue en ivoire du roi Khéops, la seule du monarque qui nous soit parvenue. IV dynastie, musée du Caire<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue en ivoire du roi Khéops, la seule du monarque qui nous soit parvenue. IV dynastie, musée du Caire
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Djedefre. Abu Roash. Musée du Louvre. IVè dynastie. Quartzite rouge avec traces de peinture. Hauteur: 26,5cm.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Djedefre. Abu Roash. Musée du Louvre. IVè dynastie. Quartzite rouge avec traces de peinture. Hauteur: 26,5cm.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Khéphren trônant sous la protection du dieu Horus. IVè dynastie. Diorite. Musée du Louvre.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Khéphren trônant sous la protection du dieu Horus. IVè dynastie. Diorite. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Mykérinos et son épouse Kamerernebty. IVè dynastie. Musée du Caire.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Mykérinos et son épouse Kamerernebty. IVè dynastie. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

3.4. La Vè dynastie (2465 - 2323 avant J. C.)

3.4.1. Généralités

Brasseuse de bière. Guizeh, Vè. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Brasseuse de bière. Guizeh, Vè. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
D'après Manéthon, la Vè dynastie serait originaire d'Éléphantine. Elle est sans doute arrivée au pouvoir avec l'aide du clergé d'Héliopolis, dont la richesse et la puissance s'étaient développées à la fin de la IVè dynastie. Cette dynastie institue la coutume d'entourer le nom royal d'un cercle symbolisant l'orbite solaire, qui s'allonge en ovale, et que l'on appelle le « cartouche » royal. La Vè dynastie marque aussi l'entrée de Rê, le dieu d'Héliopolis, au sommet du panthéon égyptien. Les pharaons, fils de Rê, adosseront parfois le nom du dieu à leur patronyme : Sahou Rê, Neferirka Rê, Neferef Rê ou Néouse Rê.

Abousir : l’ensemble des Pyramides de Sahourê, Niouserrê Ini et de Neferirkarê. (Site Egypte antique)
Abousir : l’ensemble des Pyramides de Sahourê, Niouserrê Ini et de Neferirkarê. (Site Egypte antique)
Les rois entreprennent des expéditions dans le Sinaï et aux frontières sud du pays, en direction de la Nubie.Sahou Rê conduit des expéditions jusqu’à Byblos, en Libye et dans le pays de Pount. Il fait creuser le canal qui relie la Mer Rouge à la Méditerranée. L'Ancien Empire sera alors au sommet de la gloire.

Le boulanger en chef Nefer, Saqqara. Vè dynastie. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le boulanger en chef Nefer, Saqqara. Vè dynastie. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Mais progressivement, à partir du règne de Menkaouhor, les fonctionnaires provinciaux et ceux de la Cour ne sont plus nécessairement choisis parmi les membres de la famille royale sous le règne de Menkaouhor. Ils acquièrent une certaine indépendance qui mine progressivement l'autorité centrale. Sous Djedka Rê Isési, qui mène à nouveau les armées égyptiennes dans le pays de Pount, l’administration du royaume se délite ; les vizirs, dont le célèbre sage Ptahotep, prennent de plus en plus d’indépendance.

3.4.2. Les pharaons

Tête d’Ouserkaf. Temple solaire d’Abousir. Vè dynastie (vers 2495). Schiste, 34,5cm. Musée du Caire.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête d’Ouserkaf. Temple solaire d’Abousir. Vè dynastie (vers 2495). Schiste, 34,5cm. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue du pharaon Neferefrê Raneferef (2419-2416). Vè dynastie. Musée du Caire.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue du pharaon Neferefrê Raneferef (2419-2416). Vè dynastie. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le temple solaire de Niouserrê Ini (2416-2396) à Abou Gourob. Au fond, les trois pyramides.  (Site Egypte antique)
Le temple solaire de Niouserrê Ini (2416-2396) à Abou Gourob. Au fond, les trois pyramides. (Site Egypte antique)
La pyramide d’Ounas à Saqqara. La rampe et le temple de la pyramide. (Site Egypte antique)
La pyramide d’Ounas à Saqqara. La rampe et le temple de la pyramide. (Site Egypte antique)
La pyramide d’Ounas à Saqqara. La chambre sépulcrale. C’est la première à avoir été décorée des fameux « textes des pyramides ». (Site Egypte antique)
La pyramide d’Ounas à Saqqara. La chambre sépulcrale. C’est la première à avoir été décorée des fameux « textes des pyramides ». (Site Egypte antique)

3.5. La VIè dynastie (2323 à 2150 avant J. C.)

3.5.1. Généralités

Statuette d’homme. Bois de jujubier. Fin Vè – début VIè dynasties. Musée du Louvre (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statuette d'homme. Bois de jujubier. Fin Vè – début VIè dynasties. Musée du Louvre
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le mouvement féodal, né sous la Vè dynastie, prend une importance croissante sous la VIè dynastie, au point de saper complètement l’autorité royale. Si à l’extérieur la dynastie étend son hégémonie politique et commerciale sur toute la région, à l’intérieur, certains nomarques locaux et grands fonctionnaires développent leur puissance et en arrivent à constituer peu à peu une véritable noblesse féodale dont les intérêts s’opposent souvent à ceux du souverain memphite. Ils obtiennent le droit de transmettre leurs charges en héritage, ainsi que de domaines terriens et leurs paysans. De plus, es privilèges religieux que les pharaons n'avaient accordés auparavant qu'aux dignitaires de leur cour, deviennent l’apanage des féodaux émancipés.

Mastaba de Nefer : Groupe de Neferherenptah et de sa famille. Calcaire peint. Gizeh, début de la VIè dynastie. Le Caire, musée égyptien. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Mastaba de Nefer : Groupe de Neferherenptah et de sa famille. Calcaire peint. Gizeh, début de la VIè dynastie. Le Caire, musée égyptien.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La vallée du Nil est colonisée jusqu'à la troisième cataracte sous la VIè dynastie. Les souverains envoient de nombreuses expéditions vers le Sud. Elles sont pacifiques sous les règnes de Pépi I, d'Houni et du Khoufhor, avant de devenir militaires sous le règne de Pépi II.

Hiéraconpolis : tête de Faucon. Feuille d’or martelée et obsidienne ; 10cm. VIè dynastie. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Hiéraconpolis : tête de Faucon. Feuille d’or martelée et obsidienne ; 10cm. VIè dynastie. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La plupart des souverains de la dynastie sont ensevelis à Saqqarah, dans des pyramides de petites dimensions. Elles révéleront des textes religieux, gravés sur les parois de leurs couloirs, inspirés par la doctrine héliopolitaine : les « textes des Pyramides », tradition inaugurée par Ounas. Les tombes des nobles, les mastabas, prennent place au pied de ces pyramides.

3.5.2. Les pharaons

Statue en bois du pharaon Téti. VIè dynastie. Londres, British Museum.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue en bois du pharaon Téti. VIè dynastie. Londres, British Museum.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue en cuivre martelé de Pépi I faisant partie d’un groupe. Musée du Caire.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue en cuivre martelé de Pépi I faisant partie d’un groupe. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La reine Ankhnesmeryrê tenant son fils Pépi II sur ses genoux. VIè dynastie, vers 2270. Albâtre, 39,2cm. New York, Brooklyn Museum.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
La reine Ankhnesmeryrê tenant son fils Pépi II sur ses genoux. VIè dynastie, vers 2270. Albâtre, 39,2cm. New York, Brooklyn Museum.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Sarcophage de Nitocris, dernière reine de la VIè dynastie d’après Manéthon, sous le nom de Menka Rê.  Elle aurait vécut aux alentours de 2180. Certains égyptologues voient en elle Neith, l’une des femmes dePépi II. Elle aurait succédé à son époux assassiné, Merenrê-Nemtyemsf II, et aurait régné durant six à douze années. Le Caire, Musée égyptien.<br>(Histoire de l’Egypte ancienne)
Sarcophage de Nitocris, dernière reine de la VIè dynastie d’après Manéthon, sous le nom de Menka Rê. Elle aurait vécut aux alentours de 2180. Certains égyptologues voient en elle Neith, l'une des femmes dePépi II. Elle aurait succédé à son époux assassiné, Merenrê-Nemtyemsf II, et aurait régné durant six à douze années. Le Caire, Musée égyptien.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

4. La Première Période Intermédiaire (2150 – 2133)

4.1. Généralités

La pyramide de Quakarê Ibi, le pharaon le plus connu de la VIIIè dynastie. Au centre, plaque recouvrant l’entrée, au fond la pyramide de Pépi II et le mastaba de Shepseskaf. (Site Egypte antique)
La pyramide de Quakarê Ibi, le pharaon le plus connu de la VIIIè dynastie. Au centre, plaque recouvrant l’entrée, au fond la pyramide de Pépi II et le mastaba de Shepseskaf. (Site Egypte antique)
Les quatre dynasties qui couvrent cette première période intermédiaire sont très mal connues, tout comme les évènements précis qui se sont déroulés durant cette période d’un siècle et demi.

La pyramide de Quakarê Ibi, le pharaon le plus connu de la VIIIè dynastie. Au second plan la chaussée de la pyramide de Pépi II. (Site Egypte antique)
La pyramide de Quakarê Ibi, le pharaon le plus connu de la VIIIè dynastie. Au second plan la chaussée de la pyramide de Pépi II. (Site Egypte antique)
C'est une époque d'effondrement du pouvoir royal avec l'apparition de nomarques de plus en plus puissants favorisant l'éclatement du pouvoir centralisé. Les Bédouins du pays de Canaan, surnommés « les Asiatiques » qui vivent du pillage des caravanes, pénètrent dans le Delta et en prennent le contrôle. Le pouvoir du roi est gangrené par l'incapacité et l'indépendance des hauts fonctionnaires dont la charge est devenue héréditaire.

Assiout : détail de la statue du chancelier Nakhti. Bois peint, yeux incrustés. Xè dynastie, vers 2100. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Assiout : détail de la statue du chancelier Nakhti. Bois peint, yeux incrustés. Xè dynastie, vers 2100. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Les nomarques, qui ont pris leurs distances avec l'autorité centrale, cumulent titres religieux et titres civils. Ils s'allient parfois entre eux pour étendre leur influence ou se combattent. Les pharaons de Memphis dont les règnes se chevauchent parfois, n'interviennent que très rarement dans les rouages du pouvoir administratif en place à Abydos. L'alternance au pouvoir est rapide. Les conceptions et pratiques funéraires n'échappent pas à l'esprit de réforme et voient apparaître le rôle de plus en plus important d’Osiris.

4.2. Les dynasties

Assouan : tombe des nomarques : tombe 35 d’Heqa Ib, gouverneur d’Éléphantine sous le règne de Pépi II (VIè dyn.) et ses successeurs (Site Egypte antique)
Assouan : tombe des nomarques : tombe 35 d'Heqa Ib, gouverneur d'Éléphantine sous le règne de Pépi II (VIè dyn.) et ses successeurs (Site Egypte antique)
Selon Manéthon, la VIIème dynastie comprendrait 70 pharaons ayant régné chacun 70 jours, ce qui prouve à tout le moins l’anarchie qui s’est installé dans le pays à la mort de Nitocris… Quelques nom surgissent, mais aucune date de règne n’est connue avec précision : Néferka Rê II le jeune, Néferka Rê III Neby, Djedka Rê II Shemaï, Néferka Rê IV Khendou, Mérienhor, Néferkamin, Néferka Rê V Tereru, Néfeferkahor…

La pyramide de Quakarê Ibi, le pharaon le plus connu de la VIIIè dynastie. Au centre, plaque recouvrant l’entrée, au fond la pyramide de Pépi II et le mastaba de Shepseskaf. (Site Egypte antique)
La pyramide de Quakarê Ibi, le pharaon le plus connu de la VIIIè dynastie. Au centre, plaque recouvrant l’entrée, au fond la pyramide de Pépi II et le mastaba de Shepseskaf. (Site Egypte antique)
La VIIIè dynastie aurait compté 17 rois dont 5 reprennent le nom de couronnement de Pépi II : Néferka Rê. Il s'agit peut-être des descendants directs, ses fils ou ses petits-fils. Le pouvoir des rois se limite à la région de Memphis. Les pharaons les plus connus sont Néferka Rê VI Pi Seneb Horus Kha-baou, Néferka Min Anou, Kaka Rê Ibi, Néferkaouhor Kapouibi, Néferirka Rê II…

Assouan : tombe des nomarques. (Site Egypte antique)
Assouan : tombe des nomarques. (Site Egypte antique)
La IXème dynastie voit les princes Hiérakonpolis, capitale du riche vingtième nome de Haute-Egypte, prendre le pouvoir avec l'aide d'Assiout. Mérib Rê Khéty Ier fonde la IXème dynastie. Lui succèdent Néferka Rê, Nebkaou Rê, Khéti II, Setout. Ils engagent la lutte contre les envahisseurs « asiatiques » dans le Delta et parviennent à les en chasser. Mais à l’intérieur, ils se heurtent aux princes de la ville d'Apet (Thèbes), qui s'attribuent eux aussi la dignité royale

Les rois de la Xè dynastie se posent en successeurs de la lignée memphite, mais reconnaissent l'existence de leurs rivaux thébains en Haute-Egypte. Le pays est divisé : au nord règnent les souverains d'Hérakléopolis (Méri-Hathor, Néferka Rê VII, Mérika-Rê…) alors qu’au sud Antef « l'Ancien » fonde une lignée royale qui fera la grandeur de l’Egypte au Moyen Empire.

5. Le Moyen Empire thébain (2133 – 1786)

5.1. Introduction

Buste d’himme. Granit. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Buste d’himme. Granit. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Le début du Moyen Empire, dont l'origine remonte au milieu de la XIè dynastie, est marqué par la réunification de l'Egypte par Montouhotep II, vers 2040 avant J. C. Les princes thébains réussissent à triompher des Héracléopolitains et rétablissent au cours de la XIè dynastie l'unité de l'Égypte à leur profit. À Thèbes, leur capitale, on adore le dieu de la génération Amon, proche parent du dieu Min des Coptes, dont la fortune prodigieuse, liée à celle de sa ville, débute avec l'avènement de la XIIè dynastie.

Tête de reine en sphinge, XIIè dynastie. New York, Brooklyn Museum. (Site Egypte antique)
Tête de reine en sphinge, XIIè dynastie. New York, Brooklyn Museum. (Site Egypte antique)
L’unification, réalisée par les rois de la XIè dynastie sera consolidée par ceux de la XIIè dont la tâche sera double : restaurer d'une part l'autorité royale et une administration centralisée, rétablir d'autre part la prospérité économique et relever les ruines accumulées par trois siècles de désordres et de troubles. Ils vont y parvenir et rétablir l’Egypte dans la puissance et la prospérité.

5.2. La XIè dynastie (2133 - 1963 avant J. C.)

5.2.1. Généralités

Cette dynastie thébaine, apparue dans les chaos de la Première Période Intermédiaire, s'impose militairement sous l'autorité des rois Antef. Les dynastes hérakléopolitains et leurs alliés, les nomarques de Siout sont vaincus, les Asiatiques du Delta refoulés et les dynasties tribales indépendantes de Nubie soumises : l'Egypte reprend possession de cette région qui conditionne l'accès à la Mer Rouge.

Les quelques douze rois de la dynastie donnent à leur ville d'origine une importance croissante, tout en ne négligeant pas le rôle de Memphis. Les rois voyagent beaucoup et n'hésitent pas à construire des résidences et des villes nouvelles, comme Ity-Taouy à l'entrée du Fayoum. Ils auront cependant bien des difficultés à imposer l’autorité royale unique, particulièrement vis-à-vis des grandes familles de la noblesse féodale jalouses de leurs prérogatives en province.

5.2.2. Les pharaons

Deir el Bahari : restitution du complexe funéraire de Montouhotep. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Deir el Bahari : restitution du complexe funéraire de Montouhotep.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Couvercle du sarcophage du pharaon Antef I, le « réunificateur ». XIè dynastie, 2100-2090. (Site Egypte antique)
Couvercle du sarcophage du pharaon Antef I, le « réunificateur ». XIè dynastie, 2100-2090. (Site Egypte antique)
Nebhepet Rê Mentouhotep II Musée du Caire, salle 26 (Site Egypte antique)
Nebhepet Rê Mentouhotep II Musée du Caire, salle 26 (Site Egypte antique)
Deir el-Bahari : temple funéraire du Pharaon Nebhepet Rê - Mentouhotep II, le grand pharaon de la XIè dynastie, mort vers 2010. (Site Egypte antique)
Deir el-Bahari : temple funéraire du Pharaon Nebhepet Rê - Mentouhotep II, le grand pharaon de la XIè dynastie, mort vers 2010. (Site Egypte antique)
Stèle de Mentouhotep. (Site Egypte antique)
Stèle de Mentouhotep. (Site Egypte antique)

5.3. La XIIè dynastie (1963 - 1786 avant J. C.)

5.3.1. Généralités

Dahshour : la première pyramide d’Amenemhat III.  (Site Egypte antique)
Dahshour : la première pyramide d’Amenemhat III. (Site Egypte antique)
Avec la XIIè dynastie, l’Egypte devient une puissance internationale dominante et presque impériale. Le développement du Fayoum et des richesses économiques de la vallée, les réussites artistiques (sculptures, architecture et littérature) vont faire de cette période d'environ deux siècles une période classique, dont les écrits feront autorité des siècles plus tard. Cette période culmine avec les règnes de Sésostris III et d'Amenemhat III.

5.3.1.1. Administration locale

La pyramide de Sésostris I (1934-1898) grand bâtisseur de la XIIè dynastie à Lisht. A l’origine, elle était haute de 62,5m. C’est aujourd’hui une colline de 23m de haut… (Site Egypte antique)
La pyramide de Sésostris I (1934-1898) grand bâtisseur de la XIIè dynastie à Lisht. A l’origine, elle était haute de 62,5m. C’est aujourd’hui une colline de 23m de haut… (Site Egypte antique)
Les nobles voient avec déplaisir la restauration d'un pouvoir central ; La tâche principale des premiers souverains de la XIIè est de soumettre à leur autorité les nomarques et les gouverneurs de villes, dont les fonctions étaient devenues héréditaires et qui restent jaloux de leurs prérogatives. Ils évitent de les attaquer de front, et par une politique habile, endorment leur défiance en comblant de faveurs ceux d'entre eux qui leur sont fidèles, interviennent dans chaque succession pour morceler les anciens domaines et imposer aux héritiers d’investiture pour les fonctions relevant de l'État. Peu à peu les nomarques sont rétrogradés au rang de fonctionnaires et redeviennent de simples agents du pouvoir central.

5.3.1.2. Administration centrale

Karnak : le pavillon de Sésostris I (XIIè dynastie, 1971-1926), appelé aussi « Chapelle blanche ». Un bijou d’architecture. (Site Egypte antique)
Karnak : le pavillon de Sésostris I (XIIè dynastie, 1971-1926), appelé aussi « Chapelle blanche ». Un bijou d’architecture. (Site Egypte antique)
Le vizir est toujours le bras droit du pharaon. Il dirige la politique extérieure et souvent les expéditions militaires. À l'intérieur, il surveille les fonctionnaires, la police de la capitale et l'administration judiciaire; il préside la « cour des six maisons » où siègent « trente grands du sud », représentants du pouvoir central. Deux trésoriers contrôlent les dépenses et centralisent l'entrée des revenus fournis par les tributs des races soumises, le produit des carrières et les impôts levés sur la population. À cette fin, on tient dans les bureaux du vizir des listes complètes des habitants du pays.

5.3.1.3. Prospérité économique

Le recensement du troupeau. Tombe de Meketrè à Deir el Bahari, XIè dynastie. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Le recensement du troupeau. Tombe de Meketrè à Deir el Bahari, XIè dynastie. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Les souverains de la XIIè dynastie font remettre en valeur les richesses du pays et en particulier la région du Fayoum (le « pays du Lac »). En construisant un barrage à l'entrée de cette province, ils récupèrent pour la culture des terres fertiles, jusque-là couvertes de marécages ; en construisant une digue, ils utilisent une dépression naturelle, le lac Moeris (mer Our en égyptien), pour emmagasiner le trop plein des eaux au moment de la crue du Nil et pour le déverser sur la Basse Égypte en cas de sécheresse.

La pyramide de Sésostris II (1866-1862) à Illahoun. Elle a été édifiée sur un monticule naturel de calcaire. (Site Egypte antique)
La pyramide de Sésostris II (1866-1862) à Illahoun. Elle a été édifiée sur un monticule naturel de calcaire. (Site Egypte antique)
La prospérité de cette époque est attestée par nombre de fondations royales (temples, pyramides) et la qualité des richesses artistiques qui y furent découvertes.

5.3.1.4. La société égyptienne

Le prince Iâhmès Statuette XVIIème dynastie. Cette statuette en calcaire, autrefois peinte et dorée, représente peut-être le futur roi Ahmôsis (Nebpehti-Rê Ahmès). Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Le prince Iâhmès Statuette XVIIème dynastie. Cette statuette en calcaire, autrefois peinte et dorée, représente peut-être le futur roi Ahmôsis (Nebpehti-Rê Ahmès). Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
La population égyptienne est en majeure partie composée d'agriculteurs : si la majorité des terres restent aux mains des grands propriétaires fonciers, dans les campagnes vit une classe agricole composée de tenanciers libres et de fermiers. Chaque chef de famille reçoit de l'administration une surface cultivable proportionnée au nombre des membres de sa famille. Les conditions d'existence de ces cultivateurs restent difficiles : ils ploient sous le poids des impôts et sont surchargés de corvées. Les bénéficiaires de ces terres concédées par l'État peuvent en disposer librement, mais seulement entre parents figurant sur le même registre.

Assouan, tombe de Sarenpout II. (Site Egypte antique)
Assouan, tombe de Sarenpout II. (Site Egypte antique)
La population des villes jouit d'une plus grande liberté. On n'y lève aucun service de corvée. Les artisans ne sont plus embrigadés dans les ateliers royaux, mais peuvent s'installer à leur propre compte. Ainsi se constitue une classe nouvelle, la bourgeoisie ; comprenant les commerçants, les artisans et les fonctionnaires de rang inférieur. Cette classe, dont l'importance va croissant, devient le principal soutien des rois thébains dans leurs luttes contre les féodaux. La classe inférieure enfin, tire sa subsistance de l'exercice des métiers les plus humbles ; elle est employée aux travaux publics ordonnés par le roi : construction des temples, pyramides, canaux, digues, carrières...

La pyramide de Sésostris III (1862-1843) ou « Pyramide noire » à Dashour. Aujourd’hui, la hauteur de cette pyramide extrêmement ruinée n’est plus que d’une trentaine de mètres (78 m à l’origine) et la longueur de ses côtés est de 105m. (Site Egypte antique)
La pyramide de Sésostris III (1862-1843) ou « Pyramide noire » à Dashour. Aujourd'hui, la hauteur de cette pyramide extrêmement ruinée n'est plus que d'une trentaine de mètres (78 m à l'origine) et la longueur de ses côtés est de 105m. (Site Egypte antique)
La propriété privée est enregistrée sur les livres du cadastre ; le propriétaire jouit de la libre disposition de ses biens. Le droit d'aînesse n'est pas en usage en Égypte et les héritages sont partagés également entre les enfants.

Dahshour : Collier. Or incrusté de lapis-lazuli, turquoise et cornaline. XIIè dynastie. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
Dahshour : Collier. Or incrusté de lapis-lazuli, turquoise et cornaline. XIIè dynastie. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
La transformation des conditions religieuses du peuple, commencée à l'époque héracléopolitaine, atteint son plein développement. Désormais, toute la population peut prétendre à des privilèges spéciaux dans l'au-delà, après la mort. Les rites funéraires se démocratisent et deviennent accessibles aux plus humbles. Les riches, outre leur sépulture, se font construire un mémorial - stèle ou statue - à Abydos, auprès du tombeau du dieu des morts Osiris, pour bénéficier du culte et des offrandes faites dans ce sanctuaire.

5.3.2. La politique extérieure

Dahshour : pectoral de Sésostris II. Or incrusté de lapis-lazuli, turquoise et cornaline. Hauteur : 4,8cm. XIIè dynastie. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
Dahshour : pectoral de Sésostris II. Or incrusté de lapis-lazuli, turquoise et cornaline. Hauteur : 4,8cm. XIIè dynastie. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
Les rois de la XIIè dynastie reprennent la politique d'expansion des pharaons memphites de l’Ancien Empire. Les effectifs de l’armée, composée des milices des nomes et de la gendarmerie nubienne, sont renforcés par des troupes permanentes, formant une armée permanent de conscrits ou d’engagées volontaires. Les cadres sont fournis par les « gens de la suite du prince », une élite proche du roi.

Bouhen. Le fort construite par Sésostris II. XIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Bouhen. Le fort construite par Sésostris II. XIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Le premier objectif des monarques de la XIIè dynastie est la conquête et la colonisation de la Nubie. Il s’agit d’une part de stopper définitivement l’infiltration systématique de Nubiens vers le Nord et d’autre part de mettre en valeur les richesses économiques de la région (carrières de pierres, mines d'or, voie de pénétration vers le haut Nil). Amenemhet I envahit la région au sud de la première cataracte. Son fils Sésostris I porte ses frontières au-delà de la troisième cataracte et fonde la ville de Kerma et le fort de Bouhen sur la seconde cataracte. Sésostris III achève la soumission de la Basse Nubie, l'incorpore à l'Empire égyptien et élève, en amont de la deuxième cataracte, deux forts en face l'un de l'autre, Semneh et Koummeh. De là, poussant vers le sud, il fait campagne contre le « misérable pays de Koush » (Haute Nubie).

Sur la frontière orientale, les pharaons thébains se contentent de sécuriser les routes du Sinaï et d’y reprendre l'exploitation des mines. Sésostris II doit repousser un groupe important de tribus cananéennes, chassés de leur pays par de nouveaux arrivants. Sésostris III pénètre en Asie, y bat ses ennemis et installe à Byblos une base navale. L’Egypte entretient un trafic maritime avec la Crète et Chypre.

5.3.3. Les pharaons

Statue de Sésostris I coiffé de la couronne du sud provenant de Lisht. Bois stuqué, 56,7cm. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Statue de Sésostris I coiffé de la couronne du sud provenant de Lisht. Bois stuqué, 56,7cm. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Statue de Sésostris II provenant de Tanis. Granite, 2m65. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Statue de Sésostris II provenant de Tanis. Granite, 2m65. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Tête de Sésostris III. (Site Egypte antique)
Tête de Sésostris III. (Site Egypte antique)
Amenemhat III en Sphinx. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Amenemhat III en Sphinx. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
El Bersheh : tombe rupestre de Djehoutyhotep. Plat en or. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)
El Bersheh : tombe rupestre de Djehoutyhotep. Plat en or. Paris, musée du Louvre. (Site Egypte antique)

6. La seconde période intermédiaire (1783 -1550 avant J.C.)

6.1. Les Hyksôs

Statuettes Hyksos. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statuettes Hyksos.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Les souverains d'origine thébaine qui succèdent à ceux de la XIIè dynastie inaugurent une période extrêmement confuse. L'Égypte se morcelle en plusieurs royaumes et principautés. La XIIIè dynastie est de fait composée de deux lignées de rois résidant respectivement à Thèbes et à Ithet-taoui (aux environs de Licht).

Un grand nombre de souverains, soixante d’après Manéthon, se succèdent sur le trône d'Égypte, souvent par violence et usurpation ; ils ne règnent que rarement sur le pays tout entier, leur autorité étant contestée par des chefs locaux. Quelques-uns cependant réussissent à s'imposer, notamment Neferhotep I, Sebekhotep III et Sebekhotep IV et leurs statues colossales, ainsi que quelques inscriptions, attestent leur domination sur toute l'Égypte.

Avant la fin de la XIIIè dynastie, tombée dans l'anarchie, affaiblie par des guerres civiles et de continuelles compétitions pour le trône, le Delta oriental est envahi par ceux que Manéthon appelle les « Rois pasteurs » ou Hyksôs. Ce terme correspond, en réalité, au titre « kika khasout », « prince des pays étrangers », par lequel, de tout temps, les Égyptiens ont désigné les cheikhs du désert oriental.

Amulettes Hyksos en forme de scarabée. Stéatite. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Amulettes Hyksos en forme de scarabée. Stéatite.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Ces invasions progressives de l'Égypte par ces Hyksôs sont en relation étroite avec le grand mouvement migratoire des populations indo-européennes, descendues des plateaux de l'Iran et de l'Arménie. Ces « Aryens », parmi lesquels se trouvent les Hittites et les Mitanniens, font irruption en Syrie aux environs de l'an 2000, refoulent en masse vers le sud les populations d'Asie antérieure, qui se heurtent à leur tour aux armées égyptiennes sous le règne de Sésostris III, qui parvient à les contenir. Mais, un siècle plus tard, le flot de ces envahisseurs déborde le système de défense du Delta et submerge l'Égypte du Nord et la moyenne vallée du Nil. Cette masse est composée de Sémites syriens menés par des Aryens. A l’extinction de la XIVè dynastie, les Hyksôs prennent le pouvoir, fondent une dynastie et installent leur capitale à Avars dans le Delta oriental. La ville, fortement défendue, devient le centre d'un empire, qui contrôle, outre l’Egypte du nord, la Syrie et la Palestine. Progressivement, les souverains Hyksos, qui se proclament pharaons à part entière, étendent leur pouvoir jusqu'à la Moyenne Égypte et tentent même de s'allier aux Nubiens pour réduire les Thébains. Mais ils sont cependant forcés de tolérer l'existence de dynasties locales, l'une à dois, dans le Delta occidental (la XIVè dynastie, connue seulement par la mention de Manéthon) et l'autre à Thèbes, la XVIIè dynastie, qui semble avoir conservé une indépendance plus marquée à l'égard de la suzeraineté des rois pasteurs.

Amulettes Hyksos en forme de scarabée. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Amulettes Hyksos en forme de scarabée.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La progression des Hyksôs d'Avaris jusqu'au Nord d'Héliopolis s'étend sur une période d'environ un demi-siècle et semble avoir été réalisée de manière pacifique. L'organisation du pouvoir des Hyksôs adopte le moule politique égyptien. Leur religion reprend en partie le panthéon égyptien autour de Seth d'Avaris et les pharaons hyksôs continuent à porter le nom de Rê dans leur titulature. Les autorités religieuses se contentent d'accentuer les caractères sémitisants des divinités. Parmi les souverains hyksôs, Khyan et Apophis furent les plus puissants. Au contact de la civilisation égyptienne, beaucoup plus avancée que la leur, les rois hyksôs adoptent le protocole et les tires de la cour pharaonique. Dans le gouvernement de l'Égypte, ils conservent les rouages savants de l'administration existante, avec un personnel de fonctionnaires égyptiens. Ces derniers, momentanément soumis aux barbares étrangers conservent néanmoins intacte leur orgueil national et leur profond attachement aux dieux de leur partie asservie.

Céramique Hyksos. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Céramique Hyksos.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Cette domination étrangère suscite une réaction thébaine et une sorte de sentiment d'identité nationale chez les Égyptiens. Les guerres contre les Hyksos sont assimilées à la lutte traditionnelle du dieu Soleil contre ses ennemis et au maintien du bel ordre égyptien contre les puissances du chaos ; leur expulsion à la fin de la XVIIè dynastie, constitue un mythe fondateur pour tout le Nouvel Empire.

Carte de l’empire des Hyksôs. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Carte de l’empire des Hyksôs.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

6.2. Les dynasties

6.2.1. Les XIIIè et XIVè dynasties égyptiennes : (1786 - 1650)

Karnak : statue de Neferhotep I (XIIIè dynastie), découverte à Karnak. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Karnak : statue de Neferhotep I (XIIIè dynastie), découverte à Karnak.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La XIIIè dynastie est composée de deux lignées de rois résidant respectivement à Thèbes et à Ithet-taoui (aux environs de Licht). Elle ne compte pas moins d’une soixantaine de souverains, pour la plupart des inconnus. C’est semble t-il sous le règne de Dedoumosés, vers 1650 que les Hyksôs étendent leur domination sur l'Égypte et fondent la forteresse d'Avaris.

Parmi les pharaons connus, Neferhotep I, Sobekhotep III et Sobekhotep IV sont les seuls qui parviennent à maintenir un pouvoir central fort. Khendjer se fait construire une pyramide à Saqqara.

Saqqara : pyramide de Khendjer, roi de la XIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Saqqara : pyramide de Khendjer, roi de la XIIIè dynastie. (Site Egypte antique)

6.2.2. Les XVè et XVIè dynasties Hyksôs (1650 – 1550)

La tradition répartit les rois Hyksôs en deux dynasties, la XVè, celle des « Grands Hyksôs » et la XVIè, celle des « Petits Hyksôs ». La liste des chroniques énumère 176 souverains hyksôs qui auraient régné 184 ans sur le royaume du Nord.

6.2.2.1. La XVè dynastie

Cartouches de Séqénenrê Taa II et Ahmosis. El Kab: tombe d’Ahmose, fils d’Abana. Fin de la XVIIè dynastie. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Cartouches de Séqénenrê Taa II et Ahmosis. El Kab: tombe d'Ahmose, fils d'Abana. Fin de la XVIIè dynastie.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

6.2.2.2. La XVIè dynastie

6.3. La fin de la domination Hyksôs (1650 à 1550 avant J. C.)

Karnak : poignard de Kamôse, XVIIè dynastie. Or, cuivre et bois, 23cm. Cabinet des médailles, Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Karnak : poignard de Kamôse, XVIIè dynastie. Or, cuivre et bois, 23cm. Cabinet des médailles, Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
C’est la XVIIè dynastie des Thèbes, issue d'une branche locale de la XIIIè dynastie qui va chasser les Hyksôs d’Egypte. Au départ, et jusqu’au règne d’Antef VII, les relations entre la dynastie thébaine et les Hyksôs sont plutôt bonnes et fertiles en échanges commerciaux. Une première tentative de renversement est entreprise sous l’impulsion de Séqénenré Taa II, mais elle se solde par un échec.

Karnak : stèle de Kamôse, XVIIè dynastie. Ensemble et détail. Musée de Louxor. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Karnak : stèle de Kamôse, XVIIè dynastie. Ensemble et détail. Musée de Louxor.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Les relations changent du tout au tout avec l’arrivée sur le trône de Thèbes de Kamôsis, fils d'Antef VII, qui prend le pouvoir à Thèbes en 1555. Il prend la tête d’une armée et entreprend la reconquête. Il reprend le contrôle de Memphis ainsi que celui des pistes caravanières qui assurent les communications entre le Nord et la Nubie. Mais il échoue devant Avaris. Avec sa mort s’éteint la XVIIè dynastie. Ahmosis, son successeur et frère chassera les Hyksôs hors d’Egypte et fondera la prestigieuse XVIIIè dynastie.

7. Le nouvel empire (1550 – 1069)

7.1. Introduction

Karnak . Relief des courtisans du IXè pylône. Règne d’Horemheb, XVIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Karnak . Relief des courtisans du IXè pylône. Règne d’Horemheb, XVIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Pour contrer les Asiatiques, qui l'avait subjuguée lors de la domination Hyksôs, l'Égypte, qui a retrouvé sa puissance, va à son tour envahir l'Asie. Dans la réalisation de ces profits, qui avaient pour but d'affirmer la conquête de la Palestine et de la Syrie, elle va se heurter à des puissances rivales qui convoitent elles-mêmes ces possessions. L'Égypte leur impose ses volontés. Sous la XVIIIè dynastie, il lui revint le rôle d'arbitre et d'agent capital de l'histoire de l'ancien Orient. Mais, intimement liée aux événements qui se déroulent dans la proche Asie et dans le monde égéen, elle en subit, à partir de la XXè dynastie, tous les contrecoups malencontreux.

De ce contrat constant avec les civilisations orientales naissent des courants d'influence artistique et intellectuelle, qui mirent en communion plus intime les différentes civilisations du bassin méditerranéen. Thèbes devient la capitale du monde où s'entassent les tribus des peuples de l'Asie et des peuples du haut Nil. Cette richesse fabuleuse, ajoutée à une main-d'œuvre innombrable, fournie par les prisonniers de guerre, permet aux rois du Nouvel Empire d'entreprendre la construction de temples gigantesques, qui, avec les prodigieuses tombes de la Vallée des Rois, attestent jusqu'à aujourd'hui la puissante civilisation de cette époque.

La XVIIIè dynastie compte parmi les mieux connues et les plus grandioses de l'Egypte ancienne. Les Ahmosides donnent naissance à une lignée de souverains (quatre Thoutmosis et trois Aménophis, sans oublier la célèbre Hatchepsout) qui marquent l'histoire. La reconquête du pays est suivie de sa réorganisation. Libérée et réunifiée, l'Egypte part à la conquête des pays ennemis qui l'entourent afin de couper court à tout risque de menace extérieure. Les campagnes d'expansion et d'appropriation vont assurer plusieurs décennies de prospérité. L'ouverture sur le Proche-Orient entraîne la reprise de l'importation de matières premières, notamment l'argent et l'or d'Asie et de Nubie, le lapis-lazuli d'Asie centrale, la turquoise du Sinaï. Des alliances avec des souverains vassaux permettent d'étendre l'influence du Nouvel Empire jusqu'aux rives de l'Euphrate.

Carte de l’Egypte au Nouvel Empire, sous les règnes de Séthi I, Ramsès II et Ramsès III. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Carte de l’Egypte au Nouvel Empire, sous les règnes de Séthi I, Ramsès II et Ramsès III.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

7.2. Reconquête et consolidation

7.2.1. Le règne d’Ahmôsis

Statue d’Ahmès-Negertari, femme d’Ahmosis et mère d’Aménophis I. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue d’Ahmès-Negertari, femme d’Ahmosis et mère d’Aménophis I.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Nebpehti Rê Ahmès, Ahmôsis (1550 – 1525) achève la reconquête en chassant les Hyksôs du Delta et en prenant leur capitale Avaris. La domination hyksôs n’est anéantie que lorsque les troupes égyptiennes s'emparent de la place forte de Charouhen, base arrière des Hyksôs dans le sud-ouest palestinien. Le Nord du pays libéré, Ahmosis part à la conquête de la Nubie afin d'achever l'oeuvre de réunification du pays. Il laisse à son fils Aménophis I, à l'issue d'un règne de 25 années, un pays libéré ayant retrouvé les frontières qui étaient les siennes à la fin du Moyen Empire. Désormais, les souverains vont pratiquer une politique d’expansion et d'appropriation qui va assurer à l'Égypte une prospérité presque ininterrompue pendant des décennies jusqu'à l'Euphrate et jusque vers le « pays de Koush » au sud.

Dra Aboul Naga. Tombe de la reine Aahhotep. XVIIIè dynastie. Dague à pommeau orné de têtes. Or et électrum. 28,5cm. Le Caire : Musée égyptien. (Site Egypte antique)
Dra Aboul Naga. Tombe de la reine Aahhotep. XVIIIè dynastie. Dague à pommeau orné de têtes. Or et électrum. 28,5cm. Le Caire : Musée égyptien. (Site Egypte antique)

7.2.2. Le règne d’Aménophis I

Statue d’Aménophis I datant de l’époque de Ramsès II. Calcaire, 12,8cm. Paris, Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue d’Aménophis I datant de l’époque de Ramsès II. Calcaire, 12,8cm. Paris, Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils d’Ahmôsis, Djeserka Rê Amenhotep – Aménophis Ier (1525 à 1504 avant J. C.) règne durant 21 ans et l’Egypte connaît une période de prospérité et de paix, même si le Mitanni conteste la présence égyptienne à proximité de l'Euphrate. Le roi entreprend la construction du temple d'Amon à Karnak et est le premier à séparer sa sépulture du temple funéraire. Cette initiative sera reprise par ses successeurs qui construiront sur la rive occidentale de Thèbes leur « Demeure des Millions d'Années », symbole de leur puissance...

7.2.3. Thoutmosis I

Sarcophage du pharaon Thoutmosis I, originellement prévu pour sa fille Hatchepsout et regravé pour lui. Thèbes, XVIIIè dynastie, règne d’Hatchepsout, 1473-1458. Boston, Museum of Fine Arts (Histoire de l’Egypte ancienne)
Sarcophage du pharaon Thoutmosis I, originellement prévu pour sa fille Hatchepsout et regravé pour lui. Thèbes, XVIIIè dynastie, règne d’Hatchepsout, 1473-1458. Boston, Museum of Fine Arts
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Aakhéperka Rê Thoutmès, Thoutmosis I (1504 à 1492 avant J. C.), fils qu'Aménophis I a engendré avec l'une de ses concubines, Seneneb, hérite du trône par son mariage avec la princesse héréditaire Ahmès, sa demi-soeur. Il soumet la Nubie et la divise en cinq principautés dont le gouvernement est confié à des nubiens soumis. Il poursuit sa conquête et entre dans le pays de Kouch, au-delà de la quatrième cataracte. Puis il se tourne vers le nord : ses campagnes militaires le conduisent en Syrie, dans le Retenou, en pays de Canaan et jusqu'à la rive Ouest de l'Euphrate dans le pays de Naharina, étendant le protectorat égyptien sur la Syrie du Nord. En Egypte même, il entreprend de grands travaux : Le temple primitif de Karnak est entouré d'un péristyle dans lequel il dépose des statues du roi représenté en Osiris. Il y fait aussi ériger Les 4è et 5è pylônes règne ainsi que les deux obélisques de granit rose devant le 4è pylône. Il fait creuser sa tombe dans la Vallée des Rois (N°38) et Il inaugure la nécropole de la Vallée des Rois en y faisant creuser sa tombe (KV38). Thoutmosis aura de nombreux enfants dont un garçon, Aménémès, qui mourut très jeune, une fille, Hatchepsout, et Thoutmosis II, qu’il aura avec une concubine. A sa mort, Thoutmosis II monte sur le trône, après avoir épousé Hatchepsout pour maintenir entière la légitimité du trône. Ils auront une fille, Néférou Rê.

7.2.4. Thoutmosis II

Le cartouche royal de Thoutmosis II (Aakeheperenre) sur un obélisque du temple funéraire d’Hatchepsout à Deir el Bahari. Le cartouche est précédé de symboles royaux, comme l’abeille… (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le cartouche royal de Thoutmosis II (Aakeheperenre) sur un obélisque du temple funéraire d’Hatchepsout à Deir el Bahari. Le cartouche est précédé de symboles royaux, comme l’abeille…
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Aakhéperen Rê Thoutmès, Thoutmosis II (1492 à 1479 avant J. C.) poursuit l'oeuvre de son père et renforce la domination égyptienne en prenant la tête de deux campagnes militaires, l'une en Nubie, l'autre en Palestine. Il meurt après 13 ans de règne et le pouvoir passe à son fils qu’il a eu d'une épouse secondaire, Thoutmosis III qui épouse sa demi-soeur Néférou Rê.

7.3. Vers l’hégémonie

7.3.1. Hatchepsout

Statue de la reine Hatchepsout. Deir el-Bahari. Calcaire peint, 61cm. XVIIIè dynastie. Le Caire. (Site Egypte antique)
Statue de la reine Hatchepsout. Deir el-Bahari. Calcaire peint, 61cm. XVIIIè dynastie. Le Caire. (Site Egypte antique)
Maâtka Rê Hatshepsout (1479 à 1457 avant J. C.). Thoutmosis III est trop jeune pour succéder à son père. L’ambitieuse Hatchepsout épouse alors son neveu et exerce la régence avant de se faire couronner et prendre la titulature de pharaon. Thoutmosis III n'assume qu'un rôle de corégent dépourvu de pouvoirs. La nouvelle reine justifie cette usurpation en s'inventant une corégence avec son père Thoutmosis I. Ce « texte de la jeunesse d'Hatchepsout » se trouve dans le temple funéraire qu'elle se fait construire à Deir el-Bahari.

La reine s'entoure de hauts dignitaires compétents et dévoués, parmi lesquels l’architecte et intendant Senenmout, chargé de l'éducation de sa fille Neferure et qui sera plus que son architecte, Pouym Rê, deuxième prophète d'Amon, Nehesy, chancelier qui prend la tête de l'expédition commerciale en direction du pays du Pount et Hapouseneb, vizir et grand prêtre d'Amon qui supervise l'essentiel des grands travaux et des expéditions. L'Egypte connaît une période de grande prospérité marquée par une activité commerciale intense en direction de l'Asie, du Sinaï et du Pount. Les frontières s'étendent des cataractes supérieures du Nil en Nubie jusqu'à l'Euphrate en Asie.

Karnak, cour de la cachette. Statue cube de Senenmout, favori de la reine Hatchepsout. XVIIIè dynastie, granit. Londres, British Museum. (Site Egypte antique)
Karnak, cour de la cachette. Statue cube de Senenmout, favori de la reine Hatchepsout. XVIIIè dynastie, granit. Londres, British Museum. (Site Egypte antique)
L'expédition en direction du pays du Pount, « pays de dieu » à proximité l'Éthiopie actuelle, revêt un caractère essentiellement commercial. Le pays regorge de parfums et d'huiles de sycomore, d'ébène et de bois aromatiques, d'or, d'ivoire, de fourrures et d'animaux. Le trésor rapporté enrichit le temple de Karnak où Hatchepsout fait construire le « Saint des Saints », la « Chapelle Rouge » et deux obélisques « doigts des dieux » dont l'un est encore dressé. Les représentations du deuxième portique du merveilleux temple de Deir el-Bahari, appelé « portique du Pount », retracent les expédions en direction des mines du Sinaï et du Pount.

Deir el-Bahari : le temple funéraire de la reine Hatchepsout : relief de l’expédition au pays de Pount. (Site Egypte antique)
Deir el-Bahari : le temple funéraire de la reine Hatchepsout : relief de l’expédition au pays de Pount. (Site Egypte antique)
Les travaux entrepris durant le règne d’Hatchepsout sont très importants : restauration des monuments détruits par les Hyksos, construction d'une chapelle en grès et de deux obélisques en l'honneur de Khnoum à Eléphantine, aménagement d'une grotte à Spéos Artemidos en Moyenne Égypte consacrée à la déesse Pachet et surtout construction du temple funéraire de la reine à Deir el-Bahari que les Egyptiens nomment « djéser djéserou » (« le magnifique des magnifiques »), taillé dans le roc d'une montagne et composé de trois terrasses.. Hatchepsout fait aménager en outre une tombe entre la Vallée des rois et la Vallée des reines dans laquelle on trouvera un sarcophage en quartzite jaune. Cette construction sera abandonnée après son couronnement et remplacée par une tombe creusée dans la Vallée des Rois.

Deir el-Bahari : le temple funéraire de la reine Hatchepsout Maâtkarê. (Hatchepsout Maâtkarêè dynastie, 1479-1457). Vue générale. (Site Egypte antique)
Deir el-Bahari : le temple funéraire de la reine Hatchepsout Maâtkarê. (Hatchepsout Maâtkarêè dynastie, 1479-1457). Vue générale. (Site Egypte antique)
Les circonstances de la mort de la reine restent inconnues, mais l’empressement de son successeur et mari à faire disparaître l'essentiel des traces de son règne plaide pour une disparition violente, probablement lors d'une révolution de palais.

7.3.2. Thoutmosis III, Aménophis II et Thoutmosis IV

7.3.2.1. MenKhéper Rê Thoutmès

Statue de Thoutmosis III. XVIIIè dynastie. Musée du Caire.  (Site Egypte antique)
Statue de Thoutmosis III. XVIIIè dynastie. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Thoutmosis III (1457 à 1425 avant J. C.). : La reine morte, Thoutmosis III accède au trône. Ceux qui voient en lui un faible déchantent rapidement. Immédiatement il fait face à une révolte des principautés asiatiques, coalisées autour du prince de Qadesh sous l'influence du Mitanni (Arménie actuelle). L'affrontement entre Egyptiens et Mitanniens fera l’objet de 17 campagnes qui verront le roi, après les éclatantes victoires à Megiddo en Palestine et à Karkemish sur l’Euphrate, atteindre Qatna à l'Est de l'Oronte et franchir le fleuve pour atteindre Karkemish. L'Egypte domine le Proche-Orient et les relations avec les pays de la mer Egée sont amicales. A sa mort, Thoutmosis III entre dans la légende. La tradition lui reconnaît également le goût pour la botanique et l'art de la littérature.

7.3.2.2. Aakhéperou Rê Amenhotep

Tête de sphinx, sans doute le roi Aménophis II. XVIIIème dynastie. Quartzite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Tête de sphinx, sans doute le roi Aménophis II. XVIIIème dynastie. Quartzite. Musée du Louvre. (Site Egypte antique)
Aménophis II (1425 à 1401 avant J. C.) est le fils que Thoutmosis II a eu de sa seconde épouse, Hatchepsout II Mérirê. Plus porté sur les armes, le souverain mène trois campagnes en Syrie. Il perd cependant la zone comprise entre l'Oronte et l'Euphrate, alors que surgit un nouvel adversaire redoutable, l’empire hittite fondé par Tudhaliya II.

7.3.2.3. Menkhéperou Rê Thoutmès

Groupe du pharaon Thoutmosis IV et de sa mère. Karnak, cour de la cachette. XVIIIè dynastie. Granit, 1m10. Le Caire, musée Egyptien. (Site Egypte antique)
Groupe du pharaon Thoutmosis IV et de sa mère. Karnak, cour de la cachette. XVIIIè dynastie. Granit, 1m10. Le Caire, musée Egyptien. (Site Egypte antique)
Thoutmosis IV (1401 à 1391 avant J. C.) est surtout célèbre pour avoir fait désensabler le Sphinx de Guizeh. Son court règne se scelle par le mariage qu’il contracte avec la princesse mitannienne Moutemouia, fille du roi Artakama, qui lui donne un fils et successeur et assure la régence à la mort du roi.

7.3.3. Aménophis III

Tête d’Aménophis III. XVIIIe dynastie, règne d’ Aménophis III. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
Tête d’Aménophis III. XVIIIe dynastie, règne d’ Aménophis III. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
Nebma Rê Amenhotep III, Aménophis III (1391 à 1353) mène l'Égypte à l'apogée de sa puissance malgré la menace grandissante des Hittites. Le nom du pharaon est attesté en Crête, à Mycènes, en Etolie, en Anatolie, au Yémen et à Babylone.

Aménophis III épouse une femme d'origine non royale, une nubienne, la reine Tiy, fille d'Youya et de Touya. Le frère de la reine Tiy, le « divin Ay », succédera plus tard à Toutankhamon. La « Grande Epouse » du Roi joue un rôle de premier plan et prend le pas sur la reine mère. Plus tard, Aménophis III épouse Gilu-Heba puis Tadu-Heba, les filles de rois du Mitanni, en signe d'alliance et il fera de même avec deux princesses de Babylone.

Kôm el-Heitan : les « colosses de Memnon », tout ce qui reste du premier pylône du temple d’Aménophis III ou « Aménophium ». Quartzite. Hauteur : 19,20 mètres. (Site Egypte antique)
Kôm el-Heitan : les « colosses de Memnon », tout ce qui reste du premier pylône du temple d’Aménophis III ou « Aménophium ». Quartzite. Hauteur : 19,20 mètres. (Site Egypte antique)
Aménophis III compte surtout parmi les plus grands constructeurs de l'Egypte ancienne. Il entreprend de nombreux chantiers en Nubie et dans le Nord du pays, à Athribis et à Bubastis. Les grands travaux du Serapeum à Saqqarah débutent. Les monuments dans la vallée, à Elkab, Souménou, Abydos et Hermopolis, sortent de terre. Le pharaon fait construire à Thèbes un temple censé être le « harem méridional » d'Amon Rê et fait ériger dans le temple de Mout, au Sud de l'enceinte de Karnak, six cents statues de la déesse Sekhmet. Il se fait édifier, sur la rive occidentale un palais à Malgatta et un gigantesque temple funéraire dont il ne reste que les deux statues monumentales appelées « colosses de Memnon ». Il instaure le règne du dieu Aton… et meurt en l'an 39 de son règne.

7.3.4. L’organisation de l’empire

7.3.4.1. Organisation de l'empire

Karnak . Relief des courtisans du IXè pylône. Règne d’Horemheb, XVIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Karnak . Relief des courtisans du IXè pylône. Règne d’Horemheb, XVIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Pour garder les provinces conquises, des troupes égyptiennes sont laissées sur place, et des forts sont érigés aux points stratégiques. Les pays soumis versent au trésor égyptien un impôt annuel consistant en richesses naturelles et en produits manufacturés. En outre, la population pourvoit aux frais d'entretien des troupes égyptiennes et de la cour du Pharaon, quand celui-ci se rend en Asie. L’administration de la Nubie est confiée, dès le règne d’Aménophis I, à un « directeur des pays du sud », nommé le « fils royal de Koush », (il n’était pas nécessairement fils du roi), et les provinces asiatiques sont administrées par un « directeur des pays du Nord ».

Thèbes, vallée des Rois : Tombe du noble Menna : Jeune fille. XVIIIè dynastie, vers 1410. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallée des Rois : Tombe du noble Menna : Jeune fille. XVIIIè dynastie, vers 1410. (Site Egypte antique)
Les Égyptiens traitent les peuples vaincus avec un libéralisme qui est en contraste frappant avec les méthodes employées par leurs rivaux, les conquérants asiatiques. Loin d'opprimer la population, les pharaons en confient le gouvernement aux princes indigènes, dont les devoirs envers l'Égypte se résument dans la levée du tribut annuel et dans la garde du pays par leurs propres troupes. Les fils de ces princes sont emmenés en Égypte afin d’y recevoir une éducation à l’égyptienne, de sorte que, de retour dans leur pays, ils y propagent l'instruction et la culture de l’Egypte. A l'ère des expéditions militaires succède une politique de paix et d'alliance. Le Mitanni, que l'Égypte avait toujours trouvé à la tête de ses adversaires depuis l'invasion des Hyksôs, cherche à se rapprocher avec l’Egypte. Une alliance est conclue, que consolide le mariage de Thoutmosis IV avec la fille du roi Artatama.

Sheikh Abd el-Gourna. Tombe de Ramose. Les parents de Ramose, Neby et Apouya. XVIIIè dynastie, vers 1360. Peinture sur stuc. (Site Egypte antique)
Sheikh Abd el-Gourna. Tombe de Ramose. Les parents de Ramose, Neby et Apouya. XVIIIè dynastie, vers 1360. Peinture sur stuc. (Site Egypte antique)
Sous le règne d’Aménophis III l'Égypte est au faîte de sa puissance militaire et de son expansion à l'extérieur. Le pays est « l'arbitre des nations ». Sa suprématie s'affirme à tel point que toutes les cours orientales veulent se concilier l'amitié de cette dangereuse voisine. Des ambassadeurs de tous les rois arrivent à Thèbes apporter à Pharaon hommages et présents, que les Égyptiens interprètent comme des tributs. Aménophis III recherche des contacts étrangers et conclut de nombreuses alliances économiques, politique et matrimoniales avec diverses cours orientales. Sa correspondance diplomatique, retrouvée à El Amarna témoigne du rôle prépondérant de l'Égypte.

7.3.4.2. Administration centrale

Dra Aboul Naga. Tombe de la reine Aahhotep. XVIIIè dynastie. Bracelet orné d’un vautour aux ailes déployées. Or cloisonné, lapis-lazuli, cornaline et feldspath vert. Le Caire : Musée égyptien. (Site Egypte antique)
Dra Aboul Naga. Tombe de la reine Aahhotep. XVIIIè dynastie. Bracelet orné d’un vautour aux ailes déployées. Or cloisonné, lapis-lazuli, cornaline et feldspath vert. Le Caire : Musée égyptien. (Site Egypte antique)
Pour alléger la charge du vizir mais aussi pour limiter son pouvoir, Thoutmosis III dédouble la fonction en nommant un vizir à Thèbes pour la Haute Égypte et un second à Memphis pour la Basse Égypte. Mais à partir de la XIXè dynastie, le siège de l'administration de la Basse Égypte sera transféré de Memphis à Tanis. Secondant le vizir, un chancelier est chargé de la gestion des finances, mais relève directement de Pharaon. Les attributions et fonction des deux vizirs et du chancelier sont dans l’ensemble identiques qu’au Moyen Empire.

Thèbes, vallées des Reines : Amulette trouvée sur la momie de Khaemaouset. XVIIIè dynastie. Règne d’Aménophis III. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallées des Reines : Amulette trouvée sur la momie de Khaemaouset. XVIIIè dynastie. Règne d’Aménophis III. (Site Egypte antique)
Thèbes, à l'origine de cette gloire, et Memphis en profitent. Les échanges se multiplient, l'acculturation bat son plein. Le rôle de l'armée devient prépondérant mais l'élévation du niveau de vie entraîne le recrutement de mercenaires étrangers et la levée de troupes à caractère colonial. Des groupes sociaux prennent de l'importance, notamment le clergé d'Amon, le dieu Thébain.

Thèbes. « Cuiller » à fard : porteuse d’amphore. XVIIIè dynastie. Bois peint, 31,5cm. Paris, Louvre. (Site Egypte antique)
Thèbes. « Cuiller » à fard : porteuse d’amphore. XVIIIè dynastie. Bois peint, 31,5cm. Paris, Louvre. (Site Egypte antique)
Sur le plan religieux le grand prêtre du dieu Amon, dont les temples, à la suite des victoires des pharaons, s’enrichissent prodigieusement de butins et tributs provenant des régions conquises et soumises, devient virtuellement chef du clergé de tout le pays. Le temple de Karnak ses dépendances à travers tout le pays deviennent une véritable puissance, alliée indispensable de la monarchie.

Sheikh Abd el-Gourna. Tombe de Ramosé. Pleureuses du cortège funèbre en trois registres superposés. Détail. XVIIIè dynastie, vers 1360. Peinture sur stuc. (Site Egypte antique)
Sheikh Abd el-Gourna. Tombe de Ramosé. Pleureuses du cortège funèbre en trois registres superposés. Détail. XVIIIè dynastie, vers 1360. Peinture sur stuc. (Site Egypte antique)
L’ancienne fonction de nomarque, exercée souvent par les descendants des anciens princes féodaux, est désormais honorifique et vidée de tout pouvoir effectif. Les villes ayant une importance militaire sont administrées par les officiers. Dans l'administration locale, les inconvénients d'une centralisation excessive sont corrigés et une plus large initiative est laissée aux fonctionnaires et aux notables des bourgs et des villages, qui se réunissent régulièrement en conseil (« Kenbet »).

7.4. L’intermède amarnien : Amenophis IV – Akhenaton

7.4.1. L’instauration du culte d’Aton

Akhetaton – Telle el-Amarna : vestiges du palais du nord. (Site Egypte antique)
Akhetaton – Telle el-Amarna : vestiges du palais du nord. (Site Egypte antique)
Lorsque le fils aîné d’Aménophis III monte sur le trône d’Égypte en 1353, il porte encore son nom de naissance, Aménophis, quatrième de la XVIIIè dynastie. Le jour de son sacre, il reçoit son prénom de couronnement, « Néferkhéperourê », qu’il aurait dû porter désormais. Sans doute a-t-il été associé au trône du vivant de son père, durant environ 3 ans, et dans les 4 premières années de son règne personnel, il vit à Thèbes, au palais royal de Malgatta avec le reine mère Tiy et son épouse Nefertiti « La belle est venue », sa cousine, fille de Ay et de Tiy II, donc petite-fille de Youya et Touya. Aménophis IV et Nefertiti formeront un couple encore plus étroitement lié politiquement que celui Aménophis III et Tiy.

Karnak, Gematon d’Akhenaton : reconstitution de « talatates » : l’offrande du roi à Aton. Musée de Louxor. (Site Egypte antique)
Karnak, Gematon d’Akhenaton : reconstitution de « talatates » : l’offrande du roi à Aton. Musée de Louxor. (Site Egypte antique)
Au départ, le roi n’est pas en lutte ouverte avec le clergé d'Amon Rê. Le pharaon vénère l'ensemble du panthéon égyptien jusqu'en l'an 4 de son règne et entreprend un programme de constructions traditionnel. Il est possible que le chef du clergé d’Amon, sans doute très ambitieux, ait constitué rapidement une menace pour l'autorité royale. Vers l’an 4 de son règne, Aménophis IV décide de réformer la religion égyptienne en donnant au dieu soleil, auquel son père avait déjà dédié un culte spécial, une place primordiale. Il fait ériger à l’est de Karnak un temple au Soleil levant, serpent, sans qui rien ne peut vivre ; il fait détruire, en les martelant, les noms et les images d'Amon ; il change son nom en « Akhenaton », «le serviteur du globe serpent», sous lequel on le désignera jusqu'à sa mort ; puis il abandonne Thèbes et fonde à 375km au nord du domaine d’Amon une cité nouvelle, qui se développe rapidement : Akhetaton, « l'Horizon serpent » (Tell el-Amarna) où il va vivre en compagnie de son épouse et des 6 filles (Méritaton, Maketaton, Ankhsenpaaton, future épouse du prince Toutankhaton, Nofrenoferouaton - tachéry, Nofrenoferourê et Setepenrê), de ses courtisans et hauts fonctionnaires… dans le temple de Karnak, il à faire ériger des fondations pieuses au globe serpent.

Akethaton – Telle el Amarna : plan d’ensemble de la ville. (Site Egypte antique)
Akethaton – Telle el Amarna : plan d’ensemble de la ville. (Site Egypte antique)
Statuette en bois d’Akhenaton – Aménophis IV. (XVIIIè dynastie, 1379 – 1362). Musée de Berlin. (Site Egypte antique)
Statuette en bois d’Akhenaton – Aménophis IV. (XVIIIè dynastie, 1379 – 1362). Musée de Berlin. (Site Egypte antique)

7.4.2. Le monothéisme amarnien

Buste d’Akhenaton – Aménophis IV. (XVIIIè dynastie, 1379 – 1362).  (Site Egypte antique)
Buste d’Akhenaton – Aménophis IV. (XVIIIè dynastie, 1379 – 1362). (Site Egypte antique)
Pour Aménophis IV, Aton, le globe de l’œil solaire, est source de toutes choses. Aton représente le soleil dans sa totalité alors que Ré, Amon, Osiris ou Seth en sont des approches diverses ou des étapes (lever, zénith, coucher) tout en étant représentatifs d'autres symboles. A son apparition, il donne la force aux êtres et les anime, pour que la vie se continue. À son coucher, toute vie s’engourdit : privé du souffle, le monde tombe dans une torpeur, pendant que, de l’autre côté de l’endroit où le Soleil a disparu, l’astre se recharge. Répudiant le vaste syncrétisme de la religion officielle, le roi engage l'Égypte dans la voie du monothéisme, affirmant la bonté providentielle du Soleil qui chaque matin fait renaître la vie. Poussant jusqu’au mysticisme, Akhenaton compose certains hymnes à la gloire serpent que l'on retrouve à l'état presque original dans les Psaumes de la Bible.

Stèle votive d’Akhénaton, de son épouse et de leurs trois filles. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. (Site Egypte antique)
Stèle votive d’Akhénaton, de son épouse et de leurs trois filles. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. (Site Egypte antique)
Souhaitant une émancipation profonde des individus, le pharaon hérétique proclame l'abandon du passé au profit d'une nouvelle liberté. Cette révolution religieuse s'accompagne donc d'une révolution esthétique qui donne naissance à un art nouveau, moins rigide, et surtout moins conventionnel que par le passé. Les formes deviennent réalistes, pouvant aller jusqu'à la caricature. Les crânes s'allongent anormalement vers l'arrière, la poitrine se rétrécit, le ventre ballonne au-dessus du pagne. Chose nouvelle, l'art officiel représente dès le début la famille royale dans des scènes jugées jusque là trop intimes.

Stèle votive d’Akhénaton, de son épouse et de leurs trois filles. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. (Site Egypte antique)
Stèle votive d’Akhénaton, de son épouse et de leurs trois filles. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. (Site Egypte antique)
Il est vrai que les principes du monothéisme existaient à l'état latent dans la religion égyptienne et étaient à la base de l'enseignement secret des temples depuis des siècles. La réforme d'Akhenaton n'est, en réalité, qu'une divulgation des mystères de l'ancien enseignement et une profanation de ce qu'il contenait de plus sacré. Les initiés qui partageaient le secret considéraient donc l'initiative royale comme un sacrilège.

Néfertiti. Buste. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. Calcaire peint. 50cm. Musée de Berlin. (Site Egypte antique)
Néfertiti. Buste. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. Calcaire peint. 50cm. Musée de Berlin. (Site Egypte antique)
Fragment d’un colosse d’Aménophis IV – Akhenaton. Vers 1365-1360 av. J.-C. Musée de Louxor. (Site Egypte antique)
Fragment d'un colosse d'Aménophis IV – Akhenaton. Vers 1365-1360 av. J.-C. Musée de Louxor. (Site Egypte antique)

7.4.3. La chute

Néfertiti. Tête inachevée. Atelier du sculpteur Touthmès. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Néfertiti. Tête inachevée. Atelier du sculpteur Touthmès. XVIIIème dynastie époque d’Amarna. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Pacifiste avant l'heure, le roi refuse de faire la guerre pour défendre les frontières de l'Egypte. Les incursions ennemies se succèdent, provoquant la colère des Egyptiens et l’abandon des conquêtes antérieures en Orient... Ce mécontentement est exploité par les prêtres d'Amon qui n’attendent qu’une occasion pour recouvrer leur pouvoir perdu et mettent sur pied une conjuration pour éliminer le roi.

Buste colossal du roi Akhenaton dans l’attitude d’Osiris. Il se dressait contre l’un des piliers du péristyle de Karnak. Le souverain y fera construire son temple durant la premiére partie du règne, à l’extérieur et à l’est du grand temple Amon-Râ. Les v
Buste colossal du roi Akhenaton dans l’attitude d’Osiris. Il se dressait contre l'un des piliers du péristyle de Karnak. Le souverain y fera construire son temple durant la premiére partie du règne, à l'extérieur et à l'est du grand temple Amon-Râ. Les v
Akhenaton, qui ne se déplace qu'à l'intérieur de ses stèles (les frontières de Tell El Amarna représentant la famille royale adorant le disque solaire dont les rayons se terminent par des mains humaines dispensant la lumière à la famille royale pour lui accorder vie et puissance), semble ignorer le vent de révolte parti de Thèbes et qui gagne rapidement toutes les provinces, alors que sa réforme religieuse, strictement appliquée à Akhetaton ne progresse que superficiellement dans le pays. Aussi vers l’an 12 du règne, la reine mère Tiy intervient à Tell El Amarna pour informer son fils qui ne saisit pas la gravité de la situation. Il finit sans doute par céder et envoie Smenkhka Rê, son demi-frère ou cousin nommé corégent, pour négocier avec le clergé thébain une tolérance pour la restauration du culte d'Amon et d'Osiris. Mais il est trop tard.

Le palais royal est secoué de grands bouleversements : le couple royal ne réside plus ensemble dans les palais du centre de la ville. Nefertiti et ses enfants, Tiy et Ay habitent au nord de la cité hérétique. Nefertiti semble jouer un rôle réduit à partir de cette date. L'une de ses filles, Méritaton, la remplace dans les cérémonies auprès du roi qui semble t-il, s’enfonce dans un délire mystique et accentue les persécutions contre les défenseurs du culte d'Amon. Le roi disparaît à la quinzième année de son règne. On ignore les conditions exactes de sa mort. Sa tombe ainsi que celle de Néfertiti n'ont jamais été découvertes. Celles qui ont été construites à Amarna sont vides. Leurs dépouilles ont sans doute été transportées dans un lieu secret par des fidèles.

7.4.4. La fin de l’hérésie et la restauration

Thèbes, vallées des rois, tombe de Toutankhamon. Détail de la partie supérieure du troisième sarcophage contenant la momie. XVIIIè dynastie. Or massif incrusté de pierres semi précieuses, pâte de verre. Longueur totale : 1,875m. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallées des rois, tombe de Toutankhamon. Détail de la partie supérieure du troisième sarcophage contenant la momie. XVIIIè dynastie. Or massif incrusté de pierres semi précieuses, pâte de verre. Longueur totale : 1,875m. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Smenkhka Rê, qui succède à Akhenaton, légitime sa montée sur le trône en épousant l'une des filles du roi, Méritaton. Il ne règne pas plus de deux ans. Probablement fils de Tiy, la grande veuve royale d'Aménophis III et d’Akhenaton, Toutankhaton monte sur le trône de la Haute et Basse Égypte à l'âge de 9 ans, et prend pour reine et grande épouse royale, Ankhesenpaton, troisième fille d'Akhenaton et de Nefertiti. Le pouvoir réel est exercé par l'intendant Ay et l'ambitieux le général Horemheb, général des armées et premier conseiller des derniers rois de la XVIIIè dynastie. Ils engagent la contre-réforme. Celle-ci est d’abord pacifique. Au bout de trois ans de règne, Toutankhaton abandonne Amarna pour Thèbes et prend le nom de Toutankhamon, « signe d'Amon ». Toutankhamon meurt à l'âge de 18 ans, par accident ou assassiné, sans avoir eu d'enfant de son épouse Ankhesenpaton.

Thèbes, vallées des rois, tombe de Toutankhamon. Détail du diadème du pharaon avec le cobra du Nord et le vautour du Sud. XVIIIè dynastie, vers 1347. Or, pâte de verre, cornaline. Hauteur, 37cm. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallées des rois, tombe de Toutankhamon. Détail du diadème du pharaon avec le cobra du Nord et le vautour du Sud. XVIIIè dynastie, vers 1347. Or, pâte de verre, cornaline. Hauteur, 37cm. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
La lignée d'Ahmosis est éteinte. Ankhesenpaton supplie le roi hittite Suppiluliuma de lui envoyer l'un de ses fils pour l'épouser et en faire le pharaon d'Egypte. Le prince sera tué à la frontière égyptienne, sans doute sur ordre d’Horemheb ou du clergé d’Aton. L'union entre les empires hittites et égyptiens n'aura pas lieu. Ankhesenpaton épouse alors peut-être le vizir de son défunt mari, le vieil intendant Ay qui s'empare du pouvoir pour une durée de 4 ans.

Thèbes, vallées des rois, tombe de Toutankhamon. Le masque funéraire. Musée du Caire. XVIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallées des rois, tombe de Toutankhamon. Le masque funéraire. Musée du Caire. XVIIIè dynastie. (Site Egypte antique)
A sa mort, la succession revient à Horemheb (1323 à 1295). Pour asseoir son pouvoir, il s’allie le tout puissant clergé d'Amon, il accentue la réaction contre le disque Aton et lui donne un caractère très violent : les temples d’Aton sont détruits et les ruines de celui de Thèbes sont réutilisées pour le remplissage du 9è pylône de Karnak. Il fait disparaître toute trace d’Aton, tout souvenir d’Akhenaton, jusqu’aux dates de son règne. D'autre part, pour satisfaire l'armée, Horemheb reprend les campagnes en Asie. A sa mort s’ouvre une ère nouvelle pour le pays.

7.5. L’empire hégémonique

L’intermède amarnien passé, l’Egypte se relève très vite, et avec la nouvelle dynastie des Ramsès, va atteindre le faîte de sa puissance, repoussant les limites de l’empire à des frontières jamais atteintes, accumulant les richesses et couvrant le pays de magnifiques temples et palais. Les deux règnes de Séthi I et de Ramsès II constituent l’âge d’or de l’Egypte du Nouvel Empire.

7.5.1. La XIXème dynastie thébaine (1295 - 1186 avant J. C)

Bubastis. Bracelet à deux têtes de canard au nom du couronnement de Ramsès II. XIXè dynastie. Or et lapis lazuli. 7cm de diamètre. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Bubastis. Bracelet à deux têtes de canard au nom du couronnement de Ramsès II. XIXè dynastie. Or et lapis lazuli. 7cm de diamètre. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
L'intermède amarnien d'Akhenaton a été mis à profit par le roi Hittite Suppiluliuma pour étendre son hégémonie sur le Mitanni, la Palestine et la Syrie. Cette situation est inacceptable pour l’Egypte, et déjà Horemheb, après avoir rétabli la situation à l’intérieur du pays, a commencé un travail de reconquête des territoires perdus, notamment en Palestine. N'ayant pas d'héritier mâle, Horemheb transmet le pouvoir à un autre militaire, Ramsès I (1295 à 1294), un général originaire du Delta qui fonde une nouvelle dynastie, celle des Ramessides.

7.5.1.1. Séthi I (1294 – 1279)

Abydos : le temple funéraire de Séti I, l’Osireion. La grande salle souterraine. (XIXè dynastie, 1294-1279). (Site Egypte antique)
Abydos : le temple funéraire de Séti I, l’Osireion. La grande salle souterraine. (XIXè dynastie, 1294-1279). (Site Egypte antique)
Séthi I, Men-Maat-Rê, « stable est la vérité de Rê », succède à son père. Fin politique, il réside à Memphis tout comme son père mais Thèbes reste la capitale de l'empire. Il part en campagne pour pacifier la Palestine et poursuit jusqu'au Liban. Une seconde campagne le mène jusqu'à Qadesh où il pacifie la région d'Amourrou ; une troisième le mène en Libye et une quatrième le voit affronter les Hittites qu’il parvient à contenir sans toutefois les vaincre définitivement.

Gourna : le temple de Séthi I. Magasins et portique. (Site Egypte antique)
Gourna : le temple de Séthi I. Magasins et portique. (Site Egypte antique)
Il poursuit l'exploitation des mines de turquoise du Sinaï et met en valeur les mines d'or du désert d'Edfou et de Nubie. Il lance de grands chantiers de construction : sanctuaire de Rê à Héliopolis, début des travaux de la grande salle hypostyle à Karnak, construction du temple de Gebel Barkal en Nubie, temples funéraires de Gourna et d'Abydos, temple funéraire d’Osiris (Osireion) à Abydos.

Abydos : le temple funéraire de Séti I (XIXè dynastie, 1294-1279). (Site Egypte antique)
Abydos : le temple funéraire de Séti I (XIXè dynastie, 1294-1279). (Site Egypte antique)
L'art reprend l'essentiel de la tradition amarnienne. On en retrouve des témoignages dans son hypogée de la Vallée des Rois, dans les temples funéraires de ainsi que dans l'Osireion, le tombeau d'Osiris, édifié à proximité.

7.5.1.2. Ramsès II (1279 – 1213)

7.5.1.2.1. Le conquérant

Louxor : le temple d’Amon-Rê : colosse de Ramsès II.  (Site Egypte antique)
Louxor : le temple d’Amon-Rê : colosse de Ramsès II. (Site Egypte antique)
Ramsès II devient pharaon à l'âge de 25 ans. D’abord co-régent, il assume ensuite seul le pouvoir jusqu'à l'âge de 90 ans. Considéré comme l’un des plus grands personnages de l’histoire de l’humanité, il hérite de l'empire constitué par son lointain prédécesseur, Touthmôsis III et renforcé par son père Séthi Ier. Son royaume s'étend des rives du Tigre et de l'Euphrate, à l'Est, à la Libye, à l'Ouest, au Soudan, au Sud et aux îles de la mer Egée, au Nord. Il se marie à six reprises, dont une fois avec sa soeur et trois fois avec ses filles. Son harem ne compte pas moins de deux cents concubines qui lui donneront au total plus d'une centaine d'enfants.

Karnak, le domaine d’Amon Râ. Bas relief. XIXè dynastie. Ramsès II à la bataille de Qadesh. (Site Egypte antique)
Karnak, le domaine d’Amon Râ. Bas relief. XIXè dynastie. Ramsès II à la bataille de Qadesh. (Site Egypte antique)
Ramsès II poursuit d’abord la politique d’hégémonie de son père. Il conduira plus de vingt campagnes militaires. Après avoir repoussé dans le Delta occidental une invasion de peuples égéens, il réunit de gros effectifs sur terre et sur mer et part en campagne contre les Hittites et leurs alliés. Les Hittites, en effet, avaient réuni une forte coalition de princes de Syrie et enrôlé dans leurs rangs les nouveaux venus indo-européens qui avaient envahi à cette date l'Asie Mineure. Ramsès II livre bataille au roi Hittite Mouwatalli II (1310 à 1270) à Qadesh sur les rives de L'Oronte en Syrie, vers 1275 avant Jésus-Christ. Cette bataille constitue son fait d'arme le plus marquant. Maintes fois représentée sur des bas-reliefs à la gloire du pharaon (Louxor, Karnak, Ramesseum, Abou Simbel...), elle est décrite en détail dans un long poème épique connu sous le nom de « Penthaour ». Elle y est naturellement présentée comme une victoire due au sang-froid et à la valeur personnelle du roi. En réalité, la bataille reste indécise et le statu quo se maintient. Il faudra encore 16 ans à Ramsès et de nombreuses campagnes militaires pour soumettre la Palestine et la Syrie. En fin de compte les Hittites, menacés par l'Assyrie signent la paix avec pharaon : un traité est conclu entre Ramsès II et Hattousil III, ouvrant une période de 40 ans de paix profitable aux deux puissances. Cette paix est scellée plus tard par le mariage de Ramsès II avec la fille du souverain hittite, Maâthornéferourê.

7.5.1.2.2. Le bâtisseur

Derr : le spéos de Ramsès II. (Site Egypte antique)
Derr : le spéos de Ramsès II. (Site Egypte antique)
Lorsque Ramsès II accède au pouvoir, Thèbes, la capitale de l'Empire a perdu un grand nombre de ses prérogatives. Séthi I avait déjà déplacé plusieurs organes du pouvoir en Haute-Egypte, à proximité du Delta. Ramsès II crée une ville nouvelle, baptisée « Pi-Ramsès » (« le domaine de Ramsès »), la dotant de temples grandioses, d'un grand palais, d'un port et d'arsenaux, s'assurant ainsi un poste avancé pour préparer ses expéditions dans le levant. Ce sera la future Tanis.

Memphis : temple de ptah : colosse de Ramsès II. XIXè dynastie. (Site Egypte antique)
Memphis : temple de ptah : colosse de Ramsès II. XIXè dynastie. (Site Egypte antique)
Grand bâtisseur, le pharaon entreprend de nombreux chantiers à travers l'ensemble du pays, n'hésitant pas à agrandir les monuments existant et à s'en attribuer la paternité. Il commande un grand nombre de statues colossales à son effigie, le représentant dans la force de l'âge et sans défaut physique. Il contribue à la renaissance de la ville de Memphis dont l'un de ses fils était le grand prêtre d'Amon et y fait édifier un colosse de dix mètres de hauteur.

Karnak : le grand temple d’Amon : Grande salle hypostyle. (Site Egypte antique)
Karnak : le grand temple d’Amon : Grande salle hypostyle. (Site Egypte antique)
A Thèbes, il fait effectuer de nombreux travaux : il fait achever la grande salle hypostyle du temple d'Amon-Rê à Karnak, construire un temple de taille plus modeste précédé d'un pylône gigantesque et de colosses à Karnak, ajouter une grande cour à portique au temple d'Amon-Min à Louxor et un grand pylône (65m de large) précédé de deux obélisques (dont l’un est celui de la place de la Concorde à Paris). Mais il fait aussi recouvrir les cartouches de Ramsès I et de Séthi I dans la salle hypostyle de Karnak par le sien afin d'en apparaître l'instigateur. La falsification, très imparfaite, ne laisse aucun doute sur la tentative de supercherie. Partout sur ces constructions, des reliefs de la bataille de Qadesh.

Louxor : le Ramesseum. Vue sur le côté sud. A gauche, les salles voûtées des magasins. (Site Egypte antique)
Louxor : le Ramesseum. Vue sur le côté sud. A gauche, les salles voûtées des magasins. (Site Egypte antique)
Face à Thèbes, de l’autre côté du fleuve, il fait édifier le temple destiné à son culte funéraire dans la Vallée des Rois, le « Ramesseum », naturellement gravé d'une représentation de la bataille de Qadesh et doté d'une statue colossale aujourd'hui effondrée de 18m de haut et d'un poids de plus de 1.000 tonnes, la plus imposante connue à ce jour.

Abydos : le temple funéraire de Ramsès II ou Memnonium. Vue générale des ruines. Dessin de la fin du XIXè siècle. (Site Egypte antique)
Abydos : le temple funéraire de Ramsès II ou Memnonium. Vue générale des ruines. Dessin de la fin du XIXè siècle. (Site Egypte antique)
Il achève les travaux du temple d'Osiris à Abydos dans lequel il est représenté en compagnie de tous ses prédécesseurs depuis Ménès, dialoguant avec les dieux sur une série de piliers. Avec les matériaux récupérés dans les ruines de l'ancienne capitale d'Amarna, il rebâtit le temple de Thot d'Hermopolis, l'antique Khemenou. A Memphis, il agrandit le temple de Ptah avec l'adjonction sur son axe ouest d'une grande salle hypostyle précédée d'un grand pylône devant lequel il dresse des colosses, mais en édifiant aussi une série de temples et chapelles sur le grand parvis du sud de l'enceinte où il élève au moins un grand colosse à son effigie, colosse qui gît actuellement sur le dos. A Bubastis, il fait refaire et décorer la salle hypostyle du temple de Bastet. On y a retrouvé une statue colossale à l'image d'une de ses épouses royales, aujourd'hui a été redressée et visible dans le champ de ruines de la cité antique.

Abou Simbel : vue générale du site. (Site Egypte antique)
Abou Simbel : vue générale du site. (Site Egypte antique)
La construction des temples d'Abou Simbel, sauvés des eaux après la construction du haut barrage d'Assouan sur le Nil, constitue son œuvre la plus magnifique. Quatre statues colossales de 21 mètres de hauteur gardent l'entrée du « Grand temple » creusé à même la falaise. Le roi est représenté à l'intérieur sous les traits d'Osiris. Le « Petit temple » est dédié à la déesse Hathor et à Néfertari, première épouse du roi, la « Dame de Charme », la « Riche d'Éloges », la « Belle de Visage » et la « Douce d'Amour ». Sa façade est ornée de six colosses de 10 mètres de hauteur sculptés dans le roc. Quatre d'entre eux représentent le roi et deux la reine.

Gerf Hussein : l’hémispéos de Ramsès II. XIXè dynastie.  (Site Egypte antique)
Gerf Hussein : l’hémispéos de Ramsès II. XIXè dynastie. (Site Egypte antique)
En Nubie, il fait creuser un spéos à Beit-el Wali, dédié à Amon Rê, un autre spéos à Derr, dédié à Rê « Maître du Ciel », un temple consacré à Ptah à Gerf Hussein, un temple consacré à Rê et à lui-même à Wadi es Seboua, un temple dédié à Amon-Rê, Khnoum et lui-même à Amada. Dans la vallée des rois enfin, il fait creuser sa tombe (KV7) ainsi que celle, gigantesque, de ses fils qui renferme 67 chambres funéraires (KV5). La momie du roi sera découverte dans la fameuse cache de Deir el-Bahari où des prêtres de la XXIè dynastie cacheront son corps.

7.5.1.3. La fin de la dynastie

Ouadi es-Seboua : l’hémispéos de Ramsès II. XIXè dynastie. (Site Egypte antique)
Ouadi es-Seboua : l’hémispéos de Ramsès II. XIXè dynastie. (Site Egypte antique)
Avec Ramsès II l'ère des conquêtes s’achève et après sa mort débute une lente et longue régression, ponctuée par quelques règnes d’exception, comme celui de Ramsès III. Dès le début de son règne, Meren Ptah (1213 à 1203), fils de Ramsès II est sur la défensive : il doit réprimer une révolte en Palestine et surtout faire face, sur la frontière occidentale, à une formidable coalition de peuples libyens et de peuples égéens, que les textes égyptiens appellent « peuples de la mer et des îles du Nord », qui déferle sur le pays avec femmes et enfants. Meren Ptah parvient à les contenir et à les vaincre près de Memphis mettant les uns en fuite et réduisant les autres en esclavage. A sa mort, la dynastie sombre dans des problèmes et des querelles de succession.

7.6. Le déclin (1186 – 1069 avant J. C.)

Abydos. Groupe de Ramsès IV assis entre Isis, Osiris et Horus. XXè dynastie. Granit. 1m39. Le Caire, Musée Egyptien. (Site Egypte antique)
Abydos. Groupe de Ramsès IV assis entre Isis, Osiris et Horus. XXè dynastie. Granit. 1m39. Le Caire, Musée Egyptien. (Site Egypte antique)
La XXè dynastie voit se succéder les Ramsès jusqu'au onzième du nom. Hormis le règne de Ramsès III, la période est marquée par le déclin de la puissance politique de l’Egypte : attaques extérieures, importance du mercenariat, en particulier d'origine libyenne, problèmes économiques, corruption, influence grandissante des prêtres d'Amon, luttes de succession, tout concourt à l’affaiblissement politique du pays. Le signal de la décadence est donné par le renversement d’Iarsou, dernier pharaon de la XIXè dynastie par Sethnakht, un militaire qui fonde la XXè dynastie, mettant fin aux intrigues de palais, mais créant une situation de crise. Son fils Ramsès III sera le seul à pouvoir maintenir le pays au sommet de sa puissance.

Le règne des successeurs de Ramsès III, voit l’accélération de la décomposition morale et matérielle de l'Égypte : aggravation de la misère, successions de mauvaises récoltes dans le delta, pillage des tombes royales, ruine de Pi-Ramsès, influence croissante du clergé d'Amon, qui va mener à la crise définitive : Herihor, général devenu grand prêtre d'Amon, usurpe le pouvoir en 1085 et règne sur la Haute Égypte tandis que Smendès, établi à Tanis, reprend le titre de pharaon et gouverne la Basse Égypte.

7.6.1. Ramsès III (1184 – 1153 avant J. C.)

Thèbes, vallée des Rois, tombe de Ramsès III. XXè dynastie, 1198 - 1166. Textes du livre des Morts. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallée des Rois, tombe de Ramsès III. XXè dynastie, 1198 - 1166. Textes du livre des Morts. (Site Egypte antique)
Ramsès III, qui se veut l'héritier et le fils spirituel du grand Ramsès II, renforce le pouvoir des prêtres et établit un recensement des temples construits en Egypte. Au plan militaire, il dote le pays d'une flotte de navires de guerre chargée de protéger l'embouchure du Nil menacée par les « Peuples de la mer » auxquels se sont joints les Philistins. Ramsès III les affronte dans une bataille navale qu'il relate sur les murs de son temple de Médinet-Habou.

Médinet Habou : le temple de Ramsès III : piliers osiriaques. (Site Egypte antique)
Médinet Habou : le temple de Ramsès III : piliers osiriaques. (Site Egypte antique)
Les conflits ne cesseront pendant presque onze années, souvent remportés par le pharaon qui mène également deux guerres sur le front Ouest contre les troupes de la coalition libyenne (Libou et Meshouesh). Les Libyens réapparaissent dans le Delta occidental. Ils sont vaincus par Ramsès III qui intègre une partie de leurs troupes à l'armée égyptienne. La deuxième offensive, six ans plus tard, se solde par l'anéantissement des ennemis qui sont emmenés en captivité avec femmes et enfants. Des communautés libyennes se constituent alors dans le pays et sont progressivement égyptianisées. Elles se regroupent en chefferies qui prendront le pouvoir quand le pays sombrera dans l'anarchie. Ramsès III part en campagne en Asie en l'an 12 de son règne, pour protéger les possessions syriennes. Le pays connaît, à l'issue de cette période guerrière, une nouvelle ère de prospérité.

Médinet Habou : le temple funéraire de Ramsès III. Le Migdol, porte Est. (Site Egypte antique)
Médinet Habou : le temple funéraire de Ramsès III. Le Migdol, porte Est. (Site Egypte antique)
Grand bâtisseur, Ramsès III laisse derrière lui le « château de millions d'années » de Medinet Habou. Les représentations des pylônes célèbrent la gloire du pharaon et de l'Égypte victorieuse et celles des murs intérieurs des épisodes de la fête du dieu générateur Min. Le plan de ce temple reprend celui du Ramesseum. Il fait construire à Karnak un vaste temple reposoir en grès jaune destiné aux barques de la triade thébaine, un temple consacré à la déesse Mout et au dieu Khonsou, et entreprend sans doute la construction du temple de Khonsou. Il aurait également construit à Pi-Ramsès, Héliopolis, Memphis, Athribis, Hermopolis, Assiout, This, Abydos, Ombos, Coptos, Elbak, en Nubie et en Syrie. Des problèmes économiques, en l'an 29 de son règne, entraîneront les travailleurs de Deir el-Medina à la grève. Le roi doit limoger son vizir et veiller à la régularité du service des rations versées aux temples. Ces difficultés trahissent également un affaiblissement du pouvoir de l'Etat face aux clergés et aux domaines des temples. Le règne s'achève par des intrigues et des complots, fruit de querelles dynastiques.

Ramsès III. Colosse du temple-reposoir su pharaon à Karnak, derrière le premier pylône. (Site Egypte antique)
Ramsès III. Colosse du temple-reposoir su pharaon à Karnak, derrière le premier pylône. (Site Egypte antique)
Une seconde épouse, Tiy, fomente un complot dans le harem pour mettre sur le trône son fils, Pentaouret. La conspiration réunit un commandant des archers de Nubie, un général, des hauts fonctionnaires du harem, un intendant, un trésorier royal, des scribes, des surveillants et des femmes. On pratique des rites d'envoûtement avec des figurines de cire pour endormir les gardiens des portes et donner accès aux complices extérieurs. Les militaires participant à ce coup d'Etat provoqueront le soulèvement des troupes. Sans doute trahis, les coupables sont condamnés et exécutés. Le pharaon décède peu après et est enterré dans la tombe KV11 de la Vallée des Rois.

7.6.2. La décadence des ramessides (1153 – 1085 avant J. C.)

Karnak : le grand temple d’Amon : vue sur le temple de Khonsu commencé par Ramsès III et à chevé à la XXIè dynastie (Site Egypte antique)
Karnak : le grand temple d’Amon : vue sur le temple de Khonsu commencé par Ramsès III et à chevé à la XXIè dynastie (Site Egypte antique)
Successeurs de Ramsès III, les « Ramessides » (de Ramsès IV à Ramsès XI) abandonnent progressivement le pouvoir aux grands prêtres d'Amon, qui, se succédant de père en fils, constituent une dynastie parallèle à la famille royale qui, le moment venu, prendra le pouvoir pour en faire une théocratie.

Ramsès VII debout présentant le dieu Amon. XXè dynastie. Schiste, 38cm. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
Ramsès VII debout présentant le dieu Amon. XXè dynastie. Schiste, 38cm. Le Caire, musée égyptien. (Site Egypte antique)
A la mort de Ramsès V, deux lignées, celle des descendants directs de Ramsès III et celle des frères et neveux de Ramsès III se disputeront le pouvoir jusqu'à la fin de la dynastie. Les signes de décadence se multiplient et le pays est soumis à de nombreuses exactions de la part de bandits. Le pouvoir des grands prêtres d'Amon s'accroît. Le règne de Ramsès VII est placé sous le signe de la misère qui frappe le pays. L'argent manque cruellement, l'inflation est galopante et les rois n'ont plus les moyens de construire des monuments.

Ramsès IX, qui règne 18 ans, tente de réagir. Mais la fin de son règne voit le pillage de la nécropole royale et de certaines nécropoles civiles. Les autorités tentent de sauver les dépouilles en les transférant, les regroupant et en les cachant. Le Grand Prêtre Hérihor déplace ainsi la momie de Ramsès II dans la tombe de Séthi I. Le grand Pinedjem la fait ensuite transporter à Deir el-Bahari avec celle de Séthi I dans une cache aménagée dans la tombe de l'épouse d'Ahmosis, Inhâpy, qu'il fera agrandir. Il y fera déposer quarante cercueils de rois et grands prêtres de la XVIIè à la XXIè dynastie

Ramsès VI présentant l’effigie du dieu Amon. Karnak, cour de la cachette. XXè dynastie. Schiste, 92cm. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Ramsès VI présentant l’effigie du dieu Amon. Karnak, cour de la cachette. XXè dynastie. Schiste, 92cm. Musée du Caire. (Site Egypte antique)
Ramsès XI règne vingt-sept ans. Son pouvoir est purement symbolique et rapidement les troubles agitent la région de Thèbes où les prêtres s'arrogent des prérogatives qui font d'eux presque les égaux du roi. Le Grand Prêtre de Karnak Hérihor devient tout-puissant en Haute-Egypte. En 1085 il se proclame roi de Thèbes, tandis que Smendès, un administrateur, gère le nord du pays. C'est le début de « l'ère de Renaissance » qui consacre l'équilibre théorique d'un triumvirat composé d'un roi impuissant, d'un administrateur du nom de Smendès qui gère, en principe sous les ordres du clergé d'Amon, le Nord du royaume depuis la résidence royale de Pi-Ramsès, et d'Hérihor qui cumule les charges temporelles et spirituelles et commande les armées de la Haute-Egypte et de la Nubie. Ce faux équilibre ne survit pas à la disparition de Ramsès XI en 1069. Smendès, qui se réclame de la famille royale, fonde dans le Nord du pays une nouvelle dynastie qui prend pour capitale la nouvelle ville de Tanis, alors que les Grands prêtres d'Amon s'arrogent tous les pouvoirs dans le Sud du pays.

7.7. Les dynasties du Nouvel empire

7.7.1. La XVIIIè dynastie (1570 – 1295)

Saqqara : Tombe de Horemheb (fin XVIIIè dynastie). Reconstitution. (Site Egypte antique)
Saqqara : Tombe de Horemheb (fin XVIIIè dynastie). Reconstitution. (Site Egypte antique)

7.7.2. La XIXè dynastie (1295 – 1186)

Thèbes, vallée des Reines, tombe de Nefertari. La reine faisant des offrandes. XIXè dynastie, vers 1265. Relief de stuc peint. (Site Egypte antique)
Thèbes, vallée des Reines, tombe de Nefertari. La reine faisant des offrandes. XIXè dynastie, vers 1265. Relief de stuc peint. (Site Egypte antique)

7.7.3. La XXè dynastie (1186 – 1069)

Thèbes, vallée des Rois, tombe de Ramsès IX. XXè dynastie, 1140 - 1121.  (Site Egypte antique)
Thèbes, vallée des Rois, tombe de Ramsès IX. XXè dynastie, 1140 - 1121. (Site Egypte antique)

8. La Troisième période intermédiaire (1069 - 664 avant J.C.)

8.1. Introduction

Sarcophage de Psousennès. Détail. Découvert à Tanis par Pierre Monet. Or et argent. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Sarcophage de Psousennès. Détail. Découvert à Tanis par Pierre Monet. Or et argent. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Entre le rayonnement du Nouvel Empire et le renouveau des dynasties éthiopienne (XXVè et XXVIè dynastie), l'Égypte connaît une période de divisions et de troubles correspondant aux XXIè et XXIIè dynasties. Le pouvoir est partagé entre les grands prêtres (« les rois prêtres ») de Thèbes et des rois demeurant dans le Delta. Sous la XXIIè dynastie, les guerriers Libyens prennent le pouvoir.

Mais malgré la décadence politique et l'affaiblissement extérieur, en dépit du ralentissement des grandes constructions, nombre de chefs-d'oeuvre témoignent encore du maintien des traditions de l’art égyptien.

8.2. La XXIè dynastie de Tanis (1069 – 945)

Masque funéraire de Psousennès, XXIè dynastie, 1040 à 993. Découvert à Tanis par Pierre Monet. Or incrusté de lapis-lazuli et de verre. Hauteur : 48 cm. Largeur : 38 cm. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Masque funéraire de Psousennès, XXIè dynastie, 1040 à 993. Découvert à Tanis par Pierre Monet. Or incrusté de lapis-lazuli et de verre. Hauteur : 48 cm. Largeur : 38 cm. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
A la fin de la XXè dynastie, Ramsès XI a perdu tout pouvoir et le pays se divise : à partir de 1085 environ, Hérihor, ex général et grand prêtre d'Amon à Thèbes, devient une sorte de pseudo pharaon à Thèbes alors que Ramsès XI dirige le nord du pays. À sa mort en 1069, Smendès, un inconnu apparenté à Hérihor, fonde la XXIè dynastie, qui ne règne que sur la Basse Égypte ; il installe sa capitale dans le nord-est du delta, à Tanis. Le clergé d'Amon continue à régner sur la Thébaïde, dans une vassalité toute théorique à l'égard du pharaon. Piânkh, qui a succédé à Hérihor, confie à son fils Pinedjem la charge spirituelle de Grand Prêtre et le nomme à la tête des armées de la Haute-Egypte et de la Nubie.

Ushebtis du pharaon Pinedjem II, XXIè dynastie. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Ushebtis du pharaon Pinedjem II, XXIè dynastie. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Ainsi se déroule l’histoire de la XXIè dynastie d’où émerge un seul pharaon digne d’intérêt : Psousennès Ier (1040 à 993), dont la tombe inviolée à été découverte par Pierre Montet en 1940 à Tanis. Psousennès I revendique son appartenance thébaine et renforce ses liens avec le clergé d'Amon en mariant sa fille Asetemkheb au Grand Prêtre Menkhéper Rê qui exerce le pontificat d'Amon à Tanis. Cette charge sera ensuite transmise à son fils, Smendès II, puis au frère de celui-ci Pinedjem II. Aménémopé, fils probable de Psousennès I, lui succède. La succession au trône de Tanis reviendra ensuite à Aakhéper Rê Sétépen Rê, appelé Osorkon l'Ancien. Son règne laissera peu de traces.

8.3. La XXIIè dynastie « libyenne » (945 – 715)

Le pharaon Osorkon I, XXIIè dynastie « Libyenne ». Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Osorkon I, XXIIè dynastie « Libyenne ». Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Durant cette période troublée de la XXIè dynastie, des tribus libyennes, les « Machaouach », s'infiltrent en Égypte et forment des chefferies dans l'ouest du delta. Vers 950, Chéchonq I, qui hérite du trône, n'est autre le général en chef des armées et le conseiller du roi dont il a épousé la fille Maâtka Rê. La religion subit de plein fouet l'influence berbère. La déesse chatte Bastèt, qui devient la grande déesse nationale, est associée à la déesse lionne Sekhmet. Le nouveau roi berbère fait ériger à Thèbes un nouveau temple à la déesse Bastèt. Le culte des idoles prend le pas sur le culte d'Amon. Chéchonq I fonde la XXIIè dynastie, « libyenne » dont la capitale sera Bubastis. Il confie à l'un de ses fils, Ioupout, les charges de Grand Prêtre d'Amon de général en chef des armées et de gouverneur de la Haute-Egypte et à l'autre de ses fils, Nimlot, le commandement d'Hérakléopolis. Le troisième fils, Osorkon I, héritera du trône. Une partie du clergé d'Amon se réfugie alors à Napata en Haute Nubie.

Tanis. Tombe de Shéshonq I. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tanis. Tombe de Shéshonq I.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Chéchonq Ier tente de reprendre une politique d'expansion et, en 925, mène en Palestine une campagne victorieuse au cours de laquelle il pille Jérusalem. Il entreprend un programme de construction ambitieux dans le temple d'Amon-Rê de Karnak où il fait représenter le triomphe de l'Égypte sur les deux royaumes juifs de Juda et d'Israël.

Pendentif au nom du Pharaon Osorkon II. XXIIe dynastie, règne d’Osorkon II (v. 874-850 av. J.-C.). Or, lapis-lazuli et verre rouge. H. 9 cm Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Pendentif au nom du Pharaon Osorkon II. XXIIe dynastie, règne d’Osorkon II (v. 874-850 av. J.-C.). Or, lapis-lazuli et verre rouge. H. 9 cm Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Osorkon II, petit fils de Chéchonq, s’emploie à contrôler le clergé d’Amon en installant son fils Nimlot à Karnak et confie à son autre fils Chéchonq la charge de Grand Prêtre de Memphis. Le roi embellit le temple de Bastet dans sa ville de Bubastis et entreprend des travaux à Léontopolis, Memphis et à Tanis. Face à la politique expansionniste de l’Assyrie sous Assurnasirpal II et Salmanazar III, il participe à une grande alliance groupant Byblos, le royaume d'Hamath, Damas et Israël et remporte en 853 la bataille de Qarqar sur l'Oronte qui arrête la progression de l'armée de Salmanazar III. Les royaumes de Syro Palestine constituent le dernier rempart qui protège l'Egypte de la menace assyrienne. Sa succession ouvre une période de guerre civile et de chaos, rythmée par les luttes entre les clergés de Memphis et Thèbes. Les pharaons perdent peu à peu tout pouvoir en dehors de leur territoire de Tanis et Bubastis.

8.4. Les XXIIIè et XXIVè dynasties

Statue-cube de Hor, secrétaire du roi Pétoubastis Ier, XXIIIe dynastie. Karnak, favissa de la cour de la cachette. Le Caire, Musée égyptien (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue-cube de Hor, secrétaire du roi Pétoubastis Ier, XXIIIe dynastie. Karnak, favissa de la cour de la cachette. Le Caire, Musée égyptien
(Histoire de l’Egypte ancienne)
A partir de 818, sous le règne de Chéchonq III, Le prince libyen Pétoubastis I se proclame roi et fonde une nouvelle dynastie à Léontopolis, la XXIIIè. Deux pharaons se partagent le pouvoir au sein même du Delta, et cette situation va durer jusqu’en 715. Les rois de cette dynastie inaugurent la tradition de donner en plus de leur fils une de leurs filles comme « épouse » au dieu Amon à Karnak. Shepenoupet I, la fille d’Osorkon III (757 à 748) fut la première de ces « divines adoratrices d'Amon » qui effacèrent même le rôle du grand prêtre et gouvernèrent religieusement à Thèbes pendant deux siècles. Le fils de Roudamon, Le dernier roi de cette dynastie, Ioupout II, exerce un pouvoir limité à Léontopolis et à Thèbes. Peftjaouaouibastet, son beau frère, adopte également à Hérakléopolis la titulature royale, tout comme son collègue d'Hermopolis, Nimlot.

De son côté, Tefnakht (727 à 720 avant J. C.) reprend le pouvoir sur l'Ouest du Delta jusqu'à Memphis et se proclame le premier pharaon de la XXIVè dynastie et prend Saïs pour capitale. L'Egypte ne compte alors pas moins de 5 pharaons qui sont à peine reconnus par les grands chefs de la province du Nord. La division du pays va considérablement l'affaiblir.

En 720, sous le règne de Bocchoris, les armées égyptiennes sont mises en déroute par Sargon à Raphia, aux portes de l'Égypte. C’est la première tentative de l’Assyrie de prendre l’Egypte. Mais Sargon échoue finalement dans sa tentative de forcer la frontière.

8.5. La domination Nubienne : les XXVè et XXVIè Dynasties (715 – 664)

Tête de Chabataka (Shabataka) provenant d’Assouan. XXVème dynastie (701 à 690 avant J. C.) (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête de Chabataka (Shabataka) provenant d’Assouan. XXVème dynastie (701 à 690 avant J. C.)
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Vers 725, Tefnakht, roi de Saïs, tente de rassembler les royaumes du Delta ainsi qu'Hérakléopolis et Hermopolis pour occuper la Moyenne Egypte et parer au nouveau danger venant du sud, celui des « Nubiens » de Napata. Il met le siège devant Hérakléopolis. Ses adversaires font alors appel au roi Napata Kashta, qui avait établi la suzeraineté nubienne sur les « divines adoratrices » et s’était emparé de Thèbes. campagne de reconquête est un fiasco : Ioupout II de Léontopolis, Peftjaouaouibastet d'Hérakléopolis, Osorkon IV de Tanis et Nimlot d'Hermopolis sont faits prisonniers par le successeur de Kashta, sont fils Piankhi. Tefnakht parvient à s'enfuir. Piankhi n’en reste pas là : il décide de reconstituer à son profit l’unité de l’Egypte. L’Egypte passe sous contrôle d’une nouvelle dynastie. Il reçoit la soumission de tous les féodaux mais les maintient en place, puis se retire à Napata. Ainsi est créée la XXVè dynastie « Nubienne » dite aussi « Kouchite ». La Nubie, indépendante dès la fin de la période ramesside, occupe un territoire situé à proximité de la quatrième cataracte. Largement influencée par la longue période d'occupation égyptienne au cours du Nouvel Empire, elle donne naissance à une dynastie originaire de Gebel Barkal qui adopte la tradition du pouvoir pharaonique. Les rois se font enterrer dans la nécropole d'El-Kourrou. Le premier pharaon connu, qui portait le nom d'Alara, serait le septième de la dynastie. Son frère Kashta, « le Kouchite », accède au trône en 760. Il s'empare de la Basse Nubie et donne naissance à plusieurs enfants. Son premier fils, Piânkhy, lui succède et étend les frontières au Nord du pays jusqu'à la ville de Thèbes. Le deuxième fils de Kachta, Chabaka, prendra ensuite la succession.

Scarabée au nom du Pharaon Piankhi. XXVe dynastie, (v. 715 av. J.-C.). Thèbes. Stéatite. 1,6cm. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Scarabée au nom du Pharaon Piankhi. XXVe dynastie, (v. 715 av. J.-C.). Thèbes. Stéatite. 1,6cm.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Les successeurs de Piankhi, nourris de culture égyptienne après des siècles de domination et d'acculturation, redonnent au pays pour quelques décennies unité et force. Son frère Chabaka lui succède, prend le contrôle de la vallée du Nil, s'empare de Memphis et du Nord du pays avec la neutralité des Assyriens, ce qui suppose vraisemblablement la signature d'un traité de partage tacite de la région entre les deux puissances d'alors. Chabaka honore les dieux des principales cités égyptiennes parmi lesquelles Athribis, Memphis, Abydos, Dendera, Esna, Edfou et Thèbes. Il rétablit la fonction de Grand Prêtre d'Amon à Karnak qu'il confit à son fils Horemakhet. Il meurt en 702 après quinze ans de règne et se fait enterrer à El-Kourrou. Le pouvoir revient aux enfants de Piânkhy, Chabataka, puis Taharqa.

Sphinx de Taharqa du temple T à Kawa, Soudan. XXVè dynastie, vers 680. British Museum. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Sphinx de Taharqa du temple T à Kawa, Soudan. XXVè dynastie, vers 680. British Museum.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Chabataka poursuit le programme des travaux entrepris par son oncle à Memphis, à Louxor et à Karnak. Il soutient les rois de Phénicie et de Palestine en révolte contre l'Assyrie, mais lorsque l’Assyrie devient menaçante, il se replie à l'intérieur des frontières égyptiennes, stoppant l’offensive assyrienne, le roi Sennacherib se retirant lui-même à Babylone.

Le pharaon Taharqa présente des vases de vin au dieu Hémen. XXVè dynastie des « rois Kouchites » (690-665). Bronze, Bois, Grauwacke, Argent, Feuille d’or. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Taharqa présente des vases de vin au dieu Hémen. XXVè dynastie des « rois Kouchites » (690-665). Bronze, Bois, Grauwacke, Argent, Feuille d'or. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Taharqa succède à son frère Chabataka en 690 avant J.C. Son règne d'un quart de siècle est brillant. Il fait agrandir le temple de Kawa qui devient le deuxième grand sanctuaire des rois napatéens et ouvre de nombreux chantiers à Sanam Abou Dôm, Méroë, Semna, Qasr Ibrim et Bouhen. Il entreprend la reconstruction des temples de Karnak et relance l'activité de Médinet Habou. Il stoppe vers 677 une première offensive assyrienne sur l'Egypte. Mais ce n’est qu’un répit.

8.6. Les dynasties

8.6.1. La XXIème dynastie de Tanis (1069 à -945 J. C.)

Trésor de Psousennès. Masque funéraire de Undjebaundjed, général du Pharaon. Fouilles de Tanis. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Trésor de Psousennès. Masque funéraire de Undjebaundjed, général du Pharaon. Fouilles de Tanis. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

8.6.2. La XXIIè dynastie libyenne (945 à 715 avant J. C.)

Masque mortuaire de Sheshonk II découvert à Tanis par Pierre Monet. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Masque mortuaire de Sheshonk II découvert à Tanis par Pierre Monet. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

8.6.3. La XXIIIé dynastie dite « de Tanis » (818 à 715 avant J. C.)

Le pharaon Pétoubastis I, XXIIIè dynastie. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le pharaon Pétoubastis I, XXIIIè dynastie.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

8.6.4. La XXIVème dynastie dite « de Saïs », (727 à 715 avant J. C.)

8.6.5. La XXVème dynastie « nubienne » (715 à 664 avant J. C.)

Tête de Taharqa, XXVème dynastie (690 à 665 avant J. C.). Musée d’Assouan. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête de Taharqa, XXVème dynastie (690 à 665 avant J. C.). Musée d’Assouan.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

9. La basse époque (664 - 330 avant J.C.)

9.1. L’invasion assyrienne : 671-660

Tête d’Assurbanipal. Art assyrien. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête d’Assurbanipal. Art assyrien.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Assarhaddon l’assyrien réussit en 671 à conquérir le Delta et à s'emparer de Memphis. Tous les chefs locaux du Nord sont soumis et doivent prêter serment de fidélité aux envahisseurs. Le pharaon éthiopien se replie dans le Sud avec ses troupes. Les Assyriens, qui contrôlent le Nord de l'Egypte, souhaitent renforcer le pouvoir de leurs alliés Saïtes. Mais les tentatives de déstabilisation de Taharqa échouent : Assourbanipal, qui a succédé à Assarhaddon, revient en Egypte pour rétablir l'autorité assyrienne sur la région. Il remporte une victoire sur Taharqa devant Memphis et prend le contrôle du pays jusqu'à Assouan. Les principaux chefs à Saïs sont exécutés à l'exception de Nékao I descendant de Bocchoris, qui fonde la dynastie « Saïte » soumise aux Assyriens. Les Saïtes prennent ainsi le pouvoir avec l'appui des envahisseurs.

Buste du pharaon Taharqa en sphinx. British Museum. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Buste du pharaon Taharqa en sphinx. British Museum.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Taharqa meurt à Napata en 665. Son cousin Tantamani lui succède et repart à la reconquête de l'Egypte. Nékao I meurt au cours des affrontements. Assourbanipal revient au secours des Saïtes et repousse Tantamani jusqu'à Thèbes puis jusqu'à Napata. Les envahisseurs mettent à sac la cité thébaine et en rapportent tous les trésors accumulés dans les temples. La dynastie éthiopienne se maintint quelque temps encore à Napata, puis elle remonte plus au sud pour fonder une nouvelle capitale à Méroé.

9.2. La XXVIè dynastie « saïte » (664 à 525 avant J. C.)

9.2.1. La restauration nationale

Statue cube d’Akhimenrou, intendant de la divine adoratrice d’Amon. XXVIè dynastie « saïte » Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue cube d’Akhimenrou, intendant de la divine adoratrice d'Amon. XXVIè dynastie « saïte » Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Le prince de Saïs et de Memphis, Néchao avait crée dans son fief une puissante armée composée de mercenaires grecs, ioniens et cariens, possédant un armement perfectionné. Son fils Psammétique qui lui succède en 664 à Saïs parvient avec cette armée à supprimer la féodalité libyenne et surtout à expulser les garnisons assyriennes du pays. Puis il étend son autorité sur la Thébaïde et fait adopter sa fille Nitocris par la régente de Thèbes, divine adoratrice d'Amon, Shepenoupet II à Thèbes.

Le groupe de Psammétique I et de sa famille. Musée de Berlin. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le groupe de Psammétique I et de sa famille. Musée de Berlin.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
L'Égypte est à nouveau indépendante et gouvernée par des souverains indigènes. Mais les périls extérieurs restent très grands subsistent et le temps de la puissance est révolu. Mais les règnes des Psammétique I (664 – 609), Néchao II, prêtre et Amasis ne marquent pas le déclin de la civilisation égyptienne. On peut même parler de « renaissance saïte » comme par exemple le montre l'extraordinaire statuaire de l’époque. Le prestige du pays reste très grand et il s’ouvre largement aux nouveaux courants qui agitent le monde méditerranéen : les Grecs arrivent en nombre, mercenaires, commerçants ou simples visiteurs. C’est le début de l’hellénisation de l’Egypte, dont le symbole est la fondation de Naucratis. Les souverains Saïtes favorisent les mercenaires grecs, qui avaient porté au trône leur dynastie. Les garnisons grecques vivent la plupart du temps dans des quartiers réservés, séparés de la population indigène. À la suite des soldats, des marchands grecs viennent chercher fortune en Égypte et s'établissent autour des garnisons, avant de se répandre rapidement le long de la vallée du Nil. Amasis concentra les négociants des différentes cités grecques à Naucratis, ville située sur la branche canopique du Nil. Il concède à ce port le monopole du commerce maritime avec la Méditerranée. Cette cité devient une ville franche de l'hellénisme en territoire égyptien, jouissant d'une constitution autonome. Des magistrats appelés « timouques », élus par le peuple, gouvernent avec l'assistance d'un conseil.

Statue de Petamenhotep, grand prêtre d’Amon, en scribe. XXVIè dynastie. Karnak. Cour de la cachette. 74 cm. Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue de Petamenhotep, grand prêtre d’Amon, en scribe. XXVIè dynastie. Karnak. Cour de la cachette. 74 cm. Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Si, d'une part, les Saïtes cherchent dans leur politique intérieure à mettre à profit des énergies nouvelles représentées par les négociants et les mercenaires, grecs et à utiliser les progrès introduits par la civilisation hellénique, ils se montrent par ailleurs très conservateurs en essayant de se rattacher aux traditions nationales de l'Ancien Empire. On vit renaître alors à la cour Saïte des titres de fonctionnaires aussi bien que des formules d'art du temps des « grandes pyramides ». De même sur le plan religieux Psammétique I radicalise la pensée théologique. Le culte des animaux connaît un grand essor. Le Serapeum de Memphis est agrandi pour répondre au développement du culte de l'Apis. La tradition memphite prend le pas sur la théologie enseignée à Thèbes. Memphis devient capitale du royaume tandis que le rôle de Saïs est limité à celui de résidence et de nécropole. La politique et l'économie du pays sont confiées à des hauts fonctionnaires Saïtes. Les souverains Saïtes se montrent des financiers habiles, accroissent leurs ressources en instituant un impôt sur le revenu, avec obligation pour chaque habitant de déclarer au fisc ses moyens d'existence. Ils instituent aussi des taxes sur le commerce et font une première tentative de nationalisation des biens des temples, en remplaçant l'autonomie du clergé par un budget du culte à la charge de l'État.

9.2.2. La politique extérieure

Amasis, roi de la XXVIème dynastie. Le nez symbole de la vie, a été cassé, ainsi que l’uraeus symbole de son pouvoir royal. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Amasis, roi de la XXVIème dynastie. Le nez symbole de la vie, a été cassé, ainsi que l'uraeus symbole de son pouvoir royal. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils de Psammétique I, Nékao II (Néchao) (609 à 594 avant J. C.) profite de la désintégration de l’empire assyrien sous les coups des Mèdes et des Babyloniens pour s’emparer de la Palestine (Bataille de Megiddo au cours de laquelle le roide Juda Josias est tué), et pour placer son fils Elyaqim sur le trône d'Israël. Il pousse jusqu’en Syrie, atteint l’Euphrate, mais son armée est écrasée par Nabuchodonosor à Karkemish en 605. Les Egyptiens refluent et désormais les frontières égyptiennes se limiteront à la région de Gaza. C’est sous son règne que des marins Phéniciens à sa solde font le tour de l’Afrique. Psammétique II pousse les habitants de Jérusalem à la rébellion lorsque Nabuchodonosor II s'empare de la ville et la pille, puis guerroie en Nubie et dans le pays de Koush. Son fils Apriès continue la lutte contre Nabuchodonosor, lui tient tête à Tyr, mais échoue dans sa tentative de secourir Jérusalem. Cet échec provoque une guerre civile en Egypte, lorsque la garnison d’Eléphantine se révolte contre les mercenaires grecs et cariens, soutiens du pharaon.

Nekthoreb en prière. Règne de Psammétique II, XXVIè dynastie. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Nekthoreb en prière. Règne de Psammétique II, XXVIè dynastie. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Amasis, le général rebelle, finit par prendre le dessus et Apriès est assassiné. Les troupes de Nabuchodonosor II, qui tentent d'envahir l'Egypte, sont arrêtées par Amasis, qui résout le problème grec et carien en les concentrant dans la ville de Naucratis et leur accordant d’importants privilèges économiques et commerciaux. Il s’allie à Crésus, le légendaire roi de Lydie, Polycrate, le tyran de Samos et Babylone. Mais très prudent, il évite tout conflit avec les Perses, nouveaux maître de la région.

Fils d’Amasis, Psammétique III monte sur le trône en 526 avant Jésus-Christ. Il doit affronter Cambyse II, successeur de Cyrus II sur le trône de Suse qui envahit l’Egypte. L'armée de Psammétique III est défaite à Péluse, au nord-est du Delta au printemps 525 avant Jésus-Christ. Cambyse met le siège devant Memphis qui capitule, entraînant la soumission du reste du pays. Cambyse met à mort Psammétique et se proclame Pharaon. L'Egypte devient une province de l'Empire achéménide.

9.2.3. La première domination perse. (525 à 404 avant J. C.)

Stèle représentant Cambyse et Apis. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Stèle représentant Cambyse et Apis.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
L’Egypte devient une satrapie et les souverains de Suse sont les nouveaux pharaons. La XXVIIè dynastie de Manéthon comprend les rois achéménides de Cambyse à Darius II. Cambyse, après avoir conquis l'Égypte, la réduit en satrapie et prépose Aryandès à son gouvernement. Après la mort de Cambyse, Darius I réorganise l'Empire perse : l'Égypte, unie à la Basse Nubie et aux oasis libyennes de Cyrène et de Barca, constitue alors la VIè satrapie. Elle est astreinte à un tribut annuel de 700 talents d'or et à la fourniture au Grand Roi de produits en nature. Elle doit de plus subvenir à l'entretien de l'armée perse d'occupation d’environ 120.000 hommes, Perses et mercenaires. Les Perses introduisent en Égypte la monnaie sous la forme de pièces d'or, les dariques.

Tête de prêtre. XXVIIè dynastie, domination Perse. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête de prêtre. XXVIIè dynastie, domination Perse.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La domination perse n’est pas trop dure, mais l'Égypte espère ardemment s'en affranchir. Des insurrections éclatent dans le Delta, dont celle d'Inharos, appuyée par des Grecs, qui tient en échec les armées d'Artaxerxes entre 459 et 456. Après la défaite d'Inharos, l'Égypte retombe sous la domination perse jusqu'en 401.

9.2.4. La dernière indépendance : 404 - 340

Portrait d’Osor-Ouêr, prophète de Montou. Schiste. Fin de l’époque perse, XXXè dynastie, IVè avant J.C. New York, Brooklyn Museum. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Portrait d’Osor-Ouêr, prophète de Montou. Schiste. Fin de l’époque perse, XXXè dynastie, IVè avant J.C. New York, Brooklyn Museum.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
A la mort de Darius II, une querelle dynastique oppose à Suse Artaxerxès II et Cyrus II. Elle laisse le champ libre aux initiatives égyptiennes. Une nouvelle révolte éclate à Sais, où un certain Amyrtée secoue le joug perse et s'empare du pouvoir. Amyrtée se fait couronner pharaon en 404. Il fonde la XXVIIIè dynastie dont il est l'unique représentant. Le pouvoir du nouveau pharaon est reconnu en moins de quatre années, jusqu'à Assouan. A sa mort, L'Egypte connaît une dernière période d'indépendance qui va durer moins d'un siècle, de 404 à 341 avant Jésus-Christ.

Horus en adoration. 95cm. XXXè dyn. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Horus en adoration. 95cm. XXXè dyn. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Nepherites I (399 à 393), originaire de Mendès, dans le Delta, succède à Amyrtée et fonde la XXIXè dynastie qui va durer 20 ans. Il débarrasse l'Égypte de la domination des Perses et conclut contre eux une alliance avec Sparte. Amarna (393 à 380) entreprend un nouveau programme de grands travaux à Louxor, Karnak, Médinet Habou, Elkab, Tôd, Médamoud, et Eléphantine. Les échanges commerciaux sont florissants. L'Egypte, de nouveau présente au Proche Orient, se contente de participer indirectement, aux côtés des cités grecques, à la lutte contre les Perses. Mais Achôris engage à son service le général athénien Chabrias, qui réorganise l'armée égyptienne et fortifie le Delta. Aussi quant Amarna se retrouve seul face à Pharnabaze, libéré de la menace grecque, qui veut reconquérir l'Egypte, il réussit à défaire l’armée perse.

Torse du roi Nectanébo Ier. XXXè dynastie. Grauwacke. Vers 370 avant J.C. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Torse du roi Nectanébo Ier. XXXè dynastie. Grauwacke. Vers 370 avant J.C. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La XXXè dynastie sera la dernière des dynasties nationales. Elle compte trois rois énergiques : Nectanébo I, (Nektanebès), Teos (Tachôs) et Nectanebo II (Nektanébo), qui procurent à leur pays une dernière ère de prospérité. Nectanebo I (380 à 362), originaire de Sébennytos, dans le Delta, fonde la XXXè dynastie. Il doit affronter en 374 les Perses associés aux Athéniens qui tentent une nouvelle fois d'envahir le pays. Il résiste victorieusement et assure au pays une paix durable : les Perses ne reviendront que trente ans plus tard, en 343. Nectanébo I entreprend de nouvelles constructions et embellit la plupart des temples d'Egypte. Son fils Tachos est associé au trône et l'armée égyptienne est renforcée. Son fils Teos (Tachôs) décide de prendre l'offensive contre le Grand Roi, recrute des mercenaires grecs à Sparte et à Athènes et cherche des alliances en Crète, en Arménie, en Cappadoce. Il part en campagne par voie de terre et de mer le long de la côte en direction de la Phénicie. Mais son frère Tjahépimou, qui assume la régence, profite du mécontentement général en Egypte contre les lourdes mesures fiscales devant financer la guerre et fait proclamer roi son fils Nectanébo II en 359 grâce à l'appui des mercenaires d'Agésilas de Sparte qui font défection à Tachos.

Le faucon Horus protégeant Nectanébo II. XXXè dynastie. New York, Metropolitan Museum. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le faucon Horus protégeant Nectanébo II. XXXè dynastie. New York, Metropolitan Museum.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Nectanébo II règne durant 18 ans au cours desquels il multiplie constructions (temple d’Isis à Behbeït el-Hagar et premiers édifices de Philae) et restaurations de temples. À l'égard des Perses, Nectanebo II se tient efficacement sur la défensive, et l'Égypte peut jouir sous son règne de seize années de paix. Mais la fin de son règne est assombrie par le retour offensif des Perses. Artaxerxes III reprend le contrôle de l'Asie Mineure malgré l'influence montante de la Macédoine et décide de s’emparer de l’Egypte. Il force la frontière égyptienne à Péluse. Nectanebo II, désemparé, au lieu d'organiser la défense du Delta, court s'enfermer dans Memphis, qui est assiégée par les Perses. Peu de temps après, il s'enfuit en Haute Égypte, où il se maintient encore deux ans. En 341, Artaxerxès Ochos occupe tout le pays, dont il confie le gouvernement à un satrape.

9.2.5. La deuxième domination perse (340 - 332 avant J. C.)

Darius, le « Roi des Rois ». (Histoire de l’Egypte ancienne)
Darius, le « Roi des Rois ».
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La fuite de Nectanébo II marque la fin de l'indépendance égyptienne. Mais la nouvelle invasion perse durera moins de six ans. Seul Darius III Codoman tente de redresser la situation de l'empire, très détériorée sous Arsès. Il chasse d'Asie Mineure les troupes de Philippe II de Macédoine et, après la mort de celui-ci, soutient les cités grecques contre Alexandre. Mais en 334, Alexandre envahit l'Empire perse. Définitivement défait à Gaugamèles (331). Darius III et est assassiné par le satrape de Bactriane à Hécatompylos, au sud de la Caspienne.

9.2.6. Les dynasties (664 – 332)

9.2.6.1. La XXVIè dynastie « saïte » (664 à 525 avant J. C.)

9.2.6.2. La XXVIIè dynastie « Perse »

9.2.6.3. La XXVIIIème dynastie

9.2.6.4. La XXIXème dynastie (398 à 378 avant J. C.)

9.2.6.5. La XXXème dynastie (378 à 340avant Jésus-Christ)

9.2.6.6. La XXXIè dynastie

10. L’époque ptolémaïque (332 avant J.C. – 30 avant J.C.)

10.1. Alexandre le Grand (331 à 322 avant J. C.)

Monnaie à l’effigie d’Alexandre le Grand. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Monnaie à l’effigie d’Alexandre le Grand.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Alexandre, qui hérite de la Macédoine et de la Grèce conquise par son père Philippe II, part à la conquête de l'Asie Mineure en 334 avant Jésus-Christ sous le prétexte d'une guerre de représailles suite aux guerres médiques. La bataille du Granique et celle d’Issos lui ouvrent les routes de la Syrie et de l'Egypte. Il est accueilli en 331 comme un libérateur par les Egyptiens, farouches ennemis des Perses. Il fonde, à l'Ouest du delta du Nil, la ville d'Alexandrie, la première d'une longue série de villes édifiées jusqu'au fond du Caucase. Il confie l'administration du pays à plusieurs chefs civils et militaires macédoniens. Les prêtres du dieu Amon lui donnent le titre de « fils d'Amon » jadis porté par les Pharaons. Il devient un dieu égyptien.

Victime d'une crise de fièvre maligne lors de la campagne qui le mène en Inde, il meurt en quelques jours en juillet 323. Son corps sera plus tard transféré de Babylone à Memphis, puis inhumé à Alexandrie, par les soins de Ptolémée Ier Sôter, ancien général dans son armée et fondateur d'une dynastie alexandrine. Le lieu où repose la dépouille d'Alexandre est toujours un mystère.

10.2. Les Lagides (322-30 avant J.C.)

Statue féminine trouvée à Abousir : sans doute Arsinoé ou Isis. Basalte. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue féminine trouvée à Abousir : sans doute Arsinoé ou Isis. Basalte.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Les lagides vont gouverner l'Egypte jusqu'en 30 av. J.-C. et y développer une civilisation relativement brillante, malgré les vicissitudes politiques, mêlant la tradition pharaonique et l'apport hellénistique. La dynastie compte une quinzaine de souverains qui portent tous le nom de Ptolémée, épousent leur sœur ou une femme de leur famille proche, mais jamais une Egyptienne. Les femmes se nomment le plus souvent nommées Arsinoé, Bérénice ou Cléopâtre. La tradition dynastique voulait d'ailleurs que le souverain ou la souveraine ne règne pas seul. Cléopâtre VII, la célèbre, sera la dernière reine de cette dynastie avant que l'Egypte ne devienne province romaine.

C'est avec Ptolémée II Philadelphe que le royaume lagide connaît son apogée. Son successeur, Ptolémée III Evergète, se contente de profiter des acquis. Après lui, c'en est fini de la grandeur des Ptolémées qu'affaiblissent les troubles sociaux, les révoltes indigènes (soutenues par le clergé), le trafic des monnaies (qui entrave gravement le commerce méditerranéen). Les IIe et Ier siècles ne sont qu'une longue et inévitable décadence, aggravée par l'incurie des souverains et des hauts fonctionnaires, la corruption et l'abandon des terres par les paysans. A la cour se multiplient débauches, intrigues, meurtres et empoisonnements. De tous les souverains lagides, seuls les deux premiers mourront de mort naturelle !

10.2.1. Ptolémée Ier Sôter (305-283 av. J.-C.)

Ptolémée I Sôter, le général d’Alexandre qui reçut l’Egypte en héritage et se fit couronner pharaon. Statue d’époque hellénistique. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée I Sôter, le général d’Alexandre qui reçut l’Egypte en héritage et se fit couronner pharaon. Statue d’époque hellénistique.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Né vers 367, il est sans doute un fils bâtard de Philippe de Macédoine, le général Lagos assumant la paternité pour son roi. Ami d'enfance d'Alexandre le Grand, il est l'un de ses plus prestigieux lieutenants, et son ascension est rapide. Dès 323, il est satrape d’Egypte et s'empare de la Cyrénaïque. Après l'assassinat de Perdiccas (321) régent successeur d’Alexandre, il refuse la régence. Vers 319-318, il s'empare de la Syrie puis se retire face à l'avancée d'Antigone le Séleucide. En 312, il reprend la Syrie avant de se replier à nouveau l’année suivante en Egypte. En 305, il se proclame Pharaon d’Egypte. En 303-302, avec Lysimaque et Séleucos, Ptolémée se ligue contre Antigone, mais il montre peu d'empressement à combattre et après la bataille d'Ipsos (301), ses alliés lui refusent la Palestine, qui sera désormais l'enjeu d'une dispute permanente entre Lagides d’Egypte et Séleucides de Syrie.

En Egypte, il fonde la colonie de vétérans à Ptolémaïs, au sud de Memphis, et institue comme capitale Alexandrie, dont il est le grand constructeur : il poursuit la construction du phare et lance la construction de la Bibliothèque et du tombeau d'Alexandre. C'est à sa demande que le prêtre Manéthon rédige en grec une Histoire de l'Egypte recensant le nom des pharaons antiques. Il met en place une administration efficace combinant le rationalisme grec et la tradition égyptienne. Il fait restituer au clergé égyptien les statues des dieux, le mobilier et les livres précédemment volés dans les temples par Xerxès et récupérés depuis la conquête macédonienne. Pour marquer son appartenance aux coutumes Egyptiennes, il fait célébrer sa « fête Sed ». A sa mort, il laisse une Egypte florissante. Lors de son enterrement, le corps d'Alexandre est rapatrié de Memphis à Alexandrie.

10.2.2. Ptolémée II Philadelphe (284 - 246 av. J.-C.)

Statue de Ptolémée II érigée à l’origine à la porte du phare d’Alexandrie, récupérée des eaux et désormais devant la Bibliotheca Alexandrina. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Statue de Ptolémée II érigée à l'origine à la porte du phare d'Alexandrie, récupérée des eaux et désormais devant la Bibliotheca Alexandrina.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
C’est avec Ptolémée II que le pays connaît son apogée de l’époque lagide. Associé, au pouvoir royal en 285 au détriment de son demi-frère Ptolémée Kéraunos, Il épouse d'abord Arsinoé I, fille de Lysimaque, de laquelle il a trois enfants : le futur Ptolémée III, Lysimaque et Bérénice. Mais sa propre sœur, Arsinoé II, après deux mariages malheureux, le premier avec Lysimaque et le second avec Ptolémée Kéraunos revient en Egypte et intrigue pour éliminer sa belle-sœur et prendre sa place, et y réussit parfaitement. En 276 Arsinoé I est assassinée. Le nouveau couple exige d'être défié.

Dakka, temple de Thot. Il est fondé, comme Dabod, par Ergamène, sous le règne de Ptolémée II (309-246 av. J-C.). Il a été agrandi à plusieurs reprises, y compris par Auguste. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Dakka, temple de Thot. Il est fondé, comme Dabod, par Ergamène, sous le règne de Ptolémée II (309-246 av. J-C.). Il a été agrandi à plusieurs reprises, y compris par Auguste.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée II mène les deux premières guerres de Syrie contre les Séleucides (274-271, 260-253), puis, afin de conforter ses conquêtes territoriales, il marie sa fille Bérénice II à Antiochos II. En 273, il propose à Rome une alliance contre Pyrrhus d'Epire et en 262, il apporte à Carthage son soutien financier lors de la première guerre punique.

Philae : vue du temple. (Site Egypte antique)
Philae : vue du temple. (Site Egypte antique)
Grand constructeur, il emploie sa richesse à la construction et la restauration de temples et sanctuaires (Naucratis, Tanis, Philae, Alexandrie, Karnak, Keft, Abou Billo, Sebennytos…). Il fait agrandir le palais royal et recreuser le canal reliant le Nil au golfe de Suez. Les collections de la bibliothèque d'Alexandrie sont considérablement enrichies. Il est vraisemblablement à l'origine de la traduction en grecque de la Bible hébraïque connue aujourd'hui sous le nom de Septante.

A la mort de sa sœur et épouse, il lui fait élever des temples et des statues avant de la diviniser (271). Cet amour inconsidéré lui vaudra, par dérision, un siècle plus tard, le surnom de « Philadelphe » (qui aime son frère ou sa sœur).

10.2.3. Ptolémée III Evergète I (246 - 221 av. J.-C.)

Ptolémée Évergète Ier. Calcaire, 85cm. Musée du Louvre, donation Rodin. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée Évergète Ier. Calcaire, 85cm. Musée du Louvre, donation Rodin.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Surnommé. Fils d'Arsinoé I et de Ptolémée II, adopté par Arsinoé II, Ptolémée III Evergète I « le Bienfaiteur » épouse Bérénice II, fille du roi de Cyrène Magas. Il débute la construction du temple d’Edfou.

Edfou : le temple dédié à Horus : le portique d’après un dessin du XIXè. (Site Egypte antique)
Edfou : le temple dédié à Horus : le portique d’après un dessin du XIXè. (Site Egypte antique)
C’est un grand conquérant : il envahit l'empire séleucide jusqu'à l'Euphrate mais n'en garde que la Syrie. Puis il remonte le Nil pour en découvrir les sources. Il entreprend la troisième guerre de Syrie (246-241) pour venger la mort de sa sœur, épouse d'Antiochos II et agrandit le territoire égyptien en Syrie, Asie Mineure, Egée et jusqu’en Thrace. C'est durant son règne que l'Egypte ptolémaïque atteint son apogée.

10.2.4. Ptolémée IV Philopatôr (221-205 av. J.-C.)

Monnaie de Ptolémée IV Philopatôr trouvée à Alexandrie. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Monnaie de Ptolémée IV Philopatôr trouvée à Alexandrie.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
La décadence de la dynastie lagide débute réellement avec Ptolémée IV, fils de Ptolémée III qui accède au trône à l’âge de 23 ans. Roi faible, alcoolique et soumis à l'influence de ses favorites et de ses ministres Agathocle et Sosibe, il est décrit comme un véritable « Néron lagide », faisant successivement assassiner son oncle Lysimaque, son frère cadet Magas, sa mère Bérénice, et Cléomène, roi de Sparte réfugié à sa cour. Grand amateur de comédies, se croyant poète, il organise des cortèges où il figure en Bacchus ivre et passe son temps en débauches et orgies.

Durant son règne, les territoires égyptiens de Syrie sont définitivement perdus au profit des Séleucides, et seules la victoire de Raphia (217) face à Antiochos III permet à l’Egypte de garder momentanément le contrôle de la Coelé-Syrie (Liban). Mais à partir de 209-208, de graves troubles intérieurs secouent l’Egypte à cause de l’incurie du roi. Il meurt en 205, ses favoris gardent secret l'annonce de sa mort, puis assassinent sa femme Arsinoé III un an plus tard.

10.2.5. Ptolémée V Epiphane (205-180 av. J.-C.)

Monnaie de Ptolémée V Epiphane trouvée à Alexandrie. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Monnaie de Ptolémée V Epiphane trouvée à Alexandrie.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils de Ptolémée IV et d'Arsinoé III, roi à cinq ans, il est couronné à Memphis en 197, événement commémoré par la célèbre pierre de Rosette. Lors de la cinquième guerre de Syrie (202-195), Antiochos III lui enlève ses possessions asiatiques et anatoliennes avant de lui faire épouser sa fille Cléopâtre I. Il meurt à 28 ans, vraisemblablement empoisonné, laissant deux fils mineurs, les futurs Ptolémée VI et Ptolémée VIII.

10.2.6. Ptolémée VI Philométôr (180-145 av. J.-C.)

Le chat sacré Bastet. 304-30 av. JC., bronze, 27cm. Metropolitan Museum of Art, New York. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Le chat sacré Bastet. 304-30 av. JC., bronze, 27cm. Metropolitan Museum of Art, New York.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils de Ptolémée V, surnommé Philomêtôr (qui aime sa mère) il monte très jeune sur le trône et le royaume est dirigé de fait par ses ministres Eulaeus et Lenaeus.

Il épouse sa sœur Cléopâtre II. Durant la sixième guerre de Syrie, il est fait prisonnier par Antiochos IV qui envahit l'Egypte. Alexandrie se révolte et proclame son jeune frère roi (le futur Ptolémée VIII) sous le nom de « Ptolémée le Jeune ». L'Egypte a deux rois, l'un à Alexandrie et l'autre à Memphis. Les deux frères se réconcilient en 169 et se partagent la direction du royaume pendant 5 ans.

Mais en 164, Ptolémée le Jeune soulève le peuple d'Alexandrie contre Ptolémée VI et celui-ci s'enfuit en Italie où il sollicite en vain l'arbitrage du conflit fraternel auprès des sénateurs romains. Ptolémée VI se réfugie alors à Chypre d'où il rentre en Egypte, profitant de l'impopularité de son jeune frère. Rome impose finalement son arbitrage : Philométôr reçoit l'Egypte et Ptolémée le Jeune la Cyrénaïque.

En 154, Philométôr s'empare de son frère, qui avait tenté un débarquement militaire à Chypre, mais lui laisse la vie sauve. Puis il renverse le séleucide Démétrios I, qui a des visées sur Chypre, et le remplace sur le trône par Alexandre Bala à qui il marie sa fille. Il est finalement tué au cours d'un combat en Syrie alors qu'il porte secours à Démétrios II.

10.2.7. Ptolémée VII Neos Philopatôr (145 av. J.-C.)

La déesse Isis. Tamaris doré, Incrustations de bronze et de verre. Epoque ptolémaïque. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
La déesse Isis. Tamaris doré, Incrustations de bronze et de verre. Epoque ptolémaïque. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée VI mort, Alexandrie se divise en deux clans rivaux : l’un loyal à Cléopâtre et à son fils Ptolémée VII Neos Philopatôr, l’autre réclamant le retour de Ptolémée le Jeune, ce qui advient. Ptolémée le Jeune épouse Cléopâtre II et fait assassiner son neveu.

10.2.8. Ptolémée VIII Evergète II Physcon (145-116 av. J.-C.)

10.2.9. Ptolémée IX Sôter II (Lathyre) (116-80 av. J.-C.)

Horus faucon. Temple d’Edfou. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Horus faucon. Temple d’Edfou.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
A la mort de Ptolémée VIII, Cléopâtre III souhaite que son second fils Ptolémée X Alexandre Ier soit nommé régent mais le peuple et l'armée lui préférèrent Ptolémée IX, vice-roi de Chypre, surnommé Lathyre (pois chiche) pour une raison inconnue. Ptolémée IX Sôter II avait épousé sa sœur Cléopâtre IV qui refuse de reconnaître la préséance de sa mère et finit par s'enfuir à Chypre, où elle lève une armée, passe en Syrie où elle épouse Antiochos IX.

Dendérah : le temple d’Hator. (Site Egypte antique)
Dendérah : le temple d’Hator. (Site Egypte antique)
Ptolémée IX est un débauché, et c’est sa mère qui dirige effectivement le royaume.

10.2.10. Ptolémée X Alexandre Ier (Kokkès) (107-88 av. J.-C.)

La déesse Isis. Tamaris doré, Incrustations de bronze et de verre. Epoque ptolémaïque. Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
La déesse Isis. Tamaris doré, Incrustations de bronze et de verre. Epoque ptolémaïque. Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Accusé par sa mère de tentative d'assassinat, Ptolémée IX fuit l'Egypte en 108 et se réfugie à Chypre où règne son frère Ptolémée X Alexandre Ier, qui peut ainsi revenir en Egypte. Ptolémée X Alexandre Ier, surnommé Kokkès (« le rougeaud ») ou Pareisactos (« l'intrus »), épouse sa nièce Cléopâtre Bérénice III en107. Il se heurte rapidement à sa mère, notamment à propos de la succession au trône de Syrie où la mère et le fils soutiennent un prétendant différent.

Lorsque Cléopâtre meurt en 101, Ptolémée X peu enfin régner mais il se désintéresse es affaires du royaume. Une révolte populaire soutenue par l'armée le chasse, mais il peut revenir au pouvoir en89 grâce à l'appui d'une armée de mercenaires qu’il a levée en Palestine. Pour payer ses mercenaires, il s'empare du cercueil en or d'Alexandre, ce qui constitue l'outrage suprême pour les Alexandrins : une nouvelle révolte s’en suit. Ptolémée X s'enfuit vers Myra mais les Alexandrins le rattrapent et il est tué (88) au cours d'une bataille navale alors qu'il tente de se réfugier à Chypre auprès de son frère.

Les Alexandrins rappellent de Chypre Ptolémée IX, ce qui lui vaut le nouveau surnom de Pothinos (« Désiré »). Il règne conjointement avec sa fille et épouse Cléopâtre Bérénice jusqu'en 80, en prenant bien garde de ne pas intervenir dans les conflits régionaux.

Kalabsha : coupe du temple de Mandoulis. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Kalabsha : coupe du temple de Mandoulis.
(Histoire de l’Egypte ancienne)

10.2.11. Ptolémée XI Alexandre II (80 av. J.-C.)

Ptolémée XI Alexandre II. Bague en or, Musée du Louvre. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée XI Alexandre II. Bague en or, Musée du Louvre.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils de Ptolémée IX Sôter II, fait prisonnier par Mithridate sur l'île de Cos, Ptolémée XI est Elevé à la cour royale du Pont ; il profite d'une entrevue entre Mithridate et Sylla pour rejoindre ce dernier. A la mort de Ptolémée IX il est le seul héritier masculin légitime du trône d'Egypte. Sylla l'impose donc aux Alexandrins et il doit épouser Cléopâtre Bérénice III, qui est sans doute sa mère : il la fait assassiner dix-neuf jours plus tard ! Furieux, les Alexandrins se révoltent et le lynchent.

10.2.12. Ptolémée XII Philopatôr II « Aulète » (80-51 av. J.-C.)

Ptolémée XII Philopatôr II « Aulète » (80-51 av. J.-C.) (Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée XII Philopatôr II « Aulète » (80-51 av. J.-C.)
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils illégitime de Ptolémée IX. Ptolémée XII prend les épithètes prestigieuses de Philopatôr (« qui aime son père ») et Philomêtôr (« qui aime sa mère ») mais le peuple alexandrin le surnomme Aulète (« joueur de flûte ») et lui-même se proclame « Neos Dionysos » en raison de son goût pour les fêtes et banquets où il s'enivre et s'exhibe au milieu des danseuses en joueur de flûte. Il épouse sa sœur, Cléopâtre V, dont il a deux filles, Cléopâtre VI et la fameuse Cléopâtre VII. D'une autre épouse inconnue, il aura quatre enfants : Bérénice IV, Arsinoé IV, Ptolémée XIII et Ptolémée XIV.

Kom Ombo : temple de Haroéris (Horus le Grand) et Sobek. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Kom Ombo : temple de Haroéris (Horus le Grand) et Sobek.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Face aux difficultés qui déchirent le pays (révolte agraire, crise financière), il pratique une politique de corruption intense. Il doit surtout lutter pour garder son trône car les Romains prétendent hériter de son royaume grâce au testament de Ptolémée XI. Venu plaider sa cause à Rome, il passe en 59 un accord secret avec Pompée et César : moyennant 6 000 talents d'or, César, alors consul, devait faire voter une loi reconnaissant sa royauté. L’année suivante Caton annexe Chypre, possession égyptienne. L'absence de réaction de Ptolémée XII entraîne le mécontentement de ses sujets et il préfère se réfugier à Rome où il intrigue de nouveau pour gagner à sa cause le sénat.

En son absence, la régence est assurée par sa femme Cléopâtre V et sa fille Bérénice IV puis par cette dernière toute seule après la mort soudaine de Cléopâtre V. Bérénice IV épouse d'abord un prétendu descendant des Séleucides, Séleucos Kybiosaktes, mais le fait étrangler peu après avant d'épouser en 56 Archélaüs, qui prétend descendre de Mithridate.

Les Livres Sibyllins n'encourageant pas l'intervention armée des Romains pour rétablir Ptolémée XII sur le trône, celui-ci fuit à Ephèse. Mais en 55, Aulus Gabinius, lieutenant de Pompée et gouverneur de Syrie, prétextant les menaces d'une invasion égyptienne de la Syrie, envahit l'Egypte pour réinstaller Ptolémée XII. Archélaüs est tué au combat et Bérénice IV exécutée. Ptolémée XII, par testament, laisse à sa mort en 51 le trône à sa fille Cléopâtre VII et à son fils Ptolémée XIII.

10.2.13. Cléopâtre VII Philopator (51 à 30 avant J. C.)

Tête d’un officiel égyptien, « la tête noire de Brooklyn ». Vers 50 avant JC. Diorite. Brooklyn Museum, (Histoire de l’Egypte ancienne)
Tête d’un officiel égyptien, « la tête noire de Brooklyn ». Vers 50 avant JC. Diorite. Brooklyn Museum,
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Cléopâtre naît à Alexandrie en 69 avant Jésus Christ. Fille de Ptolémée XII, elle épouse à l'âge de 17 ans son frère Ptolémée XIII alors âgé de 10 ans.Rapidement, le conflit éclate entre les deux souverains et leurs factions. Ptolémée XIII répudie sa sœur et la chasse… Le 28 juillet 48, le jeune pharaon fait trancher la tête de Pompée vaincu débarquant à Péluse, qu'il apporte à César en espérant s'attirer ses bonnes grâces. Il n’aura que son mépris. Cléopâtre prend César pour amant et fait appel à l'armée romaine pour renverser son frère. Celui-ci se noie accidentellement dans le Nil en janvier 47, alors que la situation militaire de César est très difficile.

Buste de Cléopâtre VII. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Buste de Cléopâtre VII.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Selon la coutume, Cléopâtre épouse alors son autre frère, Ptolémée XIV avec l’assentiment de César qui lui confie le pouvoir en Egypte en remerciement de l'aide apportée lors de la victoire sur Pompée. Elle lui donne un fils, Césarion, qui régnera quelques semaines sur l'Egypte sous le nom de Ptolémée XV avant d’être assassiné sur ordre d’Octave. Cléopâtre part alors s'installer à proximité de Rome pour suivre son amant. L'assassinat de César, le 15 mars 44, ne perturbe pas longtemps sa carrière politique.

Elle rentre en Egypte auprès de son époux légitime. Les territoires romains sont placés sous la responsabilité d'Octave et d'Antoine qui ne tardent pas à s’entre déchirer. Antoine, qui hérite de l'Orient, s'installe à Alexandrie. Il ne résiste pas aux charmes de l’égyptienne éplorée qui lui manifeste un amour sans limite et répudie sa femme Octavie, la propre soeur d'Octave. Le nouveau couple donne naissance à trois enfants. Octave entre en guerre contre Antoine et Cléopâtre. La bataille navale d’Actium donne à Octave une victoire totale le 2 septembre 31, Cléopâtre ayant fait retirer du combat ses bateaux égyptiens. Vaincu, Antoine fuit et se suicide en apprenant le prétendu décès de sa maîtresse. Elle le rejoint peu de temps après en se faisant mordre par un aspic en août 30.

10.2.14. Ptolémée XIV Philopator II (47 à 44 avant J. C.)

Edfou : le temple dédié à Horus : le pylône. (Site Egypte antique)
Edfou : le temple dédié à Horus : le pylône. (Site Egypte antique)
Ptolémée XIV Philopator II, fils de Ptolémée XII et frère de Ptolémée XIII, épouse sa soeur Cléopâtre lorsque ce dernier meurt. César l'emmène avec lui en Italie où il meurt sans doute assassiné sur ordre de Cléopâtre.

10.2.15. Ptolémée XV Césarion

Ptolémée XV « Césarion ». Musée du Caire. (Histoire de l’Egypte ancienne)
Ptolémée XV « Césarion ». Musée du Caire.
(Histoire de l’Egypte ancienne)
Fils de Jules César et de Cléopâtre, il naît en 44. En 30, après la bataille d’Actium. Cléopâtre tente de lui éviter de tomber aux mains d’Octave en l’envoyant à Méroé. Octave le fait assassiner.

10.2.16. Les Ptolémées