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Auschwitz, camp de concentration nazi

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7.2. Les condamnés

La Judenrampe
Les gazages au Stammlager par Rudlf Höss
Les gazages à Birkenau
L’incinération
La récupération
J’étais membre du Sonderkommando
Le témoignage de Rudolf Höss
« Anus mundi »

7.2.1. La Judenrampe

7.2.1.1. Arrivée à Birkenau par Nadine Heftler

« La première impression est de se trouver transportée sur une autre planète, tant le spectacle parait irréel: une immense plaine en terre boueuse. Quelques petites « huttes » basses en pierres et une multitude de femmes revêtues de sortes de sacs en gros jute serré à la taille par une ficelle et un fichu sur la tête, courant en tous sens. »

« Dès que les portes du train s'ouvrent, on entend des cris « Alles Raus ! » (Tout le monde dehors !) et avec beaucoup de sauvagerie et de précipitation on intime l'ordre de sauter en bas du train : les chiens de SS courent, aboient et mordent au besoin : les bagages sont jetés pêle-mêle sur la rampe du chemin de fer. On sent que l'on bascule subitement dans un monde totalement « fou » et inconnu... »

« Une haute cheminée crache en plein jour des flammes oranges... »

« Aussitôt on sépare les hommes des femmes et des enfants et commence la plus terrible des « sélections » faite par un « médecin » SS : seuls auront droit d'entrer dans le camp les adultes en bonne santé apparente âgés d'environ 18 à 35 ans... les autres, c'est-à-dire les nourrissons, les enfants, les adolescents, les gens âgés de plus de 35 à 40 ans maximum, les malades, les infirmes, les vieillards, les femmes accompagnées d'enfants et les personnes portant des lunettes sont destinés à être immédiatement exterminés et sont dirigés, en camion, vers les chambres à gaz. »

« Ceux qui ont « la chance » de rentrer dans le camp s'en vont en rang par cinq, au pas militaire, vers le « sauna » (bâtiment des douches) ou après avoir définitivement abandonné tous leurs vêtements et leurs objets personnels, ils sont gratifiés d'une douche (quelques gouttes d'eau sans savon ni serviette).

Puis on leur rase la tête et enfin on procède au tatouage sur l'avant-bras gauche d'un numéro-matricule qui leur tiendra lieu désormais de nom et de prénom. »

Nadine Heftler : Mon arrivée à Birkenau, « Après Auschwitz » n° 252 (juin 1994)
Amicale des déportés d'Auschwitz et des camps de Haute-Silésie 1994

7.2.1.2. Arrivée et sélection par Walter S

« C'était Auschwitz. C'était incroyable comment ils avaient organisé le tri des gens. Il y avait toujours ces beuglements, les Allemands avec leurs armes. On nous a demandé de laisser tout ce que nous possédions à l'intérieur. On le récupérerait plus tard. Nous sommes sortis des wagons de marchandises. En quelques minutes, pas plus, ils avaient séparé un millier de personnes - les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. C'est bien connu : un côté signifiait la mort, l'autre côté irait peut-être dans le camp d'Hitler. Mais on ne savait pas. On ne savait vraiment pas... »

« Ils ont sélectionné trois cents hommes, et nous avons été chargés dans des camions. Comment ils faisaient, ils retenaient ceux qui n'étaient pas trop vieux, mais pas les enfants, ceux qui étaient forts. Nous avons été emmenés à Auschwitz III, Buna. On y construisait un grand complexe chimique où ils voulaient fabriquer du caoutchouc synthétique, l'usine I.G.Farben. » 

« Aussitôt (nous avons été) conduits dans une salle où on nous a enlevé tous nos vêtements civils. On nous a rasé les cheveux, tous les poils du corps. Ça allait si vite, tout, le travail était fait par d'autres prisonniers. Vous voyez, les gardiens attendaient, le sale boulot était fait par des camarades prisonniers. Nous étions nus, nous avons pris une douche, puis j'ai eu mon numéro tatoué, c'est le 11 7022. C'était supposé être mon nom. Je n'avais plus de nom. Voilà. »

Walter S., né en 1924 à Steinbach, Allemagne
Tombé malade à Auschwitz, il est secouru par un ami infirmier. Transféré à Buchenwald, puis à Altenburg, il est sauvé par une gardienne contre la promesse de témoigner pour elle en 1945.

7.2.1.3. La nuit par Elie Wiesel

Le témoignage d'Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, apporte une illustration exceptionnelle à l'étude sur Auschwitz. Il a quinze ans quand il est déporté à Birkenau, au printemps 1944. Sa mère et sa sœur sont conduites dès leur arrivée, à la chambre à gaz. Son père et lui sont « sélectionnés » pour travailler à l'usine Buna. Devant l'avance de l'armée Rouge, ils seront évacués à Buchenwald, où son père meurt de dysenterie le 28 janvier 1945. Wiesel a évoqué sobrement son calvaire de jeune garçon déporté dans un livre préfacé par François Mauriac, « La Nuit », (Paris, Éditions de Minuit, 1958 - les citations sont extraites de l'édition de 1988).

Dans son livre témoignage, Elie Wiesel évoque la solidarité des déportés, mais aussi la sauvagerie des SS et la déshumanisation provoquée par la déportation. Elie Wiesel relate ici comment lors de son arrivée sur la rampe de Birkenau, un déporté anonyme chargé d'accueillir les nouveaux arrivants leur sauva la vie, à son père et à lui :

« Ma main se crispait au bras de mon père. Une seule pensée: ne pas le perdre. Ne pas rester seul. Les officiers SS nous ordonnèrent:

- En rangs par cinq.
Un tumulte. Il fallait absolument rester ensemble.
- Hé, le gosse, quel âge as-tu ?
C'était un détenu qui m'interrogeait. Je ne voyais pas son visage, mais sa voix était lasse et chaude.
- Pas encore quinze ans.
- Non. Dix-huit.
- Mais non, repris-je. Quinze.
- Espèce d'idiot. Écoute ce que moi je te dis.
Puis il interrogea mon père qui répondit:
- Cinquante ans.
Plus furieux encore, l'autre reprit:
- Non, pas cinquante ans. Quarante. Vous entendez ? Dix-huit et quarante.
Il disparut avec les ombres de la nuit.

Ce double mensonge devait permettre au père et au fils, lors de la sélection effectuée par les SS, d'être classés parmi les travailleurs et d'échapper ainsi à la mort immédiate. »

Elie Wiesel, « La Nuit », Paris, Éditions de Minuit, 1958

7.2.1.4. Sélection sur la rampe par le S.S. Pery Broad

« Sur une contre-voie de la gare de triage se tient un long train de wagons de marchandises. Les portes coulissantes sont fermées avec des fils de fer plombés. Un détachement de service a pris position autour du train et de la rampe. Les S.S. de la direction du camp de détention font descendre tout le monde du train. Un désordre confus règne sur la rampe. On commence par séparer les maris de leurs femmes. Des scènes d'adieu déchirantes ont lieu. Les époux se séparent, les mères font un dernier signe à leur fils. Les deux colonnes en cinq files avancent à plusieurs mètres l'une de l'autre sur la rampe. Celles qui, en proie à la douleur de l'adieu, essaient de se précipiter pour donner encore une fois la main ou dire quelques paroles de consolation à l'homme aimé sont rejetées par les coups des SS.

Puis le médecin S.S. commence à sélectionner ceux qui lui paraissent aptes au travail. Les femmes en charge de petits enfants sont en principe inaptes, ainsi que tous les hommes d'apparence maladive ou délicate. On place à l'arrière des camions des escabeaux, et les gens que le médecin S.S. a classés comme inaptes au travail doivent y monter. Les S.S. du détachement d'accueil les comptent un à un. »

Témoignage du S.S. Pery Broad, Gestapo du camp d'Auschwitz.
cité par E. Kogon, H. Langbein et A.Rückerl, « Les Chambres à gaz, secret d'État », Éditions de Minuit, Paris, 1984.

7.2.1.5. Sur la rampe, par Robert Waitz

« Peu à peu, les déportés avancent vers l'extrémité du quai. Deux S.S. sont au milieu de celui-ci ; l'un est officier médecin. Les déportés défilent devant lui. Avec le pouce ou avec une badine, l'officier dirige les détenus, soit à droite, soit à gauche. Ainsi se constituent deux files qui vont s'amasser aux deux extrémités du quai. La file de gauche comporte des hommes de 20 à 45 ans, dont l'aspect extérieur est relativement robuste. Les limites d'âge sont élastiques, parfois elles s'étendent de 16 ou 18 à 50 ans. L'aspect et l'allure du détenu, le fait qu'il soit plus ou moins bien rasé interviennent dans ce choix. Dans cette file sont envoyées également quelques jeunes femmes.

La file de droite comporte les hommes plus âgés ; les vieillards, la plupart des femmes, les enfants et les malades. Les familles essayent de se regrouper. Parfois l'officier S.S. sort alors du groupe familial les éléments valides jeunes ; plus rarement ceux-ci sont laissés avec leur famille dans la colonne de droite.

Dans la file de gauche, les femmes sont dirigées à pied vers le camp voisin, les hommes partent dans des camions et des remorques, entassés les uns sur les autres. Les détenus de la file de droite sont chargés sur des camions.

Dans mon convoi, sur 1 200 déportés, une proportion très grande d'hommes est retenue (environ 330) ainsi que quelques femmes. Ce chiffre est exceptionnel. Il est rare que plus de 150 à 200 hommes soient retenus par convoi... »

Témoignage du professeur Robert Waitz, déporté au camp d'Auschwitz.
« Témoignages strasbourgeois, De l'Université aux Camps de Concentration » Paris, 1947

7.2.1.6. Pas de gosse dans les bras par Denise Holstein

« La troisième nuit, arrêt brutal. Les portes sont violemment ouvertes et les enfants qui s'étaient, enfin, pour la plupart, endormis, sont réveillés par des hurlements : « Raus ! Schnell ! » (« Dehors ! Vite ! ») II faut les habiller, récupérer un peu partout les affaires des uns et des autres. Ils sont terrorisés, tirés dehors par des hommes en costumes rayés de bagnards qui ne parlent pas français et qui ne laissent personne emporter de bagage.

J'en vois un qui a une allure un peu moins sinistre que les autres, quoique la tête rasée et l'air un peu hagard. Il a de grands yeux bleus et il me semble qu'il doit être français. En effet, mais il me dit de remonter dans le wagon, afin qu'on ne voie pas qu'il me parle. Alors, il me dit que nous sommes à Auschwitz, que c'est l'horreur, qu'on doit travailler, qu'il n'y a pas de place pour se coucher, très peu de nourriture, juste de quoi ne pas mourir. Il me dit aussi : « Surtout, ne prends pas de gosse dans les bras ». Je ne comprends pas, je lui demande pourquoi. « Tu comprendras d'ici quelques jours. »

Puis, me montrant les petits : « Tu vois, ça va faire du savon ». Drôles de propos qui, apparemment, ne veulent rien dire. Je pense qu'il est fou. Je lui demande quand même s'il connaît des Holstein dans ce camp. Ça le fait sourire : « Nous sommes peut-être plusieurs millions dans ce camp et je te conseille de ne plus demander de nouvelles de ta famille, de ne plus y penser. » Cette fois, la situation est terriblement angoissante et, comme en descendant du wagon je vois une petite fille, toute seule, qui pleure, je la prends par la main. L'homme vient vers moi et, sur un ton très autoritaire, me dit : « Tu n'as pas compris ? Ne prends pas d'enfant par la main ! » Alors, le cœur serré, je laisse la petite au milieu de la foule et je marche seule le long de la voie ferrée, comme on nous l'ordonne.

Le Hauptscharführer Thilo (médecin militaire) lors d’une sélection. Ce SS « bon ton » trouvera la bonne formule pour Birkenau : l’« anus mundi », l’anus du monde
Le Hauptscharführer Thilo (médecin militaire) lors d’une sélection. Ce SS « bon ton » trouvera la bonne formule pour Birkenau : l’« anus mundi », l’anus du monde

Il fait nuit, mais des projecteurs nous éclairent violemment. Un peu plus loin, en travers de la route, il y a cinq ou six Allemands. L'un d'eux, plus grand que les autres, fait des gestes avec sa cravache sans rien dire, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, je me rends compte que tous les petits enfants partent d'un côté, avec les personnes âgées. De l'autre, il ne doit rester que des gens qui ont environ entre dix-huit et trente-cinq ans. Des familles sont ainsi brutalement séparées, sans aucune explication. Peu importe qu'on soit mari et femme, mère et enfant, frère et sœur. Ce sont des scènes déchirantes, des gens s'accrochent les uns aux autres, mais les Allemands ne se laissent pas attendrir et frappent violemment ceux qui sortent du rang. Terrible sensation de terreur. Ou bien, ils envoient du même côté, toujours du côté des enfants, ceux qui ne veulent pas être séparés.

Auschwitz-Birkenau : vers la chambre à gaz… Grand-mère hongroise et ses petits enfants
Auschwitz-Birkenau : vers la chambre à gaz… Grand-mère hongroise et ses petits enfants

C'est aussi par là que je vois partir mon amie Beila, avec son frère et sa sœur. Et c'est par là que disparaissent les enfants de Louveciennes et des autres centres de l'U.G.I.F., et surtout les neuf petits dont je me suis occupée pendant plusieurs mois, auxquels je me suis tellement attachée. Tout se passe très vite et je suis incapable de dire si cette scène dure deux heures ou une demi-heure. Tout est rapide, brutal. Les Allemands procèdent à cette sélection avec une grande froideur, comme s'il s'agissait de bestiaux au marché. »

Denise Holstein, déportée au camp d'Auschwitz.
« Je ne vous oublierai jamais, les enfants d'Auschwitz... », Edition n°1, Paris, 1995.


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