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L’art de la Grèce archaïque

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2. Sculpture

Les premières conquêtes : 620 - 580
Equilibre et progrès : 580-525

2.2. Equilibre et progrès : 580-525

2.2.1. Les conquêtes de la statuaire attique : 575-540

2.2.1.1. Les principes

Les principaux types statuaires et décoratifs ont pris forme : acrotères, antéfixes, métopes (Calydon et Thermos), frises (Corfou)...

La figure humaine, particulièrement le Kouros nu s'attache moins, dans la grande statuaire, au volume architectural (ce qui est le cas en Egypte) qu'au pouvoir d'agir sur les membres du corps : ainsi s'explique la préférence donnée au bronze au VIè.

On assiste de même à la volonté de donner la vie par l'intensité de la représentation des organes et de sens sur les visages (Yeux, oreilles, sourires de lèvres) : cette stylisation, très exprimée, s'atténuera plus tard.

Entre 600 et 500 le gigantisme disparaît; Solon impose le sens de la mesure en l'opposant à toute ambition démesurée. L’art s'harmonise, s'humanise et produit des exemples typiques comme le Moscophore ou le cavalier Rampin.

2.2.1.2. Les grandes oeuvres

  • Le Moscophore : 0,96m aux genoux, créé vers 570-560. La stylisation est géométrique, mais les volumes se dégagent et s'avancent. Le contraste est évident entre la passivité de l'animal et la maîtrise agissante du porteur, dégageant la chaleur active d'une présence. Ce Moscophore, qui se nomme Rhombos est différent des Kouroï abstraits. Ce n'est pas encore un portrait, mais on n'en est pas loin.
  • Le Cavalier Rampin de l'Acropole : hauteur totale, 1,10m (Tête au Louvre, le reste à Athènes). L'oeuvre, créée vers 560 représente un cavalier vainqueur aux jeux pythiques. Il y a alliance du réel et de l'imaginaire dans l'audace d'un jeu de lumière qui adoucit le torse nu, dans le visage doux, dans le granulé de la chevelure.
  • La Korê 679 dite « Korê au Peplos » (Acropole, vers 540, 1,20m) est sans doute aussi due au Maître Rampin. Vêtue du strict peplos dorien qui marque la volonté de révéler les valeurs plastiques d'un corps féminin sous la gaine d'étoffe: le corps domine la draperie; celle-ci l'affirme et l'idéalise. Le visage est travaillé à l'identique que celui du Cavalier.
  • La Korê de Lyon dite « Aphrodite à la Colombe » (Acropole, vers 550 ; 1,13m) est de toute autre facture, mais vêtue du peplos ionien qui devait triompher : plis multiples, droits ou obliques qui voilent le corps et en dissimulent les lignes et les proportions dans les variations d'un accompagnement qui fait oublier la mélodie d'une forme vivante.

2.2.2. Essor de la grande sculpture décorative : 580-540

Il est possible que l'exemple de Corfou ait invité les sculpteurs attiques à détacher les personnages du mur de fond. Plusieurs oeuvres sont très significatives :

  • Le fronton de l'Introduction d'Héraklès dans l'Olympe sur l'Acropole d'Athènes. La sculpture s'intègre dans le cadre triangulaire et tout converge vers le centre où trônent Zeus et Héra. L'influence de la peinture est déterminante dans l'oeuvre car les scènes sont peintes méticuleusement dans tous les détails. L'oeuvre date de 570ss.
  • Le fronton de l'ancien temple d'Athéna sur l'Acropole d'Athènes, vers 560-550. Elle représente la lutte d'Héraklès contre Triton en présence du monstre à trois corps. Les corps des protagonistes sont bien intégrés, évitant la réduction des personnages. Les deux premiers visages du monstre suivent la lutte d'Héraklès alors que le troisième est tourné vers les spectateurs. La composition est bien animée et centrée, elle saisit l'action à son paroxysme et se rehausse de la vive polychromie. Ce fronton trahit la survivance du monde démoniaque de même facture que celui de Corfou et s'oppose à celui de l'Introduction d’un autre style et d'une autre mentalité.
  • Les métopes sont aussi conçues dans l'intention d'hommages aux dieux et d'édification du fidèle. Elles ont été influencées par la décoration mineure, particulièrement les brassards des boucliers d'Olympie et ont un rôle théâtral : si sur l'Acropole d'Athènes il n'existe aucune métope figurée avant la réalisation du Parthénon, le Trésor de Sicyone à Delphes en présente dès 560, avec les thèmes de Razzia de boeufs, Dioscures cavaliers...

De même, les temple de Grande Grèce en présentent une longue série, les plus anciennes imitant la joaillerie : celles du temple C de Sélinonte vers 540 (Persée et la Méduse) et particulièrement celles, au nombre de 36, du trésor du Silaris à Paestum (550-540) : 19 racontent les exploits d'Héraklès, d'autres la guerre de Troie, d'autres l'Orestie... dans un réalisme naïf mais robuste.

2.2.3. Prédominance de l’ionisme

2.2.3.1. Généralités

Pour l'étude de l'ionisme, il existe malheureusement très peu de points de repères historiques... Il y a donc une importante marge d'erreur possible. Les seuls points de repères sont le lieu de trouvailles, la comparaison des proportions des statues, l'exactitude des détails anatomiques.

L'ionisme triomphe grâce à l'interprétation contemporaine de l'œil et de l'oreille stylisés, de la facture de la chevelure (perles, spirales, gordons, vaguelettes), et surtout du sourire cérémonial, symbole de la ressemblance de l'homme avec le dieu: artifice de l'arc des lèvres auquel répond l'oblique des yeux, joints au raffinement du drapé ionien: ainsi, le Kouros de Théra, l'une des première créations (570-560).

2.2.3.2. Le Sphinx du Dipylon

Le Sphinx du Dipylon (vers 560 ; 0,60m) est significatif de cette évolution. Comparé à celui des Naxiens de Delphes (vers 560 ; 2,22m) il révèle la souplesse du corps ailé du félin, la structure osseuse du visage, les grand yeux imposant une présence... De même facture, mais déjà stéréotypé, le Sphinx de la stèle de Mégaklès (Vers 540).

2.2.3.3. Les Kouroï de 570-540

Ces Kouroï dépassent rarement la taille humaine. On peut distingue deux grands courants :

2.2.3.3.1. A l'Est

Samos et Milet influencent les Kouroï sur une zone allant de Carie à Olbia, Naucratie et Cyrène. Mais on ne possède que des têtes sans corps ou des corps sans têtes :

  • Tête du Kouros d'Istanbul de facture samienne: visage harmonieux, plénitude du volume, sourire discret, chevelure raffinée à trois divisions...
  • Kouros d'Eartakê dans la péninsule Cyzique.
  • Petites statuettes en bronze de Samos montrant bien le type de kouros de l'est: poitrine étroite, bras tout en rondeurs, tête joufflue, Yeux et nez projetés en avant, attitude éveillée et gourmande...
  • La fonte en creux, introduite par les maîtres Rhoikos et Théodoros, n'a hélas laissé aucune statue de bronze...
2.2.3.3.2. A l'Ouest

Les sculpteurs insistent beaucoup plus sur la virilité des corps :

  • Petits maîtres d'Athènes : ils évoluent à côté du Maître Rampin. L'oeuvre la plus célèbre est le Kouros de Volomandre (vers 540 ; 1,79m) influencé par le Maître du Dipylon. Les rainures de la musculature font place à l'enveloppe d'un modelé souple et ferme à la recherche de son unité. Le sourire ionien s'est emparé du visage dont le charme s'éclaire de la lumière du front. La lignée des Kouroï de l'Attique emprunte ses formes à la vie, à un réel de mieux en mieux observé, mais les transpose dans les grâces fleuries et la décence du lyrisme.
  • A Corinthe, le Kouros d'Actium (vers 570 ; 1m) est proche du Chrysoar de Corfou (vers 590) par l'ossature qui perce sous la peau. Quant au Kouros de Ténéa (vers 550 ; 1,53m) il est plus modelé, plus nuancé. On y insiste sur les proportions, mais l'invention vivifiante n'intervient pas. Ce Kouros est en progrès par rapport à celui d'Actium, mais il lui manque l'élan vital de celui de Volomandre.

De cette analyse, se dégagent trois tendances :

  • La tendance analytique met en valeur l'organe ou le détail musculaire significatifs : c'est le type attique, équilibre entre l'ionisme et le dorisme.
  • La tendance dorique-corinthienne qui conçoit la structure corporelle dans la forte unité de son volume;
  • L'alliance des deux qui se manifeste dans le Kouros de Mélos (550-540 ; 2,14m) : qui possède la silhouette du kouros de Volomandre avec cependant une taille plus étroite et une poitrine plus plate, dans le Kouros de Paros (540 ; 1,03m) à la robustesse dorienne mais ionique dans le modelé du torse et la rondeur du visage, dans la tête de Thasos (vers 540 ; 0,27m) au visage ferme et aigu...

2.2.3.4. Les Ko raï

Il en existe toute une lignée :

  • Héra de Cheramyès ou « Héra de Samos » (vers 560 ; 1,95m) : c'est une stylisation architecturale à base ronde qui suggère sous la magnifique draperie le corps majestueux de la déesse : alliance intime du réel et de l'arbitraire. Il y a une influence des ivoires gréco lydiens du VIè naissant.
  • Le groupe familial de Héraion de Samos par Génélos est le premier groupe de l'art de cette époque. Il représente six statues de face : deux femmes (l'une, assise à gauche, l'autre, étendue à droite), un homme drapé et trois jeunes filles. Il y a une différenciation des formes (mères - matrones et jeunes fille gracieuses) qui marque un souci de réalisme dans la structure verticale typique du style naxien.
  • De même, une statuette d'Aphrodite d'Olympie (0,22m) et le relief d'une base de colonne (550-540) compensent l'absence de têtes du groupe précédent et révèlent bien le style de Samos et de Milet: visage intentionnellement disproportionné, largeur du front et de yeux.
  • Le personnage trônant de l'allée des Branchide de Didymes dans le sanctuaire d'Apollon Milésien (vers 570 ; 1,55m) révèle l'influence orientale (corps solennel comme un bloc), mais aussi la marque grecque dans le vallonnement du modelé que soulignent les contours de la lisière du manteau.
  • Au cours des années suivantes les draperies s'animent et se diversifient mais l'attitude des personnages assis, mains sur les genoux, ne change pas. Ce remarquable conservatisme religieux se retrouve en Occident, par exemple dans la déesse mère de Mégara Hyblaea, vers 560, et dans la déesse trônant de Medma.
  • Le costume ionien apparaît avec la Korê de Lyon, précédée de deux statues venues de Samos et Naxos. Il va rapidement toucher toute la Grèce : ainsi la « Nikê Volant » de Délos (vers 550, 0,90m) attribuée à Achermos possède le sourire ionien mais l'étoffe est assez maladroite ; le visage est à comparer avec la Caryatide pseudo-cnidienne de Delphes (Vers 540, 0,84m).
  • A Sparte travaillent Théodoros de Samos et Bathyclès de Magnésie (Aphrodite et Joueuse de Crotale en bronze) : crâne allongé et traits expressifs, goût du théâtral et robustesse sont typiques de la Laconie (Spartiate couronné en bronze d'Olympie). Il ne reste que peu de choses de la grande statuaire laconienne sinon le relief héroïque de Crysapha, vers 540, aux vêtements et à la coiffure ioniens.
  • D'influence laconienne et corinthienne est aussi le célèbre vase de Vix en bronze (vers 520, 1,64m) sans doute fabriqué à Tarente ou Rhégion.

2.2.4. Accroissement des échanges entre Grèce orientale et Grèce continentale : 540-525

2.2.4.1. Les oeuvres

Ce phénomène est dû aux règnes de Pisistrate, Polycrate de Samos, Lygdamès de Naxos. Plusieurs oeuvres sont significatives :

  • Tête Soubaroff (Athènes, vers 540) : cheveux, moustache et barbe sont traités en très léger relief; ce procédé rarement employé dévoile des traits individuels ainsi que le rectiligne des sourcils (au lieu de la courbe) et le sourire plus accentué du côté droit. Ce pourrait être la marque du Maître Rampin qui aurait sculpté un portrait...
  • Tête Jacobsen (vers 530 ; 0,31m) : elle est bien plus attique : ampleur des courbes qui cernent tous les traits du visage, visage plus ouvert et éclatant de vie charnelle qui représente plus un type qu'une vie intérieure comme la tête Soubaroff.

Ainsi, dans le haut archaïsme l'art attique cherche la diversité des manifestations de la vie du visage et du corps humain alors que le classicisme s'attachera à définir et perfectionner les linéaments d'une forme idéale. Mais déjà s'annonce cette recherche du classicisme: ainsi la série attique des stèles funéraires avec son sphinx au sommet du fût, puis celles sans sphinx couronnée d'une simple palmette: la stèle du Jeune homme et de sa Soeur (4,23m) est la plus représentative : le profil du jeune homme d'une élégance un peu glacée marque une étape dans la recherche d'un idéal aristocratique : mise au point d'une technique de bas relief qui suggère l'épaisseur totale des volumes du corps sans les détacher du fond. La stèle est un peu surchargée par le sphinx.

2.2.4.2. Les progrès

  • La progression dans l'étude du corps dans cette période porte sur la justesse des proportions du corps et la mise en place de la musculature athlétique : ainsi le Croisos d'Anavyssos (vers 525) bien conservé, mais un peu lourd et immobile pour le style attique.
  • Le Kouros du sculpteur Céos (vers 530 ; 2,26m) présente un progrès: les secteurs musculaires s'animent sans pour autant renoncer à leur autonomie. Le visage est de type naxien, allongé, gonflé, sans rayonnement intellectuel, mais le corps est prêt au mouvement, d'une robustesse plus paysanne qu'athlétique : Céos est un provincial, mais proche de l'Attique.
  • Les Kouroï du Ptoion en Béotie : au départ ils sont assez rudes, mais vers le milieu du siècle on y retrouve l'influence attique et naxienne : le Kouros 12 (vers 530 ; 1,60m) a un modelé adouci, souple, qui s'accorde mieux au visage que le Kouros de Céos. A ce Kouros s'apparente la tête du sphinx du temple d'Apollon Ismenios à Thèbes.

Ainsi se manifeste l'impatience des sculpteurs d'exprimer la vie malgré le maintien de la frontalité imposée par la tradition religieuse et civique.

Mais cette libération se sent déjà du côté de la lignée des Kouroï dans la représentation des personnages désignés par leurs gestes : le Maître Rampin a donné le signal dans son cavalier. Ainsi les nombreux porteurs de béliers des ateliers du Péloponnèse (Sicyone ?), les guerriers de Sparte ou les statuettes de Samos (Porteurs d'offrandes en bronze, torse du guerrier de Berlin) préparent la venue d’une nouvelle époque : celle du classicisme.

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