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Rome : la chapelle Sixtine (Vatican)
0. La chapelle Sixtine Histoire
Les fresques de Michel Ange
Les fresques des murs de la chapelle
La « théologie » de la Sixtine
1. Histoire1.1. Sixte IV | | Melozzo da Forli (1438-1494) : le pape Sixte IV nomme Bartolomeo Platina préfet de la Librairie vaticane. Fresque, vers 1477, musée du Vatican |
Francesco Della Rovere naît le 21 juillet 1414 dans une petite commune près de Savone en Ligurie. Il est fils d’un marchand drapier assez aisé, et à 9 ans est confié par son père au couvent San Francesco de Savone pour y être éduqué. Il y prononce ses vœux puis fait ses études de théologie. Professeur à l’université de Padoue, il gravit par la suite la hiérarchie de son ordre et devient en 1464 ministre général des Franciscains avant d’être créé cardinal par Paul II en 1467.
 | | Rome, le « Ponte Sisto » |
En 1471 il est élu pape et inaugure un pontificat de 13 ans, un des plus indignes de l’histoire de l’Eglise, mais un de plus brillants… Sur le plan politique, le pontife essuie une série d’échecs retentissants comme celui de la guerre contre les Turcs ou celui de la tentative de réunir les Églises orthodoxe et catholique. Sur un plan personnel, il est un homme avide, n’hésite pas à pratiquer le népotisme vis-à -vis de ses protégés, fils « bâtards » et neveux et affiche des mœurs pour le moins contestables pour un chef de l’Eglise. Son « goût » pour les beaux jeunes hommes, dont son neveu Raphaël Riario, à qui il confère la pourpre cardinalice à 17 ans, est notoire…
Par contre, c’est un grand mécène qui s’occupe activement d’embellir Rome et le palais pontifical : il créé les Musées Capitolins, fait ouvrir et paver de nombreuses voies (via Recta, via Sistina, via Papale et via Florea), restaure l’aqueduc de l'Aqua Verfina, fait construire de nombreux édifices religieux (saint Jean du Latran, églises Santa Maria della Pace, Santa Maria del Popolo et Sant’ Agostino) ainsi que le pont Sisto, reconstitue l’Académie romaine et enrichit la Bibliothèque vaticane.
Pour cela, il lui faut récolter d’énormes sommes d’argent : il donne ainsi une grande impulsion au culte des morts en octroyant moyennant finances une indulgence plénière aux pauvres âmes du purgatoire ; il taxe fortement la prostitution à Rome qui chaque année lui versent près de 20 000 ducats, met à l’amende les prêtres de Rome ayant des maîtresses, ce qui amène au Vatican d’énormes sommes d’argent. Il tente d’emprunter de l’argent aux Médicis, et devant leur refus, active et soutient les Pazzi, une autre grande famille de banquiers florentins, ce qui provoque la fameuse conspiration des Pazzi et une guerre de deux ans avec Florence… 1.2. La chapelle sous Sixte IV | | Chapelle Sixtine, Vatican : reconstitution de la chapelle avant les transformations du XVIè |
Dans le cadre de l’aménagement du Vatican, au cours de l’année 1477, Sixte IV fait restaurer l’ancienne « Capella Magna ». La chapelle est restructurée à partir de l’étage des fenêtres, la partie basse médiévale étant conservée. Les plafonds sont rénovés et appuyés sur un système de voûtes renforçant la stabilité de l’ensemble. Le nom de l’architecte, Giovanni de’ Dolci, fait aujourd’hui l’unanimité parmi les spécialistes même si certains ont parfois soutenu celui de Baccio Pontelli car Vasari lui attribue le plan de la nouvelle chapelle palatiale.
Son plan est très simple : c’est une salle rectangulaire de 40 m de long, 13 m de large et 21 m de haut, avec une voûte en berceau et 12 fenêtres cintrées qui l'éclairent. La voûte en berceau est divisée en lunettes correspondant aux douze fenêtres. Le sol est couvert de marbre polychrome. Une grande balustrade, transenne de marbre grillagée, œuvre de Mino da Fiesole, rappelant l'iconostase des orthodoxes sépare l'espace réservé aux clercs et celui alloué aux laïcs.
 | | Chapelle Sixtine, Vatican : vue extérieure. |
C’est de même Docli qui va embaucher les premiers peintres décorateurs de la chapelle.
La décoration des parois comprend des tentures en trompe l'œil, l’histoire de Moïse sur la paroi sud et l’entrée, l’histoire du Christ sur la paroi nord et l’entrée et, au dessus sur toutes les parois les portraits des Papes. Ces fresques sont réalisées entre 1481 et 1482 par Botticelli (histoire Moïse), Ghirlandaio (Appel de saint Pierre et de saint André), Cosimo Rosselli (Adoration du Veau d'or, Sermon sur la montagne, Cène), Luca Signorelli (Testament de Moïse, Mort de Moïse), le Pérugin (la Remise des clefs à saint Pierre) et le Pinturicchio (Moïse et Séphora en Égypte, le Baptême du Christ, fresques auxquelles collabore également le Pérugin). Ces maîtres font appel à leurs proches collaborateurs comme Biagio di Antonio et Bartolomeo della Gatta.
Quatre des compositions seront détruites au cours de transformations. Pour la voûte, Pier Matteo d’Amelia peint un ciel étoilé. Enfin sont réalisées en marbre la cantoria et l'emblème pontifical au-dessus de la porte d'entrée. Le 15 août 1483 Sixte IV consacre la nouvelle chapelle et la dédie à Notre-Dame de l'Assomption. Il décède l’année suivante.
La chapelle prendra désormais le nom de « Chapelle Sixtine ».
 | | Chapelle Sixtine, Vatican : reconstitution de la chapelle telle qu’elle était sous Sixte IV, avant l’intervention de Michel Ange. Gravure de G. Tognetti |
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 | | Pier Matteo d’Amelia : projet pour la voûte de la chapelle Sixtine de Clément VII |
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1.3. Les transformations de Jules II | | Raphaël Sanzio : portrait de Jules II. 1512. Tempera sur bois, 108,5 x 80 cm. Florence, les Offices |
Vingt ans après la mort de Sixte IV, son neveu, Giuliano della Rovere, dont il avait grandement favorisé la rapide et brillante ascension au sein de la hiérarchie ecclésiastique romaine, accède au pontificat sous le nom de Jules II (1503-1513).
Belliqueux, autoritaire, d’une moralité plus que douteuse, il use systématiquement de la pratique des indulgences pour financer son grand projet architectural : la construction de la basilique Saint Pierre, pratique qui scandalise un certain moine du nom de Martin Luther…
Le 18 avril 1506, Jules II pose la première pierre de Saint Pierre du Vatican, dont il confie la construction à Bramante. Il semble que le chantier, ainsi que la construction de la tour Borgia, aient déstabilisé la chapelle : en mai 1507, une longue fissure s'ouvre dans la voûte. Bramante est chargé d'y remédier : il fait installe des chaînes dans la pièce située au-dessus de la Chapelle pour la consolider. Mais les dégâts occasionnés par la fissure et les travaux de préparation sont si importants que le pape décide de faire refaire la décoration de la voûte.
En 1508, il fait appel à Buonarroti, contre l’avis de Bramante qui met en doutes les qualités de fresquiste de Michel Ange. Mais se dernier, qui travaille justement au tombeau du pontife, refuse dans un premier temps : il est sculpteur, non peintre. Il faut toute la conviction du pape et probablement des colères et des menaces pour finalement contraindre l’artiste à accepter :
 | | Tombeau de Jules II. Vue générale. 1545. Marbre. Eglise saint Pierre in Vincoli, Rome |
Le 8 mai 1508 est signé le contrat prévoyant la réalisation des douze apôtres dans les pendentifs et des motifs ornementaux géométriques dans les parties restantes. Une esquisse du peintre montre des panneaux circulaires, en losange et quadrangulaires alternant sur le plafond, alors que les apôtres se cantonnent aux voûtains.
Mais début 1509 Michel-Ange estime ce projet trop « pauvre », et finalement le pape laisse à l'artiste carte blanche sur le sujet. Une seconde esquisse révèle toute l’ampleur du changement entre les deux projets : les images envahissent le centre de la voûte, qu'elles occupent fermement, et déjà apparaît l'idée des corniches peintes en guise d'encadrements qui prolongent sur le plafond l'espace occupé par les trônes des apôtres. On aperçoit aussi, derrière une grande main en surimpression, un vaste cadre octogonal, ainsi qu'un plus petit, rectangulaire. Michel-Ange n'a pas encore décidé, à ce stade, de la manière dont il allait simuler les corniches ; elle lui viendra probablement des divisions architecturales des arcs de triomphe romains, et il s’est peut-être inspiré de l’arc de triomphe de la fresque du Perugin, la « Remise des clefs à saint Pierre ».
 | | Michel Ange : croquis préparatoire pour le décor de la chapelle Sixtine avec étude de bras et de mains. 1508-1509. Plume sur mine de plomb et fusain. 27,5x39cm. Londres, British Museum |
Ainsi Michel Ange réalise neuf scènes centrales représentant des épisodes de la Genèse, bordées de 20 nus (Ignudi) soutenant des médaillons illustrant des scènes tirées du Livre des Rois. A la base de la structure architectonique, douze figures de Prophètes et de Sibylles siègent sur des trônes monumentaux et sont accompagnées chacune de deux génies, symboles de l'intelligence et de la volonté. Des putti en grisaille jouent sur les parapets des pilastres peints qui constituent leurs sièges. Ces figures enfin dominent une galerie des Ancêtres du Christ, représentés dans les voûtains et les lunettes sur les parois nord et sud et sur la paroi d'entrée). Enfin, dans les pendentifs des quatre coins, il représente quatre épisodes du salut miraculeux du peuple d'Israël. Il délimite la voûte par des d'éléments architecturaux peints formant des encadrements.
Travaillant couché sur le dos sur un haut échafaudage, il n’a qu'un seul assistant qui lui prépare et lui broie les couleurs. En août 1510, Michel-Ange a terminé la première moitié de la voûte, du mur d'entrée jusqu'à la scène de la création d’Eve. Un peu plus de deux ans plus tard (octobre 1912), il achève son œuvre. Le 1er novembre, jour de la Toussaint, le Pape célèbre la messe dans la Chapelle.
 | | Chapelle Sixtine, Vatican : vue générale de la voûte de Michel Ange, 1508-1512 |
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 | | Chapelle Sixtine, Vatican : l’intérieur. 1475-1483 pour les fresques de murs ; 1508-1512 pour la voûte ; 1535-1541 pour le jugement dernier |
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1.4. Le Jugement dernier | | RaphaĂ«l : le pape LĂ©on X avec les cardinaux Giulio de MĂ©dicis et Luigi de' Rossi. 1518-1519. huile sur bois, 154 x 119 cm. Florence, les Offices |
Jules II meurt peu après l'achèvement de la voûte de la Sixtine. Son successeur Léon X va faire exécuter par le grand rival de Michel-Ange, Raphaël Sanzio, dix tapisseries représentant les apôtres. Elles seront tendues pour la première fois en 1519, à l'occasion des fêtes de Noël, dans la partie inférieure de la chapelle.
Plus de vingt ans plus tard, fin 1533, après le terrible sac de Rome de mai 1527 par les troupes impériales, Clément VII de Médicis (1523 à 1534) rappelle Michel-Ange et lui confie la tâche de rénover la décoration de la Chapelle Sixtine en peignant un Jugement Dernier sur le mur du fond de l'autel, et une Résurrection sur le mur opposé. Mais le pape meurt l’année suivante.
 | | Sebastiano del Piombo : Clément VII. 1526. Naples, Musée Capodimonte |
Son successeur, le pape Paul III, reprend le projet. Les échafaudages du Jugement sont dressés derrière l'autel à l’été 1535 et les fresques du XVè sont détruites, à savoir les deux premiers épisodes des Histoires de Moïse et du Christ, peints par le Pérugin. De même est détruit un retable de Notre-Dame de l'Assomption parmi les Apôtres. En 1536, Michel Ange se met à l’œuvre. Il représente donc la parousie, le retour glorieux du Christ en s’inspirant des textes du Nouveau Testament (Mt. XXV, 31-46 ; I. Co. XV, 51-55). Il achève le Jugement en automne 1541.
Michel-Ange prend soin d’adapter la paroi au travail en lui donnant une légère inclinaison pour que la poussière ne s y accumule pas. Il utilise des dessins et des cartons, aidé par son fidèle assistant Urbino qui l'aide à préparer les couleurs et à disposer les échafaudages.
 | | Le jugement dernier. Vue générale. 1537-1541. Fresque, 1370 x 1220 cm. Chapelle Sixtine, Vatican |
Durant l'année 1537 la peinture devait être déjà avancée ; le 31 octobre 1541, « … avec étonnement et émerveillement de tout Rome, et même de la terre entière » (Vasari)., l’œuvre est officiellement dévoilée, comprenant un peu moins de quatre cents personnages qui viennent s'ajouter aux légions de la voûte. Leur taille varie entre 2,50 et 2,60 mètres.
 | | Chapelle Sixtine : plan et disposition des fresques du plafond. Rome, Vatican |
L’état d’esprit de Michel Ange pendant la réalisation de cette grandiose fresque n’est pas des plus optimistes : il est tourmenté, en proie à des crises d'angoisse, souvent blessé dans son amour-propre par les attaques de ses rivaux, poursuivi par les commanditaires, par les exigences de sa famille ; il vient de perdre son père et son frère. Il écrit : « je suis chaque jour lapidé, comme si j'avais crucifié moi-même le Christ ».Il s'emporte contre le peintre Sebastiano del Piombo, qui veut le pousser à peindre à l'huile et non à la fresque, il refuse la visite de son neveu Lionardo, « parce qu îl ne ferait rien d’autre qu'augmenter mes difficultés en ajoutant de nouveaux soucis aux préoccupations existantes ». Il tombe même de l'échafaudage du jugement, se blesse à une jambe mais refuse tout soin, se barricadant chez lui et repoussant le médecin que le pape lui envoie… peu avant sa mort en 1564 il brûle par deux fois « ... un grand nombre de dessins, esquisses et cartons faits par lui, afin que personne ne puisse voir ses efforts et les manières qu'a son génie en s'exprimant... » (Vasari). Ce fait sera confirmé par une lettre d'Averardo Serristori à Côme I le lendemain de la mort de Michel Ange.
On ignore pour quelle raison la Résurrection ne fut jamais réalisée.
 | | Le Titien : le Pape Paul III. 1543. Huile sur toile. Naples, Museo Nazionale di Capodimonte |
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 | | Le jugement dernier, détail : groupe de damnés refoulés dans les enfers. 1537-1541. Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican |
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1.5. Les restaurations | | La chapelle Sixtine : vue d’ensemble avant la restauration de la voûte de Michel Ange. |
La chapelle subit au cours de l’histoire de nombreuses restaurations. Les archives du Vatican conservent la trace de factures relatives à toutes les restaurations de la Chapelle.
Le premier nettoyage date de 1543, alors que Michel-Ange travaille à la chapelle Pauline. Francesco d'Amadore (dit Urbino) est chargé de ce dépoussiérage, trente et un ans après l'achèvement de la voûte et deux ans après celui du Jugement Dernier.
En 1522, l’écroulement de la porte endommage gravement les fresques du mur d’entrée : Hendrik van den Broeck (1519-1587) repeint alors la Résurrection du Christ de Ghirlandaio et Matteo da Lecce la Dispute à propos du corps de Moïse de Signorelli.
Un peu plus tard, sous le pontificat de Paul IV (1555-1559), comme ce dernier trouve scandaleux la nudité des corps du Jugement dernier et que Michel Ange refuse de les retoucher, Daniele Ricciarelli (1509 - 1566), dit Daniele da Volterra, un ami et assistant de Michel Ange, est chargé de remédier à ce problème en couvrant les parties intimes des personnages, ainsi que des Ignudi… Il en héritera le surnom de « Il Braghettone », le « faiseur de culottes »…
En 1570, Carnevale effectue une grande restauration, exécutée entièrement à fresque ;
 | | Création du soleil, de la lune et des plantes (avant restauration). 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican |
En 1710, nouvelle grande restauration, mais à la détrempe, par Mazzuoli.
L’ensemble des fresques de la Chapelle Sixtine est entièrement restauré entre 1980 et 1994, ainsi que les œuvres en marbre, la cantoria, la balustrade et l'emblème de Sixte IV. La restauration est financée par la « Nippon Television Network Corporation », qui obtient en échange, un droit sur les images. Cette restauration est au demeurant sujet à une très vive polémique, car de nombreux critiques pensent que les couleurs tour à tour pastels ou acides trahissent l’esprit de l’artiste, auquel l’utilisation les tons sombres et fumés ont valu le surnom de « terrible souverain de l'ombre »… Ainsi l'ensemble de la dernière couche de peinture dite « a secco » (essentielle dans une fresque pour modeler les formes, et réaliser les passages de couleurs), supposée être un repeint, a été enlevée. Certains spécialistes estiment qu'aucun document n'accrédite cette hypothèse et que cette restauration a affecté la fresque de manière fondamentale. Ils indiquent que les nuances qui conféraient aux personnages leur puissance d'expression ont été supprimées, leurs formes autrefois vigoureuses ont été amollies. Selon eux, « le tourbillon auquel Michel-Ange avait su donner un sens a laissé place à un puzzle disparate. »
 | | Création du soleil, de la lune et des plantes. 1511. Fresque, 280 x 570 cm. Chapelle Sixtine, Vatican |
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 | | Michel Ange : un des « ignudi » de la sixième section (création d’Eve) de la chapelle Sixtine avant sa restauration |
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 | | Michel Ange : le prophète Zacharie, avant et après la restauration. Chapelle Sixtine, Vatican |
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