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Histoire de Strasbourg : quand Strasbourg était Argentorate

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3. Argentorate : description

Le camp romain
Le vicus et les canabae

3.2. Le vicus et les canabae

Autour de ce camp se développent les « canabae » (terme militaire désignant les baraques dressées aux portes des camps de la légion, puis, par extension, les hangars et entrepôts de commerce) et la ville civile, « vicus » avec toutes les activités artisanales (fer, cuivre, bronze, cuirs, poteries…), les boutiques, les marchés destinées à subvenir aux besoins d’une armée sédentaire, mais aussi les tavernes, les lupanars, les lieux de spectacles variés, tout un univers dont les seuls revenus dépendent du pouvoir d’achat de la légion. C’est une ville prospère dont la population oscille au IIè siècle entre vingt et trente mille habitants. La cité est placée sous la double tutelle de « Mercure voiturier » et d’Epona, la déesse des chevaux.

Argentorate : plan général du camp militaire et des diverses zones d’occupation (vicus et canabae) en l’état actuel des fouilles et découvertes
Argentorate : plan général du camp militaire et des diverses zones d’occupation (vicus et canabae) en l’état actuel des fouilles et découvertes

La ville se développe en fait sur deux grands axes partant du camp : le premier vers le nord (actuel faubourg de Pierre) et surtout le second, partant vers la Gaule par Tres Tabernae (Caverne), l’actuelle « route des Romains » de Kœnigshoffen, qui s’étend sur plus de trois kilomètres. Il y avait sans doute une rocade à l'Ouest du camp, entrevue notamment place Kléber, reliant le système de voies sud-nord passant par Strasbourg.

Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 24. Fouille de Straub, 1879-1880
Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 24. Fouille de Straub, 1879-1880
Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 8. Fouille de Straub, 1879-1880
Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 8. Fouille de Straub, 1879-1880

3.2.1. Kœnigshoffen

La concentration la plus importante de population et d’activités se situait sous l'actuelle banlieue de Kœnigshoffen. Cette localité antique est connue par l'épigraphie comme un « vicus canabarum » habité par des « vicani canabenses » comme l’atteste une inscription fort intéressante d’un autel dédié au Génie du vicus, trouvée en 1851 à l'angle de la route des Romains et de la rue du Schnokeloch, mais malheureusement détruite en 1870. Kœnigshoffen était en fait traversée d'est en ouest par deux axes de circulation, que l’on retrouve encore en grande partie dans l'agglomération d'aujourd'hui : l'axe principal semble avoir été l'actuelle route des Romains, doublé au Nord par l'Altweg, les deux voies se diversifiant, l’une vers Marlenheim-Wasselonne-Saverne, l’autre vers Molsheim et la vallée de la Bruche. Ces voies étaient sans doute recoupées à l'ouest de la localité par une voie sud-nord, peut-être à la hauteur du couvent des Capucins…

Argentorate : tombes sous tuile du Bas Empire. Fouilles de Robert Forrer, 1927
Argentorate : tombes sous tuile du Bas Empire. Fouilles de Robert Forrer, 1927

Les fouilles ont mis en évidence une distribution orthogonale en quartiers. Une particularité de Kœnigshoffen est l’imbrication étroite de l'habitat, des installations artisanales et des nécropoles. L'habitat se développe le long de la voie principale et des rues perpendiculaires : il se signale par des constructions relativement « légères », (pan de bois et torchis, certaines avec caves).

Argentorate : nécropole de Koenigshoffen : stèle funéraire de Quintus Sertorius découverte 24-26 route des Romains
Argentorate : nécropole de Koenigshoffen : stèle funéraire de Quintus Sertorius découverte 24-26 route des Romains

Dans la partie centrale de l'agglomération actuelle ont été découverts un grand nombre de fours de potiers et de dépotoirs : la production de céramique (principalement cruches, et urnes) s'est faite essentiellement entre le milieu du Ier siècle et la fin du IIè siècle. Des tuileries légionnaires (principalement de la VIIIè légion) se trouvaient à l'Ouest, du côté de l'ancienne Chartreuse (Couvent des Capucins). Le matériau de fabrication était partiellement extrait localement et provenait de la terrasse de lœss dominant la Bruche et le petit Muhlbach. Les tuiles étaient distribuées surtout par voie d'eau.

Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 8. Fouille de Straub, 1879-1880
Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 8. Fouille de Straub, 1879-1880
Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 8. Fouille de Straub, 1879-1880
Argentorate : nécropole de la porte Blanche. Dessin de la sépulture 8. Fouille de Straub, 1879-1880

Au pied de la terrasse de Kœnigshoffen, à la Montagne-Verte, a été découvert un quai aménagé (lié à des darses ?) ainsi que les vestiges de deux radeaux pouvant charger chacun plusieurs tonnes de matériel. Le port s’occupait sans doute aussi de flottage et de transport de grès de Haslach). L'armée a ainsi été très présente à Kœnigshoffen : les ateliers de poterie étaient vraisemblablement placés sous son contrôle. Le faubourg pratiquait aussi d’importantes activités maraîchères.

Argentorate : tombe en coffre du Bas Empire. Fouilles de Robert Forrer, 1927
Argentorate : tombe en coffre du Bas Empire. Fouilles de Robert Forrer, 1927

Une partie de la nécropole de Kœnigshoffen, composée de tombes à incinération et à inhumation a livré des tombes de légionnaires (pierres tombales de la IIè légion, notamment celle de Largenius du Musée archéologique de Strasbourg). A l'extrémité ouest du faubourg de Kœnigshoffen (lieu-dit « Hohberg »), ont été découvertes les traces d'un très grand mausolée circulaire de 60m de diamètre : il s’agit sans doute d’un tertre artificiel de 20m environ de haut, rehaussé de sculptures et de plantations. Sa situation dans la perspective du camp et son élévation lui assuraient d'être vu de tous les environs.

Une très belle stèle funéraire trouvée à Koenigshoffen : la stèle du légionnaire Largennius de la IIè légion. Musée archéologique de Strasbourg. Règne de Tibère, Ier siècle
Une très belle stèle funéraire trouvée à Koenigshoffen : la stèle du légionnaire Largennius de la IIè légion. Musée archéologique de Strasbourg. Règne de Tibère, Ier siècle

Enfin, à l’emplacement de l’église protestante saint Paul, ont été découverts en 1911 les vestiges d'un important sanctuaire dédié à Mithra qui sera détruit en 395. D’autres sanctuaires, petits et plus grands ont été mis à jour : rue des Capucins, sous l'ancienne brasserie Gruber, à l'Ouest de la rue du Schnockeloch…

3.2.2. Les autres quartiers

3.2.2.1. L’axe nord

L’axe nord est beaucoup moins peuplé que l’axe est. Il faut y signaler les ateliers de poterie de Schiltigheim (ateliers de F. Victorinus aux Quatre Vents). La zone située à l'est de la voie de Brumath (rue de la Nuée Bleue) paraît avoir été un nomans'land, peut-être un terrain d'exercice militaire.

Monnaie en or à l’effigie de l’empereur Néron. Musée archéologique de Strasbourg
Monnaie en or à l’effigie de l’empereur Néron. Musée archéologique de Strasbourg

3.2.2.2. Les quartiers proches du camp

Par contre, l’archéologie a permis de reconstituer quelques vestiges d’édifices se trouvant en dehors mais à proximité du camp et permettant de se faire une petite idée de ce qu’était Argentorate aux II-IVè siècles : les quartiers Saint-Pierre-le-Jeune (protestant), place Kléber, toute la zone à l'ouest de la place Gutenberg (quartier Saint-Thomas) ont été densément occupés et pourvus de bâtiments publics bien aménagés :

  • Place Gutenberg se situait le marché ;
  • Place Kléber, qui se trouvait au départ entre le glacis du camp et les premières habitations du vicus, s’élevait, sur le cardo maximus une colonne jovienne (dédiée à Jupiter à l’anguipède), type de monument particulier à la région rhénane, élevé aux carrefours principaux du réseau routier.
  • Stèle des quatre dieux de la place Kléber à Strasbourg : Junon et Minerve. IIIè siècle. Strasbourg, musée Archéologique
    Stèle des quatre dieux de la place Kléber à Strasbourg : Junon et Minerve. IIIè siècle. Strasbourg, musée Archéologique
  • Place Saint-Pierre-Le-Jeune se trouvait un temple érigé pour attirer sur les voyageurs la protection des déesses Quadriviae. Le quartier de Saint-Pierre Le Jeune à sans doute servi de cadre au forum à partir du Bas Empire : on a trouvé des vestiges d’un théâtre ou d’un amphithéâtre et sans doute de ce qui était un lupanar public près de l'actuel quai Kellermann.
  • Argentorate : stèle représentant le dieu Mercure entouré par deux Epona à cheval. Trouvée sous la cathédrale. Musée Archéologique de Strasbourg
    Argentorate : stèle représentant le dieu Mercure entouré par deux Epona à cheval. Trouvée sous la cathédrale. Musée Archéologique de Strasbourg
  • Vers le sud, le quartier Saint-Thomas forme le port antique lié à une activité portuaire importante sur l'Ill, entre la Petite-France et l'ancienne Douane. Derrière l'actuelle église Saint-Thomas se trouvait probablement un sanctuaire de nautes avec la fameuse dédicace au « Père Rhin ». Rue de l’Ail se trouvait le chantier militaire de construction de bateaux rhénans, juste à côté du port (Ancienne Douane). On y a aussi localisé des vestiges d'un ou de plusieurs bâtiments importants (murs puissants, bétons de sol, même une ou deux mosaïques perdues depuis) ainsi que les restes d’une fonderie. Il devait y avoir une grosse activité de stockage et de distribution de produits dans ce port de rivière communiquant avec le Rhin par l'ancien bras, le Rheingiessen, et avec la Bruche. Strasbourg, d'après les éléments découverts, et aussi d'après la distribution qui se fait sur le Rhin Moyen et vers l'Allemagne Centrale, apparaît, en effet, comme une des plaques tournantes de l'acheminement des produits méridionaux ; pareillement, les produits envoyés en retour (miniers, agricoles) devaient transiter vers Strasbourg. Arrivent ainsi les produits italiques, vin et huile dans les lourdes amphores, et s'exportent les produits fabriqués, dont la charcuterie, déjà célèbre comme en témoigne une inscription de l'époque.
  • La stèle au « Père Rhin » d’Oppius Severus. Strasbourg, musée Archéologique
    La stèle au « Père Rhin » d’Oppius Severus. Strasbourg, musée Archéologique
  • L'occupation semble bien moins importante au Sud de l'Ill, faite essentiellement de canabae.
  • Quant à l'approvisionnement en eau, il était en partie assuré par l'aqueduc venant de Kuttolsheim (probablement doublé par d'autres lignes non reconnues encore) : l'un des points de distribution (château d'eau) se situait sous l'actuel Magmod. La demande devait être très importante : consommation, utilisation artisanale et industrielle, consommation par les thermes publics (camp, rue du Dôme, saint Thomas) et privés. Il y avait évidemment aussi de nombreux puits, mais aussi l'eau de l'Ill et de la Bruche.
Argentorate : sépulture sous tuile de la VIIIè légion. Porte de l’Hôpital ? Dessin de J. Arhard, 1663
Argentorate : sépulture sous tuile de la VIIIè légion. Porte de l’Hôpital ? Dessin de J. Arhard, 1663


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