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Dachau, camp de concentration nazi

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7. Témoignages

Expériences du docteur Rascher  pour la Wehrmacht
Expériences sur la décompression par Pascholegg
Expériences sur le froid par W. Neff
Expériences médicales
Le Kommando d’Allach
Le Kommando de Blaichach
Déportation par Georges Charpak
« Je n’ai rien dit »… par Martin Niemöller
« Rue de la liberté »… par Edmond Michelet

7.7. Déportation par Georges Charpak

Georges Charpak, prix Nobel de Pphysique en 1992 a été résistant durant la guerre. Arrêté, il est interné dans la prison d’Eysses à Lyon, et de là déporté à Dachau.

« Le 11 juin 1944, soit une semaine après le débarquement, la division allemande « Das Reich » - celle-là même qui s'est ignoblement distinguée dans le massacre d'Oradour-sur-Glane - est venue pour nous déporter en Allemagne, sans doute comme otages. Elle nous a convoyés dans des conditions atroces, en plein été, durant trois jours jusqu’au camp de Compiègne, dont nous sommes partis le 18 juin 1944 pour Dachau.

Le premier trajet en train, à travers la France, et dans un train français nous apprit beaucoup. En particulier à manger toute notre ration dès le départ, car ensuite la soif empêche toute absorption de nourriture. Cette soif terrible, nul ne peut l'imaginer s'il ne l'a connue. Je l'ai découverte là et l'ai retrouvée entre Compiègne et Dachau, dans les effroyables conditions qui nous furent faites alors.

Compiègne était un camp français, organisé et gardé par des Français et à proximité immédiate de la population française. C'est ce qui nous a le plus blessés. Nous y avons été traités et considérés comme des bandits de droit commun alors que nous étions tous des résistants. En juin 1944, c'était insupportable ! 

Il est inutile de trop s'attarder sur tous ces événements. Bien d'autres que moi ont décrit ces trains qui, sous le torride soleil de l'été, nous ont emmenés en trois jours de Compiègne aux portes de Munich, dans des wagons plombés aux toits métalliques. Je veux simplement dire que dans notre wagon, prévu pour huit chevaux ou quarante hommes, nous étions près de cent et que lorsque nous sommes arrivés à Dachau, aucun d'entre nous n'était mort ou devenu fou, contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres wagons d'où l'un de mes camarades, Marcel Miquet, se souvient d'avoir vu retirer huit corps.

Cela a été dû à l'extraordinaire organisation fondée sur la solidarité et l'entraide. Dès le départ, nous avons nommé des responsables, rationné l'eau, organisé des tours pour aller respirer un peu près des ouvertures, nous tassant contre une paroi, massés là à tour de rôle pour permettre à d'autres de s'allonger, etc. Une grande discipline a été respectée et cela nous a sauvé la vie en évitant la panique et les comportements trop égoïstes, voire les crises de folie.

Certains d'entre nous ont même eu la force de faire sourire, voire même rire, les autres. Par exemple, en décrivant puis sifflant une belle fille qui passait dans une gare. Un sursaut de jeunesse et d'humanité qui fit passer dans ce wagon de damnés un inappréciable vent de légèreté et d'optimisme. La vie continuait et un jour nous la retrouverions...

Je veux rendre hommage à mes cent camarades. Quelles qu'aient été nos souffrances, nous ne nous sommes jamais sentis seuls et cela nous a donné la force de tenir. Dans le wagon de Miquet, une botte glissée à l'extérieur lors d'un orage récupéra un peu d'eau de pluie pour les plus insupportablement déshydratés. Plus tard, en gare de Karlsruhe, un civil allemand fit passer une bouteille d'eau par la petite ouverture du wagon d'Arjaliès.

Le train roulait depuis deux jours. Les cent prisonniers de ce wagon étaient totalement assoiffés mais tous ont bu une gorgée et une seule de cette bouteille qui a circulé de bouche en bouche. Aucun n'a faibli. Arjaliès a été le dernier. Après lui, il restait encore deux ou trois gorgées dans la bouteille. Nul dit-il, ne les a bues. Notre solidarité a été extraordinaire. Après trois jours et trois nuits, nos jambes avaient quintuplé de volume, nous étions blêmes et titubants. Mais nous étions vivants. Et moralement soudés. Les hommes qui sont descendus de ce train avaient pris une leçon pour la vie entière. Aucun ne l'a oubliée depuis, j'en suis persuadé.

À Dachau, nous avons été dirigés sur le camp principal. Dès que nous avons vu les camarades qui nous avaient précédés, nous avons compris. On nous a rasés. donné des pyjamas rayés et passés à la désinfection avec un produit jaune ignoble et une brosse en chiendent dont je sens encore la brûlure. Puis on nous a mis dans les baraquements 17 et 19 réservés à la quarantaine. En un tour de main nous étions devenus comme les autres - des matricules. Mon numéro était le 73 251 - mais nous n'avons pas été tatoués. Pendant les jours de quarantaine, nous sommes restés là, désoeuvrés, et enclins à une méditation songeuse sur la condition humaine et la capacité d'organiser la souffrance d'hommes infligée par d'autres hommes. Il y avait là des gosses russes qui comme nous étaient à terrible école. »

Georges Charpak, in Ouvrage collectif « Allach, Kommando de Dachau ».


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