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Les châteaux d’Alsace

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2. Châteaux en Alsace

Typologie des châteaux d’Alsace
Evolution des châteaux d’Alsace
Les châteaux d’Alsace dans l’histoire

2.3. Les châteaux d’Alsace dans l’histoire

2.3.1. Introduction

En matière de ruines castrales, l’Alsace est une région privilégiée. Elles s'égrènent sur une ligne continue de la frontière du Palatinat au Sundgau. Ces ruines ne suivent pas la ligne sommitale de la crête principale, mais occupent toujours des points dominant un passage est-ouest, de manière à interdire rapidement ce passage tout en gardant le contact avec les ressources du fief.

Si quelques châteaux sont perchés près des sommets (Herrenfluh, 855m ; Hohnack, 940m ; Freundstein, 948m) la plupart ont été érigés sur des mamelons subvosgiens, des crêtes secondaires et même à mi-chemin d'une pente à l'entrée d'une vallée.

2.3.2. Origine des châteaux

Les châteaux sont probablement d’origine franque. A la fin du VIè, en Alsace, les Francs dominent les Alamans qui forment l’essentiel de la population locale. Les Francs sont la classe dominante, et bientôt « émergent » quelques grandes familles en lien avec la royauté mérovingienne qui forment la future « noblesse » d’Alsace. Parmi ces familles, la plus puissante est celle des Etichonides d’Obernai.

Les premiers « châteaux » forts sont probablement ces demeures franques de ces paysans libres (« Bauernburgen »), mottes féodales construites en bois sur des bases en pierre, sur les hauteurs pour se défendre contre les invasions hongroises au cours des IXè et Xè siècles. Avant l'an mil il n'y a que peu de mentions de ces châteaux : le Wasenbourg est cité au IXè siècle, le Rothenbourg, près Philipsbourg en Moselle, existe en 912, le Wangenbourg en 880, Dabo en 890, Morimont (Castrum Morsperg) dans le Sundgau en 797, et l'Isenbourg, le plus ancien, aurait été offert par Dagobert II à l'évêque Arbogast en 656. De ces castels rien n'est resté.

L'Alsace faisant partie de l'empire germanique, seul le roi a le droit d'élever un château. Il peut donner ce droit à un vassal. Mais dès le XIè siècle, aussi bien les comtes que les abbayes et les évêchés usurpent ce droit, et souvent sur terrain d'autrui. Ces usurpations deviendront courantes aux XIIIè et XIVè siècles.

Le morcellement politique consécutif à la mort de Charlemagne et aux invasions hongroises contribue à rendre indépendants ces fortins. La nécessité de contenir la poussée des Slaves et de mettre fin aux raids magyars font de la Saxe la zone clé de l’empire. Dans l’Alsace délaissée, une noblesse de souche locale prospère rapidement en et les premières familles nobles apparaissent : les Ortenbourg, Ferrette, Hunebourg, Frankenbourg, Eguisheim…

De plus, dans cette situation d’insécurité, à partir du IXe siècle, certains hommes libres deviennent les vassaux d'un seigneur riche et puissant en acceptant de perdre leur liberté afin d'être protégés et d'avoir une terre pour se nourrir. Par la suite, ce « vassal » se fait « l'homme » du seigneur par la cérémonie de l'hommage. Il lui jure aide et fidélité en échange d'une terre, le fief : c’est la naissance de la féodalité.

Les rois de France ne sont les vassaux de personne et exigent « l'hommage-lige » de tous les seigneurs. Le roi est le suzerain de tous les seigneurs. En Allemagne, les empereurs du Saint-Empire romain germanique sont élus, mais leur pouvoir est contesté par les princes allemands, par les villes italiennes et par le pape.

Petit à petit une hiérarchie s'établit parmi les nobles : les plus petits d'entre eux sont les barons (« Freiherr »). Plus haut, les vicomtes, les comtes (« Graf ») et ducs (« Herzog ») dont les fiefs sont nombreux ou étendus. Le marquis (« Markgraf »), entre le duc et le comte, est préposé à la garde d'une marche territoriale. Enfin, au sommet, il y a le roi, chef suprême de la hiérarchie féodale. Tous ces nobles sont de véritables souverains sur leurs terres : ils font la guerre, lèvent les impôts, rendent la justice et battent monnaie.

2.3.3. Sous les saliens

La situation géopolitique change au XIè et le fossé rhénan prend de l'importance avec l'arrivée au pouvoir en 1024 des Saliens, une famille de Franconie. Elle possède des biens dans le Palatinat, aux limites du nord de l'Alsace. Les centres du pouvoir deviennent Spire, où les Saliens érigent leur église sépulcrale, l'abbaye de Limburg sur les contreforts du Palatinat, et les premiers châteaux en pierre dans ce même Palatinat avec, pour coeur et symbole du pouvoir, le Trifels, le château aux trois rochers, protégé à son tour par tout un système fortifié (châteaux voisins de l'Anebos et du Scharfenberg). Le Trifels surveille un important noeud de voies de communication : route reliant la vallée du Rhin à la Lorraine, axe nord-sud reliant le Palatinat à la plaine d'Alsace.

En Alsace, les nobles d'Eguisheim sont la plus puissante famille comtale du pays et entendent y jouer un rôle politique à la mesure de leurs ambitions. Elle est d’autant plus puissante que vers l’an 1000, Hugues IV d'Eguisheim, comte de Nordgau, épouse Heilwige, héritière du comté de Dabo. Ce mariage lui permet d'asseoir solidement son pouvoir en Basse-Alsace.

2.3.4. « Querelle des investitures » et guerre en alsace

2.3.4.1. La querelle des investitures

En 1049, Bruno d'Eguisheim, fils de Hugues IV, évêque de Toul, est élu pape grâce au soutien actif de l’empereur Henri III. Il prend le nom de Léon IX. Mais rapidement il se heurte à l'empereur en décidant de revenir à l'élection du pape par les seuls dignitaires de l'Eglise. La « querelle des Investitures » est ouverte, et les Eguisheim prennent le parti du Pape, représentant dès lors un danger, certes encore confus, aux limites sud des biens impériaux du Palatinat.

A la mort de Léon IX en 1054, la noblesse romaine fait de la réforme électorale son cheval de bataille et, lorsque Henri IV accède au trône en 1056, un synode avait mis fin au privilège qui lui aurait permis de désigner le nouveau pape, désignation désormais soumise à la « préférence du choix » du clergé romain. En réaction, le clergé allemand se range aussitôt du côté du roi. Le conflit s’envenime lorsque Grégoire VII est porté au trône pontifical par la foule de Rome en 1073. Il se fait le champion de la Réforme de l’église et de l'indépendance du Saint-Siège. Henri IV déclare illégale l'élection de Grégoire VII. Le pape réplique en l’excommuniant... Chaque clan en profite pour nommer, l'un un antipape, l'autre un anti-empereur ! La guerre est désormais ouverte entre les partisans de l’Empire et ceux du Saint Siège. Elle va diviser tout le Saint Empire.

2.3.4.2. La guerre en Alsace

En Alsace, la guerre oppose les évêques de Bâle et de Strasbourg aux Eguisheim, fervent défenseurs de la cause papale. Chaque camp compte ses alliés et fourbit ses armes. Les Eguisheim sont bien implantés en Alsace où ils disposent d’importants points d'appuis, leurs châteaux forts dont l’existence de 4 est attestée avant 1100 : Eguisheim, Thanvillé, Guirbaden et Haguenau. Leurs alliés tiennent le Lutzelbourg au-dessus d'Ottrott, le palais mérovingien de Hohenburg, le Saint Ulric au-dessus de Ribeauvillé. En 1081, par un coup de main audacieux, le noble Diemar, parent des Eguisheim prend le château de Trifels, qu’il remet aux mains de l’anti-empereur Hermann de Salm.

Henri IV, qui guerroie alors en Italie, se doit de réagir. Il nomme en Alsace « le plus courageux parmi ses chevaliers », Frédéric von Büren « le jeune », auquel il avait donné sa fille Agnès et mariage ainsi que sa belle dot, le duché de Souabe. Par une ironie de l’Histoire, la mère de Frédéric est Hildegarde d’Eguisheim… Frédéric ajoute à son titre le nom de duc d’Alsace et rebaptise son nom en Frédéric von Hohenstaufen, du nom de son château ancestral de Staufen. L'empereur lui donne pour mission de contrôler l'Alsace et de mettre au pas la famille de sa mère, menée de’une main ferme par le comte Hugues IV.

Frédéric de Hohenstaufen s'appuie sur son rôle d'avoué de la puissante abbaye de Wissembourg. Il possède un tiers de la forêt de Haguenau, des biens à Sélestat, Hochfelden, Schweighouse, Marlenheim et sans doute d'une partie de l'avouerie de l'abbaye de Munster. Il reçoit enfin une aide appréciable avec la nomination par l’empereur à la tête de l’évêché de Strasbourg de son frère Otton en 1082.

Les armes sont favorables à Hugues d'Eguisheim. Mais le 4 septembre 1089, lors d'une tentative de réconciliation, Hugues IV d'Eguisheim est assassiné à Niederhaslach dans une demeure de l'évêque Otton par l'échanson épiscopal. Cet assassinat arrange bien les affaires des Hohenstaufen qui rapidement prennent le contrôle du et vont s’employer a y affirmer leur pouvoir et à édifier à leur tour un système castral bien organisé.

2.3.5. Le système castral des Hohenstaufen :

Au début du XIIè, les Hohenstaufen, désormais conduits par Frédéric II « Le Borgne » (duc de Souabe et d’Alsace de 1105 à 1147) construisent le château d'Estufin (Haut-Koenisburg, 1114), symbole de leur domination, sur un terrain appartenant à l'abbaye de Saint-Denis, malgré les véhémentes protestations de l’abbaye royalefrançaise. La même année ils s’emparent du Saint Ulric « pour l’empereur » (même si ce dernier l’avait cédé à l'évêque de Bâle. Le Trifels avait été repris en 1112 et le Hohenbourg détruit la même année : ainsi les Hohenstaufen s’imposent comme les avoués de l’influente abbaye du Mont sainte Odile. Haguenau devient la ville d’élection des Hohenstaufen ou Frédéric édifie un nouveau château.

Une nouvelle menace surgit en la personne du grand électeur, l'archevêque Adalbert de Mayence, une des cités les plus riches de l’empire, qui, prisonnier des Saliens et libéré en 1113, entend faire faire payer à l'empereur ses 3 années de captivité pour s’être rallié à la cause papale. Il menace le Palatinat et l'Alsace sur deux fronts : le nord et le nord-ouest. Les Hohenstaufen se lancent donc à l'assaut de Mayence. Préalablement, ils barrent les défilés des Vosges du Nord en édifiant le Fleckenstein et le Falkenstein, érigé par leur allié, le comte de Lutzelbourg. Ajoutés aux châteaux du Palatinat voisin, ces verrous fortifiés constituent un obstacle suffisant pour contraindre l'archevêque grand électeur à revoir ses plans.

L’Empereur Henri V (1106-1125) qui mise sur les Hohenstaufen pour lui succéder, ordonne en 1125 à Frédéric le Borgne de transférer les insignes de la couronne au Trifels, qui devient ainsi le château symbole de l'empire. Ces insignes rassemblent ce que l'empire possède de plus précieux : le sceptre, la couronne de Charlemagne, le manteau du couronnement et d'innombrables reliques dont la « lance de Longinus » qui perça le flanc du Christ. Par la suite, Wolfram von Eschenbach fera du Trifels le « château du Graal » dans son Parzival.

2.3.6. Les châteaux des Landgraves et les Hohenstaufen

En 1125, Adalbert de Mayence tient sa revanche : à la mort de Henri V, dernier des Saliens, en 1125, il réussit à faire élire Lothaire de Supplimbourg et ainsi à écarter les Hohenstaufen du pouvoir. Le nouvel empereur (1125-1137) cherche immédiatement à contrôler les régions qui lui sont défavorables : il remplace les comtés du Nordgau et du Sundgau par deux landgraviats et créé la fonction du« Landgraf » qui a pour mission d'assurer à l'empereur les terres contestataires. Il confie le landgraviat de Haute Alsace aux comtes de Habsbourg et celui de Basse Alsace à la famille de Hunebourg à cette fonction. En même temps, il s'empare de la ville de Haguenau (1127) pour bien montrer aux Hohenstaufen qui est le maître.

Les landgraves tentent de se constituer leur propre force castrale. Les Hunebourg possèdent depuis le début du XIIè leur château du même nom ; ils y ajoutent une nouvelle place forte, le Grand Arnsberg. Les Habsbourg sont implantés en Alsace, principalement avec l’accession au siège épiscopal vers l’an 100 de Werner de Habsbourg et du coté d’Ottmarsheim où ils édifient vers 1025 la fameuse rotonde.

Mais l’action des landgraves reste limitée, faute de moyen et faute de temps, car Lothaire de Supplimbourg meurt en 1137. Aussitôt les rivalités se déchaînent. L'Alsace est dévastée lors de la lutte opposant Lothaire III de Saxe à Frédéric II de Hohenstaufen « Le Borgne », duc d'Alsace et de Souabe, tous deux prétendants au trône du Saint Empire Romain Germanique.

Cette situation explique la construction ou l'acquisition d'un certain nombre de châteaux par le Borgne, dont on disait qu'il traînait un Burg à chaque queue de cheval.

Les territoires staufériens à protéger se situent autour de Wissembourg et de Haguenau, dont le château est le centre administratif. Parmi les châteaux, placés en demi-cercle dans les Basses-Vosges du Nord, il y a le Fleckenstein, le Hohenbourg, le Lutzelhardt, le Falkenstein, leWasigenstein. Un deuxième centre stauférien est Sélestat, avec le prieuré de Sainte-Foy et une partie de Kintzheim. Ses châteaux protecteurs sont le Haut-Kamigsbourg et le Ribeaupierre. Les Hohenstaufen possèdent par ailleurs le Hohenbourg (Sainte-Odile) avec Obernai et dans le Haut-Rhin, des fiefs à Munster et Mulhouse.

La levée du siège de la ville de Haguenau voit la victoire de Frédéric II. Cette fois, les Hohenstaufen ne laissent plus échapper leur élection. Conrad III de Hohenstaufen, frère de Frédéric le Borgne devient empereur (1138-1152), et à sa mort son neveu et fils du Borgne, Frédéric I « Barberousse » accède au trône. Il fait transférer les insignes de la couronne du Trifels en sa Pfalz de Haguenau. Le rôle de l'Alsace, au coeur de l'empire, s’en trouve conforté. Le titre de landgrave est enlevé aux Hunebourg et le système des « Burgmänner » est développé : Frédéric I installe à Haguenau des chevaliers fidèles qui veillent sur sa cité préférée et qui, pour de courtes périodes, iront monter la garde dans les châteaux des Vosges du Nord.

Barberousse pousse l'évêque de Strasbourg à fortifier un rocher au-dessus de Saverne, qui deviendra le célèbre Haut-Barr. Sans le savoir, il donne le coup d'envoi à la création d'une nouvelle puissance castrale en Alsace, celle des évêques de Strasbourg, qui moins d’un siècle plus tard, se retournera contre la puissante famille. Mais, vers 1168-1170, Frédéric pense avant tout dresser une barrière fortifiée à l'ouest, face aux Dabo-Eguisheim qui, en 1162, avaient repris l'offensive contre les Hohenstaufen et leurs alliés. Ainsi en 1168 le château de Horbourg, près de Colmar, est détruit par Hugues VIII de Dabo-Eguisheim, provoquant la fureur de Barberousse. En représailles, le château de Guirbaden sera détruit par les troupes de l'empereur la même année.

Entre temps, à côté des deux puissantes familles d’Alsace, apparaissent de nouveaux puissants : dans le Sundgau, les comtes de Ferrette, une branche de la puissante famille des Montbéliard sont les nouveaux maîtres de la région en leurs chateaux d’Altkirch, de Ferrette, du Liebenstein, de Morimont… En moyenne Alsace, les comtes de Frankenburg érigent un splendide château dominant le val de Villé et le val de Lièpvre : le Frankenbourg…

Barberousse meurt en croisade en 1190. Son fils Henri VI le Cruel (1190-1197) lui succède sans difficulté à 25 ans. C'est lui qui séquestre le roi Richard Coeur de Lion dans son château du Trifels (1193-1194) et qui organise son procès à Haguenau ; il y fixe une énorme rançon qui lui permet d’organiser son expédition militaire dans le sud de l'Italie et de conquérir la Sicile où il se montre particulièrement cruel. De son vivant, il doit faire face à la révolte de ses vassaux, particulièrement celle du Welf (Guelfe) Henri le Lion, beau frère de Richard, qui veut récupérer ses possessions dont Barberousse l’avait dépossédé en 1180. En Alsace, Henri VI fait dont de l'abbaye d'Erstein à Conrad de Hunebourg, évêque de Strasbourg, ce qui irrite Albert II de Dabo-Eguisheim dont le père portait le titre d'avoué de l'abbaye.

De nombreuses avoueries et alleux passent sous le contrôle des Hohenstaufen depuis la Forêt de Haguenau jusqu'à Mulhouse et Munster, avec de nouveaux ministériels comme les Girsberg (Ht-Rhin) ou les Hunebourg.

2.3.7. Le petit interrègne :1197-1214

La mort de Henri VI de Hohenstaufen à Messine déclanche une terrible lutte pour sa succession au trône impérial entre son frère, Philippe de Hohenstaufen (1177-1208), duc de Souabe et d'Alsace, et Othon de Brunswick pour récupérer la couronne impériale.

Le pape Innocent III prend position en faveur des Welfs, reconnaît Othon IV comme roi d'Allemagne et frappe d'excommunication Philippe de Souabe et ses partisans. Les princes de l'Eglise et le duc de Bohême se rapprochent d'Othon. La ville de Strasbourg prend le parti du Hohenstaufen tandis que l'évêque de Strasbourg apporte son soutien à Othon de Brunswick. Les Eguisheim, avec Albert II se rangent dans le camp de l'évêque de Strasbourg. L'Alsace se trouve plongée dans une longue suite de guerres féodales. Adalbert, pensant le moment venu pour redonner à sa maison une position dominante en Alsace, s'attaque au fleuron des Hohenstaufen, le Haut-Koenigsbourg, qu'il détruit. De son côté, Otton de Hohenstaufen (1171-1200), duc de Bourgogne et frère de Philippe attire Ulric de Ferrette, parent des Dabo-Eguisheim, dans un guet-apens et l'assassine ; il s'empare ensuite du château de Hunebourg... De son côté, Philippe de Souabe, dévaste l’Alsace, met le feu au château de Guirbaden (Dabo-Eguisheim) et au Haldenburg (Mundolsheim, à l’évêque de Strasbourg), assiège Strasbourg et oblige l'évêque à capituler.

Disposant du soutien du Roi de France Philippe Auguste, il réussit à se concilier le pape et en 1198 est couronné empereur. Aussitôt il charge son frère Otton de renforcer le maillage castral en Alsace : Le Haut-Koenigsburg est relevé ; au nord et à l’est du Mont Saint Odile sont édifiés le Landsberg et le Rathsamhausen ; enfin Otton prend le contrôle du Windstein dans les Vosges du Nord. Pour contenir encore plus l’évêque de Strasbourg, Philippe accorde à la ville de Strasbourg l’immediateté d’empire,

De leur côté, les Dabo-Eguisheim consolident leurs positions avec le Hohnack et le Bernstein, qui innove un nouveau système de défense : le donjon pentagonal. Le Guirbaden est relevé et devient un magnifique palais roman, reflet du rang de la lignée.

Quand, en 1208, Philippe de Souabe est assassiné, une véritable offensive est lancée contre les positions des Hohenstaufen. Les princes allemands reconnaissent Otton de Brunswick qui s'empare de Haguenau et obtient la cession des insignes de la couronne. Il fait au pape de grandes concessions, particulièrement su la politique impériale de désengagement de l’Italie et de la Sicile. Couronné empereur, il ne tient strictement aucun compte de ses promesses. Aussi les princes allemands l’abandonnent, le pape suscite contre lui Frédéric II de Hohenstaufen, fils de Henri le Cruel et finit par l’excommunier. Allié à Jean Sans Terre d’Angleterre, Otton IV se fait écraser à Bouvines en 1214 par Philippe Auguste. Avec le soutien du pape, Frédéric n’a aucune peine à se faire reconnaître roi en 1215 et couronner empereur en 1226.

2.3.8. Frédéric II et la création du front ouest

Dès 1210 Frédéric fait alliance avec le duc Frédéric de Lorraine auquel il promet 4 000 marks pour son aide contre Otton de Brunswick. Cette alliance lui permet de reprendre Haguenau. Le duc de Lorraine meurt en 1213 ; son fils Thiébaut, qui vient d’épouser Gertrude, la seule héritière des Dabo-Eguisheim, âgée de 7 ans, réclame le paiement de l'importante somme promise à son père. Mais le Hohenstaufen refuse de transférer au fils la dette qu'il devait au défunt père.

Las d'attendre le paiement des 4 000 marks, Thiébaud décide d’agir et ordonne en 1218 à Lambycin d'Arches de s'emparer de Rosheim, cité des Hohenstaufen donnée en gage à Frédéric de Lorraine en attendant le versement de la somme promise. Thiébaut estime donc réclamer ce qui lui est dû ! Les Lorrains pénètrent sans difficultés dans la ville et trouvent des caves regorgeant de vin. Ils s'enivrent et se font massacrer par les habitants de la ville ragaillardis. Frédéric II se met en campagne contre le duc qui est capturé et forcé de s'enrôler dans l'armée impériale. En 1219, Thiébaut est libéré. Il retourne en Lorraine et passe par ses terres alsaciennes de Saint-Hippolyte. Là, il meurt mystérieusement, sans doute empoisonné sur ordre du Hohenstaufen. Gertrude, toujours sans enfant, se retrouve veuve.

L'attaque sur Rosheim conforte l'empereur dans la nécessité de renforcer son propre réseau fortifié sur le flanc ouest de l'Alsace. Il charge son bailli en Alsace, Woelfelin, d'entreprendre ces travaux. Un nouveau type de château naît : il s'agit de constructions ayant de vastes enceintes afin de pouvoir y loger des détachements relativement importants de cavaliers. Cette cavalerie pourra ainsi rayonner autour de son casernement et faire du nouveau château une arme offensive : ainsi est construit le « nouveau » Guirbaden, directement placé en avant des enceintes du vieux château des Dabo-Eguisheim ; suivent le château de Wangenburg gardant le col vers Dabo, celui de Kaysersberg, qui devra contrôler la route vers le col du Bonhomme, celui de Pflixbourg et le Haldenburg (près de Mundolsheim) qui surveillera la cité et son seigneur-évêque. A côté de ces « châteaux casernes » on construit des tours de guet comme le Kronenburg dominant le Kronthal et la route vers Dabo.

Les Hohenstaufen peuvent s'estimer être les véritables maîtres de l'Alsace.

2.3.9. Puissance et chute de l'évêque de Strasbourg

C’est compter sans l’ambition dévorante des évêques de Strasbourg. Gertrude d’Eguisheim Dabo est entre temps remariée en 1220 avec Thiébaud IV de Champagne contre le gré de Frédéric II, mais en 1222 le divorce est prononcé sous prétexte de stérilité de l’épouse et l’année suivant Gertrude se marie avec Simon de Linange pour décéder en 1225 sans descendance au château de Herrenstein. L'évêque de Strasbourg, Berthold de Teck, revendique aussitôt l'héritage, déclanchant une longue guerre de succession entre les prétendants à l'héritage, parmi lesquels les comtes de Ferrette ne sont pas les moins puissants. Le conflit va durer 15 ans : l’évêque Berthold de Teck se fait céder par Simon de Linange le Guirbaden, rachète également les parts du Haut-Eguisheim aux margraves de Bade et en 1228 bat le comte Frédéric II de Ferrette à Blodelsheim avec l’aide d’Albert de Habsbourg, son bailli.

De son côté l’empereur Frédéric est considérablement affaibli par sa politique italienne, car il ne tient aucune des promesses faites au pape pour obtenir son soutien et veut absolument rattacher l’Italie à la couronne. Bientôt tout l’empire entre en révolte (même son propre fils Henri) et à partir de 1245, sa puissance s’éffondre. Lorsqu’il meurt en 1250 en Sicile, c’en est fait de la puissante dynastie. Dès 1245 Henri de Stahleck, nouvel évêque de Strasbourg, se proclame administrateurs des biens impériaux en Alsace et se rue sur le domaine castral des Hohenstaufen.

En peu de temps, le réseau fortifié de l’évêque de Strasbourg est extrêmement puissant : Haut-Barr, Dachstein, Molsheim, Guirbaden, Bernstein, Rouffach, Kaysersberg, Ringelstein, Illwickersheim, Zellenberg, Jungholtz, Rhinau, Soultz, La Petite-Pierre, Wineck, Honack, Thann... Le Kronenburg est rasé. En 1251, le comte Ulrich II de Ferrette renonce définitivement à la succession des Dabo-Eguisheim.

En 1260 Walter de Géroldseck devient évêque de Strasbourg. Aveuglé par l’ambition, il rêve de se constituer un puissant territoire constitué de l’Alsace et des territoires badois de ses parents de l'Ortenau... Son ambition va le perdre.

Dans l’empire, la bataille fait rage pour le pouvoir durant ce « Grand interrègne ». L’un des prétendants, Rodolphe de Habsbourg, Landgrave de Haute-Alsace, ajoute en 1258 à ses maigres possessions alsaciennes par mariage le Val de Villé pour le contrôle de laquelle il fait construire le superbe Ortenbourg.

Par ailleurs les villes, gagnées par l'esprit d'indépendance et enrichies par le développement économique, n’entendent pas céder aux ambitions de l’évêque et rêvent d’indépendance… En 1261 et 1261 l'évêque fait construire Birkenfels et Kagenfels par Beger et Kagen, ses ministériels, en plein territoire impérial de la ville d’Obernai ; Dicka de Stahleck, frère de l'évêque construit le Spesbourg et Ollwiller près de Soultz est érigé contre Rodolphe de Habsbourg. L’évêque, de son côté veut contraindre les villes à la soumission. Mulhouse, Colmar et Strasbourg en appellent à Rodolphe qui accepte de devenir leur chef de guerre. L’affaire se termine sur le champ de bataille de Hausbergen en 1262 où les milices strasbourgeoises gagnent l’indépendance de la ville et mettent fin aux rêves de gloire de l’évêque qui, dit-on, en mourra de rage l’année suivante.

Rodolphe aurait pu élever d'autres châteaux et se constituer une puissance castrale mais, devenu roi des Romains en 1273, il tourne son regard vers la vallée du Danube où il fonde la grande maison autrichienne. Il doit cependant faire face lors de la dernière année de son règne à la révolte d'Adolphe de Nassau, dont il doit combattre en Alsace les partisans, les « Landvögte » (baillis) Bergheim et Ochsenstein avec l’aide de son allié l’évêque Conrad de Lichtenberg. Un grand nombre de châteaux surgissent encore dans cette deuxième moitié du XIIIè siècle : le Wasenbourg, les deux Ramstein (près de Baerenthal et près de l’Ortenbourg), le Lichtenberg en 1286, siège familial de l'évêque.

Les Habsbourg restent attachés à l'Alsace qui est leur berceau et en 1324, ils reçoivent par mariage les terres des comtes de Ferrette. Mais déjà, en ce XIV° siècle, le château n'est plus l'indispensable forteresse pour contrôler un pays. Les villes sont devenues les centres de décision et, derrière leurs murs, s'accumulent les véritables richesses et le pouvoir économique.

2.3.10. La lente agonie des châteaux

Après la mort de Rodolphe en 1291, le système castral, en dépit de sa puissance, va progressivement se lézarder : Le morcellement territorial du à l'émancipation d'une multitude de petits et moins petits dynastes aboutit à des situations invraisemblables où souvent un seigneur doit assiéger et reprendre son propre château (La Petite-Pierre, Lichtenberg en 1315).

Surtout, les centres de la vie sociale, économique, politique et culturelle se déplace : ce ne sont plus les seigneurs, mais les bourgeois qui possèdent le pouvoir réel ; ce ne sont plus les castes guerrières qui dominent désormais la société, mais les corporations d’artisans-bourgeois qui détiennent le véritable pouvoir, se libérant progressivement de la tutelle d’un seigneur plus préoccupé de guerre, de combats et de chasse que de faire prospérer son fief. L’entretien d’un château et d’une garnison coûte de plus en plus cher et le seigneur ne peut plus faire face… Certains seigneurs le comprennent, qui abandonnent leurs burgs montagnards pour construire en ville ! (les Ribeaupierre), tel ce vieux chevalier qui, en 1517, d'après la « Zimmerische Chronik », dit à ses semblables : « so lassen wir unsere Berghäuser abgehen, bewonnen die nicht, sondern vielmehr befleissen wir uns in der Ebene zu wonnen, damit wir nahe zum Bad haben » (Ainsi laissons dépérir nos demeures de montagne, ne les habitons pas, mais appliquons-nous plutôt à habiter dans la plaine, pour être plus près des bains »).

Enfin, à l’aube du XVè apparaît l’arme « anti-château » par excellence : le canon à poudre, qui malgré les contre mesures prises par les tenants des châteaux forts, vont rapidement mettre fin à la vocation militaire des donjons et autres murs-boucliers… C'est cette transition vers les armes à feu qui a suscité, aux XVè et XVIè siècles, le plus de transformations : fenêtres réduites ou bouchées, fentes des meurtrières munies d'ouvertures pour canons à main. A côté de cela, la nature fait piètre figure en organisant un petit tremblement de terre en 1356, dont la chronique de Thiébaut conte : « en 1356 fut le grand crollement à Metz et à Basle, et cheurent bien septante forteresses au long du Rhin »...

Les châteaux survivent toutefois, tant bien que mal ! Ils servent encore dans les guerres féodales, font encore étalage de la puissance de leurs maîtres. Mais déjà, ces seigneurs ne sortent plus des grandes familles. De simples chevaliers tiennent parfois les châteaux. Très vite, les frais d'entretien de ces énormes constructions deviennent prohibitifs et la petite noblesse ne peut y pourvoir. Le château se divise alors en parts, en « copropriété ». Il faut alors nommer des « gérants » pour trouver une juste répartition des charges. Les querelles de voisinage se multiplient, les paix castrales, qui régissent les châteaux ne sont plus respectées. Le château est souvent divisé en deux, voire en trois ; il se désagrège, est mal entretenu, devient une « masure » dans laquelle quelques chevaliers brigands trouvent encore « l'outil nécessaire » à vie faite désormais de rapines, d’attaques de commerçants et de prises d’otages.... Les villes organisent des expéditions punitives, mais souvent hésitent, car le siège d'un château coûte très cher.

Dans la première moitié du XIVè siècle il y a tout de même encore quelques nouvelles constructions : Andlau en 1344, Windstein Nouveau en 1335, Waldeck en 1316. Les châteaux épiscopaux sont tenus par un bailli, bien rétribué, qui administre le fort, les dépendances et les terres. En 1479 les Thierstein reconstruisent le Haut Koenigsbourg ; en 1485, le comte de Deux-Ponts-Bitche fait reconstruire le grand château des Ochsenstein. Un incendie ruine la construction avant que le nouveau maître ne s’y installe. Les Schoeneck est adapté à l’artillerie en 1517 ; de son côté, Lazare de Schwendi, le général vainqueur des Turcs qui s'est retiré en Alsace, fait restaurer après 1563 le château de Haut Landsberg alors que les riches Fugger d'Augsbourg relèvent vers la même époque le château de Ferrette qu’ils viennent d’acquérir... Entre 1571 et 1590 les Sickingen transforment la forteresse médiévale du Hohenbourg en résidence de style Renaissance.

2.3.11. La « grande mort » des châteaux

La guerre de Trente Ans et ses conséquences signe la « grande mort » des châteaux. Les Suédois, maîtres du pays, occupent et rasent nombre de ces burgs et en conservent certains à des fins stratégiques. Quand la Suède cède à la France ses conquêtes alsaciennes, le roi Louis XIV s'inquiète de ces châteaux de familles qui échappent à son contrôle. Il ordonne de réduire les forts qui survivent et qui pourraient, à un moment ou un autre, constituer des nids de résistance. Alors les places tombent, les donjons sont détruits à l'explosif. Une vingtaine de magnifiques châteaux de montagne sont rasés par les troupes de Montclar entre 1661 et 1677. Pire, en 1677 le Roi-Soleil ordonne la destruction de la ville et du château impérial de Haguenau. La Pfalz, témoin de six siècles d'histoire, disparaît. Les habitants sont chassés avec interdiction de revenir sur les ruines...

Seuls quelques châteaux sont épargnés et sont transformés en forteresses royales par Vauban : Landskron, Lichtenberg, Petite Pierre… D’autres rares châteaux sont restés du moins partiellement habitables jusqu'au XVIIIè siècle : Haut-Barr, Wasenbourg, Andlau même jusqu'en 1806. La plupart des dynasties se sont éteintes avant la Révolution. Les ruines devinrent propriété de l'État.

Enfin quelques ruines vont resservir lors de la grande boucherie de 14 – 18 et servir de postes d’observation des belligérants dont les obus vont réduire en cendres les quelques pans de murs transformés en bunkers : Freundstein, Herrenfluh, Hirtzenstein, Schwartzenbourg…



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