Art - L’art gothique

1. Les principes architecturaux

Westhoffen, saint Martin : Saint Jean l’Evangéliste. Panneau du vitrail du chœur. 1302
Westhoffen, saint Martin : Saint Jean l’Evangéliste. Panneau du vitrail du chœur. 1302
Albi, cathédrale sainte Cécile. Voûte du portail
Albi, cathédrale sainte Cécile. Voûte du portail

1.1. Introduction

Bourges : la cathédrale Saint Etienne. Sculptures du portail
Bourges : la cathédrale Saint Etienne. Sculptures du portail
Paris, Notre Dame : vue générale côté sud
Paris, Notre Dame : vue générale côté sud

Le mot « Gothique » signifie littéralement « Provenant des Goths germaniques ». Ce mot estt créé par les humanistes italiens de la Renaissance pour désigner péjorativement cet art du Moyen Âge. En fait, les Goths n'ont pris aucune part à la création de cet art qui est typiquement Français. Il vaut mieux l'appeler « Art ogival » ou « Opus francigenum » (art français).

Reims : la cathédrale saint Rémy. Groupe de la visitation du portail central. « L’ange du sourire »
Reims : la cathédrale saint Rémy. Groupe de la visitation du portail central. « L’ange du sourire »
Chartres : cathédrale Notre Dame, vue générale
Chartres : cathédrale Notre Dame, vue générale

1.2. Principes d’architecture

Au cours du second âge Roman, la voûte est étendue à tout l'édifice, en sacrifiant l'espace et la lumière et en risquant souvent la catastrophe : car plus une voûte est large, plus elle exerce de fortes poussées sur les murs, risquant l’écroulement de l’édifice...

Structure et plan de l’église gothique
Structure et plan de l’église gothique

Dans le second quart du XIIè, les progrès techniques de la construction, l’utilisation systématique d’une pierre plus légère, le tuf et les avancées de la science de l'appareillage permettent à des architectes de la région parisienne, aidés par des expériences tentées peu auparavant en Angleterre (Durham) et en Bourgogne, de construire des églises plus grandes, plus hautes et plus éclairées.

Plan de la cathédrale de Chartres, vers 1195
Plan de la cathédrale de Chartres, vers 1195

Pour cela ils utilisent un type de voûte connu depuis l'Antiquité mais qui n'avait pas été utilisé que pour ses qualités décoratives ou pour sa robustesse sur de petites surfaces (Arménie, Géorgie, Italie du Nord, Cryptes du midi de la France). Cette voûte est une voûte d'arêtes dont les arêtes sont renforcées d'arceaux noyés dans la maçonnerie à la rencontre des quatre voûtains.

La structure gothique est basée sur le rôle essentiel du pilier qui reçoit les poussées principales des divers arcs : ogives, formerets, doubleaux
La structure gothique est basée sur le rôle essentiel du pilier qui reçoit les poussées principales des divers arcs : ogives, formerets, doubleaux

Cette voûte pend le nom de croisée d'ogives : elle est ainsi appelée car chaque quartier de la voûte semble être porté par des arcs diagonaux ou « ogives » qui dissimulent et renforcent leurs arêtes : en d'autres termes, les arcs ogivaux qui se croisent constituent un squelette indéformable, que l'on va encore renforcer par d'autres arcs…

Amiens, la cathédrale. Les voûtes à la croisée du transept
Amiens, la cathédrale. Les voûtes à la croisée du transept

Comment se présente ce squelette de pierre ? Il est constitué d'abord, en avant et en arrière, par des arcs doubleaux et, sur les cotés, par des arcs formerets engagés dans le mur ; et enfin par les deux arcs ogivaux se croisant en leur milieu dans la clef de voûte. Ce premier ensemble de nervures canalise les poussées de la voûte vers les points isolés qu'il est facile de renforcer : les colonnes - support. Voici une première différence fondamentale entre le roman et le gothique : dans l’art roman, l’élément porteur est le mur. Dans l’art ogival, l’élément porteur est la colonne.

Chartres : cathédrale Notre Dame, voûtes de la nef
Chartres : cathédrale Notre Dame, voûtes de la nef

On peut donc amincir sans danger les murs entre ces points de renfort et y percer de larges fenêtres. A l'extérieur du mur on applique contre les colonnes un deuxième point de renfort : d'abord simple contrefort, comme dans les églises romanes, il devient fin XIIè « arc boutant » à simple puis à double volée.

Collégiale Notre Dame de Mante la Jolie : élévation de la nef
Collégiale Notre Dame de Mante la Jolie : élévation de la nef

Telle est la voûte d'ogives la plus simple. Mais elle va se compliquer avec le temps :

Cathédrale d’Exeter : la nef centrale
Cathédrale d’Exeter : la nef centrale
Senlis, la cathédrale. Voûte de la nef
Senlis, la cathédrale. Voûte de la nef

Le décor sculpté possède aussi des caractéristiques totalement nouvelles. Ce style va dominer l'Europe pendant toute une partie du Moyen Âge, du milieu du XIIè au milieu du XVIè.

Beauvais : cathédrale saint Pierre : le chevet
Beauvais : cathédrale saint Pierre : le chevet

1.3. Evolution

1.3.1. Le gothique primitif : 1150-1200

Ce gothique « primitif » se retrouve particulièrement dans deux édifices : la basilique Saint Denis érigée par le grand abbé Suger (1135-1144) et la cathédrale de Sens. A Saint Denis, Suger innove en créant un audacieux double déambulatoire, révélateur de la liberté laissée par les croisées d'ogives, et une façade harmonique, apparue en Normandie (un rectangle divisée en trois parties, comportant chacune un portail, dont la plus large se trouve au centre. Les deux parties latérales sont surmontées de tours abritant les cloches et qui sont normalement symétriques. Ce type de façade permet un accès plus direct du fidèle à la cathédrale.) A Sens, (1130-1168) le choix architectural est moins audacieux : les murs restent épais, la voûte sexpartite commande l’alternance des supports, mais les innovations sont bel et bien présentes : l'absence de transept unifie l'espace et l'éclairage est abondamment fourni par les grandes baies des bas côtés.

Saint Denis : l’abbaye : la nef
Saint Denis : l’abbaye : la nef
Saint Denis : l’abbaye : le déambulatoire
Saint Denis : l’abbaye : le déambulatoire

Les apports de Sens sont transposés, avec de nombreuses adaptations à Senlis, à Notre-Dame de Noyon ou Saint Germer de Fly (1150-1220), où est inaugurée la formule de l'élévation à quatre niveaux (grands arcades, Tribunes, triforium, fenêtres hautes) qui connaîtra un grand succès pendant toute la seconde moitié du XIIe siècle. A partir de 1160 commence une course à la hauteur, avec Notre-Dame de Paris (élévation à trois niveaux) et Notre-Dame de Laon (élévation à quatre niveaux, 1150-1220).

Saint Denis : l’abbaye : le transept nord
Saint Denis : l’abbaye : le transept nord
Paris, saint Germain des Prés : la nef et le chœur
Paris, saint Germain des Prés : la nef et le chœur

Les autres grands édifices du gothique primitif sont Saint Pierre de Montmartre (1140), le choeur de Saint Germain des Prés (1163), la cathédrale de Soissons...

Paris, saint Germain des Prés : le chevet
Paris, saint Germain des Prés : le chevet

1.3.2. Les Grandes Cathédrales : 1200-1250

Paris, Notre Dame : élévation de la nef centrale
Paris, Notre Dame : élévation de la nef centrale

Puis on remplace les anciennes églises romanes par des édifices plus vastes en longueur, (Paris, 127m; Chartres, 130m; Reims, 138m; Amiens, 145m), et en hauteur (Paris, 34m; Chartres, 35m ; Reims, 38m ; Amiens, 44m ; Beauvais, 47m). C’est la période dite « des grandes cathédrales » dont Chartres et Bourges sont les modèles.

Reims : la cathédrale saint Rémy
Reims : la cathédrale saint Rémy
Amiens, la cathédrale. Façade occidentale
Amiens, la cathédrale. Façade occidentale
Paris, Notre Dame : Portail de la vierge
Paris, Notre Dame : Portail de la vierge

L'adoption de l'élévation à trois niveaux, soutenue par des arcs-boutants avec une recherche d'un ajourement maximal faite à Chartres, devient désormais la règle pour tous les autres grand édifices que sont Paris, Reims, Amiens, Beauvais...

Beauvais : cathédrale saint Pierre : les voûtes culminent à 48 mètres de hauteur
Beauvais : cathédrale saint Pierre : les voûtes culminent à 48 mètres de hauteur
Beauvais : cathédrale saint Pierre : le chœur
Beauvais : cathédrale saint Pierre : le chœur
Reims : la cathédrale saint Remy. Sculptures du massif occidental intérieur
Reims : la cathédrale saint Remy. Sculptures du massif occidental intérieur
Amiens, la cathédrale. Représentation de la façade occidentale
Amiens, la cathédrale. Représentation de la façade occidentale

Quant à la sculpture, elle devient florale et froide, se perdant dans les hauteurs, sur les chapiteaux. On perd ainsi l'infinie variété des sculptures sur chapiteaux de l'art roman. A l'intérieur, les sculptures deviennent plus rares (revers de la façade de Reims, ou mur bas formant la clôture du choeur), mais cette rareté est compensée par la richesse des sculptures aux portails. Le portail gothique prend sa forme définitive à la cathédrale de Senlis vers 1185. Les statues ornent voussures, piedroits, archivolte, trumeaux... Elles évoquent les vérités éternelles et expriment la vie. Cette sculpture atteint son plein épanouissement aux portails des croisillons de Chartres (1205-1240), à la porte de la Vierge de Notre Dame de Paris (1210-1220), aux façades d'Amiens (1125-1236), Bourges, Reims. La façade de la cathédrale est une vraie « Encyclopédie en images » qui exprime la Rédemption, le jugement dernier, le Règne de Dieu et l'Histoire des Hommes. Elle est un miroir des croyances du temps et des connaissances du Moyen Âge gothique.

Senlis, la cathédrale. Vue générale
Senlis, la cathédrale. Vue générale
Chartres: cathédrale Notre Dame : portail central du transept nord, les piédroits.1194-1220
Chartres: cathédrale Notre Dame : portail central du transept nord, les piédroits.1194-1220
Bourges : la cathédrale Saint Etienne. La façade occidentale
Bourges : la cathédrale Saint Etienne. La façade occidentale

A coté de la statuaire et comme elle, la sculpture ornementale s'inspire de la nature et imite les plantes des prés et des bois.

Reims : la cathédrale saint Rémy. Le portail de la façade occidentale
Reims : la cathédrale saint Rémy. Le portail de la façade occidentale
Chartres: cathédrale Notre Dame : le Portail royal
Chartres: cathédrale Notre Dame : le Portail royal

1.3.3. Le Gothique rayonnant : 1250-1350

Cathédrale saint Etienne de Metz. Vue générale
Cathédrale saint Etienne de Metz. Vue générale
Cathédrale saint Etienne de Metz. Voûte de la croisée
Cathédrale saint Etienne de Metz. Voûte de la croisée
Cathédrale saint Etienne de Metz. Choeur et déambulatoire
Cathédrale saint Etienne de Metz. Choeur et déambulatoire

C'est l'époque « classique » de l'art gothique, même si le terme « rayonnant » est relativement impropre. Ce style se retrouve dans tous les grands chantiers en cours, et est très significatif dans les constructions nouvelles comme Sées, Metz et Strasbourg : Les constructeurs des grandes cathédrales tendent à donner plus de largeur aux vaisseaux et aux baies. La sculpture se complique (chapiteaux à bouquet de feuillage), les piliers se découpent en minces colonnettes (piliers fasciculés), les remplages sont complexifient, la verticalité s’accroît et avec elle l'édification de « murs de verre » où triomphe l’art du vitrail. La rose surtout devient un élément incontournable du décor.

Sées : façade de la cathédrale
Sées : façade de la cathédrale
Sées : la nef
Sées : la nef
Sées : élévation de la nef
Sées : élévation de la nef

L'origine du gothique rayonnant peut être située à Paris. Là aussi, la basilique de Saint Denis fait figure de précurseur dans la réfection des parties hautes du choeur. On introduit notamment un triforium à claire-voie. La constitution de murs de verre prend toute son ampleur avec la Sainte Chapelle. Amiens, Reims, Beauvais tiennent compte de ces nouvelles données et modifient leurs plans…

Strasbourg, cathédrale : façade
Strasbourg, cathédrale : façade
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut
Strasbourg, cathédrale : façade occidentale vue de haut
Strasbourg, cathédrale : la face arrière du massif occidental et le flanc sud de l’édifice
Strasbourg, cathédrale : la face arrière du massif occidental et le flanc sud de l’édifice

1.3.4. Le Gothique flamboyant : 1350-1550

Paris : saint Séverin : la nef flamboyante
Paris : saint Séverin : la nef flamboyante
Beauvais, église saint Etienne : le chevet flamboyant, 1506-1556
Beauvais, église saint Etienne : le chevet flamboyant, 1506-1556

Après une longue période pauvre en innovations (la guerre de cent ans n’y est sans doute pas étrangère), un « souffle nouveau » apparaît à partir des années 1420. S’il n’affecte pas la structure des bâtiments, il touche principalement le décore qui « flamboie », devient beaucoup plus riche et compliqué : ogives et voûtes sont accompagnées de nervures multiples ; du centre des croisées partent des clefs pendantes qui rappellent les stalactites de l'art arabe. Le chapiteau est supprimé pour accentuer l'impression d'élancement des vaisseaux.

Bordeaux : la cathédrale saint André. Portail flamboyant
Bordeaux : la cathédrale saint André. Portail flamboyant
Cathédrale saint Etienne de Limoges : 1273-1888. Portail Saint-Jean de la façade nord du transept, de style flamboyant (1515 à 1530)
Cathédrale saint Etienne de Limoges : 1273-1888. Portail Saint-Jean de la façade nord du transept, de style flamboyant (1515 à 1530)
Eglise Notre dame de Louviers : le porche flamboyant
Eglise Notre dame de Louviers : le porche flamboyant

La richesse du décor extérieur est exubérante. Les statues sont abritées dans des niches surmontées de dais ; gâbles, galeries, balustrades, gargouilles, clochetons, fleurons, pinacles dessinent sur le ciel des dentelles de pierre que les clochers dominent de leur masse élancée : ainsi saint Maclou de Rouen, saint Germain l’Auxerrois et saint Etienne du mont à Paris, nef de Hautecombe, clocher de la cathédrale de Bordeaux, portail saint Laurent de Strasbourg, collégiale saint Vulfran d’Abbeville, église de Brou, saint Ouen de Rouen, saint Urbain de Troyes…

Rouen : saint Maclou. Tour de croisée, détail
Rouen : saint Maclou. Tour de croisée, détail
Rouen : saint Ouen. Vue du chevet
Rouen : saint Ouen. Vue du chevet

2. Histoire, culture et évolution de l’art gothique

2.1. Histoire

Bossanovas : l’abbatiale
Bossanovas : l’abbatiale
François d’Assise. Grotte du Sacro Speco de Subiaco
François d’Assise. Grotte du Sacro Speco de Subiaco

La toute puissante papauté (Innocent II, 1198-1216) s'épuise à la mort de Boniface VIII (1294-1303) jusqu'au Grand Schisme de 1348. Mais l'Église bénéficie de l'élan spirituel des grands ordres nouveaux : Franciscains (François d’Assise, 1182-1226), Dominicains (Dominique 1170-1221), Carmes, Hospitaliers, Templiers... Au XIVè apparaissent l'athéisme politique et la primauté des intérêts nationaux.

Bonaventura Berlinghieri : saint François d’Assise. Eglise de Pescia
Bonaventura Berlinghieri : saint François d’Assise. Eglise de Pescia

La bourgeoisie se développe avec l'éveil des villes et le mouvement communal. D'Italie, ce mouvement gagne France, Flandres, Allemagne, Angleterre. Commerce, artisanat et banques se développent (banquiers lombards, florentins, flandrins) et l'on s'aventure jusqu'en Orient (Marco Polo, 1271-1295). La chevalerie perd à la fin des croisades le souffle épique et la puissance qu'elle avait au XIIIè.

Trondheim, cathédrale, la façade occidentale
Trondheim, cathédrale, la façade occidentale
Cathédrale de Canterbury : massif occidental
Cathédrale de Canterbury : massif occidental

Clercs et législateurs prennent de plus en plus d'importance avec le développement de l'administration et de la richesse. Le droit romain revient au goût du jour, et avec lui toute l'Antiquité romaine. Un droit cohérent et non religieux apparaît (François Accurse, 1182-1260) et les juristes ont le culte d'un état centralisé et d'un seul roi législateur (Flote, Nogaret). Fort de ce droit, Nogaret ira jusqu'à contester la suprématie papale (Attentat d'Anagni en 1303).

Philippe IV le Bel fait emprisonner le Pape Boniface VIII à Anagni (1294 - 1304)
Philippe IV le Bel fait emprisonner le Pape Boniface VIII à Anagni (1294 - 1304)
Philippe II de France et Richard Cœur de Lion se croisant
Philippe II de France et Richard Cœur de Lion se croisant

2.2. Culture

Jean Pucelle : page des « Très riches heures du Duc de Berry ». (1380-1420)
Jean Pucelle : page des « Très riches heures du Duc de Berry ». (1380-1420)
Troyes, basilique saint Urbain. Vitrail de saint Zacharie
Troyes, basilique saint Urbain. Vitrail de saint Zacharie

Le besoin d'instruction naît. Papier et écoles publiques apparaissent. Les universités (Bologne, Paris 1120, Padoue 1122, Naples 1124) se multiplient au XIIIè et remplacent l'influence des abbayes. La puissante université de Paris ose s'opposer au pape (1254) et attire tous les grands esprits de l'Europe (Bonaventure, 1221-1274 ; Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Roger Bacon, Duns Scot). Dès 1270 l'université d'Oxford rivalise avec Paris (Guillaume d'Occam) et élabore les principes de la connaissance scientifique, alors qu'en Rhénanie naît un mouvement mystique (Gertrude, Maître Eckart, Suso, Tauler, Ruysbroek) contemporain des Fioretti d’Assise.

Rouen : saint Ouen. La nef
Rouen : saint Ouen. La nef
Paris, Notre Dame : saint Denis portant sa tête
Paris, Notre Dame : saint Denis portant sa tête

Comme dans l'art, la pensée française joue un rôle prépondérant jusqu'au XIVè. Poètes et musiciens apportent à l'Europe le culte de la femme et de la Vierge, l'amour courtois, l'idéalisme chevaleresque, qu'ils soient trouvères d'Oïl (Adam de la Halle, Thibaud de Champagne, Gaultier d'Epinal) ou troubadours d'Oc (Bernard de Ventadour, Marcabru). Les Minnesänger allemands (Reinmar, Vogelweide, Dietmar von Aist…) s'en inspireront et l'iconographie tant religieuse que profane s'en enrichira. Au XIVè, l'influence italienne succède à la française : la « Divine Comédie » de Dante est le symbole de ce transfert (1312-1317).

Cathédrale Notre Dame de Coutances. La croisée du transept et la nef
Cathédrale Notre Dame de Coutances. La croisée du transept et la nef
Chartres: cathédrale Notre Dame : vitrail du transept nord : mort et glorification de la Vierge. La rose
Chartres: cathédrale Notre Dame : vitrail du transept nord : mort et glorification de la Vierge. La rose

2.3. Evolution

L'art gothique évolue au cours des quatre siècles :

Sens : la cathédrale. Façade occidentale
Sens : la cathédrale. Façade occidentale
Paris : saint Germain l’Auxerrois : le porche
Paris : saint Germain l’Auxerrois : le porche
Dijon : la cathédrale sainte Bénigne : nef centrale
Dijon : la cathédrale sainte Bénigne : nef centrale
La cathédrale Notre Dame de Clermont Ferrant. Vue sur les tours du transept nord
La cathédrale Notre Dame de Clermont Ferrant. Vue sur les tours du transept nord
Ulm, le dôme. Façade occidentale
Ulm, le dôme. Façade occidentale
Cologne, le Dôme. Chevet et transept
Cologne, le Dôme. Chevet et transept
Torun, l’église saint Jean
Torun, l’église saint Jean
Villard de Honnecourt. Dessins et commentaires d’architecture gothique. Extrait des « Cahiers »
Villard de Honnecourt. Dessins et commentaires d’architecture gothique. Extrait des « Cahiers »

3. L’art gothique en France

3.1. Le rôle de la France

3.1.1. Histoire

3.1.2. Culture

Extrait du « Roman de Renart ». Début XIVè. Paris, BNF, département des Manuscrits Français 12584, fol. 2
Extrait du « Roman de Renart ». Début XIVè. Paris, BNF, département des Manuscrits Français 12584, fol. 2

L'art et l'iconographie gothique subissent l'influence de la littérature française : roman courtois (Chrétien de Troyes 1195 et Marie de France, Poèmes de la Table Ronde, Roman de la Rose), lyrisme (Adam de la Halle, Colin Muset), verve populaire (Roman de Renart), théâtre religieux (Jeu d'Adam, Jeu de Saint Nicolas), mystères populaires...

Premier sceau de majesté de Philippe II Auguste, roi de France (1180-1223)
Premier sceau de majesté de Philippe II Auguste, roi de France (1180-1223)
Maître de Rohan et son atelier : « Grandes Heures de Rohan », 1430 Paris, Bibliothèque Nationale, Département des manuscrits, Latin 94718 fol. 14v
Maître de Rohan et son atelier : « Grandes Heures de Rohan », 1430 Paris, Bibliothèque Nationale, Département des manuscrits, Latin 94718 fol. 14v

L'Histoire naît et se développe avec le sentiment national (Les Grandes Chroniques de France). Les premiers grands « historiens » se nomment Villehardouin (1150-1213), Joinville (1224-1317), Froissard (1337-1410).

Chrétien de Troyes : Lancelot. Page du manuscrit du « Chevalier à la charrette »
Chrétien de Troyes : Lancelot. Page du manuscrit du « Chevalier à la charrette »

La musique connaît un grand développement de la polyphonie, avec l'école de Notre Dame (Léonin, Pérotin le Grand). Les théories de l'Ars Nova sont diffusées en Europe par le grand Guillaume de Machaut (1300-1377).

Froissart présente sont œuvre à Charles V
Froissart présente sont œuvre à Charles V
Villard de Honnecourt (actif entre 1225 et 1250 en Picardie). Lion. Dessin sur parchemin. 24 x 16cm. Paris, BN
Villard de Honnecourt (actif entre 1225 et 1250 en Picardie). Lion. Dessin sur parchemin. 24 x 16cm. Paris, BN

3.2. Architecture religieuse

3.2.1. Le Xllè siècle

Abbaye fondée au IXè siècle par des religieuses bénédictines, l’église de Morienval, dans l’Oise, a été construite vers le milieu du XIè siècle. Le « pseudo déambulatoire » est couvert de quatre voûtes d’ogives très archaïques. Elles ne sont pas encore gothiques, mais romanes et ont été employées uniquement pour renforcer la construction du choeur menacé par la déclivité du terrain
Abbaye fondée au IXè siècle par des religieuses bénédictines, l'église de Morienval, dans l'Oise, a été construite vers le milieu du XIè siècle. Le « pseudo déambulatoire » est couvert de quatre voûtes d'ogives très archaïques. Elles ne sont pas encore gothiques, mais romanes et ont été employées uniquement pour renforcer la construction du choeur menacé par la déclivité du terrain

3.2.1.1. 100-1140

La première moitié du Xllè voit l'apparition de la croisée d'ogives, connue avant le XIIè. Les premiers essais se font à Saint Martin des Champs, d'aspect roman caractéristique, à la collégiale de Poissy, au chœur de Saint Pierre de Montmartre, tous ces trois édifices situés à Paris.

Paris, saint Martin des Champs
Paris, saint Martin des Champs
Paris, saint Pierre de Montmartre : le chevet
Paris, saint Pierre de Montmartre : le chevet
Paris, saint Pierre de Montmartre : la nef
Paris, saint Pierre de Montmartre : la nef

En province, ce sont Bellefontaine, l'église Saint Etienne de Beauvais et la chapelle de l'évêché de Laon. Puis sont édifiés les deux grandes églises de l'époque : l'église Saint Denis (1144 par Suger) et la cathédrale de Sens (1140), première grande cathédrale gothique qui influence la cathédrale de Canterbury (1184 par Guillaume de Sens), et forme le modèle de base de tous les édifices classiques ultérieurs.

 Beauvais, église saint Etienne : vue générale de l’extérieur roman. La construction à Beauvais d’une église communale dédiée à Saint Etienne date de la fin du Xe siècle. La construction de l’église romane date de 1120. Nef et façade sont achevées au XIIIe siècle. La nef est un exemple de transition entre le roman et le gothique. Le roman est présent dans les arcs en plein cintre des tribunes aveugles des fenêtres hautes. Le gothique fait son apparition dans les croisées d’ogives qui soutiennent les voûtes quadripartites
Beauvais, église saint Etienne : vue générale de l’extérieur roman. La construction à Beauvais d'une église communale dédiée à Saint Etienne date de la fin du Xe siècle. La construction de l'église romane date de 1120. Nef et façade sont achevées au XIIIe siècle. La nef est un exemple de transition entre le roman et le gothique. Le roman est présent dans les arcs en plein cintre des tribunes aveugles des fenêtres hautes. Le gothique fait son apparition dans les croisées d'ogives qui soutiennent les voûtes quadripartites
 Beauvais, église saint Etienne : les bas côtés de la nef et du choeur. Les arcs doubleaux des bas-côtés sont particulièrement épais, ce qui témoigne d’une maîtrise encore imparfaite de la croisée d’ogive
Beauvais, église saint Etienne : les bas côtés de la nef et du choeur. Les arcs doubleaux des bas-côtés sont particulièrement épais, ce qui témoigne d'une maîtrise encore imparfaite de la croisée d'ogive
 Laon : chapelle gothique de l’ancien évêché, aujourd’hui palais de justice. Carte postale de la fin du XIXè
Laon : chapelle gothique de l’ancien évêché, aujourd’hui palais de justice. Carte postale de la fin du XIXè
Saint Denis : l’abbaye : cette partie de l’abbatiale est formée des premières voûtes du gothique, réalisées sous l’impulsion de l’Abbé Suger
Saint Denis : l’abbaye : cette partie de l’abbatiale est formée des premières voûtes du gothique, réalisées sous l’impulsion de l’Abbé Suger
Saint Denis : l’abbaye : le déambulatoire
Saint Denis : l’abbaye : le déambulatoire
Saint Denis : l’abbaye : la voûte de la nef
Saint Denis : l’abbaye : la voûte de la nef
Saint Denis : l’abbaye : le déambulatoire
Saint Denis : l’abbaye : le déambulatoire
Sens : la cathédrale. Collatéral sud
Sens : la cathédrale. Collatéral sud
Sens : la cathédrale
Sens : la cathédrale
Sens : la cathédrale. La nef
Sens : la cathédrale. La nef

3.2.1.2. 1140-1155

Peu à peu l'on s'achemine vers le gothique pur en prenant pour modèle les édifices de l'art anglo-normand (via Saint Denis) dont les caractéristiques sont : façade encadrée de tours, tribunes sur les bas-côtés, alternance des supports (colonnes rondes - piles composées), galerie de circulation à la hauteur des fenêtres, croisée d'ogives quadripartite ou sexpartite : ainsi se présentent la cathédrale d'Evreux, l'abbaye des Hommes de Caen (saint Etienne), l'abbaye des Dames de Caen.

Cathédrale d’Evreux : La façade
Cathédrale d’Evreux : La façade
Cathédrale d’Evreux : le chevet
Cathédrale d’Evreux : le chevet
Cathédrale d’Evreux : la croisée
Cathédrale d’Evreux : la croisée
Cathédrale d’Evreux : le chœur et le déambulatoire
Cathédrale d’Evreux : le chœur et le déambulatoire
Caen, l’abbaye aux Dames, ou « la Trinité », fondée par la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant vers 1060
Caen, l’abbaye aux Dames, ou « la Trinité », fondée par la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant vers 1060
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. Vue générale
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. Vue générale
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. La nef
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. La nef
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. La nef
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. La nef
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. La croisée
Caen, l’abbaye aux Hommes ou Saint Etienne. La croisée

3.2.1.3. Les premières grandes cathédrales : 1155-1200

Paris, Notre Dame : façade occidentale
Paris, Notre Dame : façade occidentale

Les premiers grands édifices naissent dans la deuxième moitié du XIIè : Noyon (1155), Laon (1155-1160), Soissons (1180) et Notre Dame de Paris (1163 par Maurice de Sully puis Pierre de Chelles et Jean Ravy). La cathédrale de Paris influença les églises de Mantes, St Germer de Fly (Noyon), Arcueil, Saint Leu d'Esserent, Moret, Bourges, Le Mans.

Noyon, cathédrale Notre Dame : la façade occidentale
Noyon, cathédrale Notre Dame : la façade occidentale
Noyon, cathédrale Notre Dame : élévation de la nef
Noyon, cathédrale Notre Dame : élévation de la nef
Abbaye de Saint Germer de Fly. L’abbatiale
Abbaye de Saint Germer de Fly. L’abbatiale
Abbatiale saint Leu d’Esserent. Vue générale
Abbatiale saint Leu d’Esserent. Vue générale
Moret sur Loing : église Notre Dame, XIIè
Moret sur Loing : église Notre Dame, XIIè
Bourges : la cathédrale Saint Etienne. Vue générale
Bourges : la cathédrale Saint Etienne. Vue générale
Le Mans : cathédrale saint Julien
Le Mans : cathédrale saint Julien

Ces cathédrales possèdent une voûte sexpartite et des tribunes sur les bas-côtés, avec une élévation à 4 étages (arcades, tribunes, triforium ou petites arcades situées sous les fenêtres hautes, fenêtres hautes). Laon et Soissons ont des croisillons arrondis. Paris renonce à l'alternance des supports dans la nef pour de grosses colonnes monocylindriques et- une élévation à trois étages.

Laon : la cathédrale Notre Dame (1150-1180). Vue générale
Laon : la cathédrale Notre Dame (1150-1180). Vue générale
Soissons : cathédrale saints Gervais et Protais. Vue générale
Soissons : cathédrale saints Gervais et Protais. Vue générale
Soissons : cathédrale saints Gervais et Protais. Façade occidentale
Soissons : cathédrale saints Gervais et Protais. Façade occidentale
Soissons : cathédrale saints Gervais et Protais. La nef
Soissons : cathédrale saints Gervais et Protais. La nef
Noyon, cathédrale Notre Dame : vue sur le chœur depuis la nef
Noyon, cathédrale Notre Dame : vue sur le chœur depuis la nef
Paris, Notre Dame : voûte de la nef centrale
Paris, Notre Dame : voûte de la nef centrale

On assiste aussi au développement de certaines particularités régionales :

Collégiale Notre Dame de Mante la Jolie : élévation de la nef
Collégiale Notre Dame de Mante la Jolie : élévation de la nef
Collégiale Notre Dame de Mante la Jolie : vue sur le chœur
Collégiale Notre Dame de Mante la Jolie : vue sur le chœur
Bourges : la cathédrale. Elévation de la nef centrale
Bourges : la cathédrale. Elévation de la nef centrale
Bourges : la cathédrale. Le chœur
Bourges : la cathédrale. Le chœur
Le Mans : cathédrale saint Julien. La nef. Elévation
Le Mans : cathédrale saint Julien. La nef. Elévation

Vezelay, basilique saint Madeleine. Le chœur
Vezelay, basilique saint Madeleine. Le chœur
Vezelay, basilique saint Madeleine. Le chœur
Vezelay, basilique saint Madeleine. Le chœur
Noirlac : l’abbatiale vue du cloître
Noirlac : l’abbatiale vue du cloître
Pontigny : l’église abbatiale
Pontigny : l’église abbatiale
Noirlac : la nef de l’abbatiale
Noirlac : la nef de l’abbatiale
Vestiges de l’abbaye de Cîteaux
Vestiges de l’abbaye de Cîteaux
Pontigny : l’église abbatiale. Nef centrale
Pontigny : l’église abbatiale. Nef centrale
Abbatiale saint Leu d’Esserent. La nef
Abbatiale saint Leu d’Esserent. La nef

3.2.2. Le XIIIè et le XIVé

Il y a deux grandes périodes: celle des grandes cathédrales (1200-1250) et, à partir de 1250, celle de l'art « rayonnant ».

3.2.2.1. Caractères généraux

La cathédrale Notre Dame de Clermont Ferrant. Les vitraux du chœur
La cathédrale Notre Dame de Clermont Ferrant. Les vitraux du chœur
Narbonne : la cathédrale saint Just
Narbonne : la cathédrale saint Just
Orléans : nef de la cathédrale
Orléans : nef de la cathédrale
Le Mans : cathédrale saint Julien. La nef. Vue vers le chœur
Le Mans : cathédrale saint Julien. La nef. Vue vers le chœur
Troyes, basilique saint Urbain
Troyes, basilique saint Urbain
Bourges : la cathédrale. Vue du chevet
Bourges : la cathédrale. Vue du chevet

3.2.2.2. Les grandes cathédrales : 1200-1350

3.2.2.2.1. Chartres

Consacrée le 17 octobre 1260 après deux incendies. Le chevet est bâti sur l'ancienne crypte de 1194. Les voûtes sont terminées en 1220, les portails en 1240 et le porche en 1250. Chartres influence le choeur de la cathédrale de Soissons.

Chartres : cathédrale Notre Dame, le choeur
Chartres : cathédrale Notre Dame, le choeur
Chartres : cathédrale Notre Dame, voûtes de la nef
Chartres : cathédrale Notre Dame, voûtes de la nef

Grandes dates de l’histoire de la cathédrale :

Chartres : cathédrale Notre Dame, déambulatoire
Chartres : cathédrale Notre Dame, déambulatoire
Chartres: cathédrale Notre Dame : verrière de saints. 1576
Chartres: cathédrale Notre Dame : verrière de saints. 1576
Chartres: cathédrale Notre Dame : Tympan de la vierge au portail sud
Chartres: cathédrale Notre Dame : Tympan de la vierge au portail sud
3.2.2.2.2. Reims

La cathédrale saint Rémy, commencée en 1210, en remplace deux antérieures, la mérovingienne et la carolingienne. Elle réunit les caractéristiques de l'art gothique classique du XIIIè. Architectes : Jean d'Orbais, Jean le Loup, Gaucher, Bernard de Soissons. Elle est achevée en 1250.

Reims : la cathédrale saint Remy. Elévation de la nef
Reims : la cathédrale saint Remy. Elévation de la nef
Reims : la cathédrale saint Remy. La nef
Reims : la cathédrale saint Remy. La nef

Dates :

Reims : la cathédrale saint Remy. Collatéral
Reims : la cathédrale saint Remy. Collatéral
Reims : la cathédrale saint Rémy. Groupe de la visitation du portail central
Reims : la cathédrale saint Rémy. Groupe de la visitation du portail central

Chiffres :