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La Grèce archaïque : 700-480

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3. L’invention de la politique

Les problèmes sociaux des cités grecques
Les législateurs
Les tyrans

3.3. Les tyrans

3.3.1. La tyrannie

La tyrannie est propre à la Grèce, et plus spécifiquement aux cités grecques déjà évoluées sur le plan des institutions et de l'organisation de la vie sociale (ainsi elle ne s’impose pas à Sparte). Elle apparaît à la fin du VIIè dans un certain nombre de cités de la Grèce continentale, du Péloponnèse, de l'Asie Mineure et dans les îles et s’épanouit surtout au cours du VIè, se prolongeant en Sicile durant tout le Vè siècle. Elle constitue dans de très nombreuses cités grecques une sorte de période intermédiaire entre l’oligarchie et la démocratie, étape presque nécessaire à la « maturation » de la vie politique. La tyrannie a mauvaise réputation, et, du temps même des Grecs, Aristote en dresse un portrait peu flatteur.

Elle est en effet un régime où le « tyran » s'empare illégalement du pouvoir, souvent après une période de troubles, mais avec le soutien du peuple, et le conserve par la force, au mépris des lois. Le tyran est très souvent d’origine aristocratique et a en général accédé à des responsabilités politiques importantes comme l’archontat ou la magistrature supérieure… Mais le jour où il lui faut rendre ce pouvoir, il décide de le conserver par la force et grâce à un entourage de fidèles totalement dévoués à sa personne. Pour se maintenir au pouvoir, il a toujours recours à la force (il possède une garde personnelle) et abuse du système de l’exil contre les opposants, si ce n’est de la violence physique et du meurtre. Il gouverne de manière absolue par la violence. C’est pourquoi bien des tyrans périssent eux-mêmes par violence car le système, entièrement basé sur l’ambition personnelle, génère naturellement des ambitions personnelles opposées. Très souvent enfin, le tyran tente d’instaurer une « dynastie », le fils succédant au père à sa mort (les Pisistratides à Athènes).

Le tyran, chef populaire, protège souvent le peuple contre les exactions des puissants, même si son intérêt personnel prime. C’est lui qui choisit les magistrats, mais ces magistrats sont en général très populaires. Son action favorise le développement matériel de sa cité, à laquelle il fait jouer un rôle important dans la politique internationale. Très souvent il prend des mesures favorisant le peuple : institution de juges itinérants, création d’une taxe sur les productions agricoles et sur l'alcool afin de fournir des prêts aux petits paysans… Souvent le tyran, pour développer le renom de sa cité et le sien propre, lance de grands chantiers architecturaux ou religieux : ainsi à Athènes l’institution des Panathénées ou le lancement par Pisistrate de chantiers sur l’Acropole.

3.3.2. Les grands tyrans

3.3.2.1. Athènes

A Athènes, les grands tyrans sont les Pisistratides : Pisistrate gouverne la ville entre 546 et 518. Lui succède ses fils Hipparque (518-516) assassiné par les « tyrannoctones » Harmodios et Aristogiton, et Hippias (516-510), renversé par les Spartiates aux ordres de Cléomène.

La tyrannie réapparaît brièvement à Athènes en 404 après la défaite contre Sparte, lorsque cette dernière impose à la cité les « Trente Tyrans », gouvernement oligarchique dominé d’abord par Théramène puis par le sanguinaire Critias qui organise une véritable terreur dont Théramène sera une des premières victimes, condamné à boire la ciguë. Les « Trente » sont renversés par Thrasybule en janvier 403 ; Critias est tué lors des combats. La démocratie est restaurée.

3.3.2.2. Sicile

3.3.2.2.1. Agrigente

Phalaris devient tyran en 570. Il fait édifier les premiers temples et se rend célèbre par sa cruauté : on prétend qu’il faisait rôtir ses ennemis dans un taureau de bronze… Il périt assassiné en 554.

Le plus célèbre tyran de la cité est Théron (488-472). Sous sa tyrannie, la cité est entourée d'un mur d'enceinte percé de huit portes protégeant les sanctuaires de la « vallée des temples » construits sur les terrasses. Elle devient un centre de rayonnement littéraire : à la cour du tyran vivent des poètes comme Simonide, Bacchylide et surtout Pindare, qui compose à partir de 490 deux odes pour Théron « vainqueur à Olympie »… L’opulence de la ville atteint son apogée après la bataille d’Himère en 480 : alliée à Syracuse et à Himère, Agrigente triomphe de Carthage, ce qui lui permet d'étendre sa puissance jusqu'aux côtes tyrrhéniennes.

A la mort de Théron, son fils lui succède mais il est chassé de la ville et un gouvernement démocratique est institué sous l’inspiration du grand savant Empédocle. En 406 Agrigente est prise et est pillée par les Carthaginois. Elle sera ensuite l’enjeu des conflits opposant Grecs, Carthaginois et Romains avant de passer sous domination romaine en 210.

3.3.2.2.1.1. Géla

Cléandre devient tyran de Géla en 505. Son frère Hippocrate lui succède en 498. Il assujettit Zancle, Naxos et Leontinoi, échoue devant Syracuse mais en obtient Camarina en 492. Il meurt en 491 dans une campagne contre les Sicules. Précepteur des fils d’Hippocrate, Gélon usurpe le pouvoir en 491 puis s’en va conquérir Syracuse en 485. Son frère Hiéron I lui succède à Géla jusqu’en 478, année où il succède à Gélon à Syracuse.

3.3.2.2.1.2. Syracuse

La ville est prise par Hiéron de Géla qui en devient le tyran entre 487 et 478 et en fait la première puissance grecque de Sicile, écrasant notamment les Carthaginois à Himère en 480 avec l’aide de Téron d’Agrigente. A Gélon succède Hiéron I (478-466) qui soumet Catane et Naxos en révolte et soutient Cumes en lutte contre les Etrusques. A Hiéron I succède Thrasybule (466-465). A sa mort, la ville entre en démocratie pour 60 ans.

En 406, Agrigente tombe aux mains des Carthaginois. À l'assemblée syracusaine, Denys « l’Ancien », fils d’une famille aristocratique, 25 ans, réclame la condamnation immédiate et sans procès des généraux responsables de la chute d'Agrigente. Il est mandaté pour stopper l’avance carthaginoise qui menace Géla. De retour à Syracuse, il s’arrange pour se faire remettre le pouvoir et obtenir une garde personnelle. La tyrannie est rétablie et consolidée, malgré les échecs devant les Carthaginois, une tentative de renversement par les Syracusains et l’autonomie arrachée par Messine, Naxos, Catane et les Sicules. Denys maintient son pouvoir à Syracuse, fortifie la ville et l’île d’Ortygie et renforce son armée. S’en suivent de longs conflits contre les cités grecques de Messine et de Rhégion et contre les Carthaginois (399, 397, 383, 378, 368) avec des fortunes diverses. Denys meurt en 367.

Lui succède sont fils Denys le Jeune qui entre rapidement en conflit avec son oncle et tuteur Dion qu’il bannit en 366. Il mène une vie dissolue et finit par être renversé par Dion en 357. Denis fuit à Locres dont il devient le tyran. De retour à Syracuse en 347 après que Dion eut été assassiné, il en redevient le tyran, mais toujours aussi impopulaire, doit faire face à une insurrection des Syracusains qui le forcent à s'enfermer dans la citadelle d’Ortygie. L’intervention de Corinthe en Sicile remet de l’ordre, à la fois contre les Carthaginois mais aussi contre les factions grecques : Syracuse est assiégée en 343 et dépose les armes, sous condition que Denys se rende à son tour et s’exile. Il part à Corinthe où il meurt en 342 dans la misère.

Timoléon impose alors à la ville un gouvernement oligarchique. L’oligarchie est renversée en 317 par Agathocle, le fils d’un potier venu s’installer à Syracuse au temps de Timoléon. A la tête de mercenaires du Bruttium, Agathocle s’empare de la ville et y fait exécuter les oligarques syracusains. Il soumet avec des troupes de mercenaires d’autres cités grecques de Sicile et veut étendre l’hégémonie de Syracuse sur l’île, ce qui déclanche la réaction de Carthage. Agathocle assiège Ségeste et Sélinonte, cités puniques, mais est à son tour assiégé à Syracuse en 311 et défait à Himère en 310. Prenant alors tous les risques, il force le siège de Syracuse et débarque au cap Bon, en Afrique du Nord, et marche sur Carthage après plusieurs succès sur Hannon. Mais il doit interrompre son expédition, car, profitant de son absence, plusieurs cités grecques de Sicile se révoltent contre l’hégémonie de Syracuse. Les villes matées, Agathocle signe une paix avantageuse avec Carthage et se proclame alors roi de Sicile (306). Il meurt en 289 après avoir prôné l’instauration de la démocratie dans la ville. Suit alors une période de 20 années assez troubles, marquée notamment par l’intervention progressive de Rome en Italie du sud et celle du rois d’Epire Pyrrhus dans la même région.

Hiéron II est tyran de Syracuse entre 270 et 215 : il s’attaque aux brigands Mamertins. Ceux-ci en appellent à Rome. Hiéron II s’allie alors à Carthage et assiège Messine, aux mains des Mamertins. Rome intervient et après 2 ans de lutte impose une paix avantageuse à Hiéron II qui, quoique vaincu, conserve ses territoires en échange de sa rupture d’alliance avec Carthage. En 241, lorsque prend fin la première guerre punique et que Rome contrôle la quasi-totalité de la Sicile, Syracuse est la seule ville grecque à échapper à leur contrôle. Hiéron meurt en 215. Lui succède son petit fils Hiéronyme, âgé de 15 ans. Mal conseillé par son tuteur Andranodore, il se sépare de Rome lors de la seconde guerre punique pour s’allier à Hannibal. Les Romains assiègent la ville. Les Syracusains se révoltent et massacrent Hiéronyme avec toute sa famille. La ville est prise (Archimède y est tué) et perd son indépendance.

3.3.2.2.1.3. Corinthe

La ville est dominée aux « temps obscurs » par la dynastie des Bacchiades dont le dernier roi, Téleste, fils d'Aristodème, est détrôné en 747 au profit d’un pouvoir oligarchique, celui des prytanes, au sein duquel d’ailleurs les Bacchiades continuent à jouer un rôle éminent.

Le premier tyran, Cypsélos, issu des Bacchiades, prend le pouvoir en 657 et semble incarner l’image du tyran cruel. En 627 lui succède son fils Périandre qui améliore notablement la navigation dans l’Isthme, donnant à la ville une véritable puissance économique. Très modéré au début de son règne, il devient peu à peu aussi « tyrannique » que son père, s’employant à détruire toute opposition, principalement celle des Bacchiades, s’appuyant sur le petit peuple contre la noblesse. Périandre meurt vers 585. Son neveu Psammétique prend le pouvoir, mais en 582 il est renversé et un gouvernement oligarchique prend en main le destin de la cité.

3.3.2.2.1.4. Samos

Le tyran le plus célèbre de l’île est Polycrate, qui prend le pouvoir en 538 avec ses frères Pantagnotos et Syloson dont il se débarrasse rapidement. Redoutable chef de guerre, il s’allie au pharaon Amasis (XXVI dyn., 571-526) et à son « collègue » tyran Lygdamis de Naxos pour écumer la mer Egée et les cités de la côte ionienne. Despote éclairé, il embellit Samos (aqueduc, Héraion, palais), s’entoure de poètes et de savants (Anacréon, Démocédès) et fait construire la flotte sans doute la plus puissante de l’époque.

Mais il rompt l’alliance avec l’Egypte et se lie avec Cambyse II, le roi des Perses, auquel il envoie 40 trières pour la conquête de l’Egypte, avec des combattants Samiens, adversaires politique dont il entend se débarrasser. Mais l’Egypte conquise (525), les Samiens reviennent avec la ferme intention de régler son compte au tyran. Battu sur mer, Polycrate se retranche sur son île d’où il est indélogeable, malgré la venue de Spartiates et de Corinthiens en appui aux insurgés.

En 522, Polycrate est « lâché » par les Perses pour des raisons obscures, sans doute pour avoir refuser d’intégrer Samos à l’empire perses. Attiré à Sardes sous un faux prétexte, il y est sans doute exécuté par crucifixion sur ordre du satrape Oroitès.

3.3.2.2.1.5. Naxos

Le tyran le plus célèbre de Naxos est Lygdamis. Membre de l’oligarchie naxienne, il soutient Pisistrate vers 546 dans sa troisième tentative de prise de pouvoir à Athènes. En retour, Pisistrate s’empare de Naxos en 538 dont il confie le pouvoir à son ami Lygdamis… Il y garde le pouvoir jusqu’en 524. A cette date, les Spartiates, alors en expédition contre Polycrate de Samos, le renversent et mettent en place un gouvernement oligarchique sur l’île.

3.3.2.2.1.6. Sicyone

Le plus connu des tyrans de Sicyone est Clisthène, le grand père du grand réformateur athénien. Arrivé au pouvoir vers 600, il prend des mesures vexatoires contre l'aristocratie dans le domaine religieux et politique et est un des premiers à pratiquer l’« anadasmos », le partage des terres.

3.3.2.2.1.7. Milet

Fin VIIè, la ville de Milet est la cité la plus puissante d’Asie Mineure, sous le « règne » du tyran Thrasybule : la ville fonde environ 80 colonies en Méditerranée orientale et en mer Noire et elle atteint un essor remarquable : elle frappe monnaie et utilise la première l’alphabet. Elle voit œuvrer Anaximandre et Thalès.

Histiée est tyran de Milet à la fin du VIè. Vassal de Darius, il participe à l’expédition cintre le Scythes et reçoit en récompense de riches domaines en Thrace. Durant son séjour à la cour de Perse, son neveu Aristagoras devient tyran à Milet et organise en 499 la révolte des citée d’Ionie contre le Grand Roi. Histiée se joint à la révolte et se lie particulièrement à la piraterie contre les navires phéniciens et perses en Mer Noire et dans le Bosphore. En 497, lorsque la révolte est matée, Aristagoras s’enfuit en Thrace, y fonde la colonie à l’emplacement de la future cité d’Amphipolis, mais est tué peu après lors d’une expédition contre une cité thrace. Quant à Histiée, il est finalement fait prisonnier en Asie Mineure et crucifié en 494.

3.3.2.2.1.8. Chersonèse, Thrace

Miltiade, le futur vainqueur de Marathon, est le petit fils de Cypsélos, qui avait fondé la colonie de Chersonèse en Thrace. Archonte en 524, il est chargé en 518 de l'administration de Chersonèse par Hippias, le fils de Pisistrate. Il en devient le tyran et succède à son frère Stésagoras. Vassal de Darius, il accompagne ce dernier dans son expédition contre les Scythes en 514. En 499 il participe à la révolte de l’Ionie contre le Grand Roi, conquiert les îles de Lemnos et d’Imbros, mais rapidement, devant un ennemi très supérieur, doit fuir à Athènes, échappant de peu à la flotte perse (492). Deux ans plus tard il prend une éclatante revanche à Marathon.



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